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Archive pour la catégorie 'ALLEN Woody'

Un jour de pluie à New York (A rainy day in New York) – de Woody Allen – 2018/2019

Posté : 19 octobre, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Un jour de pluie à New York

Il y a plusieurs choses dans ce Woody Allen cuvée 2018-2019. D’abord, comme souvent (voire toujours) cette capacité à se renouveler film après film, tout en déclinant à l’envi les mêmes thèmes. Et on est bel et bien en terrain connu dans cet opus new-yorkais mettant en scène un nouvel avatar du cinéaste lui-même, bourgeois cinéphile en décalage avec les attentes de sa « classe ».

Dans le rôle, le jeune Timothée Chalamet s’en tire bien, réussissant l’essentiel : garder son style, sa personnalité, pour un personnage qui est, comme tant d’autres depuis que Woody se fait rare devant la caméra, une version rajeunie du réalisateur. Et il n’y a pas que les dialogues, forcément drôles et brillants, pour le rappeler : une intonation, un mouvement de la main… quelques détails comme ça évoquent furieusement le maître, mais le regard las de Chalamet fait des merveilles, apportant un décalage étrangement mélancolique au film.

Tant qu’on est dans les interprétations, saluons tout de suite celle d’Elle Fanning, merveilleuse en gamine émerveillée, un rien nunuche et pas si naïve, carrément géniale lorsqu’elle perd soudain tous ses moyens face à une star très entreprenante (Diego Luna, très bien itou). Sa fraîcheur fait des merveilles face à d’aussi bons acteurs que Liev Schreiber (toujours formidable, dans le rôle d’un cinéaste en pleine crise de confiance) ou Jude Law (en scénariste en pleine crise conjugale).

Après le sombre et amer Wonder Wheel, Woody Allen signe un film étonnamment juvénile, grâce à ses deux interprètes principaux bien sûr, mais aussi par sa manière de mettre en scène la découverte de la « magie new-yorkaise », comme un hommage constant aux grands classiques américains, Elle et lui en tête.

Woody n’a rien perdu de sa maîtrise, de sa fluidité légendaire, ni de son sens unique du dialogue et de la situation. Mais ce film-là surprend par son optimisme, sa légèreté et son désir de rendre la vie aussi belle que le cinéma. Même si tout ça est teinté d’une conscience du temps qui passe, et d’une touchante tendresse pour les « accidentés de la vie ». Le face-à-face entre le jeune Gatsby et sa mère est ainsi l’une des plus belles que Woody nous ait offert ces dernières années.

Nuits de Chine (Don’t drink the water) – de Woody Allen – 1994

Posté : 4 avril, 2019 @ 8:00 dans 1990-1999, ALLEN Woody, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Don't drink the water

« Yes it’s a crise, but so far it is our own private crise. »

Entre Coups de feu sur Broadway et Maudite Aphrodite, Woody Allen s’offre une sorte de récréation, un petit extra qui vient s’ajouter à sa production annuelle : ce téléfilm adapté de l’une de ses pièces à succès, qui avait d’ailleurs déjà été portée à l’écran en 1969, avec Jackie Gleason dans le rôle principal. Comme si, vingt-cinq ans plus tard, il avait voulu se réapproprier son œuvre.

« I wasn’t undecided, I just couldn’t make a decision. »

Bon, il le fait quand même sans trop se fouler. Ce téléfilm plein de folie est certes souvent très drôle et mené à un rythme d’enfer, mais il n’a pas l’élégance des productions habituelles d’Allen. Une réalisation un peu plan plan qui cantonne ce Don’t drink the water à son statut de sympathique curiosité.

« My daughter Susan… She was a cesarian. »

Woody Allen y interprète lui-même le rôle d’un touriste américain obligé de se réfugier avec sa famille dans l’ambassade à Moscou, les services secrets russes le prenant pour un espion après qu’il a photographié des monuments de la capitale. C’est que l’action se déroule dans les années 60, en pleine guerre froide (étonnant d’ailleurs que Crisis in six scenes, l’autre incursion de Woody Allen sur le petit écran, se déroule à la même époque).

