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Archive pour la catégorie 'par réalisateurs'

L’Homme que j’ai tué (Broken Lullaby) – de Ernst Lubitsch – 1932

Posté : 6 décembre, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, LUBITSCH Ernst | Pas de commentaires »

L'Homme que j'ai tué

Film méconnu de Lubitsch, et film magnifique que cette adaptation de la pièce pacifiste de Maurice Rostand (dont François Ozon s’inspirera pour Frantz), que le cinéaste s’approprie totalement pour en faire une œuvre très personnelle. L’histoire commence le 11 novembre 1919, un an après la fin de la première guerre mondiale. Le film, lui, est tourné un an avant l’accession de Hitler au pouvoir. L’écho entre ces deux époques est évident : Lubitsch, juif allemand exilé aux Etats-Unis, porte un regard désabusé sur cette tradition de la haine qui survit à 9 millions de morts, et qui en annonce d’autres.

Contrairement à To be or not to be, Lubitsch n’aborde pas ce sujet brûlant sous l’angle de la comédie, même si la manière dont il filme les habitants de cette petite ville allemande a ce petit quelque chose, cette vivacité presque burlesque, qui rappelle les meilleures comédies du cinéaste. Mais la séquence d’ouverture, rapide et virtuose, donne un tout autre ton, notamment ce plan formidable montrant le glorieux défilé militaire du point de vue d’un vétéran amputé d’une jambe. Il y a d’emblée une succession de plans d’une incroyable puissance qui se répondent pour dire mieux que de longs dialogues l’état de la France victorieuse.

Et c’est ainsi qu’on découvre le « héros » : dans une église qui s’est vidée pour ne laisser qu’une forme discrète entre deux bancs. La caméra se rapproche, pour filmer en gros plans deux mains jointes en prière, celles d’un jeune homme hanté par le regard du soldat allemand qu’il a tué, et dont il décide d’aller voir les parents en Allemagne pour implorer leur pardon…

Comme souvent chez Lubitsch, les gros plans sont particulièrement importants dans ce film. C’est également par ses mains dignes et fatiguées que l’on découvre la mère du jeune Allemand tué. A l’inverse, c’est l’indécence du coquet qui remonte ses jambes de pantalon qui dit tout le ridicule et la mesquinerie de ce notable qui veut épouser Elsa, la jolie fiancée de l’Allemand mort dans les tranchées. Elsa, elle, tombera comme ses « beaux parents » sous le charme du Français, Paul, désormais incapable d’avouer son crime.

Déchirant et engagé, Broken Lullaby n’est jamais pesant ou sinistre. Et c’est bien un film plein de vie, qui parle de la mort, que signe Lubitsch. Un film plein d’idées géniales qui pourraient venir d’une comédie, comme cette marche romantique des amoureux à travers la ville, au son des « ding » des portes de magasins qui s’ouvrent les unes après les autres à leur passage, ou encore cet unijambiste qui se lève pour serrer la main du vieil homme qui en termine avec la haine dans un discours d’une justesse et d’une force rares : c’est le grand Lionel Barrymore, dans le rôle du père en deuil qui renoue avec la vie.

Ce retour à la vie se fait aussi en musique, dans une dernière scène totalement apaisée où la caméra de Lubitsch, désormais, se pose et reste fixée sur les vieux époux enfin réconciliés avec la vie. Un long plan dont la sérénité répond au fracas et à la virtuosité de la séquence d’ouverture. Il y a certes du cynisme derrière cette paix retrouvée, qui ne repose que sur un mensonge, mais il y a aussi le choix de l’espoir. Et c’est absolument magnifique.

The Oath / Le Serment d’Hippocrate (Eidurinn) – de Baltasar Kormakur – 2016

Posté : 5 décembre, 2017 @ 8:00 dans * Polars européens, 2010-2019, KORMAKUR Baltasar | Pas de commentaires »

The Oath

Vaut-il mieux être un réalisateur lambda à Hollywood ou une icône dans son (petit) pays ? Baltasar Kormakur n’a jamais vraiment eu à choisir. Depuis que l’acteur-réalisateur, multi-récompensé en Europe, a fait ses premiers pas en Amérique, il mène une carrière internationale assez impressionnante. Et après deux grosses productions (2 Guns et Everest), c’est en Islande et avec un budget nettement plus restreint qu’il signe l’un de ses meilleurs films.

