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Archive pour la catégorie 'James Bond'

Au service secret de sa Majesté (On her Majesty’s Secret Service) – de Peter Hunt – 1969

Posté : 22 juin, 2022 @ 8:00 dans * Espionnage, 1960-1969, HUNT Peter, James Bond | Pas de commentaires »

Au service secret de sa majesté

Un Bond à part, et pas seulement parce que c’était le seul que je n’avais encore jamais vu. Parce qu’il marque l’unique incursion de George Lazenby dans le rôle – et on ne s’en plaindra pas, tant il manque tout à la fois de charisme, de présence, et de qualités d’acteur. Et aussi parce qu’il s’éloigne beaucoup de ce qui était déjà devenu le prototype d’un film de 007.

Pas de gadget, beaucoup de sentiments, une vraie romance, même… Ce n’est pas encore l’ère Daniel Craig, mais on sent bien que ce Bond là a largement infusé sur les films les plus récents de la saga : la station de haute montagne de Spectre évoque furieusement la base de Blofled dans Au service secret… et le personnage de Léa Seydoux dans les deux derniers Craig a plus d’un point commun avec celui de Diana Rigg ici.

Elle est irrésistible, bien sûr, et on ne spoilera pas en dévoilant le final audacieux et glaçant. Déjà auréolée de sa gloire post Chapeau melon et bottes de cuirs, l’actrice est une Bond Girl comme il y en aura peu, voire pas, avant Casino Royale : un personnage fort qui ne fait pas que passer par le lit de Bond. D’autres s’en chargent cela dit, on ne se refait pas.

Dès la traditionnelle scène pré-générique, le côté intime et sentimental est mis en avant, délaissant le spectaculaire à tout prix. Il y aura bien des scènes d’action : pas mal de bagarres, des fusillades, une poursuite à ski assez percutante (malgré quelques transparences malheureuses), une attaque en hélicoptère… Mais c’est surtout un Bond plus humain qu’à l’accoutumée que l’on découvre : traqué et effrayé par un homme en costume d’ours, faillible, vulnérable.

C’est d’ailleurs dans ces moments que Lazenby est le plus convaincant : lorsqu’il délaisse ses allures de super-agent pour redevenir un homme avec ses failles. Dans l’action comme dans les postures ironiques habituelles de 007, il semble constamment porter une étiquette « mauvais choix » scotché sur le front… Il a la réputation d’être le plus mauvais interprète de Bond ? Il l’est, à peu près sans doute possible.

Et pourtant, son Bond fait partie des grandes réussites de la saga. Pour son humanité, pour son audace, pour sa simplicité, pour l’efficacité de sa mise en scène, et pour la photo qui témoigne le plus souvent d’une belle ambition (en plus d’une grande maîtrise). Bon… ce dernier commentaire ne tient pas compte du passage fleur bleue-violons-flou artistique sur des fleurs en gros plan qui marque le début de la romance entre James et sa belle. Tellement caricatural qu’il ouvre allégrement la porte à toutes les parodies. A part ça, un Bond séduisant, et surprenant.

Bons baisers de Russie (From Russia with love) – de Terence Young – 1963

Posté : 19 juin, 2022 @ 8:00 dans * Espionnage, 1960-1969, James Bond, YOUNG Terence | Pas de commentaires »

Bons baisers de Russie

Ce deuxième 007 a un statut un peu à part. Le premier, Dr No, posait les bases d’un mythe. Le troisième, Goldfinger, entérinait la série comme une véritable saga répondant à des codes très précis. Entre ces deux épisodes fondateurs, celui-ci se présente comme une suite finalement assez classique, qui invoque James Bond non comme une figure quasi-mythique, mais comme le héros d’un premier film dont on découvre de nouvelles aventures.

Les codes inamovibles de la saga sont là, déjà : un pré-générique, la silhouette de Bond dans le viseur, la chanson-générique (assez laid, le générique), le bureau de M, Moneypenny, les gadgets de Q… Mais tout ça n’est qu’une mise en bouche, qui semble n’appeler que les films qui suivront. Celui-ci, dépassé les dix premières minutes assez formatées, surprend surtout pour son extrême simplicité.