« How could he be not romantic ? He’s a skin doctor. »

On ne sort qu’à de très rares occasions de cette ambassade, héritage théâtral oblige. Et les personnages y défilent, tous plus dingues les uns que les autres. Parmi eux : un apprenti magicien (Dom De Luise, en roue libre et un peu fatiguant) coincé là depuis six ans. En l’absence de son père, c’est le fils de l’ambassadeur qui tente maladroitement de canaliser toute cette énergie. Il est interprété par un Michael J. Fox très à son aise dans cet univers allenien.

« Why do you have to pick up strange objects ? – That’s how we met. »

Comme toujours chez Woody Allen, les répliques fusent, et font souvent mouches. C’est un peu vain sans doute, c’est très mineur pour sûr, mais ça se voit avec un vrai plaisir, comme un petit bonus dans la filmographie du grand Woody.

« I’m married, I’m not an escaper. »

Crisis in six scenes (id.) – de Woody Allen – 2016

Posté : 29 mars, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, ALLEN Woody, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Crisis in six scenes

C’était l’époque où tout allait bien entre Woody Allen et Amazon. Une époque lointaine : 2016, alors que tout souriait au jeune octogénaire, qui enchaînait les réussites (artistiques et commerciales) à son rythme immuable d’un film par an. Cette année-là, le cinéaste entame une collaboration qui s’annonce fructueuse avec la plateforme, qui distribue son Café Society et le convainc de réaliser pour elle sa première série télé.

Un projet forcément excitant, pour lequel Woody Allen a toute liberté de faire ce qu’il veut. Le résultat est du pur Woody Allen, mais laisse quelque peu dubitatif. A vrai dire, Crisis in six scenes a tout du rendez-vous manqué, ou de la fausse bonne idée. Une série ? Ce projet en a vaguement la forme : six épisodes (d’une bonne vingtaine de minutes chacun), avec à chaque fois une dernière image ou une dernière réplique qui fait timidement office de cliffhanger…

Visiblement pas passionné par ce nouveau langage que représente pour lui la série télé, avec toutes les opportunités que cela peut lui offrir, Woody Allen fait ce qu’il fait depuis des décennies, et comme il l’aurait fait pour le cinéma, si ce n’est qu’il s’agit d’une œuvre de commande… et du plus long de ses longs métrages, avec ses quelques 2h15 pas si bien remplies que ça, et surtout pas si originales que ça.

On l’attendait en liberté, on l’espérait en mode expérimental, et voilà qu’on le trouve en terrain connu et archi-balisé. Woody Allen lui-même, donc, en écrivain raté, casanier et hypocondriaque, dont la vie bien ordonnée va être bouleversée par l’arrivée d’une jeune révolutionnaire recherchée par la police (Miley Cyrus): la jeune femme va révéler les personnalités cachées de son épouse (Elaine May, très bien), sexologue pour couples en crises avec une tendance fort prononcée pour le vin blanc, et leur protégé, fils de bonne famille destiné à une carrière dans la finance.

Un détail qui n’en est pas un : l’histoire se déroule durant les années 60, une époque de grande turbulence aux Etats-Unis. Confronter le personnage si familier et si immuable de Woody Allen à ces bouleversements qui affectent directement sa routine (jusqu’à une dernière séquence bordélique et réjouissante) est la meilleure idée du film. Pardon, de la série.

C’est un Woody Allen sans grande surprise, donc, qui rappelle par bien des aspects ses films les plus paresseux des années 90. Mais même en mode mineur, on retrouve l’élégance de sa mise en scène et son sens du dialogue tout de même génial : « We can build on guacamole », lance ainsi Elaine May à un couple que rien ou presque ne rapproche… Et puis Woody n’avait plus tenu le rôle principal d’un de ses films depuis près de quinze ans (Hollywood Ending). Et vu ses problèmes actuels, ce pourrait bien être son dernier rôle…

Minuit à Paris (Midnight in Paris) – de Woody Allen – 2011

Posté : 20 décembre, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, ALLEN Woody, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Minuit à Paris

La tournée européenne de Woody Allen se poursuit à Paris, avec une nouvelle fournée d’images de cartes postales qui devraient être insupportables, et qui se révèlent tout simplement magiques. Qui d’autre que lui aurait pu rendre si belles de telles images fantasmées d’un Paris romantique à l’excès ? Il faut dire que, que ce soit à Londres, Barcelone ou Paris, Woody Allen n’a jamais prétendu être autre chose que ce qu’il est : un Américain fortuné et privilégié, qui découvre une ville étrangère avec les yeux d’un Américain fortuné et privilégié.

