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Archive pour la catégorie 'par réalisateurs'

Le Déserteur de Fort Alamo (The Man from the Alamo) – de Budd Boetticher – 1953

Posté : 15 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, BOETTICHER Budd, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Déserteur de Fort Alamo

Ce n’est pas encore l’ère des grands films, mais le cinéma de Boetticher est déjà très recommandable au début des années 50, avec des premiers westerns qui n’ont certes pas l’impact de ceux que jouera Randolph Scott quelques années plus tard, mais qui sont déjà de belles réussites : L’Expédition du Fort King, Le Traître du Texas… Autant de films dont on peut dire qu’ils sont des Boetticher mineurs, mais qui ont quand même une sacré classe.

Le Déserteur de Fort Alamo est de ceux-là. Clairement pas le plus personnel de sa filmographie : lui-même ne le tenait d’ailleurs pas en très grande estime, l’évoquant dans Amis Américains (le pavé de Bertrand Tavernier réunissant quelques-uns de ses interviews fleuves) comme « un film drôle ». Ce qu’il répète d’ailleurs : « Nous avons voulu faire un film drôle pour contrebalancer le pathétique de l’histoire. »

Bon. Visiblement, son propre film ne l’a pas marqué outre mesure, parce que le côté humoristique du film m’a complètement échappé. Le pathétique, lui, est bien là, avec ce personnage de Glenn Ford, considéré comme un lâche parce qu’il a quitté le fort Alamo avant l’ultime massacre : choisi par le hasard pour aller sauver les femmes et enfants de ses camarades, mais qui ne peut que constater que toutes les familles ont été massacrées par des bandits déguisés en Mexicains.

Le gars arrive trop tard pour sauver qui que ce soit, y compris sa propre femme et son propre fils. Trop tard aussi pour retourner à Alamo, ou même pour sauver sa réputation. Condamné par ce putain de sort à être considéré comme un lâche, lui qu’on a pourtant vu risquer sa vie pour redresser le drapeau flottant sur le fort assiégé. Même si la fin adoucit le propos, toute notion de drôlerie est absente de ce western.

Un western carré et efficace, qui fait le spectacle à défaut d’être hyper personnel. Il ne manque en tout cas d’intérêt, ne serait-ce que pour sa manière d’être complémentaire avec le futur classique de John Wayne consacré au siège d’Alamo. Le film de Boetticher ne se situe dans le fort que dans le premier quart d’heure. Après quoi c’est le contexte et les enjeux se jouant à l’extérieur du fort que le film évoque : la menace des Mexicains sur les Texans, la désorganisation d’une population livrée à elle-même…

Pas inintéressante non plus, quoi que plus convenue, la manière dont Boetticher filme la meute : la rapidité avec laquelle le « déserteur » est condamné, au moins moralement, par la population parce qu’il a commis le crime de survivre à des héros. Glenn Ford apporte beaucoup d’intensité à ce personnage tragique. Et Fictif, contrairement à certains autres (à commencer par Davy Corckett et Jim Bowie).

Condamné au silence (The Court-Martial of Billy Mitchell) – d’Otto Preminger – 1955

Posté : 14 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, COOPER Gary, PREMINGER Otto | Pas de commentaires »

Condamné au silence

Avec ce film, Preminger délaisse le film de genre qui a marqué ses débuts enthousiasmants, pour un cinéma plus ample, et plus engagé. Il y a là une honnêteté et une sincérité qui font mouche. Preminger y dévoile pour la première fois ses ambitions de peintre du système. Mais il y a aussi une application un peu plombante, et une vision franchement édifiante de l’armée et du devoir du militaire…

Tiré d’une histoire vraie, le film raconte la désobéissance d’un officier qui refuse de se soumettre aux ordres de supérieurs qui ne croient pas en l’avenir de l’aviation dans l’armée américaine. On est dans les années 20, à une époque charnière pour l’Air Force, jugée trop coûteuse et pas assez efficace dans la bataille. « C’est sur terre qu’on gagne les batailles » clame l’officier buté.

