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Archive pour la catégorie 'Chronologie'

L’Homme tranquille (The Quiet Man) – de John Ford – 1952

Posté : 2 décembre, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, BOND Ward, FORD John, O'HARA Maureen, WAYNE John | Pas de commentaires »

L'Homme tranquille

Y a-t-il plus belle déclaration d’amour à l’Irlande que la chevelure flamboyante de Maureen O’Hara sur l’herbe d’un vert irréel des paysages ? Voilà en tout cas un Ford aussi modeste qu’immense. Modeste, parce qu’il s’agit au fond d’une simple histoire d’amour, même si le film évoque aussi la fin des traditions, le choc des civilisations, le poids du passé. Mais tout ça, au fond, n’a pas grande importance. Et immense… eh bien parce que c’est d’une beauté, d’une pureté, d’une simplicité aussi absolues. Et parce que c’est magnifique, tout simplement.

Et puis aussi parce que Ford ne pose pas un regard béât sur ce pays et ces gens qu’il aime tant. Les paysages sont superbes, les personnages sont extraordinairement attachants, mais il y a aussi une présence parfois pesantes des traditions ancestrales dans cette communauté, qu’il n’estompe pas vraiment, même s’il préfère en sourire plutôt que d’en faire une vraie critique. Ce qui ressort quand même de ce film, c’est la belle harmonie qui règne dans ce petit village irlandais. Si bien que le principal drame qui se noue, et qui noue l’estomac, concerne le sort du révérend (formidable Arthur Shields), menacé de devoir partir faute de fidèles.

Parce que, bien sûr, il ne fait aucun doute que Maureen O’Hara et John Wayne finiront ensemble. Entre eux, c’est fusionnel autant qu’explosif dès le premier regard. Il y a comme ça des couples d’une évidence absolue sur un écran, et c’est dans ce film qu’il est le plus évident, le plus émouvant, le plus enthousiasmant. Mais que les écueils que ces deux-là rencontrent sont réjouissants, contrariés par l’implacable grand frère Victor MacLaglen, chaperonnés par le génial Barry Fitzgerald, incarnation rêvée de l’Irlandais cher au cœur de Ford (très porté sur le whisky, donc).

Et il y a ce final éblouissant dans lequel Ford s’amuse à sa manière de la figure féministe et libre de Maureen O’Hara, qu’il fait littéralement traîner par John Wayne sous le regard complice des villageois, jusqu’à une bagarre homérique, peut-être la plus longue et la plus drôle du cinéma de Ford. De l’amour, des beaux paysages, du whisky, des coups de poings… Tout le bonheur irlandais est là !

A deux pas de l’enfer (Short cut to hell) – de James Cagney – 1957

Posté : 20 novembre, 2017 @ 6:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, CAGNEY James, CAGNEY James | Pas de commentaires »

A deux pas de l'enfer

Pour son unique film derrière la caméra, James Cagney signe la deuxième adaptation du roman Tueur à gags de Graham Greene, et surtout un remake très fidèle du film (formidable) de Frank Tuttle. L’histoire originale étant passionnante, le film se regarde avec un certain plaisir. Mais comme le dit lui-même Cagney dans une séquence pré-générique (histoire qu’il apparaisse quand même dans ce film, pour lequel il ne s’est pas attribué de rôle) : le plus important dans un film, c’est ce qu’on voit devant la caméra, et pour le coup, il se dit très quand du choix de ses deux jeunes vedettes, Robert Ivers (qui ?!) ey Georgann Johnson (qui ?!), à qui il promet un bel avenir.

Sauf que soixante après, on aurait dû commencer à en entendre parler, de leur avenir à l’un comme à l’autre. Mais rien, ou si peu : des apparitions dans des séries télé, brièvement pour lui, jusqu’au milieu des années 2000 pour elle. Mais rien de vraiment consistant, et strictement rien sur grand écran. Elle est pourtant pas mal, avec son grand sourire plein d’empathie. Et lui, avec ses airs de gamin qui joue au dur, fait un tueur professionnel plutôt original. Mais ils arrivent après Veronika Lake et Alan Ladd, l’un des plus grands couples du cinéma. Et forcément, la comparaison n’est pas en leur faveur.

Drôle d’idée d’avoir signé un remake sans même prendre la peine de s’éloigner du modèle. Et le film de Cagney sort perdant à tous les niveaux, au petit jeu des comparaisons. C’est percutant, avec des séquences de violence joliment tendues, et des personnages principaux curieusement attachants malgré leur manque de charisme. Mais le film n’apporte pas grand-chose, si ce n’est l’envie de revoir le Tueur à gages de Tuttle, et de relire le roman de Greene. C’est sans doute ce qu’a fait Cagney, qui n’est plus jamais repassé derrière la caméra.

