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Archive pour la catégorie 'par réalisateurs'

Allô Berlin ? ici Paris ! – de Julien Duvivier – 1932

Posté : 8 avril, 2021 @ 9:20 dans 1930-1939, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

Allo Berlin ici Paris

Il y a un truc quand même dingue avec Julien Duvivier, c’est la modernité, l’ouverture et l’intelligence du type. Et, oui, ça fait en fait trois trucs dingues. Grand cinéaste du muet, qui terminait cette première période en apothéose avec un chef d’œuvre, Au bonheur des dames, il se plie aux contraintes du parlant avec une gourmandise, et une maîtrise étonnante.

Quand beaucoup de cinéastes restent encore prisonniers de l’encombrante technique du sonore, et signent des films statiques, lui balade ses caméras avec une liberté jamais entravée. C’est particulièrement flagrant lors de la visite de Paris, réjouissant moment plein d’ironie et de drôlerie. Parce que oui, c’est une comédie que signe Duvivier. Et une comédie vive et enlevée, qui vient clamer avec bonheur que Duvivier n’était pas qu’un cinéaste sombre.

Bien sûr, il y a un fond de gravité, qui apparaît surtout dans la superbe séquence du Lapin Agile, le fameux cabaret de Montmartre, où un chanteur entonne une complainte écrite par Duvivier lui-même (première chanson d’une longue série qu’il écrira pour ses films, tout au long de sa carrière). Chanson fascinante qui souligne le vague à l’âme de la jeune héroïne, déçue par l’homme qui l’accompagne et qu’elle imaginait très différent…

Emballé par le rythme et la vivacité de cette comédie, par le joli minois de Josette Day aussi, j’en oublierais presque d’évoquer l’intrigue, et le titre. « Allô Berlin, ici Paris ! » C’est l’histoire d’amour à distance, dans un premier temps, d’une opératrice de téléphone à Paris et d’un homologue de Berlin, qui ne se sont jamais vus, mais qui sont tombés amoureux l’un de l’autre par la voix, à force de se croiser chaque jour pour mettre en contact d’autres correspondants…

Cette belle idée donne aussi la forme du film, fait de constants parallèles entre Paris et Berlin (les deux amoureux sont surveillés de la même manière par leurs supérieurs, sont également trahis par leurs camarades…). Un parti-pris dont Duvivier tire un montage brillant, notamment pour la mise en place du récit, assez formidable. C’est aussi un thème qu’il ne cessera d’aborder : les liens entre les êtres du monde entier, que la culture peut séparer, pas les frontières.

Cette fois, c’est une comédie romantique et enthousiasmante que signe Duvivier. Avec une gravité sous-jacente, certes, mais avant tout une douceur et même une tendresse pour ce couple que tout cherche à contrarier, les envieux comme l’époque. L’amour, il n’y a que ça de vrai…

A Serious Man (id.) – de Joel et Ethan Coen – 2009

Posté : 7 avril, 2021 @ 8:00 dans 2000-2009, COEN Ethan, COEN Joel | Pas de commentaires »

A Serious Man

Voilà un film à la fois très typique de l’univers des frères Coen, et très à part dans leur œuvre. A part, parce que les frangins les plus enthousiasmants du cinéma depuis les frères Lumière (et oui, il y a eu beaucoup d’autres fratries qui ont marqué les écrans) se livrent visiblement d’une manière très intime, comme jamais auparavant. Et typique parce que leur héros ressemble à beaucoup d’autres, du mari de Sang pour sang au sublime pathétique Llewyn Davis en passant par Barton Fink ou le commercial de Fargo : un inadapté, qui cherche désespérément à maîtriser son destin, mais ne fait que subir sa vie…

La culture juive a souvent marqué les films des Coen, en filigrane, comme un contexte plus ou moins défini pour l’humour et la folie de leur cinéma. Dans A Serious Man, cette culture est centrale, abordée frontalement, comme si les frangins nous proposaient une plongée plus intime que jamais dans leurs propres souvenirs, leur enfance dans une famille juive, avec des parents universitaires.