Pourtant, notre héros, qu’interprète Gary Cooper, a une sacré vista : le scénario va loin, très loin, dans sa capacité d’anticiper les événements à venir, prédisant avec une précision incroyable l’attaque de Pearl Harbor, deux décennies plus tard. Franchement too much…

Le titre original est plutôt bien trouvé, puisque c’est dans la partie procès (la dernière) que le film se révèle le plus efficace, remarquablement écrit : le témoignage qui raconte la mort de Zack (Jack Lord) est aussi fort que toutes les images du monde.

Un gros malaise quand même : la prestation de Rod Steiger. Sa manière d’en faire des tonnes peut avoir un certain charme, voire une vraie portée. Pas dans ce film, face à Gary Cooper et à des seconds rôles comme Charles Bickford, tous excellents mais aucun dans l’esbroufe. Cette façon qu’a Steiger de tirer si ostensiblement la couverture à lui à quelque chose d’assez désagréable qui pèse sur toute la dernière partie.

La Chasse aux visages pâles (Apache Territory) – de Ray Nazarro – 1958

Posté : 13 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, NAZARRO Ray, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Chasse aux visages pâles

C’est fou le monde qu’il y a, dans ce désert. Rory Calhoun y chevauchait tranquillement, philosophiquement sur la destinée de l’homme seul en voix off, dans une très belle scène pré-générique. Mais le calme qui l’entoure ne va pas durer : en quelques minutes, notre cow-boy croise la route de trois voyageurs, d’une bande d’Indiens assoiffés de sang, d’une jeune femme ligotée, d’une poignée de soldats de la cavalerie, d’un gentil indien, et même de son ex accompagnée de son nouveau fiancé, tous deux en route pour prendre la diligence…

Et oui, tout ça en quelques minutes à peine, le temps pour Nazarro de créer le microcosme au cœur de son film. C’est que le temps lui est compté : moins d’une heure dix pour raconter cette histoire d’un petit groupe d’hommes et de femmes pris d’assaut par les Apaches au milieu du désert. Alors c’est vrai, il ne fait pas beaucoup d’effort pour apporter un sentiment de véracité à son film : seule compte l’efficacité, et tant pis si cette convergence de tous les personnages prête à sourire. Parce que l’efficacité est bien au rendez-vous.

C’est dense, ramassé, réduit à sa forme la plus simple. Apache Territory est un western sans gras, mais avec une vraie originalité de ton, et qui s’autorise quelques moments inattendus : un long suspense autour d’un gros varan bien dégueulasse se glissant dangereusement au plus près de Calhoun ; ou une attaque à coup de bombes improvisées… Des curiosités qui viennent confirmer la singularité de ce chouette petit western.

Face à Rory Calhoun, deux habitués des bad guys : Leo Gordon et John Dehner, toujours très bien, même quand il s’agit comme ici de jouer des sales types sans trop de nuances. Ce n’est d’ailleurs pas dans la nuance que se trouve l’intérêt du film : Rory Calhoun est un vrai héros, les Indiens sont des vrais méchants (et pas futés), et les vrais couples survivront. Sans grande surprise ? Peut-être, mais efficace et très sympathique.

Sang froid (Cold Pursuit) – de Hans Petter Moland – 2019

Posté : 12 juillet, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, ACTION US (1980-…), MOLAN Hans Petter | Pas de commentaires »

Sang froid

Liam Neeson perd son fils, victime d’un puissant cartel de la drogue, et se lance dans une véritable croisade pour venger sa mort… Oui, encore. Liam Neeson, depuis une dizaine d’années, continue son inlassable chemin de croix jonché de cadavres, de coups et d’hémoglobine. Un enchaînement un peu aberrant quand on regarde les sommets de sa carrière, et là où elle stagne depuis le premier Taken. Et pourtant, le comédien continue à exercer une petite fascination, qui pousse à croire, à chaque nouveau projet, que celui-ci sera différent.

Bonne nouvelle : celui-ci l’est un peu. Sur le fond, rien que de très banal donc. La routine pour ce fringant sexagénaire, qui laisse derrière lui une nuée de cadavres. Mais il y a dans cet autoremake (très fidèle paraît-il) des tas de détails, plus ou moins grands, qui font la différence. Le premier : le fait que Neeson ne soit pas un ex-flic, ou ex-tueur, ou un es-as de self défense… Bref, un quidam comme un autre. Ok, assez malin quand même pour prendre le dessus sur une armée de tueurs.