La première balle tue (The Fastest Gun alive) – de Russell Rouse – 1956

Posté : 18 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, ROUSE Russell, WESTERNS | Pas de commentaires »

La première balle tue

Oui, d’accord, il est un peu caricatural le grand méchant, tueur persuadé d’être le tireur le plus rapide de l’Ouest, et qui ne pense qu’à affronter en duel ceux que la foule désigne comme les tenants du titre… Mais il est joué par Broderick Crawford, et le brave type qu’il veut affronter, c’est Glenn Ford. Alors même si on peut préférer La Cible humaine de Vidor sur le même thème, on peut aussi prendre un plaisir fou à revoir ce western au rythme parfait.

Ça commence par un duel justement, que remporte l’imposant Broderick Crawford, plus inquiétant que jamais avec son regard noir, sa silhouette massive et sa voix caverneuse. Pourtant, l’action est plutôt rare, et même le grand duel final très attendu se résume à une suite (impressionnante) de gros plans sur les revolvers qui se déchargent. Audacieux, pour un western avec un tel titre et un tel sujet. Le film s’autorise même un curieux et réjouissant intermède, avec un impressionnant numéro de danse lors d’une fête qui réunit tous les habitants de la ville.

Mais Russell Rouse, réalisateur méconnu qui peut être excellent (on lui doit le noir New York Confidential, déjà avec Broderick Crawford), excelle à faire grandir la tension. D’abord autour du personnage de Glenn Ford, homme tranquille qui cache secrètement un mystérieux passé et une aptitude hors du commun à dégainer, et qui ne supporte plus le mépris quotidien dont il est l’objet pour ne jamais porter d’arme.

La tension devient même étouffante avec l’arrivée des trois bandits (dont l’excellent John Dehner, dans un rôle de méchant débonnaire très original) qui occupent la ville déserte, tandis que les bons habitants sont enfermés dans l’église où le drame se noue en parallèle. Jusqu’à l’affrontement des deux duellistes : l’un tout de blanc vêtu qui sort de l’église, l’autre en noir qui vient du saloon. Tout un symbole, bien sûr.

Le Village des damnés (Village of the damned) – de John Carpenter – 1995

Posté : 16 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Le Village des damnés 1995

Carpenter s’est approprié pas mal de thèmes bien connus du cinéma fantastique. Il a aussi signé un remake officieux de Rio Bravo (Assaut) et un autre, bien assumé celui-ci, de La Chose d’un autre monde (The Thing). Mais ce remake-ci, d’un petit classique du cinéma fantastique british des années 60, a quelque chose d’unique dans sa filmographie.

Même titre, même histoire, même ville, mêmes personnages en grande partie… Pas d’erreur sur les intentions. Le scénario du film de Wolf Rilla est d’ailleurs crédité au générique, au même titre que le roman original. Mais ce Village des damnés-là est tellement un remake qu’il n’existe réellement que comme tel, par rapport au film de 1960.

Ce qui explique les « trous » que l’on peut regretter dans la narration, les ellipses douteuses et une manière parfois hasardeuse d’avancer dans l’histoire. Avec ce film, c’est comme si John Carpenter avait voulu rendre hommage aux aspects les plus réussis du film de Rilla, et surtout rattraper ce qui l’était moins. On a donc des passages qui sont des copiés-collés du premier film, des dialogues entiers repris tels quels. Ces moments là sont d’ailleurs les moins intéressants, comme si Carpenter s’en désintéressait : si c’était bien chez Wolf Rilla, pourquoi s’embêter à vouloir le refaire ?

Dans les différences, en revanche, le film est passionnant. Le film original se concentrait essentiellement sur son couple vedette, reléguant les seconds rôles aux arrières-plans ? Carpenter commence son film en soulignant l’importance de la communauté, et en multipliant les personnages. Celui de George Sanders, d’ailleurs, est « coupé » en deux, repris à la fois par le médecin du village (Christopher Reeve, dans l’un de ses derniers rôles avant l’accident) et par une scientifique d’une agence gouvernementale (Kirsty Alley).

Les pouvoirs des gamins maléfiques avaient des effets trop modestes? Carpenter appuie sur le gore avec un cuisinier qui se transforme en grillade, ou un médecin qui pratique l’auto-opération… Les liens entre ces enfants et leurs « parents » était vite rompus? C’est peut-être là que se situe la plus grande différence, avec des ébauches d’humanisation chez l’un des enfants, et l’envie d’une mère d’aimer son fils malgré tout.

