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Archive pour la catégorie 'Chronologie'

Sleepless (id.) – de Baran bo Odar – 2017

Posté : 6 avril, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, ACTION US (1980-…), ODAR Baren bo | 2 commentaires »

Sleepless

Baran bo Odar a vu et revu Collateral de Michael Mann, ce qui fait de lui un homme de goût. C’est déjà beaucoup. Ne nous mentons pas : ce n’est pas maintenant qu’on va trouver le nouveau Mann. Mais Sleepless s’inscrit très clairement dans sa filiation.

Dès la première séquence, et son beau travail (numérique) sur la nuit et ses lumières, où Las Vegas se révèle presque aussi cinégénique et envoûtante que Los Angeles, la parenté est évidente. Il ne s’en cache pas, Odar, allant jusqu’à confier le rôle principal à Jamie Foxx, et à citer très clairement l’extraordinaire scène de la boîte de nuit… certes nettement moins extraordinaire ici.

On pense donc beaucoup, et très souvent, à Collateral, bien plus qu’à Nuit blanche, le film français dont Sleepless est le remake officiel (déjà parce que je ne l’ai pas vu, ce qui est une raison suffisante). Et pourquoi pas… On a vu références plus discutables.

Et puis, il y a une vraie efficacité dans cette histoire de flic infiltré qui n’a qu’une nuit pour sauver son fils, enlevé par des grands méchants (je vous épargne les détails du scénario). Les scènes d’action sont bien un peu répétitives, et les personnages manquent de surprise (tu parles d’un rebondissement final : c’était écrit sur sa gueule que c’était un ripou !).

Mais le film marque des points avec son parti-pris de ne quasiment jamais quitter le casino dès lors que les personnages y sont entrés. Baran bo Odar explore alors les moindres recoins de l’immeuble, du parking sous-terrain aux chambres de luxe des derniers étages, en passant par les salles de jeu et les cuisines. Avec même une étonnante course-poursuite en voitures (oui, dans le casino) et une fusillade finale qui lorgne, elle, du côté de Heat. Oui, Baran bo Odar aime Michael Mann…

L’Homme à l’affût (The Sniper) – de Edward Dmytryk – 1952

Posté : 5 avril, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, DMYTRYK Edward | Pas de commentaires »

L'Homme à l'affût

Le tueur en série est, au cinéma, un personnage à peu près aussi vieux que le cinéma lui-même. Mais à une époque où le film noir est marqué par un réalisme de plus en plus poussé, The Sniper marque une étape importante dans l’histoire du genre. Tourné dans sa plus grande partie du point de vue du tueur, le film est criant de vérité à tous points de vue.

La plus belle idée est de montrer la naissance du tueur. Ce personnage de petit chauffeur solitaire et sans envergure, à qui personne ne prête réellement attention, est d’autant plus troublant qu’il est d’une banalité confondante. Arthur Franz est, il est vrai, parfait pour incarner cette banalité et cette transparence, cet homme tellement anodin que ses appels au secours successifs, avant son passage à l’acte, se heurtent à un mur d’indifférence.

Et par la même occasion, c’est la responsabilité collective qui apparaît en filigrane. Sans doute pas anodin de la part d’un cinéaste (Dmytryk donc) qui venait de faire son retour à Hollywood après un exil en Angleterre : il faisait partie des fameux « Dix d’Hollywood » et a fini par donner les noms de plusieurs de ses camarades, lors de la Chasse aux Sorcières.

Le film est âpre et réaliste, notamment dans sa représentation de la violence, toujours brutale et soudaine, fauchant les victimes dans des moments de totale insouciance. Dmytryk excelle aussi à filmer San Francisco, en faisant le lieu de tous les possibles et de tous les dangers.

