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Archive pour la catégorie '1990-1999'

Jurassic Park (id.) – de Steven Spielberg – 1993

Posté : 24 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1990-1999, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Jurassic Park

Comme avec Les Dents de la Mer ou Les Aventuriers de l’Arche perdue, Spielberg a durablement inspiré le cinéma hollywoodien avec ce premier Jurassic Park, ne serait-ce que pour l’utilisation, extraordinaire pour l’époque, d’effets spéciaux qui continuent, plus de vingt ans plus tard, à impressionner. A vrai dire, si le film reste aussi convaincant aujourd’hui, c’est parce qu’il mélange très habilement les effets spéciaux à proprement parler et les « animatronix ». Un aspect que les blockbusters à venir auront de plus en plus tendance à ignorer, privilégiant de plus en plus les tournages sur fond vert.

Jurassic Park, aussi révolutionnaire soit-il, est donc presque un film d’un autre temps. C’est d’ailleurs tout le paradoxe de Steven Spielberg, quasiment depuis ses débuts : s’il a réinventé à lui seul, ou presque, les règles du grand cinéma populaire, il s’est toujours inscrit dans la lignée des grands cinéastes classiques. Et cette fois, c’est du côté des vieux films de monstres qu’il s’est tourné. King Kong en tête bien sûr, avec cette gigantesque porte, cette île qui ressemble tant à Skull Island, et le combat final du T-Rex et des velociraptors, comme un hommage au film de 1933.

On retrouve en tout cas dans Jurassic Park le pur plaisir du cinéma d’aventures à l’ancienne, dont Spielberg avait déjà fait le cœur de ses trois premiers Indiana Jones. Il y a d’ailleurs une vraie parenté entre ces films : dans la personnalité, le chapeau… et jusqu’aux mimiques du personnage de paléontologue (presque un archéologue) joué par Sam Neill. On se demanderait presque si, à un moment ou un autre, Spielberg n’aurait pas pensé à intégrer Indy dans le film. Sans doute pas, mais la ressemblance est par moments troublante.

La séquence d’ouverture est formidable, comme souvent chez Spielberg : un grand moment terrifiant où le cinéaste pose les bases du drame, avec un art consommé de filmer les choses (et les dinosaures) sans rien vraiment montrer.

Après cette ouverture percutante, on a hélas droit à une longue partie explicative, sans doute indispensable à l’époque (il fallait bien explique comment on avait réussi à clôner tous ces animaux disparus depuis des millénaires), mais dont l’effet de surprise, et même l’intérêt, sont aujourd’hui très émoussés. Un ventre creux qui permet quand même de faire connaissance avec les personnages : Sam Neill excellent, Jeff Goldblum cabot sympathique, Laura Dern cabote agaçante, deux gamins pas du tout tête à claque, et Richard Attenborough que le fait d’avoir vu 10 Rillington Place il y a peu rend glaçant…

Bref, on se contrefout de tout l’aspect scientifique de l’histoire, créée par Michael Crichton (une sorte de variation sur le thème de son Mondwest). Et la fascination qu’exerçaient les dinosaures à la sortie du film n’est plus aussi forte. Mais quand tout part en couille, quand les garde-fous de ce parc d’attraction sautent les uns après les autres, quand ces braves scientifiques émerveillés se transforment en gibier potentiel, alors là le génie de Spielberg prend toute sa dimension.

La vraie attraction, le vrai trip, les vraies sensations, c’est le pur cinéma qui les offre. Spectateurs et personnages se retrouvent alors sur le même plan, embarqués par un maître du spectacle qui se permet même de jouer avec sa propre image, en mettant en scène le merchandising qu’il a lui-même développé avec ses films événements, et tout particulièrement celui-ci. Un grand spectacle, doublé d’une mise en abyme. Une nouvelle leçon de cinéma.

Total Recall (id.) – de Paul Verhoeven – 1990

Posté : 17 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1990-1999, FANTASTIQUE/SF, VERHOEVEN Paul | Pas de commentaires »

Total Recall 1990

Qu’est-ce qui arrive quand on confie le plus gros budget de l’année à un cinéaste venu d’Europe ? Avec Total Recall, Paul Verhoeven signe une date dans l’histoire de la science fiction, et dynamite le cinéma d’action hollywoodien, en l’abordant avec une ironie et un second degré pour le moins inhabituel dans la tradition du blockbuster. Une ironie dont Schwarzenegger (avec Last Action Hero, peu après) deviendra le principal héraut.