Le deuxième : le décor. Une luxueuse station de ski du Colorado, où notre héros est chargé de dégager les routes, traçant d’improbables sillons dans d’épaisses couches de neige. Un détail qui donne son rythme au film, son identité sonore aussi, et des images plutôt originales, et d’une grande beauté visuelle.

Et puis cette ironie grinçante, cet humour absurde aussi, qui se mélangent avec une vraie noirceur pour créer des moments de malaise ou de tragi-comédie inattendus. Une table de morgue qui n’en finit plus de grincer, un briquet qui ne s’allume pas… Et des moments où l’émotion attendue se transforme en un rire nerveux. Comme si Moland ne voulait pas tomber dans le piège des passages obligés du film de genre.

En appelant son héros « Coxman », il tourne en dérision le statut de héros de Neeson. Comme ça, le cinéaste joue avec les clichés, tournant autour sans jamais vraiment y tomber. Un vieux flic fatigué, une jeune fliquette pleine de morgue, deux hommes de main qui cachent leur homosexualité… Constamment, le film flirte avec ce qu’on attend du genre, trouvant un équilibre convainquant entre la noirceur et l’humour.

Même pas à la manière des frères Coen, référence incontournable en termes de noir neigeux décalé depuis Fargo. Sang froid n’atteint pas ces hauteurs, certes, mais il a un ton singulier, ce qui est déjà beaucoup.

L’Etang tragique (Swamp Water) – de Jean Renoir – 1941

Posté : 11 juillet, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BOND Ward, CARRADINE John, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

L'Etang tragique

Il y a des réalisateurs français qui ont su s’adapter aussi bien, voire mieux que les Américains eux-même, au cinéma américain. Jean Renoir est de ceux-là, qui réussit dès son premier film en exil un grand film hollywoodien, maîtrisant d’emblée les codes, le langage, et l’atmosphère de son éphémère terre d’accueil.

L’Etang tragique n’est sans doute pas au niveau de La Bête humaine, ou de La Grande Illusion. Il n’empêche : c’est une vraie réussite, à la fois personnelle dans la manière qu’à Renoir de filmer l’homme dans son environnement, et très américain dans son utilisation des décors, dans le rythme qu’il donne au film, ou dans sa manière de filmer quelques-unes des gueules les plus passionnantes du cinéma américain de l’époque.

Walter Brennan, Walter Huston, Ward Bond, John Carradine, Eugene Pallette, Guinn Williams… Le casting du film ressemble à une liste quasi-complète des meilleurs seconds rôles hollywoodiens (tous bien servis qui plus est). S’ajoutent Anne Baxter en charmante sauvageonne, et Dana Andrews, décidément très grand, absolument formidable dans son rôle de jeune homme à peine entré dans l’âge adulte confronté pour la première fois à l’hostilité du monde.

Surtout, Renoir séduit dans sa manière d’utiliser ses incroyables décors naturels : les marais de Georgie, infestés d’alligators, de serpents et de moustiques. Ces marais hostiles tellement américains, Renoir les filme comme personne avant lui, et comme presque personne après lui : Nicholas Ray dans les Everglades peut-être (La Forêt interdite), ou Bertrand Tavernier, encore un Français, en Louisiane (Dans la brume électrique). A la rigueur Raoul Walsh dans les Everglades aussi (Les Aventures du Capitaine Wyatt).

Renoir, lui, associe assez génialement des images tournées en décors réels et d’autres filmées en studio. Sans doute moins réaliste visuellement que le Ray, son film réussit pourtant sans peine à faire ressentir le danger, la moiteur, et l’immensité désolée de ce décor hors du commun, ne serait-ce qu’à travers le visage suant de Walter Brennan, banni de la société qui vit là, seul, depuis des années, condamné à fuir les hommes qui l’ont condamné à mort.

Beau film noir, à la fois classique par son intrigue, tirée par les cheveux par son dénouement, mais puissant et passionnant du début à la fin. Aux Etats-Unis comme en France, Renoir filme les passions humaines, les soubresauts d’une micro-société. Avec ces décors-là, et avec ces acteurs-là, c’est du pur plaisir.

