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Archive pour la catégorie '1990-1999'

Un monde parfait (A Perfect World) – de Clint Eastwood – 1993

Posté : 21 août, 2016 @ 5:15 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, COSTNER Kevin, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

UN MONDE PARFAIT

Avec Impitoyable, ce chef d’œuvre qu’il portait en lui depuis dix ans, Clint Eastwood a mis un terme définitif à une logique dans laquelle il s’était enfermé lui-même : l’alternance quasi-systématique de films personnels qui rencontraient un succès limité, et de films de commandes qui commençaient sérieusement à ennuyer ses admirateurs les plus fervents. Même réalisé par ses soins, La Relève était ainsi l’œuvre d’un action hero totalement dépassé par l’évolution du genre.

Après une virée dans les tréfonds où plus d’une ancienne gloire se sont perdues à jamais (qui se souvient de Pink Cadillac, nanar même pas sorti en salles en France ?), Eastwood s’est totalement débarrassé de tout autre critère que l’envie pure. Et c’est sa plus belle période qui s’est ouverte, symbolisée par le triomphe critique et public d’Impitoyable, mais marqué par une impressionnante série de chefs d’œuvre, jusque dans les années 2000.

Un monde parfait, malgré son casting (Clint en second rôle face à un Kevin Costner encore au sommet), ne sera pas son plus gros succès. Mais il s’agit bien de l’un de ses plus beaux films, un faux thriller qui est en fait une balade émouvante et déchirante sur les regrets et les remords, et sur l’innocence perdue.

Plus encore que dans son précédent film, Eastwood s’est totalement libéré de cette nécessité de « faire spectaculaire ». Il est définitivement devenu le cinéaste introspectif et presque contemplatif que Honkytonk Man avait déjà dévoilé. Un cinéaste des émotions pures et des petits plaisirs de la vie. Un monde parfait est une drôle de chasse à l’homme, où d’étranges liens se tissent : entre l’évadé Costner et le flic Eastwood qui le traque et qui dévoile peu à peu une culpabilité inattendue ; et surtout entre Costner et son très jeune otage, petit Témoin de Jeovah dont les manques font échos à sa propre enfance gâchée.

Quant à Kevin Costner, magnifique, c’est un peu son chant de cygne, la fin d’un cycle magnifique pour lui depuis Les Incorruptibles. Le semi-échec du film, et les fiasco de Waterworld, Wyatt Earp et The War qu’il tournerait l’année suivante (sa cruelle « année W ») l’éloigneront du sommet, comme un certain Eastwood avant lui. Mais lui, aujourd’hui, n’y est toujours pas retourné.

Les Affranchis (Goodfellas) – de Martin Scorsese – 1990

Posté : 8 juillet, 2016 @ 8:00 dans * Films de gangsters, 1990-1999, DE NIRO Robert, SCORSESE Martin | Pas de commentaires »

Les Affranchis

« Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être gangster… » En une phrase culte, prononcée sur l’image arrêtée de son visage en gros plan, Ray Liotta rentre dans la légende. Acteur de second plan, vaguement remarqué dans Jusqu’au bout du rêve et quelques autres films, Liotta dévore l’écran dès cette séquence d’ouverture hallucinante, d’une violence et d’une brutalité sauvages.

Sa carrière par la suite n’atteindra jamais de tels sommets, mais Ray Liotta est un acteur formidable. Robert De Niro est magnifique, Joe Pesci est littéralement monstrueux… Mais c’est bien Liotta qui porte sur ses épaules ce monument indépassable de Scorsese, le sommet peut-être de sa filmographie, le film dans lequel le style du cinéaste atteint son apothéose, sa forme la plus parfaite et la plus radicale.

Il est de toutes les scènes, ou presque, Liotta, incarnant avec la même puissance la jeunesse superbe et « héroïque » et l’âge mur de la déchéance de Henry Hill, personnage réel dont l’histoire a inspiré le roman de Nicholas Pileggi : le destin entre gloire et amertume d’un mafieux devenu témoin sous protection.

De cette histoire vraie, Scorsese a tiré une sorte d’opéra filmé. Du cinéma total où tout est rythme et émotion. La bande son hallucinante, le montage explosif, les longs mouvements de caméra, la voix off inoubliable (celle de Liotta)… Tout atteint la perfection dans ce film : cet inouï plan-séquence présentant les « gueules » des mafieux, cette longue série de meurtres qui semble tous participer du même mouvement, les scènes consacrées aux horribles épouses trop maquillées et trop exubérantes…

Au cœur du film, il y a ce sentiment d’appartenance qui rend ces personnages curieusement attachants. Il y a aussi, et surtout, cette atmosphère d’une rare violence parfois latente, parfois explosive. La prestation de Joe Pesci contribue évidemment à rendre cette violence si inoubliable, lui qui emprunte le couteau de cuisine de sa mère (jouée par celle de Scorsese) pour achever l’une de ses victimes ; lui qui dessoude un jeune serveur qui l’a envoyé chier.