Avec The Oath (« le serment »), thriller noir captivant et troublant, Kormakur signe un film forcément personnel : réalisateur, producteur, scénariste, il en est aussi l’acteur vedette, présent quasiment dans chaque plan. En chirurgien qui décide de prendre les choses en main pour sauver sa fille, sous la coupe d’un dealer, la police étant impuissante, il est un peu le double négatif d’un Charles Bronson des mauvais jours.

Car si le scénario empreinte dans un premier temps le chemin du vigilante, c’est pour mieux s’en détourner, et souligner la terrible impasse de la violence. Kormakur, acteur, est absolument formidable dans ce rôle tout en intériorité. Pas besoin de grande expansion pour que soit perceptible la panique du père, et le profond malaise de ce chirurgien qui s’enferme dans une spirale de violence qui va le pousser à jouer avec une vie humaine.

Aucun héroïsme, aucune gloire derrière le sacrifice de ce père acculé, qui s’enfonce plus ou moins consciemment vers le point de non-retour. Pas d’espoir ni de solution miracle non plus : dans ces paysages somptueux et mornes à la fois, la violence et le mal-être semblent omniprésents. Kormakur filme ces paysages avec une sorte de langueur superbe, porté par une très belle musique, qui donne à son film un rythme fascinant.

D’une efficacité redoutable et d’une grande justesse, The Oath est un thriller intime et inconfortable, assez magnifique.

Le Procès Paradine (The Paradine Case) – d’Alfred Hitchcock – 1947

Posté : 4 décembre, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Le Procès Paradine

Les procès ont souvent été importants dans les films d’Hitchcock, mais avec presque toujours une manière originale de simplement les évoquer, ou de n’en retenir que quelques fragments. Il n’était donc que justice qu’il consacre un film entier à l’appareil judiciaire. Et de fait, le titre n’est pas trompeur : le procès est bel et bien central dans ce beau film noir, paradoxalement quasiment dépourvu de suspense. En tant que genre, le « film de procès » est pourtant un grand pourvoyeur de frissons. Hitch, forcément, prend le contre-pied.

Il y a pourtant une vraie interrogation au cœur de ce procès : Mrs Paradine a-t-elle tué son mari ? Mais jamais le film ne devient un vrai thriller. Le vrai moteur d’Hitchcock ici, c’est le trouble amoureux que ressent Gregory Peck, amoureux (bien) marié, mais mystérieusement attiré par sa cliente au comportement si trouble. Un sujet très hitchcockien d’ailleurs : le personnage évoque la Joan Fontaine de Soupçons, ou encore le James Stewart de Sueurs froides.

Gregory Peck est très bien dans ce rôle de grand avocat dont la stature tremble. Mais malgré sa prestation impeccable, malgré la présence de l’ogre Charles Laughton (qui nous offre un extraordinaire numéro de vieux dégueulasse, précurseur d’Harvey Weinstein, dans une scène hallucinante de harcèlement « mine de rien »), ce sont les femmes qui captent l’écran dans ce film : c’est à elles que Hitchcock réservent les plus beaux gros plans, et ils sont nombreux ces gros plans, qui semblent aller chercher le trouble caché de ces femmes laissées dans l’ombre dans cet univers très masculin de la justice.

Dans le rôle de la femme méprisée de Laugton, Ethel Barrymore est magnifique et déchirante, à la fois soumise et terrorisée, mais aussi étrangement aimante. Dans le rôle de l’épouse si douce de Gregory Peck, Ann Todd est elle aussi parfaite : condamnée à rester derrière, elle est pourtant le personnage le plus fort, le plus digne de ce microcosme pas si idyllique.

Mais c’est Alida Valli qui a droit aux scènes les plus fortes : les images très fortes de son arrivée en prison, qui contrastent avec l’opulence de son ancienne vie (et de son avocat), et de nombreux gros plans que Hitch lui réserve. Excellent film noir, Le Procès Paradine reste d’ailleurs dans les esprits en grande partie pour ces gros plans, et particulièrement celui, fameux, du prétoire, lorsque la caméra, qui cadre le visage d’Alida Valli, capte l’entrée de Louis Jourdan derrière elle, et sa marche vers la barre des témoins. Un plan incroyable qui mériterait à lui seul de voir le film.

