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Archive pour la catégorie 'par personnages / séries'

La Nuit du carrefour – de Jean Renoir – 1932

Posté : 10 décembre, 2015 @ 4:12 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, Maigret, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

La Nuit du Carrefour

Curieux objet que cette première adaptation de Maigret sur grand écran (un titre partagé avec Le Chien jaune, tourné la même année par Jean Tarride avec son père Abel dans le rôle du commissaire). Constamment plongé dans la brume, l’obscurité ou les volutes de tabac, le film est une œuvre totalement à part à la fois dans la longue série des adaptations de l’œuvre de Simenon, et dans la filmographie d’un Jean Renoir particulièrement prolifique en ces débuts du parlant (la même année, il tourne Chotard et compagnie, et Boudu sauvé des eaux).

Pas de gros plans, des personnages peu loquaces, une intrigue alambiquée bien difficile à suivre… Le film, techniquement très imparfait (avec des dialogues quasi inaudibles, et un montage parfois hasardeux), pourrait nous perdre sur le chemin de ce carrefour perdu dans une banlieue sans charme ni personnalité. C’est tout le contraire qui se passe. Même si on peine à suivre tous les rebondissements, et même si on comprend parfois à peine ce qui se passe à l’écran, tant l’action est diluée dans ces brouillards constants, l’expérience est purement fascinante.

Si on reste scotché devant cette improbable enquête menée par un Maigret qui se contente la plupart du temps d’adopter un sourire sardonique, interrogeant peu et dévoilant encore moins, c’est pour la composition très pictural des images, pour cette manière totalement en avance sur son temps de faire ressentir l’environnement des décors naturels, et paradoxalement parce qu’il y a quelque chose de presque irréel dans ce faux polar où chacun semble attendre. Attendre quoi ? Que la vérité éclate, que le jour revienne, ou simplement que le temps passe.

Renoir est d’ailleurs particulièrement inspiré lorsqu’il s’agit de faire ressentir ce temps qui passe : par la valse des journaux qui se suivent au fil d’une journée, par la fumée des cigarettes qui opacifie de plus en plus la pièce où se déroule un interrogatoire, ou par un robinet qui goutte et qui remplit peu à peu un récipient…

Le temps qui passe, les êtres qui semblent hors du monde dans ce carrefour perdu où un crime a été commis, l’observation d’un microcosme qui révèle la culpabilité des uns… et l’absence d’innocence des autres. Même si le film surprend, et que le personnage même de Maigret (interprété ici par Pierre Renoir, le frère de Jean) déroute par son étrange comportement, La Nuit du carrefour est pourtant l’une des adaptations les plus fidèles à l’esprit de Simenon.

Le romancier a semble-t-il travaillé avec Renoir pour préparer le film. L’atmosphère du film, le malaise qui s’en dégage, portent clairement sa marque…

X-Files, aux frontières du réel (The X-Files) – saison 3 – créée par Chris Carter – 1995-1996

Posté : 14 novembre, 2015 @ 6:26 dans 1990-1999, BOWMAN Rob, CARTER Chris, CHARLESTON James, FANTASTIQUE/SF, GATES Tucker, GOODWIN R.W., MANNERS Kim, NUTTER David, TÉLÉVISION, X-Files | Pas de commentaires »

X Files saison 3

Cette saison 3 confirme la qualité grandissante de la série, et recèle bien des bijoux. Bizarrement pourtant, après une saison 2 qui a posé de nombreuses bases, la mythologie se retrouve un peu en retrait ici. Plus exactement, les scénaristes semblent hésiter sur la direction à prendre. Le diptyque Monstres d’utilité publique (épisodes 9 et 10), aussi passionnant soit-il, n’apporte ainsi pas grand-chose à la quête de Mulder et Scully…

C’est toutefois dans cette saison qu’apparaît la fameuse huile noire, dans un autre diptyque, L’Epave (épisodes 15 et 16), particulièrement réussi. Là aussi que le mystère s’épaissit et prend une tournure inattendue à propos de la présence d’extraterrestres sur terre et sur leurs ambitions divergentes, avec ce mystérieux alien chasseur d’aliens qui prend une importance centrale dans le dernier épisode, Anagramme (épisode 24), dont le personnage central très christique, ne semble être introduit que pour donner un rôle à Roy Thiennes, star d’une autre série paranoïaque autour de la présence d’extraterrestres sur terre (Les Envahisseurs, bien sûr).

