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Archive pour la catégorie 'par personnages / séries'

Sherlock Holmes (id.) – de Guy Ritchie – 2009

Posté : 31 août, 2012 @ 12:43 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, ACTION US (1980-…), RITCHIE Guy, Sherlock Holmes | Pas de commentaires »

Sherlock Holmes

Guy Ritchie réussit un petit miracle avec cette adaptation audacieuse, explosive, moderne, et pourtant fidèle à l’œuvre de Conan Doyle. Il y avait pourtant de quoi avoir peur : Holmes, adepte du combat de rue ? Mouais… sauf que la baston est une manière pour lui de canaliser son hyperactivité intellectuelle. Une intrigue qui flirte dangereusement avec le paranormal ? Mouais… sauf que Ritchie redresse la barre à la dernière minute, expliquant tout de manière rationnelle… comme le faisait Conan Doyle lui-même.

Alors oui, on regarde le film avec une méfiance constante, en s’attendant à peu près au pire, déjà parce que le sieur Ritchie n’a pas fait que du bon par le passé. Et on se dit que, à un moment ou un autre, il va faire le mauvais choix. D’ailleurs, l’intrigue n’est ni vraiment convaincante, ni particulièrement intéressante. Mais au final, c’est un grand soulagement qui domine : Ritchie a tenu sa barre constamment, il ne s’est pas fourvoyé, et il signe un Sherlock Holmes fidèle à son modèle, et très enthousiasmant.

On se fout de l’histoire ? Qu’importe : même dans les livres de Conan Doyle, l’intrigue elle-même n’était pas toujours passionnante. Ce qui compte bien sûr, ce sont les déductions impressionnantes et réjouissantes de Holmes, et ses rapports avec Watson. Et dans ces deux domaines, le film fait des miracles. Côté déductions, Ritchie parvient à nous glisser dans le cerveau hyper actif du détective, avec ses images clipesques un peu maniérées qui pour une fois font sens. Côté relation, c’est peut-être encore plus réussi…

Ritchie instille une dose très marquée et très humoristique d’homosexualité refoulée entre les deux hommes, et fait de ce tandem un vrai couple qui ne dit pas ce qu’il est, mais qui partage passions et engueulades… Une relation qui a son pendant « hétéro » : l’histoire d’amour non consommée entre Holmes et Irène (Rachel MacAdams) est très belle, aussi.

Ces deux relations illustrent joliment les deux aspects contradictoires et complémentaires de Holmes, qui regrette le vie de couple avec Watson tout en tombant amoureux de la seule femme avec laquelle il ne peut pas vivre, et symbolise son incapacité à vivre en société. C’est parfois touchant, et surtout très drôle.

Surtout que Holmes est interprété par l’excellent Robert Downey Jr, génial acteur trop longtemps oublié, à la fois charismatique et doté d’un second degré toujours réjouissant. Face à lui, Jude Law est très bien aussi en Watson.

Ajoutons à cela, et ce n’est pas le moins réussi, une vision plastiquement superbe du Londres de la fin du XIXème siècle, avec une mise en scène constamment inspirée (on pourrait dire que Ritchie a réussi là ce que Pitof avait lamentablement raté avec son Vidocq)… Et voilà l’adaptation de Sherlock Holmes la plus audacieuse, la plus excitante, la plus explosive et la plus fidèle depuis des décennies…

Règlement de comptes à O.K. Corral (Gunfight at the O.K. Corral) – de John Sturges – 1956

Posté : 18 avril, 2012 @ 10:07 dans 1950-1959, DOUGLAS Kirk, LANCASTER Burt, STURGES John, WESTERNS, Wyatt Earp / Doc Holiday | Pas de commentaires »

Réglement de comptes à OK Corral

Revoir ce classique de John Sturges après avoir redécouvert le sublime La Poursuite infernale de Ford est une mauvaise idée. Les deux films étant inspirés du même événement authentique (l’affrontement sanglant entre les frères Earp et le clan Clanton, maintes fois porté à l’écran), et la plupart des personnages étant les mêmes, difficile de ne pas comparer ces deux versions. Et sur tous les plans, la supériorité du film de Ford est écrasante.

Tourné moins de dix ans après, le film de Sturges adopte un style très différent. Loin du noir et blanc nostalgique du Ford, Sturges préfère des couleurs vives et automnales. Dans les deux cas, Wyatt Earp est un homme d’une autre époque, en décalage avec le monde en mouvement qui l’entoure. Chez Ford, ce décalage est une malédiction, Earp est condamné à rester seul. Chez Sturges, c’est le début d’autre chose : il y a un espoir et un avenir pour le héros. Moins sombre, mais aussi nettement moins émouvant.

Comme dans le film de Ford, le plus beau ici, c’est la relation entre le marshall Wyatt Earp et l’ancien bandit Doc Holiday, leur amitié qui dépasse la loi et toute logique. J’avais le souvenir d’une sorte d’apothéose dans la carrière commune de Kirk Douglas et Burt Lancaster… Mais là encore, la comparaison avec le duo Victor Mature/Henry Fonda n’est pas à l’avantage du film de Sturges. Les deux stars sont excellentes, cela dit : Lancaster est droit et inflexible comme il faut, et Douglas secoue parfaitement sa mèche quand il tousse. Mais leur relation est beaucoup plus convenue que dans le film de Ford.

