Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie '1990-1999'

Rasé de près (A close shave) – de Nick Park – 1995

Posté : 10 mars, 2018 @ 8:00 dans 1990-1999, COURTS MÉTRAGES, DESSINS ANIMÉS, PARK Nick | Pas de commentaires »

Wallace et Gromit Rasé de près

Après Une grande excursion et Un mauvais pantalon, Rasé de près venait clore une trilogie formidable mettant en scène le duo le plus enthousiasmant de l’histoire de la pâte à modeler, trilogie de courts métrages qui a depuis été prolongée à plusieurs reprises au cinéma et à la télévision.

A close shave est un hommage très réussi aux films d’horreurs des années 30, avec ses savants fous, ses machines infernales, mais aussi ses plaines embrumées et ses monstres inhumains. Tout ça pour rire, bien sûr, mais Nick Park filme sa comédie avec un sens du cadrage qui renvoie explicitement à l’imagerie du cinéma d’épouvante.

Le rythme est impressionnant, et repose en grande partie sur la complémentarité d’un Wallace souvent à côté de la plaque, et d’un Gromit (le chien, donc) plus lucide mais incapable de se faire comprendre. L’humour repose souvent sur le regard de Gromit en arrière-plan, tantôt attéré, tantôt inquiet, tantôt amusé.

A close shave, c’est aussi à peu près une trouvaille à chaque plan, souvent formidable, des inventions totalement délirantes et complètement inutiles du début, à la désopilante poursuite nocturne, avec un Shaun le mouton qui, dans sa toute première apparition, gagne d’emblée ses galons de vedette : le mouton sera par la suite le héros de sa propre série et d’un long métrage.

* Le film est resorti en salles fin 2017 dans une séance double-programme avec Sacré pétrin, sous le titre Wallace et Gromit : cœurs à modeler.

Hook ou la revanche du capitaine Crochet (Hook) – de Steven Spielberg – 1991

Posté : 12 février, 2018 @ 8:00 dans 1990-1999, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Hook

Hook marque une date importante pour Spielberg. A 45 ans, l’ancien golden boy referme ici toute une partie de sa carrière, où l’enfance tient une place prépondérante. Dire qu’il devient adulte en 1991 serait sans doute abusif : Spielberg a alors déjà signé des films qui témoignent de sa maturité, comme La Couleur pourpre. Mais c’est une période particulièrement riche et passionnante qui s’ouvre pour lui. Les deux films qui suivront lui vaudront ainsi son plus grand triomphe public (Jurassic Park) et sa plus grande reconnaissance critique (La Liste de Schindler).

Quant à Hook, il reste plus de vingt-cinq ans après un film mal aimé et sans doute mésestimé, qui mériterait d’être réévalué. Le film n’est certes pas un chef d’œuvre : Neverland a un aspect franchement kitsch, et on sent que Spielberg n’est plus tout à fait en phase avec ses « enfants maudits », dont il fait une sorte de version new age des Goonies (film qu’il avait produit) sans trop y croire. Mais dans l’affrontement entre ce Peter Pan qui a rompu avec son enfance, et son ennemi de toujours le capitaine Crochet, c’est toute la difficulté de devenir adulte qui semble résumée.

Le film est quand même basé sur une idée assez formidable : Peter Pan a décidé de quitter Neverland et de vieillir parce qu’il est tombé amoureux de la petite-fille de Wendy, son amour d’autrefois étant devenue une vieille dame. Devenu père à son tour, il a tout oublié de son passé, pour devenir la caricature de l’homme d’affaire qui n’a rien gardé de son esprit d’enfant. Hook respecte en cela parfaitement les thèmes abordés par J.M. Barrie dans son roman, qu’il prolonge même assez habilement.

Il y a certes une grande limite : en faisant de Peter un homme d’affaire à la fortune visiblement conséquente, le film simplifie et caricature le thème de la responsabilité paternelle, en évacuant toute notion financière. Mais Robin Williams fait un Peter très convaincant, et Dustin Hoffman est particulièrement réjouissant en Crochet dont la superbe dissimule mal l’aspect pathétique. Le duo qu’il forme avec Mouche (Bob Hoskins) est assez irrésistible.

Pas que du bon, donc, dans ce Hook qui occupe pourtant une place centrale dans la filmographie de Spielberg, et qui ne vaut pas le mépris amusé qu’on lui réserve le plus souvent.