Et puis il y a l’élégance de Carpenter, entièrement au service de l’efficacité du récit, qui s’amuse aussi à s’auto-citer à travers quelques plans typiquement carpenteriens : l’ombre au début du film qui évoque le brouillard de Fog, un travelling sur une haie qui renvoie aux plans inoubliables de Halloween, ou un visage monstrueux en surimpression qui rappelle curieusement Invasion Los Angeles. Tourné après l’un des sommets de sa filmographie (L’Antre de la folie), et avant une ultime série de films sans doute moins originaux, Le Village des damnés a déjà des allures de bilan.

Le Village des damnés (Village of the damned) – de Wolf Rilla – 1960

Posté : 15 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, FANTASTIQUE/SF, RILLA Wolf | Pas de commentaires »

Le Village des damnés 1960

Ce petit classique du fantastique british prend le contre-pied total des films que la Hammer enchaînait à l’époque. Pas de vampires ni de monstres rampant ici, pour faire naître la peur. Pas non plus de jeux d’ombres ou d’images léchées et stylisées : Wolf Rilla joue à fond la carte du quotidien, dont surgirait l’horreur. Pour le meilleur, et aussi pour le moins bon.

Pour le meilleur parce qu’à l’horreur pure, le réalisateur préfère un malaise qui monte en puissance, et qui naît des choses les plus familières qui soit. Le cadre n’est d’ailleurs pas choisi par hasard : un village de la campagne anglaise, tellement banal qu’il en deviendrait presque anonyme, et où se croisent des hommes et des femmes qui n’ont rien d’exceptionnel.

C’est dans ce décor que survient le mystère : un jour, sans que rien ne l’explique, tous les êtres vivants dans ce village s’évanouissent durant des heures. A leur réveil, tout semble normal, mais les habitants découvrent bientôt que toutes les femmes en âge de procréer sont enceintes. Les enfants qui naissent, à la blondeur inquiétante, ne tardent pas à faire froid dans le dos…

Pour le moins bon aussi parce que, du fait de ce parti pris de familiarité, le film de Wolf Rilla est visuellement franchement terne, avec un noir et blanc sans profondeur qui ne joue pas en sa faveur. Mais ce manque de profondeur, déstabilisant dans les premières minutes, est vite compensé par un sens aigu du cadre, avec des compositions qui, au fur et à mesure que les enfants grandissent, deviennent d’une précision de plus en plus diabolique. L’angoisse naît en partie de la manière dont ces enfants se regroupent, comme un ensemble bien organisé face à l’ennemi.

Le film est plutôt efficace. Moins dans la terreur brute d’ailleurs (à l’exception de la dernière séquence, très forte) que dans la manière originale et plutôt osée d’aborder la paternité, comme un fléau qui menace la société toute entière. Quand le Mal pur prend l’apparence des petites têtes blondes d’une communauté a priori heureuse, rien ne va plus…

The Count of the old town (Munkbrogreven) – de Edvin Adolphson et Sigurd Wallen – 1935

Posté : 14 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, ADOLPHSON Edvin, WALLEN Sigurd | Pas de commentaires »

The Count of the Old Town

C’est un film relativement important dans l’histoire du cinéma suédois. Pas tant pour ses qualités intrinsèques, que pour la présence d’une toute jeune demoiselle nommée Ingrid Bergman, qui fait ici ses premiers pas devant une caméra. Elle y est d’ailleurs charmante, souriant beaucoup et sans arrière-pensée face à l’amour qui se présente à elle sous les traits d’un homme mystérieux…

L’histoire se déroule dans la « vieille ville » de Stockholm, un quartier pas franchement mal famé, mais très populaire, devant la caméra des deux réalisateurs (qui tiennent aussi deux des rôles principaux) qui choisissent l’angle de la comédie. Certaines images, certaines situations, soulignent bien la précarité de ces hommes sans travail, qui trompent l’ennui dans l’alcool, qu’ils passent la plus grande partie de la journée à essayer de trouver, et de déguster à l’abri des regards de la police, omniprésente.

C’est dans ce contexte que débarque un étranger qui semble cacher un secret. Serait-ce le voleur de bijoux qui sévit depuis des mois ? C’est la question que se posent les habitants du quartier, sans trop se prendre la tête sur le sujet. Car l’étranger, en plus d’être un camarade franchement sympathique, semble distribuer les coups de pouce autour de lui : un tuyau gagnant sur une course pour l’un, un boulot stable pour l’autre… et l’amour pour Ingrid dont les grands yeux succombent dès le premier regard.