L’enquête elle-même, menée par un flic vieillissant interprété par Adolphe Menjou, est moins convaincante, reposant sur un travail psychologique discutable, mais assez typique de l’époque. Du coup, le film perd un peu de sa puissance en cours de route, après une première moitié éblouissante. Mais il reste passionnant jusqu’au bout, jusqu’à la dernière image, très belle, gros plan d’un visage en larmes.

Les Joueurs (Rounders) – de John Dahl – 1998

Posté : 4 avril, 2018 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, DAHL John | Pas de commentaires »

Les Joueurs

Avant de devenir réalisateur de séries TV, John Dahl fut un bel espoir du cinéma de genre américain. Ses trois premiers films (Kill me again, Red Rock West et Last Seduction), surtout, firent de lui un séduisant héritier des grands maîtres du film noir classique, avec leurs anti-héros champions de la lose et leurs femmes fatales. Avec Les Joueurs, Dahl s’attaque à une autre figure cinématographique purement américaine : le joueur de poker. Sans apporter grand-chose à un motif qui, lui, n’a jamais quitté le grand écran.

Il y a quelque chose d’évidemment très cinégénique dans le poker, y compris lorsqu’on n’y comprend pas grand-chose : le jeu de dupes, les retournements de situation, le suspense omniprésent… Pas difficile d’utiliser le jeu comme un ressors dramatique efficace. D’ailleurs, plus d’un film médiocre a été sauvé par ces scènes de poker qui, comme une scène de montagne par exemple, assure un moment de tension facile dans le pire des cas.

John Dahl n’apporte rien à la manière de filmer le poker. Moins virtuose que le Curtis Hanson de Lucky You, il signe toutefois une mise en scène classique et très efficace. Ses personnages aussi sont classiques et efficaces : le duo Matt Damon – Edward Norton surtout, qui semblent tout droit sortis d’un film des années 40. On peut quand même avoir quelques réserves face au cabotinage de John Turturro, et surtout de John Malokovich, à qui il faudrait une bonne fois pour toutes arrêter de dire qu’il est génial : depuis qu’on lui répète, il a fini par s’en convaincre.

N’empêche, on suit ça avec un certain plaisir, tout en ayant toujours conscience d’être en terrain connu, avec zéro surprise. D’ailleurs, in fine, on comprend que le scénario n’existe que pour la séquence finale. Toute l’histoire ne servait qu’à nous conduire vers cette partie durant laquelle Matt Damon joue littéralement pour sa vie. Partie réjouissante, mais étonnamment dépourvue de suspense, pourtant…

En marge de l’enquête (Dead Reckoning) – de John Cromwell – 1947

Posté : 3 avril, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BOGART Humphrey, CROMWELL John | Pas de commentaires »

En marge de l'enquête

A peu près zéro prise de risque cette fois, pour un Bogart qui recycle son image de justicier inflexible, avec laquelle il enchaînait les films immenses à cette époque. Son personnage n’est pas inintéressant, vétéran de la guerre qui cherche à venger la mort de son ami, et qui avance constamment dans le flou, sans jamais avoir le moindre pas d’avance sur le spectateur. Un parti-pris qui, pour le coup, le rend humain et vulnérable, ce dont on ne se plaindra pas.

Mais quand même, il y a une impression tenace de déjà-vu dans ce film noir qui se contente en grande partie de pomper les déjà grands classiques du genre. Il y a du Grand Sommeil dans la manière de complexifier l’intrigue et de s’interroger sur le rôle que joue la femme, forcément fatale (Lizabeth Scott, toujours excellente et envoûtante avec sa belle voix grave et traînante). Et pourquoi pas d’ailleurs : ce n’est pas le premier ni le dernier film à prendre modèle sur le chef d’œuvre de Hawks.

En revanche, les pillages à peine déguisés sont nettement moins pardonnables : la référence omniprésente à l’odeur de jasmin que ressasse Bogart tout au long du film rappelle furieusement le chèvrefeuille d’Assurance sur la mort. Et la réplique de Bogie qui s’apprête à lâcher celle qu’il aime (« Don’t you love me ? – That’s the tough part of it, but it will pass ») est un copié-collé éhonté du Faucon maltais.

