Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie 'Chronologie'

Entre deux rives (Geu-mul) – de Kim Ki-duk – 2016

Posté : 11 janvier, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, KIM Ki-duk | Pas de commentaires »

Entre deux rives

D’un tel sujet, on pouvait attendre une charge violente contre la Corée du Nord. Mais avec son histoire d’un pauvre pêcheur ballotté entre les deux Corée pour une conne panne de moteur, le cinéaste (sud-coréen) choisit un sujet nettement plus passionnant : l’incompréhension totale de deux peuples qui s’opposent sur des idéologies sans vraiment se connaître, et en partageant plus qu’ils ne croient.

Il y a bien quelques petites lueurs dans Entre deux rives. Ou plutôt UNE petite lueur : un agent sud-coréen qui garde un souvenir ému de son grand-père qui était né au Nord, et qui préfère voir l’être humain plutôt que le symbole. Mais à part ça, on ne trouve guère de signaux positifs dans ce film, beau et poignant, qui a l’énergie du désespoir, et la rage d’un gâchis.

C’est donc l’histoire d’un pêcheur du Nord qui vit près de la frontière avec le Sud avec sa femme et sa fille, et dont le bateau dérive un jour au-delà de la frontière. Arrêté par les services secrets du Sud, il est interrogé, violenté par un agent qui ne voit en lui que l’espion potentiel qu’il pourrait devenir, puis manipulé par ses supérieurs qui veulent le sauver malgré lui de la terrible dictature, lui proposant même de lui trouver une nouvelle femme. Un homme qui lutte avec toute sa force pour rentrer chez lui, tout en sachant que le même traitement l’y attend…

Cet homme, Kim Ki-duk en fait le symbole d’une réconciliation impossible, ballotté d’une frontière à l’autre comme un pantin privé de son humanité. Le symbole est certes un peu pesant parfois, avec des effets de miroir très appuyés pour souligner le parallèle entre les deux pays. Mais Kim Ki-duk réussit à associer suspense et drame avec efficacité et sans fioriture, en particulier lors de la superbe séquence d’errance nocturne dans les rues de Séoul.

Et puis on ne peut que le saluer d’avoir à ce point éviter tout manichéisme. Car si sa vision du Nord est assez glaçante, le Sud ne trouve pas d’avantage grâce à ses yeux. Où les agents lâchent-ils notre pêcheur pour lui montrer les beautés du « monde libre » et le convaincre de rester ? Au cœur d’un quartier très commerçant de Séouil. La privation de liberté contre le gaspillage capitaliste… Pas de juste milieu dans cette Corée coupée en deux.

Au milieu, un homme, terriblement humain, le principal atout du film finalement. Son interprète, Ryoo Seung-Bum, est absolument formidable en anti-héros kafkaien, bouleversant.

Plus dure sera la chute (The harder they fall) – de Mark Robson – 1956

Posté : 10 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, BOGART Humphrey, ROBSON MARK | Pas de commentaires »

Plus dure sera la chute

Bogart tire sa révérence avec un rôle magnifique, qui met joyeusement à mal son image de dur à principes. Encore que « joyeusement » n’est sans doute pas le terme le mieux choisi. Dans ce beau film signé Mark Robson, il est en quelque sorte le double négatif du héros de Bas les masques : un journaliste sur le retour qui accepte, par appât du gain, de « passer de l’autre côté ».

Pour un journaliste, passer de l’autre côté signifie en gros abandonner ses idéaux d’indépendance et d’objectivité pour vendre sa plume à un produit, à un politique… en l’occurrence à un boxeur, que son manager a « importé » d’Amérique du Sud pour en faire une star du ring, à grands coups de combats truqués. Et il ne fait pas les choses à moitié, Bogie. Non seulement il passe effectivement de l’autre côté, mais il s’y vautre, piétinant les uns après les autres toutes ces choses auxquelles il a dû croire, dans d’autres temps.