Reservoir Dogs (id.) – de Quentin Tarantino – 1992

Posté : 8 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Films de gangsters, 1990-1999, TARANTINO Quentin | Pas de commentaires »

Reservoir Dogs

Pour ceux qui trouvent que Tarantino rabâche quelque peu depuis trois ou quatre films, quoi de mieux qu’un petit retour aux sources… Et au-delà de la claque que Reservoir Dogs continue à être, 25 ans après sa sortie, revoir ce film permet de bien comprendre pourquoi cette impression de redite plombe quelques-uns de ses derniers longs: dans ce premier film, tout ce qui fait la richesse et l’originalité du cinéma de Tarantino est déjà là. Mieux : tout est à son sommet, pas sûr que pour aucun des éléments qui constituent son univers il ait fait mieux ou aussi bien depuis.

Le montage d’abord, tellement vanté pour Pulp Fiction. Certes, le découpage avec ses allures aléatoires prend le spectateur à rebrousse poil. Mais celui de Reservoir Dogs, plus conventionnel sur le papier (on garde la continuité dans le « présent », et on y insère toute une série de flash-backs qui éclairent la situation), est au moins aussi virtuose, avec une fluidité absolue, et avec un sens déjà exceptionnel du récit. Chacun de ces flash-backs fait plus que relancer l’intrigue : il modifie la perception que l’on a des personnages.

Ces personnages, justement, qui représentent déjà tout ce qui fera le cinéma de Tarantino pour le quart de siècle à venir. Des braqueurs, violents et verbeux, qui peuvent s’entre-tuer sans ciller après avoir disserté durant de longues minutes sur la signification des paroles de « Like a virgin », la chanson de Madonna. C’est avec cette discussion que les premiers spectateurs sont entrés dans l’univers de Tarantino, avec la quasi-totalité de son casting réuni autour d’une table échangeant des dialogues qui, à eux seuls, dynamitent le traditionnel film de gangster.

Il y a la violence aussi, crue, brutale, sadique et omniprésente. Tarantino filme ses personnages comme s’il les aimait, rendant certains d’entre eux plutôt sympathiques avec leurs valeurs à l’ancienne, leurs failles et leurs forces. Mais ces personnages sont des monstres, qui se réjouissent de n’avoir que des flics, et « pas des vrais gens ». Une réplique glaçante lancée comme un simple commentaire sur la météo. Et les actes suivent les paroles, comme le prouve la séquence la plus traumatisante d’un film pour le moins inconfortable : la torture du policier par le sadique Michael Madsen.

L’histoire, elle, se résume à quelques lignes : un braquage qui foire (dont on ne verra aucune image), les survivants qui se retrouvent dans un entrepôt désaffecté, et les soupçons autour d’un probable mouchard. Rien de plus, si ce n’est la caméra virtuose et décomplexée de Tarantino, et des acteurs au top : Harvey Keitel, Tim Roth, Steve Buscemi, Lawrence Tierney, Chris Penn, Michael Madsen… Des gueules, des voix, des carrures. Une claque j’vous dis.

Le Village des damnés (Village of the damned) – de John Carpenter – 1995

Posté : 16 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Le Village des damnés 1995

Carpenter s’est approprié pas mal de thèmes bien connus du cinéma fantastique. Il a aussi signé un remake officieux de Rio Bravo (Assaut) et un autre, bien assumé celui-ci, de La Chose d’un autre monde (The Thing). Mais ce remake-ci, d’un petit classique du cinéma fantastique british des années 60, a quelque chose d’unique dans sa filmographie.

Même titre, même histoire, même ville, mêmes personnages en grande partie… Pas d’erreur sur les intentions. Le scénario du film de Wolf Rilla est d’ailleurs crédité au générique, au même titre que le roman original. Mais ce Village des damnés-là est tellement un remake qu’il n’existe réellement que comme tel, par rapport au film de 1960.

Ce qui explique les « trous » que l’on peut regretter dans la narration, les ellipses douteuses et une manière parfois hasardeuse d’avancer dans l’histoire. Avec ce film, c’est comme si John Carpenter avait voulu rendre hommage aux aspects les plus réussis du film de Rilla, et surtout rattraper ce qui l’était moins. On a donc des passages qui sont des copiés-collés du premier film, des dialogues entiers repris tels quels. Ces moments là sont d’ailleurs les moins intéressants, comme si Carpenter s’en désintéressait : si c’était bien chez Wolf Rilla, pourquoi s’embêter à vouloir le refaire ?

