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Archive pour la catégorie 'par personnages / séries'

La Femme en Vert / La Dame en vert (The Woman in green) – de Roy William Neil – 1945

Posté : 3 novembre, 2014 @ 6:35 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, NEILL Roy William, Sherlock Holmes | Pas de commentaires »

La Femme en Vert

Tourné quelques mois seulement avant le très décevant Le Train de la mort, La Femme en Vert fait partie des grandes réussites de la longue série des Sherlock Holmes avec Basil Rathbone. Une série qui touche à sa fin puisqu’elle s’achèvera l’année suivante.

Le film a les défauts que l’on retrouve dans chaque épisode : une intrigue tirée par les cheveux et des rebondissements qui n’ont qu’un lointain rapport avec l’intelligence des récits de Conan Doyle (il s’agit de scénarios originaux), et un Watson gentiment idiot qui n’a lui à peu près rien à voir avec le personnage de littérature, interprété par Nigel Bruce, acteur toujours bien sympathique et amusant, mais qui semble incapable de sortir de son éternel personnage de gentil bougon maladroit et distrait.

Mais il se passe un petit miracle avec ce film-ci, original et intelligent, et bénéficiant d’excellents dialogues qui trouvent le parfait compromis entre noirceur et humour, et rempli de sous-entendus.

« She thinks that we…
… But we do, don’t we ?
… Do we ?”

Comme touché par la grâce, le réalisateur William Neil, pas toujours inspiré, signe quelques très moments de cinéma, créant d’inquiétants jeux d’ombre dans la séquence de la maison abandonnée, faisant naître une angoisse sourde lors du tête à tête entre Holmes et sa suspecte, ou le malaise avec une simple brique qui bouge sur un parapet…

La mise en scène est assez brillante, et les cadrages semblent constamment pensés pour mettre en avant l’atmosphère et les acteurs, excellents. Basil Rathbone apporte une fraîcheur inattendue à un personnage qu’il a interprété aussi souvent, émouvant lors de la découverte du cadavre à la morgue, surprenant lors de la scène du restaurant avec l’inspecteur. Même si l’intrigue ne rend pas tout à fait hommage au personnage créé par Conan Doyle, ce film rappelle parfaitement pourquoi Rathbone reste le meilleur interprète de Holmes.

Le Train de la mort (Terror by night) – de Roy William Neill – 1946

Posté : 3 novembre, 2014 @ 6:14 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, NEILL Roy William, Sherlock Holmes | Pas de commentaires »

Le Train de la mort

Quatorze films en six ans : entre 1939 et 1946, Basil Rathbone interprété Sherlock Holmes dans une interminable série de petites productions modernisées et librement inspirées de l’œuvre de Conan Doyle. Pour des soucis d’économie sans doute, et pour échapper à des contraintes scénaristiques trop fortes qui risqueraient de ralentir la production, les tournages s’enchaînaient alors, sorte de série TV avant l’heure.

Avant-dernier film de la série, Le Train de la Mort représente bien la limite de ces productions : de l’esprit de Holmes, on ne retrouve pas grand-chose, son sens de la déduction se résume à quelques dialogues sans imagination, et toute la complexité du personnage semble avoir disparu… Pourtant, le film reste très agréable, pour une seule raison : Basil Rathbone lui-même qui, même mal servi par des scénaristes peu inspirés, reste sans doute la meilleure incarnation du détective, à la fois suave et inquiétant, amusé et déterminé, et évidemment infaillible.

A ses côtés, Nigel Bruce se révèle un choix nettement moins heureux. En caricature de lui-même, avec cet éternel personnage de vieil ours maladroit et attachant qui séduisait chez Hitchcock (Soupçons, Rebecca), il agace cette fois, à force de limiter la figure de Watson à un sidekick idiot et rigolo.

Et ce Train de la mort, parfaitement improbable (la mort de son fils laisse la vieille dame totalement imperturbable), manque surtout de rythme, réalisé par un cinéaste qu’on a connu plus inspiré, y compris dans cette série (La Femme en Vert était autrement plus percutant).