On le sent près à exploser à n’importe quel moment. D’où l’inoubliable et étouffante séquence de « Je te fais rire ? Je te fais rire comment ?… » face à un Ray Liotta ahuri. De Niro, lui, apporte sa stature comme un contrepoint presque sage, force pas si tranquille. Un grand trio d’acteurs en état de grâce. Un immense chef d’œuvre.

X-Files, aux frontières du réel (The X-Files) – saison 7 – créée par Chris Carter – 1999-2000

Posté : 14 mars, 2016 @ 2:16 dans 1990-1999, 2000-2009, ANDERSON Gillian, BOLE Cliff, BOWMAN Rob, CARTER Chris, DUCHOVNY David, FANTASTIQUE/SF, GILLIGAN Vince, LIEBERMAN Robert, MANNERS Kim, SHAPIRO Paul, TÉLÉVISION, WATKINS Michael, WRIGHT Thomas J., X-Files | Pas de commentaires »

X-Files saison 7

Après trois saisons au sommet, la série arrive à la fin d’un cycle. Et pas seulement à cause du départ annoncé de David Duchovny, dont c’est la dernière saison à temps plein. La mythologie primitive est enterrée depuis une saison déjà, mais Carter semble patauger dans sa volonté de la renouveler.

Pour preuve, le double-épisode inaugural La 6ème extinction (épisodes 1 et 2), pas foncièrement raté mais jamais convaincant. D’ailleurs, ce sera quasiment la seule incursion mythologique de cette saison 7. Seule exception : En ami (épisode 15), l’unique épisode écrit par William B. Davis (et réalisé par Rob Bowman), qui rend plus trouble encore son personnage de l’Homme à la Cigarette. Une réussite.

Mulder étant amené à quitter la série, il restait un enjeu dramatique de taille à régler : le mystère tenace autour de la disparition de sa sœur Samantha. Mais comment apporter une réponse aux multiples interrogations autour de cette disparition ? Comment relier tous les fils tirés dans tous les sens au fil des saisons ? Le superbe double-épisode Délivrance (épisodes 10 et 11) y réussit magnifiquement. Basé sur une idée géniale parfaitement dans l’esprit de la série, ce diptyque libérateur est l’un des plus beaux de toute la série, peut-être le plus bouleversant.

Pour le reste, cette saison 7 alterne l’excellent et les semi-réussites. Pas de gros plantages, mais quelques épisodes un peu anodins : A toute vitesse (épisode 5) et La Morsure du Mal (épisode 9) marquent une sorte de retour en arrière pour une série habituée à l’excellence. Maleeni le prodigieux (épisode 8), Chimère (épisode 16) et Nicotine (épisode 19) sont des loners honnêtes mais qui n’apportent pas grand-chose.

Quant à Maitreya (épisode 13), plongée dans le monde virtuel des jeux vidéos, c’est sans doute le plus faiblard de cette saison, malgré une vraie originalité et quelques beaux moments (l’arrivée de Scully en héroïne armée jusqu’aux dents).

Il y a toutefois quelques belles réussites comme Coup du sort (épisode 14) ou Appétit Monstre (épisode 3), premier « monstre de la semaine » de la saison, qui relègue Scully et Mulder au rang de faire-valoir. Ou Peur bleue (épisode 12), monstre de la semaine très réussi en soi, épisode filmé par les caméras d’une télé-réalité, procédé audacieux et parfaitement réussi.

Quelques épisodes décalés aussi : le tendre et étonnant Chance (épisode 6), le complètement fou Doubles (épisode 20) ou le régressif Je souhaite (épisode 21). Mais le plus étonnant, le plus radical, et le plus drôle de tous, c’est Hollywood (épisode 18), délire quasi-parodique hilarant et réjouissant écrit et réalisé par David Duchovny.

