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Archive pour la catégorie 'par personnages, thèmes…'

L’Aîné des Ferchaux – de Jean-Pierre Melville – 1963

Posté : 15 novembre, 2021 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, d'après Simenon, MELVILLE Jean-Pierre | Pas de commentaires »

L'Aîné des Ferchaux

Le film s’ouvre sur une scène de boxe d’un rare tragique. La voix off de Belmondo le précise : ce combat est sa chance de devenir professionnel, à condition qu’il le gagne. On sait bien qu’il le perdra… Belmondo n’a peut-être jamais été aussi proche d’un anti-héros de film noir américain que dans ce film, dont l’action se déroule justement en grande partie de l’autre côté de l’Atlantique, sur les routes d’une Amérique populaire, loin des clichés glamours, mais si proche de l’image qu’en donne le film noir.

Belmondo, jeune homme qui fait le deuil de la vie qu’il aurait pu avoir, embauché comme « secrétaire particulier » par Charles Vanel, vieil homme qui fait le deuil de la vie qu’il a eue. Lui est un tout puissant banquier poussé à prendre la fuite pour éviter la prison qu’un scandale provoqué par son arrogance lui promet. Les deux hommes se trouvent, d’une certaine manière, tous deux cyniques et dénués de toute empathie. A ceci près que le vieux est riche et acculé, et le jeune pauvre et affamé.

Comment voulez-vous qu’une telle rencontre donne lieu à un semblant d’optimisme. Ce n’est clairement pas la vision de Melville, qui adapte ici un roman de Simenon, le seul de sa carrière, l’un de ses grands hommages au cinéma américain qui l’a tant nourri. Il y est question de Frank Sinatra, de Marlon Brando. Mais c’est plutôt la silhouette d’Alan Ladd ou de Robert Mitchum que l’on entrevoit derrière la démarche lasse de Belmondo, superbe dans le dernier de ses trois Melville.

Melville filme l’Amérique comme peu de cinéastes français l’on fait, à travers un road trip fascinant, qui dévoile le pathétique de ce « couple » improvisé dans l’urgence : deux hommes opposés sur à peu près tout si ce n’est le cynisme et l’indifférence, et qui se replient peu à peu l’un sur l’autre. L’Aîné des Ferchaux n’est pas le plus typique des films de Melville. Pas le plus aimable non plus, avec ses longues scènes d’affrontement silencieux entre deux personnages antipathiques.

Mais la longueur de ces scènes et le côté inconfortable de l’entreprise font beaucoup pour rendre palpable le sentiment d’enfermement ressenti par les deux hommes, magnifié par la belle musique de Georges Delerue. Et puis il y a Vanel et Belmondo, formidables malgré les conditions du tournage (Belmondo a, au mieux, viré le Stetson et les lunettes noires de Melville après que ce dernier s’en est pris un peu trop violemment à Vanel, incident qui a marqué la rupture définitive entre le cinéaste et le jeune acteur). Leur rencontre, pathétique et tendue, est une raison bien suffisante pour redécouvrir le film.

Les Fantômes du chapelier – de Claude Chabrol – 1982

Posté : 16 octobre, 2021 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1980-1989, CHABROL Claude, d'après Simenon | Pas de commentaires »

Les Fantômes du Chapelier

Simenon et Chabrol : l’association de ces deux noms est tellement évidente qu’on aurait tendance à imaginer, tout naturellement, que la filmographie du second est remplie d’adaptations des romans du premier… Mais non : il y a eu Betty, en 1992, et ces Fantômes du chapelier dix ans plus tôt. L’ombre du créateur de Maigret plane sur la filmographie du cinéaste, mais comme une inspiration diffuse, une sorte de figure tutélaire qui trouvera son apogée avec l’ultime film de Chabrol, Bellamy, hommage de l’un au personnage le plus célèbre de l’autre.

Les Fantômes du chapelier est en tout cas là pour confirmer que Chabrol était fait pour filmer du Simenon. Le film est à la fois une excellente adaptation, et un pur Chabrol. L’atmosphère, si chère à l’écrivain, ce microcosme si précis bousculé par un événement extérieur, les petits secrets et les grandes mesquineries… La réussite du film tient peut-être avant tout du fait que tous ces éléments doivent autant de l’un que de l’autre. Totalement Simenon, et totalement Chabrol.

