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Archive pour la catégorie 'Chronologie'

Goldeneye (id.) – de Martin Campbell – 1995

Posté : 9 avril, 2022 @ 8:00 dans * Espionnage, 1990-1999, ACTION US (1980-…), CAMPBELL Martin, James Bond | Pas de commentaires »

Goldeneye

Après Permis de tuer, il a fallu attendre six ans pour revoir James Bond à l’écran. Du jamais vu à l’époque, et une seconde chance comme il en existe peu pour Pierce Brosnan, postulant malheureux pour cause de contrat avec la télévision (pour la série Remington Steele) en 1987, Timothy Dalton étant alors un choix par défaut.

Brosnan en 007 : c’était une évidence, tant la classe et l’ironie de l’acteur semblent taillées pour le personnage. Sans surprise, la volonté n’est donc pas de révolutionner le mythe avec ce Goldeneye (contrairement au nouveau départ suivant, le Casino Royale qui sera lui aussi réalisé par Martin Campbell), mais de s’inscrire dans la continuité de la saga.

Brosnan en James Bond, c’est donc un mixte de Sean Connery pour l’élégance et le regard froid, de de Roger Moore pour la décontraction dans l’action et la punchline qui tue. L’ambition est de rassurer et de retrouver un public qui commençait sérieusement à se faire la malle. Le résultat est sympathique, mais affiche ses limites dès la séquence d’ouverture.

A force de la surjouer cool et détaché, Pierce Brosnan en devient totalement désincarné, sentiment renforcé par la direction d’acteurs pour le moins flottante, comme si Campbell filmait chaque scène en n’ayant aucune idée de ce qui précède ou de ce qui suit. Pas bizarre, donc, de voir une jeune femme sans histoire rire franchement alors qu’elle se dirige ouvertement vers un danger potentiellement mortel.

Le film pêche à la fois par son humour lourdingue (« j’ai oublié de frapper », lance Bond avant d’assommer un méchant sur le trône), et par les excès mal maîtrisés de ses scènes d’action. Même Ethan Hunt n’aurait pas osé cette scène où Bond lance sa moto dans le vide, vole littéralement vers un avion en chute libre, et réussit in extremis à redresser l’engin. Le film est alors commencé depuis cinq minutes, et heureusement que la fameuse chanson de Tina Turner arrive dans la foulée pour faire passer la pilule.

Ce ne sera pas le dernier excès : les dérapages frein à main d’un char d’assaut, le siège éjectable actionné avec la tête (pour un passage pompé éhontément à 58 minutes pour vivre) ou la chute de cinquante mètres pas même mortelle enfonceront le clou. Oh ! Il y a bien des volontés de faire évoluer la saga, de confronter Bond à son propre machisme. Mais les tentatives maladroites de faire de Moneypenny un personnage féministe (et de confier le rôle de M à une femme, Judi Dench) sont contrecarrées par la méchante, pauvre Fanke Janssen à qui l’on fait jouer une tueuse sadique et nymphomane, plongée en plein orgasme dès qu’elle assassine.

Ce Brosnan premier du nom agace et permet de mesurer a posteriori le chemin parcouru sous l’ère Daniel Craig. Pourtant, Goldeneye séduit par moments, avant tout grâce au charisme de Pierce Brosnan, à cette manière qu’il a de surjouer la cool-attitude. A défaut de renouveler la saga (le passage obligé de Q, interprété depuis trente ans par Desmon Llewelyn, prouve qu’il n’en est pas question), Campbell s’amuse avec les passages obligés et les codes bien en place. Pas dupe, guère ambitieux, mais enthousiaste.