On l’avait déjà vu avec RoboCop, tourné juste avant : Verhoeven n’est pas un réalisateur de film d’action comme les autres. Tout en remplissant le cahier des charges des producteurs (et il le fait mieux que personne), l’hyperviolence qu’il met en scène et le cynisme de ses personnages disent beaucoup sur la vision qu’a le cinéaste de la société de l’entertainment.

On retrouve dans Total Recall le même ton que dans son précédent film, une violence graphique très crue et parfois gore, une omniprésence des écrans et de la publicité « qui conditionne », mais aussi un côté volontairement too much, qui flirte par moments avec la parodie. Une logique que Verhoeven poussera à son paroxysme avec son autre film de SF, Starship Troopers, et qui prend ici une dimension particulière.

On peut se demander si Verhoeven prend au sérieux la violence qu’il filme. Dans Total Recall, cette question devient le sujet même du film : Quaid, l’ouvrier qui découvre en se rendant chez un « marchand de souvenir » qu’on lui a effacé la mémoire, a-t-il vraiment été un agent secret ? Ou tout ce qui lui arrive n’est-il qu’une vision de son esprit abîmé ?

Le doute est constamment là. Et plus que la vision de l’avenir, qui a pris un sacré coup de vieux avec ses écrans d’un autre temps et ses voitures aux lignes très 80s (Minority Report, autre adaptation de Philip K. Dick, sera nettement plus clairvoyant), c’est ce doute qui fait le poids du film et le rend si troublant. Un trouble dont s’amuse constamment Verhoeven, et qui valent à Schwarzenegger quelques répliques mémorables : « Mais si je suis pas moi, bordel, qui je suis ? »

Il y a Sharon Stone aussi, révélation du film, dont le cinéaste fera une star deux ans plus tard avec Basic Instinct. N’est-elle pas une garce trop parfaite pour être réelle ? Schwarzenegger ne décide-t-il pas de tourner définitivement le dos à la réalité lorsqu’il lui lance le mythique « Considère ça comme un divorce ? »

Ironique et rigolard, Verhoeven sème le trouble et s’amuse, en faisant dire dès les premières minutes à ce commercial qui s’apprête à vendre à Schwarzie ses souvenirs d’agent secret en voyage sur Mars : « Avant que tout soit fini, vous aurez emballé la fille, tué les méchants et sauvé la planète »

Eyes Wide Shut (id.) – de Stanley Kubrick – 1999

Posté : 11 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1990-1999, CRUISE Tom, KUBRICK Stanley | Pas de commentaires »

Eyes Wide Shut

C’est beau quand un grand cinéaste tire sa révérence sur un chef d’œuvre. C’est le cas de Kubrick, mort avant la sortie d’Eyes Wide Shut, qui signe tout simplement son meilleur film, l’adaptation d’une nouvelle d’Arthur Schnitzler troublante et déroutante, qui exerce une incroyable fascination dès la première image.

La publicité du film, avant même le tournage, a été entièrement basée sur le couple Nicole Kidman / Tom Cruise, alors le plus en vue à Hollywood, et que Kubrick met en scène dans une intimité totalement impudique. Les deux stars se sont d’ailleurs totalement investi, mettant plusieurs projets en suspens pour se plier aux exigences du cinéaste, et à un tournage à rallonge. Cruise surtout, qui est de toutes les scènes et qui est le véritable pivot du film, qui est resté à Londres pour les besoins du tournage pendant plus d’un an et demi.

Il faut dire que Kubrick, méticuleux à l’extrême, pouvait rester des semaines sur une même scène jusqu’à obtenir ce qu’il voulait. Il n’a pas hésité non plus à remplacer Harvey Keitel par Sydney Pollack en cours de tournage, retournant toutes ses scènes. Jennifer Jason Leigh en a fait les frais : indisponible lorsque les scènes dans lesquelles elle figurait devaient être retournées, elle a été remplacée par Marie Richardson.