Dans les différences, en revanche, le film est passionnant. Le film original se concentrait essentiellement sur son couple vedette, reléguant les seconds rôles aux arrières-plans ? Carpenter commence son film en soulignant l’importance de la communauté, et en multipliant les personnages. Celui de George Sanders, d’ailleurs, est « coupé » en deux, repris à la fois par le médecin du village (Christopher Reeve, dans l’un de ses derniers rôles avant l’accident) et par une scientifique d’une agence gouvernementale (Kirsty Alley).

Les pouvoirs des gamins maléfiques avaient des effets trop modestes? Carpenter appuie sur le gore avec un cuisinier qui se transforme en grillade, ou un médecin qui pratique l’auto-opération… Les liens entre ces enfants et leurs « parents » était vite rompus? C’est peut-être là que se situe la plus grande différence, avec des ébauches d’humanisation chez l’un des enfants, et l’envie d’une mère d’aimer son fils malgré tout.

Et puis il y a l’élégance de Carpenter, entièrement au service de l’efficacité du récit, qui s’amuse aussi à s’auto-citer à travers quelques plans typiquement carpenteriens : l’ombre au début du film qui évoque le brouillard de Fog, un travelling sur une haie qui renvoie aux plans inoubliables de Halloween, ou un visage monstrueux en surimpression qui rappelle curieusement Invasion Los Angeles. Tourné après l’un des sommets de sa filmographie (L’Antre de la folie), et avant une ultime série de films sans doute moins originaux, Le Village des damnés a déjà des allures de bilan.

Les Grands Ducs – de Patrice Leconte – 1996

Posté : 12 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, LECONTE Patrice | Pas de commentaires »

Les Grands Ducs

Il y a du bon et du moins bon dans cette comédie que Leconte n’a sans doute imaginée que pour une seule raison : réunir Philippe Noiret, Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle. Une vraie bonne idée d’ailleurs : le plaisir évident que ces trois-là ont à se retrouver est très communicatif, tellement communicatif qu’on leur pardonne volontiers d’en faire trop. Après tout, ces trois grands comédiens incarnent trois petits comédiens, moins talentueux que passionnés par leur carrière en bout de course.

Rochefort en vieux beau gominé, et Noiret en vieux cabot ravagé par le trac, sont excessifs juste ce qu’il faut, et ont l’intelligence de ne rien faire pour se mettre en valeur, acceptant et renforçant leur vieillissement avec une jolie sincérité qui n’a jamais rien de pathétique. Mais c’est Marielle qui dévore l’écran à chaque apparition. Magistral, il est hilarant en barjot grande gueule qui semble avoir renoncé à toute idée de convenance sociale. Le regard consterné qu’il lance au public occupé à rire est extraordinaire.

Leconte réussit aussi son hommage au métier du spectacle, en filmant le quotidien d’une petite troupe en tournée en province. Mais sur ce thème, il s’était montré plus tendre et émouvant dans son beau Tandem. A l’émotion, Leconte préfère ici une grande liberté de ton… et de mise en scène, souvent caméra à l’épaule et à la va-comme-je-te-pousse.

Cela donne parfois du rythme au film, mais parfois aussi une impression de bâclage. C’est surtout flagrant lors de toutes les apparitions du pauvre Michel Blanc, totalement caricatural dans un rôle de méchant grotesque qui gâche un peu le plaisir que l’on a de retrouvé ce grand trio de cinéma.

Vampires (id.) – de John Carpenter – 1998

Posté : 3 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Vampires

Monstres, homme invisible, croque-mitaine, voiture tueuse, diable, extra-terrestres… Le cinéma de John Carpenter est tellement rempli des grandes figures du cinéma fantastique qu’il est presque incroyable qu’il ait attendu si longtemps pour se confronter aux vampires. Il en avait d’ailleurs été questions quelques années plus tôt : il avait été question que ce soit lui qui réalise le Dracula, finalement signé Coppola.

On l’imagine sans mal : le film réalisé par Carpenter aurait sans doute été aux antipodes de la sophistication fascinante du film tel qu’il existe. Plus proche d’un pur film de genre, comme l’est ce Vampires au titre d’une sobriété exemplaire. C’est qu’il ne ment pas sur la marchandise : pas question pour lui de révolutionner le genre du film de vampires. Carpenter aime le cinéma de genre, il s’y glisse avec délectation, et c’est avant tout par l’élégance et l’efficacité de sa mise en scène qu’il impose sa marque.