L’Agonie de Jérusalem – de Julien Duvivier – 1927

Posté : 8 avril, 2022 @ 8:00 dans 1920-1929, DUVIVIER Julien, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

L'Agonie de Jérusalem

Un anarchiste en rupture avec la société va connaître la rédemption en suivant les pas de Jésus dans Jérusalem. Sur le papier, L’Agonie de Jérusalem n’est pas franchement exaltant : encore un film mystique qui promet d’appuyer lourdement sur les symboles et les beaux sentiments. C’est le cas : Duvivier, aux manettes, est lui-même en pleine crise mystique quand il écrit et tourne le film, prenant le parti comme il en a l’habitude de tourner sur les lieux mêmes de l’action, où il espère d’ailleurs connaître une sorte de révélation qui ne viendra pas, ce qui contribuera à lui faire passer sa crise de foi.

A vrai dire, seule la dernière partie appuie lourdement sur le côté mystique de l’histoire, en plaçant littéralement le personnage principal, contemporain, dans les pas de Jésus, à grand renfort de reconstitutions historiques. On est quand même très loin d’une vision à la Cecil B. De Mille, et ce qui frappe surtout, c’est l’extraordinaire maîtrise technique et artistique de Duvivier, qui joue avec le langage cinématographique avec une invention et une intelligence déjà remarquables.

Qu’il filme les paysages du Monts des Oliviers ou les ruelles de Jérusalem, ou l’effervescence de milieux interlopes parisiens, Duvivier fait preuve d’un sens de l’espace et de la mise en scène exceptionnel. Bien sûr, le thème lui-même est parfois déroutant, voire irritant, et les effets de mise en parallèle entre la rédemption du héros et le martyr de Jésus a un côté à la fois convenu et vieillot. Mais il y a tout le reste.

Et dès les premières images, le talent de Duvivier est éclatant : cette manière qu’il a de présenter le héros, sortant de prison dans un sublime plan tout en plongée et en ombres portées. Puis la vie qu’il donne à ce petit milieu des anarchistes qu’il filme avec un beau sens du détail qui « sonne vrai ». Un travelling arrière pour introduire le personnage féminin, un plan plein d’humour pour évoquer la ressemblance entre l’oncle célibataire et attachant, et un bulldog… Il y a dans ce film une invention constante et une maîtrise qui en font une œuvre passionnante, même si mineure dans la filmographie de Duvivier.

Il y a, surtout, cette scène où le fils se lance dans un pamphlet contre l’autorité parentale, dans une salle bondé où il ignore que son père se trouve. La confrontation entre les deux, dans cette salle soudain chauffée à blanc, est un sommet de tension et d’émotion. On pourrait continuer comme ça longtemps l’énumération des grands moments, des grandes idées de ce film, aussi déroutant par moments que précieux.

D’autant plus précieux que le film a longtemps été perdu. Il est aujourd’hui disponible dans un superbe coffret regroupant neuf films muets de Duvivier, tous restaurés. Serge Bromberg, le précieux patron de Lobster, y raconte comment son équipe a reconstitué L’Agonie de Jérusalem, dont la copie retrouvée dans les années 1970 était une version très transformée pour le public tchèque, l’exploitant ayant inséré des extraits spectaculaires d’autres films pour épicer le spectacle. Le film de Duvivier revient de très loin, et c’est passionnant.

James Bond 007 contre Dr. No (Dr. No) – de Terence Young – 1962

Posté : 7 avril, 2022 @ 8:00 dans * Espionnage, 1960-1969, James Bond, YOUNG Terence | Pas de commentaires »

James Bond 007 contre Dr No

Et c’est ainsi que tout commença, ou presque. Bien sûr, à la base du mythe, il y a les romans de Ian Fleming. Mais à la base seulement. Le véritable mythe, lui, est bien né avec ce Dr. No, premier d’une longue série de films (vingt-cinq au compteur officiel, tout juste soixante ans plus tard). On peut même être franchement précis sur l’instant où le mythe prend forme, un peu comme on peut dire à quel moment exact John Wayne est devenu une star (un travelling dans Stagecoach) : lorsque le visage de Sean Connery apparaît en gros plan après que la caméra lui a longuement tourné autour.