Ce parti-pris est particulièrement beau dans ce film, dont le personnage principal fantasme une certaine vision figée dans le passé d’une ville dont il ne connaît finalement que les grandes figures mythiques. Ce personnage, nouvel alter ego de Woody (l’un des meilleurs), c’est Owen Wilson : un apprenti romancier (forcément) dont le rêve se réalise lorsque, chaque soir après minuit, une voiture avec chauffeur l’emmène au cœur du Paris des années 20.

Là, dans ce Paris fantasmé, tous ceux qu’il croise sont des mythes de son panthéon personnel : Scott Fitzgerald et sa femme Zelda, Ernest Hemingway, Pablo Picasso, Salvador Dali et tant d’autres qui semblent constituer toute la population de ce Paris-là. Rien d’étonnant : ce voyage dans le temps est une mise en image de sa vision de Paris, tellement plus belle et romantique que le Paris qu’il fréquente vraiment, peuplé d’une fiancée belle mais odieuse (Rachel McAdams) et d’Américains mesquins ou pédants.

Woody Allen utilise le fantastique pour mieux témoigner des beautés changeantes et pourtant immuables de la ville. Bien sûr, on est aux antipodes du Paris de Frantic par exemple, nettement plus ancré dans la réalité. Mais Woody Allen, plus que jamais, se moque des contraintes de la réalité. Ce sont les sentiments qui le motivent, et le plaisir, gourmand, de confronter ses propres fantasmes, ses propres rêves, à que l’on accepte malgré tout.

Minuit à Paris est une déclaration d’amour à Paris ? C’est aussi un magnifique conte philosophique qui invite à réaliser ses rêves. Un film initiatique, presque, et une merveilleuse virée romantique et pleine de surprises, menée par un casting assez impressionnant, de Marion Cotillard à Adrien Brody en passant par Kathy Bates, Léa Seydoux et, même, Gad Elmaleh et Carla Bruni. Du grand Woody, léger, bienveillant et euphorisant.

Wonder Wheel (id.) – de Woody Allen – 2017

Posté : 8 avril, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Wonder Wheel

C’est tout Woody, ça, ce talent pour nous embarquer dans son univers en nous faisant oublier l’impression de déjà-vu, voire même de facilité, qui nous éfleure dans les premières minutes. Le décor (Coney Island), l’époque (les années 50), le narrateur (Woody lui-même autrefois, Justin Timberlake aujourd’hui, mais c’est tout comme), l’éternel chassé-croisé amoureux… Oui, on est en terrain connu. Mais qu’importe, ou plutôt tant mieux d’ailleurs : ce qu’on aime avant tout chez lui, c’est cette petite musique à la fois familière (et confortable, d’une certaine manière) et bousculante.

Et c’est particulièrement vrai avec ce Wonder Wheel, film ambitieux (la reconstitution est belle, les figurants inhabituellement nombreux) et sans doute très personnel. On peut d’ailleurs souligner qu’il a le sens du timing, lui qui nous sort son film qui évoque plus qu’aucun autre sa propre situation amoureuse (rappelons qu’il a épousé la fille adoptive de son ex-compagne, Mia Farrow) alors qu’il se retrouve accusé d’abus sexuels sur sa propre fille adoptive.

Forcément, ce contexte porte une lumière sur ce film. Parce qu’il est question d’un homme qui a une aventure avec une quadragénaire, avant de tomber amoureux de la belle-fille de cette dernière. Mais rien de sulfureux pour autant, les contempteurs de Woody Allen peuvent y aller les yeux fermés.

Ce qui serait d’ailleurs une ânerie, surtout que ce film-ci est, visuellement, l’un des plus beaux de son auteur. La photographie de Vittorio Storaro (directeur de la photo de Bertolucci, mais aussi du Coppola d’Apocalypse Now) est somptueuse, alternance de lumières chaudes et de teintes grises qui épousent parfaitement, parfois à l’intérieur d’une même scène, les états d’âmes des personnages, particulièrement de Kate Winslet.

Et ils sont changeants, ses états d’âmes, elle qui trouve un rôle superbe ici, dans la lignée de la Cate Blanchett de Blue Jasmine. Wonder Wheel est clairement dans cette lignée : le portrait d’une femme hantée par son passé et par ses échecs, et qui se raccroche avec l’énergie du désespoir à son dernier espoir de rédemption, qui prend les allures d’un beau sauveteur et apprenti écrivain (Justin Timberlake, excellent).