Gillian Anderson aussi écrit et réalise un épisode, mais nettement moins drôle que son comparse : Existences (épisode 17), très belle évocation du temps qui passe et de ce que l’on laisse derrière soi…

Suite du mythique Fétichiste (saison 2), Orison (épisode 7) marque le retour de Donnie Pfaster est glaçant, mais n’apporte pas grand-chose à ce personnage imaginé par Carter, et qui lui avait donné l’idée de son autre grande série, Millénium. Série qui venait d’être annulée à laquelle une conclusion en demi-teinte est donnée ici, dans Millénium (épisode 5), avec Lance Henricksen. Un épisode un peu raté, mais qui se termine par un bien joli baiser entre Scully et Mulder… pour le passage à l’an 2000.

La relation entre nos deux agents préférés se fait d’ailleurs de plus en plus centrale, tout au long de cette saison. Quasiment pas un épisode sans un regard, un geste, ou quelque chose qui souligne a beauté des sentiments entre ces deux-là. Jusqu’au final déchirant, Requiem (épisode 22), qui renoue curieusement avec les lieux et les personnages du tout premier épisode de la saison 1.

La boucle est bouclée, une époque s’achève, une autre s’annonce…

* Voir aussi la saison 1, la saison 2, la saison 3, la saison 4, la saison 5, le premier film, la saison 6, la saison 8, la saison 9, le second film, la saison 10.

X-Files, aux frontières du réel (The X-Files) – saison 6 – créée par Chris Carter – 1998-1999

Posté : 10 février, 2016 @ 8:00 dans 1990-1999, BOWMAN Rob, CARTER Chris, DUCHOVNY David, FANTASTIQUE/SF, MANNERS Kim, MARKLE Peter, SACKHEIM Daniel, SPICER Bryan, TÉLÉVISION, WATKINS Michael, X-Files | Pas de commentaires »

X-Files saison 6

Encore une saison formidable, qui réussit l’exploit de se renouveler constamment. On sent d’ailleurs chez Chris Carter la volonté de trouver d’autres voies, et de se débarrasser de cette conspiration dont il avait à peu près fait le tour (bien deux ou trois fois, à vrai dire…), et à laquelle il apporte une conclusion dramatique et passionnante dans le diptyque Toute la Vérité (épisodes 11 et 12), au cœur de cette saison 6.

Avant ce double-épisode pivot, la mythologie n’est là qu’en pointillé (à l’exception de l’épisode 1, Le Commencement, qui annonce les ambitions de nouveau départ de Carter, après la parenthèse spectaculaire du film Fight the Future, sorti en salles entre les diffusions des saison 5 et 6). Et pour cause : si les affaires non-classées ont rouvert à la fin du film, Mulder et Scully n’y sont toujours pas réaffectés.

C’est la grande idée de cette première moitié de saison, qui utilise assez formidablement cette situation (pas tout à fait inédite : Carter nous avait déjà fait le coup à la fin de la saison 1, mais avec un traitement radicalement différent). Il semble que les scénaristes se soient livrés à un petit jeu : trouver la manière la plus originale d’amener Mulder et Scully à côtoyer le paranormal. Loin de se répéter, chaque épisode rivalise d’imagination, souvent sur le ton de la dérision ou du deuxième degré.

Dans le genre, on a droit à quelques chefs d’oeuvre absolus, à commencer par Triangle bien sûr (épisode 3), brillant chassé-croisé à travers le temps… et premier baiser entre Mulder et Scully. Enfin presque Scully. La baffe qui suit, elle, est bien authentique, cela dit. En s’emparant du mythe du triangle des Bermudes, cet épisode atteint des sommets, et renoue avec un thème déjà abordé dans le très beau Le Pré où je suis mort, dans la saison 4.

Les Amants maudits (épisode 6), conte de Noël macabre et hilarant, avec Edward Asner et Lily Tomlin, est également une réussite totale, aussi drôle et touchante que Le Roi de la pluie (épisode 8) et sa romance météorologique. Très drôle aussi (mais pas que), le diptyque Zone 51 (épisodes 4 et 5), dont le titre et la première scène laissent penser qu’il s’agit du retour de la mythologie. Mulder et un membre obscur de la conspiration y change de corps sans que personne ne s’en rende compte, pas même Scully, ni la femme et les enfants que « Mulder » doit retrouver le soir.

Côté noir aussi, ce début de saison est de très haut niveau, qu’elle flirte avec la mythologie dans l’inquiétant Compte à rebours (épisode 9), qui remet Skinner sur le devant de la scène ; ou qu’elle évoque le rapport à la mort dans l’intense et bouleversant Photos mortelles (épisode 10), porté par Geoffrey Lewis. Même dans une histoire a priori simplissime comme Poursuite (épisode 2), la série atteint des sommets de tension dramatique, rehaussée par l’interprétation habitée de Bryan Cranston, le futur anti-héros de Breaking Bad.