Dans le rayon « monstres de la semaine », la saison 3 contient quelques perles : les terrifiants Souvenir d’oubliette (épisode 8) ou La Règle du Jeu (épisode 19). Mais le meilleur est sans doute celui qui, sur le papier, paraissait le plus anecdotique : Autosuggestion (épisode 17), véritable chef d’œuvre de mise en scène et de construction dramatique, dont le final est absolument bouleversant.

Il y a bien quelques rares épisodes un peu faiblards : La Liste (épisode 5) et Meurtre sur Internet (épisode 6), sur des sujets pourtant passionnants. Le premier est réalisé par un Chris Carter dont le talent de réalisateur s’améliorera nettement au fil des saisons.

Mais la saison est surtout marquée par de grandes réussites. La série développe les ruptures de ton, qui contribuent à en faire un show si passionnant. Deux exemples : le quasi-parodique Le Seigneur du Magma (épisode 20), qui s’amuse de la paranoïa habituelle de la série avec une auto-dérision irrésistible, et le génial Voyance par procuration (épisode 4), où la parodie flirte superbement avec le tragique.

De la même manière, la relation entre Mulder et Scully s’enrichit et se complexifie dans quelques épisodes qui s’inscrivent sur un mode à la fois léger et émouvant qui sied parfaitement à ce couple déjà mythique : La Guerre des Coprophages (épisode 12) ou Les Dents du Lac (épisode 22).

Notons aussi le superbe La Visite (épisode 21), envoûtant et bouleversant, qui contribue à enrichir considérablement la personnalité de Walter Skinner, et à faire de lui l’un des personnages majeurs de la série. La saison 4 confirmera largement cette tendance.

* Voir aussi la saison 1, la saison 2, la saison 4, la saison 5, le premier film, la saison 6, la saison 7, la saison 8, la saison 9, le second film, la saison 10 et la saison 11.

Maigret voit rouge – de Gilles Grangier – 1963

Posté : 13 novembre, 2015 @ 1:44 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, GABIN Jean, GRANGIER Gilles, Maigret | Pas de commentaires »

Maigret voit rouge

Quatre ans seulement ont passé depuis L’Affaire Saint-Fiacre. Pourtant, tout semble avoir changé dans ce nouveau Maigret, le troisième et dernier interprété par Jean Gabin (curieusement, le dernier interprété par un acteur français au cinéma, d’ailleurs). Delannoy et Audiard sont partis, remplacés par Gilles Grangier à la caméra et au scénario.

Pas un manchot, cela dit : le réalisateur nous offre quelques belles séquences nocturnes, joliement photographiées, tendues et pleines de suspense. Quant à l’adaptateur, ses dialogues « à la Audiard » le sont trop pour ne pas sonner un peu faux. Gabin, d’ailleurs, n’y croit pas trop, à ces dialogues : ses mimiques habituelles semblent un peu forcées ici. Un détail, cependant. Parce que le polar est réellement très efficace, le rythme ne baisse jamais, et la violence et le danger sont constamment palpables dans les rues de Paris.

Mais plus que l’absence de Delannoy et Audiard, c’est celle de l’atmosphère chère à Simenon que l’on regrette, et l’esprit même de Maigret. La silhouette massive et voûtée est bien là, mais pas cette lassitude et ce doute permanents qui font la richesse du personnage, et qui faisaient le charme des deux précédents films.