La Momie (The Mummy) – d’Alex Kurtzman – 2017

Posté : 3 décembre, 2017 @ 8:00 dans 2010-2019, CRUISE Tom, FANTASTIQUE/SF, KURTZMAN Alex | Pas de commentaires »

La Momie

« Bon, les gars, faut trouver quelque chose. Vous êtes sûrs qu’on n’a pas un ou deux super-héros qui traînent dans les cartons ?
- Ben non patron. DC et Marvel se partagent à peu près tout ce qu’il y a sur le marché.
- Des jouets alors ? Des voitures-robots ? Des figurines à la con ? N’importe quoi…
- Rien de tout ça, patron. On a bien nos vieux monstres, mais ils n’ont pas servis depuis longtemps. Je sais même pas si les gens s’en souviennent. Vous savez ? L’homme invisible, le loup-garou, la créature de Frankenstein, Dracula. C’est un peu poussiéreux, mais bon…
- Eh ! Voilà l’idée de génie. On sort tout ça des cartons, on ripoline, on rajoute des cascades, le monde à sauver, et on lance toute une série de films qui seraient reliés les uns aux autres. Allez, on en annonce cinq, six… dix !
- Mais si ça marche pas ?
- Oh ta gueule. On passe pour quoi, nous, si on n’a pas notre univers étendu ? Tu veux quand même pas qu »on trouve une idée neuve à chaque nouvelle production ? Ce qu’il faut, c’est un lien entre tout ça. Tiens, on va mettre le Docteur Jekyll à la tête d’une organisation secrète qui œuvrerait dans l’ombre contre les forces du Mal, de nos jours, à Londres.
- Pourquoi Jekyll ?
- Tu préfères le fantôme de l’opéra ?
- Ben non.
- Bon, ben Jekyll alors.
- Et si on commençait par remettre la Momie au goût du jour ?
- Pourquoi la Momie ?
- Ben, un vieux monstre enterré depuis longtemps qui ressort au grand jour, vous voyez la symbolique pour notre Dark Uninerse…
- Le Dark Universe ! Pas mal comme appellation : c’est sombre, c’est Universal, c’est parfait. A propos, on fait quoi : horreur, action, humour ?… Oh, et puis oubliez la question, on va mélanger tout ça, toute façon tout sera recouvert par les effets spéciaux, on verra pas bien les détails.
- Dites, ça n’a rien à voir, mais Tom Cruise est disponible.
- De mieux en mieux, ce serait une super affiche pour un lancement. Bien, vous me grattez un scénar pour mélanger tout ça, et vous me glissez une séquence dans un avion en chute libre : Tom rêve de tourner en gravité zéro. Si on lui livre ça clé en main, il ne dira pas non. »

Et voilà comment la navrante folie hollywoodienne actuelle accouche d’un film qui ne ressemble à rien. Pas ennuyeux, et même assez plaisant par moments, mais d’une manière générale franchement navrant. Un film qui utilise l’islamisme radical comme un objet de dérision très léger, qui hésite constamment sur le ton à adopter, et qui tourne au grand-guignol.

Un film, surtout, conçu comme le lancement d’une série qui ne verra peut-être jamais le jour, vu l’accueil public plus que mitigé. C’est d’ailleurs tout le malheur qu’on souhaite à Tom Cruise, à qui on ne pardonnerait pas de rempiler, et à Russel Crowe qui, dans le rôle court mais central de Jekyll et Hyde, a signé pour l’ensemble du Dark Universe. Si c’est pas triste une carrière sur le déclin…

L’Homme tranquille (The Quiet Man) – de John Ford – 1952

Posté : 2 décembre, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, BOND Ward, FORD John, O'HARA Maureen, WAYNE John | Pas de commentaires »

L'Homme tranquille

Y a-t-il plus belle déclaration d’amour à l’Irlande que la chevelure flamboyante de Maureen O’Hara sur l’herbe d’un vert irréel des paysages ? Voilà en tout cas un Ford aussi modeste qu’immense. Modeste, parce qu’il s’agit au fond d’une simple histoire d’amour, même si le film évoque aussi la fin des traditions, le choc des civilisations, le poids du passé. Mais tout ça, au fond, n’a pas grande importance. Et immense… eh bien parce que c’est d’une beauté, d’une pureté, d’une simplicité aussi absolues. Et parce que c’est magnifique, tout simplement.

