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Archive pour la catégorie 'Chronologie'

Un espion de trop (One spy too many) – de Joseph Sargent – 1966

Posté : 28 février, 2022 @ 8:00 dans * Espionnage, 1960-1969, SARGENT Joseph | Pas de commentaires »

Un espion de trop 1966

Petite envie de me replonger dans l’atmosphère de l’une de ces séries qui ont bercé mon enfance (lors d’une énième rediffusion bien sûr : lors de leur diffusion initiale, mes parents étaient encore fort jeunes). Des agents très spéciaux, ou l’histoire d’un agent secret britannique et d’un confrère russe qui font équipe au sein d’une agence d’espionnage internationale. L’anti-guerre froide, en quelques sortes. Un duo mythique, interprété quatre saisons durant par le suave Robert Vaughn et le raide David McCallum.

Bien avant le remake ciné qu’en a fait Guy Ritchie en 2015, huit longs métrages étaient sortis en salles, parallèlement à la diffusion télévisée de la série. Celui-ci est le troisième de la liste. Et comme tous les autres, il s’agit en fait du remontage de deux épisodes télé, et pas d’une histoire originale pour le cinéma. Ce qui explique pourquoi le style, et le rythme, évoquent immédiatement les séries télés des années 1960. Et pourquoi on comprend vite qu’on n’arriverait plus aujourd’hui à revoir la centaine d’épisodes de la série.

L’histoire elle-même est bourrée de clichés, et flirte avec la pure parodie : nos agents doivent lutter contre un mégalomane qui a décidé de devenir le maître du monde en violant les dix commandements. Oui, ne cherchez pas à comprendre la subtilité du truc : c’est juste comme ça. Une fois ce principe admis, il faut passer outre le jeu étrangement outré de Rip Torn, qui campe un Alexander se rêvant en « Alexander the greater » assez peu terrifiant. Puis chercher à retrouver la complicité entre un Robert Vaughn moyennement impliqué et un David McCallum carrément en retrait…

Pour le reste : de l’action mou du genou, un humour volontiers potache… Tout ça a quand même pris un méchant coup de vieux. On peut quand même s’amuser de cette exploration d’un immense tombeau de carton pâte qui annonce les exploits d’Indiana Jones. Du look et des allures de Robert Vaughn en ersatz de James Bond. Ou du même Vaughn s’accrochant à un avion qui décolle, cinquante ans avant Ethan Hunt dans Mission Impossible 5. S’en amuser, ou se dire que la comparaison est bien cruelle pour le film de Joseph Sargent, qui sera aussi le réalisateur de The Taking of Pelham 1, 2, 3 (tiens…) et des Dents de la mer 4 (ah d’accord…).

Juve contre Fantômas – de Louis Feuillade – 1913

Posté : 27 février, 2022 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1895-1919, FEUILLADE Louis, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Juves contre Fantômas

Deuxième volet des aventures du commissaire Juve et du journaliste Fandor traquant Fantômas, l’insaisissable bandit. Insaisissable est le terme juste, tant les occasions d’attraper ce génie du crime se succèdent. Tueur, voleur, arnaqueur, Fantômas est aussi un type malin, qui sait se cacher dans l’endroit le plus en vue d’une pièce. Un type bien entouré, dont les complices suivent à la trace ceux qui le suivent à la trace. Un type chanceux aussi, qui sait jouer des maladresses de ses poursuivants.

Mais là où le film est le plus réjouissant, c’est dans sa manière de mettre en scène l’audace du gars. Dans un déguisement qui ne trompe personne, Fantômas déjeune dans un cabaret de Montmartre où il est cueilli par Juve et Fandor. Escorté par les deux hommes qui le tiennent fermement par les bras, il semble résigné, mais se libère d’un coup en abandonnant son manteau… et ses bras : des membres factices destinés à faciliter son évasion. Et dix minutes plus tard, il revient tranquillement s’attabler dans le cabaret, là où il sait bien que les policiers n’auront pas l’idée d’aller le rechercher.

C’est amusant, plein de rythmes et de rebondissements. Les scènes les plus spectaculaires sont aussi celles qui ont le plus mal vieilli, quand même : celle du wagon fou paraît bien molle, et on a bien du mal à ressentir le danger dont se sortent les héros en se glissant dans un baril roulant pour échapper un incendie qui devrait être infernal. Mais bon… Le film a été tourné il y a plus d’un siècle, et reste franchement trépidant. Tout en offrant des visions fascinantes et si vivantes d’un Paris qui n’existe plus depuis bien longtemps.