Mais le résultat est là. Rien ne semble être dû au hasard dans cette somptueuse déambulation nocturne qui nous plonge dans les méandres tortueux et obscurs de la psyché de Cruise, riche médecin dont le confort d’une vie parfaitement rangée vole en éclat lorsque sa femme lui fait un aveu : un an plus tôt, elle a été tentée par une aventure extra-conjugale. Une pulsion, une envie, une pensée… Suffisant pour remettre en question tout un équilibre, toute une vie.

Cette longue séquence cruauté est d’une violence assez incroyable. Pas pour les aveux qui sont faits, finalement plutôt mineurs, mais pour leur froideur et leur côté définitif. Kidman est parfaite dans ce registre. Et Cruise est formidable en golden boy qui perd sa superbe, doucement mais inexorablement.

Il n’a d’ailleurs jamais été aussi intense, Cruise. Loin de ses rôles d’action hero, et de son habituel dynamisme volontaire, il est ici un homme confronté aux doutes et au soudain inconfort de la vie. Un homme pour qui les apparences étaient un mode de vie, et qui a soudain conscience que toutes ses décisions pourraient avoir un impact définitif sur sa vie.

C’est fascinant de le voir errer de fantasme en fantasme, multipliant les occasions de donner corps à son trouble sexuel sans jamais aller au bout, se retrouvant dans une mystérieuse soirée où le sexe et la mort semblent étroitement liés, sommet d’une déambulation sans doute plus mentale que physique.

Visuellement, c’est d’une beauté sidérante. Et Eyes Wide Shut, derrière son troublant mystère, est un chef d’œuvre totalement fascinant, dont le « happy end » est un sommet de cruauté.

Sixième Sens (Sixth Sense) – de M. Night Shyamalan – 1999

Posté : 3 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1990-1999, FANTASTIQUE/SF, SHYAMALAN M. Night | Pas de commentaires »

Sixième sens

LE film qui a révélé M. Night Shyamalan, le réalisateur le plus (brièvement) surestimé de sa génération. Et il faut bien reconnaître que, esthétiquement, c’est quand même pas formidable. Celui qu’on comparaît alors à Spielberg (eh oui) multiplie même les effets particulièrement laids, comme une série de ralentis et de zooms pas très heureux, et un recours systématique à de vieilles recettes éculées pour créer l’angoisse.

Surtout, Shyamalan semble lui-même ne pas faire confiance en ses personnages, multipliant à l’extrême et sans la moindre nécessité narrative les apparitions de fantômes, qu’il introduit à tous les coups par des mouvements fugitifs qui traversent l’écran sans qu’on s’y attende (en fait, si, surtout après qu’il nous a fait le coup trois fois), effet horrifiques on ne peut plus éculés. Du coup, le film ressemble parfois à un simple film d’épouvante de bas étage. Loin d’être inoubliable.

Mais la manière dont il met en scène le personnage de Bruce Willis qui, tout le monde le sait maintenant, est… Bref, la manière dont il joue avec la perception du spectateur, si elle n’est pas toujours d’une finesse extrême, a au moins le mérite de surprendre à la première vision (encore que, franchement, je me souviens l’avoir vu venir à des kilomètres, le twist final), et d’inciter à chercher la faille à la deuxième.

Mais si le film vieillit plutôt bien finalement, ce n’est pas pour Bruce Willis, jamais vraiment étonnant, mais pour le gamin « qui voit des hommes morts ». Haley Joel Osment est aux antipodes des gamins têtes à claque qu’Hollywood adore. Son interprétation est assez bouleversante, comme l’est la relation entre cet enfant terrorisé par sa condition et ce qu’il voit, avec sa mère, jeune femme qui élève seule son fils magnifiquement interprétée par Toni Colette, mère aimante et courageuse, mais un peu dépassée par les événements et souffrant de ne pas comprendre la douleur de son fils.

C’est pour eux que le film mérite d’être revu, plus que pour la révélation finale un peu trop téléphonée et si souvent copiée depuis.

