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Archive pour la catégorie 'Chronologie'

La Grande Muraille (The Bitter tea of General Yen) – de Frank Capra – 1933

Posté : 5 juillet, 2018 @ 8:00 dans 1930-1939, CAPRA Frank, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

La Grande Muraille

Une jeune Amérique qui débarque dans une Chine ravagée par la guerre civile pour épouser un missionnaire, mais est enlevée par un seigneur de guerre aussi inquiétant que séduisant

Entre deux séries de chef d’œuvre dont l’Amérique est immanquablement le cadre, parfois fantasmé, Capra prend l’air avec cette belle virée asiatique, mais l’esprit US tel qu’il l’évoque film après film est bien là : ce regard pas si candide qu’il porte sur la grandeur d’âme de son pays, et le replis sur soi-même qui va souvent avec.

C’est cette dualité qui marque une nouvelle fois le film. D’un côté, l’incapacité de se comprendre au-delà des barrières culturelles. De l’autre, la bonté et la générosité incarnées par Barbara Stanwyck. Et entre deux, le regard de Capra, grand cinéaste encore trop mésestimé, aussi à l’aise et audacieux dans les grands mouvements de foules que dans les moments les plus intimes.

Le début du film est particulièrement impressionnant, avec ces scènes de foules et d’émeutes qui, en quelques plans, donnent vie à un pays en plein troubles. Capra n’édulcore en rien la violence de la situation. Des décennies avant l’irruption du gore dans le cinéma, lui filme l’horreur avec nettement plus de retenue, mais avec une force incroyable, notamment lors des tueries de masse qu’il filme, et qui n’épargnent pas même les enfants.

Inimaginable aussi, pour l’époque : Capra ose mettre en scène un baiser interracial, chose à peu près impensable dans cette Amérique puritaine où le code Hayes allait être mis en place. OK, la pudibonderie américaine est sauve, puisqu’il s’agit d’une vision de l’esprit, un fantasme de Barbara. Mais quand même…

Pour autant, The Bitter Tea est un peu en deçà dans la filmographie de Capra, qui flirte dangereusement avec la caricature. Le personnage de Yen surtout, n’est pas le plus convainquant qu’il ait filmé. Mais il le fait avec sincérité, et surtout avec une bienveillance teintée d’ironie qui fait des merveilles.

On est bien chez Capra : la bonté a des pouvoirs inimaginables. Mais elle est ici contrebalancée par une cruelle réalité. Yen est « sauvé » par l’amour ? Il réalise qu’il s’en retrouve coupé de tout ce qui fait le poids de son existence, se retrouvant seul dans un immense palais désert, dans une scène magnifique et désabusée.

Terminator 2, le jugement dernier (Terminator 2, Judgment Day) – de James Cameron – 1991

Posté : 4 juillet, 2018 @ 8:00 dans 1990-1999, CAMERON James, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Terminator 2

C’était quand même bien, James Cameron. Un champion du box office qui s’avère être un véritable auteur, vous en connaissez encore beaucoup, vous ? Ceux qui ont connu ce début des années 90 au cinéma se souviennent forcément de la sortie en salles de cette suite, un événement total dont on assurait qu’il allait profondément changé la face du cinéma d’action.

Eh bien oui, il l’a changée, et pas qu’un peu. Par ses thèmes apocalyptiques d’abord, déjà évoqués dans le premier Terminator, mais transfigurés ici pour devenir une réflexion audacieuse (et intelligente, oui) sur l’intelligence artificielle, la responsabilité de l’homme, la transmission, et même la figure paternelle avec cet incroyable père de substitution, apparemment sans émotion, mais qui se révèle sur pas mal de points plus humain que les humains.

C’est Schwarzenegger bien sûr, dans le rôle de sa vie, qu’il ne cesse de retrouver (la suite directe de T2, qui fait abstraction des autres suites, est d’ailleurs en tournage). Incroyable bête de cinéma, au sommet de son charisme. Une pure présence de cinéma d’action, mais d’où vient cette émotion lorsque Sarah Connor l’observe, entretenant avec son fils le genre de relation dont le gamin a toujours été privé…

Si le film a bouleversé le cinéma d’action, c’est aussi, évidemment, avec ses effets spéciaux, révolutionnaire à l’époque. Et s’ils restent aussi impressionnants presque 30 ans plus tard, alors que les effets numériques sont depuis longtemps devenus la norme à Hollywood, c’est à la fois parce qu’ils sont utilisés par un grand cinéaste, qui sait raconter une histoire avec une parfaite fluidité, et parce que le numérique se mêle habilement aux prises de vue réelle.