C’est aussi là que réside le plaisir que procure le film de Feuillade : dans ces séquences « volées » dans les rues de la capitale. Et qu’importe si un train quitte Paris pour se retrouver quelques minutes après en pleines hautes montagnes, il y a une vérité pleine de nostalgie qui se dégage de ces scènes tournées en décors réels, avec de « vrais gens ».

La Série des Fantômas, de Louis Feuillade

  1. Fantômas : à l’ombre de la guillotine
  2. Juve contre Fantômas
  3. Le Mort qui tue
  4. Fantômas contre Fantômas
  5. Le Faux magistrat

Sibyl – de Justine Triet – 2019

Posté : 26 février, 2022 @ 8:00 dans 2010-2019, TRIET Justine | Pas de commentaires »

Sybil

Une psychanalyste décide de se séparer de la plupart de ses patients pour se consacrer à son autre vocation : l’écriture. Elle accepte toutefois d’accompagner une jeune actrice totalement paumée, vivant une aventure destructrice avec l’acteur principal du film qu’ils sont en train de tourner. Fascinée, la psy-romancière s’inspire des souffrances de la comédienne pour l’écriture de son livre…

Raconté comme ça, le film ressemble à une histoire perverse mais assez convenue de manipulation et de faux semblant. C’est beaucoup plus que ça. Justine Triet, grande scénariste et grande réalisatrice, en fait le portrait d’une femme qui se refuse à laisser sortir les souffrances qu’elle porte en elle, sans doute parce que son métier est d’écouter et d’aider les autres.

Virginie Efira, décidément la plus grande actrice du moment, apporte une intensité folle à cette femme constamment à la recherche de la maîtrise totale, qui se construit une espèce de carapace mais n’en est que plus déchirante lorsqu’elle baisse la garde. Face à elle : Adele Exarchopoulos et Gaspar Ulliel (dans son dernier rôle au cinéma), dont les déchirements seront de puissants révélateurs.

Justine Triet fait de son film un voyage mental fascinant et troublant, avec une force incroyable. Avec un montage au cordeau, des sauts temporels, des images réminiscentes, elle nous plonge dans les affres de cette psy dont les propres failles se font de plus en plus douloureuses au fil des séances qu’elle mène, des conseils qu’elle prodigue, ou des confessions qu’elle entend. La réalisatrice sait créer des moments forts de cinéma (le tournage sur le bateau, la scène du karaoké…). Mais loin d’avoir un effet patchwork, ces beaux moments parfois si disparates relèvent tous du même mouvement, dirigé vers une libération attendue.

Si le film est si puissant, c’est pour sa manière de mettre à nu les douleurs enfouis de son héroïne. C’est aussi pour son aspect cathartique, qui plonge le spectateur dans un état assez terrible. Sibyl est un film fort, l’œuvre d’une cinéaste importante, portée par une grande Virginie Efira. Mais on n’en sort pas vraiment le sourire aux lèvres, ni le cœur léger.

Skyscraper (id.) – de Rawson Marshall Thurber – 2018

Posté : 25 février, 2022 @ 8:00 dans 2010-2019, ACTION US (1980-…), THURBER Rawson Marshall | Pas de commentaires »

Skyscraper

Depuis plus de trente ans, ce n’est pas, loin s’en faut, le premier ersatz de Piège de cristal. Mais celui-ci va très, très loin dans la filiation, pompant des séquences entières et copiant-collant le principe de base du chef d’œuvre de John McTiernan : une grande tour en grande partie déserte, des terroristes aux motivations pas bien claires, une famille en otage, et un flic qui ne demande rien à personne mais qui doit affronter une armée à lui seul pour sauver les siens…

Ce Skyscraper flirte aussi ouvertement d’un autre classique, qui a inspiré Die Hard : La Tour infernale. On retrouve la folie du gigantisme (mais avec un aspect critique nettement plus ténu), et les flammes qui s’emparent de l’immeuble immense, dans une débauche pyrotechnique largement numérique. Ajoutez un climax en guise de clin d’œil assez inattendu à La Dame de Shanghaï, et vous obtiendrez un film qui ne fait rien pour cacher ses références.