On le comprend bien d’ailleurs : cette fois, Maigret est confronté à des adversaires différents, des étrangers, des Américains, qui prennent les rues parisiennes pour « le Chicago de la Prohibition », dixit Maigret. Ce qui est au cœur de la plupart des « Maigret », cette lente immersion dans un microcosme dont il découvre peu à peu les secrets, n’a plus de raison d’être. On est ici dans l’environnement du commissaire, où la violence fait une incursion brutale.

Le sujet aurait pu être intéressant, comme aurait pu l’être la confrontation du traditionnel Maigret avec la culture américaine, le culte des gangsters, le jazz et le bowling. Mais tout ça n’est qu’un décor, et le polar est d’avantage un « Gabin » qu’un « Maigret ». Un bon Gabin d’ailleurs, mais sans grande surprise, et forcément très frustrant pour les amoureux de Maigret et Simenon.

* Voir aussi Maigret tend un piège et Maigret et l’affaire Saint Fiacre.

Maigret et l’affaire Saint Fiacre – de Jean Delannoy – 1959

Posté : 13 novembre, 2015 @ 1:40 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DELANNOY Jean, GABIN Jean, Maigret | Pas de commentaires »

Maigret et l'affaire Saint Fiacre

La question de savoir qui est le meurtrier n’a aucune importance, et la confrontation finale de tous les protagonistes doit plus à Agatha Christie qu’à Simenon. Bref, tout l’aspect « film policier » est presque de trop… Pourtant, il s’agit bien là du meilleur Maigret tourné pour le cinéma, beau parce qu’il plonge dans l’intimité d’un personnage qui évite soigneusement de se dévoiler.

Pour sa deuxième apparition dans le rôle, Gabin prouve définitivement qu’il était le meilleur choix possible. Sa force tranquille, sa présence incroyable, font merveille dans ce voyage de Maigret vers son propre passé. Il y a derrière le regard fatigué de la star tout le poids de son enfance, et le long chemin si rempli qui sépare l’enfant du superflic arrivé au sommet.

On jurerait même que Gabin a joué ce rôle-là, dans ce film-là, comme s’il s’agissait de sa propre histoire : celle d’une star qui n’a plus rien à prouver, et se retourne vers le chemin parcouru. Le plus beau moment du film, c’est d’ailleurs cette première rencontre entre Maigret et la comtesse de Saint-Fiacre, devenue une vieille dame, qui confrontent avec espièglerie leurs souvenirs communs.

Cette scène toute simple et tout en légèreté est bouleversante. Aucune grandiloquence, aucun effet facile, juste un homme mur qui évoque sa vieille passion pour une femme qu’il a connue jeune et désirable, lorsque lui-même n’était qu’un gamin. C’est simple et juste, simplement beau.

La suite est plus convenue, mais réalisée sans aucun temps mort, et regorgeant de beaux moments : une scène de nuit dans un couloir désert, le souvenir de Maigret père qui surgit soudain… La nostalgie sied bien à Gabin.

* Voir aussi Maigret tend un piège et Maigret voit rouge.

Maigret tend un piège – de Jean Delannoy – 1957

Posté : 13 novembre, 2015 @ 1:35 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DELANNOY Jean, GABIN Jean, Maigret | Pas de commentaires »

Maigret tend un piège

Il y a comme une évidence à voir Gabin endosser l’imper de Maigret, ce qu’il fait ici pour la première fois (… l’affaire Saint Fiacre et Maigret voit rouge suivront), comme il y avait une évidence à voir l’acteur incarner Jean Valjean. Il était comme ça dans les années 50, l’ancien prolétaire idéal d’avant-guerre : l’incarnation parfaite d’une certaine culture populaire française.

Comme Valjean version Gabin, Maigret version Gabin doit autant à son interprète qu’à l’imagination de Simenon. Pas que le film soit totalement irrespectueux de l’œuvre originale, bien au contraire : d’une certaine manière, Gabin EST Maigret, comme aucun autre interprète ne l’a été ou ne le sera après lui. Une force tranquille, une présence, une masse qui se déplace avec lassitude et écœurement dans un Paris de troquets, de petites gens et de paumés, où la violence est crue et les motifs plus cruels encore.