Que du bon aussi dans la seconde moitié de saison, uniquement composée de loners qui associent souvent la légèreté et la gravité, et donnent une place grandissante à la tendre relation de nos agents préférés. Ils incarnent même un couple bourgeois pour mieux infiltrer une communauté inquiétante dans le génial Bienvenue en Arcadie (épisode 15), et s’enlacent avec une complicité et une tendresse enthousiasmantes à la fin de Le Grand Jour (épisode 19), premier épisode écrit et réalisé par David Duchovny, hommage amoureux et décalé au base-ball qui se déroule curieusement à Roswell, en 1947…

Au programme aussi, une sorte de remake explosif d’Un Jour sans fin, Lundi (épisode 14) ; une suite de l’épisode de la saison 5 consacré aux Bandits solitaires, Brelan d’as (épisode 20), avec une Gillian Anderson hilarante ; un « monstre de la semaine » particulièrement réussi dans Agua Mala (épisode 13) ; ou encore une épatante variation sur le thème de l’écrivain dont l’œuvre prend forme dans Milagro (épisode 18).

En rompant avec sa mythologie primitive, X-Files prend une sorte de nouveau départ très enthousiasmant. Le seul bémol de cette saison 6 concerne finalement sa conclusion, Biogenèse (épisode 22), qui tente d’ouvrir la mythologie vers d’autres horizons. L’ambition est là, mais le résultat n’est pas, loin s’en faut, le plus convaincant de tous les cliffhangers de fin de saison.

* Voir aussi la saison 1, la saison 2, la saison 3, la saison 4, la saison 5, le premier film, la saison 7, la saison 8, la saison 9, le second film, la saison 10.

L’Antre de la folie (In the mouth of madness) – de John Carpenter – 1995

Posté : 2 février, 2016 @ 8:00 dans 1990-1999, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

L'Antre de la folie

Le détective d’une agence d’assurance enquête sur la disparition d’un auteur très populaire de romans d’épouvante… De cette vague trame de départ, et d’un scénario écrit par Michael De Luca qu’il avait refusé à plusieurs reprises, Carpenter tire une œuvre totalement déroutante et fascinante, un pur film de terreur qui s’inscrit dans une longue tradition du genre : celle de la frontière qui disparaît entre le cauchemar et la réalité…

D’où vient alors cette impression de n’avoir jamais rien vu de comparable ? Le film est pourtant, sans doute, le plus ouvertement cinéphile de son réalisateur, qui multiplie les citations plus ou moins évidentes : le Kubrick de Shining (pour la manière de faire émerger la folie), le Dario Argento de Suspiria (pour l’antre de Sutter Cane), et même le Polanski de Chinatown pour la scène d’interrogatoire dans laquelle on découvre le personnage de Sam Neill, trop cinématographique pour être anodine. Sans doute l’une des clés de ce film à tiroirs qui ne se dévoile pas si facilement.

Carpenter ne cache pas ses multiples influences cinématographiques, mais c’est surtout du côté de la littérature d’horreur qu’il puise son inspiration : du côté de Stephen King qu’il cite à plusieurs reprises, et surtout du côté de Lovecraft, dont il illustre mieux que quiconque l’atmosphère apocalyptique. D’ailleurs, le réalisateur cite son film comme étant le troisième élément d’une espèce de « trilogie de l’apocalypse » commencée par The Thing et poursuivie avec Prince des ténèbres.

La filiation avec cette dernière merveille de l’horreur est évidente, et pas uniquement pour la place centrale tenue par l’église, d’où jaillie l’essence la plus « pure » du Mal. Avec L’Antre de la folie, Carpenter prolonge les mêmes thématiques, le même esprit paranoïaque et la même approche de l’horreur qui fait irruption dans le quotidien. Mais il va plus loin, y mêlant une réflexion sur la création, sur la responsabilité de l’artiste, et sur la frontière parfois ténue entre la fiction et la réalité.

On pourrait théoriser à l’infinie sur ce que Carpenter a ou n’a pas voulu dire avec ce film. On aurait sans doute tort : L’Antre de la folie, aussi retors et riche soit-il, est avant tout l’une des formes les plus ultimes du cinéma d’épouvante. En gommant la frontière entre cauchemars et réalité, en laissant planer le doute sur la folie de son personnage (il fallait le talent de Sam Neill pour rendre ce doute si perturbant), Carpenter s’autorise toutes les audaces, toutes les folies, toutes les représentations de l’angoisse et de la peur.