Ce n’est pas un mal, d’ailleurs. Au moins n’a-t-on pas l’impression d’être pris pour des cons. Cela dit, rien de bien neuf sous le soleil. Les quelques idées originales sont noyées sous des déluges d’effets numériques et d’effets pyrotechniques étouffants, qui se moquent de la vraisemblance (la manière dont Dwayne Johnson grimpe par l’extérieur de la tour tel le Tom Cruise de MI 4, mais en remplaçant le gant high-tech par du chatterton!), et étouffent les personnages.

Le trauma de Dwayne Johnson, ex agent d’élite amputé d’une jambe à la suite d’une opération de sauvetage qui a mal tourné, tourne vite court. Tout juste la jambe artificielle sert-elle d’élément de suspense dans des séquences de pure action. Un peu court.

Fantômas : à l’ombre de la guillotine – de Louis Feuillade – 1913

Posté : 24 février, 2022 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1895-1919, FEUILLADE Louis, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Fantômas A l'ombre de la guillotine

Deux ans seulement après la sortie du premier roman à succès de Pierre Souvestre et Marcel Allain (une cinquantaine d’autres livres suivront), et bien avant les films de Paul Fejos, Jean Sacha, Robert Vernay, ou bien sûr André Hunebelle, Louis Feuillade est le premier à filmer le personnage mythique de Fantômas, génie du crime insaisissable. Et par la même occasion, il entre dans la légende du cinéma, s’imposant comme le plus grand réalisateur de genre en France, après avoir signé des dizaines (des centaines?) de bobines plus ou moins inspirées, comme la longue série des Bout de Zan.

Fantômas précède les tout aussi mythiques Vampires dans la filmographie de Feuillade. Et la réussite est au moins aussi frappante. Les Vampires deviendra le fleuron du « serial » à la française. Fantômas n’est pas exactement sur le même registre : ce n’est pas à proprement parler un serial, mais cinq longs métrages plus ou moins dépendants les uns des autres, que Feuillade réalise entre 1913 et 1914.

Ce tout premier film met d’emblée dans le bain, avec une maîtrise totale du rythme et de la tension (on est en 1913, rappelons le, et l’art cinématographique reste largement balbutiant) . Avec une caméra encore totalement fixe et un montage réduit à sa plus simple expression (une scène – un plan – un axe), Feuillade donne une étonnante sensation de mouvement, grâce à une mise en scène hyper-dynamique qui joue très habilement sur la profondeur de champs, sur le danger que le spectateur sait présent même s’il est hors cadre.

Le film introduit donc le personnage de Fantômas, malfaiteur que l’on découvre voleur dans un grand hôtel, puis meurtrier d’un riche lord. On découvre également sa Némésis, l’inspecteur Juve, toujours un coup d’avance sur les autres représentants de la loi. Heureusement d’ailleurs, parce que sans la sûreté de son regard, l’histoire se dirigeait allégrement vers un dénouement digne d’un film d’horreur, que la tension imposée par Feuillade rend tout à fait crédible, grand suspense qui occupe toute la dernière partie de ce premier film.

Un premier film en guise d’introduction, qui promet de nouvelles aventures, et une traque pleine de rebondissements. Plus d’un siècle après la sortie en salles, ce premier Fantômas reste franchement réjouissant, et donne une furieuse envie de se plonger dans les suites. Comme les spectateurs de 1913, qui ont réservé un triomphe naturel au film, premier chef d’œuvre de Feuillade.

La Série des Fantômas, de Louis Feuillade

  1. Fantômas : à l’ombre de la guillotine
  2. Juve contre Fantômas
  3. Le Mort qui tue
  4. Fantômas contre Fantômas
  5. Le Faux magistrat

Le Salaire de la violence (Gunman’s Walk) – de Phil Karlson – 1958

Posté : 23 février, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, KARLSON Phil, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Salaire de la violence

Le plus grand ranch de la région, un patriarche qui mène sa barque avec une main de fer, un fils au grand cœur, l’autre plein de morgue et de violence… Un canevas hyper classique pour ce western de la Columbia. Classique, mais un détail sonne à l’oreille dès les premières minutes : cette chanson sifflée sur le générique, que le personnage de Tab Hunter continue à chanter une fois que le nom du réalisateur a disparu… Un détail, vraiment, mais qui introduit le film de la meilleure des manières.

Ce qui frappe aussi d’entrée, c’est la manière dont Phil Karlson filme ses personnages dans la nature, dont il nous donne à voir toute l’étendue. Karlson, très grand réalisateur de polars noirs et tendus, qui révèle la même intensité dans le western, aussi à l’aise avec le Technicolor, le Cinemascope et les vastes décors naturels qu’avec le noir et blanc, l’écran plus étroit et les décors de studio du film noir.