Et puis aussi parce que Ford ne pose pas un regard béât sur ce pays et ces gens qu’il aime tant. Les paysages sont superbes, les personnages sont extraordinairement attachants, mais il y a aussi une présence parfois pesantes des traditions ancestrales dans cette communauté, qu’il n’estompe pas vraiment, même s’il préfère en sourire plutôt que d’en faire une vraie critique. Ce qui ressort quand même de ce film, c’est la belle harmonie qui règne dans ce petit village irlandais. Si bien que le principal drame qui se noue, et qui noue l’estomac, concerne le sort du révérend (formidable Arthur Shields), menacé de devoir partir faute de fidèles.

Parce que, bien sûr, il ne fait aucun doute que Maureen O’Hara et John Wayne finiront ensemble. Entre eux, c’est fusionnel autant qu’explosif dès le premier regard. Il y a comme ça des couples d’une évidence absolue sur un écran, et c’est dans ce film qu’il est le plus évident, le plus émouvant, le plus enthousiasmant. Mais que les écueils que ces deux-là rencontrent sont réjouissants, contrariés par l’implacable grand frère Victor MacLaglen, chaperonnés par le génial Barry Fitzgerald, incarnation rêvée de l’Irlandais cher au cœur de Ford (très porté sur le whisky, donc).

Et il y a ce final éblouissant dans lequel Ford s’amuse à sa manière de la figure féministe et libre de Maureen O’Hara, qu’il fait littéralement traîner par John Wayne sous le regard complice des villageois, jusqu’à une bagarre homérique, peut-être la plus longue et la plus drôle du cinéma de Ford. De l’amour, des beaux paysages, du whisky, des coups de poings… Tout le bonheur irlandais est là !

A deux pas de l’enfer (Short cut to hell) – de James Cagney – 1957

Posté : 20 novembre, 2017 @ 6:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, CAGNEY James, CAGNEY James | Pas de commentaires »

A deux pas de l'enfer

Pour son unique film derrière la caméra, James Cagney signe la deuxième adaptation du roman Tueur à gags de Graham Greene, et surtout un remake très fidèle du film (formidable) de Frank Tuttle. L’histoire originale étant passionnante, le film se regarde avec un certain plaisir. Mais comme le dit lui-même Cagney dans une séquence pré-générique (histoire qu’il apparaisse quand même dans ce film, pour lequel il ne s’est pas attribué de rôle) : le plus important dans un film, c’est ce qu’on voit devant la caméra, et pour le coup, il se dit très quand du choix de ses deux jeunes vedettes, Robert Ivers (qui ?!) ey Georgann Johnson (qui ?!), à qui il promet un bel avenir.

Sauf que soixante après, on aurait dû commencer à en entendre parler, de leur avenir à l’un comme à l’autre. Mais rien, ou si peu : des apparitions dans des séries télé, brièvement pour lui, jusqu’au milieu des années 2000 pour elle. Mais rien de vraiment consistant, et strictement rien sur grand écran. Elle est pourtant pas mal, avec son grand sourire plein d’empathie. Et lui, avec ses airs de gamin qui joue au dur, fait un tueur professionnel plutôt original. Mais ils arrivent après Veronika Lake et Alan Ladd, l’un des plus grands couples du cinéma. Et forcément, la comparaison n’est pas en leur faveur.

Drôle d’idée d’avoir signé un remake sans même prendre la peine de s’éloigner du modèle. Et le film de Cagney sort perdant à tous les niveaux, au petit jeu des comparaisons. C’est percutant, avec des séquences de violence joliment tendues, et des personnages principaux curieusement attachants malgré leur manque de charisme. Mais le film n’apporte pas grand-chose, si ce n’est l’envie de revoir le Tueur à gages de Tuttle, et de relire le roman de Greene. C’est sans doute ce qu’a fait Cagney, qui n’est plus jamais repassé derrière la caméra.

La première balle tue (The Fastest Gun alive) – de Russell Rouse – 1956

Posté : 18 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, ROUSE Russell, WESTERNS | Pas de commentaires »

La première balle tue

Oui, d’accord, il est un peu caricatural le grand méchant, tueur persuadé d’être le tireur le plus rapide de l’Ouest, et qui ne pense qu’à affronter en duel ceux que la foule désigne comme les tenants du titre… Mais il est joué par Broderick Crawford, et le brave type qu’il veut affronter, c’est Glenn Ford. Alors même si on peut préférer La Cible humaine de Vidor sur le même thème, on peut aussi prendre un plaisir fou à revoir ce western au rythme parfait.

