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Archive pour la catégorie 'BECKER Jacques'

Casque d’or – de Jacques Becker – 1952

Posté : 9 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, BECKER Jacques | Pas de commentaires »

Casque d'or

Becker est grand, et Casque d’or est un chef d’œuvre. Voilà, ça c’est dit. Rien d’original dans ce constat bien sûr : ce film fait partie des, quoi… dix classiques indémodables inlassablement cités parmi les plus grandes réussites du cinéma français. Eh bien oui. Sans aller jusqu’à l’idée d’établir un top 10, un top 3, un top 50, ou quelque classement que ce soit, oui, Casque d’or est un chef d’œuvre.

Une superbe histoire d’amour, une tragédie bouleversante, un grand film noir, le portrait fascinant des bas-fonds parisiens de la fin du 19e siècle… C’est tout ça à la fois, Casque d’or : un film tellement riche que, franchement, je ne sais pas par quoi commencer. Par le plus évident ? Le couple que forme Simone Signoret et Serge Reggiani ? Un chef d’oeuvre à lui seul, ce couple, dont la complicité passe constamment par les regards plutôt que par les paroles.

« Tu m’aimes ? » lui glisse-t-elle alors qu’ils assistent à un mariage dans une église. Son silence à lui est tellement éloquent qu’il en devient la plus belle des déclarations d’amour. Comme ces sourires qu’ils esquissent chacun de leur côté après que leur première baiser a été interrompu par la jeune promise de Manda… belle scène où l’alchimie presque magique qui réunit ces deux-là ferait presque oublier le terrain vague glauque et désolé dans lequel elle se déroule.

Le décor : les rues mal pavées et mal famées de Montmartre, où viennent s’encanailler de riches désœuvrés pendant que les « autochtones » s’occupent de leurs trafics. On est en 1952, et la manière dont Becker filme ces personnages, dans ces décors, est extraordinaires. Toujours à hauteur d’hommes, sans jamais chercher à embellir la réalité : le film s’inspire d’un faits divers bien réel, il trouve ses racines dans la violence et le sang. Et ça se sent.

Les acteurs sont formidables : Raymond Bussières, Claude Dauphin, et le moindre second rôle. Il y a le phrasé, le pseudo sens de l’honneur, la fausse camaraderie. Il y a surtout la manipulation, l’humiliation, et violence des sentiments et des actes. Les gifles que se prend Casque d’or, et la fierté que la jeune femme tente d’arborer malgré tout. La mort, aussi, réelle et brutale.

Centrale, la séquence du bistrot où se noue le drame est d’une puissance narrative incroyable. Becker y soigne tout autant la reconstitution, d’une précision impressionnante, que la tension, grandissante et étouffante. Visuellement c’est une splendeur. Et l’effet que procure cette explosion de violence, repoussée depuis si longtemps, ne retombe pas.

Il faut aussi évoquer la beauté presque irréelle de cette parenthèse à Joinville, dont la lumière quasi-divine semble droit sortie d’un rêve. Et puis la beauté simple de l’amitié qui lie Reggiani et Bussières. Et le final bien sûr, traumatisant et inoubliable, qui donne à Simone Signoret l’un des plus beaux (si ce n’est le plus beau) plan de sa carrière. Oui, Casque d’or est un chef d’oeuvre.

Touchez pas au grisbi – de Jacques Becker – 1954

Posté : 30 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, BECKER Jacques, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Touchez pas au grisbi

Jacques Becker adapte Simonin, réinvente le polar français, et relance la carrière de Jean Gabin, en berne depuis le début de la guerre. Loin des rôles de prolétaires qu’il jouait dans ses chefs d’oeuvre des années 30, Gabin inaugure ici son personnage d’homme d’âge mur revenu de tout, un peu fatigué, qui ne le quittera plus qu’occasionnellement. Et il est magnifique, avec cette moue qui n’appartient qu’à lui, cet air d’avoir tout vu et de ne plus rien en avoir à foutre, cette envie manifeste de se poser, et d’arrêter de jouer au jeune qu’il n’est plus.