Pas désagréable pour autant : Bogart assure le spectacle, en particulier dans son face-à-face avec l’homme de main joué par Marvin Miller. Il y a entre ces deux-là une tension dont on sent dès leur première rencontre qu’elle est explosive. Le film aurait cependant gagné à être dirigé par un réalisateur plus à l’aise avec le genre. John Cromwell fait le travail proprement, mais sans éclat.

La Garçonnière (The Apartment) – de Billy Wilder – 1960

Posté : 2 avril, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, WILDER Billy | Pas de commentaires »

La Garçonnière

C’est le deuxième des sept films de Wilder avec Jack Lemmon (qui venaient de tourner Certains l’aiment chaud), et le moins ouvertement comique, le plus ancré dans la réalité. Celui, sans doute, qui doit le plus à la veine « lubitschienne » de Wilder, lui qui fut scénariste de Lubitsch (pour La huitième femme de Barbe Bleue et Ninotchka).

L’idée de départ est formidable : un petit employé de bureau grimpe les échelons parce que ses supérieurs utilisent son appartement pour recevoir leurs maîtresses. Un sujet qui est une source infinie de comédie, le pauvre gars étant condamné à rester à la porte de chez lui jusqu’à pas d’heure, quel que soit le temps. Mais qui permet aussi à Wilder de signer une critique édifiante du monde du travail.

Imaginée initialement pour le théâtre, cette histoire n’y aurait sans doute pas eu la même force : la puissance du film doit quelque chose à ses décors extraordinaires, comme cet immense open space (que l’on doit à Alexandre Trauner) où les bureaux, tous identiques, s’étalent visiblement sans fin, CC Baxter (Lemmon) étant un employé lambda parmi des milliers d’autres.

Wilder souligne ainsi l’inhumanité et la vacuité de l’administration : jamais on ne sait ce que CC Baxter fait réellement. Et dès qu’il gravit les échelons, on ne le voit plus jamais faire autre chose dans son bureau que gérer le planning de son appartement…

La Garçonnière, c’est aussi un beau triangle amoureux : Jack Lemmon, l’employé lambda invisible et totalement dévoué aux autres ; Fred McMurray, le patron qui sait pouvoir manipuler son monde et le fait sans cligner des yeux ; et Shirley McLaine, douce innocente qui fait logiquement le lien entre le monde d’en haut et celui d’en bas, puisqu’elle liftière.

Tendre, drôle, cruel, cynique… La Garçonnière a décroché l’Oscar du meilleur film, son second après Le Poison. De là à dire qu’on est dans là dans ce que Wilder a fait de mieux, il y a un pas que je ne ferais pas : Assurance sur la mort, quand même… Mais McMurray est ici aussi bien que dans le chef d’oeuvre noir de Wilder, dans un registre à peu près opposé. Et le film est d’une justesse rare dans sa manière d’évoquer les rapports entre les personnages, les rêves et les blessures de chacun. Une jolie comédie douce-amère, enthousiasmante.

La Rose et la flèche (Robin and Marian) – de Richard Lester – 1976

Posté : 1 avril, 2018 @ 8:00 dans 1970-1979, LESTER Richard | Pas de commentaires »

La Rose et la flèche

Très jolie idée que de confronter Robin des Bois à sa vieillesse, à ses amours de jeunesse et à sa propre légende. Richard Lester, cinéaste rarement enthousiasmant, est particulièrement inspiré ici, et signe une « suite » joliment mélancolique, qui joue habilement avec ce que la légende a retenu du personnage.

Robin (Sean Connery, en même temps impérial et grotesque, parfait) a vieilli. Après vingt ans passés aux Croisades, loin de l’Angleterre, il est de retour, à la fois le même et désenchanté : durant tout ce temps, il a découvert un Richard Cœur de Lion sanguinaire et inhumain. Et lorsqu’il rentre au pays, c’est pour retrouver une Marian entrée dans les ordres.