Mais il le fait avec une certaine honnêteté intellectuelle, assumant constamment le côté abject de ses actes, qui font de lui le complice pas si passif du machiavélique manager, que joue Rod Steiger avec gourmandise. Entre Steiger et Bogart, rien de commun, ni dans la personnalité, ni dans le jeu d’acteur. Et cette opposition de style colle parfaitement à l’histoire, qui fait cohabiter deux hommes d’univers radicalement différents : le sournois sans scrupule (Steiger), et le cynique rongé par les siens (de scrupules : Bogie).

Le plus beau dans ce film, ce ne sont finalement pas les scènes de boxe, qui appuient un peu lourdement sur le côté toquard de la « vedette » naissante : seuls les derniers combats ont une vraie dimension dramatique, l’un pathétique montrant la triste fin d’un champion, l’autre déchirant montrant l’ultime regain de fierté d’un enfant au rêve brisé.

Attribué à Philip Yordan, d’après un roman de Budd Schulberg, le scénario n’épargne rien au monde de la boxe, peuplé de managers véreux et inhumains, et de spectateurs assoiffés de sang. Sur ce thème, Robson avait déjà signé Le Champion. Il va nettement plus loin ici, signant un film fort aux allures de film noir, où la violence et le danger sont omniprésents. De beaux adieux, pour le grand Bogie.

La Malédiction des hommes-chats (The Curse of the Cat People) – de Robert Wise et Gunther von Fritsch – 1944

Posté : 9 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, FANTASTIQUE/SF, VON FRITSCH Gunther, WISE Robert | Pas de commentaires »

La Malediction des hommes-chats

La Féline avait été un film très rentable pour la RKO. En bon producteur, Val Lewton a donc l’idée d’en proposer une suite. Et qu’importe si le personnage de Simone Simon est mort à la fin du film, on va bien trouver un moyen de la faire revenir… Et puis il y a quelques autres personnages qui, eux, sont toujours bien vivants.

Cette Malédiction… a tout de la vraie mauvaise idée, mais le résultat est assez étonnant. D’abord, la peur n’est ici qu’un faux-semblant. Seules quelques plans ébauchent un début de suspense rapidement désamorcé : sans doute fallait-il une poignée d’images qui puissent permettre de boucler une bande annonce promettant de grands moments de trouille.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a tromperie sur la marchandise. The Curse… n’est pas un film sur la peur, si ce n’est la peur d’être seul. C’est un film sur l’enfance qui se cherche, sur la relation entre une enfant trop seule et son amie invisible. Et devinez qui est cette amie invisible !! Eh oui, Simone Simon, alias Irena, revenue des morts grâce à une bague magique, et surtout grâce à l’imagination de la fillette.

Deuxième tromperie sur la marchandise : annoncée en tête d’affiche, Simone Simon n’apparaît qu’à la mi-film, pour disparaître un petit quart d’heure plus tard. Entre-temps, on aura eu droit à une ébauche de maison-fantôme, à l’ébauche d’une femme vengeresse (incarnée par Elizabeth Russell, la fascinante « femme panthère » dans La Féline), à l’ébauche d’une fuite pleine de danger à travers les bois.

Il y a quelques pistes plutôt excitantes qui auraient pu faire de ce film une belle oeuvre sur l’enfance dans la lignée de La Nuit du Chasseur ou de Moonfleet : cette vision un peu triste d’une enfant qui se raccroche aux contes que son père lui racontait, la présence en filigrane de l’inquiétante légende de Sleepy Hollow… Mais outre les rapports père-fille très discutables d’un point de vue éducationnel, le film a le grand tort d’être la suite de La Féline, avec lequel il n’a décidément pas grand-chose en commun.