C’est la toute première apparition de l’agent 007 au cinéma. Et d’emblée, avec cette séquence qui reste fascinante, on sent que le personnage a été porté à l’écran avec la volonté d’en faire un mythe. Cette scène doit beaucoup à l’introduction du personnage de Bogart dans Casablanca. Elle annonce aussi dans l’esprit celle d’Indiana Jones dans Les Aventuriers de l’arche perdue. Dans tous ces cas, le personnage n’est d’abord dévoilé que par des détails : le geste d’une main, un plan de dos… Mais l’apparition du visage face caméra, elle, est bien tardive.

L’effet reste saisissant, parce que Sean Connery a ce charisme animal totalement fascinant, cette manière de jouer avec son regard, sa bouche et ses mains, qui est pour beaucoup dans la puissance que prend le personnage dès ce premier film. Etonnant aussi : le fait que tous les éléments du mythe soient déjà là. La silhouette de Bond dans une cible au début du film, le générique très stylisé, le « Bond… James Bond », les Bond Girls… Pour la chanson de générique, les gadgets et Q, on attendra un peu, mais l’essentiel est bien là.

Côté scénario, ce premier film est plus inégal. La première partie, qui flirte du côté du film de détective, est plutôt convaincante, et très rythmée. Le ton change en revanche dès l’arrivée sur l’île du grand méchant, premier repère secret d’une longue série, dont le gigantisme sied mal à la mise en scène de Young, efficace mais sans grand panache.

Qu’importe d’ailleurs. Dans cette seconde moitié du film, on n’a plus d’yeux que pour Ursula Andress, prototype inamovible de la parfaite Bond Girl, dont l’irrésistible apparition en bikini reste une image incontournable de la saga, qui sera citée ouvertement à deux reprises dans les années 2000 : par Halle Berry dans Meurs un autre jour, et par… Daniel Craig dans Casino Royale.

Forcément, la rencontre d’Ursula Andress et de Sean Connery, deux monuments du sex appeal, ne pouvait que faire des étincelles. La fausse innocence de la première et le cynisme dangereux du second ne jouant clairement pas la carte du réalisme, on se laisse volontiers entraîner dans cette aventure où tout est toujours un peu plus : plus spectaculaire, plus dangereux, plus séduisant, plus mystérieux. La naissance d’un mythe, ça ne se refuse pas.

Uranus – de Claude Berri – 1990

Posté : 6 avril, 2022 @ 8:00 dans 1990-1999, BERRI Claude | Pas de commentaires »

Uranus

Claude Berri est en plein dans sa veine patrimoniale. Entre Pagnol (Jean de Florette et Manon des Sources) et Zola (Germinal), le voilà qui s’attaque à Marcel Aymé, adaptant son très cynique, et très savoureux roman Uranus, portrait grinçant d’une petite ville française qui s’arrange avec elle-même quelques mois après la libération.

Pathétiques ou salauds… Pas grand monde à sauver a priori, dans cette galerie de personnages dont aucun semble-t-il n’a eu un comportement exemplaire pendant l’occupation. Pourtant, l’humanité n’est jamais bien loin. Et même chez le pire dénonciateur post-libération, même chez l’ancien collabo le plus zélé, la plume d’Aymé et la caméra de Berri soulignent la complexité et la singularité de chacun. L’honnêteté, même.

Pas franchement un film confortable, donc. Du genre à balayer assez radicalement l’image de la France, grande nation de résistance. Du genre, plutôt, a placer chacun devant ses complexités, et sa possible lâcheté. Le personnage de Philippe Noiret est sans doute celui qui se rapproche le plus du narrateur, du point de vue qu’adopte Berri (et sans doute Aymé, mais pas lu le livre) : un homme lettré et ostensiblement joyeux, qui décide de prendre tous les défauts de l’homme et toutes les horreurs commises par lui avec une bienveillance radicale.

