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Archive pour la catégorie 'BECKER Jacques'

Touchez pas au grisbi – de Jacques Becker – 1954

Posté : 30 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, BECKER Jacques, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Touchez pas au grisbi

Jacques Becker adapte Simonin, réinvente le polar français, et relance la carrière de Jean Gabin, en berne depuis le début de la guerre. Loin des rôles de prolétaires qu’il jouait dans ses chefs d’oeuvre des années 30, Gabin inaugure ici son personnage d’homme d’âge mur revenu de tout, un peu fatigué, qui ne le quittera plus qu’occasionnellement. Et il est magnifique, avec cette moue qui n’appartient qu’à lui, cet air d’avoir tout vu et de ne plus rien en avoir à foutre, cette envie manifeste de se poser, et d’arrêter de jouer au jeune qu’il n’est plus.

Avant-guerre, Gabin portait le poids du destin. Désormais, il porte le poids des ans. Et son interprétation tout en finesse épouse parfaitement le thème du film et l’approche de Becker, qui filme des mouvements trop appuyés, des déplacements, des tas de moments « en creux » comme ça qui montrent si bien la lassitude des personnages, et ces longs silences entre des personnages qui ont traversée des décennies côte à côte et qui s’aiment sans avoir à le dire ni à le montrer.

Avec une vision neuve des gangsters que l’on n’imaginerait pas dans le cinéma hollywoodien, et qui sonne très français : c’est aussi du pur Simonin, où le mot copain veut dire quelque chose. Cette scène où Max et Riton (René Dary) passent la nuit dans l’appartement du premier est merveilleuse : ces deux-là n’ont pas à se parler, ils se connaissent par cœur. Ils n’ont pas besoin de mots pour que leur intimité soit flagrante, dans leur manière de partager des biscottes, une salle de bain…

Plus qu’un film de gangster (qu’il est bien, avec tout le suspense et les séquences spectaculaires que cela implique), Touchez pas au grisbi est un superbe film mélancolique, le portrait d’un homme fatigué, magnifié par la superbe musique de Jean Wiener. C’est aussi le film qui révèle Jeanne Moreau et Lino Ventura (dans son tout premier rôle).

La dernière image, sobre et bouleversante. Gabin n’est plus tout à fait le même qu’avant la guerre. Mais il est toujours un comédien extraordinaire. Ce simple plan le prouve peut-être mieux que n’importe quel autre plan dans sa longue filmographie.

Goupi mains rouges – de Jacques Becker – 1943

Posté : 16 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, BECKER Jacques | Pas de commentaires »

Goupi mains rouges

Les Disparus de Saint-Agil en 1938, L’Assassinat du Père Noël en 1941… L’écrivain Pierre Véry a le vent en poupe à cette époque. Ses romans sont des best-sellers, leurs adaptations sont des chefs d’œuvre, et ce n’est pas celle-ci, qu’il a signée lui-même, qui fait exception : Goupi mains rouges est non seulement un film passionnant, mais c’est aussi celui qui a révélé le talent de Jacques Becker.

C’est aussi l’un des premiers qui présente une vision de la campagne et des paysans français aussi réaliste, authentique, attachante, et dénuée de tous les poncifs habituels. Dès les premières images, très belles, l’ambition de Becker est flagrante : le jeune cinéaste filme une campagne où la vie est rude, où les familles vivent encore en clans, et où les convoitises, les rancœurs et l’ennui sont constamment palpables.

Un monde à l’ancienne, qui contraste avec le microcosme parisien ou des grandes villes qui squatte le plus souvent les écrans, déjà à cette époque. Un contraste qu’aborde frontalement le film, avec ce personnage quasi-symbolique de « Monsieur » (à la campagne, tous ont surnom !), ce fils de paysan élevé loin de la campagne, qui rentre au pays après 25 ans passés dans la capitale, et dont l’arrivée s’accompagne d’une série de drames.

Le monde qu’il découvre est dur, parfois cruel. Les hommes et les femmes qu’il y rencontre sont des êtres fiers, pas facilement aimables, attachés à leur terre et à ce magot qu’ils recherchent depuis si longtemps. Mais ils ont aussi une noblesse qu’il faut du temps pour mettre à jour, tant leur aspect, leur comportement, et même leurs surnoms (« Mes sous », « Mains rouges », « L’empereur »…) semblent les réduire à de simples caractères.

Fernand Ledoux est ainsi formidable dans le rôle-titre, un personnage secondaire pourtant, taiseux bourru qui semble d’abord hostile, mais dont la sensibilité et la clairvoyance inattendue, ainsi que le regard qu’il porte sur ce monde, déjouent toute idée reçue. Et il y a Le Vigan aussi, faussement jovial, tristement pathétique, qui n’a peut-être jamais été aussi éblouissant et bouleversant que dans ce film. Tous les personnages sont à l’avenant d’ailleurs, d’une grande justesse, et jamais exactement ce qu’ils semblent être au premier abord.

 

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