Le scénario, signé Frank Nugent (scénariste attitré de Ford, du Massacre de Fort Apache à La Taverne de l’Irlandais), est il est vrai remarquable. Des figures habituelles du genre, le film fait autre chose, toujours plus nuancé, plus fin, plus intense aussi. Les relations entre les deux frères que tout oppose par exemple. On ne compte plus les westerns où des frères ennemis se détestent et s’entre-tuent. Ici, c’est nettement plus complexe : aussi détestable soit-il, Ed (Tab Hunter, excellent) aime sincèrement son petit frère Davey (James Darren, déjà vu dans Les Frères Rico de Karlson, pas mal mais un peu falot).

Et que dire du patriarche joué par Van Heflin (formidable) : un père aimant mais étouffant, et surtout un homme qui n’a pas su évoluer, coincé dans une jeunesse glorieuse durant laquelle il a fallu tracer sa route à coups de revolvers. Incapable d’accepter son âge, et encore moins que les temps ont changé, que le pays s’est civilisé. Incapable aussi d’accepter l’amour que son jeune fils porte à une métisse (charmante Kathryn Grant), dont Ed a tué le frère, dans des circonstances troubles.

Ce refus de simplifier, de tomber dans un manichéisme confortable, est poussé à l’extrême jusqu’à un final bouleversant, d’une beauté fulgurante. Phil Karlson signe un western d’une intensité folle, d’une intelligence rare. Grand cinéaste de polar ? Grand cinéaste tout court…

Don’t look up : déni cosmique (Don’t look up) – d’Adam McKay – 2021

Posté : 22 février, 2022 @ 8:00 dans 2020-2029, FANTASTIQUE/SF, McKAY Adam | Pas de commentaires »

Don't look up

Au départ : l’envie d’Adam McKay d’évoquer la crise climatique. A l’arrivée, une comédie d’un cynisme radical sur le déni climatique. Don’t loop up manque sans doute un peu de folie dans la forme. Pas sur le fond. Le scénario est quand même l’un des plus barrés, et l’un des plus riches de ces dernières années.

Tout commence par une découverte excitante pour une poignée d’astronomes : une doctorante (Jennifer Lawrence) et son professeur (Leonardo Di Caprio) ont découvert l’existence d’une énorme comète inconnue jusqu’à présent. Cidre et crackers pour tout le monde ! C’est toujours cool de pouvoir donner son nom à un rocher dans l’espace. Reste à calculer la trajectoire du truc, et là, c’est la douche froide. Six mois et quatorze jours : c’est le temps qui reste avant l’impact, direct et fatal, avec la terre. A la clé : l’extinction de toute forme de vie.

Heureusement, il reste suffisamment de temps pour expliquer la situation à madame la présidente des Etats-Unis (Meryl Streep), qui pourra sans grande difficulté faire ce qu’il faut pour faire exploser la comète « tueuse de planète ». Sauf que la grande dame est plongée en plein scandale, et qu’elle ne pense qu’aux sondages. Quant à la star des médias (Cate Blanchett), elle craque sur le sexy scientifique, mais blackliste l’hystérique lanceuse d’alerte, tout sauf glamour. Manquait plus que le grand capital… Il s’en même, sous les traits d’un richissime magnat des nouvelles technologies (Mark Rylance) qui voit tout le potentiel qu’il peut tirer de la situation.

Bref. On n’est pas dans la merde… Et on voit bien le glaçant parallèle avec la crise climatique, le déni écologique de notre époque. Dans cette débâcle, c’est des détails que viennent les sourires. De l’obsession de Jennifer Lawrence pour la mesquinerie de ce haut responsable de la NASA qui s’est fait rembourser des grignotages qui étaient gratuits. Des horreurs (« il est d’une autre époque ») débitées par un Ron Perlman en pseudo sauveur de l’humanité. Ou de l’irrésistible arrogance (ou est-ce de la stupidité?) d’un Jonah Hill, génial en chef de cabinet de sa mère de présidente.