Pourtant, Sturges fait du bon travail. En habile cinéaste qu’il est, il signe un western bourré d’action, de bagarres, de règlements de comptes et de jolies femmes (en particulier Rhonda Fleming, vue dans Deux rouquines dans la bagarre et décidément très belle). Et puis en choisissant d’être un tantinet plus fidèle à la véritable histoire que Ford (on n’est pas dans documentaire, quand même), Sturges signe un film curieusement plus romanesque et épique. Et le fameux règlement de comptes de O.K. Corral est très spectaculaire.

Parmi les curiosités du film, notons la participation du jeune Dennis Hopper. Tout juste sorti de La Fureur de vivre, qu’il a tourné l’année précédente avec James Dean, le jeune acteur tient un petit rôle (celui du plus jeune fils Clanton), mais peut-être le plus intéressant du film : un gamin qui n’adhère pas aux crimes de sa famille, mais qui réalise qu’il n’a pas d’autre choix que de se ranger au côté des siens. Son destin sera tragique, et traité sans concession…

La Poursuite infernale (My darling Clementine) – de John Ford – 1947

Posté : 19 mars, 2012 @ 2:43 dans 1940-1949, BOND Ward, FORD John, WESTERNS, Wyatt Earp / Doc Holiday | Pas de commentaires »

La Poursuite infernale

« Ma’am, I sure like that name… Clementine »

Dès le générique de ce western sublime et indémodable, le ton est donné. La chanson qui donne son (étrange) titre au film résonne, presque étouffée, douloureusement nostalgique… My darling Clementine est déjà un western crépusculaire, celui d’une époque déjà en train de changer. Les légendes sont déjà écrites (les noms de Wyatt Earp et Doc Holiday sont déjà connus de tous), et la civilisation est en marche dans cette ville de Tombstone où la loi est encore approximative, mais où la société se fédère autour de la construction, hautement symbolique, d’une église.

Vingt-cinq ans avant Sam Peckinpah, quarante-cinq avant Clint Eastwood, Ford n’est déjà plus dans la naissance du mythe, mais dans sa déconstruction. Pourtant, comme il le fera lui-même avec L’Homme qui tua Liberty Valance quinze ans plus tard, ou comme Eastwood dans Impitoyable, il ne fait que rendre la légende plus forte, car plus ancrée dans la réalité.

Comme Tom Doniphon (Wayne dans Liberty Valance) dans une société qui avance grâce aux politiciens ; comme William Munny (Eastwood dans Impitoyable) ramenant soudain le chaos dans une ville qui se « civilise »… Wyatt Earp est déjà un homme d’un autre temps, qui ne se mêle à la fête que pour les beaux yeux de Clem’, et qui porte le parfum comme une aberration.

Guindé, mal à l’aise dans ses trop beaux habits et sa coiffure trop citadine, il est maladroit avec les dames et lève les jambes trop haut lorsqu’il s’agit de danser… Wyatt Earp est l’homme d’un Ouest encore sauvage, qui peine à trouver sa vraie place dans une Amérique qui s’organise et se civilise. Il n’est vraiment lui que dans les grandes étendues arides, ou lorsqu’il se rend sur la tombe de son jeune frère, dans l’une de ces scènes purement fordiennes qui donnent toute la dimension nostalgique de son œuvre.

Le film raconte les événements qui aboutissent au fameux règlement de compte de O.K. Corral, événement maintes fois raconté au cinéma (dans le film de John Sturges, dans le Wyatt Earp avec Kevin Costner, ou dans des dizaines d’autres westerns) : la fusillade qui a opposé les frères Earp et le célèbre joueur Doc Holiday, à la famille Clanton, éleveurs ayant causé la mort de deux frères de Wyatt Earp. Mais la richesse de ce film est ailleurs : dans les multiples à-côtés, dans les digressions amusantes ou émouvantes, dans l’amitié virile et belle de ces deux légendes que sont le joueur et as de la gâchette Doc Holliday, et l’ancien marshall Wyatt Earp…

Ancré dans la réalité, le film n’en prend pas moins d’immenses libertés avec la réalité historique : Virgil Earp a participé à la fusillade de O.K. Corral ; Wyatt Earp est arrivé à Tombstone pour travailler à la mine ; Holiday était dentiste, et pas chirurgien, et est mort dans son lit. Mais qu’importe. Ford est au sommet de son art, et son film n’est pas un documentaire mais l’un des westerns les plus beaux, et les plus touchants, jamais tournés.

Wyatt Earp lui-même est un personnage passionnant : Henry Fonda, alors l’acteur fétiche de Ford, lui apporte ce mélange de réalisme et de mythe qui caractérise le film. Mais Victor Mature, acteur généralement plus limité, est tout aussi formidable dans le rôle de Doc Holliday, homme à la destinée contrariée par la tuberculose. Si le personnage de Clementine (Cathy Downs) est assez terne, celui de Chihuahua (Linda Darnell), inspiré de la véritable compagne de Holliday, « Big Nose Kate » Helder, fait partie des plus beaux personnages de femmes de la filmographie de Ford.

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