Chabrol qui s’amuse aussi à citer son autre référence majeure, Hitchcock, reprenant des plans de Psychose avec une précision étonnante : un grand angle plongeant sur la chambre de Serrault et sa « femme », et bien sûr ces ombres chinoises laissant deviner le couple en pleine discussion derrière les rideaux de la chambre… C’est presque avec ces images que le film s’ouvre. Mais Chabrol ne cherche pas pour autant à refaire le coup de Norma Bates : tout dans ces citations visuelles appelle le spectateur à comprendre la situation avant même qu’il la mette réellement en image.

On a donc une petite ville terrorisée par des meurtres de femmes, un petit cercle de bourgeois qui se retrouvent chaque jour sans vraiment se passionner pour le fait divers, et le criminel qui se trouve être l’un d’eux. Rien de vraiment spectaculaire, mais un malaise qui s’installe pour ne plus s’évanouir, avec cet étrange lien qui unit le chapelier Michel Serrault et son voisin tailleur, Charles Aznavour.

Le premier, aisé et respecté, est accueilli au café comme un habitué qu’on appelle par son prénom. Le second, immigrant effacé et malingre, est un petit homme qui semble n’exister aux yeux de personne. Le tailleur, pourtant, se met à suivre le chapelier où qu’il aille, ce dernier se délectant de cette ombre dont il ne cherche jamais à se détacher. Si le film est si réussi, c’est aussi parce que les rapports entre ces deux là ne sont jamais simples, toujours troublants…

Kachoudas, le tailleur joué par Aznavour, sait que Labbé, le chapelier joué par Serrault, est le tueur qui fait trembler la ville. Il le sait, mais il ne dit rien, laissant même une victime mourir devant ses yeux. Pourquoi se tait-il ? Simplement parce qu’il veut simplement vivre tranquille ? Et pourquoi Labbé le laisse-t-il le suivre ? Les doutes constants qui naissent de ces interrogations nourrissent le malaise qui ne cesse de croître au fur et à mesure que la folie du chapelier semble prendre le dessus.

Michel Serrault est formidable dans ce rôle, à la limite du grotesque, notable grandiloquent et pathétique que personne ne penserait même à soupçonner. Face à lui, Aznavour est touchant en Arménien dont la vie semble n’avoir été qu’une fuite en avant silencieuse. Dérangeant et inconfortable, Les Fantômes du chapelier fait partie des très bonnes adaptations de Simenon, et des très bons Chabrol.

L’Ours en peluche – de Jacques Deray – 1994

Posté : 30 septembre, 2021 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1990-1999, d'après Simenon, DERAY Jacques | Pas de commentaires »

L'Ours en peluche

C’est la fin d’une époque, ultime film dans lequel Alain Delon se voyait encore en acteur de cinéma, avec l’envie d’ajouter une pierre de plus à un édifice encore en construction. Après ça, il se contentera de copinages ou de clins d’œil, et de quelques rôles pour la télévision. Delon en bout de course, qui ne trouve plus son public, et surtout qui a besoin d’être rassuré, qui ne prend plus de risques qu’en toute confiance. Ce qui, oui, est contradictoire.

L’Ours en peluche, adaptation d’un roman de Simenon, est sur le papier un projet assez enthousiasmant. Une sorte de polar à l’intrigue épurée, dont le personnage principal est un médecin vieillissant rongé par ses désirs sexuels, qui partage son temps entre une épouse dont il ne voit plus la beauté, une maîtresse d’une sensualité ravageuse (Francesca Dellera, beauté italienne sidérante hélas doublée en français), et des aventures d’un soir qui n’ont pas d’importance à ses yeux.

C’est là la clé de l’énigme, et on rêve de ce qu’un Paul Verhoeven aurait fait d’un tel sujet, un an après le triomphe de Basic Instinct. Mais ce n’est pas Verhoeven : c’est Jacques Deray, parce que Delon a besoin d’être en confiance, et que ses autres cinéastes fétiches Clément ou Visconti, sont morts. Avec Deray, lui aussi en fin de course (c’est son dernier film pour le cinéma), il vient déjà de tourner Un crime, le film des retrouvailles quinze ans après les heures de gloire de leur collaboration. L’Ours en peluche est nettement plus ambitieux, très différent du cinéma habituel de Deray, pas franchement capable de créer l’atmosphère dérangeante que requiert l’histoire.