Ici, Bond ne sauve pas le monde. Il ne passe pas son temps à passer d’un pays à l’autre. Il n’enchaîne pas les conquêtes d’un soir, encore que l’envie ne lui manque pas. Il est confronté au SPECTRE, mais ne le comprend que très tardivement. Pas de base secrète high tech non plus, ni de scènes d’action bigger than life. A vrai dire, Bons baisers de Russie est le film le plus franchement « d’espionnage » de la saga. Et de loin.

On est finalement souvent plus proche de L’Espion qui venait du froid que de la saga imaginée par Ian Fleming. Ce deuxième opus est moins un film d’action que de suspense. Qui ne manque pas, et que Terence Young filme avec un vrai talent, un vrai sens visuel, qui capte l’esprit de son décor. Comme son titre ne l’indique pas, le film se passe en grande partie à Istambul, dont on ressent l’atmosphère chaude et fascinante : la poésie du Bosphore et l’effervescence du Grand Bazar.

Young signe un film simple et direct, où les effets pyrotechniques restent la plupart du temps en retrait. Il prend le temps, surtout, d’installer durablement l’action dans des lieux, développant l’amitié entre Bond et un diplomate d’Istambul, consacrant une longue séquence à un voyage à haut risque dans un train… soudain presque hitchcockien, et très efficace.

Un point, quand même, où la saga ne dément en rien sa réputation : la représentation des femmes. Entre la jolie Russe prête à se damner pour James Bond parce qu’elle l’a trouvé séduisant sur une photo, et la vieille mégère psychopathe, entre une Moneypenney qui se pâme dès qu’elle entend la voix de Bond, et deux tziganes qui s’entretuent à moitié nues, forcément pour obtenir les faveurs d’un homme… comment dire…

La surprise vient en revanche du grand méchant. Pas le chef du SPECTRE, apparition déjà très stéréotypée. Mais le tueur qu’incarne Robert Shaw avec une froideur… eh bien glaçante. Face à lui, Sean Connery incarne un James Bond sûr de lui, mais très souvent dépassé par les événements, voire totalement manipulé. Comme dans Goldfinger en fait : le plus grand des espions n’est finalement jamais aussi passionnant que quand il comprend qu’il est battu.

Vivre et laisser mourir (Live and let die) – de Guy Hamilton – 1973

Posté : 15 avril, 2022 @ 8:00 dans * Espionnage, 1970-1979, HAMILTON Guy, James Bond | Pas de commentaires »

Vivre et laisser mourir

Premier tournant majeur pour James Bond au cinéma. L’éphémère George Lazenby n’avait pas réussi à faire oublier Sean Connery, 007 pour l’éternité qui a du coup rempilé pour une mission de plus. Mais l’heure de tourner la page était vraiment venue, l’Ecossais ayant d’autres ambitions. Si on se remet dans le contexte de l’époque, le choix de Roger Moore semble à la fois étonnant, et évident. Etonnant parce qu’il est bien loin de la virilité et du danger qu’incarne Connery. Evident parce que Moore est un acteur populaire, alors surtout liée au Saint, personnage pas si éloigné de Bond.

De tous les interprètes de James Bond, Roger Moore est sans doute celui dont l’image a le plus vieilli aujourd’hui. Sans anticiper sur les dérives dont pourront se rendre coupable les films suivants, ce premier Bond de l’ère Moore donnerait plutôt envie de le réhabiliter. Moore n’est certes pas aussi fascinant que l’animal Connery, loin s’en faut. Et son jeu d’acteur semble ici bien limité, ses postures flegmatiques surjouées finissent même par agacer. Mais quand même, il tient plutôt bien son rôle, particulièrement dans les moments les plus tendus.

Le film lui-même, s’il ne se classe pas parmi les plus grandes réussites de la saga, ne manque pas d’intérêt. L’intrigue, qui tourne en grande partie autour du culte vaudou, joue plutôt habilement sur l’imagerie de la mort, et met en scène des cérémonies païennes assez fascinantes, d’où émerge l’image du Baron Samedi, flirtant allégrement avec les codes du fantastique.