Matrix (The Matrix) – de Andy et Larry Wachowski – 1999

Posté : 6 septembre, 2016 @ 8:00 dans 1990-1999, FANTASTIQUE/SF, WACHOWSKI Andy/Lilly, WACHOWSKI Larry/Lana | Pas de commentaires »

Matrix

A la sortie en salles, déjà, j’avais trouvé très surévalué ce film de SF pseudo-philosophique et faussement novateur. Dix-huit ans plus tard, mon avis a changé : Matrix est en fait un pur nanar ! Ce pourrait ne pas être si grave : après tout, les scènes d’action sont assez réjouissantes et assurent à elles seules l’intérêt. Mais il y a un hic : le premier degré insupportable d’un film qui se prend tellement au sérieux qu’il en devient antipathique.

Il manque sans doute aux (encore) frères Wachowski un brin d’humilité. Et Matrix n’aurait sans doute pas dû être autre chose qu’une série B, au moins dans l’esprit. Mais non, les réalisateurs semblent persuadés d’avoir tout inventé, tant sur le fond (et si le monde dans lequel on vit n’était qu’un leurre ?) que dans la forme (et si on révolutionnait les scènes d’action ?). Sauf que, bien sûr, ils n’inventent strictement rien. Au mieux, ils inaugurent une nouvelle manière de recycler des idées et des formes venues d’horizons différents, rien de plus…

Quelques années auparavant, John Carpenter avait déjà mis en scène une fausse réalité avec un Invasion Los Angeles qui, lui, jouait habilement avec le second degré et revendiquait son côté série B. Le scénario de Matrix n’est pas plus malin qu’un autre. Plus tarabiscoté et plus dénué de second degré, sans doute, mais pas plus intelligent pour autant. Keanu Reeves, raide et aussi expressif qu’une pierre, est la parfaite illustration de ces choix artistiques.

Heureusement, les scènes d’action sont nombreuses et assez enthousiasmantes. Certes, les Wachowski se contentent d’adapter à la sauce hollywoodienne une esthétique que les cinéastes hong-kongais, Tsui Hark avec sa saga Il était une fois en Chine en tête, maîtrisent depuis des années (pas un hasard si la chorégraphie des combats est signée Yuen Woo-ping). Mais ces ralentis extrêmes et ces pirouettes impossibles que beaucoup découvraient à l’époque sont depuis devenus une quasi-norme. Au moins dans Matrix étaient-ils justifiés par le scénario…

Un monde parfait (A Perfect World) – de Clint Eastwood – 1993

Posté : 21 août, 2016 @ 5:15 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, COSTNER Kevin, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

UN MONDE PARFAIT

Avec Impitoyable, ce chef d’œuvre qu’il portait en lui depuis dix ans, Clint Eastwood a mis un terme définitif à une logique dans laquelle il s’était enfermé lui-même : l’alternance quasi-systématique de films personnels qui rencontraient un succès limité, et de films de commandes qui commençaient sérieusement à ennuyer ses admirateurs les plus fervents. Même réalisé par ses soins, La Relève était ainsi l’œuvre d’un action hero totalement dépassé par l’évolution du genre.

Après une virée dans les tréfonds où plus d’une ancienne gloire se sont perdues à jamais (qui se souvient de Pink Cadillac, nanar même pas sorti en salles en France ?), Eastwood s’est totalement débarrassé de tout autre critère que l’envie pure. Et c’est sa plus belle période qui s’est ouverte, symbolisée par le triomphe critique et public d’Impitoyable, mais marqué par une impressionnante série de chefs d’œuvre, jusque dans les années 2000.

Un monde parfait, malgré son casting (Clint en second rôle face à un Kevin Costner encore au sommet), ne sera pas son plus gros succès. Mais il s’agit bien de l’un de ses plus beaux films, un faux thriller qui est en fait une balade émouvante et déchirante sur les regrets et les remords, et sur l’innocence perdue.

Plus encore que dans son précédent film, Eastwood s’est totalement libéré de cette nécessité de « faire spectaculaire ». Il est définitivement devenu le cinéaste introspectif et presque contemplatif que Honkytonk Man avait déjà dévoilé. Un cinéaste des émotions pures et des petits plaisirs de la vie. Un monde parfait est une drôle de chasse à l’homme, où d’étranges liens se tissent : entre l’évadé Costner et le flic Eastwood qui le traque et qui dévoile peu à peu une culpabilité inattendue ; et surtout entre Costner et son très jeune otage, petit Témoin de Jeovah dont les manques font échos à sa propre enfance gâchée.