A Serious Man met en scène une famille juive, dont le père est universitaire. Ce père est idéalement interprété par Michael Stuhlbarg, dont le visage posé et le regard étonné sont constamment en décalage avec ce qui l’entoure. La grandeur de ce film, c’est de nous plonger dans le même sentiment d’incompréhension que ce personnage, Larry, qui ne cesse de demander à ses interlocuteurs ce qu’ils veulent dire…

Professeur, il se sent mal inclus dans la vie de l’université. Père de famille, il apprend que sa femme le quitte pour un amant improbable, tandis que ses enfants se désintéressent totalement de lui. Juif, il cherche chez des rabbins de plus en plus aguerris (vieux, donc) des soutiens et explications qu’il comprend de moins en moins… Et c’est peut-être là la clé d’une grande partie du cinéma des Coen : cette sensation que donne le personnage d’appartenir presque malgré lui à une communauté qu’il ne comprend pas.

C’est à la fois très drôle et grave. Terrible, même, comme le rappelle la superbe fin, apocalyptique. Les Coen ont ce talent de tourner les choses en dérision tout en abordant des sujets grave. En racontant l’histoire de ce Juif perdu dans une communauté juive, ils semblent expliquer la genèse de bien des personnages de leur œuvre, s’amusent de leur culture, en tirent toute l’absurdité et tous les excès, dans une espèce de chant d’amour pas dupe. Passionnant.

Le Vengeur agit au crépuscule (Decision at Sundown) – de Budd Boetticher – 1957

Posté : 6 avril, 2021 @ 8:00 dans 1950-1959, BOETTICHER Budd, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Vengeur agit au crépuscule

Troisième des sept films que Randolph Scott tourne avec Boetticher. Pas le plus connu, pas le plus réussi, pas le moins intéressant non plus. Mine de rien, le duo (Scott co-produit le film) bouscule allégrement les codes du western dans ce film aussi court (à peine 1h15) que surprenant.

On est pourtant dans un schéma qui paraît bien classique, une sorte de double inversé de Quatre étranges cavaliers, le chef d’œuvre de Dwan : les deux héros débarquent dans une petite ville le jour où l’homme qu’ils traquent doit se marier avec la jolie fille d’une grande famille.

Il y a de la vengeance dans l’air : comme souvent chez Boetticher, Scott incarne un homme hanté par son passé, dont la femme est morte de manière violente. Et on imagine bien que celui qu’il recherche depuis trois ans, et que joue John Carroll, n’est pas étranger à cette mort. Mais cette intrigue classique n’est là que pour mieux être détournée, voire éclater en morceaux.

Tout est absurde dans cette histoire : la pseudo attaque qui ouvre le film, au cours de laquelle le personnage de Scott attend longuement son partenaire qui tarde à apparaître ; son coup de sang idiot durant le mariage qui le pousse à se laisser encercler dans une étable où il passe les trois-quarts du film coupé de la ville et du drame ; la vengeance elle-même, sans vouloir en dire trop…

Le personnage de Scott n’est finalement qu’une idée, une sorte de caricature dont la superbe prend un sacré coup dans l’aile au contact de la réalité. En cela, la fin du film est franchement superbe, tournant le dos assez radicalement aux poncifs du genre. La prestation de Randolph Scott est alors aussi intense qu’émouvante. Celle de John Carroll, « méchant » bien surprenant, est peut-être la meilleure de sa carrière.

Sur le thème souvent emprunté de la collectivité qui renoue avec sa conscience perdue, Boetticher ne cesse de surprendre, met en scène un barman philosophe (« Si vous étiez barman depuis aussi longtemps que moi, vous ne vous feriez pas autant d’illusion sur les hommes »), ou un pasteur alcoolique… Surprenant, toujours, un petit western d’une vivacité folle.

Le Bonhomme de neige (The Snowman) – de Tomas Alfredson – 2017

Posté : 5 avril, 2021 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ALFREDSON Thomas | Pas de commentaires »

Le Bonhomme de neige

A l’origine, un très bon polar norvégien de Jo Nesbo, long et touffu, riche en rebondissements, en suspense, en faux semblants, et en scènes tendues et spectaculaires. A l’arrivée, un film resserré, d’une modestie étonnante, qui prend consciencieusement la piste de l’épure, voire l’apaisement.

Tomas Alfredson n’est pas vraiment du genre à jouer la surenchère. La Taupe, le film qui l’a révélé, avait déjà mis en valeur ses talents de formaliste élégant. On retrouve sa patte dans sa manière de jouer avec les (splendides) décors naturels de Norvège, et d’alléger consciencieusement les aspects les plus extravagants du roman.