Tant pis pour la dimension sociale, qui ne va jamais bien loin : The Count of the old town est une œuvrette légère et agréable, à défaut d’être hilarante ou révolutionnaire. Et puis les images sont belles, avec un soin apporté à chaque plan, particulièrement bien construit. On sent que les réalisateurs se sont appliqués pour chacun de ces plans, sans réussir toutefois à créer une vraie fluidité. D’où l’impression, par moments, de feuilleter un storyboard plutôt que de regarder un film totalement abouti. Mais tout ça se voit avec un certain plaisir.

Rio Lobo (id.) – de Howard Hawks – 1970

Posté : 13 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1970-1979, HAWKS Howard, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Rio Lobo

Quatre ans après El Dorado, Hawks fait un ultime baroud d’honneur avec ce western qui sera son tout dernier film. Comme son précédent, celui-ci reprend une partie de la trame de Rio Bravo, avec une nouvelle version du siège d’une prison, dans laquelle se réfugient une poignée de personnages autour du grand héros John Wayne.

Mais les temps ont changé. Le grand héros est devenu un vieux cow-boy bedonnant et « confortable », comme le disent tour à tour les femmes qu’il rencontre. Et il n’y a plus guère que les hommes pour croire que tout est encore comme avant. On est en 1970, l’âge d’or du western est révolu, et tout particulièrement les héros infaillibles comme John Wayne. D’où une étrange sensation d’anachronisme qui se dégage de ce film au budget modeste et à la réussite qui l’est tout autant.

C’est un peu comme si le moule avait été cassé, et que Hawks faisait ce qu’il pouvait pour recoller les morceaux. Oui, les temps ont changé. La remarquable fluidité de Rio Bravo n’est plus qu’un souvenir. Rio Lobo avance son histoire ambitieuse avec une certaine difficulté, comme si plus rien n’était facile. Ce n’est pas pour autant l’oeuvre d’un vieillard sénile et nostalgique : Hawks semble se moquer de lui-même comme il se moque de Wayne, en soulignant ses faiblesses dans des situations qu’il a déjà traversées auparavant.

Surtout, Hawks confronte ces hommes trop fiers pour accepter le changement, à des femmes d’une stupéfiante modernité : trois beaux personnages de femmes fortes et volontaires, aux caractères bien affirmés, qui s’amusent des regards énamourés des hommes et de leur romantisme démodé. Parmi elles : Shery Lansing, qui deviendra plus tard la première femme patronne d’un studio hollywoodien.

Dans ce récit ample aux rebondissements multiples, très loin finalement de la construction épurée d’un Rio Bravo, Hawks réussit en tout cas quelques séquences étonnantes, à commencer par cette épique attaque de train, où les armes utilisées sont de la graisse, un nid de frelons et des cordes tendues… Ou cet étonnant jeu du chat et de la souris entre Nordistes et Sudistes au début du film… Ou encore la savoureuse apparition d’un Jack Elam gentil pour une fois, qui reprend à son compte le rôle de vieux râleur que tenait jadis Walter Brennan.

Les Grands Ducs – de Patrice Leconte – 1996

Posté : 12 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, LECONTE Patrice | Pas de commentaires »

Les Grands Ducs

Il y a du bon et du moins bon dans cette comédie que Leconte n’a sans doute imaginée que pour une seule raison : réunir Philippe Noiret, Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle. Une vraie bonne idée d’ailleurs : le plaisir évident que ces trois-là ont à se retrouver est très communicatif, tellement communicatif qu’on leur pardonne volontiers d’en faire trop. Après tout, ces trois grands comédiens incarnent trois petits comédiens, moins talentueux que passionnés par leur carrière en bout de course.

Rochefort en vieux beau gominé, et Noiret en vieux cabot ravagé par le trac, sont excessifs juste ce qu’il faut, et ont l’intelligence de ne rien faire pour se mettre en valeur, acceptant et renforçant leur vieillissement avec une jolie sincérité qui n’a jamais rien de pathétique. Mais c’est Marielle qui dévore l’écran à chaque apparition. Magistral, il est hilarant en barjot grande gueule qui semble avoir renoncé à toute idée de convenance sociale. Le regard consterné qu’il lance au public occupé à rire est extraordinaire.

Leconte réussit aussi son hommage au métier du spectacle, en filmant le quotidien d’une petite troupe en tournée en province. Mais sur ce thème, il s’était montré plus tendre et émouvant dans son beau Tandem. A l’émotion, Leconte préfère ici une grande liberté de ton… et de mise en scène, souvent caméra à l’épaule et à la va-comme-je-te-pousse.