Quant à Kevin Costner, magnifique, c’est un peu son chant de cygne, la fin d’un cycle magnifique pour lui depuis Les Incorruptibles. Le semi-échec du film, et les fiasco de Waterworld, Wyatt Earp et The War qu’il tournerait l’année suivante (sa cruelle « année W ») l’éloigneront du sommet, comme un certain Eastwood avant lui. Mais lui, aujourd’hui, n’y est toujours pas retourné.

Les Affranchis (Goodfellas) – de Martin Scorsese – 1990

Posté : 8 juillet, 2016 @ 8:00 dans * Films de gangsters, 1990-1999, DE NIRO Robert, SCORSESE Martin | Pas de commentaires »

Les Affranchis

« Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être gangster… » En une phrase culte, prononcée sur l’image arrêtée de son visage en gros plan, Ray Liotta rentre dans la légende. Acteur de second plan, vaguement remarqué dans Jusqu’au bout du rêve et quelques autres films, Liotta dévore l’écran dès cette séquence d’ouverture hallucinante, d’une violence et d’une brutalité sauvages.

Sa carrière par la suite n’atteindra jamais de tels sommets, mais Ray Liotta est un acteur formidable. Robert De Niro est magnifique, Joe Pesci est littéralement monstrueux… Mais c’est bien Liotta qui porte sur ses épaules ce monument indépassable de Scorsese, le sommet peut-être de sa filmographie, le film dans lequel le style du cinéaste atteint son apothéose, sa forme la plus parfaite et la plus radicale.

Il est de toutes les scènes, ou presque, Liotta, incarnant avec la même puissance la jeunesse superbe et « héroïque » et l’âge mur de la déchéance de Henry Hill, personnage réel dont l’histoire a inspiré le roman de Nicholas Pileggi : le destin entre gloire et amertume d’un mafieux devenu témoin sous protection.

De cette histoire vraie, Scorsese a tiré une sorte d’opéra filmé. Du cinéma total où tout est rythme et émotion. La bande son hallucinante, le montage explosif, les longs mouvements de caméra, la voix off inoubliable (celle de Liotta)… Tout atteint la perfection dans ce film : cet inouï plan-séquence présentant les « gueules » des mafieux, cette longue série de meurtres qui semble tous participer du même mouvement, les scènes consacrées aux horribles épouses trop maquillées et trop exubérantes…

Au cœur du film, il y a ce sentiment d’appartenance qui rend ces personnages curieusement attachants. Il y a aussi, et surtout, cette atmosphère d’une rare violence parfois latente, parfois explosive. La prestation de Joe Pesci contribue évidemment à rendre cette violence si inoubliable, lui qui emprunte le couteau de cuisine de sa mère (jouée par celle de Scorsese) pour achever l’une de ses victimes ; lui qui dessoude un jeune serveur qui l’a envoyé chier.

On le sent près à exploser à n’importe quel moment. D’où l’inoubliable et étouffante séquence de « Je te fais rire ? Je te fais rire comment ?… » face à un Ray Liotta ahuri. De Niro, lui, apporte sa stature comme un contrepoint presque sage, force pas si tranquille. Un grand trio d’acteurs en état de grâce. Un immense chef d’œuvre.

X-Files, aux frontières du réel (The X-Files) – saison 7 – créée par Chris Carter – 1999-2000

Posté : 14 mars, 2016 @ 2:16 dans 1990-1999, 2000-2009, ANDERSON Gillian, BOLE Cliff, BOWMAN Rob, CARTER Chris, DUCHOVNY David, FANTASTIQUE/SF, GILLIGAN Vince, LIEBERMAN Robert, MANNERS Kim, SHAPIRO Paul, TÉLÉVISION, WATKINS Michael, WRIGHT Thomas J., X-Files | Pas de commentaires »

X-Files saison 7

Après trois saisons au sommet, la série arrive à la fin d’un cycle. Et pas seulement à cause du départ annoncé de David Duchovny, dont c’est la dernière saison à temps plein. La mythologie primitive est enterrée depuis une saison déjà, mais Carter semble patauger dans sa volonté de la renouveler.