Son film parle de littérature ? C’est pourtant l’œuvre la plus purement cinématographique de Carpenter qui, après une série d’échecs et de revers critiques (Les Aventures d’un homme invisible et son remake du Village des damnés), signe avec ce film dont il ne voulait pas son oeuvre la plus personnelle et la plus terrifiante au premier comme au second degré. Son chef d’œuvre.

X-Files, le film (X-Files : Fight the future) – de Rob Bowman – 1998

Posté : 7 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1990-1999, BOWMAN Rob, FANTASTIQUE/SF, X-Files | Pas de commentaires »

X-Files, le film

C’est un cas rarissime dans l’histoire de la série télévisée : un show qui a droit à son prolongement sur grand écran alors que la production télé se poursuit. L’existence même de ce film démontre l’importance d’X-Files à la fin des années 90. Après cinq saisons, la série de Chris Carter atteint alors des sommets en terme d’audience, et de qualité. Et c’est l’ensemble de la production télévisuelle qui s’en trouve durablement bouleversée…

Reste que pour mener à bien ce film, Chris Carter et son co-scénariste (le film est écrit avec le fidèle Frank Spotnitz) ont dû résoudre un véritable casse-tête : comment insérer efficacement le long métrage entre deux saisons (le film sort dont l’été, après la fin de la saison 5 et avant le lancement de la saison 6), en contentant les nombreux fans et sans délaisser ceux qui suivent de loin, voire pas du tout, la série et sa complexe mythologie.

Le film a été tourné avant la saison 5, dont la production a dû être réduite, et dont la conclusion était donc connue dès le début. Et il faut reconnaître que Carter réussit son coup. Le créateur de la série savait qu’il ne pouvait pas faire l’impasse sur les nombreuses figures mythiques de la série, il n’en oublie donc quasiment aucune (une exception, le mystère autour de la sœur de Mulder) : la conspiration, le gouvernement secret, l’invasion extraterrestre, la paranoïa, la relation tendre et ambiguë entre Mulder et Scully (avec un presque baiser qui a fait hurler les fans au cœur tendre !), l’huile noire, les abeilles… et la plupart des personnages emblématiques qui défilent, de Skinner à l’homme à la cigarette en passant par l’homme bien manucuré (qui fait ici ses adieux au show) et les Lone Gunmen.

Le film réussit même à imposer un personnage, joué par Martin Laudan qui, par sa paranoïa et son aspect mystérieux, marquera la mythologie de son empreinte même s’il n’apparaîtra jamais dans la série télé. Celui incarné par Armin Mueller-Stahl, présenté comme le chef du consortium, n’apporte par contre pas grand-chose si ce n’est le talent de son interprète.

Pour être honnête, le long métrage n’est rien d’autre qu’un long épisode de luxe, qui renoue avec la mythologie la plus pure et doit recentrer la série sur ce qui fait sa richesse depuis ses débuts. Réalisé avec efficacité par Rob Bowman (que Carter récompense ainsi pour la qualité qu’il a largement contribué à apporter à la série), le film ne manque pas de souffle, et se permet une séquence finale effrayante et très spectaculaire qui flirte avec Alien et Blade Runner, deux références qui n’avaient jamais été de mise dans la série.

* Voir aussi la saison 1, la saison 2, la saison 3, la saison 4, la saison 5, la saison 6, la saison 7, la saison 8, la saison 9, le second film, la saison 10.

X-Files, aux frontières du réel (The X-Files) – saison 5 – créée par Chris Carter – 1997-1998

Posté : 6 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1990-1999, BOLE Cliff, BOWMAN Rob, CARTER Chris, COULTER Allen, DOWLER Brett, FANTASTIQUE/SF, GOODWIN R.W., GRAHAM William, HEMECKER Ralph, MANNERS Kim, MARKLE Peter, SACKHEIM Daniel, TÉLÉVISION, X-Files | Pas de commentaires »

X-Files saison 5

Étrange et passionnante saison, plus courte que d’habitude (20 épisodes seulement : le tournage du long métrage qui suivra ayant eu lieu au cours de l’été précédent), à la tonalité particulièrement sombre, et qui explore plusieurs pistes troublantes.

D’abord, la douleur grandissante de Scully, dont la maladie est au cœur du double-épisode inaugural, Le Complot et La Voie de la Vérité (épisodes 1 et 2), et que l’on retrouvera en mère déchirée dans le tragique et superbe diptyque Emily (épisodes 6 et 7), avant de la voir confrontée à sa vérité la plus intime et à sa foi dans le très intense L’Âme en peine (épisode 17).