Cela donne parfois du rythme au film, mais parfois aussi une impression de bâclage. C’est surtout flagrant lors de toutes les apparitions du pauvre Michel Blanc, totalement caricatural dans un rôle de méchant grotesque qui gâche un peu le plaisir que l’on a de retrouvé ce grand trio de cinéma.

Fulta Fisher’s boarding house (id.) – de Frank Capra – 1922

Posté : 11 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1920-1929, CAPRA Frank, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Fultah Fisher's boarding house

Première œuvre de fiction pour le tout jeune Frank Capra (il a alors 25 ans), qui se fait d’emblée remarqué avec ce film de commande, mise en image d’un poème de Rudyard Kipling : The Ballad of Fisher’s Boarding House. Le poète y évoque une gargote mal famée où des marins viennent tromper leur ennui entre deux voyages, et où deux hommes vont s’affronter et s’entretuer pour une femme.

Les premiers plans de ce court métrage d’une bobine seulement ne permettent pas vraiment de deviner le talent naissant du cinéaste : la caméra reste longtemps statique, filmant l’ensemble du décor comme c’était d’usage dans les premiers temps du cinéma. La mise en place est certes un peu longue, avec la présentation de trop nombreux personnages, pas forcément indispensables, qui prennent beaucoup de temps sur les douze minutes que dure le film.

Et puis le principe même de cette production a ses limites : en mettant en image un long poème, Capra s’oblige à multiplier les cartons pour que le spectateur puisse suivre le verbe de Kipling, qui pour le coup devient un peu trop envahissant.

Mais lorsque le drame se noue, Capra révèle un sens affirmé du cadrage et du montage, et, surprise, une brutalité qui ne sera pas vraiment la caractéristique première de son cinéma. Lorsque la violence apparaît, elle bouscule littéralement le cadre : les personnages sont propulsés en très gros plan contre la caméra, dont les petits mouvements brusques soulignent la brutalité des coups donnés.

Capra fait alors des merveilles, jouant sur le montage et la diversité des plans, lors de cette bagarre assez impressionnante, surtout lorsqu’il la filme en ombre chinoise, là encore fidèle au poème :

« A dance of Shadows on the wall,
A knife-thrust unawares
And Hans came down, as cattle drop,
Across the broken chairs. »

C’est beau, du Kipling. Et c’est beau, un grand cinéaste qui naît…

Huis clos – de Jacqueline Audry – 1954

Posté : 10 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, AUDRY Jacqueline, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Huis clos

« L’enfer, c’est les autres. » Dès le générique de début, l’objet du film est clairement défini : cette adaptation libre de la pièce de Sartre est une illustration de la plus célèbre de ses citations. Je n’ai ni lu, ni vu la pièce sur scène, mais le film qu’en tire Jacqueline Audry n’est pas franchement plus convaincant qu’enthousiasmant.

L’histoire, pour les incultes comme moi : après leur mort, plusieurs personnages se retrouvent en Enfer. Mais un Enfer sans feu, sans diablotin, et sans les supplices habituels : cet Enfer-là a les allures d’un grand hôtel, où les nouveaux-morts sont accueillis avec tous les égards avant d’être conduits dans la chambre où l’éternité les attend, et où ils doivent cohabiter avec deux autres décédés choisis au hasard.

On a donc un révolutionnaire mort dans un honneur douteux (Frank Villard, très bien), qui se retrouve enfermé avec une lesbienne vieillissante avide d’amour (Arletty, elle-même vieillissante et fatiguée) et une riche oisive à la beauté qui se fâne (Gaby Sylvia). Paradoxalement, c’est ce dernier personnage, pourtant le plus effacé et le plus passif, qui sert de lien à cette micro-communauté qui se forme. Ou plutôt de révélateur de toutes les différences, de toutes les mesquineries, de toutes les petitesses de ces êtres.

Ces trois-là n’ont rien en commun et, surprise, les tensions ne vont pas tarder à naître. Pire : les images qu’ils captent de leurs proches qui leur ont survécu révèlent que l’amour qu’ils pensaient susciter n’est qu’un leurre. Une manière pour la réalisatrice, qui a peut-être conscience de la limite de son adaptation, de prendre l’air par rapport à la pièce. Mais franchement, rien de révolutionnaire là-dedans, et on n’est jamais ni surpris, ni emballé par quoi que ce soit. Surtout que la mise en scène de Jacqueline Audry est, disons propre. Sans aspérité, purement fonctionnelle. Cruel, certes, mais lisse surtout.

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