Ajoutez à ça un mari beauf et parfois violent mais aussi extraordinairement humain (James Belushi, exceptionnel dans ce qui est sans doute son meilleur rôle), et sa fille faussement ingénue (Juno Temple, parfaite itou), et vous avez le quatuor maudit d’une tragédie déchirante et fascinante, à laquelle la petite musique de Woody, si familière, donne une dimension intime absolument bouleversante.

Quant à Kate Winslet, eh bien elle est tout simplement prodigieuse, femme détruite qui semble gagner ou perdre 10 ans selon la scène, dont le regard oscille constamment entre la détresse et l’attente, avec ce grain de folie que l’on sent prêt à grandir et à tout recouvrir.

Après la légèreté de Café Society, Woody Allen revient à sa veine la plus sombre avec Wonder Wheel. Et ça lui va tout aussi bien.

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (You will meet a tall dark stranger) – de Woody Allen – 2010

Posté : 19 janvier, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu

C’est la marque des grands, ça : on voit ce film en se disant que c’est un Woody Allen « dans la norme », presque banal finalement. Et pourtant, on se laisse entraîner d’emblée par le charme de cette petite chose sans prétention, et c’est tellement supérieur à à peu près tout ce qui se fait par ailleurs. La musique, la voix off, le montage fait de flash-backs et d’allers-retours d’un personnage à l’autre… On est en terrain connu, mais tout ça est formidablement maîtrisé, et donne au film un rythme absolument irrésistible.

Et puis il a beau paraître tout léger, ce Woody Allen-là, le destin de ces deux couples de générations différentes qui se séparent en pensant trouver le bonheur ailleurs est teinté d’une amertume inhabituelle. Avec un vrai pessimisme, aussi : des quatre protagonistes principaux, ce n’est pas celui/celle que l’on attend qui saura trouver un vrai nouveau départ.

Entre tristesse (Naomi Watts, qui se rêve un amour qui n’existe pas), cynisme (Josh Brolin qui se perd dans un terrible mensonge), pathétique (Anthony Hopkins qui fait rire jaune avec sa fiancée achetée pas si bon marché), et frappadingue (Gemma Jones qui prend toutes ses décisions en s’appuyant sur sa diseuse d’avenir), c’est une belle brochette de paumés que filme Woody.

Finalement, derrière la comédie, enlevée et souvent très drôle, c’est un immense gâchis qu’il montre : le chant des sirènes peut être très cruel…

Whatever works (id.) – de Woody Allen – 2009

Posté : 3 mai, 2017 @ 8:00 dans 2000-2009, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Whatever works

Le plus New-Yorkais des cinéastes américains a tourné tous ses films en Europe entre 2004 et 2012, à une exception près : ce Whatever works, qui marque ses retrouvailles avec « sa » ville, et avec un ton qui rappelle ses grands classiques d’hier, ces films dont il tenait immanquablement le premier rôle avec cet éternel personnage d’angoissé insatisfait aux aphorismes irrésistibles.

Les premières minutes de Whatever works sont d’ailleurs un peu déstabilisantes. Parce que ce personnage de génie vieillissant et trop lucide ressemble furieusement à celui qu’il a incarné si souvent. Et que pour une fois, ce n’est pas lui qui est à l’écran, mais Larry David, homme de télévision très célèbre en Amérique, moins chez nous. Généralement, Woody Allen ne filmait des alter-egos que lorsqu’il était touché par la limite d’âge (comme Kenneth Branagh dans Celebrity). Ce n’est pas le cas ici, et l’envie d’entendre Woody débiter lui-même ces répliques sarcastiques est forte…

Et puis Larry David, qui paraissait d’abord singeait Woody, finit par s’imposer. Et son personnage par révéler sa singularité. Oui, il y a des similarités avec le traditionnel personnage allenien. Mais Boris Yellinikoff a sa propre singularité, une manière toute personnelle d’affronter les pires aspects de la vie, de se préparer constamment pour son issue tragique, et grosso-modo de mépriser le monde entier, y compris de jeunes enfants à qui il enseigne les échecs avec un mépris pas même dissimulé… et du coup à mourir de rire.