Beaucoup de cascades sont réalisées « en vrai », et pas sur fond vert. L’irruption du numérique dans le vrai monde : c’est non seulement le thème du film, mais c’est aussi le parti-pris de Cameron, pour ce monument indépassable de la culture populaire récente. Son grand-oeuvre, qui n’a rien perdu de sa force de frappe.

Hostiles (id.) – de Scott Cooper – 2017

Posté : 3 juillet, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, COOPER Scott, WESTERNS | Pas de commentaires »

Hostiles

La guerre sans pitié entre la Cavalerie américaine et les Indiens a laissé des traces. Dans un fort reculé, un officier considéré comme un tueur d’Indiens sans pitié est chargé de convoyer un vieux chef avec qui il a une longue histoire marquée par le sang, vers le lieu sacré où il doit mourir. Ça ne lui fait pas plaisir (à l’officier)…

La mâchoire crispée, le regard noir, la moustache (avec barbichette fournie)… Christian Bale fait peur quand il apparaît. Oh là, va-t-on assister à l’un de ces numéros faussement intenses qui peuplent les « films à Oscar » (tiens, pourquoi je pense à Di Caprio et à The Revenant, là maintenant… ?…). Mais non. Avec ce personnage taiseux hanté par la violence qu’il a trop côtoyée, Bale réussit l’une de ses meilleures incarnations. Impressionnant, parce que tout ou presque passe par son regard, qu’il faut du temps pour vraiment le sonder.

Est-il un odieux tueur d’Indiens ? Un soldat aux ordres déconnecté de sa responsabilité morale ? Ou simplement un homme qui fait son boulot, quitte à être détruit lui-même ? OK, la bonne réponse est assez facile à trouver, finalement. Mais la prestation de Christian Bale est à l’image du film : intense, mais aussi étonnamment modeste. La tentation d’en faire des tonnes dans le pathos doit être immense (re-tiens, pourquoi je re-pense à Di Caprio et à The Revenant ?). Mais non.

Le film est aussi remarquable par son rapport à la nature, elle aussi étonnamment modeste. Oui, elle est belle, cette nature, vaste et sauvage. Mais ce sont aussi des paysages plus apaisés que lyriques, filmés avec une simplicité qui n’a plus vraiment cours ces derniers temps. Ce qui compte, c’est moins la beauté spectaculaire de la terre que son rapport avec la violence et la mort.

Scott Cooper sait prendre son temps, mais il n’oublie pas non plus de parsemer le périple de ses personnages d’explosions de violence particulièrement marquantes. Chacune d’entre elle étant marquée par la violence et la mort qui, comme le répètent les personnages, ne fait aucune distinction et n’épargne personne. Et c’est tout le sujet du film : ce rapport entre la terre et la mort, ne serait-ce que pour le prétexte initial.

Et cela ne s’arrête pas là. Retrouvée par le soldat Christian Bale, la veuve Rosamund Pike lui fait promettre de revenir l’enterrer dans la même terre qui abritent son mari et ses enfants. Et lorsque Bale perd l’un de ses hommes, c’est moins sur sa sépulture que face à la nature environnante qu’il se recueille et se retrouve confronté à son propre passé, et à son propre avenir.

Sombre, sombre, sombre. Hostiles est aussi marqué par une sorte d’optimisme lucide mais bien réel. On ne peut que remercier Scott Cooper d’avoir réserver un peu d’espace à la vie et à l’espoir, dans cet univers violent et glauque qui laisse des traces.

Mosquito Coast (The Mosquito Coast) – de Peter Weir – 1986

Posté : 2 juillet, 2018 @ 3:03 dans 1980-1989, FORD Harrison, WEIR Peter | Pas de commentaires »

Mosquito Coast

Après l’excellent Witness, Peter Weir et Harrison Ford rempilent pour ce beau film d’aventures et d’obsession, qui fut l’un des seuls échecs publics de Ford durant cette décennie incroyable pour lui (deux Star Wars, trois Indiana Jones, un classique absolu de la SF, jetez donc un œil à sa filmo). Échec injuste, ne serait-ce que pour l’acteur, dont la prestation est l’une de ses plus intenses.