Autant d’épisodes qui font partie des plus noirs et déchirants de la série, et qui contribuent à faire de Scully une sublime héroïne tragique, superbement interprétée par Gillian Anderson. Parfois mise au second plan par rapport à Mulder/Duchovny, cette dernière occupe décidément une place centrale dans cette saison 5, puisqu’elle est également au cœur de l’épisode écrit par Stephen King, La Poupée (épisode 10), une réussite flippante et pleine de dérision.

Quant à Mulder, il est lui confronté à une crise de foi sans précédent. Le fameux complot se densifie, et la manipulation est tellement omniprésente qu’il en vient à douter de sa propre croisade, et de l’existence des extraterrestres. Des doutes au cœur de l’excellent diptyque Patient X, épisodes mythologiques incontournables (épisodes 13 et 14).

Curieusement, comme si cette saison ne permettait pas d’aller beaucoup de l’avant (sans doute contraint aussi par la cohérence avec le film déjà en boîte, qui doit faire la jonction avec la saison 6), plusieurs épisodes plongent dans les origines des X-Files : le génial Compagnons de route (épisode 15) qui nous ramène au cœur de la Chasse aux sorcières avec un jeune William Mulder), le réjouissant Les Bandits solitaires (épisode 3) qui raconte la rencontre des Lone Gunmen et de Mulder, ou les retrouvailles de ce dernier avec une ex dans La Fin (épisode 20)… Que du bon, là-dedans.

Ajoutez à cela une poignée de « monstres de la semaine » excellents, avec une mention à Détour (épisode 4), charmante et flippante balade en forêt ; à l’émouvant L’Œil de l’esprit (épisode 16) ; et surtout au très original Folie à deux (épisode 19), monstre très classique mais construction assez géniale.

Un sans faute, donc, pour cette cinquième saison essentiellement très sombre, par moments même franchement plombante. Heureusement, la saison recèle deux pépites hilarantes : Le Shérif a les dents longues (épisode 12), incroyable et irrésistible chasse aux vampires avec un shérif grotesque ou séducteur selon le point de vue interprété par un Luke Wilson formidable ; et surtout Prométhée post-mortem (épisode 5), hommage décalé, drôle et émouvant (et en noir et blanc) à Frankenstein, un épisode génial réalisé par Chris Carter lui-même, l’un des sommets de la série.

* Voir aussi la saison 1, la saison 2, la saison 3, la saison 4, le premier film, la saison 6, la saison 7, la saison 8, la saison 9, le second film, la saison 10.

X-Files, aux frontières du réel (The X-Files) – saison 4 – créée par Chris Carter – 1996-1997

Posté : 13 décembre, 2015 @ 4:42 dans 1990-1999, BOLE Cliff, BOWMAN Rob, CARTER Chris, CHARLESTON James, FANTASTIQUE/SF, GATES Tucker, GOODWIN R.W., LANGE Michael, MANNERS Kim, TÉLÉVISION, WONG James, X-Files | Pas de commentaires »

X Files saison 4

Vingt-quatre épisodes… et au moins douze chefs d’œuvre. Avec cette saison 4, X-Files atteint des sommets, aussi bien avec sa mythologie qui se complexifie encore et gagne en intensité, qu’avec les loners, dont la tonalité globale est nettement plus sombre que la précédente saison : il faut attendre La Queue du diable (épisode 20) pour retrouver un épisode teinté de cet humour si typique de la série. Un épisode à la fois très drôle et très intime, qui en dit long sur les relations toujours aussi passionnantes entre Mulder et Scully.

Mais cette saison 4 est particulièrement sombre, une direction clairement annoncée dès le premier loner, La Meute (épisode 2), sommet glauque et traumatisant, qui met en scène une incroyable famille de freaks totalement malsain.

La suite n’est guère plus joyeuse avec Les Hurleurs (épisode 4), effrayante histoire d’un tueur en série génialement interprété par un Pruitt Taylor Vince inoubliable, qui rappelle que Le Silence des Agneaux a été l’une des inspirations principales de Chris Carter.

Le thème du mort qui revient à la vie est aussi, curieusement, un thème redondant de cette saison, et toujours pour le meilleur : l’urgentiste de Régénérations (épisode 12) dont la tête coupée repousse, le juif assassiné de La Prière des morts (épisode 15) que l’amour de sa femme réinvente tel un Golem, ou ce vétéran laissé pour mort au VietNam qui réapparaît des années plus tard dans L’Homme invisible (épisode 16).

