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Archive pour la catégorie '1990-1999'

Basic Instinct (id.) – de Paul Verhoeven – 1992

Posté : 3 novembre, 2015 @ 3:08 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, VERHOEVEN Paul | Pas de commentaires »

Basic Instinct

Le pic à glace, la beauté impériale de Sharon Stone, ses jambes qui se décroisent, Michael Douglas qui n’y tient plus en jean trop moulant, l’apparition intrigante de Dorothy Malone, les rues chargées de références de San Francisco…

A revoir Basic Instinct plus de vingt ans après sa sortie, on est frappé de réaliser à quel point les images marquantes de ce film ont été nombreuses. Et parmi elles, bizarrement, pas vraiment les scènes de sexe, certes nombreuses et assez osées pour l’époque, mais qui semblent presque sages aujourd’hui.

Il faut dire que le film a ouvert tellement de portes (et en tellement grand) que ces scènes de sexe n’ont plus la même puissance et ne procurent plus le même trouble en soi. Mais ce qui reste particulièrement troublant, et d’une manière rarement égalée, c’est l’atmosphère du film, et la manière dont Paul Verhoeven a réussi à mettre en image le trouble de ses personnages.

Le film est clairement une variation sur le thème de Sueurs froides. Une séquence de filature dans les rues de San Francisco (un décor pas choisi par hasard) évoque d’ailleurs ouvertement le film d’Hitchcock. Le vrai thème du film, c’est l’obsession mortifère de Michael Douglas, qui ressemble à s’y méprendre à celle de James Stewart dans le film d’Hitchcock. Avec une différence, quand même : le sexe justement, nettement plus explicite.

Mais on le regretterait presque. Pas que l’idée de voir Sharon Stone ou Jeanne Triplehorn nues soit particulièrement insupportable, remarquez ! Mais ces scènes qui ont fait le succès du film viennent souvent désamorcer la tension sexuelle incroyable qui habite les personnages. Pire, elles sont parfois un peu maladroites, voire franchement lourdingues, comme ce faux suspense tout pourri avec le pic à glace, que Verhoeven nous sort tout au long du film.

Reste que Basic Instinct est un thriller remarquablement construit et d’une efficacité redoutable, l’un des meilleurs de ces années-là.

Un coeur en hiver – de Claude Sautet – 1992

Posté : 21 août, 2015 @ 4:35 dans 1990-1999, SAUTET Claude | Pas de commentaires »

Un cœur en hiver

C’est l’un des plus beaux films de Sautet. L’un des plus opaques, aussi, parce qu’entièrement basé sur un personnage fermé aux autres et à la vie. Daniel Auteuil, dans l’un des rôles de sa vie, fascinant en homme qui s’évertue systématiquement à rester « en dehors ».

Promis à une grande carrière de violoniste, il préfère rester dans l’ombre des musiciens dont il répare les instruments. Génial dans son métier, il s’efface derrière son patron (André Dussolier) qui le protège dans la lumière. Un éternel spectateur incapable d’entrer pleinement dans la vie, et qui en est pleinement conscient… et content.

Cet homme à la fois tragique et séduisant, touchant et détestable, ne ressent rien, ou si peu. Son patron-associé le considère comme son meilleur ami? Lui le laisse penser, mais ne voit dans leur relation qu’une association utile et efficace. Et quand la belle et grande violoniste Emmanuelle Béart tombe amoureuse de lui, on se dit qu’il va vibrer. Quand même, elle est sublime et sensuelle, et pleine de vie…

Du portrait d’un homme froid jusqu’à la cruauté, et austère jusqu’à l’excès, Sautet tire un film chaud, vibrant, et plein de vie. La prestation d’Emmanuelle Béart n’y est pas étrangère, contrepoint parfait de cet homme qui prend tout, mais refuse tout en même temps. Entre ces deux-là, pourtant aux antipodes, il y a une sorte d’évidence : celle de tous les très grands couples de cinéma.