Maigret est Gabin, ou le contraire. Les doutes du commissaire de papier ont disparu au profit de la certitude omnisciente imposée par la présence de la star. Mais cette petite « trahison » n’a aucune importance. L’essentiel est bien là : Maigret est une sorte de catalyseur qui révèle la vérité des personnages, leurs secrets bien enfouis, les mesquineries de chacun. Et Gabin impose son rythme au film par son jeu si caractéristique.

Jean Delannoy, cinéaste méprisé par la Nouvelle Vague, signe un beau film d’atmosphère, un polar qui sait prendre son temps et se perdre dans les ruelles obscurs où le pêché reste tapi. Sa mise en scène est d’une grande efficacité, suggérant la violence sans rien édulcorer. Loin de l’image que ses détracteurs en donneront dans les années suivantes.

Bien sûr, Delannoy scénariste est épaulé par Michel Audiard, qui signe des dialogues magnifiques (« Vous êtes méchantes, mais surtout vous êtes bêêêtes !! »). Mais l’adaptation a aussi l’intelligence, malgré la présence de Gabin, de ne pas transformer le commissaire en surhomme. Grand psychologue et grand observateur, il reste jusqu’au bout un révélateur, laissant le travail d’enquêteur à cet inspecteur Lagrume trop rapidement élevé au rang de ridicule. C’est lui qui fait véritablement avancer l’enquête pendant que Maigret, las, balaye d’un revers de la main la preuve qu’on lui présente : « On verra ça plus tard ».

Bon réalisateur, bon scénariste, Delannoy se révèle aussi grand directeur d’acteur. Passons sur la prestation de Gabin, formidable mais absolument typique : tous les seconds rôles sont exceptionnels, qu’ils soient en valeur comme Jean Desailly en fils trop aimé ou, dans un autre registre, Annie Girardot en femme effacée, ou en retrait comme le débutant Lino Ventura, impeccable en jeune flic.

Un sans faute pour cette première aventure du commissaire Maigret Gabin. La qualité française avait du bon…

* Voir aussi Maigret et l’affaire Saint Fiacre et Maigret voit rouge.

X-Files, aux frontières du réel (The X-Files) – saison 2 – créée par Chris Carter – 1994-1995

Posté : 16 août, 2015 @ 2:46 dans 1990-1999, BOWMAN Rob, CARTER Chris, CONTNER James A., FANTASTIQUE/SF, GOODWIN R.W., LANGE Michael, MANNERS Kim, MARCK Nick, NUTTER David, PHELPS Win, SACKHEIM Daniel, SURJIK Stephen, TÉLÉVISION, VEJAR Michael, WHITMORE James, Jr., X-Files | Pas de commentaires »

X-Files saison 2

X-Files gagne nettement en qualité, après une première saison qui avait posé les bases de la série, mais avait pris un petit coup de vieux. Avec cette saison 2, le showrunner Chris Carter gagne en confiance, creuse plus profondément les sillons qu’il n’avait fait qu’effleurer jusqu’alors, et s’entoure de scénaristes et de réalisateurs qui ont définitivement trouvé leurs marques dans l’univers d’X-Files.

Parmi les réalisateurs qui prennent une importance grandissante dans la production du show, Rob Bowman tient une place à part. C’est à lui qu’on doit le premier authentique chef d’oeuvre de la série : Insomnies (l’épisode 4), petite merveille de mise en scène qui joue aussi bien sur la terreur que sur l’émotion pure, et réussit le pari d’être l’un des meilleurs « loners » de la saison, tout en développant à sa manière la fameuse théorie du complot, qui prend une ampleur considérable au fil de cette saison.