Reservoir Dogs (id.) – de Quentin Tarantino – 1992

Posté : 8 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Films de gangsters, 1990-1999, TARANTINO Quentin | Pas de commentaires »

Reservoir Dogs

Pour ceux qui trouvent que Tarantino rabâche quelque peu depuis trois ou quatre films, quoi de mieux qu’un petit retour aux sources… Et au-delà de la claque que Reservoir Dogs continue à être, 25 ans après sa sortie, revoir ce film permet de bien comprendre pourquoi cette impression de redite plombe quelques-uns de ses derniers longs: dans ce premier film, tout ce qui fait la richesse et l’originalité du cinéma de Tarantino est déjà là. Mieux : tout est à son sommet, pas sûr que pour aucun des éléments qui constituent son univers il ait fait mieux ou aussi bien depuis.

Le montage d’abord, tellement vanté pour Pulp Fiction. Certes, le découpage avec ses allures aléatoires prend le spectateur à rebrousse poil. Mais celui de Reservoir Dogs, plus conventionnel sur le papier (on garde la continuité dans le « présent », et on y insère toute une série de flash-backs qui éclairent la situation), est au moins aussi virtuose, avec une fluidité absolue, et avec un sens déjà exceptionnel du récit. Chacun de ces flash-backs fait plus que relancer l’intrigue : il modifie la perception que l’on a des personnages.

Ces personnages, justement, qui représentent déjà tout ce qui fera le cinéma de Tarantino pour le quart de siècle à venir. Des braqueurs, violents et verbeux, qui peuvent s’entre-tuer sans ciller après avoir disserté durant de longues minutes sur la signification des paroles de « Like a virgin », la chanson de Madonna. C’est avec cette discussion que les premiers spectateurs sont entrés dans l’univers de Tarantino, avec la quasi-totalité de son casting réuni autour d’une table échangeant des dialogues qui, à eux seuls, dynamitent le traditionnel film de gangster.

Il y a la violence aussi, crue, brutale, sadique et omniprésente. Tarantino filme ses personnages comme s’il les aimait, rendant certains d’entre eux plutôt sympathiques avec leurs valeurs à l’ancienne, leurs failles et leurs forces. Mais ces personnages sont des monstres, qui se réjouissent de n’avoir que des flics, et « pas des vrais gens ». Une réplique glaçante lancée comme un simple commentaire sur la météo. Et les actes suivent les paroles, comme le prouve la séquence la plus traumatisante d’un film pour le moins inconfortable : la torture du policier par le sadique Michael Madsen.

L’histoire, elle, se résume à quelques lignes : un braquage qui foire (dont on ne verra aucune image), les survivants qui se retrouvent dans un entrepôt désaffecté, et les soupçons autour d’un probable mouchard. Rien de plus, si ce n’est la caméra virtuose et décomplexée de Tarantino, et des acteurs au top : Harvey Keitel, Tim Roth, Steve Buscemi, Lawrence Tierney, Chris Penn, Michael Madsen… Des gueules, des voix, des carrures. Une claque j’vous dis.

Les Enchaînés (Notorious) – d’Alfred Hitchcock – 1946

Posté : 7 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Les Enchaînés

Quasiment dès ses premiers pas derrière la caméra, Hitchcock a été un réalisateur d’exception, donnant au cinéma anglais une dimension qu’il n’avait pas, et signant de grands films dès son arrivée à Hollywood. Mais c’est peut-être avec Notorious qu’il signe son premier authentique immense chef d’œuvre, l’un des sommets du cinéma hitchcockien. Son film peut-être qui illustre le mieux l’une des clés de son cinéma: le « mcguffin ».

Le mcguffin, ce truc dont on ne sait pas exactement ce que c’est, dont on se fout totalement en fait, mais qui permet au suspense d’avancer, c’est en l’occurrence une étrange poudre noire, sans doute de l’uranium. Mais ce pourrait être la recette du Coca ou l’adresse du Père Noël, qu’importe… L’intérêt, c’est que cette poudre nous vaut une extraordinaire scène de suspense, dans la cave, et qu’elle justifie le comportement trouble du « héros », permettant à Hitch d’explorer une nouvelle fois, et de manière plus frontale que dans Soupçons, le côté sombre de Cary Grant.