Mais c’est une scène assez courte du pré-générique que l’on retiendra surtout : un faux défilé funèbre dans les rues de la Nouvelle Orléans, qui se transforme en exécution. Le moment le plus inventif, et le plus tenu du film, dont on verra une sorte d’écho dans la seconde moitié du métrage. Et qui évoque à la fois la première scène du premier 007, annonçant par ailleurs celle très spectaculaire de Spectre, bien des années après.

Quelques situations sont franchement originales. Les personnages, en revanche, sont pour la plupart assez ratés. Le grand méchant joué par Yaphet Kotto est l’un des plus soporifiques de la saga, et semble lui-même plongé dans un ennui sidéral. M et Moneypenny font de la figuration dans le penthouse de Bond. Felix Leiter se contente de calmer le jeu derrière un micro… Quant à la Bond Girl de service, jouée par une toute jeune Jane Seymour, possible personnage fort sur le papier, elle tient son rang dans le haut du panier des potiches les plus soumises de la série.

Ce qui ne saurait gâcher totalement le petit plaisir que l’on prend devant ce film, lancé par la fameuse chanson de McCartney, dont quelques notes résonnent régulièrement dans l’action au cours des deux heures du métrage. Petit plaisir un peu inconséquent à l’image de cette interminable course poursuite de bateaux, un peu régressif à l’image de ce shérif truculent joué par Clifton James (qui retrouvera son rôle dans L’Homme au pistolet d’or), mais bien réel.

Goldeneye (id.) – de Martin Campbell – 1995

Posté : 9 avril, 2022 @ 8:00 dans * Espionnage, 1990-1999, ACTION US (1980-…), CAMPBELL Martin, James Bond | Pas de commentaires »

Goldeneye

Après Permis de tuer, il a fallu attendre six ans pour revoir James Bond à l’écran. Du jamais vu à l’époque, et une seconde chance comme il en existe peu pour Pierce Brosnan, postulant malheureux pour cause de contrat avec la télévision (pour la série Remington Steele) en 1987, Timothy Dalton étant alors un choix par défaut.

Brosnan en 007 : c’était une évidence, tant la classe et l’ironie de l’acteur semblent taillées pour le personnage. Sans surprise, la volonté n’est donc pas de révolutionner le mythe avec ce Goldeneye (contrairement au nouveau départ suivant, le Casino Royale qui sera lui aussi réalisé par Martin Campbell), mais de s’inscrire dans la continuité de la saga.

Brosnan en James Bond, c’est donc un mixte de Sean Connery pour l’élégance et le regard froid, de de Roger Moore pour la décontraction dans l’action et la punchline qui tue. L’ambition est de rassurer et de retrouver un public qui commençait sérieusement à se faire la malle. Le résultat est sympathique, mais affiche ses limites dès la séquence d’ouverture.

A force de la surjouer cool et détaché, Pierce Brosnan en devient totalement désincarné, sentiment renforcé par la direction d’acteurs pour le moins flottante, comme si Campbell filmait chaque scène en n’ayant aucune idée de ce qui précède ou de ce qui suit. Pas bizarre, donc, de voir une jeune femme sans histoire rire franchement alors qu’elle se dirige ouvertement vers un danger potentiellement mortel.

Le film pêche à la fois par son humour lourdingue (« j’ai oublié de frapper », lance Bond avant d’assommer un méchant sur le trône), et par les excès mal maîtrisés de ses scènes d’action. Même Ethan Hunt n’aurait pas osé cette scène où Bond lance sa moto dans le vide, vole littéralement vers un avion en chute libre, et réussit in extremis à redresser l’engin. Le film est alors commencé depuis cinq minutes, et heureusement que la fameuse chanson de Tina Turner arrive dans la foulée pour faire passer la pilule.