Wyatt Earp (id.) – de Lawrence Kasdan – 1994

Posté : 1 avril, 2014 @ 3:06 dans 1990-1999, COSTNER Kevin, KASDAN Lawrence, WESTERNS, Wyatt Earp / Doc Holiday | Pas de commentaires »

Wyatt Earp

D’accord, il y a bien deux ou trois longueurs, au cours de ces trois heures et quelque de projection. Mais rien, vraiment rien, qui puisse justifier la piètre réputation de ce western déjà tombé dans l’oubli. On ne peut pourtant que saluer l’ambition de Kasdan, rare dans ce genre, qui a osé oublier le mythe immortalisé par Ford (La Poursuite infernale), Sturges (Règlement de compte à O.K. Corral), pour proposer un portrait sans doute plus proche de la réalité, et surtout nettement plus nuancé.

Wyatt Earp est un homme courageux et par moments héroïques. C’est aussi un être dur et intransigeant, qui, tout au long d’une vie bien remplie, plonge dans l’alcool, devient un clochard voleur de chevaux, décime des troupeaux de bisons pour leurs peaux (le John Dunbar de Danse Avec Les Loups en pleurerait), laisse éclater sa vengeance, abat des hommes désarmés…

Quant au fameux règlement de compte de O.K. Corrall, c’est sans doute la version la plus anti-glamour que l’on ait pu en voir : huit hommes face à face, à deux mètres de distance, qui mitraillent sans vraiment viser… ne laissant debout que l’un d’eux : Earp lui-même. On est loin, très loin, des tireurs d’élite qui font la légende de l’Ouest.

Un parti-pris intéressant que Kasdan tient de bout en bout : jamais il ne cède à la tentation de faire de Earp un vrai héros. Au contraire, plus le personnage cède à ses démons, plus ses proches souffrent, ou meurent, et plus le malheur s’installe autour de lui. La rédemption, ici, passera par la vengeance la plus abjecte. Et la violence, dans Wyatt Earp, n’est pas non plus édulcorée : les morts sont douloureuses, souvent grotesques, et les survivants n’ont rien de glorieux.

La distribution est impressionnante : Gene Hackman, Tom Sizemore, Michael Madsen, Isabella Rossellini… Et dans le rôle de Doc Holliday, le trouble compagnon de Earp, tubard qui n’en finit pas de mourir, Dennis Quaid, méconnaissable. Le visage décharné, la toux rauque, il réussit une belle performance d’acteur, malgré un personnage mal dessiné, un peu brouillon. On sent bien que Kasdan lui préfère Earp lui-même : sa force, ses doutes, toute la complexité d’un mythe absolu qui est aussi un homme faillible.

Dans le rôle, Kevin Costner est remarquable. Aussi crédible en jeune homme un peu naïf et plein de beaux rêves, qu’en marshall revenu de tout à la présence magnétique et impressionnante. Lui qu’on a souvent comparé (dans ces années-là en tout cas) à un Gary Cooper, prouve qu’il peut également marcher dans les traces de John Wayne.

Quant à Kasdan, dont on a beaucoup reproché l’académisme lors de la sortie du film, le temps lui a donné raison : c’est avec un classicisme et un sens de l’image très fordien qu’il raconte cette épopée intime et impressionnante. Décidément, Wyatt Earp mérite d’être redécouvert.

Sherlock Homes : jeu d’ombres (Sherlock Holmes : A game of shadows) – de Guy Ritchie – 2011

Posté : 8 février, 2014 @ 1:14 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ACTION US (1980-…), par personnages / séries, RITCHIE Guy, Sherlock Holmes | 1 commentaire »

Sherlock Holmes Jeu d'ombres

Avec le premier Sherlock Holmes, Guy Ritchie avait surpris son monde en signant l’adaptation à la fois la plus explosive, et peut-être la plus fidèle à l’esprit de l’œuvre de Conan Doyle. Un film profondément moderne et franchement réjouissant, totalement débarrassé de l’imagerie holmesienne imposée par les dizaines de films et séries télé qui ont précédé.