Adam McKay filme ça avec la légèreté d’une comédie, oui, mais sans pour autant sacrifier les enjeux dramatiques, évidemment immenses. Don’t look up prend ainsi les attraits d’un vrai film apocalyptique, poignant, critique acerbe et tous azimuts de notre époque (politiques, réseaux sociaux, médias, capitalisme… tout en bloc), et ode bienveillante à la beauté des choses simples. Entre deux rires grinçants, le film révèle même une belle profondeur. Et avec un casting proprement hallucinant, ce qui ne gâche rien (on n’a pas encore cité Timothée Chalamet, Ariana Grande, Michael Chiklis ou Paul Guilfoyle…). Un rien trop sage, mais réjouissant, et assez glaçant.

L’Oncle Harry (The Strange Affair of Uncle Harry) – de Robert Siodmak – 1945

Posté : 21 février, 2022 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, SIODMAK Robert | Pas de commentaires »

L'Oncle Harry

Entre Les Mains qui tuent et Les Tueurs, cet Oncle Harry n’est pas le film noir le plus connu de Siodmak, loin s’en faut. Pas le plus grand non plus, soyons franc : si réussi soit-il, si tendu soit-il, il n’a pas la puissance et la force visuelle des grands chefs d’œuvre américains du réalisateur. Mais quand même, si on occulte une fin probablement imposée, et qui semble même rajoutée in extremis pour calmer les ardeurs du code Hays sans soucis de cohérence, ce noir atypique est loin d’être anodin.

Les censeurs moralistes auraient d’ailleurs eu bien des raisons de pousser des cris devant cette histoire d’un vieux garçon issu d’une vieille famille, vivant dans une vieille maison, dans une vieille ville, entouré de ses deux sœurs et d’une bonne, dans une atmosphère étouffante. Ils auraient pu s’étrangler devant les rapports quasi-incestueux qu’entretient la plus jeune des sœurs avec ce grand frère qu’elle refuse de voir quitter le nid familial. Ou devant l’irruption de cette jeune femme trop libre qui revendique le droit de recevoir un homme dans sa chambre d’hôtel, à n’importe quelle heure…

Cette jeune femme, c’est Ella Raines, révélation des Mains qui tuent, et véritable rayon de soleil dans une vie bien terne : celle de « l’oncle Harry », héritier désargenté d’une vieille famille autrefois puissante, à qui il ne reste qu’une grande maison d’un autre temps, un nom, et les vestiges de traditions familiales. George Sanders est formidable dans ce rôle taillé pour lui, avec cette suavité, cette douce ironie et ce regard un peu triste qui le caractérisent. Un homme entre deux âges enfermé dans une relation castratrice avec la plus jeune de ses sœurs (Geraldine Fitzgerald), assez glaçante.

Siodmak a un talent fou pour filmer le sentiment d’enfermement. Sans jamais en faire trop, sans verser dans le sensationnalisme, juste par petites touches, il crée une atmosphère étouffante, pathétique et même menaçante, dont Sanders est une sorte de victime consentante, et qu’Ella Raines vient dynamiter. La manière dont cette dernière tient tête à la petite sœur Ellie, avec une insolente liberté, est réjouissante. La manière dont le personnage de Geraldine Fitzgerald encaisse est tout aussi remarquable, d’ailleurs.

Le film met en évidence la mesquinerie d’une petite ville où le ragot est une religion, et l’absurdité d’une vieille famille enfermée dans des principes d’un autre temps. Dommage, quand même, qu’il se termine sur cette fin dont je ne dirais rien : une mention dans le générique demande expressément au spectateur de ne pas la dévoiler. Alors…

La Femme modèle (Designing Woman) – de Vincente Minnelli – 1957

Posté : 20 février, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, MINNELLI Vincente | Pas de commentaires »

La Femme Modèle

Une scène, ou plutôt deux scènes jumelles, montrent clairement qu’il ne faut pas trop chercher de portée sociale ou morale dans ce film de Minnelli. Ces scènes où Lauren Bacall et Gregory Peck, fraîchement mariés après s’être rencontrés et aimés lors d’une soirée de beuverie à Los Angeles, rentrent à New York et se présentent leurs appartements respectifs. Là, des regards consternés, une gêne à peine cachée… et les deux tourtereaux réalisent qu’ils appartiennent à deux mondes radicalement différents.

Mais ce sont bien des problèmes de riche. D’un côté un appartement grand bourgeois, de l’autre une suite luxueuse. Et le regard rigolard de Minnelli, pas dupe bien sûr, qui tourne constamment en dérision les problèmes de ce couple naissant, qu’il mène jusqu’à la frontière du ridicule. Deux autres scènes jumelles, amusantes, enfoncent le clou : lorsqu’il lui fait découvrir les joies de la boxe, lorsqu’elle l’emmène à un défilé de mode. Un choc de culture qui est avant tout source de gags.