Américain moyen un peu lunaire, père de famille et inventeur du dimanche, révulsé par la société capitaliste et ses pièges dont il veut se défaire radicalement, il embarque sa femme, ses enfants et une machine de son invention qui fait de la glace sans électricité, direction la forêt vierge où il a acheté une « ville » perdue au cœur de la jungle. Et où il s’emploie à construire une machine à glace géante, qui domine cette micro-société comme une espèce de dieu omnipotent.

Cette aventure a tout du voyage obsessionnel, une sorte d’Apocalypse Now familial qui ne prend jamais le spectateur dans le sens du poil. La symbolique n’est pas légère : plus la famille s’enfonce profondément dans la jungle, plus le père s’enferme dans la folie et l’obsession. Mais Weir est un excellent réalisateur, qui sait tirer le meilleur parti de ses décors (naturels), et qui sait surtout filmer des personnages dans toute leur complexité.

Ford est extraordinaire, donc, mais le pivot du film, c’est son fils, joué par la comète River Phoenix (qui jouera Indy jeune dans La Dernière Croisade), tantôt acteur, tantôt spectateur impuissant au regard bouleversé et bouleversant. Jusque dans ses imperfections, avec ses quelques lenteurs et ses outrances, Mosquito Coast est un film fascinant et déchirant.

La Dame d’onze heures – de Jean Devaivre – 1948

Posté : 8 mai, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, DEVAIVRE Jean | Pas de commentaires »

La dame d'onze heures

Dès la séquence d’ouverture, on sent qu’il y a chez Jean Devaivre la même ambition formelle que pour La Ferme des sept péchés, cette envie de bousculer un peu les codes du cinéma. Une volonté que l’on retrouve dans les flash-backs : lorsque la temporalité de l’histoire est bousculée, le point de vue différent est assumé, et les personnages se mettent à parler face caméra. Ce qui pourrait n’être qu’un détail, mais cela donne une vraie originalité au film.

Il ne s’agit pas pour autant de deux films jumeaux. Avec ce film rythmé et plein de vie, Devaivre livre un pur plaisir de cinéma. Crime, mystère, suspense, action, humour… Un film généreux et gourmand, sorte de version live de Tintin, dont certains plans semblent directement tirés (la scène où Paul Meurisse se fait tirer dessus devant une façade parisienne, la nuit dans le parc de la propriété…).

Le film est mené à 100 à l’heure (comme un Tintin) et regorge de rebondissements dont on se moque bien qu’ils soient improbables. D’autant plus que la distribution est éclatante : Pierre Renoir, Palau, ou encore Jean Tissier, qui se plaint de la campagne avec cette réplique définitive : « Ici les animaux sont crus ! »

La Ferme des sept péchés – de Jean Devaivre – 1949

Posté : 7 mai, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, DEVAIVRE Jean | Pas de commentaires »

La Ferme des sept péchés

Un rapide court d’histoire d’abord : Paul-Louis Courier, personnage central de La Ferme des sept péchés, a bien existé. Il était bien un pamphlétaire qui vivait retiré dans une ferme appelée la Chavonnière, au milieu d’une forêt devenue son refuge. Il a bien été révolté par des arrestations arbitraires survenues en pleine nuit dans la petite ville de Luynes en 1816. Et il est bien mort assassiné en 1825, dans des circonstances pleines de zones d’ombre.

Voilà pour le décor. Pour évoquer le destin et le parcours de cet homme, Jean Devaivre rompt radicalement avec les films historiques traditionnels. Son portrait prend la forme d’une enquête policière, menée par un juge d’instruction (truculent Palau) et le procureur de l’empereur (Pierre Renoir, toujours formidable) après la mort de Courier.

Les uns après les autres, tous ceux qui le côtoyaient témoignent. Autant de flash-backs qui présentent une vision forcément subjective de l’homme. Était-il un fervent défenseur des libertés ? Était-il un maître tyrannique et avare ? Était-il un protecteur attentif ? Était-il un mari jaloux ? Dans le rôle principal, Jacques Dumesnil réussit à rester le même tout en glissant des variations parfois à peine perceptibles à son personnage, selon qui est le narrateur. Il est parfait.

Pourtant, malgré la qualité du casting, La Ferme des sept péchés est avant tout un film de metteur en scène, où le réalisme des situations ne prend jamais le pas sur la force évocatrice des images et du montage. Parfois radicaux, souvent audacieux, les choix de Devaivre bousculent constamment. Dès les premières images, successions de plans où les protagonistes livrent face caméra ce qu’ils pensaient de la victime. Et jusqu’à la dernière, où le simplet du groupe tente désespérément de retenir les écrits de Courier qui s’envolent, littéralement et symboliquement.