Ce ne sera pas le dernier excès : les dérapages frein à main d’un char d’assaut, le siège éjectable actionné avec la tête (pour un passage pompé éhontément à 58 minutes pour vivre) ou la chute de cinquante mètres pas même mortelle enfonceront le clou. Oh ! Il y a bien des volontés de faire évoluer la saga, de confronter Bond à son propre machisme. Mais les tentatives maladroites de faire de Moneypenny un personnage féministe (et de confier le rôle de M à une femme, Judi Dench) sont contrecarrées par la méchante, pauvre Fanke Janssen à qui l’on fait jouer une tueuse sadique et nymphomane, plongée en plein orgasme dès qu’elle assassine.

Ce Brosnan premier du nom agace et permet de mesurer a posteriori le chemin parcouru sous l’ère Daniel Craig. Pourtant, Goldeneye séduit par moments, avant tout grâce au charisme de Pierce Brosnan, à cette manière qu’il a de surjouer la cool-attitude. A défaut de renouveler la saga (le passage obligé de Q, interprété depuis trente ans par Desmon Llewelyn, prouve qu’il n’en est pas question), Campbell s’amuse avec les passages obligés et les codes bien en place. Pas dupe, guère ambitieux, mais enthousiaste.

James Bond 007 contre Dr. No (Dr. No) – de Terence Young – 1962

Posté : 7 avril, 2022 @ 8:00 dans * Espionnage, 1960-1969, James Bond, YOUNG Terence | Pas de commentaires »

James Bond 007 contre Dr No

Et c’est ainsi que tout commença, ou presque. Bien sûr, à la base du mythe, il y a les romans de Ian Fleming. Mais à la base seulement. Le véritable mythe, lui, est bien né avec ce Dr. No, premier d’une longue série de films (vingt-cinq au compteur officiel, tout juste soixante ans plus tard). On peut même être franchement précis sur l’instant où le mythe prend forme, un peu comme on peut dire à quel moment exact John Wayne est devenu une star (un travelling dans Stagecoach) : lorsque le visage de Sean Connery apparaît en gros plan après que la caméra lui a longuement tourné autour.

C’est la toute première apparition de l’agent 007 au cinéma. Et d’emblée, avec cette séquence qui reste fascinante, on sent que le personnage a été porté à l’écran avec la volonté d’en faire un mythe. Cette scène doit beaucoup à l’introduction du personnage de Bogart dans Casablanca. Elle annonce aussi dans l’esprit celle d’Indiana Jones dans Les Aventuriers de l’arche perdue. Dans tous ces cas, le personnage n’est d’abord dévoilé que par des détails : le geste d’une main, un plan de dos… Mais l’apparition du visage face caméra, elle, est bien tardive.

L’effet reste saisissant, parce que Sean Connery a ce charisme animal totalement fascinant, cette manière de jouer avec son regard, sa bouche et ses mains, qui est pour beaucoup dans la puissance que prend le personnage dès ce premier film. Etonnant aussi : le fait que tous les éléments du mythe soient déjà là. La silhouette de Bond dans une cible au début du film, le générique très stylisé, le « Bond… James Bond », les Bond Girls… Pour la chanson de générique, les gadgets et Q, on attendra un peu, mais l’essentiel est bien là.

Côté scénario, ce premier film est plus inégal. La première partie, qui flirte du côté du film de détective, est plutôt convaincante, et très rythmée. Le ton change en revanche dès l’arrivée sur l’île du grand méchant, premier repère secret d’une longue série, dont le gigantisme sied mal à la mise en scène de Young, efficace mais sans grand panache.

Qu’importe d’ailleurs. Dans cette seconde moitié du film, on n’a plus d’yeux que pour Ursula Andress, prototype inamovible de la parfaite Bond Girl, dont l’irrésistible apparition en bikini reste une image incontournable de la saga, qui sera citée ouvertement à deux reprises dans les années 2000 : par Halle Berry dans Meurs un autre jour, et par… Daniel Craig dans Casino Royale.

Forcément, la rencontre d’Ursula Andress et de Sean Connery, deux monuments du sex appeal, ne pouvait que faire des étincelles. La fausse innocence de la première et le cynisme dangereux du second ne jouant clairement pas la carte du réalisme, on se laisse volontiers entraîner dans cette aventure où tout est toujours un peu plus : plus spectaculaire, plus dangereux, plus séduisant, plus mystérieux. La naissance d’un mythe, ça ne se refuse pas.