L’ambition cinématographique de Rob Bowman donne l’exemple à ses successeurs, à commencer par Kim Manners (futur pilier du show) et Chris Carter lui-même, qui fait des débuts brillants derrière la caméra avec le fameux Duane Barry (épisode 5), sans doute l’épisode-pivot de toute la série avec l’enlèvement de Scully, dont on ne connaîtra toutes les implications que dans les saisons suivantes. Cet enlèvement est pourtant en grande partie dû à un événement imprévu : la grossesse de Gillian Anderson, que Carter justifie et utilise de la manière la plus inattendue qui soit. Un coup de génie, qui va profondément marquer toute la série.

C’est aussi dans Duane Barry qu’apparaît Alex Kryceck, le formidable « double-maléfique » de Mulder qui sera avec l’Homme à la cigarette le méchant le plus iconique de la série, et qui reviendra en force dès la fin de cette saison avec un rebondissement aussi tragique qu’inattendu, qui va donner une dimension personnelle bouleversante à la quête de Mulder.

Le complot prend de l’ampleur avec le diptyque Duane Barry (qui se conclut avec Coma, l’épisode 8, première incursion de la série dans la rêverie poétique), l’apparition de « Monsieur X » (Steven Williams, successeur de Gorge Profonde) le double-épisode La Colonie (16 et 17) qui replace au cœur de la série la sœur de Mulder, et le formidable dernier épisode, Anasazi, l’un des meilleurs cliffhangers de fin de saison qui laisse Mulder pour mort et ouvre de nombreuses portes passionnantes.

Mais l’essentiel de la saison reste constituée de loners, avec notamment l’un des monstres les plus marquants de la série : cette répugnante larve humaine de L’Hôte (épisode 2). D’autres monstres peuplent la saison 2 : celui, bien humain celui-là, du Fétichiste (épisode 13), l’un des plus traumatisants de la saison ; et ceux, beaucoup plus décalés, de Faux frères siamois, génial hommage au Freaks de Tod Browning.

C’est avec cet épisode que la série fait ses premiers pas (d’anthologie) dans le domaine de l’autodérision, absent jusqu’à présent. Les saisons à venir seront toutes marquées par de telles incursions dans l’absurde, l’humour, le décalage et l’ironie. Cet épisode-là reste l’un des meilleurs du genre, marqué par plusieurs séquences inoubliables : Scully qui mate la difformité de Vincent Schiavelli pendant que ce dernier reluque sa poitrine ; un « freak » qui évoque la standardisation des hommes et clame qu’un jour, « tout le monde ressemblera à ça » en pointant du doigt un Mulder à l’allure un peu ahurie…

Beaucoup d’épisodes plus classiques aussi, avec de rares ratages (Les Vampires, épisode 7, le seul sans Scully, rencontre manquée de la série avec ce mythe immortel), et des tas de réussites qui empruntent aux grands thèmes du fantastique : la réincarnation (Aubrey, épisode 12), le vaudou (Mystère vaudou, épisode 15), Le Vaisseau Fantôme (épisode 19, du même nom) ou encore la possession (Les Calusari, épisode 21).

Notons encore une histoire de contagion bien dégueulasse (F. Emasculata, épisode 22), une belle évocation des préjugés autour d’une secte (Excseis Dei, épisode 11) ou une mystérieuse ombre tueuse (Ombre mortelle, épisode 23)… Avec cette saison 2, qui se termine de la manière la plus excitante qui soit, pleine de mystères et de promesses, X-Files s’impose comme la série majeure de la décennie.

* Voir aussi la saison 1, la saison 3, la saison 4, la saison 5, le premier film, la saison 6, la saison 7, la saison 8, la saison 9, le second film, la saison 10 et la saison 11.