Pour preuve, le double-épisode inaugural La 6ème extinction (épisodes 1 et 2), pas foncièrement raté mais jamais convaincant. D’ailleurs, ce sera quasiment la seule incursion mythologique de cette saison 7. Seule exception : En ami (épisode 15), l’unique épisode écrit par William B. Davis (et réalisé par Rob Bowman), qui rend plus trouble encore son personnage de l’Homme à la Cigarette. Une réussite.

Mulder étant amené à quitter la série, il restait un enjeu dramatique de taille à régler : le mystère tenace autour de la disparition de sa sœur Samantha. Mais comment apporter une réponse aux multiples interrogations autour de cette disparition ? Comment relier tous les fils tirés dans tous les sens au fil des saisons ? Le superbe double-épisode Délivrance (épisodes 10 et 11) y réussit magnifiquement. Basé sur une idée géniale parfaitement dans l’esprit de la série, ce diptyque libérateur est l’un des plus beaux de toute la série, peut-être le plus bouleversant.

Pour le reste, cette saison 7 alterne l’excellent et les semi-réussites. Pas de gros plantages, mais quelques épisodes un peu anodins : A toute vitesse (épisode 5) et La Morsure du Mal (épisode 9) marquent une sorte de retour en arrière pour une série habituée à l’excellence. Maleeni le prodigieux (épisode 8), Chimère (épisode 16) et Nicotine (épisode 19) sont des loners honnêtes mais qui n’apportent pas grand-chose.

Quant à Maitreya (épisode 13), plongée dans le monde virtuel des jeux vidéos, c’est sans doute le plus faiblard de cette saison, malgré une vraie originalité et quelques beaux moments (l’arrivée de Scully en héroïne armée jusqu’aux dents).

Il y a toutefois quelques belles réussites comme Coup du sort (épisode 14) ou Appétit Monstre (épisode 3), premier « monstre de la semaine » de la saison, qui relègue Scully et Mulder au rang de faire-valoir. Ou Peur bleue (épisode 12), monstre de la semaine très réussi en soi, épisode filmé par les caméras d’une télé-réalité, procédé audacieux et parfaitement réussi.

Quelques épisodes décalés aussi : le tendre et étonnant Chance (épisode 6), le complètement fou Doubles (épisode 20) ou le régressif Je souhaite (épisode 21). Mais le plus étonnant, le plus radical, et le plus drôle de tous, c’est Hollywood (épisode 18), délire quasi-parodique hilarant et réjouissant écrit et réalisé par David Duchovny.

Gillian Anderson aussi écrit et réalise un épisode, mais nettement moins drôle que son comparse : Existences (épisode 17), très belle évocation du temps qui passe et de ce que l’on laisse derrière soi…

Suite du mythique Fétichiste (saison 2), Orison (épisode 7) marque le retour de Donnie Pfaster est glaçant, mais n’apporte pas grand-chose à ce personnage imaginé par Carter, et qui lui avait donné l’idée de son autre grande série, Millénium. Série qui venait d’être annulée à laquelle une conclusion en demi-teinte est donnée ici, dans Millénium (épisode 5), avec Lance Henricksen. Un épisode un peu raté, mais qui se termine par un bien joli baiser entre Scully et Mulder… pour le passage à l’an 2000.

La relation entre nos deux agents préférés se fait d’ailleurs de plus en plus centrale, tout au long de cette saison. Quasiment pas un épisode sans un regard, un geste, ou quelque chose qui souligne a beauté des sentiments entre ces deux-là. Jusqu’au final déchirant, Requiem (épisode 22), qui renoue curieusement avec les lieux et les personnages du tout premier épisode de la saison 1.

La boucle est bouclée, une époque s’achève, une autre s’annonce…

* Voir aussi la saison 1, la saison 2, la saison 3, la saison 4, la saison 5, le premier film, la saison 6, la saison 8, la saison 9, le second film, la saison 10.