Le résultat laisse un sentiment mitigé. D’un côté, le style, le rythme même du film correspond bien à la douloureuse mélancolie du personnage principal, le flic Harry Hole, héros récurrent de Jo Nesbo, alcoolique et névrosé. Michael Fassbender lui prête idéalement ses épaules fatiguées, avec une économie de moyens convaincante.

Mais d’un autre côté, réduire en un film une intrigue aussi complexe en en gardant la structure relevait de la gageure. Et là, le pari de Tomas Alfredson est plus discutable. A force de simplifier, et de contourner les grands moments dramatiques et de suspense du livre, l’histoire perd de sa cohérence, et les personnages de leur force.

C’est particulièrement vrai du personnage de policière jouée par Rebecca Ferguson, loin du trouble profond qui l’entoure sous la plume de Nesbo. Les personnages de Charlotte Gainsbourg, ou de Val Kilmer, perdent eux aussi beaucoup de leur dimension mystérieuse. Les fausses pistes disparaissent, Alfredson privilégiant l’atmosphère au suspens.

On se dit qu’il aurait tout aussi bien pu se passer de cette histoire de tueur en série signant ces crimes d’un bonhomme de neige, tant les éléments sortis directement du roman semblent l’embarrasser plus que l’inspirer. Mais il prend beaucoup de libertés, se laisse guider par le rythme des grandes étendues glacées, et signe un polar aussi classique sur le fond que racé dans sa forme.

Le Banni des îles (Outcast of the islands) – de Carol Reed – 1951

Posté : 4 avril, 2021 @ 8:00 dans 1950-1959, REED Carol | Pas de commentaires »

Le Banni des îles

Dans l’Asie colonisée de la fin du 19e siècle, un jouisseur britannique cynique et peu scrupuleux perd en quelques heures son job et son foyer. Il réussit à fuir la police qui le recherche en manipulant un capitaine de bateau, le seul homme qui lui ait jamais donné sa chance, et qui l’emmène jusqu’à une île inaccessible, par une voie maritime dont lui seul a le secret.

Après Le Troisième Homme, Carol Reed se sent visiblement en confiance, et plein d’ambition. Il porte son dévolu sur un roman de Joseph Conrad, et réaffirme son goût pour les immersions dans des décors inédits, pour un cinéma à visée ethnologique, qui ne sacrifie pas pour autant le récit et ses drames.

Le destin de ce « héros », sale type antipathique dont on a bien du mal à plaindre la déroute, est surtout l’occasion de confronter son regard d’occidental (celui du personnage comme celui du cinéaste) à une culture dont il ne connaît visiblement pas grand-chose, mais qu’il découvre avec une fascination manifeste, et dont il cherche à capter l’esprit avec des décors naturels pour l’essentiel, et de nombreux figurants hindous.

Ambitieux, le film n’est pourtant qu’à moitié réussi. Il semble même y avoir là deux films qui peinent à se comprendre. D’un côté, ces images fascinantes de la vie dans ce village sur le fleuve, avec de nombreux gros plans sur des gueules qui semblent surprises dans leur quotidien, comme des images volées à une société disparue. De l’autre, des compromis impardonnables pour un tel sujet, avec des acteurs européens lourdement maquillés pour jouer les personnages d’indigènes les plus importants. Gênant.

Une grosse erreur de casting, aussi : Ralph Richardson, qui fait un vieux loup de mer très carton-pâte avec son phrasé tout en outrances et en vibrato et un charisme réel mais théâtral, rompant brusquement et malheureusement avec la recherche de vérité du film. Dommage, parce que Trevor Howard, lui, est très bien dans le rôle principal, comme Robert Morlay, pathétique et inquiétant.

La confrontation de ces deux hommes, représentant deux aspects également détestables de l’arrogance coloniale européenne, colle elle parfaitement au propos du film, qui souligne derrière le drame humain la cohabitation impossible de deux cultures, deux civilisations qui ne se comprennent pas et, surtout, ne s’aiment pas.