Ça commence par un duel justement, que remporte l’imposant Broderick Crawford, plus inquiétant que jamais avec son regard noir, sa silhouette massive et sa voix caverneuse. Pourtant, l’action est plutôt rare, et même le grand duel final très attendu se résume à une suite (impressionnante) de gros plans sur les revolvers qui se déchargent. Audacieux, pour un western avec un tel titre et un tel sujet. Le film s’autorise même un curieux et réjouissant intermède, avec un impressionnant numéro de danse lors d’une fête qui réunit tous les habitants de la ville.

Mais Russell Rouse, réalisateur méconnu qui peut être excellent (on lui doit le noir New York Confidential, déjà avec Broderick Crawford), excelle à faire grandir la tension. D’abord autour du personnage de Glenn Ford, homme tranquille qui cache secrètement un mystérieux passé et une aptitude hors du commun à dégainer, et qui ne supporte plus le mépris quotidien dont il est l’objet pour ne jamais porter d’arme.

La tension devient même étouffante avec l’arrivée des trois bandits (dont l’excellent John Dehner, dans un rôle de méchant débonnaire très original) qui occupent la ville déserte, tandis que les bons habitants sont enfermés dans l’église où le drame se noue en parallèle. Jusqu’à l’affrontement des deux duellistes : l’un tout de blanc vêtu qui sort de l’église, l’autre en noir qui vient du saloon. Tout un symbole, bien sûr.

Le Village des damnés (Village of the damned) – de John Carpenter – 1995

Posté : 16 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Le Village des damnés 1995

Carpenter s’est approprié pas mal de thèmes bien connus du cinéma fantastique. Il a aussi signé un remake officieux de Rio Bravo (Assaut) et un autre, bien assumé celui-ci, de La Chose d’un autre monde (The Thing). Mais ce remake-ci, d’un petit classique du cinéma fantastique british des années 60, a quelque chose d’unique dans sa filmographie.

Même titre, même histoire, même ville, mêmes personnages en grande partie… Pas d’erreur sur les intentions. Le scénario du film de Wolf Rilla est d’ailleurs crédité au générique, au même titre que le roman original. Mais ce Village des damnés-là est tellement un remake qu’il n’existe réellement que comme tel, par rapport au film de 1960.

Ce qui explique les « trous » que l’on peut regretter dans la narration, les ellipses douteuses et une manière parfois hasardeuse d’avancer dans l’histoire. Avec ce film, c’est comme si John Carpenter avait voulu rendre hommage aux aspects les plus réussis du film de Rilla, et surtout rattraper ce qui l’était moins. On a donc des passages qui sont des copiés-collés du premier film, des dialogues entiers repris tels quels. Ces moments là sont d’ailleurs les moins intéressants, comme si Carpenter s’en désintéressait : si c’était bien chez Wolf Rilla, pourquoi s’embêter à vouloir le refaire ?

Dans les différences, en revanche, le film est passionnant. Le film original se concentrait essentiellement sur son couple vedette, reléguant les seconds rôles aux arrières-plans ? Carpenter commence son film en soulignant l’importance de la communauté, et en multipliant les personnages. Celui de George Sanders, d’ailleurs, est « coupé » en deux, repris à la fois par le médecin du village (Christopher Reeve, dans l’un de ses derniers rôles avant l’accident) et par une scientifique d’une agence gouvernementale (Kirsty Alley).

Les pouvoirs des gamins maléfiques avaient des effets trop modestes? Carpenter appuie sur le gore avec un cuisinier qui se transforme en grillade, ou un médecin qui pratique l’auto-opération… Les liens entre ces enfants et leurs « parents » était vite rompus? C’est peut-être là que se situe la plus grande différence, avec des ébauches d’humanisation chez l’un des enfants, et l’envie d’une mère d’aimer son fils malgré tout.

Et puis il y a l’élégance de Carpenter, entièrement au service de l’efficacité du récit, qui s’amuse aussi à s’auto-citer à travers quelques plans typiquement carpenteriens : l’ombre au début du film qui évoque le brouillard de Fog, un travelling sur une haie qui renvoie aux plans inoubliables de Halloween, ou un visage monstrueux en surimpression qui rappelle curieusement Invasion Los Angeles. Tourné après l’un des sommets de sa filmographie (L’Antre de la folie), et avant une ultime série de films sans doute moins originaux, Le Village des damnés a déjà des allures de bilan.