Cary Grant, formidable en maître-espion froid et manipulateur, qui remise ses sentiments personnels très profondément et laisse celle qu’il aime se corrompre (Ingrid Bergman, superbe et très émouvante, qui trouve l’un de ses plus beaux rôles, parfait mélange de force et de fragilité). Malin, Hitchcock utilise l’habituelle distance de Grant, qui résonne ici avec une justesse et une cruauté sans équivalent.

Et puis tout sonne juste dans ce beau film d’amour et d’espionnage sur fond de fuite des Nazis en Amérique du Sud. Notorious, dont John Woo signera un quasi-remake avec son MI 2, est aussi célèbre pour la très longue scène du baiser, qu’Hitchcock entrecoupe de quelques lignes de dialogues pour passer les barrages de la censure, comme il le fera si souvent par la suite. D’une fluidité exemplaire, le film enchaîne les moments inoubliables, jusqu’à la séquence finale, qui se termine avec une lente marche vers ce qui ressemble fort désormais à un échafaud : les escaliers de la maison. Éblouissant.

Dressé pour tuer (White Dog) – de Samuel Fuller – 1982

Posté : 6 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, FULLER Samuel | Pas de commentaires »

Dressé pour tuer

La violence, sous toutes ses formes, est au cœur du cinéma de Samuel Fuller. Il n’empêche : on n’attendait pas du réalisateur de La Maison de Bambou ou Shock Corridor un film consacré à un chien tueur…

Le sujet étonne, les premières images déroutent carrément: visuellement, le film a quand même une esthétique discutable, avec un côté kitsch franchement inhabituel pour le cinéaste, et quelques effets très datés années 80.

Pourtant, Fuller finit par emporter le morceau. Ponctuellement, avec quelques superbes plans séquences: l’arrivée du metteur en scène sur le tournage, ou un saisissant travelling qui se termine en gros plan sur le visage de la jeune femme. Mais c’est surtout la manière dont il fait monter la tension qui rend le film mémorable.

Ça commence de la manière la plus banale qui soit, avec la rencontre d’une jeune femme et d’un chien perdu, qu’elle décide de garder et qui lui sauve la vie. Il y a entre ces deux-là une relation quasi-fusionnelle qui se met en place. On sent bien que ce brave chien est prêt à tout pour défendre sa maîtresse.

Mais ce digne héritier de Lassie n’est pas si net. D’abord, il est trop blanc. Et puis il n’a pas l’air de trop aimer les noirs… En fait, il a même l’air d’avoir envie de les bouffer. Littéralement. Et là est le sujet du film, et sa force : avec cette drôle d’histoire d’amitié, Fuller aborde le racisme de la manière la plus inattendue qui soit, avec un “chien blanc”, dressé par ses premiers maîtres pour attaquer toute personne de couleur qui passe à sa portée.

Cela donne quelques séquences de pure angoisse : l’attaque d’un éboueur en pleine nuit, et surtout la traversée d’un quartier noir avec l’apparition d’un gamin sur le trottoir, à quelques mètres du chien. Un moment de pure terreur…

Une grande partie du film repose aussi sur le “désapprentissage” du chien, dans un centre spécialisé. Si Paul Winfield, dans le rôle du dresseur (noir, donc) obnubilé par son obsession de désapprendre le racisme, est très intense, sa prestation est souvent éclipsée par celle de Burl Ives qui, même s’il reste souvent en retrait, et même lorsqu’il figure en arrière-plan tout flou, a le don pour capter la caméra et dévorer l’écran.

Finalement, Fuller trouve le bon ton pour rester réaliste, tout en suggérant une sorte d’intelligence hors norme (la scène de « l’évasion »), flirtant avec le fantastique sans jamais y céder. Peut-être pas le plus réussi de ses films, mais sans doute le plus étonnant.