X-Files, aux frontières du réel (The X-Files) – saison 6 – créée par Chris Carter – 1998-1999

Posté : 10 février, 2016 @ 8:00 dans 1990-1999, BOWMAN Rob, CARTER Chris, DUCHOVNY David, FANTASTIQUE/SF, MANNERS Kim, MARKLE Peter, SACKHEIM Daniel, SPICER Bryan, TÉLÉVISION, WATKINS Michael, X-Files | Pas de commentaires »

X-Files saison 6

Encore une saison formidable, qui réussit l’exploit de se renouveler constamment. On sent d’ailleurs chez Chris Carter la volonté de trouver d’autres voies, et de se débarrasser de cette conspiration dont il avait à peu près fait le tour (bien deux ou trois fois, à vrai dire…), et à laquelle il apporte une conclusion dramatique et passionnante dans le diptyque Toute la Vérité (épisodes 11 et 12), au cœur de cette saison 6.

Avant ce double-épisode pivot, la mythologie n’est là qu’en pointillé (à l’exception de l’épisode 1, Le Commencement, qui annonce les ambitions de nouveau départ de Carter, après la parenthèse spectaculaire du film Fight the Future, sorti en salles entre les diffusions des saison 5 et 6). Et pour cause : si les affaires non-classées ont rouvert à la fin du film, Mulder et Scully n’y sont toujours pas réaffectés.

C’est la grande idée de cette première moitié de saison, qui utilise assez formidablement cette situation (pas tout à fait inédite : Carter nous avait déjà fait le coup à la fin de la saison 1, mais avec un traitement radicalement différent). Il semble que les scénaristes se soient livrés à un petit jeu : trouver la manière la plus originale d’amener Mulder et Scully à côtoyer le paranormal. Loin de se répéter, chaque épisode rivalise d’imagination, souvent sur le ton de la dérision ou du deuxième degré.

Dans le genre, on a droit à quelques chefs d’oeuvre absolus, à commencer par Triangle bien sûr (épisode 3), brillant chassé-croisé à travers le temps… et premier baiser entre Mulder et Scully. Enfin presque Scully. La baffe qui suit, elle, est bien authentique, cela dit. En s’emparant du mythe du triangle des Bermudes, cet épisode atteint des sommets, et renoue avec un thème déjà abordé dans le très beau Le Pré où je suis mort, dans la saison 4.

Les Amants maudits (épisode 6), conte de Noël macabre et hilarant, avec Edward Asner et Lily Tomlin, est également une réussite totale, aussi drôle et touchante que Le Roi de la pluie (épisode 8) et sa romance météorologique. Très drôle aussi (mais pas que), le diptyque Zone 51 (épisodes 4 et 5), dont le titre et la première scène laissent penser qu’il s’agit du retour de la mythologie. Mulder et un membre obscur de la conspiration y change de corps sans que personne ne s’en rende compte, pas même Scully, ni la femme et les enfants que « Mulder » doit retrouver le soir.

Côté noir aussi, ce début de saison est de très haut niveau, qu’elle flirte avec la mythologie dans l’inquiétant Compte à rebours (épisode 9), qui remet Skinner sur le devant de la scène ; ou qu’elle évoque le rapport à la mort dans l’intense et bouleversant Photos mortelles (épisode 10), porté par Geoffrey Lewis. Même dans une histoire a priori simplissime comme Poursuite (épisode 2), la série atteint des sommets de tension dramatique, rehaussée par l’interprétation habitée de Bryan Cranston, le futur anti-héros de Breaking Bad.

Que du bon aussi dans la seconde moitié de saison, uniquement composée de loners qui associent souvent la légèreté et la gravité, et donnent une place grandissante à la tendre relation de nos agents préférés. Ils incarnent même un couple bourgeois pour mieux infiltrer une communauté inquiétante dans le génial Bienvenue en Arcadie (épisode 15), et s’enlacent avec une complicité et une tendresse enthousiasmantes à la fin de Le Grand Jour (épisode 19), premier épisode écrit et réalisé par David Duchovny, hommage amoureux et décalé au base-ball qui se déroule curieusement à Roswell, en 1947…

Au programme aussi, une sorte de remake explosif d’Un Jour sans fin, Lundi (épisode 14) ; une suite de l’épisode de la saison 5 consacré aux Bandits solitaires, Brelan d’as (épisode 20), avec une Gillian Anderson hilarante ; un « monstre de la semaine » particulièrement réussi dans Agua Mala (épisode 13) ; ou encore une épatante variation sur le thème de l’écrivain dont l’œuvre prend forme dans Milagro (épisode 18).