Honkytonk Man (id.) – de Clint Eastwood – 1982

Posté : 10 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

Honkytonk Man

Clint Eastwood, chanteur de country dont le rêve se brise en même temps que sa voix sur la scène du mythique Grand Ole Opry… Voilà une image qui vous déchire le cœur, l’une des plus touchantes de tout son cinéma. Il faut dire qu’Eastwood cinéaste atteint ici l’un de ses premiers sommets, lui qui venait pourtant de signer Firefox, qui serait pour le coup plutôt à caler dans le bas de la pile… Ce n’est d’ailleurs pas un fait unique dans sa filmographie : dix ans plus tard, il enchaînera La Relève (nanar) et Impitoyable (chef d’œuvre).

Le grand écart est à peu près aussi important, entre les effets spéciaux cheap et dévorants du précédent, et la sensibilité et la simplicité de ce Honkytonk Man, film très personnel autant qu’hommage à l’âge d’or hollywoodien. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si c’est là l’une des rares occasions qu’Eastwood a eu de diriger un acteur de cet âge d’or : John McIntire, figure du cinéma de Raoul Walsh, Anthony Mann ou Henry Hathaway, vu dans une quantité de classiques de Appelez Nord 777 à Psychose.

Eastwood plonge dans cette Amérique de la Grande Dépression, qui est aussi celle de son enfance, lui qui a grandi dans la Californie des années 30. Avec ce film, Eastwood s’impose comme l’un des meilleurs héritiers d’un certain classicisme, celui de Walsh ou Ford, celui des grands espaces et des Raisins de la colère, celui du voyage et de la communauté qui se crée sur la route, thème que l’on retrouvait déjà dans Josey Wales ou Bronco Billy.

Entre le drame social et la comédie de mœurs, Eastwood trouve un ton original qui fait la particularité de son film. Surtout, sa belle voix douce et éraillée à la fois donne au film une atmosphère envoûtante. La musique a souvent été importante dans son cinéma, mais sa propre voix n’a sans doute pas été assez utilisée (il a chanté dans le western musical La Kermesse de l’Ouest et dans les bandes sons de Ça va cogner et Minuit dans le jardin du bien et du mal). Jamais en tout cas comme ici.

Entre deux épisodes quasi-comiques (le faux braquage raté, le bain contrarié par un taureau, le dépucelage du neveu joué par le propre fils de Clint, Kyle), le film est surtout marqué par la vision qu’Eastwood offre de cette Amérique qui oublie la Grande dépression dans les clubs ruraux (les Honkytonk), superbes séquences nostalgiques au rythme envoûtant. Et cette chanson qui donne son titre au film, qui plane sur les dernières images comme un rêve amer, et qui vous hante longtemps…

Les Liens du sang – de Jacques Maillot – 2008

Posté : 9 juillet, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2000-2009, MAILLOT Jacques | Pas de commentaires »

Les Liens du sang

Lyon, 1979. Un frère flic, un autre qui sort de prison, des rapports compliqués… Une histoire vieille comme le polar, vieille comme le cinéma, vieille comme la fiction en fait, dont Jacques Maillot tire un polar à l’ancienne. L’intrigue se déroule dans la France de Giscard ? Le film aurait pu être tourné dans cette France-là, tant l’esthétique renvoie à cette période.

Ce qui surprend d’ailleurs dès les premières séquences, c’est la froideur des images, et le faux rythme qui lui aussi renvoie clairement aux polars des années 70. Déroutant, même : il faut quelques minutes pour entrer dans l’histoire, pour trouver sa place dans cette intrigue d’un autre temps, si ouvertement daté. Surtout que Jacques Maillot semble tout faire pour éviter un rythme trop facile, terminant chaque scène par un fondu noir qui s’apparente à une pause. A moins que, plus simplement, il ne sache pas enchaîner des scènes…

Il faut du temps pour y rentrer, donc, mais ça vient. Peu à peu, il y a une vérité inattendue qui se dégage de cette histoire (inspirée d’une histoire vraie, mais ce n’est pas la question), et de ces rapports si ambigus entre les deux frères, qui n’arrivent jamais à se parler vraiment en se regardant dans les yeux.