Boris est un homme volontiers méchant, mais dont le refus de se plier aux conventions sociales finit par éveiller ceux qui l’entourent à eux-mêmes. Et c’est tout le sujet de ce film faussement cynique, et profondément optimiste d’une manière inattendue : la manière dont chacun trouve sa place, la nécessité de tirer un trait sur ce que l’on croit être la vérité pour découvrir sa propre vérité.

Ce qui est beau dans Whatever works, c’est la manière dont Woody Allen amène l’émotion dans des moments de pure comédie où le cynisme semble dominer. Derrière le rictus trop détaché de Larry David, il y a une fêlure, une solitude, et un besoin de l’autre qui ne sont jamais clairement reconnus.

Et derrière ces couples (ou trios) qui se font ou se défont, aussi improbables qu’ils puissent être (un sexagénaire et une jeune femme qui pourrait être sa petite-fille, un catho réac qui découvre son homosexualité, une quinqua coincée qui se lance dans un ménage à trois), Woody fait montre d’une foi en l’être humain et d’un optimisme qu’on ne lui avait plus vus depuis longtemps, avec une propension au bonheur assez inattendue chez lui.

Vicky Cristina Barcelona (id.) – de Woody Allen – 2008

Posté : 7 juillet, 2016 @ 8:00 dans 2000-2009, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Vicky Cristina Barcelona

Woody continue son tour d’Europe avec cette nouvelle carte postale, envoyée cette fois de Catalogne. Point de meurtrier à l’horizon, cette fois : si l’Angleterre poussait le réalisateur au crime, l’Espagne réveille plutôt son âme romantique, teintée de libertinage. Mais la manière de filmer le pays reste, comme pour ceux tournés à Londres ou à Paris, clairement celle d’un Américain.

On a donc droit à une visite en règle de la capitale catalane, avec dialogue au pied de la fameuse Salamandre du parc Gaudi. Caricatural ? Un peu, sans doute, mais cette vision touristique tient aussi à la nature des personnages : deux touristes américaines (riches et artistes, bien sûr) qui viennent passer un été en Espagne. Une sorte de luxueux film de vacances, donc.

C’est, paradoxalement, la force du film : Woody filme une parenthèse. Inoubliable, certes, mais sans grande conséquence pour ces deux jeunes femmes qui repartiront à la fin de l’été et retrouveront leurs vies dans le même état qu’elles les avaient laissées en partant. Elles-mêmes, quand même, auront appris au passage quelques petites choses sur la vie et sur elles. Un été comme tant d’autres, finalement.

Pas plus d’originalité du côté des personnages. Les deux amies américaines sont aussi belles que différentes (la blonde et libre Scarlett Johansson, la brune et plus coincée Rebecca Hall), l’Espagnol qui les fait chavirer est un artiste à la sexualité éclatante (Javier Bardem, animal), et son ancienne femme est une hystérique exubérante (Penelope Cruz). De purs stéréotypes.

Mais alors, d’où vient de charme immense du film ? Des acteurs, justement ; mais aussi des décors trop beaux pour être vrais, de la lumière chaude, de ce sentiment de liberté omniprésent, et surtout de ces petits riens qui dérangent les certitudes de tous ces personnages qui se croisent, s’aiment, s’enrichissent et se bousculent. Vicky Cristina Barcelona est une petite chose sans conséquence ? C’est justement ce qui fait son charme.

Café Society (Cafe Society) – de Woody Allen – 2016

Posté : 5 juillet, 2016 @ 2:55 dans 2010-2019, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Café Society

En deux plans qui se répondent, à la toute fin du film, Woody Allen crée l’une de ces immenses émotions dont il a le secret… Mais comment fait-il, ce magicien, pour continuer à surprendre film après film, en usant depuis des décennies des thèmes et des ficelles que l’on connaît par cœur. Café Society est une sorte de mix de toute le cinéma allenien. C’est aussi une bulle de bonheur aussi réjouissante et aussi légère que Magic in the Moonlight.

Woody renoue avec plusieurs choses. Le film « historique » d’abord : on est dans les années 30, en plein âge d’or d’Hollywood. Et comme dans Coups de feu sur Broadway ou Accords et désaccords, ce voyage dans le temps se fait sur fond de création artistique (le cinéma ici, même s’il n’est qu’une toile de fonds). Et puis, comme il l’a déjà fait à plusieurs reprises, le film est entièrement construit sur une voix off omnisciente qui raconte l’histoire en adoptant des points de vue différents : c’est celle de Woody Allen lui-même, qui, même s’il n’apparaît jamais à l’écran, donne un rythme si particulier au film.

Woody a aussi un don pour créer des couples inattendus. Ici, c’est Jesse Eisenberg et Kristen Stewart, dont toutes les scènes communes sont des petits moments de pur bonheur. Il offre aussi à Steve Carell le très beau rôle du tonton producteur frappé par le démon de midi. Quand on imagine que c’est Bruce Willis qui a commencé le tournage avant de se faire virer, on frémit un peu…

Les clichés ne sont pas toujours très loin. Les choix esthétiques d’abord : une image presque jaune pour Hollywood, plus bleue pour Manhattan. Et puis comme souvent chez Allen, le personnage du frère gangster est proche de la parodie et n’est jamais pris totalement au sérieux. Mais le film est un modèle de construction, un petit bijou léger, drôle et mélancolique à la fois. Du pur plaisir…

Le Rêve de Cassandre (Cassandra’s Dream) – de Woody Allen – 2007

Posté : 14 janvier, 2016 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Le Rêve de Cassandre

Après Match Point et Scoop, Woody Allen clôt une sorte de trilogie criminelle anglaise. « Sorte », parce que autant les deux précédents présentaient une vraie parenté, autant celui-ci s’en démarque par un ton inhabituellement sombre pour le cinéaste, qui signe un authentique film noir, sans la légèreté apparente et l’aspect lumineux de la plupart de ses « films criminels ».

Le film permet à Woody d’explorer des rivages jusqu’alors inconnus. Notamment en installant une atmosphère extrêmement dure, avec une lumière et un ciel londoniens qui semblent constamment peser sur les personnages. Mais aussi en quittant la bonne société pour un quartier populaire de Londres, où vivent deux frères avec leurs parents vieillissants, évoquant à longueur de journée la réussite d’un oncle parti faire fortune au bout du monde.

Ces deux frères sont des nouveaux venus dans le cinéma d’Allen : Ewan McGregor et Colin Farrell, que Woody Allen filme le plus souvent côte à côte, partageant l’écran avec une complicité fraternelle absolument formidable. Deux frères qui, un peu par sens de la famille, beaucoup pour s’assurer un meilleur avenir, acceptent de tuer un inconnu…

Des personnages sans histoire qui décident de commettre un crime. Le thème a déjà été et sera encore exploré par le cinéaste. Mais cette fois, aucune ironie, aucun semblant de comédie… Juste le poids du destin, et celui des rêves brisés, pour un film particulièrement intense, où Woody Allen joue avec sadisme avec nos émotions. Quatre moments, en apparence simple, atteignent ainsi des sommets…

Le premier est un simple plan, en apparence banal : un panoramique suivant le premier départ du bateau acheté par les deux frères, et qui submerge le spectateur d’une vague de bien-être, comme si l’avenir était tout tracé.

Le deuxième est tout simple, lui aussi : les parents des frères observant leurs enfants par la fenêtre. Lui d’habitude taiseux annonçant qu’il avait encore rêvé des garçons. Elle soudain attentive à son inquiétude… L’image banale d’un couple dans la pénombre d’une cuisine, tendre et cruellement conscient de l’avenir.

Et puis, après une série de séquences où le crime est constamment repoussé, où le grotesque flirte avec le suspense, deux coups de feu qui claquent dans la nuit, hors champs. Littéralement glaçant. Là, Woody Allen se met au niveau des plus grands spécialistes du noir : durant de longues minutes, il a fait plané le doute, jouant avec la tension et les espoirs de ses personnages et des spectateurs, étirant au maximum cette angoissante attente. Jusqu’à ce dénouement explosif qui semble raisonner de longues minutes.

Enfin, après cette douloureuse descente aux enfers, et alors que le fantôme de Match Point (et du futur L’Homme irrationnel) plane sur le personnage « fort » d’Ewan McGregor, alors que l’engrenage de la violence le pousse aux portes de l’horreur absolue, cette canette soudain brisée. Et les deux frères qui acceptent leur destin dans la rage…

Le Rêve de Cassandre, déjà oublié, est pourtant l’un des grands films de Woody Allen de ces dernières années. Un film destabilisant, certes, dénué du charme léger et de l’ironie de ses précédentes réussites. Mais aussi l’un de ses plus intenses.

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