Il est étonnant ce personnage, et incarné avec gourmandise. C’est cette gourmandise, largement partagée par l’extraordinaire distribution, qui fait tout le sel de ce film, tout le plaisir qu’on y prend. Il y a bien sûr Depardieu, dans ce qui est peut-être son rôle le plus gargantuesque, un patron de bistrot qui avale des litres d’alcool en éructant, mais s’apaise en découvrant la poésie. Il y a aussi Jean-Pierre Marielle en chef de famille au patriotisme pratique, Michel Blanc en communiste zélé, Michel Galabru en profiteur de guerre

Uranus, au-delà de sa truculence, est un grand film d’acteurs. En cela, c’est du pur cinéma français à l’ancienne, porté par les paroles de Marcel Aymé et par le pur plaisir procuré par les comédiens. C’est aussi une vision cynique et radicale de la France de l’immédiat après-guerre. La nation de résistants en prend un sacré coup…

Rusty James (Rumble Fish) – de Francis Ford Coppola – 1983

Posté : 5 avril, 2022 @ 8:00 dans 1980-1989, COPPOLA Francis Ford | Pas de commentaires »

Rusty James

Very, very bad trip pour Matt Dillon, alias Rusty James. A peine sorti de Outsiders, grand film désenchanté sur une certaine jeunesse américaine, l’acteur reste pour Coppola l’incarnation de cette jeunesse paumée, condamnée par des rêves d’ailleurs qui n’ont pas de prise. A ceci près que, ici, les rêves eux-mêmes ne font plus même rêver.

Lorsque le film commence, Rusty James se prépare pour une baston comme on en faisait autrefois, sans trop y croire lui-même, traînant dans son sillage une bande qui n’a plus de bande que le nom. Il erre, avec le souvenir d’un grand frère disparu depuis quelque temps, qui était pour lui l’unique guide possible : une sorte de bad boy à l’ancienne, dernier survivant d’une ère de mauvais garçons à l’ancienne. Rien d’étonnant à ce que leur père soit incarné par Dennis Hopper, comparse de James Dean, image iconique qu’on ne peut pas ne pas invoquer.

Mais le grand frère réapparaît. C’est Mickey Rourke, plus marmoréen que jamais, le regard paumé, la voix basse, la dégaine désabusée. Un prince de la rue pour tous, presque une icône lui aussi, mais avant tout un type qui sort à peine de l’enfance, et qui paraît déjà usé par la vie, incapable de voir la vie autrement qu’en noir et blanc.

C’est d’ailleurs ainsi que Coppola filme son récit : en noir et blanc, avec une étrange froideur qui déstabilise d’abord, malgré le style hyper esthétisant qui évoque par moments le cinéma de Lynch. Mais cette froideur, cette distance, font bientôt sens : c’est le point de vue de Rusty James et de son frère, le Motorcyle Boy, qu’adopte Coppola. Et ce point de vue est totalement dépassionné, privé d’horizon.

En Californie, où il a fui un temps à la recherche d’un ailleurs, le Motorcycle Boy n’a pas même vu l’Océan. « Pour moi, la Californie est un rivage », s’étonne Rusty James. A la place, il n’a vu qu’un fantôme qui lui a renvoyé la perte déjà si lointaine de son innocence. « J’ai cessé d’être enfant à 5 ans », constate-t-il simplement.

Très différent d’Outsiders (et de Peggy Sue s’est marié, le troisième film que Coppola consacre à la jeunesse dans les années 80), Rusty James est l’un des films les plus personnels et ambitieux du cinéaste, par sa forme. C’est aussi l’un de ses plus désenchantés, et l’un des plus beaux. Et de Nicolas Cage à Dennis Hopper, en passant par Tom Waits ou Diane Lane, son film est plein de personnages inoubliables.