X-Files, aux frontières du réel (The X-Files) – saison 2 – créée par Chris Carter – 1994-1995

Posté : 16 août, 2015 @ 2:46 dans 1990-1999, BOWMAN Rob, CARTER Chris, CONTNER James A., FANTASTIQUE/SF, GOODWIN R.W., LANGE Michael, MANNERS Kim, MARCK Nick, NUTTER David, PHELPS Win, SACKHEIM Daniel, SURJIK Stephen, TÉLÉVISION, VEJAR Michael, WHITMORE James, Jr., X-Files | Pas de commentaires »

X-Files saison 2

X-Files gagne nettement en qualité, après une première saison qui avait posé les bases de la série, mais avait pris un petit coup de vieux. Avec cette saison 2, le showrunner Chris Carter gagne en confiance, creuse plus profondément les sillons qu’il n’avait fait qu’effleurer jusqu’alors, et s’entoure de scénaristes et de réalisateurs qui ont définitivement trouvé leurs marques dans l’univers d’X-Files.

Parmi les réalisateurs qui prennent une importance grandissante dans la production du show, Rob Bowman tient une place à part. C’est à lui qu’on doit le premier authentique chef d’oeuvre de la série : Insomnies (l’épisode 4), petite merveille de mise en scène qui joue aussi bien sur la terreur que sur l’émotion pure, et réussit le pari d’être l’un des meilleurs « loners » de la saison, tout en développant à sa manière la fameuse théorie du complot, qui prend une ampleur considérable au fil de cette saison.

L’ambition cinématographique de Rob Bowman donne l’exemple à ses successeurs, à commencer par Kim Manners (futur pilier du show) et Chris Carter lui-même, qui fait des débuts brillants derrière la caméra avec le fameux Duane Barry (épisode 5), sans doute l’épisode-pivot de toute la série avec l’enlèvement de Scully, dont on ne connaîtra toutes les implications que dans les saisons suivantes. Cet enlèvement est pourtant en grande partie dû à un événement imprévu : la grossesse de Gillian Anderson, que Carter justifie et utilise de la manière la plus inattendue qui soit. Un coup de génie, qui va profondément marquer toute la série.

C’est aussi dans Duane Barry qu’apparaît Alex Kryceck, le formidable « double-maléfique » de Mulder qui sera avec l’Homme à la cigarette le méchant le plus iconique de la série, et qui reviendra en force dès la fin de cette saison avec un rebondissement aussi tragique qu’inattendu, qui va donner une dimension personnelle bouleversante à la quête de Mulder.

Le complot prend de l’ampleur avec le diptyque Duane Barry (qui se conclut avec Coma, l’épisode 8, première incursion de la série dans la rêverie poétique), l’apparition de « Monsieur X » (Steven Williams, successeur de Gorge Profonde) le double-épisode La Colonie (16 et 17) qui replace au cœur de la série la sœur de Mulder, et le formidable dernier épisode, Anasazi, l’un des meilleurs cliffhangers de fin de saison qui laisse Mulder pour mort et ouvre de nombreuses portes passionnantes.

Mais l’essentiel de la saison reste constituée de loners, avec notamment l’un des monstres les plus marquants de la série : cette répugnante larve humaine de L’Hôte (épisode 2). D’autres monstres peuplent la saison 2 : celui, bien humain celui-là, du Fétichiste (épisode 13), l’un des plus traumatisants de la saison ; et ceux, beaucoup plus décalés, de Faux frères siamois, génial hommage au Freaks de Tod Browning.