L’Aigle des frontières (Frontier Marshall) – de Allan Dwan – 1939

Posté : 27 mai, 2015 @ 5:55 dans 1930-1939, BOND Ward, CARRADINE John, DWAN Allan, WESTERNS, Wyatt Earp / Doc Holiday | Pas de commentaires »

L'Aigle des frontières

En l’espace d’à peine douze ans, le livre de Stuart N. Lake évoquant la rencontre de Wyatt Earp et Doc Holiday, et le fameux duel à O.K. Corral a été adapté trois fois : en 1934 par Lewis Seiler, en 1939 par Allan Dwan, et bien sûr en 1946 par John Ford avec le mythique My Darling Clementine. Si le film de Ford est incontestablement au-dessus du lot, celui de Dwan est plutôt pas mal non plus.

A l’exception notable de quelques scènes de dialogues particulièrement raides et manquant singulièrement de conviction, ce Frontier Marshall deuxième du nom est même une petite merveille de concision au rythme parfait. L’éternelle question de la véracité des faits qui nous sont présentés a peu d’importance : les innombrables films évoquant le parcours de Wyatt Earp adoptent à peu près tous des vérités différentes. Mais le mythe Earp est bien là, tout comme son amitié dangereuse avec Holiday, interprété ici avec sobriété par César Romero.

Difficile quand même de ne pas penser au film de Ford : ce dernier s’est visiblement inspiré de pans entiers du film de Dwan, en particulier dans la première moitié. Cela donne d’ailleurs quelques scènes passionnantes au regard du film de 1946, les deux s’enrichissant mutuellement : voir par exemple le rôle plus important donné ici à Indian Charlie, l’ivrogne que Earp met hors d’état de nuire au début du film et qui l’amène à devenir shérif, qui n’apparaîtra que brièvement chez Ford, mais qui a ici un rôle nettement plus conséquent. Il s’agit d’ailleurs du même acteur dans les deux films, Charles Stevens.

Un autre acteur apparaît dans les deux films (ainsi que dans celui de Lewis Seiler), mais dans des rôles différents : le fordien Ward Bond, qui se contente ici d’une apparition. Autre figure fordienne : John Carradine, évidemment en bad guy.

Quant à Randolph Scott, dans le rôle de Earp, il est aux antipodes des fêlures de Henry Fonda. Raide et sûr de lui, souriant et visiblement sans démon, pas vraiment du genre à se coucher face aux coups de feu. Il reste droit sans chercher à esquiver les balles dans des scènes de fusillade, souvent nocturnes, sèches et brutales. Étonnantes et remarquables.

* DVD dans la collection Westerns de Légende chez Sidonis-Calysta, avec les présentations habituelles par Patrick Brion et Yves Boisset.

X-Files, aux frontières du réel (The X-Files) – saison 1 – créée par Chris Carter – 1993/1994

Posté : 25 mai, 2015 @ 5:02 dans 1990-1999, BOWMAN Rob, CARTER Chris, FANTASTIQUE/SF, FREEDMAN Jerrold, GERBER Fred, GOODWIN R.W., GRAHAM William, KATLEMAN Michael, LANGE Michael, LONGSTREET Harry, MANDEL Robert, NAPOLITANO Joe, NUTTER David, SACKHEIM Daniel, SHAW Larry, TÉLÉVISION, X-Files | Pas de commentaires »

X Files saison 1

Elle a bien pris un petit coup de vieux, cette première saison. Mais quand, adolescent, on est resté rivé chaque semaine devant M6 pour découvrir l’univers fascinant et révolutionnaire d’Aux frontières du réel (quelqu’un se souvient que X-Files avait un titre français ?), on ne peut que garder un rapport affectif indéfectible avec ce show qui a dirigé les séries télé vers leur âge d’or.

Il y a bien eu quelques précurseurs avant X-Files, notamment le Twin Peaks de David Lynch (David Duchovny y tenait déjà un petit rôle). Mais c’est bien Chris Carter qui a définitivement prouvé qu’une série au long cours pouvait avoir, esthétiquement, autant d’ambition qu’un film de cinéma. Dès sa première saison, X-Files ringardisait pour de bon la plupart des séries des années 80 (il y a des exceptions, oui), et donnait des idées aux créateurs et aux diffuseurs.