Un peu le cul entre deux chaises, Carol Reed s’en tire avec les honneurs. Et faute de réussir un ensemble vraiment cohérent, il rappelle le temps que quelques séquences remarquablement construites qu’il peut être un cinéaste passionnant, comme lors de cette étreinte dans l’obscurité d’une cabane, troublée par l’irruption du vieil aveugle, scène visuellement splendide comme tout droit sortie d’un film noir. Ou la dernière séquence, sous la pluie, où le suspense et le pathétique atteignent des sommets…

Fièvre sur Anatahan (Anatahan / The Saga of Anatahan) – de Josef Von Sternberg – 1953

Posté : 3 avril, 2021 @ 8:00 dans 1950-1959, VON STERNBERG Josef | Pas de commentaires »

Fièvre sur Anatahan

Sternberg disait que sa carrière s’était achevée en 1935, date de sa dernière collaboration avec Marlene Dietrich. C’est dire si sa muse et ancienne compagne a profondément marqué l’homme, autant que le cinéaste. Parce que sa carrière postérieure, certes inégale, est jalonnée de merveilles à peu près jusqu’au bout. C’est-à-dire jusqu’à ce Fièvre sur Anatahan, sorte de condensé ou d’aboutissement de son œuvre.

Sans doute a-t-il fait mieux auparavant. Shanghai Express, pour ne citer qu’un chef d’œuvre. Mais ce film tardif a un aspect jusqu’au-boutiste qui semble être ce vers quoi Sternberg se dirigeait depuis ses débuts. L’Orient a souvent été important dans ses films. Cette fois, il signe (presque) un film japonais, dont tous les personnages sont des Japonais qui s’expriment dans leur langue. Sans sous-titre.

L’histoire est racontée par une voix off : celle d’un personnage dont on ignore duquel il s’agit. Ou plutôt celle du groupe dans son ensemble, qui s’exprime en anglais hélas, choix qui représente à peu près la seule concession aux contraintes du cinéma occidental. Choix qui, hélas, crée une espèce de distance qui nuit un peu au côté immersif du film.

Un groupe de soldats japonais, échoué en 1944 sur une île presque déserte, où ne vivent qu’un homme et une femme, coupés du monde. Durant sept ans, ils vont cohabiter tant bien que mal, ignorant que le Japon a capitulé. Une femme et tant d’hommes… La discipline militaire laisse peu à peu la place aux bas instincts humains, retour à une sorte de sauvagerie dont personne ne sortira vraiment grandi.

La moiteur de la jungle, les instincts animaux qui surgissent dans des conditions extrêmes… Sternberg nous plonge dans cette île coupée du monde, comme il nous plonge dans les tourments humains, avec un réalisme troublant. D’autant plus troublant que le film est quasi entièrement tourné en studio, dans des éléments de décors souvent très restreints, mais qui suffisent au cinéaste pour donner du corps à cette histoire aussi improbable que vraie.

Sternberg tournera encore un film, Jet Pilot avec Janet Leigh et John Wayne. Mais ce film, tourné loin d’Allemagne et d’Hollywood, autour d’une culture qui n’est pas la sienne mais qu’il s’approprie avec passion (la place grandissante des chansons populaires japonaises entonnées par les personnages, fascinante) s’apparente bien à un chant du cygne…

Ennemis rapprochés (The Devil’s Own) – d’Alan J. Pakula – 1997

Posté : 2 avril, 2021 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, FORD Harrison, PAKULA Alan J. | Pas de commentaires »

Ennemis rapprochés

La grande critique, à la sortie en salles, voulait que Harrison Ford et Brad Pitt donnent l’impression de jouer dans deux films différents. C’est assez vrai, mais la critique semble assez injuste, à vrai dire. Pas que le film ne mérite pas de critique : il est effectivement à moitié convaincant, seulement, et donne bien souvent le sentiment de rater sa cible.