Avec cette deuxième aventure, l’effet de surprise est un peu émoussé. Ritchie reprend strictement les mêmes recettes et le même esprit que dans le précédent. Son style tape-à-l’œil, au mieux un peu vain, au pire insupportable dans ses films antérieurs, trouve une nouvelle fois un terrain de jeu idéal : le cerveau hyper-actif et un rien malade du détective, dont on découvre les méandres et le fonctionnement lorsqu’il anticipe les affrontements souvent très brutaux avec ses ennemis.

Les parti-pris esthétiques ne surprennent plus, et le choix de situer cette nouvelle enquête dans un contexte international très tendu, avec attentats et menace de guerre mondiale, est assez discutable. Car ce qui séduit le plus dans ce film, c’est la légèreté qui s’en dégage, et le pur plaisir qu’on y prend. Ainsi, la partie la plus faible reste sans doute l’intrusion en terre allemande, où Ritchie invoque les tragédies mondiales du siècle qui s’annonce, à travers une esthétique très connotée qui s’inscrit dans la lignée des grands films consacrés à la Shoah.

Mais la plupart du temps, le plaisir est bien là. Un plaisir porté par la musique et la culture gypsie, qui a toujours habité les films de Ritchie, et que le réalisateur parvient à insérer dans cette œuvre a priori très british d’une manière plutôt maligne.

Quant au choix, déroutant dans un premier temps, d’avoir confié le rôle titre à Robert Downey Jr, il se révèle une nouvelle fois la meilleure des idées. L’acteur est absolument formidable en être obsessionnel et asocial, génial et odieux, égoïste et totalement dévoué. Un rôle auquel il apporte une présence évidente, un humour irrésistible, et un second degré qui fait la différence.

Le couple qu’il forme avec Jude Law – Watson est ce qu’il y a de mieux, cette fois encore. D’autant plus que les deux hommes sont confrontés à la pire crise de leur vie : le mariage de Watson, que Holmes voit d’un mauvais œil. Ritchie laisse planer le doute quant à leurs relations : le détective éprouve-t-il une jalousie enfantine à voir son compagnon de jeu préférer une vie d’adulte ? ou y a-t-il quelque attirance romantique entre ces deux-là ?

L’ambiguïté de leur relation trouve son apogée lors de la scène du train, au cours de laquelle un Holmes déguisé en femme jette l’épouse de Watson par la porte avant de se jeter par terre avec son ami… Et ça, quand même, il fallait oser…

Quantum of Solace (id.) – de Marc Forster – 2008

Posté : 5 avril, 2013 @ 2:19 dans * Espionnage, 2000-2009, ACTION US (1980-…), FORSTER Marc, James Bond | Pas de commentaires »

Quantum of Solace (id.) – de Marc Forster – 2008 dans * Espionnage quantum-of-solace

Casino Royale avait fait mieux que relancer la saga 007. Le film avait fait de James Bond, personnage vieillissant, l’un des héros d’action les plus excitants du moment. Autant dire que la suite était attendue avec impatience. D’autant plus que, fait sans précédent, ce Bond-là est la suite directe du précédent, bouclant un diptyque original chargé de poser les nouvelles bases du personnage : plus sombre, plus douloureux, plus physique, plus violent.

Avec Quantum of Solace, l’effet Daniel Craig joue toujours parfaitement, mais le film se situe quand même à un cran nettement inférieur. Contrairement au précédent, celui-ci est parfois un peu brouillon. Et la mise en scène de Marc Forster, en particulier dans la première moitié, manque parfois cruellement d’inventivité et de virtuosité.

La poursuite sur les toits de Séville tombe ainsi un peu à plat : on imagine ce qu’elle aurait donné devant la caméra d’un Johnnie To ou d’un Tsui Hark. En particulier cette fusillade, suspendue à des cordes, qui rappelle sans l’égaler quelques moments mémorables de Time and Tide.

Cinéaste peu habitué à l’action, Forster n’a pas le classicisme de Martin Campbell, réalisateur de Casino Royale, ou le talent énorme de Sam Mendes, qui signera Skyfall. Son style syncopé dans les scènes d’action finit par perdre et lasser le spectateur. Quelques belles idées tombent alors un peu à plat, comme la « conférence » pendant la Tosca, qui demandait la virtuosité du Coppola du Parrain 3.