Mourir peut attendre (No Time to Die) – de Cary Joji Fukunaga – 2021

Posté : 28 novembre, 2021 @ 8:00 dans * Espionnage, 2020-2029, ACTION US (1980-…), FUKUNAGA Cary Joji, James Bond | Pas de commentaires »

Mourir peut attendre

Il s’est quand même passé quelque chose d’inédit dans la saga James Bond, sous cette ère Daniel Craig qui se referme. Pour la première fois, ce cycle autour d’un acteur a été appréhendé comme un tout, avec un début, une évolution, et une fin. Une vraie fin, qui se devait d’être aussi radicale que l’était l’introduction avec Casino Royale. Elle l’est, radicale. Cette conclusion d’un cycle pour la première fois feuilletonnant est même assez parfaite, dans le prolongement en tout cas des quatre premiers films.

Plus que jamais, même, le film réussit le grand écart entre les moments attendus et la réinvention du mythe. Mourir peut attendre a les mêmes défauts que la plupart des Bond : en particulier un méchant caricatural et sans vraie envergure (Rami Malek ici), ni meilleur ni pire que les précédents. Mais cette idée de cycle qui se referme ouvre la porte à de vraies audaces, et à quelques surprises fortes comme on n’en a jamais vraiment vu dans la saga.

Cary Joji Fukunaka, cinéaste choisi après le succès de la série True Detective dont il a réalisé la première saison, se révèle un choix parfait pour assumer ce grand écart. Passées les premières minutes, où son style syncopé caméra à l’épaule fatigue un peu dans les scènes d’action, on est happé par la vivacité du rythme, frappé par la manière dont il remplit scrupuleusement le cahier des charges avec ce qu’il faut de poursuites en voitures (spectaculaires dans les rues de ce petit village italien), combats à mains nues et fusillades, tout en posant sa marque.

Marque qui flirte étrangement avec les codes immersifs du jeu vidéo. Efficacement mais lourdement à l’occasion de deux explosions dont on sort, comme Bond, en perdant ses repères sensoriels. Et surtout dans l’ultime marche solo de Bond traçant son chemin à travers les dédales de la base du grand méchant, laissant les cadavres derrière lui à chaque recoin. Les longs plans quasi-subjectifs sont, là, proprement hallucinants.

Côté action, on est largement servi. Côté humain aussi. Cet ultime épisode avant le renouveau laisse tellement de cadavres et de drames qu’il pourrait être plombant. Curieusement, c’est peut-être le plus vivant de tous les Daniel Craig. Celui en tout cas où l’acteur est le plus humain, et le plus surprenant : fort comme toujours, fragile, tendre et même drôle comme jamais. Il est formidable, réussissant parfaitement ses adieux comme il avait réussi son arrivée il y a quinze ans.

Autour de lui, les habitués sont tous présents, avec une présence renforcée par rapport aux précédents films (en 2h45, on a le temps) : M, Q, Moneypenny, Tanner, Felix Leiter… le fan service est au rendez-vous, et plutôt bien. Côté James Bond Girl aussi, le film fait plus que répondre aux attentes (peut-être grâce à la présence au scénario de Phoebe Waller-Bridge). Une 007 au féminin d’abord (Lashana Lynch), sympa mais un peu anecdotique. Le retour de Madeleine ensuite (Léa Seydoux), moins surprenante mais plus émouvante que dans Spectre. Une jeune agent de la CIA enfin (Ana de Armas), réjouissant mélange d’innocence sexy et d’efficacité redoutable, le temps d’une grande séquence d’action d’une intensité et d’une inventivité folles.