Le film est particulièrement réussi lorsqu’il confronte la légende à une réalité plus brute, nettement moins romantique. Robin s’amuse des chansons consacrées à ses « exploits ». Les combats sont pénibles et douloureux pour des corps marqués par les ans. Et surtout, les retrouvailles de Robin et Marian sont gauches et marquées par le poids des années perdues.

Les décors jouent un rôle très important : cette terre aride qui illustre d’emblée l’échec des rêves d’aventures de Robin, puis la mythique forêt de Sherwood, où la végétation a repris ses droits, « oubliant » le passé glorieux de Robin et sa bande qui peinent à y retrouver leurs marques.

C’est un joli film, qui donne une nouvelle dimension à un couple de légende : elle, confrontée à ses propres choix, est perdue entre sa passion passée de jeune femme et sa dévotion de religieuse ; lui, héros vieillissant et inculte, qui se raccroche à sa jeunesse avec des exploits guerriers aussi vains que désespérés.

La Fin du jour – de Julien Duvivier – 1938

Posté : 31 mars, 2018 @ 8:00 dans 1930-1939, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

La Fin du jour

Duvivier est définitivement grand, et il est au sommet de son art lorsqu’il réalise ce film absolument superbe, mélancolique, drôle et cruel à la fois. En passant d’un sentiment à l’autre dans un même mouvement, commençant une scène dans un tourbillon de légèreté pour la finir sur des abîmes d’ignominie (l’extraordinaire scène de la notice nécrologique, glaçante et bouleversante), Duvivier révèle comme personne la complexité des êtres humains en société.

La Fin du jour raconte l’histoire de vieux comédiens désargentés qui viennent finir leur vie dans une maison de retraite qui leur est réservée. Une sorte de havre pas si paisible où chacun a le temps de ressasser ses succès passés, ses échecs ou ses rancœurs. Mais qu’ils sont vivants ces vieux cabots, qui s’échangent les pires horreurs, mais que l’idée de devoir se séparer entraîne dans un vrai désespoir.

Et quelles gueules ! Quels acteurs ! Duvivier les filme au plus près, révélant dans les recoins de leurs visages abîmés ce passé glorieux ou aventureux. Tous les seconds rôles sont formidables, mais c’est autour de trois personnages que tourne le film, trois personnalités radicalement différentes et complémentaires incarnées par trois acteurs exceptionnels: Michel Simon, Louis Jouvet et Victor Francen.

Jouvet d’abord, que l’on découvre dans la première scène, superbe, montant pour la dernière fois sur scène lors d’une tournée misérable, où une troupe vieillissante continue malgré la fatigue à enchaîner les représentations dans des salles à moitié vide, et les trains à attraper au milieu de la nuit… Magnifique vision désenchantée et pourtant passionnée du théâtre.

Jouvet, terrifiant en bellâtre vieillissant qui se raccroche à sa jeunesse en se prouvant qu’il est toujours le séducteur pour qui des femmes se sont tuées, cabot charismatique mais tellement imbu de son pouvoir de séduction qu’il cherchera à revivre son plus grand titre de gloire… qui n’a rien à voir avec la beauté du texte.

Francen ensuite, d’une dignité magnifique, acteur habité mais sans succès, hanté par ses échecs personnels et professionnels, dont le regard s’illumine de bonheur et de regrets, lorsqu’il est confronté à un jeune homme (François Périer) qui lui donne tardivement ce qu’il a attendu toute sa vie : la reconnaissance de son admiration.

Simon enfin, faux gamin léger et joyeux en apparence, mais dont les pitreries cachent mal la souffrance de la solitude. Un homme seul capable de la plus grande bienveillance et de la pire cruauté, terriblement humain.

