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Archive pour la catégorie '1990-1999'

Porco Rosso (Kurenai no buta) – de Hayao Miyazaki – 1992

Posté : 26 mai, 2015 @ 4:38 dans 1990-1999, DESSINS ANIMÉS, FANTASTIQUE/SF, MIYAZAKI Hayao | Pas de commentaires »

Porco Rosso

Avec ses pirates plus bêtes que vraiment dangereux, avec son méchant plus grotesque qu’antipathique, Porco Rosso fait ouvertement partie de la veine « légère » de Miyazaki : celle du Château de Cagliostro plutôt que celle du Voyage de Chihiro. Sauf que, bien sûr, ce n’est pas si simple : le patron de Ghibli, au début des années 90, n’est pas encore unanimement salué dans le monde (ce long métrage fera beaucoup pour sa notoriété mondiale), mais a déjà du génie.

Porco Rosso est un vrai récit d’aventure : l’histoire d’un pilote d’avion transformé en mercenaire dans l’Italie fasciste (les années 20, sans doute, en tout cas l’entre-deux-guerre), et en cochon par on ne sait quel sort mystérieux. Un combattant solitaire et héroïque, mais qui cache mal un amour tu depuis toujours pour la belle Gina…

Le film ne manque pas de scènes spectaculaires, en particulier des batailles aériennes impressionnantes. Miyazaki adopte aussi par moments un ton humoristique très appuyé, quasi parodique (la scène du duel surtout, assez fendarde). Mais le plus beau, ce sont les longs moments de creux, où le cinéaste installe une superbe atmosphère nostalgique, porté par de sublimes plans romantiques et par la musique de Joe Hisaichi.

Notons aussi la qualité de la version française, en particulier le doublage du personnage français, assuré par Jean Réno. L’acteur n’a jamais été aussi bien qu’en donnant sa voix à Porco Rosso. Une voix monocorde et profonde, volontaire et pleine d’humanité, qui semble porter en elle tout le passé obscur, sombre et lumineux à la fois du personnage.

X-Files, aux frontières du réel (The X-Files) – saison 1 – créée par Chris Carter – 1993/1994

Posté : 25 mai, 2015 @ 5:02 dans 1990-1999, BOWMAN Rob, CARTER Chris, FANTASTIQUE/SF, FREEDMAN Jerrold, GERBER Fred, GOODWIN R.W., GRAHAM William, KATLEMAN Michael, LANGE Michael, LONGSTREET Harry, MANDEL Robert, NAPOLITANO Joe, NUTTER David, SACKHEIM Daniel, SHAW Larry, TÉLÉVISION, X-Files | Pas de commentaires »

X Files saison 1

Elle a bien pris un petit coup de vieux, cette première saison. Mais quand, adolescent, on est resté rivé chaque semaine devant M6 pour découvrir l’univers fascinant et révolutionnaire d’Aux frontières du réel (quelqu’un se souvient que X-Files avait un titre français ?), on ne peut que garder un rapport affectif indéfectible avec ce show qui a dirigé les séries télé vers leur âge d’or.

Il y a bien eu quelques précurseurs avant X-Files, notamment le Twin Peaks de David Lynch (David Duchovny y tenait déjà un petit rôle). Mais c’est bien Chris Carter qui a définitivement prouvé qu’une série au long cours pouvait avoir, esthétiquement, autant d’ambition qu’un film de cinéma. Dès sa première saison, X-Files ringardisait pour de bon la plupart des séries des années 80 (il y a des exceptions, oui), et donnait des idées aux créateurs et aux diffuseurs.

Depuis, de Urgences à Games of Throne, des Soprano à House of Cards (pour ne parler que des productions américaines), la série télé a atteint un âge d’or, confirmant bel et bien que le petit écran pouvait être aussi ambitieux que le grand. Au point même de renverser le rapport de force entre les deux, et de renvoyer ces débuts de X-Files au rang de patriarche surpassé par sa descendance.

C’est surtout visuellement que cette saison 1 a vieilli. On a tellement vu mieux depuis qu’on est frappé, dans les premiers épisodes surtout, par la froideur des images et le rythme parfois un peu lent. Par les dialogues impossibles de Scully aussi, qui faisaient déjà sourire à l’époque, mais n’enlevaient rien à la parfaite alchimie entre les deux personnages principaux.