De Devaivre, je ne connaissais jusqu’à présent que la réputation et l’incarnation qu’en proposait Jacques Gamblin dans le Laissez-passer de Tavernier. Sa découverte est une vraie révélation, même si tout n’y est pas parfait : la vision naturaliste du jeune simplet est un peu… simplette, et longuette. Mais l’ambition et la qualité de la mise en scène, de l’écriture et du montage, sont franchement réjouissantes.

Prince des ténèbres (Prince of Darkness) – de John Carpenter – 1987

Posté : 6 mai, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Prince des ténèbres

Après une série de déceptions au box-office, John Carpenter était revenu au sommet avec ce film radical, l’un de ses meilleurs, peut-être le plus angoissant, le plus terrifiant et le plus viscéral de ses films.

Très différent de Halloween, film plus classique dans sa forme, Prince of Darkness en prolonge pourtant l’esprit d’une certaine manière, dans sa manière d’aborder le Mal comme une entité qui menacerait directement et physiquement les hommes. « Le croque-mitaine est à notre porte » peut-on d’ailleurs entendre, comme un clin d’œil au premier classique de Carpenter. Autre clin d’œil : les allées typiques des banlieues bourgeoises américaines, filmées par ces grands travellings qui sont la superbe signature de Carpenter.

Le contexte, cependant, est radicalement différent. Le scénario, signé par un certain Martin Quatermass (pseudo de Carpenter, grand fan de la série des Quatermass), joue habilement sur la frontière entre la science et la foi. Un thème qui permet au cinéaste de dire déjà ce qu’il pense de la religion (il ne s’en privera pas non plus dans Vampires), sans prendre de gants ; Donald Pleasance est un prêtre que l’on voit débarquer en limousine, snobant les SDF et remettant toute sa foi en cause en 10 secondes.

Ce réceptacle mystérieux sur lequel enquêtent étudiants et scientifiques dans une église isolée est surtout l’occasion d’un pur exercice de style, qui ne répond qu’à une ambition : comment utiliser le cinéma pour créer une pure atmosphère de terreur. C’est ainsi une véritable leçon de cinéma que livre Carpenter, enchaînant les moments de pure trouille.

Au-delà des quelques effets un peu faciles, c’est la capacité qu’il a d’instaurer en quelques instants une atmosphère totalement angoissante qui force le respect. Quelques notes de cette musique binaire entêtante et troublante (signée Carpenter itou), quelques gros plans sur des insectes ou le vent dans les arbres, un travelling bien placé… Et on se fout bien de l’histoire, qui n’est qu’un prétexte : Carpenter joue avec nos nerfs. Il en fait ce qu’il veut, et on en redemande.

Arabesque (id.) – de Stanley Donen – 1966

Posté : 5 mai, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 1960-1969, DONEN Stanley | Pas de commentaires »

Arabesque

Trois ans après Charade, Stanley Donen reprend une partie des mêmes ingrédients, pour un nouveau film d’espionnage décalé. Mais les temps ont changé. Cette fois, le modèle du genre n’est plus La Mort aux trousses, mais James Bond, dont le film offre une sorte de revisite amusée.

Ce n’est pas le seul changement entre les deux films. A l’élégance du précédent, Donen préfère ici une leçon de cinéma à peine déguisée, où toutes les interprétations que l’on peut faire prennent réellement corps à l’image.

Il est question de faux-semblants et de points de vue ? Donen multiplie les effets de miroir et de cadre dans le cadre, pour contraindre le regard du spectateur ou carrément le fausser, en l’inversant par l’intermédiaire d’un miroir, ou d’un reflet dans une flaque. Une approche tellement systématique qu’elle mériterait une étude détaillée…

C’est brillantissime, léger et mené à un rythme fou. Comme Charade. Mais cette fois, on sent que Donen n’est pas non plus totalement sérieux. La mise en scène, comme le scénario, a quelque chose de trop maîtrisée pour être totalement sincère.

Finalement, il n’est question ici que du plaisir du cinéma, de se laisser entraîner dans des rebondissements hautement improbables. Gregory Peck est parfait dans cet emploi de monsieur presque banal embarqué dans une histoire trop exceptionnelle pour lui. Le plaisir qu’il prend se comprend : le voyage le conduit dans les bras de Sophia Loren, plus belle que jamais. Mais ce plaisir presque naïf face au danger et à son absence de maîtrise ressemble à s’y méprendre à celui du spectateur.