Duvivier aime ses personnages mais ne les épargne pas. Il aime leur passion et leurs fêlures. La Fin du jour est l’un de ses plus beaux films, une merveille aux allures de film noir, bouleversante et superbement filmée.

Le Retour de la créature (Revenge of the creature) – de Jack Arnold – 1955

Posté : 30 mars, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, ARNOLD Jack, EASTWOOD Clint (acteur), FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Le Retour de la créature 1

Voilà une suite (de L’Etrange créature du lac noir) qui serait pas loin d’être inutile si la scène la plus inutile ne l’avait pas fait entrée dans l’histoire : une scène rigolote ou ridicule, au choix, dans laquelle un jeune laborantin, l’air gentiment niais, soupçonne un chat d’avoir boulotté une souris, avant de retrouver cette dernière dans sa poche. Ce jeune homme très propre sur lui, qui disparaît aussi vite qu’il était apparu (30 secondes, pas plus), c’est Clint Eastwood, pas encore 25 ans, dans sa toute première apparition à l’écran.

Jack Arnold (qui le dirigera de nouveau quelques mois plus tard et guère plus longtemps dans Tarantula) ne croyait d’ailleurs pas à cette scène, qu’il ne voulait même pas tourner : c’est le producteur William Alland, également auteur de l’histoire, qui a insisté pour faire travailler le jeune acteur, alors sous contrat depuis six mois à la Universal. A quoi ça tient, une carrière…

A quoi ça tient aussi la pérennité d’un film. Parce qu’au-delà de cette apparition anecdotique, cette suite n’a pas grand intérêt. L’idée de base n’est pourtant pas mauvaise : en capturant la créature du premier film et en l’amenant en Amérique, la parenté avec le King Kong de 1933, déjà flagrante dans L’Etrange créature du lac noir, est cette fois complète.

Le Retour de la créature 2

Mais Jack Arnold se montre cette fois nettement moins inspiré. Il y a bien quelques éclats : le bref plan de la créature entraînant un oiseau sous l’eau, ou encore le massacre particulièrement brutal de deux jeunes hommes. Mais trop rares pour que le sentiment de vacuité ne s’impose rapidement. Surtout que John Agar est décidément un acteur pénible et sans charisme, qui fait immédiatement regretter le Richard Carlson du premier film, qui n’avait pourtant pas laissé un souvenir impérissable.

Arnold ne sait pas vraiment quoi faire de son sujet, et échoue cette fois à faire vraiment peur. Il a d’ailleurs tellement conscience de tourner en rond, qu’après avoir intégré d’interminables numéros de dauphins dressés, il finit par nous refaire le coup de la nageuse qui n’a pas conscience du danger qui la guette, mettant cette fois non pas un, mais deux personnages en scène.

Le film est aussi mal aimable parce que ses personnages sont des stéréotypes de la maltraitance animale. A tel point qu’on n’est pas loin de prendre fait et cause pour la créature. On n’est en tout cas pas mécontent de la voir se rebeller, semer la terreur et prendre le large. Le film s’emballe alors. Un tout petit peu, et tardivement.

L’Etrange créature du lac noir (Creature from the black lagoon) – de Jack Arnold – 1954

Posté : 29 mars, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, ARNOLD Jack, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

L'Etrange créature du lac noir

Petit classique de la série B fantastique, genre auquel Jack Arnold a donné ses lettres de noblesse dans les années 50, comme John Carpenter le fera deux ou trois décennies plus tard. Toutes proportions gardées (ne serait-ce que pour le manque de moyens), Creature from the black lagoon se situe à mi-chemin entre King Kong et Les Dents de la mer. Au moins chronologiquement.