Et de ce côté-là, la série tient remarquablement la distance. Dès leur première rencontre, Mulder le « croyant » cool et franc-tireur, et Scully la sceptique cartésienne et rigoriste, sont parfaitement identifiés, et s’imposent comme l’un des meilleurs duos jamais vus dans une série télé.

Chris Carter, créateur inspiré, n’a pourtant pas inventé grand-chose : X-Files se base en grande partie sur des éléments déjà existant. Fox Mulder, enquêteur du paranormal, est ouvertement inspiré d’une série oubliée, Kolchak – Dossiers brûlants (dont l’acteur principal, Darren McGavin, fera une apparition clin d’œil dans la saison 5 de X-Files). Dana Scully (et le FBI) a beaucoup de points communs, jusque dans l’apparence physique, avec la Clarice Starling du Silence des Agneaux. Gorge Profonde et la paranoïa ambiante semblent quant à eux tout droit sortis du JFK d’Oliver Stone…

Mais tous ces éléments font naître une atmosphère unique et formidablement addictive. Et ce dès cette première saison qui ne fait pourtant que poser des bases qui seront creusées et enrichies dans les saisons suivantes : la disparition de la sœur de Mulder, l’existence d’un gouvernement de l’ombre, et ce « complot » qui n’est que vaguement évoqué. Le mythique « Homme à la cigarette » ne fait ainsi que de brèves apparitions, mais sa seule présence (même muette comme dans le premier épisode) sous-entend déjà tout ce qui fera la richesse de la série.

La présence extraterrestre est au cœur de quelques épisodes particulièrement réussis. Mais pour l’essentiel, cette première saison est constituée de « loners » qui explorent, comme ce sera le cas dans les huit autres saisons, les nombreux thèmes du fantastique : le loup-garou (Métamorphoses, épisode 19), l’immortalité (Vengeance d’outre-tombe, épisode 16), la télékinésie (L’Incendiaire, épisode 12) ou la possession (Roland, épisode 23).

Et puis il y a les freaks, eux aussi incontournables de la série, et qui donnent quelques-uns des meilleures épisodes : le troublant Tooms de Compressions (épisode 3), tellement convaincant qu’il reviendra pour un second épisode à la fin de la saison (Le Retour de Tooms, épisode 21) ; ou encore Le Diable du New Jersey, dans un épisode à l’atmosphère particulièrement envoûtante (épisode 5).

C’est ce sens de l’atmosphère qui fait de cette saison, déjà, un modèle du genre. Les quelques rares épisodes vraiment faiblards (Un fantôme dans l’ordinateur, épisode 7 ; Espace, épisode 9) sont justement ceux qui échouent dans ce domaine. Au contraire des deux chefs d’œuvre de cette première saison : Projet Arctique (épisode 8), bel hommage à The Thing de Carpenter, et Quand vient la nuit (épisode 20), fascinante et inquiétante virée dans les grandes forêts, omniprésentes dans la série.

* Voir aussi la saison 2, la saison 3, la saison 4, la saison 5, le premier film, la saison 6, la saison 7, la saison 8, la saison 9, le second film, la saison 10.

Horizons lointains (Far and away) – de Ron Howard – 1992

Posté : 21 mai, 2015 @ 3:57 dans 1990-1999, CRUISE Tom, HOWARD Ron, WESTERNS | Pas de commentaires »

Horizons lointains

OK, Ron Howard est un réalisateur qui manque singulièrement de personnalité. OK, son film échoue lamentablement à restituer l’ampleur lyrique des grandes fresques hollywoodiennes d’autrefois. Alors même que c’est son ambition première. Mais j’ai toujours eu pour ce film une tendresse que, après l’avoir revu, je ne m’explique pas encore tout à fait.

Peut-être cette tendresse repose-t-elle sur ce petit grain de folie que Howard inculque par moments à sa fresque par ailleurs beaucoup trop sage : ce coup de fourche aux fesses de Tom Cruise, ce soudain coup de poing donné à un cheval récalcitrant… Peut-être est-ce dû à la réussite du couple formé par Tom Cruise et Nicole Kidman, qu’on aurait bien vu interprété par Gary Cooper et Katherine Hepburn dans les années 30-40.