Et que dire du superbe Pré où je suis mort (épisode 5), qui confronte Mulder à ses vies antérieures, l’une des visions les plus déchirantes de l’amour de toute la série. Un épisode totalement à part.

Parmi les épisodes atypiques de cette saison, on trouve un autre sommet : le fascinant L’Homme à la cigarette (épisode 7), plongée dans le passé (réel ou fantasmé par les Lone Gunmen ?) de l’un des personnages emblématiques de la série, qui apparaît à la fois comme un monstre responsable des pires crimes de l’histoire américaine récente, et comme un homme sensible et plein de fêlures.

La saison fait la part belle aussi à la mythologie, qui se complexifie encore (oui, c’est possible), en soufflant constamment le chaud et le froid, enchaînant les révélations constamment mises en doute par la théorie du complot et l’omniprésence du mensonge… jusqu’à un final étourdissant dans Le Baiser de Judas (épisode 24).

L’huile noire ainsi que Kryceck (dont le sombre destin se dessine) réapparaissent dans le diptyque Tungunska (épisodes 9 et 10), aussi passionnant que l’autre double-épisode de la saison, Tempus Fugit (épisodes 17 et 18), au scénario génialement inventif, qui réussit parfaitement à intégrer un crash d’avion dans la plus pure mythologie extraterrestre.

Mais là où la saison est la plus réussie, c’est lorsqu’elle colle au plus près aux personnages. Mulder replonge ainsi dans le mystère de la disparition de sa sœur, qui lui apparaît sous un angle inattendu dans le superbe Cœur de tissu (épisode 8), et qui ouvre de nouveaux horizons, qui prendront de l’ampleur par la suite, dans le troublant Crime de mémoire (épisode 23).

Et puis il y a le cancer de Scully, qui sert de fil conducteur à toute la saison, qui se déclare dans le déchirant Journal de mort (épisode 15), et qui ajoute un élément nouveau et souvent très émouvant entre Scully et un Mulder qui se retrouve impuissant face à sa maladie. Ce cancer donne aussi un rôle nouveau à Skinner, au coeur de l’excellent Nid d’abeilles (épisode 21).

Bref : que du bon dans cette quatrième saison, qui ouvre des tas de portes particulièrement excitantes.

* Voir aussi la saison 1, la saison 2, la saison 3, la saison 5, le premier film, la saison 6, la saison 7, la saison 8, la saison 9, le second film, la saison 10.

Jackie Brown (id.) – de Quentin Tarantino – 1997

Posté : 9 décembre, 2015 @ 2:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, DE NIRO Robert, TARANTINO Quentin | Pas de commentaires »

Jacky Brown

Entre Pulp Fiction et Jackie Brown, il y a plus d’un lien. D’un film à l’autre, Tarantino garde son goût pour les personnages barrés et verbeux, pour les dialogues interminables et quasi-absurdes, ou encore pour les chansons oubliées du folklore américain. Mais la reconnaissance immense obtenue avec son précédent film semble avoir libéré le cinéaste, qui s’aventure pour la première fois vers une narration à peu près classique.

Pour Jackie Brown, Tarantino garde un principe de chapitrage,qui rappelle qu’il s’agit de l’adaptation d’un roman (celui d’Elmore Leonard, co-producteur du film). Mais contrairement à Pulp Fiction, le film est d’une remarquable linéarité, à une exception près : la scène cruciale de l’échange, répétée à trois reprises avec des points de vue différents. Un procédé particulièrement efficace, mais finalement assez classique.

Mais, surprise, c’est lorsqu’il révèle une vraie sensibilité (honnêtement, pas flagrante dans ses deux premiers films) que Tarantino est ici le plus passionnant. Des revenants marqués par leur passé, le cinéaste en avait déjà filmé auparavant. Mais cette fois, il utilise le statut de Pam Grier et Robert Forster pour faire de leurs personnages des êtres moins marqués par leur passé que par leur avenir, et par la difficulté de se voir offrir une nouvelle chance.

Si Forster est remarquable en vieil ours solitaire, Pam Grier, l’ex reine de la blaxploitation, est sublime, bouleversante en hôtesse de l’air effrayée par son manque de perspective, à 44 ans. Il y a quelque chose de déchirant dans ce portrait sensible d’une femme à la croisée des chemins, qui transforme le piège mortel dans lequel elle se retrouve entraînée, en ultime chance de se construire un avenir.