L’Ours en peluche n’est, hélas, ni troublant, ni dérangeant. Delon fait ce qu’il peut, les seconds rôles ne sont pas terrible, Madeleine Robinson apparaît le temps d’une séance ratée pour son ultime apparition au cinéma (elle aussi), le doublage des nombreux acteurs italiens (c’est une coproduction franco-italienne) est approximatif. Mais c’est moins l’ennui qui domine que la sensation de passer à côté, si ce n’est d’un grand film, au moins d’un beau rôle pour Delon, le genre de rôle qui, dans un film réussi, aurait pu aboutir sur d’autres projets, sur une fin de carrière bien différente. Hélas.

L’Homme de la Tour Eiffel (The Man on the Eiffel Tower) – de Burgess Meredith – 1949

Posté : 28 septembre, 2021 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, d'après Simenon, Maigret, MEREDITH Burgess | Pas de commentaires »

L'Homme de la Tour Eiffel

Burgess Meredith a une trajectoire quand même étonnante, partant de Lubitsch (Illusions perdues) pour se terminer chez Stallone (le Mickey de Rocky, c’est lui), en passant par une adaptation inattendue d’un excellent Maigret, La Tête d’un homme, qu’il réalise lui-même seize ans après la version de Julien Duvivier (il ne signera qu’un autre long métrage, l’obscur Le 3ème œil, vingt ans plus tard) sous le titre L’Homme de la Tour Eiffel.

Un titre qui semble annoncer une « carte-postalisation » de l’œuvre de Simenon, vue par un Américain. Un bête a priori qui se justifie, tout en étant injuste. Le film ne fait pas partie des meilleures adaptations de Simenon, en tout cas pas des plus fidèles à l’esprit. Charles Laughton est assez convaincant dans l’imperméable de Maigret, mais il incarne bien davantage le Laughton tel qu’on l’attend (et qu’on l’aime) que le plus célèbre des commissaires de romans.

Cela étant dit, une fois accepté que Maigret n’est, comme la Tour Eiffel, qu’un attribut incontournable de Paris, vue comme le personnage principal du film, L’Homme de la Tour Eiffel révèle un charme très original. Paris, dont Burgess Meredith nous offre une vision à la fois d’Epinal et criante de vérité, pour une enquête qui ressemble bien plus à une virée trépidante des beaux quartiers aux bas-fonds.

Meredith filme les monuments parisiens, sans en oublier aucun : du Sacré Cœur aux Tuileries en passant par l’Obélisque… Mais le regard qu’il porte n’est pas celui d’un Américain énamouré. D’un étranger, peut-être, mais d’un étranger qui connaît et aime Paris, qui n’en cache pas les quartiers plus glauques, ni le danger, qui appréhende la ville comme un tout à la fois horizontal et vertical. La poursuite sur les toits est particulièrement frappante (et réussie), captant comme peu d’autres films ce Paris-du-dessus si typique, magnifique assemblage de bric-à-brac qui semble totalement anarchique.

Burgess Meredith nous offre également une belle poursuite en voitures sur les grandes avenues et dans les tunnels, figure devenue classique mais très en avance pour son époque. Et une poursuite sur la Tour Eiffel, clou du film que n’aurait pas renié le René Clair de Paris qui dort. Franchot Tone est très bien en tueur névrotique (un rôle qui évoque forcément Les Mains qui tuent), Burgess Meredith lui-même est attachant dans le rôle du faux coupable, et Laughton bien sûr. Mais malgré ce trio d’acteurs, c’est bien Paris qui happe le regard et l’attention. C’est pour Paris que le film est vraiment réussi.

Winchester ’73 (id.) – d’Anthony Mann – 1950

Posté : 15 septembre, 2021 @ 8:00 dans 1950-1959, MANN Anthony, STEWART James, WESTERNS, Wyatt Earp / Doc Holiday | Pas de commentaires »

Winchester 73

Glissons rapidement sur l’épisode « indien » de Winchester 73, sur un Rock Hudson un peu engoncé sous un faux nez et un maquillage pas franchement convaincant de Sioux. Etrange et courte séquence qui détonne même par ses transparences approximatives… Ce petit préambule pour souligner que Winchester 73 n’est pas un western parfait. Voilà pour les réserves. Pour le reste, Winchester 73 n’est peut-être pas un western parfait, donc. Mais c’est un grand, un très grand western.