Ou peut-être est-ce simplement une forme de reconnaissance face à la générosité du récit, qui nous entraîne de l’Irlande de 1892 frappée par la misère (le vieux continent étant une terre de bouseux pour le très hollywoodien Ron Howard), à la « course aux terres » d’Oklahoma (les Etats-Unis étant bien sûr la terre de toutes les possibilités).

Et c’est vrai que, si la mise en scène manque constamment de ce souffle qui aurait fait toute la différence, le scénario est lui d’une ambition rare. Durant deux heures vingt, Ron Howard tente de renouer avec la grande tradition de la fresque d’aventures, suivant le parcours de ces deux Irlandais que tout oppose, et qui tentent ensemble l’aventure du nouveau continent, comme tant d’autres pionniers.

Horizons lointains est un bel hommage au grand cinéma romanesque hollywoodien, à défaut d’y trouver directement sa place…

* Blue ray à petit prix chez Universal, sans bonus.

Le Bossu de Notre-Dame (The Hunchback of Notre Dame) – de Gary Trousdale et Kirk Wise – 1996

Posté : 5 janvier, 2015 @ 12:14 dans 1990-1999, DESSINS ANIMÉS, FANTASTIQUE/SF, TROUSDALE Gary, WISE Kirk | Pas de commentaires »

Le Bossu de Notre Dame

Ce « grand classique Disney » marche clairement sur les brisées de La Belle et la Bête, l’une des plus belles réussites du studio, et énorme carton au début de la décennie. Et ce n’est pas un hasard : c’est le même tandem de réalisateurs qui est aux commandes de ce long métrage, produit seulement cinq ans plus tard.

Les recettes sont strictement les mêmes : une histoire célèbre mise à la sauce Disney (avec le happy end de rigueur), une belle et un « monstre », une poignée de chansons, des objets qui s’animent (en l’occurrence, des gargouilles)…

Et c’est plutôt réussi. Vif, drôle et émouvant, ce Bossu de Notre-Dame est un Disney comme on les aime. Mais la magie des précédents longs métrages n’est plus tout à fait là. L’imagination débridée et la richesse infinie des grands chefs d’oeuvre ont laissé la place à une sorte de ronronnement bien agréable, mais sans surprise.

L’air de déjà-vu est tenace. Rien de surprenant à ce que ce long métrage amorce le déclin des grands dessins animés Disney, après le nouvel âge d’or du début de la décennie.

Accords et désaccords (Sweet and Lowdown) – de Woody Allen – 1999

Posté : 10 décembre, 2014 @ 3:03 dans 1990-1999, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Accords et désaccords

L’hommage de Woody Allen, lui-même clarinettiste, à la musique qu’il a toujours aimé : le jazz. Un film plein de musique, donc, et dont le personnage principal est un musicien désaxé et névrosé. Un looser égocentrique, odieux et génial, tel que le présente Woody lui-même, qui apparaît dans son propre rôle, racontant avec quelques « témoins » et spécialistes les grandes heures du musicien. Un sale type, sous bien des aspects, mais dont les pires défauts cachent une sensibilité et un mal-être touchants.

Sean Penn est parfait dans le rôle d’Emmet Ray, un être suffisant capable des pires comportements et assumant ses excès comme étant la rançon du génie, mais dont la carapace se fend face à « l’idiote muette », craquante Samantha Morton, jeune femme si banale qui lui révèle sa propre part d’enfance.

Emmet Ray est aussi un homme grotesque, qui passe ses moments libres à abattre des rats dans les décharges ou à observer les trains qui passent. Risible, lorsqu’il réalise son « rêve » : apparaître sur scène à cheval sur une lune… Woody Allen le filme tel qu’il est, mais porte sur lui un regard certes sévère, mais aussi attendri. Car il y a de l’or dans les doigts de ce type : quelle beauté lorsqu’il a la guitare à la main.

Woody Allen n’épargne rien à ce type franchement détestable, mais il révèle son humanité à fleur de peau. Et il se reconnaît en lui (même si Sean Penn prend le contre-pied de Kenneth Branagh qui, dans Celebrity, était une sorte de double rajeuni de Woody) : ce n’est pas un hasard si son environnement nous est si familier, entre la maison sous le grand-huit (Radio Days) et les retrouvailles sur un banc face au fleuve (Manhattan).