C’est avec cet épisode que la série fait ses premiers pas (d’anthologie) dans le domaine de l’autodérision, absent jusqu’à présent. Les saisons à venir seront toutes marquées par de telles incursions dans l’absurde, l’humour, le décalage et l’ironie. Cet épisode-là reste l’un des meilleurs du genre, marqué par plusieurs séquences inoubliables : Scully qui mate la difformité de Vincent Schiavelli pendant que ce dernier reluque sa poitrine ; un « freak » qui évoque la standardisation des hommes et clame qu’un jour, « tout le monde ressemblera à ça » en pointant du doigt un Mulder à l’allure un peu ahurie…

Beaucoup d’épisodes plus classiques aussi, avec de rares ratages (Les Vampires, épisode 7, le seul sans Scully, rencontre manquée de la série avec ce mythe immortel), et des tas de réussites qui empruntent aux grands thèmes du fantastique : la réincarnation (Aubrey, épisode 12), le vaudou (Mystère vaudou, épisode 15), Le Vaisseau Fantôme (épisode 19, du même nom) ou encore la possession (Les Calusari, épisode 21).

Notons encore une histoire de contagion bien dégueulasse (F. Emasculata, épisode 22), une belle évocation des préjugés autour d’une secte (Excseis Dei, épisode 11) ou une mystérieuse ombre tueuse (Ombre mortelle, épisode 23)… Avec cette saison 2, qui se termine de la manière la plus excitante qui soit, pleine de mystères et de promesses, X-Files s’impose comme la série majeure de la décennie.

* Voir aussi la saison 1, la saison 3, la saison 4, la saison 5, le premier film, la saison 6, la saison 7, la saison 8, la saison 9, le second film, la saison 10.

La Firme (The Firm) – de Sydney Pollack – 1993

Posté : 30 juin, 2015 @ 2:01 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, CRUISE Tom, POLLACK Sydney | Pas de commentaires »

La Firme

Pas encore action-hero à plein temps, Tom Cruise commence à collectionner les cinéastes prestigieux à ce stade de sa carrière. Une jeune star qui peut choisir le projet qu’il veut, tourner avec qui il veut, et dont l’avenir promet d’être brillant. Une description qui correspond à Tom Cruise-acteur, aussi bien qu’à son personnage dans La Firme : on jurerait que le rôle a été écrit sur mesure pour lui, Pollack s’amusant de cette image de golden boy à qui tout réussi pour le confronter à un piège infernal sans issue possible.

Pollack est en terrain connu dans ce film adapté d’un roman de John Grisham : l’histoire d’un jeune avocat courtisé par toutes les grandes boîtes des Etats-Unis, qui accepte la proposition d’une firme puissante dont l’aspect très familial cache une vérité nettement plus sordide. On est dans un thriller paranoïaque dans la lignée des Trois Jours du Condor. En plus simpliste, quand même, parce qu’avec cette histoire de descente aux enfers, Grisham et les scénaristes (parmi lesquels Robert Towne) n’y vont pas avec le dos de la cuillère.

C’est du gros, gros méchant que doit affronter Tom Cruise, avec son innocence et son humanité retrouvées alors qu’il est au fond du trou. Jusqu’à la caricature, mais avec un savoir faire immense, un vrai sens de l’action (une belle course poursuite, notamment) et surtout une capacité à donner de l’épaisseur à des personnages a priori pas exceptionnels.

C’est le cas des nombreux seconds rôles de prestige que l’on croise le temps de deux ou trois scènes pour la plupart : Holly Hunter assez inattendue, Ed Harris raide et cabot mais superbement pitoyable, et surtout Gary Busey, éternel méchant de service qui trouve ici le rôle de sa vie le temps de deux petites apparitions inoubliables, jubilatoire en détective privé grande gueule.

C’est le cas aussi de Gene Hackman qui, lui, est étonnamment sobre dans le rôle du salaud désigné, mais dont l’humanité transparaît petit à petit, révélant les fêlures de l’homme, miroir terrible et vieilli du personnage de Tom Cruise.

La qualité de l’interprétation est pour beaucoup dans le plaisir que l’on prend devant ce Pollack séduisant, mais mineur.