Voyages à travers le cinéma français – de Bertrand Tavernier – TV – 2018

Posté : 4 avril, 2022 @ 8:00 dans 2010-2019, DOCUMENTAIRE, TAVERNIER Bertrand, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Voyages à travers le cinéma français - série

Ces « voyages à travers le cinéma français » resteront donc l’ultime réalisation de Bertrand Tavernier. Et après le long métrage du même nom (mais sans S), ce prolongement télévisuel en huit épisodes d’une heure est une belle illustration de la curiosité, de la passion et de la générosité du cinéaste et cinéphile. Les deux facettes de sa personnalité sont intimement liés dans ce voyage amoureux, dont la construction révèle la vision intime de l’homme.

Voyage… le film s’articulait autour de Lyon, la ville où Tavernier a grandi, où il a découvert le cinéma, où il a tourné son premier film. De la maison familiale à l’Institut Lumière, c’est son parcours personnel de cinéphile qu’il nous faisait partager avec ferveur pendant deux heures. Bien trop court pour ne pas laisser un peu de frustration et d’envie. D’où la série, qui reprend le même parti-pris intime. La forme est un peu plus convenue, mais la passion et la subjectivité restent la règle, naturelle, discutable et enthousiasmante.

Chaque épisode s’articule autour d’un thème plus ou moins précis. L’occasion de vérifier que, outre l’étendue hallucinante de sa culture, Tavernier a des goûts très sûrs. Ses cinéastes de chevet ? Henri Decoin, Jean Grémillon, Jacques Beker ou Sacha Guitry, qu’on a le sentiment de totalement méconnaître en découvrant les extraits de films choisis par Tavernier.

Ces choix ne cessent de surprendre, comme la manière dont Tavernier les introduit. Il sait mettre en valeur la beauté d’un mouvement de caméra, ou celle d’un dialogue. Il laisse le temps aux extraits de vraiment parler, révélant le sublime des dialogues de Jeanson pour Les Amoureux sont seuls au monde. Il surprend, en mettant en parallèle Tati et Bresson.

Au fil des épisodes, il salue le génie et le formidable éclectisme de Duvivier, met en valeur ce qu’il considère comme une spécificité française (l’importance des chansons dans les films), ou réhabilite quelques cinéastes mésestimés comme Maurice Tourneur, Henri Calef, Gilles Grangier, Anatole Litvak (dont le Cœur de Lilas est décidément une merveille) ou Jean Boyer, dont on a désormais très envie de découvrir le film avec Danielle Darrieux, Un Mauvais Garçon.

Toujours en marge des aspects trop évidents de l’histoire du cinéma français, il consacre une large part de l’épisode consacré à l’Occupation à Claude Autant-Lara, dont il signe un superbe portrait, salaud tardif et type odieux que sa filmographie rachète. Tavernier n’esquive pas les défauts des cinéastes qu’il aime : il les aborde frontalement pour mieux exprimer leur singularité. Clouzot, pas plus qu’Autant-Lara, n’est pas un type chaleureux. Mais derrière son austérité, Tavernier devine un regard acide et amusé.

La série s’achève par un épisode intitulé « Mes années 60 » : cette décennie au cours de laquelle Tavernier a fait ses premiers pas au cinéma, en tant que critique ou attaché de presse. Impossible pour lui d’aller plus loin, d’aborder une période où lui-même était devenu cinéaste. Une fin logique, donc, même si on aurait aimé que la série se prolonge, longuement, tant on sent que Tavernier a fait des choix parfois cruels.

La Dernière Chasse (The Last Hunt) – de Richard Brooks – 1956

Posté : 3 avril, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, BROOKS Richard, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Dernière Chasse

Premier des trois westerns réalisés par Richard Brooks (avant Les Professionnels dix ans plus tard et La Chevauchée sauvage vingt ans plus tard), celui-ci est réalisé en plein âge d’or du genre. Et déjà, la vision singulière du cinéaste fait de La Dernière Chasse un film à la fois simple dans la forme, et joliment ambition dans sa manière de mettre en scène des enjeux moraux.

