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Archive pour la catégorie 'BERGMAN Ingmar'

Le Septième Sceau (Det Sjunde Insegelt) – d’Ingmar Bergman – 1956

Posté : 19 octobre, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, BERGMAN Ingmar, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

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Dans un pays ravagé par la peste, un chevalier et son écuyer de retour des Croisades, croisent la route de saltimbanques. Tout le monde a en tête la partie d’échecs dans laquelle se lance le chevalier (Max Von Sydow) avec la Mort, venue le chercher. Une partie qui sert en quelque sorte de fil rouge à cette déambulation aux portes de l’au-delà.

Mais il ne faudrait pas restreindre ce monument du cinéma à cet unique face-à-face. Pour faire simple et court : Le Septième Sceau est un chef d’œuvre absolu, une merveille de chaque instant, une succession de scènes d’une beauté sidérante. Bref : l’œuvre d’un cinéaste au sommet, qui parle d’un sujet forcément fort (le rapport à la mort, et du coup à la vie), avec un style éblouissant, et avec une légèreté inattendue.

Non pas que Le Septième Sceau soit une comédie à se taper le cul par terre, non. Mais Bergman signe paradoxalement un film par moment presque euphorisant. L’homme est un artiste, et croit visiblement en l’art comme raison de vivre. Car dans ce monde où chacun cohabite tant bien que mal avec l’homme, il y a ce couple de comédiens, avec leur bébé, qui ont su construire une sorte de cocon où la mort est tenue à l’écart par l’amour, et une certaine insouciance qui donne la banane. Alors oui, Le Septième Sceau est un film qui rend heureux. Qui, en tout cas, donne les clés pour l’être.

Mais dans ce Moyen-Âge où la mort est omniprésente (et qui, malgré une remarquable économie de moyens, sonne étonnamment vrai), ils ne sont pas nombreux à les avoir, ces clés. De retour des Croisades, le chevalier repousse le moment fatidique par peur de l’inconnu. Quant à son écuyer (formidable Günner Björnstrand, autre acteur fétiche de Bergman), sa défiance vis-à-vis des représentations de la mort ne trompe pas.

Il y a notamment une scène absolument bouleversante : le chevalier regarde une jeune femme condamnée au bûcher droit dans les yeux, avec une grande intensité. Dans un premier temps, on croit qu’il cherche à la rassurer, à l’aider à accepter le sort qui l’attend. Et puis on comprend : ce n’est pas elle qu’il cherche à rassurer, mais lui-même, qui guette désespérément dans le regard de la condamnée un signe qui lui indiquerait que quelque chose les attend, au-delà de la mort.

Avec Le Septième Sceau, Bergman réussit une sorte de miracle : un film à la fois incroyablement tourmenté, et bizarrement apaisé. Une merveille, en tout cas.

Crise (Krisis) – de Ingmar Bergman – 1946

Posté : 12 décembre, 2014 @ 2:55 dans 1940-1949, BERGMAN Ingmar | Pas de commentaires »

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Premier film de Bergman réalisateur et déjà, on remarque l’importance extrême des visages, et quelques gros plans évocateurs qui en disent plus que de longs dialogues. On trouve aussi des thèmes qui reviendront dans tout le cinéma bergmanien : le film, poignant, parle de la difficulté de communiquer, de la nostalgie de ce qui n’est plus, et de la peur abyssale de la solitude. La peur, aussi, de n’aimer les autres que pour soi-même, et pas par pur altruisme.

Bergman installe son histoire dans un petit village comme hors du temps. Une voix off dit bien que rien ne vient jamais altérer cette vie tranquille et sans aspérité : ni commerce, ni train, ni rien… Tout juste un bus qui, ce jour-là, amène le tumulte de la grande ville : une femme entre deux âges qui vient reprendre la fille qu’elle n’a pas élevée, préférant la confier à une vieille fille.

Ce sont trois femmes à la croisée des chemins, et trois femmes terrorisées par l’avenir. La jeune fille anxieuse de devenir une femme, la mère adoptive malade (même physiquement) à l’idée de vieillir seule, et la mère biologique qui ne récupère sa fille que parce qu’elle a fait le même constat, consciente que sa vie de séduction et d’aventures est derrière elle.

Entre ces trois-là, malgré les longues discussions, il y a toujours quelque chose de non-dit, une incapacité à se livrer totalement. Quelques effusions presque arrachées quand même, suffisamment pour qu’on devine ce que cachent ces visages un peu fermés.

Bergman avait déjà fait ses preuves en tant que scénariste. Il révèle déjà une vraie vision de cinéaste, utilisant des figures qui reviendront tout au long de sa carrière : ses fameux dialogues cadrés avec un visage de face et l’autre de profil, les deux semblant fixer le vide. Et déjà, même si on est loin du dépouillement de ses grands films à venir, c’est quand il se concentre sur ces visages que l’émotion est la plus forte.

Cette belle oeuvre de jeunesse est déjà hantée par tout ce qui fera la grandeur du cinéma bergmanien, et par tous ses grands thèmes, de la hantise du temps qui passe à l’incommunicabilité entre les êtres, même les plus proches.

Ville portuaire (Hamnstad) – de Ingmar Bergman – 1948

Posté : 28 mars, 2013 @ 12:27 dans 1940-1949, BERGMAN Ingmar | Pas de commentaires »

Ville portuaire (Hamnstad) – de Ingmar Bergman – 1948 dans 1940-1949 ville-portuaire

On a tendance à sous-estimer l’œuvre de jeunesse de Bergman, au profit de ses grands classiques (à partir des Fraises sauvages et du Septième Sceau). A tort : moins austères, plus influencés par le réalisme poétique française et le néo-réalisme italien, ses premiers films portent déjà la marque de l’immense cinéaste et ses obsessions : le poids des non-dits dans le couple, ou l’inquiétude quant aux dérives de la société.