Jackie Brown est du pur Tarantino, avec tout ce qu’on peut lui reprocher, en particulier des scènes trop longues basées uniquement sur les dialogues « à la Tarantino », un peu vaines et agaçantes. Mais on y retrouve surtout tout ce qui fait la richesse de son cinéma, et le plaisir simple que l’on y prend : son sens du récit, sa capacité à créer de grands moments de cinéma à partir de pas grand-chose (rien que le premier plan, fascinant travelling sur le profil de Pam Grier), et sa manière de prendre son temps pour nous introduire au plus près de ses personnages.

Et le directeur d’acteurs est exceptionnel. Pam Grier trouve là le rôle de sa vie, Robert Forster aussi sans doute. Tous sont formidables : Samuel Jackson en trafiquant parano, Michael Keaton en flic intraitable, Bridget Fonda en droguée téléphage, et surtout Robert De Niro, extraordinaire (et d’une sobriété rare) en ex-taulard taiseux et bas du fond, dont la subite explosion de violence, absurde, terrible et hilarante, est l’un des sommets de ce Tarantino là.

X-Files, aux frontières du réel (The X-Files) – saison 3 – créée par Chris Carter – 1995-1996

Posté : 14 novembre, 2015 @ 6:26 dans 1990-1999, BOWMAN Rob, CARTER Chris, CHARLESTON James, FANTASTIQUE/SF, GATES Tucker, GOODWIN R.W., MANNERS Kim, NUTTER David, TÉLÉVISION, X-Files | Pas de commentaires »

X Files saison 3

Cette saison 3 confirme la qualité grandissante de la série, et recèle bien des bijoux. Bizarrement pourtant, après une saison 2 qui a posé de nombreuses bases, la mythologie se retrouve un peu en retrait ici. Plus exactement, les scénaristes semblent hésiter sur la direction à prendre. Le diptyque Monstres d’utilité publique (épisodes 9 et 10), aussi passionnant soit-il, n’apporte ainsi pas grand-chose à la quête de Mulder et Scully…

C’est toutefois dans cette saison qu’apparaît la fameuse huile noire, dans un autre diptyque, L’Epave (épisodes 15 et 16), particulièrement réussi. Là aussi que le mystère s’épaissit et prend une tournure inattendue à propos de la présence d’extraterrestres sur terre et sur leurs ambitions divergentes, avec ce mystérieux alien chasseur d’aliens qui prend une importance centrale dans le dernier épisode, Anagramme (épisode 24), dont le personnage central très christique, ne semble être introduit que pour donner un rôle à Roy Thiennes, star d’une autre série paranoïaque autour de la présence d’extraterrestres sur terre (Les Envahisseurs, bien sûr).

Dans le rayon « monstres de la semaine », la saison 3 contient quelques perles : les terrifiants Souvenir d’oubliette (épisode 8) ou La Règle du Jeu (épisode 19). Mais le meilleur est sans doute celui qui, sur le papier, paraissait le plus anecdotique : Autosuggestion (épisode 17), véritable chef d’œuvre de mise en scène et de construction dramatique, dont le final est absolument bouleversant.

Il y a bien quelques rares épisodes un peu faiblards : La Liste (épisode 5) et Meurtre sur Internet (épisode 6), sur des sujets pourtant passionnants. Le premier est réalisé par un Chris Carter dont le talent de réalisateur s’améliorera nettement au fil des saisons.

Mais la saison est surtout marquée par de grandes réussites. La série développe les ruptures de ton, qui contribuent à en faire un show si passionnant. Deux exemples : le quasi-parodique Le Seigneur du Magma (épisode 20), qui s’amuse de la paranoïa habituelle de la série avec une auto-dérision irrésistible, et le génial Voyance par procuration (épisode 4), où la parodie flirte superbement avec le tragique.

De la même manière, la relation entre Mulder et Scully s’enrichit et se complexifie dans quelques épisodes qui s’inscrivent sur un mode à la fois léger et émouvant qui sied parfaitement à ce couple déjà mythique : La Guerre des Coprophages (épisode 12) ou Les Dents du Lac (épisode 22).

Notons aussi le superbe La Visite (épisode 21), envoûtant et bouleversant, qui contribue à enrichir considérablement la personnalité de Walter Skinner, et à faire de lui l’un des personnages majeurs de la série. La saison 4 confirmera largement cette tendance.

* Voir aussi la saison 1, la saison 2, la saison 4, la saison 5, le premier film, la saison 6, la saison 7, la saison 8, la saison 9, le second film, la saison 10.

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