Il y a un peu de Woody Allen dans Emmet Ray. Et pas la peine de se précipiter vers sa discographie : le « deuxième plus grand guitariste du monde (après Django, ce « gitan français ») n’existe pas, pas plus que le Lewyn Davis des frères Coen (la parenté entre les deux films est assez flagrante). Une invention de Woody pour son cri d’amour au jazz, l’un de ses très, très beaux films.

Celebrity (id.) – de Woody Allen – 1998

Posté : 21 novembre, 2014 @ 4:15 dans 1990-1999, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Celebrity

Ce n’est pas tout à fait la première fois que Woody Allen s’efface pour diriger un alter ego (John Cusack dans Coup de feu sur Broadway, déjà). Mais Celebrity ouvre une nouvelle ère pour le cinéaste. Pas la plus glorieuse, d’ailleurs : la décennie qui suit sera la plus décriée par ses fans (et me perdra en cours de route, à l’époque, mais la redécouverte arrive…). Celle, en tout cas, où il restera de plus en plus souvent derrière la caméra, pour filmer des acteurs dont il fera des ersatz de lui-même.

C’est particulièrement flagrant avec Kenneth Branagh, dont les caractéristiques et le jeu d’acteurs sont des copiés-collés de ceux de Woody acteur. En plus jeune, et plus séduisant, donc, mais pas différent pour autant. Ecrivain en panne d’inspiration, quadragénaire qui décide de rompre un mariage trop sage pour renouer avec la passion amoureuse et sexuelle… Un homme à la croisée des chemins que l’on a déjà rencontré dans bien d’autres films d’Allen.

Evocation des affres de la création et du cynisme du show-buisiness, Celebrity offre une vision crue et sans détour du star system, avec une série de portraits bien gratinés : Melanie Griffith en ersatz de Marylin infantile et hyper sexuée, Leonardo Di Caprio en mégastar capricieuse et cocaïnomane, Charlize Theron en icône du sexe se déclenchant un orgasme au moindre contact physique… Des rencontres inoubliables pour le journaliste-écrivain Kenneth Branagh, qui n’a pourtant d’yeux que pour la si belle et si douce Winona Ryder.

Si douce, en apparrence en tout cas. Car cette fable cynique et cruelle révèle en fait autant de personnalités troubles que le star system maintient gentiment mais sûrement en dehors du vrai monde. Mais la critique se fait avec un regard étrangement bienveillant. Ces monstres d’égocentrisme, Woody Allen les aime, finalement. Lui-même, d’ailleurs, n’hésite pas à jouer l’autodérision, comme lorsque ses personnages évoquent la prétention de ces réalisateurs qui ne jurent que par le noir et blanc.

Les comédiens sont formidables dans cette galerie de monstres et de dingos. Et comme souvent chez Woody, la palme revient à Judy Davis, géniale en femme délaissée et trop peu sûre d’elle, qui se résoud à devenir une autre, plus ouverte sur le monde, plus sexuée (irrésistible leçon de fellation), plus apte au bonheur… Pas si facile dans l’univers névrosé de Woody Allen.

Celebrity commence par le tournage d’un film et s’achève par sa projection. Et malgré les rencontres, les aventures, les contretemps, Branagh est toujours là où il était : un spectateur un peu seul, ni plus heureux, ni plus malheureux qu’il n’était. Prêt pour une autre tranche de vie, comme Woody Allen est prêt pour un autre film.

A fleur de peau (Underneath) – de Steven Soderbergh – 1996

Posté : 6 novembre, 2014 @ 2:18 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, SODERBERGH Steven | Pas de commentaires »

A fleur de peau

Le Criss Cross de Siodmak avait-il besoin d’un remake ? Réponse sans appel après avoir revu ce polar esthétisant de Soderbergh : non. En reprenant très fidèlement les rebondissements du film original, en choisissant certains acteurs visiblement pour leur ressemblance avec ceux de 1949, le cinéaste rencontre très vite la limite de son entreprise.

Car au petit jeu de la comparaison, A fleur de peau est systématiquement perdant. La construction qui multiplie les allers-retours temporels est bien moins efficace que la longue spirale infernale choisir par Siodmak, et les acteurs sont tous plus ternes : le trio Peter Gallagher- Alison Elliott-William Fichtner fait bien pâle figure face à Burt Lancaster, Yvonne de Carlo et Dan Duryea.