Le Village des damnés (Village of the damned) – de Wolf Rilla – 1960

Posté : 15 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, FANTASTIQUE/SF, RILLA Wolf | Pas de commentaires »

Le Village des damnés 1960

Ce petit classique du fantastique british prend le contre-pied total des films que la Hammer enchaînait à l’époque. Pas de vampires ni de monstres rampant ici, pour faire naître la peur. Pas non plus de jeux d’ombres ou d’images léchées et stylisées : Wolf Rilla joue à fond la carte du quotidien, dont surgirait l’horreur. Pour le meilleur, et aussi pour le moins bon.

Pour le meilleur parce qu’à l’horreur pure, le réalisateur préfère un malaise qui monte en puissance, et qui naît des choses les plus familières qui soit. Le cadre n’est d’ailleurs pas choisi par hasard : un village de la campagne anglaise, tellement banal qu’il en deviendrait presque anonyme, et où se croisent des hommes et des femmes qui n’ont rien d’exceptionnel.

C’est dans ce décor que survient le mystère : un jour, sans que rien ne l’explique, tous les êtres vivants dans ce village s’évanouissent durant des heures. A leur réveil, tout semble normal, mais les habitants découvrent bientôt que toutes les femmes en âge de procréer sont enceintes. Les enfants qui naissent, à la blondeur inquiétante, ne tardent pas à faire froid dans le dos…

Pour le moins bon aussi parce que, du fait de ce parti pris de familiarité, le film de Wolf Rilla est visuellement franchement terne, avec un noir et blanc sans profondeur qui ne joue pas en sa faveur. Mais ce manque de profondeur, déstabilisant dans les premières minutes, est vite compensé par un sens aigu du cadre, avec des compositions qui, au fur et à mesure que les enfants grandissent, deviennent d’une précision de plus en plus diabolique. L’angoisse naît en partie de la manière dont ces enfants se regroupent, comme un ensemble bien organisé face à l’ennemi.

Le film est plutôt efficace. Moins dans la terreur brute d’ailleurs (à l’exception de la dernière séquence, très forte) que dans la manière originale et plutôt osée d’aborder la paternité, comme un fléau qui menace la société toute entière. Quand le Mal pur prend l’apparence des petites têtes blondes d’une communauté a priori heureuse, rien ne va plus…

The Count of the old town (Munkbrogreven) – de Edvin Adolphson et Sigurd Wallen – 1935

Posté : 14 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, ADOLPHSON Edvin, WALLEN Sigurd | Pas de commentaires »

The Count of the Old Town

C’est un film relativement important dans l’histoire du cinéma suédois. Pas tant pour ses qualités intrinsèques, que pour la présence d’une toute jeune demoiselle nommée Ingrid Bergman, qui fait ici ses premiers pas devant une caméra. Elle y est d’ailleurs charmante, souriant beaucoup et sans arrière-pensée face à l’amour qui se présente à elle sous les traits d’un homme mystérieux…

L’histoire se déroule dans la « vieille ville » de Stockholm, un quartier pas franchement mal famé, mais très populaire, devant la caméra des deux réalisateurs (qui tiennent aussi deux des rôles principaux) qui choisissent l’angle de la comédie. Certaines images, certaines situations, soulignent bien la précarité de ces hommes sans travail, qui trompent l’ennui dans l’alcool, qu’ils passent la plus grande partie de la journée à essayer de trouver, et de déguster à l’abri des regards de la police, omniprésente.

C’est dans ce contexte que débarque un étranger qui semble cacher un secret. Serait-ce le voleur de bijoux qui sévit depuis des mois ? C’est la question que se posent les habitants du quartier, sans trop se prendre la tête sur le sujet. Car l’étranger, en plus d’être un camarade franchement sympathique, semble distribuer les coups de pouce autour de lui : un tuyau gagnant sur une course pour l’un, un boulot stable pour l’autre… et l’amour pour Ingrid dont les grands yeux succombent dès le premier regard.

Tant pis pour la dimension sociale, qui ne va jamais bien loin : The Count of the old town est une œuvrette légère et agréable, à défaut d’être hilarante ou révolutionnaire. Et puis les images sont belles, avec un soin apporté à chaque plan, particulièrement bien construit. On sent que les réalisateurs se sont appliqués pour chacun de ces plans, sans réussir toutefois à créer une vraie fluidité. D’où l’impression, par moments, de feuilleter un storyboard plutôt que de regarder un film totalement abouti. Mais tout ça se voit avec un certain plaisir.

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