Mais cette impression de deux grands acteurs qui se croisent sans se comprendre vraiment est, au fond, le sujet même du film. D’un côté, Brad Pitt, figure de l’IRA armée qui vit dans la violence et la mort depuis que son père a été abattu sous ses yeux alors qu’il n’était qu’un gamin (ce qui nous donne un prologue en forme de compilation de clichés irlandais). De l’autre, Harrison Ford, flic new-yorkais d’origine irlandaise, droit comme la justice, bon père de famille, habité par des idéaux dont il ne dévie jamais, et qui n’a jamais tiré sur qui que ce soit en vingt-trois ans de police…

Comment voulez-vous que ces deux-là se comprennent vraiment, alors qu’ils vivent dans des univers si radicalement différents ? Le premier côtoie la violence au quotidien, le second ne la comprend plus et n’aspire qu’à une vie de famille rangée dans son paisible quartier pavillonnaire du New Jersey. Le sujet est fort, et assez beau. Il donne lieu à quelques très belles scènes, parce que ces deux-là, s’ils ne se comprennent pas, s’aiment d’un amour filial.

C’est parfois beau, donc, et c’est parfois lourdement appuyé. Très lourdement, comme cette réplique finale qui fait lever les yeux au ciel : « On n’a jamais eu le choix, ni toi, ni moi ». Franchement, quand un réalisateur arrive sur le plateau en devant filmer un tel dialogue, dans un tel contexte, ne doit-il pas comprendre qu’il ferait mieux de retravailler son scénario ? Quelque chose, en tout cas, quine soit pas si abêtissant pour le spectateur (des fois qu’on n’aurait pas compris ce qui se joue).

Ford est très bien, mais en terrain connu. Pitt est d’une intensité assez émouvante. La rencontre de ces deux-là ne fait pas vraiment d’étincelles, mais elle évite au moins les sentiers battus. Pakula, finalement, signe une réflexion pas si facile sur la violence et ses effets, et sur les chemins qu’impose la vie. « On n’a jamais eu le choix »

La Maison sur la colline (The House on Telegraph Hill) – de Robert Wise – 1951

Posté : 1 avril, 2021 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, WISE Robert | Pas de commentaires »

La Maison sur la Colline

Dans la longue série des films post-Rebecca… Le film de Robert Wise porte clairement la marque du chef d’œuvre d’Hitchcock, avec ce mariage plombé par les soupçons dans cette maison du bonheur aux allures de manoir hanté. Mais il y a aussi beaucoup de Soupçons justement, autre classique hitchcockien, le lait étant remplacé par du jus d’orange…

Dans cette filiation si évidente, La Maison sur la colline n’a pas à rougir de la comparaison. On n’est clairement pas au même niveau, et la mise en place est nettement moins convaincante, le trouble étant amené d’une manière sans doute trop abrupte. Richard Basehart est un mari attentionné et un brin absent, de là à comprendre pourquoi sa femme (Valentina Cortese) s’en méfie si vite…

La première partie ne manque pas d’ambition, mais peine à convaincre vraiment. Une jeune Polonaise rescapée d’un camp de concentration prend l’identité de son amie morte peu avant la libération, et part aux Etats-Unis retrouver l’enfant qu’elle est censée avoir quitté lorsqu’il n’était qu’un bébé. Elle épouse le tuteur de l’enfant (Basehart) et s’installe dans la « maison sur la colline », grande propriété surplombant San Francisco. Là, elle retrouve par hasard l’officier qui l’a libérée du camp, qui se trouve être un ami d’enfance de son mari. Le monde est tout petit…

Le camp de concentration comme un simple prétexte narratif… discutable. Mais San Francisco fait un décor parfait pour le suspense qui se met en place, et Wise filme la ville, si cinégénique, avec un regard neuf, sous des angles souvent inédits. Et quand le suspense est vraiment en place, son film prend une ampleur toute autre, nettement plus convaincante.

Une fois avéré que la jeune femme est en danger, et que son mari n’est sans doute pas le prince charmant qu’il semble être, Wise se concentre sur le sentiment d’enfermement que cette rescapée des camps ressent de plus en plus fort. Pas un mouvement sans que l’ombre de l’homme ne plane, la maison se transformant en un piège oppressant, et l’atmosphère devenant lourde. Là, dans cette seconde partie, le suspense est d’une efficacité folle, et le drame passionnant.

La Maison des étrangers (House of strangers) – de Joseph L. Manciewicz – 1949

Posté : 31 mars, 2021 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, MANKIEWICZ Joseph L. | Pas de commentaires »

La Maison des étrangers

Manciewicz filme une histoire de famille, et c’est d’une cruauté hallucinante ! Film formidable, autour d’un patriarche joué par Edward G. Robinson, qui dirige sont petit monde tel un monarque tout puissant. Immigrant venu d’Italie, qui a fait fortune aux Etats-Unis, et qui écrase de sa présence totalement égocentrée ses quatre fils, sa femme, et tout son entourage.

Le film est composé en grande partie d’un long flash-back raconté par l’un des fils, Max (Richard Conte, intense, parfait), tout juste sorti de prison où il a passé sept ans. Le patriarche est mort, lui est décidé à se venger de ses frères dont on ne sait d’abord pas de quoi ils sont coupables, et sa fiancée (Susan Hayward, superbe) n’aspire qu’à recommencer une autre vie avec lui.

C’est son point de vue à lui, Max, qu’adopte Manciewicz. Celui du fils dévoué, aimant. Le père est donc filmé comme un bienfaiteur à la Capra : un banquier qui prête de l’argent aux nécessiteux du quartier, toujours le sourire aux lèvres, jamais un coup de gueule… un ange, presque.

Ce point de vue très subjectif est passionnant, parce que les faits disent autre chose, et que ce décalage crée un malaise qui ne cesse de grandir, et dont le visage taiseux mais douloureux de la mère est un terrible révélateur. Un bienfaiteur, Edward G. Robinson ? Un usurier, qui pratique des intérêts exorbitants, un père castrateur qui humilie ces fils qui ne sont pas tels qu’ils devraient être. Un monstre qui, au fond, n’attise et ne fabrique que de la haine, et qui ne vit que pour lui-même.

Le titre lui-même révèle tardivement sa cruauté, lorsque la mère quitte brièvement sa réserve. Superbe personnage de femme sacrifiée, pourrissant dans le luxe. Manciewicz filme cette histoire de famille avec une intensité, une cruauté assez terribles. Une tension qui ne fait qu’augmenter, avec le sentiment constant de la tragédie en marche, au-delà de la mort. Prix d’interprétation à Cannes pour Robinson en 1949, remake westernien intéressant mais inférieur en 1954 (La Lance brisée), grande claque en 2021…

Maldonne pour un espion (A Dandy in aspic) – d’Anthony Mann (et Laurence Harvey) – 1968

Posté : 30 mars, 2021 @ 8:00 dans * Espionnage, 1960-1969, HARVEY Laurence, MANN Anthony | Pas de commentaires »

Maldonne pour un espion

Dernier tour de piste pour le grand Anthony Mann, mort subitement (à 60 ans seulement…) en plein tournage de ce premier film d’espionnage, que son acteur principal Laurence Harvey terminera lui-même. Une fin de carrière fort honnête pour un cinéaste aussi enthousiasmant que cohérent.

Cet ultime film achève aussi la troisième partie de son œuvre. Pour faire simple (et c’est très résumé) : les polars des années 40, les westerns des années 50, et les grosses productions internationales des années 60. Pour faire simple, donc. Ce cinéaste si marqué par les genres rois du cinéma américain tire donc sa révérence sur un film très britannique, ne serait-ce que par l’accent de ses comédiens et par le décor.

Londres, en l’occurrence, mais aussi Berlin, lieux de l’un de ces films d’espionnage de la Guerre Froide qui se succédaient alors. On est alors en plein triomphe de James Bond, ce qui se sent surtout dans le générique. Mais c’est plutôt du côté de John Le Carré et de L’Espion qui venait du froid que lorgne Mann.

Rien de fun ou d’excitant ici, mais le portrait d’un agent double russe, infiltré depuis dix-huit ans dans les services secrets britanniques, et qui cherche désespérément une porte de sortie, une manière de retrouver sa vie et son identité. C’est Laurence Harvey donc, dont la froideur et le détachement douloureux font des merveilles dans ce rôle-là, si coupé de la vie.

Sa rencontre la jeune et fraîche Mia Farrow, libre et insouciante à sa manière, est une belle image de cette vie qui se refuse à l’espion. Beau drame humain, film d’espionnage sombre mais étonnamment simple, dépouillé, entièrement tourné sur les espoirs et les peurs de son personnage principal.

Le film est inégal, avec quelques fulgurances de mise en scène (beaux plans utilisant la profondeur de champs), et des moments plus convenus, voire un peu longs. Mais il y a un ton, une noirceur, et aussi une intimité. Baisser de rideau très honorable, pour Mann.

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