Un western historique déjà, qui marque la première collaboration de James Stewart avec Anthony Mann, qui deviendrait son réalisateur de prédilection, et avec qui il tournerait surtout une série impressionnante de formidables westerns. Et qui contribue aussi à cette mutation du genre vers une atmosphère plus sombre, plus profonde aussi, en même temps qu’il contribue au renouveau de James Stewart, qui s’engageait alors dans une nouvelle partie de sa carrière plus axée sur des rôles tourmentés.

Le rôle qu’il tient dans Winchester 73 n’est pas si loin de celui qu’il tiendra dans L’Appât du même Mann. Il n’est pas encore totalement passé du côté obscur, et garde une certaine pureté. Mais il est déjà mû par la soif de vengeance. Une vengeance basée d’ailleurs sur un quasi-poncif du genre : l’opposition de deux frères radicalement opposés, qui se vouent une haine mortelle. Stewart et Stephen McNally, en l’occurrence.

De ce postulat de départ, le scénariste Borden Chase tire une merveille de construction, magnifiée par la mise en scène tendue et sèche de Mann. Un film qui suit une sorte de cercle fascinant, à travers le parcours d’une winchester 73, considérée comme l’arme la plus précise du monde, qui passe de main en main pour revenir à son premier propriétaire, et accomplir la vengeance qui ne cesse d’être différée.

Et quelles mains : celles de John McIntire, Dan Duryea, Rock Hudson, et même brièvement celles d’un tout jeune Tony Curtis. On croise aussi Shelley Winters, le précieux Millard Mitchell (grand second rôle oublié), Will Geer qui fait un truculent Wyatt Earp, et des tas de gueules incontournables du western. Mann est encore un nouveau venu dans le genre (la même année, il réalise Les Furies et La Porte du Diable), mais il en maîtrise déjà totalement les codes.

Il en magnifie aussi les situations, donnant une dimension incroyable à ses séquences de ville (superbe plan en plongée d’une brutalité extrême, vue de la chambre d’un hôtel), comme aux longs moments dans les vastes paysages. Il joue aussi avec le poids des grands mythes : l’apparition de Wyatt Earp bien sûr, mais aussi l’omniprésence dans les dialogues de la tuerie de Little Big Horn, comme un traumatisme qui annonce la fin d’une époque. Le thème central de tout bon western, finalement.

Brelan d’as – d’Henri Verneuil – 1952

Posté : 13 septembre, 2021 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, d'après Simenon, Maigret, VERNEUIL Henri | Pas de commentaires »

Brelan d'as

Monsieur Wens, Lemmy Caution et le commissaire Maigret : trois grands enquêteurs de la littérature policière, à l’affiche d’un même film. J’avoue que cette curiosité m’avait totalement échappé jusqu’à présent. Le projet, pourtant, est particulièrement séduisant. Le résultat l’est aussi, ne serait-ce que pour sa forme, déclaration d’amour à une certaine littérature populaire : la série noire, le polar, le thriller… Peu importe comment elle l’appelle, puisqu’elle brasse des univers très différents.

Le film s’ouvre donc sur une série de plans de Paris, où on découvre une employée du métro, un gamin, un vieil homme digne, un homme d’affaires… Tous plongés dans des lectures de la fameuse Série Noire de Gallimard, tandis qu’une voix off malicieuse ironise sur le caractère honteux de ce sous-genre. Avant d’introduire les trois héros que l’on s’apprête à voir en action : trois héros qui ont connu, connaissent ou vont connaître leur heure de gloire sur grand écran. Et qui ne se croisent pas hélas, dans cette succession de trois sketchs indépendants, que réalise le tout jeune Henri Verneuil d’après trois nouvelles.