Porco Rosso (Kurenai no buta) – de Hayao Miyazaki – 1992

Posté : 26 mai, 2015 @ 4:38 dans 1990-1999, DESSINS ANIMÉS, FANTASTIQUE/SF, MIYAZAKI Hayao | Pas de commentaires »

Porco Rosso

Avec ses pirates plus bêtes que vraiment dangereux, avec son méchant plus grotesque qu’antipathique, Porco Rosso fait ouvertement partie de la veine « légère » de Miyazaki : celle du Château de Cagliostro plutôt que celle du Voyage de Chihiro. Sauf que, bien sûr, ce n’est pas si simple : le patron de Ghibli, au début des années 90, n’est pas encore unanimement salué dans le monde (ce long métrage fera beaucoup pour sa notoriété mondiale), mais a déjà du génie.

Porco Rosso est un vrai récit d’aventure : l’histoire d’un pilote d’avion transformé en mercenaire dans l’Italie fasciste (les années 20, sans doute, en tout cas l’entre-deux-guerre), et en cochon par on ne sait quel sort mystérieux. Un combattant solitaire et héroïque, mais qui cache mal un amour tu depuis toujours pour la belle Gina…

Le film ne manque pas de scènes spectaculaires, en particulier des batailles aériennes impressionnantes. Miyazaki adopte aussi par moments un ton humoristique très appuyé, quasi parodique (la scène du duel surtout, assez fendarde). Mais le plus beau, ce sont les longs moments de creux, où le cinéaste installe une superbe atmosphère nostalgique, porté par de sublimes plans romantiques et par la musique de Joe Hisaichi.

Notons aussi la qualité de la version française, en particulier le doublage du personnage français, assuré par Jean Réno. L’acteur n’a jamais été aussi bien qu’en donnant sa voix à Porco Rosso. Une voix monocorde et profonde, volontaire et pleine d’humanité, qui semble porter en elle tout le passé obscur, sombre et lumineux à la fois du personnage.

X-Files, aux frontières du réel (The X-Files) – saison 1 – créée par Chris Carter – 1993/1994

Posté : 25 mai, 2015 @ 5:02 dans 1990-1999, BOWMAN Rob, CARTER Chris, FANTASTIQUE/SF, FREEDMAN Jerrold, GERBER Fred, GOODWIN R.W., GRAHAM William, KATLEMAN Michael, LANGE Michael, LONGSTREET Harry, MANDEL Robert, NAPOLITANO Joe, NUTTER David, SACKHEIM Daniel, SHAW Larry, TÉLÉVISION, X-Files | Pas de commentaires »

X Files saison 1

Elle a bien pris un petit coup de vieux, cette première saison. Mais quand, adolescent, on est resté rivé chaque semaine devant M6 pour découvrir l’univers fascinant et révolutionnaire d’Aux frontières du réel (quelqu’un se souvient que X-Files avait un titre français ?), on ne peut que garder un rapport affectif indéfectible avec ce show qui a dirigé les séries télé vers leur âge d’or.

Il y a bien eu quelques précurseurs avant X-Files, notamment le Twin Peaks de David Lynch (David Duchovny y tenait déjà un petit rôle). Mais c’est bien Chris Carter qui a définitivement prouvé qu’une série au long cours pouvait avoir, esthétiquement, autant d’ambition qu’un film de cinéma. Dès sa première saison, X-Files ringardisait pour de bon la plupart des séries des années 80 (il y a des exceptions, oui), et donnait des idées aux créateurs et aux diffuseurs.

Depuis, de Urgences à Games of Throne, des Soprano à House of Cards (pour ne parler que des productions américaines), la série télé a atteint un âge d’or, confirmant bel et bien que le petit écran pouvait être aussi ambitieux que le grand. Au point même de renverser le rapport de force entre les deux, et de renvoyer ces débuts de X-Files au rang de patriarche surpassé par sa descendance.

C’est surtout visuellement que cette saison 1 a vieilli. On a tellement vu mieux depuis qu’on est frappé, dans les premiers épisodes surtout, par la froideur des images et le rythme parfois un peu lent. Par les dialogues impossibles de Scully aussi, qui faisaient déjà sourire à l’époque, mais n’enlevaient rien à la parfaite alchimie entre les deux personnages principaux.

Et de ce côté-là, la série tient remarquablement la distance. Dès leur première rencontre, Mulder le « croyant » cool et franc-tireur, et Scully la sceptique cartésienne et rigoriste, sont parfaitement identifiés, et s’imposent comme l’un des meilleurs duos jamais vus dans une série télé.

Chris Carter, créateur inspiré, n’a pourtant pas inventé grand-chose : X-Files se base en grande partie sur des éléments déjà existant. Fox Mulder, enquêteur du paranormal, est ouvertement inspiré d’une série oubliée, Kolchak – Dossiers brûlants (dont l’acteur principal, Darren McGavin, fera une apparition clin d’œil dans la saison 5 de X-Files). Dana Scully (et le FBI) a beaucoup de points communs, jusque dans l’apparence physique, avec la Clarice Starling du Silence des Agneaux. Gorge Profonde et la paranoïa ambiante semblent quant à eux tout droit sortis du JFK d’Oliver Stone…

Mais tous ces éléments font naître une atmosphère unique et formidablement addictive. Et ce dès cette première saison qui ne fait pourtant que poser des bases qui seront creusées et enrichies dans les saisons suivantes : la disparition de la sœur de Mulder, l’existence d’un gouvernement de l’ombre, et ce « complot » qui n’est que vaguement évoqué. Le mythique « Homme à la cigarette » ne fait ainsi que de brèves apparitions, mais sa seule présence (même muette comme dans le premier épisode) sous-entend déjà tout ce qui fera la richesse de la série.

La présence extraterrestre est au cœur de quelques épisodes particulièrement réussis. Mais pour l’essentiel, cette première saison est constituée de « loners » qui explorent, comme ce sera le cas dans les huit autres saisons, les nombreux thèmes du fantastique : le loup-garou (Métamorphoses, épisode 19), l’immortalité (Vengeance d’outre-tombe, épisode 16), la télékinésie (L’Incendiaire, épisode 12) ou la possession (Roland, épisode 23).

Et puis il y a les freaks, eux aussi incontournables de la série, et qui donnent quelques-uns des meilleures épisodes : le troublant Tooms de Compressions (épisode 3), tellement convaincant qu’il reviendra pour un second épisode à la fin de la saison (Le Retour de Tooms, épisode 21) ; ou encore Le Diable du New Jersey, dans un épisode à l’atmosphère particulièrement envoûtante (épisode 5).

C’est ce sens de l’atmosphère qui fait de cette saison, déjà, un modèle du genre. Les quelques rares épisodes vraiment faiblards (Un fantôme dans l’ordinateur, épisode 7 ; Espace, épisode 9) sont justement ceux qui échouent dans ce domaine. Au contraire des deux chefs d’œuvre de cette première saison : Projet Arctique (épisode 8), bel hommage à The Thing de Carpenter, et Quand vient la nuit (épisode 20), fascinante et inquiétante virée dans les grandes forêts, omniprésentes dans la série.

* Voir aussi la saison 2, la saison 3, la saison 4, la saison 5, le premier film, la saison 6, la saison 7, la saison 8, la saison 9, le second film, la saison 10.

Horizons lointains (Far and away) – de Ron Howard – 1992

Posté : 21 mai, 2015 @ 3:57 dans 1990-1999, CRUISE Tom, HOWARD Ron, WESTERNS | Pas de commentaires »

Horizons lointains

OK, Ron Howard est un réalisateur qui manque singulièrement de personnalité. OK, son film échoue lamentablement à restituer l’ampleur lyrique des grandes fresques hollywoodiennes d’autrefois. Alors même que c’est son ambition première. Mais j’ai toujours eu pour ce film une tendresse que, après l’avoir revu, je ne m’explique pas encore tout à fait.

Peut-être cette tendresse repose-t-elle sur ce petit grain de folie que Howard inculque par moments à sa fresque par ailleurs beaucoup trop sage : ce coup de fourche aux fesses de Tom Cruise, ce soudain coup de poing donné à un cheval récalcitrant… Peut-être est-ce dû à la réussite du couple formé par Tom Cruise et Nicole Kidman, qu’on aurait bien vu interprété par Gary Cooper et Katherine Hepburn dans les années 30-40.

Ou peut-être est-ce simplement une forme de reconnaissance face à la générosité du récit, qui nous entraîne de l’Irlande de 1892 frappée par la misère (le vieux continent étant une terre de bouseux pour le très hollywoodien Ron Howard), à la « course aux terres » d’Oklahoma (les Etats-Unis étant bien sûr la terre de toutes les possibilités).

Et c’est vrai que, si la mise en scène manque constamment de ce souffle qui aurait fait toute la différence, le scénario est lui d’une ambition rare. Durant deux heures vingt, Ron Howard tente de renouer avec la grande tradition de la fresque d’aventures, suivant le parcours de ces deux Irlandais que tout oppose, et qui tentent ensemble l’aventure du nouveau continent, comme tant d’autres pionniers.

Horizons lointains est un bel hommage au grand cinéma romanesque hollywoodien, à défaut d’y trouver directement sa place…

* Blue ray à petit prix chez Universal, sans bonus.

Le Bossu de Notre-Dame (The Hunchback of Notre Dame) – de Gary Trousdale et Kirk Wise – 1996

Posté : 5 janvier, 2015 @ 12:14 dans 1990-1999, DESSINS ANIMÉS, FANTASTIQUE/SF, TROUSDALE Gary, WISE Kirk | Pas de commentaires »

Le Bossu de Notre Dame

Ce « grand classique Disney » marche clairement sur les brisées de La Belle et la Bête, l’une des plus belles réussites du studio, et énorme carton au début de la décennie. Et ce n’est pas un hasard : c’est le même tandem de réalisateurs qui est aux commandes de ce long métrage, produit seulement cinq ans plus tard.

Les recettes sont strictement les mêmes : une histoire célèbre mise à la sauce Disney (avec le happy end de rigueur), une belle et un « monstre », une poignée de chansons, des objets qui s’animent (en l’occurrence, des gargouilles)…

Et c’est plutôt réussi. Vif, drôle et émouvant, ce Bossu de Notre-Dame est un Disney comme on les aime. Mais la magie des précédents longs métrages n’est plus tout à fait là. L’imagination débridée et la richesse infinie des grands chefs d’oeuvre ont laissé la place à une sorte de ronronnement bien agréable, mais sans surprise.

L’air de déjà-vu est tenace. Rien de surprenant à ce que ce long métrage amorce le déclin des grands dessins animés Disney, après le nouvel âge d’or du début de la décennie.

Accords et désaccords (Sweet and Lowdown) – de Woody Allen – 1999

Posté : 10 décembre, 2014 @ 3:03 dans 1990-1999, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Accords et désaccords

L’hommage de Woody Allen, lui-même clarinettiste, à la musique qu’il a toujours aimé : le jazz. Un film plein de musique, donc, et dont le personnage principal est un musicien désaxé et névrosé. Un looser égocentrique, odieux et génial, tel que le présente Woody lui-même, qui apparaît dans son propre rôle, racontant avec quelques « témoins » et spécialistes les grandes heures du musicien. Un sale type, sous bien des aspects, mais dont les pires défauts cachent une sensibilité et un mal-être touchants.

Sean Penn est parfait dans le rôle d’Emmet Ray, un être suffisant capable des pires comportements et assumant ses excès comme étant la rançon du génie, mais dont la carapace se fend face à « l’idiote muette », craquante Samantha Morton, jeune femme si banale qui lui révèle sa propre part d’enfance.

Emmet Ray est aussi un homme grotesque, qui passe ses moments libres à abattre des rats dans les décharges ou à observer les trains qui passent. Risible, lorsqu’il réalise son « rêve » : apparaître sur scène à cheval sur une lune… Woody Allen le filme tel qu’il est, mais porte sur lui un regard certes sévère, mais aussi attendri. Car il y a de l’or dans les doigts de ce type : quelle beauté lorsqu’il a la guitare à la main.