A priori, c’est donc d’une simplicité extrême : deux aventuriers se rencontrent et décident de faire équipe. L’un est un ancien chasseur de bisons qui aspire à une vie sans odeur de sang, alors que les troupeaux ont quasiment disparu. L’autre est un sanguin qui le convainc de profiter avec lui des derniers bisons encore présents pour faire fortune. L’alliance d’un homme bon et réfléchi, et d’un autre impulsif et intolérant… pas vraiment révolutionnaire.

Mais il y a chez Brooks un refus presque viscéral de stigmatiser, ou de se laisser aller à des jugements trop hâtifs. Robert Taylor est ainsi formidablement touchant en sale type pathétique, dont on devine le mal-être derrière son comportement, et même ses crimes. Quant à Stewart Granger, impérial en chasseur vieillissant, il est aussi hanté par toutes les vies qu’il a enlevées, conscient d’avoir été un acteur de l’éradication des bisons.

Il y a aussi dans le film une manière passionnante, qui touche au sublime, de filmer la nature, et la place de l’homme dans l’équilibre spectaculaire mais fragile de ces grands espaces. Là aussi, il serait vain de chercher du manichéisme dans l’approche de Brooks, avec une nature grandiose et magnifique, mais aussi hostile, comme le prouve l’extraordinaire conclusion du duel incontournable, l’une des plus radicales du genre.

Le film est habité par une humanité rare, qui se joue dans des détails étonnants : ce cow-boy qui entre chez le barbier en accrochant son chapeau… et une poule au porte-manteau. Dans ce western spectral, Brooks filme les derniers feux d’un mode de vie : celui des « cow-boys » vivant dans la plaine, celui des Indiens, mourant de faim dans leurs misérables réserves, tandis que les bisons disparaissent à leur tour. Grand film.

Maigret – de Patrice Leconte – 2022

Posté : 2 avril, 2022 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2020-2029, LECONTE Patrice, Maigret | Pas de commentaires »

Maigret

Presque soixante ans que le cinéma français ne s’était pas intéressé au plus populaire des policiers de la littérature francophone. Comme si Jean Gabin avait à ce point dévoré le rôle qu’il interdisait à quiconque de lui succéder. Sur grand écran, on a quand même eu droit à un Maigret italien (Gino Cervi dans Maigret à Pigalle) et un autre allemand (Heinz Rühman dans Maigret fait mouche), tous deux dans les années 60. Mais depuis, seule la télévision avait osé s’emparer du personnage créé par Simenon. Et elle ne s’est pas privée, les séries et téléfilms pullulant dans le monde entier.

Quand même, voir Depardieu se mettre dans la peau du commissaire avait quelque chose d’exaltant (il entre d’ailleurs dans le club très fermé des acteurs ayant incarné à la fois Maigret et Jean Valjean, après Harry Baur et Jean Gabin), surtout qu’il avait déjà frôlé le personnage avec le Bellamy de Chabrol. C’est donc avec un mélange d’excitation et d’angoisse qu’on entre dans la salle… et c’est avec un mélange de satisfaction et de frustration qu’en en sort.

Le film de Patrice Leconte est sincère et généreux, on ne peut pas lui retirer ça. Il est aussi, en l’occurrence, très appliqué, mais pas très incarné. Ce qui est le plus beau dans les romans de Simenon, c’est la manière dont Maigret se glisse jusqu’à s’oublier dans l’atmosphère d’un lieu, d’un microcosme, dont il fait siennes les habitudes, le rythme, les odeurs même. Mais la reconstitution du Paris des années 1950 (l’époque à laquelle est écrit Maigret et la jeune morte, dont le film de Leconte est une adaptation) est tellement propre et dénuée d’aspérité qu’elle maintient constamment une certaine distance.