Le principe, donc, est très sympathique. Les sketchs, eux, sont franchement inégaux, allant du médiocre à l’excellent. Allons y dans l’ordre…

C’est par un héros qui fut très populaire que commence le film : Monsieur Wens, l’enquêteur surdoué créé par S.A. Steeman, dont c’est l’une des dernières apparitions au cinéma après une demi-douzaine de films au cours de la décennie précédente. Pas que du bon, certes, mais le personnage reste mémorable pour l’interprétation qu’en donne Pierre Fresnay dans Le Dernier des Six et surtout L’Assassin habite au 21 (Pierre Jourdan dans Le Furet, aussi…). Pierre Fresnay à qui un clin d’œil amusant est réservé, par le biais d’une mystérieuse imitatrice.

Ici, c’est Raymond Rouleau qui interprète Wens, détective (et pas inspecteur cette fois) chargé de protéger une richissime femme, qui meurt quasiment sous ses yeux, lui-même devenant le parfait alibi de son mari, qui aurait fait un suspect idéal. Intrigue maline, rythme parfait, mélange de suspense et de légèreté pour une enquête prenante à défaut d’être renversante. Et un Rouleau parfait en Wens gentiment égocentré et franchement goujat.

Le segment central est, de loin, le plus faible : celui consacré à Lemmy Caution, héros de romans qui n’allait pas tarder à connaître une gloire cinématographique sous les traits d’Eddie Constantine, dans une bonne dizaine de longs métrages. Pour l’heure, il apparaît sous les traits de John Van Dreelen, acteur néerlandais trop lisse et pas bien convaincant en Américain mal dégrossi. Pas aidé par un scénario bâclé, une mise en scène paresseuse et des dialogues aberrant. Difficile de prendre du plaisir à cette traque à travers l’Europe.

Difficile même d’imaginer que c’est le même réalisateur, et les mêmes scénaristes, qui ont adapté une nouvelle de Simenon pour le dernier segment, un excellent Maigret à la fois rude et tendre, où le commissaire prend sous son aile un gamin témoin d’un meurtre mais enfermé dans un mensonge par peur des représailles. Verneuil, qui avait déjà adapté Simenon pour son précédent film, Le Fruit défendu (d’après Lettre à mon juge), apporte un soin particulier à ce troisième sketch, comme si, au fond, il n’avait tourné le film que pour celui-ci.

Michel Simon, pour son unique incarnation du commissaire, est formidable, balayant le souvenir d’Albert Préjean, et disputant le titre de meilleur Maigret à Pierre Renoir et Harry Baur (en attendant Gabin). Un Maigret fort, instinctif, mais aussi fragile et humain, que l’on découvre dépassé, angoissé, physiquement malade aussi, alité et houspillé par une Mme Maigret nettement moins docile qu’à l’accoutumée. Simon, sur le papier, est un Maigret discutable. A l’écran, il est une évidence. Et ce court métrage est une grande réussite. Pour lui, Brelan d’as mérite d’être redécouvert.

Meurtre par décret (Murder by decree) – de Bob Clark – 1979

Posté : 26 mars, 2021 @ 8:00 dans * Polars européens, 1970-1979, CLARK Bob, Sherlock Holmes | Pas de commentaires »

Meurtre par décret

Sherlock Holmes contre Jack l’Eventreur… C’était déjà le thème (et le titre) d’un film de 1965 dans lequel l’inspecteur Lestrade était déjà joué par Frank Finlay, qui retrouve donc le même rôle quinze ans plus tard. Anthony Quayle aussi était déjà de la partie, mais dans un tout autre rôle.

Quant au duo Holmes/Watson, il est ici interprété par Christopher Plummer et James Mason, et c’est la double-meilleure nouvelle du film. Parce que l’un comme l’autre sont parfaits, et parce que l’un avec l’autre, ils forment un duo enthousiasmant dans leurs différences comme dans leur complémentarité.

On les découvre d’abord dans un théâtre où ils attendent le début d’une représentation, retardée pour attendre le Prince de Galles. Son arrivée déclenche des huées au troisième balcon, où se trouvent les quelques représentants des quartiers modestes, et les réactions de nos deux héros sont radicalement différentes : Watson outré qu’on puisse siffler la couronne, Holmes à la fois complice et rigolard, et admiratif de la droiture de son ami.

Plus tard, c’est un simple petit pois récalcitrant qui illustre la complicité et les différences des deux hommes, dont on ne peut que regretter qu’ils soient si souvent séparés. Les personnages sont alors nettement plus convenus, moins surprenants, et un peu moins excitants, d’autant que Holmes paraît le plus souvent à côté de la plaque, n’avançant dans son enquête qu’à force de faire des erreurs, souvent dramatiques.