L’Homme que j’ai tué (Broken Lullaby) – de Ernst Lubitsch – 1932

Posté : 6 décembre, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, LUBITSCH Ernst | Pas de commentaires »

L'Homme que j'ai tué

Film méconnu de Lubitsch, et film magnifique que cette adaptation de la pièce pacifiste de Maurice Rostand (dont François Ozon s’inspirera pour Frantz), que le cinéaste s’approprie totalement pour en faire une œuvre très personnelle. L’histoire commence le 11 novembre 1919, un an après la fin de la première guerre mondiale. Le film, lui, est tourné un an avant l’accession de Hitler au pouvoir. L’écho entre ces deux époques est évident : Lubitsch, juif allemand exilé aux Etats-Unis, porte un regard désabusé sur cette tradition de la haine qui survit à 9 millions de morts, et qui en annonce d’autres.

Contrairement à To be or not to be, Lubitsch n’aborde pas ce sujet brûlant sous l’angle de la comédie, même si la manière dont il filme les habitants de cette petite ville allemande a ce petit quelque chose, cette vivacité presque burlesque, qui rappelle les meilleures comédies du cinéaste. Mais la séquence d’ouverture, rapide et virtuose, donne un tout autre ton, notamment ce plan formidable montrant le glorieux défilé militaire du point de vue d’un vétéran amputé d’une jambe. Il y a d’emblée une succession de plans d’une incroyable puissance qui se répondent pour dire mieux que de longs dialogues l’état de la France victorieuse.

Et c’est ainsi qu’on découvre le « héros » : dans une église qui s’est vidée pour ne laisser qu’une forme discrète entre deux bancs. La caméra se rapproche, pour filmer en gros plans deux mains jointes en prière, celles d’un jeune homme hanté par le regard du soldat allemand qu’il a tué, et dont il décide d’aller voir les parents en Allemagne pour implorer leur pardon…

Comme souvent chez Lubitsch, les gros plans sont particulièrement importants dans ce film. C’est également par ses mains dignes et fatiguées que l’on découvre la mère du jeune Allemand tué. A l’inverse, c’est l’indécence du coquet qui remonte ses jambes de pantalon qui dit tout le ridicule et la mesquinerie de ce notable qui veut épouser Elsa, la jolie fiancée de l’Allemand mort dans les tranchées. Elsa, elle, tombera comme ses « beaux parents » sous le charme du Français, Paul, désormais incapable d’avouer son crime.

Déchirant et engagé, Broken Lullaby n’est jamais pesant ou sinistre. Et c’est bien un film plein de vie, qui parle de la mort, que signe Lubitsch. Un film plein d’idées géniales qui pourraient venir d’une comédie, comme cette marche romantique des amoureux à travers la ville, au son des « ding » des portes de magasins qui s’ouvrent les unes après les autres à leur passage, ou encore cet unijambiste qui se lève pour serrer la main du vieil homme qui en termine avec la haine dans un discours d’une justesse et d’une force rares : c’est le grand Lionel Barrymore, dans le rôle du père en deuil qui renoue avec la vie.

Ce retour à la vie se fait aussi en musique, dans une dernière scène totalement apaisée où la caméra de Lubitsch, désormais, se pose et reste fixée sur les vieux époux enfin réconciliés avec la vie. Un long plan dont la sérénité répond au fracas et à la virtuosité de la séquence d’ouverture. Il y a certes du cynisme derrière cette paix retrouvée, qui ne repose que sur un mensonge, mais il y a aussi le choix de l’espoir. Et c’est absolument magnifique.

The Oath / Le Serment d’Hippocrate (Eidurinn) – de Baltasar Kormakur – 2016

Posté : 5 décembre, 2017 @ 8:00 dans * Polars européens, 2010-2019, KORMAKUR Baltasar | Pas de commentaires »

The Oath

Vaut-il mieux être un réalisateur lambda à Hollywood ou une icône dans son (petit) pays ? Baltasar Kormakur n’a jamais vraiment eu à choisir. Depuis que l’acteur-réalisateur, multi-récompensé en Europe, a fait ses premiers pas en Amérique, il mène une carrière internationale assez impressionnante. Et après deux grosses productions (2 Guns et Everest), c’est en Islande et avec un budget nettement plus restreint qu’il signe l’un de ses meilleurs films.