Pour être honnête, c’est la comparaison avec Casino Royale (ou Skyfall) qui plombe ce Quantum of Solace, tout de même nettement supérieur à tous les Brosnan et tous les Moore. On y trouve d’ailleurs quelques fulgurances, et de beaux passages plus intimes, comme les face-à-face entre Bond et Mathis, qu’on a plaisir à retrouver après le précédent film, et qui laisse transparaître l’homme qui souffre derrière la carapace du matricule 007.

Cette fois encore, peu de James Bond girls : une seule, mais pas n’importe laquelle. Olga Kurylenko est d’une beauté à couper le souffle, et son personnage, très présent, est particulièrement réussi. Plus, en tout cas, que le grand méchant interprété par Mathieu Amalric, dont le parti-pris de le filmer comme un type normal tombe totalement à plat.

La seconde partie du film est plus excitante. L’arrivée de Bond et Olga dans un village de Bolivie privé d’eau est saisissante, tout comme la séquence finale, dans un improbable hôtel high tech perdu au milieu du désert, qui rappelle les bases secrètes des vieux Bond.

Ce Bond en demi-teinte n’est certes pas aussi excitant que le précédent, ou le suivant. Mais il ne manque pas d’un certain charme, et confirme la nouvelle direction prise par la saga : révolutionner la série, tout en respectant son histoire. En cela, le film est très réussi.

• Voir aussi : Casino Royale et Skyfall.

Casino Royale (id.) – de Martin Campbell – 2006

Posté : 3 avril, 2013 @ 12:11 dans * Espionnage, 2000-2009, ACTION US (1980-…), CAMPBELL Martin, James Bond | Pas de commentaires »

Casino Royale (id.) – de Martin Campbell – 2006 dans * Espionnage casino-royale

Pierce Brosnan a sauvé James Bond, renouant avec le succès après des années de doute quant à l’avenir du plus célèbre des espions, dépassé par un cinéma d’action de plus en plus spectaculaire. L’ère Brosnan a permis à la franchise de coller de nouveau à son époque. Mais le personnage, lui, s’inscrivait dans la plus grande des traditions, sorte de mix plaisant mais guère original entre tous les précédents interprètes.

Avec Daniel Craig, choix on ne peut plus hasardeux, croyait-on à l’époque, c’est évidemment une toute autre direction qui est prise, et que confirme le titre même de ce film : Casino Royale est le tout premier roman dans lequel apparaît Bond, et le seul à ne jamais avoir été sérieusement adapté (le Casino Royale avec David Niven était une parodie). C’est donc un nouveau départ que prend 007. Le film commence d’ailleurs par les deux meurtres qui permettent au jeune agent de gagner son double-zéro.

Ambitieux, ce simple choix donne un nouveau souffle à la saga, qui commençait sérieusement à tourner en rond (après 44 ans, ça se comprend). Et même si la réalisation est confiée à Martin Campbell, qui avait déjà accompagné les débuts de Pierce Brosnan avec Goldeneye, le ton et le style n’ont strictement rien à voir avec les précédents Bond.

Plus dur, plus spectaculaire, plus humain, plus physique, ce James Bond nouvelle génération est une véritable claque, qui ravit les fans, et séduit toute une nouvelle génération. La première course poursuite, notamment, hallucinante et vertigineuse, se hisse au niveau des meilleurs scènes d’action du cinéma moderne, et donne littéralement des sueurs froides.

Surtout, l’apparition de Daniel Craig, physique animal et inquiétant, a la force de la première apparition, mythique, de Sean Connery dans Dr. No. Ce Bond-là transpire la testostérone et le danger. Mon coeur balance encore, mais je suis même pas loin de penser que Craig est le meilleur Bond de tous les temps…

Et celui-ci est un bijou, qui réussit quelques miracles. Premier d’entre eux : rendre palpitante une interminable partie de poker, et y intégrer quelques explosions de violence mémorable. Deuxième miracle : rendre James Bond amoureux, et on le comprend, d’une Bond-girl qui pour une fois n’est pas totalement vide. Eva Green¸ beauté fragile, est aux antipodes de la Denise Richards du Monde ne suffit pas, pour prendre l’exemple le plus énorme.