Bob Clark ne manque pas d’ambition : il s’attaque au double mythe de Sherlock Holmes et de Jack l’Eventreur, avec toute l’imagerie qu’ils véhiculent. Sans rien oublier, et en optant pour l’option complotiste au plus haut sommet de l’État. On a donc droit à des crimes horribles, à des déambulations dans les rues grouillantes de vie, des intrigues dans les boudoirs, aux secrets de la franc-maçonnerie, et bien sûr aux brumes de Whitechapel.

Là, l’ambition de Bob Clark marque ses limites : celle d’un style approximatif, fait d’effets parfois faciles (caméra subjective, zooms et ralentis) pour créer une atmosphère poisseuse et inquiétante. A moitié réussi seulement, mais Christopher Plummer et James Mason arrivent toujours à temps pour relancer l’intérêt, et assurer le plaisir.

Panique – de Julien Duvivier – 1946

Posté : 16 février, 2021 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, d'après Simenon, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

Panique

Pas du genre à se laisser déborder par le dépaysement, Duvivier. En exil aux Etats-Unis durant la guerre, il est l’un des réalisateurs français qui s’adaptent le mieux aux méthodes de travail américaines. De retour en France, il signe d’emblée l’un de ses plus grands films, si ce n’est le plus grand.

Un film immense en tout cas, tourné dans un décor superbe de quartier populaire qui évoque celui du Jour se lève. A ceci près que l’empathie de la foule dans le film de Carné laisse place ici à la pire illustration de la meute, cette foule mesquine et avide, prompte à juger et à condamner.

On a souvent fait de Duvivier un cinéaste pessimiste et sombre, une réputation à laquelle Panique n’est pas étranger. La vie semble si douce à première vue dans ce petit quartier populaire de Paris, où l’harmonie semble régner, et où tout le monde se connaît et s’apprécie. Mais Duvivier n’est pas tendre avec cette société de l’immédiat après-guerre.

Personne, ou presque, ne trouve grâce à ses yeux, dans cette adaptation très cruelle du roman de Simenon Les Fiançailles de Monsieur Hire. Il filme une France de la mauvaise conscience, incapable de comprendre un homme ouvertement en dehors des codes, en l’occurrence Michel Simon, extraordinaire et bouleversant dans le rôle de cet homme solitaire et mal aimable.

La scène où il affronte Alfred (Paul Bernard), ce dernier étant incapable de se tourner vers lui pour le fixer dans les yeux, est une image d’une force incroyable, comme cette terrible séquence dans les auto-tamponneuses, qui en dit déjà si long sur ce que l’effet de groupe peut avoir de déshumanisant. D’une intensité incroyable.

Duvivier donne de la vie à ce quartier qui se réveille avec la découverte d’un cadavre de femme. Il a une manière très simenonienne de mettre en place le drame, d’isoler peu à peu le personnage de Hire, de réduire l’espace de ce quartier d’abord ouvert, pour en faire un lieu étouffant, propice à l’explosion de la violence et à l’étouffement de l’individualité. Il fait monter la tension, jusqu’à cette fin terrifiante où tous les ressentiments, toute la mesquinerie de ce petit monde semblent converger.

Dans ce film superbe et cruel, Michel Simon trouve l’un de ses plus beaux rôles, celui d’un homme pointer du doigt parce qu’il ne répond pas à l’image qu’on attend d’un membre de la communauté : pas marié, pas d’enfant, taiseux… Et comment faire confiance à un homme qui consomme si peu de viande et qui se plaint qui plus est qu’il n’y avait pas assez de sang dans le morceau que le boucher lui a vendu la veille. Si un homme comme ça n’est pas un meurtrier…

Surtout que le vrai meurtrier, lui, est un homme charmant et affable, qui ne jure pas dans le décor. Et qu’il a pour lui une jeune femme qui semble si douce, Viviane Romance, magnifique garce qui réussit à faire apparaître un peu d’humanité derrière ce regard, lors des fiançailles les plus pathétiques du cinéma. Panique est un immense film noir, peut-être le sommet français du genre, un chef d’œuvre.