En rompant avec sa mythologie primitive, X-Files prend une sorte de nouveau départ très enthousiasmant. Le seul bémol de cette saison 6 concerne finalement sa conclusion, Biogenèse (épisode 22), qui tente d’ouvrir la mythologie vers d’autres horizons. L’ambition est là, mais le résultat n’est pas, loin s’en faut, le plus convaincant de tous les cliffhangers de fin de saison.

* Voir aussi la saison 1, la saison 2, la saison 3, la saison 4, la saison 5, le premier film, la saison 7, la saison 8, la saison 9, le second film, la saison 10.

L’Antre de la folie (In the mouth of madness) – de John Carpenter – 1995

Posté : 2 février, 2016 @ 8:00 dans 1990-1999, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

L'Antre de la folie

Le détective d’une agence d’assurance enquête sur la disparition d’un auteur très populaire de romans d’épouvante… De cette vague trame de départ, et d’un scénario écrit par Michael De Luca qu’il avait refusé à plusieurs reprises, Carpenter tire une œuvre totalement déroutante et fascinante, un pur film de terreur qui s’inscrit dans une longue tradition du genre : celle de la frontière qui disparaît entre le cauchemar et la réalité…

D’où vient alors cette impression de n’avoir jamais rien vu de comparable ? Le film est pourtant, sans doute, le plus ouvertement cinéphile de son réalisateur, qui multiplie les citations plus ou moins évidentes : le Kubrick de Shining (pour la manière de faire émerger la folie), le Dario Argento de Suspiria (pour l’antre de Sutter Cane), et même le Polanski de Chinatown pour la scène d’interrogatoire dans laquelle on découvre le personnage de Sam Neill, trop cinématographique pour être anodine. Sans doute l’une des clés de ce film à tiroirs qui ne se dévoile pas si facilement.

Carpenter ne cache pas ses multiples influences cinématographiques, mais c’est surtout du côté de la littérature d’horreur qu’il puise son inspiration : du côté de Stephen King qu’il cite à plusieurs reprises, et surtout du côté de Lovecraft, dont il illustre mieux que quiconque l’atmosphère apocalyptique. D’ailleurs, le réalisateur cite son film comme étant le troisième élément d’une espèce de « trilogie de l’apocalypse » commencée par The Thing et poursuivie avec Prince des ténèbres.

La filiation avec cette dernière merveille de l’horreur est évidente, et pas uniquement pour la place centrale tenue par l’église, d’où jaillie l’essence la plus « pure » du Mal. Avec L’Antre de la folie, Carpenter prolonge les mêmes thématiques, le même esprit paranoïaque et la même approche de l’horreur qui fait irruption dans le quotidien. Mais il va plus loin, y mêlant une réflexion sur la création, sur la responsabilité de l’artiste, et sur la frontière parfois ténue entre la fiction et la réalité.

On pourrait théoriser à l’infinie sur ce que Carpenter a ou n’a pas voulu dire avec ce film. On aurait sans doute tort : L’Antre de la folie, aussi retors et riche soit-il, est avant tout l’une des formes les plus ultimes du cinéma d’épouvante. En gommant la frontière entre cauchemars et réalité, en laissant planer le doute sur la folie de son personnage (il fallait le talent de Sam Neill pour rendre ce doute si perturbant), Carpenter s’autorise toutes les audaces, toutes les folies, toutes les représentations de l’angoisse et de la peur.

Son film parle de littérature ? C’est pourtant l’œuvre la plus purement cinématographique de Carpenter qui, après une série d’échecs et de revers critiques (Les Aventures d’un homme invisible et son remake du Village des damnés), signe avec ce film dont il ne voulait pas son oeuvre la plus personnelle et la plus terrifiante au premier comme au second degré. Son chef d’œuvre.

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