Une scène exceptionnelle, brillante et hilarante : celle où Peck, drogué, prend la fuite à vélo sur une route très fréquentée. Le clin d’œil à La Mort aux trousses (tout de même) est évident. Mais surtout, Donen réussit ce que peu d’autres cinéastes ont réussi aussi bien : donner corps à l’ivresse, rendre parfaitement perceptible l’état dans lequel se trouve le personnage. C’est impressionnant, et c’est aussi très drôle.

Papy fait de la résistance – de Jean-Marie Poiré – 1983

Posté : 4 mai, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, POIRE Jean-Marie | Pas de commentaires »

Papy fait de la résistance

Il y a des comédies comme ça qui ne valent objectivement que pour les dialogues et les acteurs, et qui tiennent remarquablement le coup. C’est le cas des Tontons flingueurs, c’est le cas aussi de quelques films de Jean-Marie Poiré, réalisateur franchement calamiteux, mais qui a eu la chance de travailler avec la troupe du Splendid, et surtout avec Clavier (pas toujours pour le meilleur, c’est vrai).

Et Christian Clavier, pour le coup, est à peu près ce qu’il y a de mieux dans Papy…. Sans aucune surprise, son personnage recycle le prétentieux ridicule qui a fait sa gloire. Mais il faut le reconnaître : il est assez grandiose en prétentieux ridicule. Et qu’est-ce que vous voulez, le voir, après avoir voulu jouer les héros, s’enfuir de la Kommandantur en hurlant « Barrez-vous, on est foutu ! », ben ça continue à me faire rire bien franchement.

Gérard Jugnot, aussi, excelle dans la caricature du salaud collabo : « N’ayez pas peur, c’est Français : c’est la police française ! » Il y a Jacqueline Maillan aussi, d’une dignité irrésistible. Et Michel Galabru, en papy hélas franchement sous-exploité.

En revanche, difficile de sauver Martin Lamotte (co-scénariste avec Clavier) et son personnage de Super-Résistant dont on se demande encore ce qui est le plus grotesque : son déguisement, ou sa couverture de coiffeur très efféminé. De quoi faire passer La Cage aux folles pour une évocation raffinée de l’homosexualité…

La principale erreur finalement, c’est peut-être d’avoir voulu s’appuyer sur une histoire plus développée que Le Père Noël est une ordure, qui reposait presque exclusivement sur les acteurs et leurs dialogues. Ici, avec un réalisateur incapable de mettre du rythme, des acteurs inégalement servis, et pas tant de comique pur que cela, on finit par s’ennuyer gentiment. En tout cas dès que Clavier et Jugnot ne sont pas à l’écran.

Le Marchand des quatre saisons (Händler der vier Jahreszeiten) – de Rainer Werner Fassbinder – 1971

Posté : 3 mai, 2018 @ 8:00 dans 1970-1979, FASSBINDER Rainer Werner | Pas de commentaires »

Le Marchand des quatre saisons

Dans la filmographie de Fassbinder, il y a un avant et un après Douglas Sirk : le réalisateur allemand n’a pas caché que sa découverte du cinéma sirkien l’avait profondément inspiré. Cette filiation se ressent dans ce Marchand des quatre saisons aux couleurs nettement plus vives que l’image habituelle de Fassbinder.

C’est un vrai mélo qu’il signe là, un film sur le désir, et surtout sur les illusions perdues. Son personnage, vendeur à la criée, traverse cette Allemagne des années 50 avec le poids de ce qu’il a été, de ce qu’il aurait pu être, du mépris qu’il inspire à sa propre famille, et des désirs qu’il ne sait pas saisir. De quoi est-il vraiment victime, cet homme perdu dans ses souvenirs ? D’un pays où le matérialisme est la norme, d’une famille qui n’a que dédain pour ce fils qui n’a pas fait fortune, d’erreurs qui continuent à peser sur son destin.

Quelques brefs flash-back mis à part, on ne voit pas grand-chose de ce passé pourtant omniprésent, que l’on sent peser sur le couple au cœur de l’histoire. Ce passé intervient d’une manière particulièrement frappante lors du repas de famille, où les souvenirs claquent littéralement (une belle utilisation du son, tout au long du film), dans une séquence d’une hallucinante violence psychologique.

Le film est cruel, violent, tendre aussi parfois. Mais il est toujours baigné par cette lourde nostalgie et ce sentiment d’échec. Cru et sensuel, mais noir, noir.

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