Cécile est morte – de Maurice Tourneur – 1944

Posté : 27 novembre, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, d'après Simenon, Maigret, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Cécile est morte

Entre deux Richard Pottier (Picpus et Les Caves du Majestic), c’est le grand Maurice Tourneur qui signe l’autre Maigret interprété par Albert Préjean. Et une fois qu’on a rappelé que l’acteur n’est pas le plus fidèle au personnage de Simenon, il faut souligner que le cinéaste s’empare du roman avec quelques libertés (notamment dans la construction du récit) pour en faire un excellent polar.

Peut-être pas très simenonien, certes : on ne retrouve ni la silhouette massive et traînante du commissaire, ni ce fameux sens de l’atmosphère. Mais un film policier plein de rythme, un whodunnit efficace et enlevé, auquel Préjean apporte son dynamisme. Dynamisme en contrepoint avec le « Je vais me coucher » qu’il lance tout au long du film, et auquel on a bien du mal à croire.

Alors oui, Gabin fera un Maigret fatigué nettement plus convaincant, mais Tourneur réussit son pari, en prenant ses distances avec l’œuvre originale. Pas dans l’intrigue, relativement fidèle, mais dans la manière de la traiter, avant tout comme un vrai suspense, avec des détails étonnamment brutaux : cette tête coupée que retrouvent les gamins dans la rue

Il s’approprie l’intrigue par une mise en scène très inspirée, qui joue constamment des limites floues entre l’ombre et la lumière, dans de belles compositions d’images. Ce chouette polar, très stylisé, doit aussi beaucoup à son casting, impeccable comme souvent à l’époque, belle galerie de seconds rôles, notamment Gabriello et son débit impossible, un gag à lui seul. « C’est imp-pressionnant ! »

Le Baron de l’écluse – de Jean Delannoy – 1960

Posté : 17 novembre, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, d'après Simenon, DELANNOY Jean, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Le Baron de l'écluse

Gabin… d’après Simenon… Deux noms dont l’association a souvent donné de belles choses, ne serait-ce que deux excellents Maigret (ici et ici) que venaient justement de réaliser Jean Delannoy. Sans avoir lu la nouvelle originale, on imagine bien ce qu’a fait Simenon de ce personnage de « baron » fauché qui vit au-dessus de ses moyens, flambant à Monte Carlo ou à Deauville, et découvrant une humanité plus simple et plus vraie près d’une petite écluse paumée de la Marne…

C’est d’ailleurs ce qu’il y a de plus réussi dans ce film : comme dans les livres de Simenon, des atmosphères liées à des lieux, dans lesquels on prend le temps de s’installer. L’écluse, surtout, où l’action arrive un peu tardivement, mais où le film gagne en épaisseur. La comédie légère de la première partie cède un peu la place à plus d’empathie… à une certaine tendresse, même.

Gabin y est donc un baron, pilier de la jet set, qui vit dans le luxe mais sans un sou en poche. Un « aventurier » superbe, et vieillissant. Il y a une pointe de nostalgie dans l’interprétation de Gabin : ce sourire affiché a la conscience du temps qui passe, et la volonté de garder de la légèreté, coûte que coûte.

C’est ainsi qu’il embarque une ancienne maîtresse (excellente Micheline Presle, délicieusement volage et intéressée) dans une croisière sur un bateau gagné au jeu. « Je n’ai jamais eu de bateau », lance-t-il comme un gamin devant un sapin de Noël. Mais le jeu se heurte à la réalité : un bateau, si beau soit-il, ça ne nourrit pas son homme, ni sa femme. Et tous les deux sont habitués à mener grand train en profitant de l’argent des autres…

Par bribes, le film séduit par la tendresse qui effleure entre Gabin et « Perle » (Micheline Presle), souvenir d’un passé flamboyant, ou la patronne du bar de l’écluse (Blanchette Brunoy), promesse d’un avenir apaisé. Mais la plupart du temps, les bonnes intentions sont gâchées par une mise en scène totalement aseptisée, sans relief, de Delannoy. Et étouffées par des dialogues envahissants d’Audiard, dans sa veine la plus tapageuse.

Reste le sourire de Gabin, son regard d’enfant, ce regard qu’on devine si bleu encore, même en noir et blanc.

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