La Femme modèle est avant tout un chef d’œuvre de rythme et de légèreté, un film-champagne qui ne se dépare jamais d’une élégance teintée de dérision, et qui refuse constamment de prendre quoi que ce soit au sérieux. Les drames amoureux, la violence physique, la déchéance morale même, à travers le personnage du boxeur sonné… Tout porte à sourire, y compris et surtout les moments qui pourraient être touchants.

Tout est mouvement aussi, même s’il est souvent feint, ou théâtral. C’est d’ailleurs dans sa manière d’abolir la frontière entre la vie et la fiction que le film est le plus fascinant. Dans sa manière de faire le pont entre l’histoire et les numéros que répète la troupe de théâtre. Dans sa manière aussi de construire le récit au fil des différents narrateurs qui relancent constamment le rythme. Dans sa manière enfin de confier la conclusion du drame au plus théâtral des personnages, dans une sorte de préfiguration étonnante des films d’arts martiaux.

Le film est, finalement, totalement inconséquent. Il n’en est que plus précieux. La Femme modèle peut facilement prétendre au titre de meilleure comédie de Minnelli. C’est en tout cas un pur plaisir de cinéma, pure gourmandise maligne et sans temps mort. Irrésistible.

Nomadland (id.) – de Chloé Zhao – 2020

Posté : 19 février, 2022 @ 8:00 dans 2020-2029, ZHAO Chloé | Pas de commentaires »

Nomadland

Grande actrice, grande cinéaste, grand sujet… Voilà un chef d’œuvre qui n’a pas volé sa pluie de récompenses (Lion d’Or, Golden Globe et Oscar du meilleur film, rien que ça). Chloé Zhao, pourtant, choisit une approche plutôt casse-gueule pour évoquer ces nouveaux nomades qui vivent sur les routes des Etats-Unis dans leurs fourgons aménagés, allant d’un petit boulot à un autre au gré des saisons et des perspectives. Ce pourrait être complaisant, ce pourrait être édifiant, voire lénifiant. Mais non : Nomadland est simplement d’une justesse absolue, avec une émotion, immense, qui jamais ne force le passage.

Joli parti-pris aussi : celui de confronter la formidable Frances McDormand (et David Strathairn) à d’authentiques « nomades », qui tiennent tous leurs propres rôles. Le procédé n’est ni nouveau, ni unique (Emmanuel Carrère a fait un choix similaire avec son Ouistreham, tout récemment), et peut lui aussi être casse-gueule (Clint Eastwood s’y est lamentablement vautré avec son 15h17 pour Paris), surtout que les nomades en question n’ont rien de faire-valoir : Chloé Zhao les filme avec la même intensité, la même profondeur que son actrice principale.

C’est qu’ils ont une histoire, ces nomades, et que cette histoire, quelle qu’elle soit, est inscrite sur les visages et les allures, dans les regards plein de vie, mais voilés par des souvenirs qui n’appartiennent qu’à eux. Si le film est si beau, si bouleversant même, c’est parce que la réalisatrice filme ses personnages comme autant d’individus ni plus grands, ni plus médiocres que d’autres. Jamais d’en haut, toujours à hauteur d’âme. Et non, ce n’est pas si courant.

Aucun jugement, aucune complaisance, aucun misérabilisme, ni aucun angélisme. Ce mode de vie nomade est pour tous la conséquence d’accidents et de drames de la vie. Mais c’est un mode de vie accepté, séduisant par certains aspects, et même revendiqué par certains comme une manière de renouer avec les racines de l’Amérique. On n’a d’ailleurs pas vu si souvent une telle manière de filmer l’Amérique, à la fois très inscrite dans une réalité sociale dévastatrice, et intemporelle par la beauté sidérante des paysages, qui jouent un rôle central dans le film.

Frances McDormand, actrice décidément immense (troisième Oscar, comme une évidence) incarne avec une intensité et un naturel proprement sidérants cette Amérique des oubliés. La solitude, la douleur du souvenir, les doutes et la peur de l’avenir… et l’extrême pudeur de ces femmes et de ces hommes qui ont décidé de vivre malgré tout. Avec honnêteté et ferveur. C’est sublime, de ces films qu’on n’oublie pas.

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