Surtout, Soderbergh multiplie les cadres savamment composés mais totalement vains, faits de carrés de couleurs vives et de cadres dans le cadre, comme s’il voulait rompre absolument avec le classicisme des images de Siodmak. OK, mais à quoi bon ?

Finalement, j’ai sans doute eu un grand tort : regarder ce remake aussitôt après l’original. Forcément, la comparaison est inévitable, et elle n’est jamais à l’avantage de Soderbergh. Une belle idée originale, quand même : le beau rôle, pas suffisamment exploité d’Elisabeth Shue, image du destin heureux qu’aurait pu avoir les personnages sans ces pulsions autodestructrices.

Harry dans tous ses états (Deconstructing Harry) – de Woody Allen – 1997

Posté : 3 novembre, 2014 @ 5:54 dans 1990-1999, ALLEN Woody, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Harry dans tous ses états

Un écrivain réalise qu’il est totalement inapte à vivre en société, et qu’il ne s’épanouit réellement que dans son écriture, au milieu des personnages qui sortent de son imagination, et qui lui offrent l’opportunité de se livrer à une sorte d’auto-psychanalyse grandeur nature.

Sur le papier, Allen semble avoir déjà fait ce film dix fois. Film après film, ses mêmes thèmes reviennent sans cesse : sa fascination faite d’amour et de rejet pour New York, ses obsessions pour la psychanalyse, pour la sexualité… Pourtant, et on pourrait le dire pour la plupart de ses grandes réussites, Deconstructing Harry ne ressemble à aucun autre film.

C’est le parcours très simple d’un Woody hilarant mais horrible, qui passe son temps à rejeter sur les autres le moindre de ses actes : il faut le voir expliquer ce qui l’a amené à tromper l’une de ses femmes, lui rejetant la faute avec un naturel et une nonchalance dont on ne sait pas trop si c’est à mourir de rire, ou totalement glaçant.

Mais ce parcours très allenien est surtout une plongée absolument virtuose dans l’univers mental du queutard-écrivain : devant la caméra, la frontière entre la réalité et l’imagination du personnage est de plus en plus trouble. Son alter ego, sorti d’un livre très autobiographique,  finit d’ailleurs par lui faire face, pointant du doigt ce que le personnage refuse de voir. Une psychanalyse illustrée en quelque sorte…

Ce procédé permet à Woody Allen de s’offrir toutes les extravagances, toutes les folies pour donner corps à son processus mental, à ses fantasmes ou ses culpabilités, utilisant merveilleusement un très beau casting. Il fallait oser offrir à Robin Williams le rôle d’un acteur flou, dont on ne voit jamais clairement le visage. Il fallait oser aussi rendre un nouvel hommage à son maître de toujours Ingmar Bergman en filmant la mort qui vient frapper à la porte d’un appartement new-yorkais.

Woody Allen ose. Et il signe l’un de ses grands films, drôle et dérangeant. Libre et culotté.

Scènes de crime – de Frédéric Schoendoerffer – 1999

Posté : 15 octobre, 2014 @ 1:44 dans * Polars/noirs France, 1990-1999, SCHOENDOERFFER Frédéric | Pas de commentaires »

Scènes de crimes

J’ai toujours beaucoup aimé ce premier film de Schoendoerffer fils. Si ses films suivants n’ont pas tout à fait confirmé tout le bien qu’on pensait alors du jeune cinéaste, reste ce polar cru et traumatisant, l’une des plus belles réussites françaises du genre. Sur un sujet – l’enquête autour d’un tueur en série – éminemment plus hollywoodien que français.

Curieusement, on pense beaucoup au Silence des Agneaux : la nature des crimes peut-être, ou alors l’environnement choisi par les scénaristes, une province anonyme et banale, un peu morne et triste, où surgit une violence que rien ne vient embellir ou rendre plus spectaculaire qu’elle n’est.

Le sujet du film est d’ailleurs moins l’enquête elle-même que les ravages de la violence au quotidien sur des flics qui n’ont rien d’héroïque. Plus encore que dans le chef d’œuvre de Jonathan Demme, Schoendoerffer s’attache au quotidien de ces policiers, au côté laborieux de l’enquête. Pas de figure exceptionnelle à la Hannibal Lecter, ici, mais des faux pas, des interrogatoires inutiles, des bourdes idiotes, de nombreux dossiers à traiter en même temps, des hasards inattendus… La police dans ce qu’elle a de plus quotidienne, de moins spectaculaire.