Plus gênant encore : la lenteur appuyée avec laquelle les dialogues sont prononcés, manière maladroite de donner corps au rythme langoureux des romans. Mais il y a de belles choses, à commencer par le personnage lui-même, et l’incarnation qu’en fait Depardieu. Radicalement différent de Gabin dans son approche de Maigret, on peut pourtant en dire à peu près la même chose : il se glisse véritablement dans la peau du personnage, tout en le transformant à sa manière.

Et c’est un Depardieu vieillissant, fatigué et physiquement très imposant qui fait de Maigret un policier en bout de course, qui sait proche la fin du voyage, et dont le parcours et les drames personnels se confondent avec son enquête à ce stade de sa carrière et de sa vie. Un homme qui continue à réfléchir au rythme des verres bus dans les bistrots, mais qui a dû se résoudre à abandonner la pipe. Ce qui donne paradoxalement les séquences les plus savoureuses du film, celles où la pipe fumée par d’autres occupe une place centrale dans l’esprit de Maigret/Depardieu.

On aimerait que ce film ne soit qu’un nouveau départ, qu’il soit une enquête parmi d’autres, et que Depardieu ait d’autres occasions de creuser le personnage, peut-être avec d’autres cinéastes plus exaltants. Ce n’est clairement pas l’ambition affichée avec ce film, dont la simplicité du titre annonce la couleur : Leconte et son co-scénariste Jérôme Tonnerre signent non pas une enquête policière, mais le portrait sincère d’un homme. Leur vision du personnage.

Le Jour le plus long (The Longest Day) – de Darryl F. Zanuck, Ken Annakin, Andrew Martin, Bernard Wicki, Elmo Williams et Gerd Oswald – 1962

Posté : 1 avril, 2022 @ 8:00 dans 1960-1969, ANNAKIN Ken, MARTIN Andrew, MITCHUM Robert, OSWALD Gerd, RYAN Robert, WAYNE John, WICKI Bernard, WILLIAMS Elmo, ZANUCK Darryl F. | Pas de commentaires »

Le Jour le plus long

Voilà sans doute le mètre étalon des films de guerre « all stars », qui eurent leur heure de gloire à Hollywood. Une grosse production pensée pour devenir le film de référence sur le sujet (le Débarquement en Normandie), et conçue pour être un événement incontournable à travers le monde. On est une bonne quinzaine d’années après la guerre, et les plus grandes stars des pays impliqués dans ce pan du conflit sont à l’affiche : John Wayne ou Robert Mitchum aux Etats-Unis, Bourvil ou Arletty en France, Curd Jürgens ou Gert Froebe en Allemagne, Richard Burton ou Peter Lawford en Grande-Bretagne…

La liste est longue, et celle des réalisateurs l’est aussi, chacun d’entre eux se voyant confié un point de vue national. Curieux principe qui confirme ce que tout le monde sait à l’époque : Le Jour le plus long est avant tout l’œuvre de son producteur, Darryl F. Zanuck, comme Autant en emporte le vent était peut-être celle de David O. Selznick. Deux hommes de la même génération (tous deux sont nés en 1902), qui incarnent cet âge d’or d’un Hollywood dominé par les producteurs.

Mais le plus curieux dans Le Jour le plus long, c’est que le film fonctionne parfaitement, et que jamais l’effet patchwork ne vient troubler la cohérence de l’ensemble. Tout le savoir-faire hollywoodien est là. Et si on peut émettre quelques doutes sur la représentation du peuple libéré (Fernand Ledoux et Bourvil hilares tandis que les bombes pleuvent autour d’eux), il faut reconnaître la fluidité de ce très long métrage : près de trois heures pour n’oublier aucun aspect du D-Day.