Même dans les décors, Mourir peut attendre répond à cette double volonté : remplir le cahier des charges et surprendre. On a donc droit à de fabuleux paysages en Italie et en Norvège, à une planque (trop) classe en Jamaïque, à une base des méchants digne des périodes Sean Connery ou Roger Moore… mais aussi à une formidable scène dans une forêt touffue baignée de brume, ou des adieux déchirants sur un quai de gare tragiquement banal…

Et cette fin, dont on ne peut pas dire grand-chose sans gâcher la surprise, mais qui confirme fort bien, en détournant le mythe de Midas déjà au cœur de Goldfinger il y a bien longtemps, la dimension tragique et désespérément humaine de ce cycle Daniel Craig. Dont on a bien du mal à imaginer ce qui pourrait lui succéder. Mais la tradition est respectée. Le générique de fin le confirme, avec plus d’interrogations sans doute qu’après les vingt-quatre Bond précédents : James Bond will return.

Demain ne meurt jamais (Tomorrow never dies) – de Roger Spottiswoode – 1997

Posté : 7 février, 2019 @ 8:00 dans * Espionnage, 1990-1999, ACTION US (1980-…), James Bond, SPOTTISWOODE Roger | Pas de commentaires »

Demain ne meurt jamais

Pas mal, ce deuxième Bond de l’ère Brosnan. Après le très réussi Goldeneye, l’ami Pierce aurait sans doute aimé plus de profondeur, plus de noirceur, plus de complexité pour son personnage. Mais quand même : il tue, il souffre, il affiche un cynisme bienvenue, et il le fait avec style, classe et panache. Franchement, on n’en demande pas beaucoup plus.

Pas (trop) d’humour lourdingue, non plus, comme dans le triste Meurs un autre jour. Ici, l’humour est en grande partie circonscrite aux scènes d’action, par ailleurs très inventives : c’est ainsi qu’on a le droit à une poursuite en voiture… télécommandée par un Bond dissimulé entre les sièges (un peu plus intéressant visuellement qu’une certaine voiture invisible), et surtout à une autre poursuite en moto pilotée en mode duo.

C’est peut-être la séquence la plus réussie et la plus importante du film : cette poursuite où Bond et une sorte d’alter ego au féminin sont obligés de se partager l’écran, reliés l’un à l’autre par des menottes. Une belle séquence assez virtuose, pleine de rythme et d’idées, autour d’un duo qui ne tiendra hélas pas vraiment ses promesses.

Dans le rôle de cette espionne musclée, Michelle Yeoh semblait un choix idéal. Pourtant, la superstar de Hong Kong semble constamment mal à l’aise, en retrait. Pas gâtée c’est vrai par un scénario qui la garde systématiquement à distance de 007, comme s’il n’était pas encore temps de confronter le plus célèbre des agents de sa majesté à une femme digne de lui.

C’est la même impression qui domine avec l’autre Bond Girl, qui répond à une autre ambition louable mais trop timide : révéler l’humanité de Bond en lui prêtant une vraie histoire d’amour surgie du passé. Teri Hatcher est belle comme tout, mais son personnage se limite un peu à ça. Une leçon dont les scénaristes sauront se souvenir avec Casino Royale.

Quant au grand méchant, magnat des médias qui créent des catastrophes pour s’offrir des scoops, il résume à la fois les forces et les faiblesses du film. Caricatural et jamais vraiment crédible ni effrayant, il est incarné par un Jonathan Pryce en roue libre qui s’offre une interprétation toute en gourmandise et en excès. Il en fait des tonnes, mais il est irrésistible, en particulier quand il se fout ouvertement de la gueule de Michelle Yeoh experte en arts martiaux, ou quand il se comporte en gamin à qui on aurait cassé son jouet…

Un plutôt bon cru, donc, qui remplit joyeusement son cahier des charges : action, dépaysement, gadgets, et chouette chanson de générique (signée Sheryl Crow). Un James Bond, quoi.

Meurs un autre jour (Die another day) – de Lee Tamahori – 2002

Posté : 4 février, 2019 @ 8:00 dans * Espionnage, 2000-2009, ACTION US (1980-…), James Bond, TAMAHORI Lee | Pas de commentaires »

Meurs un autre jour

Du bon et du beaucoup moins bon, pour ce Bond officiellement estampillé n°20. Et ce contraste apparaît dès l’incontournable séquence d’ouverture, à la fois poussive et éphémèrement grotesque (l’arrivée en surf ? vraiment ?), et aussi assez maline : comment répondre à la question brûlante que personne ne se pose vraiment… mais où donc était James Bond le 11 septembre 2001 ?