Avant-guerre, Gabin portait le poids du destin. Désormais, il porte le poids des ans. Et son interprétation tout en finesse épouse parfaitement le thème du film et l’approche de Becker, qui filme des mouvements trop appuyés, des déplacements, des tas de moments « en creux » comme ça qui montrent si bien la lassitude des personnages, et ces longs silences entre des personnages qui ont traversée des décennies côte à côte et qui s’aiment sans avoir à le dire ni à le montrer.

Avec une vision neuve des gangsters que l’on n’imaginerait pas dans le cinéma hollywoodien, et qui sonne très français : c’est aussi du pur Simonin, où le mot copain veut dire quelque chose. Cette scène où Max et Riton (René Dary) passent la nuit dans l’appartement du premier est merveilleuse : ces deux-là n’ont pas à se parler, ils se connaissent par cœur. Ils n’ont pas besoin de mots pour que leur intimité soit flagrante, dans leur manière de partager des biscottes, une salle de bain…

Plus qu’un film de gangster (qu’il est bien, avec tout le suspense et les séquences spectaculaires que cela implique), Touchez pas au grisbi est un superbe film mélancolique, le portrait d’un homme fatigué, magnifié par la superbe musique de Jean Wiener. C’est aussi le film qui révèle Jeanne Moreau et Lino Ventura (dans son tout premier rôle).

La dernière image, sobre et bouleversante. Gabin n’est plus tout à fait le même qu’avant la guerre. Mais il est toujours un comédien extraordinaire. Ce simple plan le prouve peut-être mieux que n’importe quel autre plan dans sa longue filmographie.

Goupi mains rouges – de Jacques Becker – 1943

Posté : 16 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, BECKER Jacques | Pas de commentaires »

Goupi mains rouges

Les Disparus de Saint-Agil en 1938, L’Assassinat du Père Noël en 1941… L’écrivain Pierre Véry a le vent en poupe à cette époque. Ses romans sont des best-sellers, leurs adaptations sont des chefs d’œuvre, et ce n’est pas celle-ci, qu’il a signée lui-même, qui fait exception : Goupi mains rouges est non seulement un film passionnant, mais c’est aussi celui qui a révélé le talent de Jacques Becker.

C’est aussi l’un des premiers qui présente une vision de la campagne et des paysans français aussi réaliste, authentique, attachante, et dénuée de tous les poncifs habituels. Dès les premières images, très belles, l’ambition de Becker est flagrante : le jeune cinéaste filme une campagne où la vie est rude, où les familles vivent encore en clans, et où les convoitises, les rancœurs et l’ennui sont constamment palpables.

Un monde à l’ancienne, qui contraste avec le microcosme parisien ou des grandes villes qui squatte le plus souvent les écrans, déjà à cette époque. Un contraste qu’aborde frontalement le film, avec ce personnage quasi-symbolique de « Monsieur » (à la campagne, tous ont surnom !), ce fils de paysan élevé loin de la campagne, qui rentre au pays après 25 ans passés dans la capitale, et dont l’arrivée s’accompagne d’une série de drames.

Le monde qu’il découvre est dur, parfois cruel. Les hommes et les femmes qu’il y rencontre sont des êtres fiers, pas facilement aimables, attachés à leur terre et à ce magot qu’ils recherchent depuis si longtemps. Mais ils ont aussi une noblesse qu’il faut du temps pour mettre à jour, tant leur aspect, leur comportement, et même leurs surnoms (« Mes sous », « Mains rouges », « L’empereur »…) semblent les réduire à de simples caractères.

Fernand Ledoux est ainsi formidable dans le rôle-titre, un personnage secondaire pourtant, taiseux bourru qui semble d’abord hostile, mais dont la sensibilité et la clairvoyance inattendue, ainsi que le regard qu’il porte sur ce monde, déjouent toute idée reçue. Et il y a Le Vigan aussi, faussement jovial, tristement pathétique, qui n’a peut-être jamais été aussi éblouissant et bouleversant que dans ce film. Tous les personnages sont à l’avenant d’ailleurs, d’une grande justesse, et jamais exactement ce qu’ils semblent être au premier abord.

 

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