Les préparatifs, la météo capricieuse, l’attente, les erreurs d’appréciation des Allemands, le travail héroïque de la résistance, le sort des parachutistes, celui des premiers à fouler le sable d’Omaha Beach, le sacrifice de ceux qui sont partis à l’assaut de la pointe du Hoc… Surtout ne rien laisser de côté, mettre en valeur l’héroïsme de tous ceux qui ont pris part à ces heures déterminantes. Cela relève parfois plus du travail de mémoire que de l’acte cinématographique, c’est parfois un peu propre et sage (Spielberg a radicalement changé la mise en image de l’événement, depuis). Mais c’est d’une efficacité indéniable.

Et puis un film où on croise John Wayne, Robert Mitchum, Henry Fonda, Bourvil, Arletty, Sean Connery, Madeleine Renaud, Robert Ryan, Fernand Ledoux, Rod Steiger, Mel Ferrer, Edmond O’Brien et Pauline Carton ne peut pas manquer d’intérêt.

Les Ailes de l’espérance (Battle Hymn) – de Douglas Sirk – 1956

Posté : 1 mars, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, SIRK Douglas | Pas de commentaires »

Les Ailes de l'espérance

Le cinéma de Douglas Sirk frappe avant tout pour transformer le mélodrame, parfois le plus outré, en sublimes moments de grâce. Cette fois pourtant, la magie n’opère pas tout à fait. Peut-être parce que Sirk est un peu corseté par une volonté manifeste de ne pas trahir les protagonistes de cette histoire vraie, et encore récente : l’intrigue se déroule en 1950, et elle est introduite par un authentique officier.

Peut-être aussi parce que Sirk, pour qui la rédemption a toujours été un thème essentiel, et proche du mysticisme, ne fait pas que flirter avec l’idée d’une puissance supérieure : dès le générique de début, le mélange de patriotisme et de religiosité est clairement affiché. Il le sera encore plus ouvertement dans une poignée de séquences dramatiques, où l’idée même de divin semble dédouaner les hommes de toutes leurs actions. Un peu dur à avaler pour un athée.

Pas un très grand Sirk, donc. Mais un Sirk tout de même. D’un strict point de vue esthétique, on est même du côté des grandes réussites du cinéaste, dont on retrouve les images chaudes et la manière de filmer ses personnages au plus près, tout en les plaçant dans de (beaux) décors naturels. Avec un personnage taillé sur mesure pour le fidèle Rock Hudson, toujours impeccable.

Il est ici tout en mesure, et terriblement émouvant dans le rôle d’un pilote hanté par un bombardement au cours duquel il a détruit par erreur un orphelinat et tué trente-sept enfants, lors de la seconde guerre mondiale en Allemagne. Nous sommes désormais en 1950, et après avoir en vain tenté de se racheter en devenant révérend, le voilà qui rempile pour devenir instructeur en Corée, où la guerre est déclarée.

Mais l’homme vit toujours avec le souvenir de ces orphelins morts, qui pèsent lourdement sur sa conscience. Alors quand la base est « prise d’assaut » par des orphelins coréens, il décide de les nourrir, puis d’improviser un orphelinat avec l’aide de deux Coréens qui acceptent sans trop réfléchir de tout abandonner pour son projet…

Une histoire vraie, donc, avec son lot de scènes très émouvantes. De petits riens parfois, comme le regard de cette jeune bénévole énamourée qui comprend que cet Américain est marié. Ou le gamin, Tchou, qui se jette dans les bras de cet homme qu’il n’est pas loin de considérer comme son père.

Il y a aussi quelques séquences de batailles aériennes plutôt bien troussées, à défaut d’être renversantes. Les débats moraux du héros sont assez passionnants, mais l’émotion reste quand même le plus souvent ténue, tant le poids du mysticisme vient simplifier le propos. Le film flirte avec un manichéisme un peu rudimentaire, dont Sirk n’est pas vraiment coutumier. D’un autre cinéaste, on applaudirait sans doute. Mais c’est Douglas Sirk, et on sort frustré de ne pas être plus ému.

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