Guillaume Canet est d’une justesse parfaite, formidable en petit frère au regard un peu paumé. François Cluzet paraît moins juste, plus caricatural. Pourtant, ce qui semblait être une forme de cabotinage révèle au fil du film le mal-être d’un homme pas bien dans sa peau, pas à l’aise avec ses sentiments. Et c’est beau, finalement.

Et le film l’est aussi dans sa manière de confronter des hommes et des femmes à la brutale réalité. Qu’ils soient flics ou truands, tous sont ramenés d’une manière ou d’une autre à leur simple situation de mortels, souvent dans des brusques accès de violence froide, particulièrement percutants.

Inégal, mais intense, le film aura droit à un remake américain : Blood Ties, réalisé par Guillaume Canet lui-même.

Jusqu’au bout du rêve (Field of dreams) – de Phil Alden Robinson – 1989

Posté : 8 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, COSTNER Kevin, FANTASTIQUE/SF, LANCASTER Burt, ROBINSON Phil Alden | Pas de commentaires »

Jusqu'au bout du rêve

Le base-ball comme symbole de l’innocence perdue, la nostalgie d’une certaine Amérique profonde… Il y a dans ce film des tas de choses qui pourraient agacer, ennuyer, ou faire fuir. Et pourtant, avec Field of dreams, Phil Alden Robinson réussit une sorte de miracle: tout fonctionne, tout est d’une justesse totale, l’émotion est constante, et forte. Avec ce film, le réalisateur un superbe conte à la Capra, trouvant une sorte d’alchimie que la suite de sa filmographie n’expliquera pas.

Kevin Costner, fermier paisible qui s’ennuie un peu dans ses terres reculées, qui entend des voix dans son champ de maïs… La scène qui ouvre le film aurait pu plomber l’ensemble du récit. Mais pour une raison que je n’arrive toujours pas à m’expliquer après quelques visions, cette image est belle, très belle. Et elle dégage d’emblée un parfum doucement nostalgique qui renvoie à l’enfance et vous prend aux tripes.

Et il est formidable, Costner, juste . Alors en pleine ascension (il n’allait pas tarder à tourner Danse Avec les Loups, son grand-œuvre), il est une incarnation parfaite d’une certaine Amérique : celle des rêves perdus, d’une certaine innocence. Le film valorise cet esprit d’auto-entreprise qui a accompagné la naissance de la nation. Et ce qui aurait pu être de la naïveté se transforme en une fable universelle autour de la figure du père, qui vous prend aux tripes pour ne plus vous lâcher.

Impossible de ne pas verser une larme devant ce face-à-face tant attendu entre Kevin et son père, figé pour l’éternité dans une jeunesse qu’il n’a jamais connue, sur ce terrain de base-ball créé au milieu des champs de maïs pour apaiser les fantômes de joueurs morts depuis longtemps (un beau rôle pour Ray Liotta). Impossible aussi de ne pas vibrer devant la dernière scène d’un Burt Lancaster en fin de carrière, qui disparaît avec une douceur ouatée dans un ailleurs qu’on ne peut qu’imaginer. Un beau film, en état de grâce…

L’Aventurier du Texas (Buchanan rides alone) – de Budd Boetticher – 1958

Posté : 7 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, BOETTICHER Budd, WESTERNS | Pas de commentaires »

L'Aventurier du Texas

Randolph Scott, cowboy solitaire. Normal. Mais ce cowboy solitaire là débarque en ville avec un large sourire aux lèvres, dont il ne se départira que dans les circonstances les plus sombres… et encore. Et ce n’est pas la seule originalité de ce western plein de surprises.

L’histoire, pourtant, semble classique. Ce voyageur en route vers son Texas natal débarque dans une ville frontalière dominée par une famille omniprésente, qu’il ne tarde pas à se mettre à dos : le juge Agry, qui détient le pouvoir et la fortune ; le shérif Agry, qui aimerait bien s’approprier les deux ; et le patron d’hôtel Agruy, qui passe son temps à courir d’un frère à l’autre.

Curieux western, où le héros passe son temps à être sauvé de la mort par ceux qui sont censés être ses ennemis. Une sorte d’ironie amusée qui baigne tout le film, avec un humour plutôt inhabituel pour un western de Boetticher, surtout dans sa période Scott.