Depuis, de Urgences à Games of Throne, des Soprano à House of Cards (pour ne parler que des productions américaines), la série télé a atteint un âge d’or, confirmant bel et bien que le petit écran pouvait être aussi ambitieux que le grand. Au point même de renverser le rapport de force entre les deux, et de renvoyer ces débuts de X-Files au rang de patriarche surpassé par sa descendance.

C’est surtout visuellement que cette saison 1 a vieilli. On a tellement vu mieux depuis qu’on est frappé, dans les premiers épisodes surtout, par la froideur des images et le rythme parfois un peu lent. Par les dialogues impossibles de Scully aussi, qui faisaient déjà sourire à l’époque, mais n’enlevaient rien à la parfaite alchimie entre les deux personnages principaux.

Et de ce côté-là, la série tient remarquablement la distance. Dès leur première rencontre, Mulder le « croyant » cool et franc-tireur, et Scully la sceptique cartésienne et rigoriste, sont parfaitement identifiés, et s’imposent comme l’un des meilleurs duos jamais vus dans une série télé.

Chris Carter, créateur inspiré, n’a pourtant pas inventé grand-chose : X-Files se base en grande partie sur des éléments déjà existant. Fox Mulder, enquêteur du paranormal, est ouvertement inspiré d’une série oubliée, Kolchak – Dossiers brûlants (dont l’acteur principal, Darren McGavin, fera une apparition clin d’œil dans la saison 5 de X-Files). Dana Scully (et le FBI) a beaucoup de points communs, jusque dans l’apparence physique, avec la Clarice Starling du Silence des Agneaux. Gorge Profonde et la paranoïa ambiante semblent quant à eux tout droit sortis du JFK d’Oliver Stone…

Mais tous ces éléments font naître une atmosphère unique et formidablement addictive. Et ce dès cette première saison qui ne fait pourtant que poser des bases qui seront creusées et enrichies dans les saisons suivantes : la disparition de la sœur de Mulder, l’existence d’un gouvernement de l’ombre, et ce « complot » qui n’est que vaguement évoqué. Le mythique « Homme à la cigarette » ne fait ainsi que de brèves apparitions, mais sa seule présence (même muette comme dans le premier épisode) sous-entend déjà tout ce qui fera la richesse de la série.

La présence extraterrestre est au cœur de quelques épisodes particulièrement réussis. Mais pour l’essentiel, cette première saison est constituée de « loners » qui explorent, comme ce sera le cas dans les huit autres saisons, les nombreux thèmes du fantastique : le loup-garou (Métamorphoses, épisode 19), l’immortalité (Vengeance d’outre-tombe, épisode 16), la télékinésie (L’Incendiaire, épisode 12) ou la possession (Roland, épisode 23).

Et puis il y a les freaks, eux aussi incontournables de la série, et qui donnent quelques-uns des meilleures épisodes : le troublant Tooms de Compressions (épisode 3), tellement convaincant qu’il reviendra pour un second épisode à la fin de la saison (Le Retour de Tooms, épisode 21) ; ou encore Le Diable du New Jersey, dans un épisode à l’atmosphère particulièrement envoûtante (épisode 5).

C’est ce sens de l’atmosphère qui fait de cette saison, déjà, un modèle du genre. Les quelques rares épisodes vraiment faiblards (Un fantôme dans l’ordinateur, épisode 7 ; Espace, épisode 9) sont justement ceux qui échouent dans ce domaine. Au contraire des deux chefs d’œuvre de cette première saison : Projet Arctique (épisode 8), bel hommage à The Thing de Carpenter, et Quand vient la nuit (épisode 20), fascinante et inquiétante virée dans les grandes forêts, omniprésentes dans la série.

* Voir aussi la saison 2, la saison 3, la saison 4, la saison 5, le premier film, la saison 6, la saison 7, la saison 8, la saison 9, le second film, la saison 10 et la saison 11.