Et au cœur de l’enquête : deux policiers, l’un encore jeune (Charles Berling, intense), l’autre plus âgé (André Dussolier, magnifique et totalement à nu), dont on jurerait qu’il est une sorte de miroir de ce que le premier deviendra, lorsque les horreurs qu’ils côtoient auront fini de le ravager. Sans effets inutiles, sans jamais en faire trop, Schoendoerffer filme ses personnages au plus près, soulignant à peine (bien aidé par la belle musique de Bruno Coulais) le dégoût qui envahit au fur et à mesure le regard de Berling.

Et lorsqu’il fait l’amour à sa femme un peu trop rudement, visiblement secoué par les horreurs qu’il a côtoyées (et par sa rencontre avec une actrice porno très belle et très sexy), et que l’image ralentit légèrement sur ces corps entremêlés, il se dégage de l’un et de l’autre une douleur et une compréhension absolue qui sont réellement déchirantes.

Magnifique d’un point de vue humain, Scènes de crime reste aussi un vrai polar, avec une enquête totalement dénuée des poncifs et des effets habituels du genre. Un film qui évite constamment les pièges inhérents au genre (on ne compte plus les polars français qui singent bêtement les grands succès américains du genre) pour imposer un ton singulier, réaliste, poisseux, et passionnant.

Tout le monde dit I love you (Everyone says I love you) – de Woody Allen – 1996

Posté : 15 octobre, 2014 @ 1:33 dans 1990-1999, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Tout le monde dit I love you

Woody Allen semble réaliser un rêve de gosse avec SA grande comédie musicale, hommage sincère et joyeux au genre et à un Hollywood disparu depuis longtemps (il évoque aussi en passant son idole de toujours, Groucho Marx, dans une séquence déjà culte). Loin d’être un simple pastiche, ce film magique au titre impossible est un authentique musical où les personnages se mettent régulièrement à danser et chanter.

Un vrai tour de force pour des comédiens qui ne sont pas doublés, et qui n’ont rien de chanteurs professionnels. Mais qu’ils aient un beau grain de voix (Edward Norton), ou qu’ils chantent comme mon beau-frère sous sa douche (Julia Roberts), il y a quelque chose de rafraîchissant et d’émouvant à la fois, à les voir se livrer d’une manière aussi intime : lorsqu’ils chantent ou dansent, ces stars habituées à contrôler leur image semblent d’une sincérité troublante.

Woody Allen lui-même paraît se livrer plus encore que d’habitude, dans ce qui est peut-être, derrière l’apparente légèreté du ton, le plus nostalgique de tous ses films. « Il est plus tard qu’on ne croit » clame-t-il régulièrement, soulignant le temps qui s’écoule inexorablement, rythmant les saisons et la vie qui s’écoulent inexorablement dans cette famille recomposée comme Woody Allen les aime, dont le bel équilibre est chamboulé par l’irruption de l’amour sous toutes ses formes, passionnée, compliquée, inattendue.

Les saisons qui passent et que Woody Allen filme comme des personnages à part entière, à la personnalité bien marquée : un hiver sur les quais de Paris, un printemps dans les rues de New York, un été sur les canaux de Venise… On se croirait dans des décors de cartes postales, comme des images très fortes dont on sait lorsqu’on les vit qu’elles resteront gravées à jamais dans les mémoires.

C’est là que le film est le plus beau : dans sa capacité à mettre en valeur ce qui restera de souvenirs, les grands moments de la vie. Dans ce film chorale, qui met en scène une bonne vingtaine de personnages, on a un vrai faible pour Woody lui-même et son ex Goldie Hawn, dont il est séparé depuis des décennies, et avec qui il entretient une belle amitié.

Mais entre ces deux-là restent les souvenirs communs de la passion qu’ils ont partagée. Et cela donne l’une des plus belles séquences de tout le cinéma allenien : une danse magique (dans tous les sens du terme) sur les quais déserts de la Seine, la nuit de Noël, au cours de laquelle les deux anciens époux se laissent aller à une douce nostalgie. Cette séquence est d’une délicatesse infinie, d’une grande virtuosité, et d’une beauté renversante.

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