Il était donc dans une prison de Corée du Nord, où il est resté plus d’un an, subissant interrogatoires et tortures avant d’être échangé contre un autre prisonnier politique. Une entrée en matière particulièrement sombre et audacieuse, qui semble répondre aux aspirations de Pierce Brosnan d’incarner un Bond plus intense, plus noir, plus brut.

Las… La suite lorgne d’avantage du côté de Roger Moore que de Sean Connery, même si ce vingtième opus multiplie les clins d’œil aux premiers films de la saga : Halle Berry qui sort de l’eau comme Ursulla Andress quarante ans avant elle bien sûr, mais aussi le laser et le siège éjectable de Goldfinger. Mais ce qui domine, c’est un humour bon enfant, des dialogues à double-sens d’une lourdeur affligeante, et une surenchère qui, loin de constituer un sommet, représentera une fin de règne bien involontaire pour le pauvre Pierce.

Ultime image de cette surenchère malheureuse : la voiture invisible, sommet de « what the fuck » qui symbolisera rétrospectivement l’impasse de la logique dans laquelle s’enfermait 007, qui aboutira à l’éviction de Brosnan (qui méritait mieux), et au premier vrai reboot de la série, avec Casino Royale. Cette voiture invisible est bien sûr totalement ridicule, mais colle parfaitement à l’esprit de la séquence finale, climax se déroulant dans un palais de glace où Bond affronte des méchants artificiels, qui forcément manque totalement d’humanité et de profondeur.

Et ce n’est pas la prestation incroyablement transparente de Halle Berry, qui se contente d’être belle (pour ça, elle n’a pas grand-chose à faire) sans rien apporter à son personnage, pseudo-alter ego féminin de 007. « Une belle vue », comme le répète Bond dès qu’elle apparaît. Pas plus que celle de Rosamund Pike, très jolie et très froide dans le rôle d’une James Bond Girl très jolie, et très, très froide. Bond est décidément le plus misogyne de tous nos héros, éternellement entouré de belles plantes qui n’incarnent rien. Dommage.

Finalement, le rôle féminin le plus marquant serait presque celui de Madonna, plus convaincante dans son minuscule rôle (une apparition clin d’œil en maîtresse d’escrime, rien de plus) que dans son interprétation de la chanson de générique, très électro et déjà très datée.

De ce grand spectacle outrancier et glacé, on sort avec le sentiment d’un gâchis, pour le spectateur et pour Pierce Brosnan, dont on ne dira jamais assez à quel point sa classe naturelle correspondaient parfaitement à l’idée qu’on se faisait du plus célèbre des agents de sa majesté. Une idée que, après ces excès pas franchement assumés, il fallait absolument redessiner. Et c’est l’ère de Daniel Craig qui s’ouvre…

Opération Tonnerre (Thunderball) – de Terence Young – 1965

Posté : 14 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Espionnage, 1960-1969, James Bond | Pas de commentaires »

Opération Tonnerre

De ce quatrième Bond, tourné après Goldfinger, l’un des sommets de la franchise, j’avais surtout gardé le souvenir des longues séquences sous-marines, qui m’avaient profondément ennuyé. Surprise, alors que j’entreprend de familiariser mes enfants à l’histoire de 007 : les séquences sous-marines sont effectivement très longues, et très nombreuses. Mais elles sont aussi assez formidables, plus ambitieuses que dans aucun autre film de la saga, joliment éclairées, inventives, et parfaitement rythmées.

Après une séquence pré-générique un peu banale et, pour le coup, sans grande envergure, qui semble n’être tournée que pour montrer Sean Connery s’envolant grâce à un gadget improbable (qui a bel et bien été inventé depuis), une grande partie du film repose d’ailleurs sur les mystères et les dangers qui se cachent sous la surface de l’eau : la présence inquiétante des requins dans la piscine, ou encore cette avion caché sous l’eau, que Bond passe de longues séquences à chercher.