Dans sa construction, le film s’inspire clairement du classique de Shoedsack/Cooper. Dans le rythme, aussi, impeccable et implacable, et dans ce décor exotique qui participe pleinement à l’angoisse qui finit par devenir étouffant. On ricane bien un peu dans la première partie: autant le singe géant, animé image par image, avait de la gueule en 1933, autant ce comédien en costume de latex qui agite sa main de monstre derrière les comédiens a un côté kitsch franchement rigolo.

Mais voilà, Arnold est un excellent réalisateur. Et sa manière d’utiliser les séquences sous-marines et de jouer avec le danger invisible que les personnages ne soupçonnent pas encore est absolument formidable. C’est là que se trouve la paternité évidente avec le chef d’œuvre de Spielberg, qui a sans doute vu le film des dizaines de fois avant de tourner le sien.

La scène où les scientifiques tentent de lever un filet dans lequel le monstre s’est retrouvé coincé a été reprise quasiment telle quelle par Spielberg pour Jaws. Et il y a, évidemment, ce long passage où la jeune héroïne nage dans le lagon, ignorant le monstre qui se trouve juste sous elle. Étirée à l’envi, cette séquence traumatisante n’a rien perdu de sa force horrifique, et a elle aussi été reprise par Spielberg.

L’intrigue est, elle, hautement improbable. Et qu’importe qu’on croit ou non à cette histoire de main de monstre découverte dans la roche du fin fond de l’Amazonie. Seul compte le plaisir de se faire peur, d’écouter les cris perçants de Julia Adams (scream queen dans la lignée de Fay Wray), ou de s’émouvoir pour ce monstre étrangement humain qui, comme Kong, ne demandait rien à personne.

A l’ombre des potences (Run for cover) – de Nicholas Ray – 1955

Posté : 28 mars, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, CAGNEY James, RAY Nicholas, WESTERNS | Pas de commentaires »

A l'ombre des potences

Après Johnny Guitare, Nicholas Ray reste dans le western, et signe un très beau film intime, qui n’oublie pas de remplir le cahier des charges en matières d’action : on a droit à quelques fusillades, coups de poing et chevauchées particulièrement intenses. Mais la violence est autant psychologique que physique. Et quand elle est physique, elle est brève et cinglante.

Ray s’intéresse vraiment à la psychologie de ses personnages, ce qui est déjà remarquable. Mais surtout, il évite soigneusement tous les poncifs du genre, tous les rebondissements attendus. On a pourtant là les ingrédients d’un western classique : un cavalier solitaire au passé mystérieux (James Cagney, parfait), qui arrive dans une petite ville pas si tranquille et qui prend sous son aile un jeune homme un peu paumé qui cherche sa place dans la société.

Le choix de John Derek, gueule d’ange au visage innocent, est formidable. Pas qu’il soit l’acteur le plus renversant du monde, mais on lui confierait le bouton de la bombe H, tant il respire la bonté et la bienveillance. Et puis, s’il déconnais, on lui accorderait sans doute même une seconde chance…

Le film est entièrement basé sur la relation entre ces deux-là, entre le gamin qui enchaîne les erreurs, et ce vieux briscard de Cagney qui ne cesse de lui renouveler sa confiance, lui-même cherchant à rester fidèle à ses principes et à ses convictions, quoi qu’il se passe.

Il est question de seconde chance donc, mais aussi de jugement et de bienveillance, sentiment finalement rarement à l’honneur dans le western. Et qui donne quelques moments magnifiques, comme la longue séquence de la demande en mariage, huis clos superbement photographié et très économe en dialogues, entre Cagney, sa promise (la Suédoise Vivecas Lindfords, parfaite et pleine de vie) et le père de cette dernière (Jean Hersholt, présence intense et chaleureuse). Là, la délicatesse de Ray atteint des sommets.

Mais Ray sait aussi être lyrique dans sa manière de filmer ses personnages dans des paysages époustouflants, tantôt séduisant, tantôt inquiétants. Malgré toutes ses qualités, et elles sont nombreuses, Run for cover fait partie des films les plus méconnus de Ray. Bien injuste…

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