Ces deux thèmes sont au cœur de Ville portuaire, superbe portrait de deux jeunes gens marqués, à leur manière, par le puritanisme de cette société suédoise. Elle parce que cette société lui interdit de tirer un trait sur un passé difficile. Lui parce qu’il est incapable de se placer au-dessus des convenances que lui impose cette même société.

Le film commence par une tentative de suicide : la jeune Berit plonge dans l’eau d’un port, et est sauvée par un docker qui passait par là. Le soir même, elle est abordée par un autre docker, Gösta, dans une soirée peuplée de solitudes. Entre ces deux-là, c’est vite l’amour fou, gangrenée par des règles et des silences qui dépassent les pulsions du cœur.

Le plus beau dans ce film de jeunesse, ce sont ces longs plans séquences qui suivent cette gamine éprise de liberté et d’amour (précurseur de Monika), constamment étouffée par des collègues de travail qui profitent de sa réputation de fille facile pour jouer avec elle comme on jouerait d’un objet, ou par une mère castratrice dont la présence (aimante à sa façon) est d’une cruauté insupportable. Bergman réussit parfaitement à illustrer le caractère oppressant de la vie de Berit.

Mais il y a de l’espoir qui déborde, dans ce film. Berit et Gösta ont pour eux leur jeunesse, et leur amour. Les liens qui les unissent à leur passé et à leur cadre de vie (belle peinture de ce port gorgé de vie) sont solides, mais le jeune Bergman est un optimiste réaliste : même s’il est impossible de faire table rase du passé, tout est possible, pour deux jeunes gens qui s’aiment.

Au seuil de la vie (Nära livet) – d’Ingmar Bergman – 1958

Posté : 13 septembre, 2011 @ 8:53 dans 1950-1959, BERGMAN Ingmar | Pas de commentaires »

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Une chambre de maternité, trois femmes et leur infirmière… Il n’en faut pas beaucoup plus pour que Bergman signe l’un de ses films les plus beaux, et les plus dépouillés. Dépouillés, parce que le cinéaste, fidèle à son habitude, filme avant tout les visages, dans des gros plans d’une force immense, qui révèlent le meilleur des actrices (Bibi Andersson, Ingrid Thlin, Eva Dahlbeck et Barbro Hiort Af Ornäs ont d’ailleurs obtenu le Prix d’interprétation féminine à Cannes) aussi bien que de celui qui les filme (et Prix de la mise en scène au même festival).

Cette chambre d’hôpital, où se retrouvent pour une nuit trois femmes très différentes mais réunies par leur grossesse, n’est pas à proprement parler un condensé de la société. Mais ce lieu confiné, et l’imminence de la vie, permettent à Bergman d’aborder de nombreux thèmes qui le hantent (la vie, le couple, la difficulté de communiquer…) en exacerbant les émotions et les sentiments de ses personnages.

C’est d’ailleurs la cohabitation de ces trois femmes qui n’auraient eu aucune chance de se connaître dans la « vraie » vie, que le film trouve sa force : il commence alors que la dernière des trois arrive dans la maternité, et se termine au moment où la première s’en va. Entretemps, on n’aura paradoxalement assisté à aucune naissance : c’est l’idée de l’enfant et de la maternité qui est le moteur du film, pas l’enfant lui-même. Mais on aura découvert un véritable condensé des émotions humaines, à travers quelques heures de la vie de ces trois femmes.

Il y a d’abord la joie de vivre presque insolente d’un couple heureux de devenir parents (Eva Dahleck et Max Von Sydow) ; les tourments d’une femme-enfant, future mère célibataire hospitalisée pour avoir tenté en vain de se faire avorter (Bibi Andersson) ; la douleur d’une femme qui vient de faire une fausse-couche (Ingrid Thulin) et qui réalise la mesquinerie de son mari, froidement cruel (Erland Josephson) ; sans oublier la compassion d’une infirmière dont la présence rassurante est presque irréelle, tant elle semble avaler comme un buvard les tourments qui l’entourent (Barbro Hiort Af Ornäs)…

Dépouillé (peu de décors, pas vraiment d’intrigue), le film n’a évidemment rien de froid : Bergman (qui fait ici une entrée tardive dans ce blog) est un cinéaste d’une sensibilité à fleur de peau, qui a toujours su filmer mieux que quiconque l’âme (disons plutôt les tourments) de ses personnages, en explorant leurs visages dans de longs plans d’une beauté sidérante. C’est particulièrement vraie ici : avec une grande économie de dialogues, le cinéaste rend palpable les émotions, les douleurs, les espoirs, les frustrations…

Au seuil de la vie est un film sur la vie et ses mystères. Sur l’attirance et la répulsion mêlées de cet acte de donner la vie (magnifique plan de Bibi Andersson partagée entre l’incompréhension et l’attendrissement en observant des nouveaux-nés). Sur le mystère qu’il représente, un mystère lié aussi à l’absence de toute notion de justice ou de logique, et autour duquel l’insouciance et la cruauté ne sont pas toujours très éloignés l’un de l’autre.

Tout en prolongeant le thème des Fraises sauvages, autre chef d’œuvre tourné l’année précédente, Au seuil de la vie marque une nouvelle étape dans l’art de Bergman, de plus en plus tourné vers la force évocatrice des visages. Une thématique qu’il explorera de nouveau dans son film suivant, justement appelé Le Visage.

 

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