Casino Royale est l’un des meilleurs films de la saga. L’un des plus gonflés aussi : le choix de Daniel Craig, la partie de poker, de longs passages dénués d’action, et la course-poursuite la plus courte et la plus mémorable de l’histoire de James Bond, qui se conclue par un accident grotesque au premier virage…

En rompant avec les facilités des années précédentes (quasiment pas de gadget, quasiment pas de James Bond girls), Casino Royale donne un nouveau souffle à 007.

• Voir aussi : Quantum of Solace et Skyfall.

Les Caves du Majestic – de Richard Pottier – 1944

Posté : 23 janvier, 2013 @ 3:04 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, Maigret, POTTIER Richard | Pas de commentaires »

Les Caves du Majestic – de Richard Pottier – 1944 dans * Polars/noirs France les-caves-du-majestic

Dynamique, bavard, primesautier, Albert Préjean est un Maigret formidable à une réserve près : il n’a pas grand-chose à voir avec le personnage de Simenon. Maigret, le vrai, est un taiseux, qui se fond dans l’atmosphère des lieux, et laisse gagner par la « musique » qui l’aide à comprendre les gens, le contexte…

Maigret, sous les traits de Préjean, passe à son temps à dire qu’il va flâner en se laissant gagnant par la musique, mais fait constamment le contraire. Un beau parleur et un manipulateur, qui interroge en usant de trucs un rien éculés (comme celui, redondant, qui consiste à poser une question anodine pour tester la nervosité de l’autre).

Maigret n’est donc pas Maigret, mais cela n’enlève rien à la réussite du film, polar absolument passionnant qui est, au final, une adaptation qui colle plutôt bien à l’esprit de Simenon. Car si Maigret est un observateur bien bavard, Richard Pottier, lui, laisse bel et bien sa caméra s’imprégner des lieux, en l’occurrence un grand palace parisien et quelques lieux de nuit où se croisent tous les suspects dans une affaire de meurtre.

Une cliente du palace a été retrouvée morte dans les caves du Majestic, et Maigret réalise bientôt que la plupart des suspects la connaissaient, qu’ils soient milliardaires ou simples employés, secrétaires ou danseurs… Une intrigue complexe, avec des tas de fils qui se croisent, et que Maigret démêle avec une fluidité parfaite.

Trop démonstratif, peut-être (« Dans mon métier, il est important de paraître plus bête qu’on est » fait partie des nombreuses phrases inutiles). Et l’intrigue secondaire, qui tourne autour de l’enfant, est très émouvante, mais paraît quelque peu hors sujet.

Il y a en tout cas le bonheur de retrouver des tas de seconds rôles incontournables du cinéma français des années 40, avec le débit incompréhensible d’André Gabriello et la voix profonde et gouailleuse de Jacques Baumer parfaitement mis en valeur par les dialogues et le scénario de Charles Spaak (à qui on doit entre autre La Grande Illusion).

Spaak et Pottier assument totalement le film de genre : Les Caves du Majestic ne se veut pas autre chose d’une intrigue policière passionnante.

Le Chien des Baskerville (The Hound of the Baskerville) – de Terence Fisher – 1958

Posté : 22 janvier, 2013 @ 3:45 dans * Polars européens, 1950-1959, FISHER Terence, Sherlock Holmes | Pas de commentaires »

Le Chien des Baskerville (The Hound of the Baskerville) – de Terence Fisher – 1958 dans * Polars européens le-chien-des-baskerville

La plus célèbre adaptation de Sherlock Holmes au cinema est, curieusement, la quintessence du style gothique horrifique de la Hammer. Avoir fait des deux stars maisons (Peter Cushing et Christopher Lee) les têtes d’affiche de cette adaptation classieuse n’est pas la seule raison : il y a surtout le choix d’avoir confié la mise en scène à Terence Fisher, le réalisateur le plus emblématique du studio.

Forcément, le résultat doit plus aux ambiances gothiques effrayantes de la célèbre firme qu’aux romans de Conan Doyle. D’ailleurs, Sherlock Holmes (Cushing), « le » héros du film, est absent pendant une bonne moitié du métrage, laissant la vedette à Watson et surtout à Christopher Lee, alias Henry de Baskerville, héritier d’un château inquiétant, marqué par une sombre malédiction. Un personnage hautement « hammerien ».

C’est la grande réussite de Fisher : avoir réussi à combiner les deux univers qui, pourtant, n’ont pas grand-chose en commun. Et avoir signé un vrai Holmes sans édulcorer le moins du monde l’univers habituel du studio.
Le film utilise à merveille les décors : le trop grand château des Baskerville, et surtout la lande désolée qui l’entoure, vaste étendue marécageuse, constamment nappée de brouillard, et d’où émergent quelques ruines gothiques du plus bel effet. Le décor idéal pour une bonne escapade au pays de la peur.

L’invitation tient toutes ses promesses. Le dénouement est bâclé, et franchement sans intérêt (comme dans la plupart des Sherlock Holmes), mais qu’importe : seule compte la manière d’y arriver. Pas forcément les déductions légendaires du détective, pour une fois, mais l’angoisse constante, les apparitions mystérieuses, et ces cris dans la nuit qui glacent le sang.

La malédiction des Baskerville (introduite par une première séquence, en forme de flash-back, absolument glaçante), et l’enquête de Holmes, ne sont que des prétextes. Fisher voulait faire peur, dans une ambiance de film d’horreur. C’est totalement réussi.

Le Chien jaune – de Jean Tarride – 1932

Posté : 11 décembre, 2012 @ 2:59 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, Maigret, TARRIDE Jean | Pas de commentaires »

Le Chien jaune

En 1932, Simenon est adapté pour la première fois au cinéma, et à deux reprises : par Jean Renoir avec La Nuit du Carrefour, et par Jean Tarride avec ce Chien jaune, les deux premiers Maigret d’une très longue liste. Petite anecdote amusante, mais pas facile à caser dans un dîner en ville : dans ces deux films, le réalisateur dirige un membre de sa famille dans le rôle du commissaire Maigret, son frère aîné Pierre pour Jean Renoir, et son père père Abel pour Jean Tarride.

Tiré d’un très grand roman, Le Chien jaune a tout pour être une grande réussite. Tarride suit à la lettre le livre de Simenon, adopte les mêmes décors (réels) : les ruelles de Concarneau, son port, sa campagne, et le petit hôtel de l’Amiral où Maigret passe le plus clair de son temps à observer les va-et-vient de la populace locale. Tarride filme les rues obscures et venteuses, s’attache à la vie qui s’installe dans cette petite communauté.

Bref, il fait tout comme Simenon. Sauf que l’écrivain a du style, et qu’il sait mieux que quiconque instaurer une ambiance en une phrase. Tarride n’a pas ce talent. Le Chien jaune peine à créer une atmosphère, la faute aussi à des acteurs qui déclament leur texte, et peut-être plus que tout à un Maigret antipathique.

Abel Tarride a beau avoir le physique imposant du commissaire, il est constamment à côté de la plaque. Dans les romans de Simenon, Maigret est une masse qui se fond dans l’environnement qu’il découvre. Incarné par Abel Tarride, c’est un être intrusif, brutal et peu aimable.

Plus connu comme dramaturge que comme acteur (même s’il a quelques films muets derrière lui), Abel Tarride n’est guère convaincant. A vrai dire, il donne l’impression d’être un père filmé par un fils qui veut le mettre en valeur. Un fils qui ne voit pas que ce Maigret-là n’est pas à la hauteur du personnage.

Le film vaut surtout pour son intérêt historique, et pour quelques séquences nocturnes bien troussées.

Skyfall (id.) – de Sam Mendes – 2012

Posté : 15 novembre, 2012 @ 10:14 dans * Espionnage, 2010-2019, ACTION US (1980-…), James Bond, MENDES Sam | Pas de commentaires »

Skyfall

James Bond a 50 ans, et son gâteau d’anniversaire est sans doute le tout meilleur film de la saga. En un peu plus de deux heures vingt, Sam Mendes (enfin un vrai grand cinéaste aux commandes !) fait bien plus que relever le défi : il signe quelques-unes des cascades les plus impressionnantes de ces dernières années, confirme la nouvelle direction plus sombre donnée au mythe depuis Casino Royale, renoue avec l’humour et les figures bondiennes un peu mises de côté depuis dix ans (eh oui, déjà dix ans que Pierce Brosnan a raccroché le Walter ppk…).

Ce que réussit Mendes avec ce film, c’est rien moins que poser les bases des films à venir. Après le diptyque Casino Royale / Quantum of Solace, Skyfall marque un vrai renouveau que l’on devine durable, avec notamment l’introduction du nouveau Q (le jeune Ben Wishaw — Grenouille du Parfum de Tom Tykwer — aux antipodes de Desmond Llewelyn), de Moneypenny, et d’autres surprises que, pas dégueu, je ne dévoilerai pas ici.

Et puis, demi-siècle oblige, le film rend aussi un bel hommage aux origines de la saga, et notamment au meilleur épisode de la période pré-Daniel Craig : Goldfinger. La mythique Aston Martin avec son fameux siège éjectable est ainsi littéralement sortie du placard pour un retour en Ecosse (d’où Sean Connery est originaire, et où il a tourné une partie de Goldfinger) mémorable. Hommage respectueux, certes, mais le sort réservé à cette voiture d’un autre temps (particulièrement inconfortable, à en croire M, toujours jouée par Judi Dench) ne laisse pas planer le doute : James Bond est bien entré dans une nouvelle ère.

Le film respecte bien le cahier des charges : des Bond Girls belle à damner (c’est même le seul atout de Bérénice Marlohe, dont les talents d’actrice sont assez discutables), quelques gadgets (peu quand même, à la grande déception de Bond…), une chanson imparable (Adele en fait l’une des plus mémorables de la série), des voyages aux quatre coins du monde… et une séquence pré-générique hallucinante. Très inspirée de la saga Jason Bourne (en particulier La Vengeance dans la peau), cette poursuite dans le grand bazar d’Istambul est un petit chef d’œuvre à lui seul, jouant habilement sur l’espace et la vitesse. Ça commence en voiture, ça continue à motos, et ça finit sur un train sans le moindre temps mort. Ebourrifant.

Le film est aussi gorgé de grandes idées de scénario et de mise en scène. Malgré l’emballage et les passages obligés, Skyfall ne ressemble vraiment à aucun autre James Bond. Pas de menace sur le monde ici, mais une « simple » histoire de vengeance. En guise de méchant, on a un type franchement efféminé et visiblement taraudé par une sorte de complexe d’Œdipe, joué avec jubilation par Javier Bardem. Et pour la première fois, toujours cinquantenaire oblige, l’essentiel de l’action se déroule au Royaume Uni : dans les sublimes Highlands d’Ecosse et à Londres. Passionnant, d’ailleurs, de voir James Bond, que l’on a l’habitude de voir dans des décors plus exotiques et plus sauvages, être plongé pour la première fois au cœur du tube, le métro londonien. Voir le mythe James Bond confronté aux « vrais » gens, à un environnement pour une fois très réaliste et quotidien, est une expérience déroutante et fascinante.

L’exotisme n’est pas oublié pour autant, avec des passages par Macau ou encore Shanghaï, Mendes choisissant une esthétique différente et très marquée pour chaque destination : un rouge orangé chaud et mystérieux pour Macau, une brume grise qui rappelle le lourd passé de Bond pour les Highlands, une image plus réaliste pour Londres, une esthétique post-apocalyptique pour la « tanière » du méchant, ou encore une image bleue glacée pour la très moderne Shanghaï, lieu d’une séquence formidable, qui se termine dans un immeuble tout en verre, avec un combat à mains nus dont on ne voit que des ombres chinoises… Et c’est formidable.

Rien à jeter dans ce Bond-là, d’une inventivité et d’une efficacité folles. Vivement la suite…

• Voir aussi : Casino Royale et Quantum of Solace.

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