La Femme en Vert / La Dame en vert (The Woman in green) – de Roy William Neil – 1945

Posté : 3 novembre, 2014 @ 6:35 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, NEILL Roy William, Sherlock Holmes | Pas de commentaires »

La Femme en Vert

Tourné quelques mois seulement avant le très décevant Le Train de la mort, La Femme en Vert fait partie des grandes réussites de la longue série des Sherlock Holmes avec Basil Rathbone. Une série qui touche à sa fin puisqu’elle s’achèvera l’année suivante.

Le film a les défauts que l’on retrouve dans chaque épisode : une intrigue tirée par les cheveux et des rebondissements qui n’ont qu’un lointain rapport avec l’intelligence des récits de Conan Doyle (il s’agit de scénarios originaux), et un Watson gentiment idiot qui n’a lui à peu près rien à voir avec le personnage de littérature, interprété par Nigel Bruce, acteur toujours bien sympathique et amusant, mais qui semble incapable de sortir de son éternel personnage de gentil bougon maladroit et distrait.

Mais il se passe un petit miracle avec ce film-ci, original et intelligent, et bénéficiant d’excellents dialogues qui trouvent le parfait compromis entre noirceur et humour, et rempli de sous-entendus.

« She thinks that we…
… But we do, don’t we ?
… Do we ?”

Comme touché par la grâce, le réalisateur William Neil, pas toujours inspiré, signe quelques très moments de cinéma, créant d’inquiétants jeux d’ombre dans la séquence de la maison abandonnée, faisant naître une angoisse sourde lors du tête à tête entre Holmes et sa suspecte, ou le malaise avec une simple brique qui bouge sur un parapet…

La mise en scène est assez brillante, et les cadrages semblent constamment pensés pour mettre en avant l’atmosphère et les acteurs, excellents. Basil Rathbone apporte une fraîcheur inattendue à un personnage qu’il a interprété aussi souvent, émouvant lors de la découverte du cadavre à la morgue, surprenant lors de la scène du restaurant avec l’inspecteur. Même si l’intrigue ne rend pas tout à fait hommage au personnage créé par Conan Doyle, ce film rappelle parfaitement pourquoi Rathbone reste le meilleur interprète de Holmes.

Le Train de la mort (Terror by night) – de Roy William Neill – 1946

Posté : 3 novembre, 2014 @ 6:14 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, NEILL Roy William, Sherlock Holmes | Pas de commentaires »

Le Train de la mort

Quatorze films en six ans : entre 1939 et 1946, Basil Rathbone interprété Sherlock Holmes dans une interminable série de petites productions modernisées et librement inspirées de l’œuvre de Conan Doyle. Pour des soucis d’économie sans doute, et pour échapper à des contraintes scénaristiques trop fortes qui risqueraient de ralentir la production, les tournages s’enchaînaient alors, sorte de série TV avant l’heure.

Avant-dernier film de la série, Le Train de la Mort représente bien la limite de ces productions : de l’esprit de Holmes, on ne retrouve pas grand-chose, son sens de la déduction se résume à quelques dialogues sans imagination, et toute la complexité du personnage semble avoir disparu… Pourtant, le film reste très agréable, pour une seule raison : Basil Rathbone lui-même qui, même mal servi par des scénaristes peu inspirés, reste sans doute la meilleure incarnation du détective, à la fois suave et inquiétant, amusé et déterminé, et évidemment infaillible.

A ses côtés, Nigel Bruce se révèle un choix nettement moins heureux. En caricature de lui-même, avec cet éternel personnage de vieil ours maladroit et attachant qui séduisait chez Hitchcock (Soupçons, Rebecca), il agace cette fois, à force de limiter la figure de Watson à un sidekick idiot et rigolo.

Et ce Train de la mort, parfaitement improbable (la mort de son fils laisse la vieille dame totalement imperturbable), manque surtout de rythme, réalisé par un cinéaste qu’on a connu plus inspiré, y compris dans cette série (La Femme en Vert était autrement plus percutant).

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