Woody Allen n’épargne rien à ce type franchement détestable, mais il révèle son humanité à fleur de peau. Et il se reconnaît en lui (même si Sean Penn prend le contre-pied de Kenneth Branagh qui, dans Celebrity, était une sorte de double rajeuni de Woody) : ce n’est pas un hasard si son environnement nous est si familier, entre la maison sous le grand-huit (Radio Days) et les retrouvailles sur un banc face au fleuve (Manhattan).

Il y a un peu de Woody Allen dans Emmet Ray. Et pas la peine de se précipiter vers sa discographie : le « deuxième plus grand guitariste du monde (après Django, ce « gitan français ») n’existe pas, pas plus que le Lewyn Davis des frères Coen (la parenté entre les deux films est assez flagrante). Une invention de Woody pour son cri d’amour au jazz, l’un de ses très, très beaux films.

Celebrity (id.) – de Woody Allen – 1998

Posté : 21 novembre, 2014 @ 4:15 dans 1990-1999, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Celebrity

Ce n’est pas tout à fait la première fois que Woody Allen s’efface pour diriger un alter ego (John Cusack dans Coup de feu sur Broadway, déjà). Mais Celebrity ouvre une nouvelle ère pour le cinéaste. Pas la plus glorieuse, d’ailleurs : la décennie qui suit sera la plus décriée par ses fans (et me perdra en cours de route, à l’époque, mais la redécouverte arrive…). Celle, en tout cas, où il restera de plus en plus souvent derrière la caméra, pour filmer des acteurs dont il fera des ersatz de lui-même.

C’est particulièrement flagrant avec Kenneth Branagh, dont les caractéristiques et le jeu d’acteurs sont des copiés-collés de ceux de Woody acteur. En plus jeune, et plus séduisant, donc, mais pas différent pour autant. Ecrivain en panne d’inspiration, quadragénaire qui décide de rompre un mariage trop sage pour renouer avec la passion amoureuse et sexuelle… Un homme à la croisée des chemins que l’on a déjà rencontré dans bien d’autres films d’Allen.

Evocation des affres de la création et du cynisme du show-buisiness, Celebrity offre une vision crue et sans détour du star system, avec une série de portraits bien gratinés : Melanie Griffith en ersatz de Marylin infantile et hyper sexuée, Leonardo Di Caprio en mégastar capricieuse et cocaïnomane, Charlize Theron en icône du sexe se déclenchant un orgasme au moindre contact physique… Des rencontres inoubliables pour le journaliste-écrivain Kenneth Branagh, qui n’a pourtant d’yeux que pour la si belle et si douce Winona Ryder.

Si douce, en apparrence en tout cas. Car cette fable cynique et cruelle révèle en fait autant de personnalités troubles que le star system maintient gentiment mais sûrement en dehors du vrai monde. Mais la critique se fait avec un regard étrangement bienveillant. Ces monstres d’égocentrisme, Woody Allen les aime, finalement. Lui-même, d’ailleurs, n’hésite pas à jouer l’autodérision, comme lorsque ses personnages évoquent la prétention de ces réalisateurs qui ne jurent que par le noir et blanc.

Les comédiens sont formidables dans cette galerie de monstres et de dingos. Et comme souvent chez Woody, la palme revient à Judy Davis, géniale en femme délaissée et trop peu sûre d’elle, qui se résoud à devenir une autre, plus ouverte sur le monde, plus sexuée (irrésistible leçon de fellation), plus apte au bonheur… Pas si facile dans l’univers névrosé de Woody Allen.

Celebrity commence par le tournage d’un film et s’achève par sa projection. Et malgré les rencontres, les aventures, les contretemps, Branagh est toujours là où il était : un spectateur un peu seul, ni plus heureux, ni plus malheureux qu’il n’était. Prêt pour une autre tranche de vie, comme Woody Allen est prêt pour un autre film.

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