Avec The Oath (« le serment »), thriller noir captivant et troublant, Kormakur signe un film forcément personnel : réalisateur, producteur, scénariste, il en est aussi l’acteur vedette, présent quasiment dans chaque plan. En chirurgien qui décide de prendre les choses en main pour sauver sa fille, sous la coupe d’un dealer, la police étant impuissante, il est un peu le double négatif d’un Charles Bronson des mauvais jours.

Car si le scénario empreinte dans un premier temps le chemin du vigilante, c’est pour mieux s’en détourner, et souligner la terrible impasse de la violence. Kormakur, acteur, est absolument formidable dans ce rôle tout en intériorité. Pas besoin de grande expansion pour que soit perceptible la panique du père, et le profond malaise de ce chirurgien qui s’enferme dans une spirale de violence qui va le pousser à jouer avec une vie humaine.

Aucun héroïsme, aucune gloire derrière le sacrifice de ce père acculé, qui s’enfonce plus ou moins consciemment vers le point de non-retour. Pas d’espoir ni de solution miracle non plus : dans ces paysages somptueux et mornes à la fois, la violence et le mal-être semblent omniprésents. Kormakur filme ces paysages avec une sorte de langueur superbe, porté par une très belle musique, qui donne à son film un rythme fascinant.

D’une efficacité redoutable et d’une grande justesse, The Oath est un thriller intime et inconfortable, assez magnifique.

Le Procès Paradine (The Paradine Case) – d’Alfred Hitchcock – 1947

Posté : 4 décembre, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Le Procès Paradine

Les procès ont souvent été importants dans les films d’Hitchcock, mais avec presque toujours une manière originale de simplement les évoquer, ou de n’en retenir que quelques fragments. Il n’était donc que justice qu’il consacre un film entier à l’appareil judiciaire. Et de fait, le titre n’est pas trompeur : le procès est bel et bien central dans ce beau film noir, paradoxalement quasiment dépourvu de suspense. En tant que genre, le « film de procès » est pourtant un grand pourvoyeur de frissons. Hitch, forcément, prend le contre-pied.

Il y a pourtant une vraie interrogation au cœur de ce procès : Mrs Paradine a-t-elle tué son mari ? Mais jamais le film ne devient un vrai thriller. Le vrai moteur d’Hitchcock ici, c’est le trouble amoureux que ressent Gregory Peck, amoureux (bien) marié, mais mystérieusement attiré par sa cliente au comportement si trouble. Un sujet très hitchcockien d’ailleurs : le personnage évoque la Joan Fontaine de Soupçons, ou encore le James Stewart de Sueurs froides.

Gregory Peck est très bien dans ce rôle de grand avocat dont la stature tremble. Mais malgré sa prestation impeccable, malgré la présence de l’ogre Charles Laughton (qui nous offre un extraordinaire numéro de vieux dégueulasse, précurseur d’Harvey Weinstein, dans une scène hallucinante de harcèlement « mine de rien »), ce sont les femmes qui captent l’écran dans ce film : c’est à elles que Hitchcock réservent les plus beaux gros plans, et ils sont nombreux ces gros plans, qui semblent aller chercher le trouble caché de ces femmes laissées dans l’ombre dans cet univers très masculin de la justice.

Dans le rôle de la femme méprisée de Laugton, Ethel Barrymore est magnifique et déchirante, à la fois soumise et terrorisée, mais aussi étrangement aimante. Dans le rôle de l’épouse si douce de Gregory Peck, Ann Todd est elle aussi parfaite : condamnée à rester derrière, elle est pourtant le personnage le plus fort, le plus digne de ce microcosme pas si idyllique.