Bond, à propos, confirme son absence totale de génie ! Après avoir été constamment dépassé par les événements dans Goldfinger, il retrouve cette fois son rôle de sauveur du monde… grâce uniquement à un pur hasard. C’est en effet parce qu’il est en cure dans un centre de remise en forme qu’il peut remonter la piste jusqu’au grand méchant interprété par Adolfo Celi : comme le hasard fait bien les choses, cette clinique où 007 se repose est aussi celle que choisit le SPECTRE pour transformer physiquement l’un de ses agents en copie conforme d’un pilote qui doit transporter une bombe atomique.

Oui, c’est énorme. Evidemment, c’est énorme : on est dans James Bond. Mais comme dans tous les bons Bond, celui-ci trouve le parfait équilibre entre une intrigue qui sait aller trop loin avec panache, des scènes d’action spectaculaires (l’ultime séquence sous-marine surtout, une incroyable grande bataille particulièrement violente), et quelques passages plus sombres, où Bond apparaît plus humain. Cela donne d’ailleurs la meilleure scène du film (l’une des meilleures de toute l’ère pré-Daniel Craig) : acculé, puis blessé, l’espion est traqué dans la nuit au cœur d’un carnaval. Le film prend alors brièvement des allures de cinéma vérité, et la violence se fait plus crue, plus rude.

Presque vingt ans plus tard, lorsque Sean Connery retrouvera le rôle de Bond dans un film concurrent d’Octopussy, ce sera dans Jamais plus jamais, remake d’Opération Tonnerre, dont le producteur Kevin McClory avait acquis les droits.

Goldfinger (id.) – de Guy Hamilton – 1964

Posté : 8 septembre, 2017 @ 8:00 dans * Espionnage, 1960-1969, HAMILTON Guy, James Bond | Pas de commentaires »

Goldfinger

La chanson de Shirley Bassey, le smoking sous la combinaison de plongée, la partie de golf, l’apparition d’Honor Blackman alias Pussy Galore, l’Aston Martin et son siège éjectable… C’est peut-être le Bond qui a fait entrer définitivement Bond dans la légende. L’un des meilleurs de la série en tout cas, voire LE meilleur de l’avant-Daniel Craig.

Ironique et spectaculaire, ce troisième Bond s’amuse déjà de sa propre image, avec d’improbables gadgets, des conquêtes en série pour notre espion préféré (et pas n’importe lesquelles), un tour du monde des cartes postales qui passe par le Big Ben de Londres, les montagnes de Suisse et les palaces de Miami Beach, et les apparitions rigolardes des habituels faire-valoir de Bond : M et Moneypenny dans leur numéro déjà habituel, Q très pince-sans-rire, et l’agent de la CIA Felix Leiter dans un rôle plus étoffé qu’à l’accoutumé.

Surtout, c’est le film pour lequel le réalisateur Guy Hamilton semble en état de grâce. Même s’il signera trois autres Bond (Les Diamants sont éternels et les deux meilleurs Moore, Vivre et laisser mourir et L’Homme au pistolet d’or), Hamilton n’est pas exactement le cinéaste le plus emballant du monde. Mais son Goldfinger est d’une fluidité exemplaire, avec un rythme impeccable, que ce soit dans les nombreux moments de bravoure ou dans les moments plus calmes comme ce formidable jeu de dupe au golf (c’est d’ailleurs en tournant cette longue séquence que Sean Connery est tombé amoureux du sport).

Et puis il y a Sean, impérial, la classe absolue, la virilité incarnée, le héros tellement supérieur à tous… Sauf qu’à bien y regarder, il est bien souvent dépassé par les événements, 007 : incapable de sauver de la mort deux charmantes sœurs, impuissant devant une bombe prête à exploser, et les mains liés lorsqu’il s’agit d’empêcher le meurtre de 60 000 personnes… La superbe qu’il affiche est même franchement mise à mal lors de l’affrontement mythique avec Gert Froebe / Goldfinger.

« Do you expect to talk ?
- No Mr. Bond, I expect you to die ! »

Réjouissant et ironique à souhait, un très grand Bond.

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