Boetticher glisse des tas de détails étonnants dans son récit : ce frère constamment essouflé qui a tout du poulet paniqué ; l’homme qu’on « enterre » au sommet d’un arbre ; Scott qui manque tranquillement son steak sous le regard de l’homme qui veut le tuer ; le prix fixe (10 dollars) de tout ce qui s’achète dans cette ville…

Buchanan rides alone peut sembler mineur dans la collaboration de Scott et Boetticher, mais cette pochade au ton parfois déroutant séduit par son côté décalé, par son rythme impeccable, et par l’écriture de ses personnages, à commencer par l’homme de main du juge joué par Craig Stevens, totalement inattendu, sorte d’ange noir dont la présence domine tout.

Les plus belles années d’une vie – de Claude Lelouch – 2019

Posté : 24 juin, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, LELOUCH Claude | Pas de commentaires »

Les plus belles années d'une vie

Un homme et une femme, 50 ans (et quelques) plus tard… Trintignant lui-même a dit avoir hésité avant d’accepter de jouer dans cette suite si tardive. Déjà parce qu’il était censé avoir pris sa retraite définitive du cinéma (retraite que seul Mickael Haneke avait réussi à rompre jusqu’à présent), et surtout parce qu’il avait peur d’abîmer l’image qu’en ont ceux qui considèrent le film comme l’une des plus belles histoires d’amour du cinéma français. Dont je ne suis pas loin de faire partie.

Evidemment, la question se posait. Et le sentiment que l’on ressent est curieux, inédit même, devant la décrépitude physique du personnage, et de l’acteur, dont les rides profondes sont filmées au plus près. Et même devant la grâce encore bien présente d’Anouk Aimé, grâce sur laquelle pèsent tout de même le poids des cinq décennies écoulées depuis les chabada des planches de Deauville.

Pas sûr qu’il y ait un équivalent dans l’histoire du cinéma : un cinéaste qui retrouve ses acteurs (même les gamins du film original sont les mêmes) pour une suite aussi tardive, et où le temps passé est le sujet même. Une suite qui n’essaye pas d’enjoliver la vieillesse, pas plus qu’elle ne noircit le portrait d’ailleurs : ni béât, ni misérabiliste, Lelouch préfère garder des petits moments de vie comme il l’a toujours fait.

Avec aussi une sorte d’ironie mi-amusée, mi abattue. « Les plus belles années d’une vie sont celles que l’on n’a pas encore vécues », citation de Victor Hugo mise en exergue du film, a du mal à convaincre, tant le bonheur et la passion de ces deux anciens amants sont attachés à un passé déjà lointain.

On pourrait être mauvaise langue, et souligner que l’émotion la plus puissante est provoquée par les extraits d’Un homme et une femme qui émaillent le film, comme autant de souvenirs qui reviennent à Anne et Jean-Louis. Ce qui est effectivement le cas : la scène du télégramme, ou celle de la gare, sont des moments qui m’ont toujours bouleversé. Mais c’est la manière dont ces images qui appartiennent à l’inconscient collectif sont mises en regard avec la vieillesse des personnages qui est réellement touchante.

Lelouch se montre inhabituellement sobre, privilégiant les longs plans, ou les champs-contre champs, conscient qu’il n’a besoin d’aucun artifice, d’aucun effet, pour filmer l’intimité retrouvée de cet homme et de cette femme. Un parti-pris payant, qui donne un film globalement très pudique, et très tendre.

Un film qui adopte aussi le point de vue de Jean-Louis, vieil homme dont la mémoire fait des allers-retours étonnants. La réalité, les rêves, le fantasme s’entrelacent donc à l’écran, sans que l’on sache toujours exactement où on en est. Cette fille, jouée par Monica Bellucci, existe-t-elle vraiment ? Qu’importe finalement. L’important finalement est de vivre, jusqu’au bout.

Oui, le film est réussi. Mais le plus beau, c’est qu’il est réussi en surprenant constamment, avec une liberté et une vérité inattendue. Sans optimisme déplacé, mais avec une infinie tendresse, et des sourires qui dominent tout, libérant peu à peu les cœurs serrés des premières minutes.

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