Mais c’est Alida Valli qui a droit aux scènes les plus fortes : les images très fortes de son arrivée en prison, qui contrastent avec l’opulence de son ancienne vie (et de son avocat), et de nombreux gros plans que Hitch lui réserve. Excellent film noir, Le Procès Paradine reste d’ailleurs dans les esprits en grande partie pour ces gros plans, et particulièrement celui, fameux, du prétoire, lorsque la caméra, qui cadre le visage d’Alida Valli, capte l’entrée de Louis Jourdan derrière elle, et sa marche vers la barre des témoins. Un plan incroyable qui mériterait à lui seul de voir le film.

La Momie (The Mummy) – d’Alex Kurtzman – 2017

Posté : 3 décembre, 2017 @ 8:00 dans 2010-2019, CRUISE Tom, FANTASTIQUE/SF, KURTZMAN Alex | Pas de commentaires »

La Momie

« Bon, les gars, faut trouver quelque chose. Vous êtes sûrs qu’on n’a pas un ou deux super-héros qui traînent dans les cartons ?
- Ben non patron. DC et Marvel se partagent à peu près tout ce qu’il y a sur le marché.
- Des jouets alors ? Des voitures-robots ? Des figurines à la con ? N’importe quoi…
- Rien de tout ça, patron. On a bien nos vieux monstres, mais ils n’ont pas servis depuis longtemps. Je sais même pas si les gens s’en souviennent. Vous savez ? L’homme invisible, le loup-garou, la créature de Frankenstein, Dracula. C’est un peu poussiéreux, mais bon…
- Eh ! Voilà l’idée de génie. On sort tout ça des cartons, on ripoline, on rajoute des cascades, le monde à sauver, et on lance toute une série de films qui seraient reliés les uns aux autres. Allez, on en annonce cinq, six… dix !
- Mais si ça marche pas ?
- Oh ta gueule. On passe pour quoi, nous, si on n’a pas notre univers étendu ? Tu veux quand même pas qu »on trouve une idée neuve à chaque nouvelle production ? Ce qu’il faut, c’est un lien entre tout ça. Tiens, on va mettre le Docteur Jekyll à la tête d’une organisation secrète qui œuvrerait dans l’ombre contre les forces du Mal, de nos jours, à Londres.
- Pourquoi Jekyll ?
- Tu préfères le fantôme de l’opéra ?
- Ben non.
- Bon, ben Jekyll alors.
- Et si on commençait par remettre la Momie au goût du jour ?
- Pourquoi la Momie ?
- Ben, un vieux monstre enterré depuis longtemps qui ressort au grand jour, vous voyez la symbolique pour notre Dark Uninerse…
- Le Dark Universe ! Pas mal comme appellation : c’est sombre, c’est Universal, c’est parfait. A propos, on fait quoi : horreur, action, humour ?… Oh, et puis oubliez la question, on va mélanger tout ça, toute façon tout sera recouvert par les effets spéciaux, on verra pas bien les détails.
- Dites, ça n’a rien à voir, mais Tom Cruise est disponible.
- De mieux en mieux, ce serait une super affiche pour un lancement. Bien, vous me grattez un scénar pour mélanger tout ça, et vous me glissez une séquence dans un avion en chute libre : Tom rêve de tourner en gravité zéro. Si on lui livre ça clé en main, il ne dira pas non. »

Et voilà comment la navrante folie hollywoodienne actuelle accouche d’un film qui ne ressemble à rien. Pas ennuyeux, et même assez plaisant par moments, mais d’une manière générale franchement navrant. Un film qui utilise l’islamisme radical comme un objet de dérision très léger, qui hésite constamment sur le ton à adopter, et qui tourne au grand-guignol.

Un film, surtout, conçu comme le lancement d’une série qui ne verra peut-être jamais le jour, vu l’accueil public plus que mitigé. C’est d’ailleurs tout le malheur qu’on souhaite à Tom Cruise, à qui on ne pardonnerait pas de rempiler, et à Russel Crowe qui, dans le rôle court mais central de Jekyll et Hyde, a signé pour l’ensemble du Dark Universe. Si c’est pas triste une carrière sur le déclin…

12345...175
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr