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Archive pour la catégorie 'AUDIARD Jacques'

Les Frères Sisters (The Sisters Brothers) – de Jacques Audiard – 2018

Posté : 3 décembre, 2025 @ 8:00 dans 2010-2019, AUDIARD Jacques, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Frères Sisters (The Sisters Brothers) – de Jacques Audiard – 2018 dans 2010-2019 54934582279_f52f9c4809_z

Depuis le temps qu’il flirtait avec des influences hollywoodiennes, il était temps qu’Audiard franchisse vraiment le pas et signe vraiment un film américain. C’est chose faite. Et comme le gars a du panache et de l’ambition, il le fait avec le genre le plus authentiquement américain qui soit : le western. Signant en passant l’un des plus beaux fleurons du genre de la décennie.

Les Frères Sisters est un pur western. Pas même un western tardif dont l’intrigue se situerait au début de la révolution industrielle, qui lui permettrait d’aborder des motifs plus contemporains. Non : un western de la conquête, au milieu du XIXe siècle, dans un Ouest lointain et sauvage où la loi n’est pas encore installée.

Et c’est une superbe (et sanglante) errance que filme Audiard à travers ces paysages américains dont il capte la beauté aussi bien que les dangers, des grandes étendues désertes aux plages du Pacifique (l’occasion de remarquer que l’océan, si souvent évoqué dans les westerns, n’est finalement que très rarement à l’image), respectant les codes du genre tout en faisant quelque chose de profondément personnel.

Il ne faut qu’une poignée de secondes pour s’assurer que le spectacle sera audacieux, très original, et pourtant parfaitement respectueux du genre. Audiard ouvre en effet son film par une scène de tuerie assez classique dans le fond, totalement inédite dans la forme : dans une nuit profonde, des éclats de voix surgissent, suivis d’autres éclats, visuels cette fois : des coups de feu dont on ne voit que des étincelles, brèves et brutales.

Une autre chose interpelle dans cette première scène : la musique, signée Alexandre Desplat, qui tout en adoptant des sons proches de l’univers westernien habituel, résonne d’une manière brute et assez radicale, loin pour le coup des bandes sons hollywoodiennes de l’âge d’or du genre. Une musique qui revêt aussi une étonnante douceur pour un film aussi violent.

Douceur et violence sont d’ailleurs intimement liés dans ce film. Le voyage de ces deux tueurs à la recherche de l’homme qu’ils sont chargés de tuer salement, c’est aussi l’histoire de deux frères en quête de rédemption, qu’interprètent John C. Reilly et Joaquin Phoenix, deux acteurs formidables dont les rapports se révèlent étonnamment touchants.

Le film d’Audiard n’évite pas quelques longueurs. On le sent désireux de mettre à l’écran les moyens importants dont il dispose, filmant ainsi longuement les vastes paysages et les villes qui semblent se construisent au fil du voyage (des tentes rudimentaires jusqu’aux rues effervescentes de San Francisco). Mais il y a assurément un ton, une manière de transformer un pur film de genre, « un monde abominable », comme le décrit le personnage de Riz Ahmed, en une espèce de conte initiatique complexe, beau, et même très tendre.

Emilia Pérez (id.) – de Jacques Audiard – 2024

Posté : 6 septembre, 2024 @ 8:00 dans 2020-2029, AUDIARD Jacques, COMEDIES MUSICALES | Pas de commentaires »

Emilia Pérez

Totalement improbable sur le papier, le nouveau Jacques Audiard qui, après le film noir et le western, s’approprie un autre genre purement américain : la comédie musicale. A sa manière donc, racontant l’amitié naissante d’une avocate sans illusion avec un dangereux chef de gang décidé à devenir une femme, dans le Mexique des Cartels.

Aborder un tel sujet de société (le changement de sexe et ses conséquences psychologiques), dans un tel contexte de violence (le sentiment de danger et de brutalité est omniprésent), avec de vrais passages musicaux (chansons et chorégraphies comprises)… Voilà le genre d’ambition qui relève, selon le résultat, la maîtrise ou l’arrogance d’un cinéaste. Bonne nouvelle : Audiard a un talent fou, et une maîtrise extraordinaire.

Emilia Pérez n’est pas un film parfait : il y a bien une poignée de mouvements de caméra qui manquent un peu de nature, et quelques transitions un peu brutales entre les différentes séquences. Mais ça, c’est juste histoire d’expliquer pourquoi on hésite à parler de chef d’œuvre. Parce que, honnêtement, on n’en est pas bien loin. Et il y a dans ce film une envie de cinéma qui n’est vraiment pas courante.

Bien sûr, la notion même de film musical est un formidable catalyseur de cette envie de grand cinéma, qui explose dans une poignée de séquences extraordinaires, d’autant plus mémorables qu’elles s’inscrivent parfaitement dans le récit, soulignant les tourments des différents personnages. La meilleure, peut-être : la chanson rageuse de Zoe Saldana durant le gala de charité, d’une puissance émotionnelle et narrative imparable.

Elle est absolument sublime, Zoe Saldana, actrice que je découvre tardivement (oui, c’est vrai, elle était très bien dans Avatar, mais c’est quand même pas tout à fait pareil), mais dont je me risquerais bien à affirmer qu’elle trouve là le rôle de sa vie, le genre de rôle dont toute actrice doit secrètement rêver.

Elle mérite en tout cas totalement son prix d’interprétation à Cannes, qu’elle a idéalement partagé avec Karla Sofia Gascon, très intense dans le (formidable) rôle titre, et accessoirement première actrice trans récompensée à Cannes. Que Selena Gomez et Adriana Paz aient partagé ce prix peut quand même paraître discutable : elles ont beau être parfaites, leurs personnages (et leurs prestations) restent annexes.

Emilia Pérez est en tout cas un grand film, aussi généreux qu’ambitieux, un projet assez dingue qui accouche d’un film franchement dingue. Bref, le genre de films qui redonne foi au cinéma. Et malgré sa noirceur, on en sort comme régénéré, enthousiaste, emporté par l’humanité qui s’en dégage.

De rouille et d’os – de Jacques Audiard – 2012

Posté : 12 décembre, 2014 @ 3:20 dans 2010-2019, AUDIARD Jacques | 1 commentaire »

De rouille et d'os

Deux éclopés renaissent à la vie grâce à leur rencontre. Lui vit de petits boulots et de combats clandestins, et doit s’occuper de son fils de 5 ans dont il ne connaît à peu près rien. Elle est une dresseuse d’orque qu’un tragique accident prive de ses jambes… Le sujet est casse-gueule, promettant de belles envolées lyriques et de grandes scènes tire-larmes… Jacques Audiard en tire un chef d’oeuvre à la fois brut et délicat, sans artifice et d’une beauté sidérante.

Audiard filme Marion Cotillard amputée de ses jambes comme la regarde le personnage joué par Matthias Schoenaerts : avec naturel, sans s’appitoyer et sans s’apesantir. Comme si ce handicap n’était qu’un accident de la vie, et pas une fin en soi. Confiant en son sujet (tiré d’un roman de Craig Davidson), Audiard n’évite aucune des scènes attendues. Mais il les filme avec une sobriété radicale, pas comme « les grands moments à ne pas rater ».

Cette simplicité renforce la beauté de la rencontre. Elle rend aussi certaines scènes particulièrement éprouvantes. Parce qu’on le sait proche mais que la vie semble se dérouler normalement, l’imminence de l’accident en devient quasiment insupportable. Et pour filmer Marion Cotillard découvrant l’absence de ses jambes, il filme la chambre d’hôpital en plan large, sans artifice, retardant le moment de la découverte. Pas besoin de souligner quoi que ce soit, Audiard se place, avec pudeur, à la place du spectateur.

Si le film est aussi beau, c’est que ses deux personnages principaux sont passionnants, et parce qu’ils sont interprétés par deux comédiens en état de grâce. Schoenaerts, une découverte, et Marion Cotillard, qui n’a peut-être jamais été aussi bien que dans ce rôle difficile et franchement piège. Une femme perdue, clouée dans un fauteuil, fermée à la vie, qui se relève grâce à la rencontre avec ce type frustre et bestial qui la traite comme une femme, et non comme un freak.

Mais lui aussi a besoin d’être sauvé. Comme elle est prisonnière d’un corps estropié, lui est perdu dans un corps trop plein d’une énergie dont il ne sait que faire. Un type perdu, prêt à abandonner la partie. Il faut le voir durant un combat particulièrement violent, à terre, acceptant les coups avec fatalité, reprendre soudain le dessus et se redresser parce que son regard est tombé sur Stéphanie (Marion Cotillard), debout sur ses prothèses, boosté par sa volonté à elle.

C’est à une double renaissance que l’on assiste. Ces deux êtres paumés et paniqués par la vie qui les attendait, se trouvent et se reconstruisent. Pas si facile, pour ces deux écorchés, qui devront affronter leurs propres démons. Pour lui surtout, peut-être le plus largué des deux, qui devra accepter son amour pour elle, et son rôle de père, ce qu’il fera avec une rage déchirante (et avec ses poings), avant de s’ouvrir enfin dans une scène d’une simplicté et d’une beauté absolument sublimes…

 

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