On peut toujours essayer d’y voir des messages ou des thèmes forts : l’église y est ainsi présentée une nouvelle fois (après Prince des Ténèbres) comme une institution hypocrite et inquiétante. Mais le fait est que Vampires est avant tout, et peut-être même exclusivement, un pur film d’horreur, très premier degré, très efficace, très fun, très bien mis en scène, et très mineur dans ses ambitions.

Carpenter y fait un pas de plus vers le western, ce genre qui l’accompagne depuis Assaut et qui n’a jamais abordé frontalement. Visuellement, c’est dans Vampires qu’il s’en rapproche le plus, avec ses grandes étendues désertes, ses paysages poussiéreux, et ses personnages filmés comme une horde de justiciers. Et c’est assez beau : même dans un film mineur comme celui-ci, Carpenter reste un grand formaliste, qui sait composer des images superbes, qui contribuent (au même titre que la musique entêtante de Carpenter himself) à créer le sentiment de peur.

Peu de nuances en revance à attendre du côté des personnages : Thomas Ian Griffith est une personnification du mal assez extrême, et James Woods est un héros bad-ass très dur et très droit. Mais le film révèle quelques surprises du côté des seconds rôles. Quant à Sheryl Lee, la postérité se souviendra d’elle pour avoir jouer une morte dans Twin Peaks… et une moribonde dans Vampires : la pauvre passe la quasi-totalité du film à râler et à trembler, avant de cracher des hectolitres de sang.

La surprise, et c’en est une, vient de Daniel Baldwin. Le frangin d’Alec est un veau, c’est un fait. Mais c’est à lui que revient le plus beau personnage : un chasseur de vampire mordu et promis à un avenir funeste, qui révèle une sensibilité inattendue. Jusqu’à une très belle dernière scène. Petit moment d’émotion dans un film plus franchement porté sur l’action pure et la trouille.

Amistad (id.) – de Steven Spielberg – 1997

Posté : 31 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Amistad

L’un des Spielberg les plus mal aimés mérite bien une petite réhabilitation. Non pas que Amistad soit l’un des chefs d’œuvres du monsieur, dont on peut citer une douzaine de films plus aboutis que celui-ci : sans doute trop long, Amistad peine à garder jusqu’au bout la puissance de ses premières scènes.

Parce que, comme souvent chez Spielberg, y compris dans ses films les moins réussis (le quatrième Indiana Jones, pour ne citer que celui-ci), le début est éclatant. Par une succession de très gros plans, viscéraux et impressionnants, il nous emmène au plus près d’esclaves enfermés à fond de cale, comme il le fera avec les GIs sur les plages de Normandie dans son film suivant, plus acclamé mais pas moins imparfait.

Spielberg est un grand humaniste, lorsqu’il n’est pas un entertainer de génie. Avec Amistad, il filme les noirs victimes de l’esclavage un peu comme il filmait les Juifs victimes de l’Holocauste dans La Liste de Schindler. C’est en tout cas la sensation qui se dégage des quelques flash-backs qui éclairent l’histoire de ces Africains-là : raflés dans leur village, parqués par esclavagistes qui les traitent comme des marchandises, jetés à la mer comme du lest… Le parallèle entre les deux films, entre ces deux horreurs absolus, est clairement assumés.

Pourtant, c’est quand il s’éloigne de cette comparaison peut-être trop évidente que le film devient le plus fort. L’histoire s’inspire de faits authentiques : la mutinerie d’Africains enlevés chez eux pour devenir esclaves en Espagne, dans les années 1830, et jugés aux Etats-Unis. Là où Spielberg est le plus inspiré, c’est dans la relation qui se noue entre l’un des Africains (joué avec une extraordinaire intensité, mais aussi sobriété, par Djimon Hounsou, révélation du film) et l’avocat qui décide de les aider (Mathew McConaughey, dans sa période pré-comédies romantiques torse-poil).

Les premières scènes surtout, sont magnifiques, lorsque les deux hommes tentent de communiquer par-delà la barrière de la langue. Audacieux, Spielberg choisit en effet de faire parler les Africains dans leur propre langue, parfois sans sous-titre. Un choix qui rend notamment tout le début du film purement sensoriel, et qui donne plus tard lieu à quelques très jolies scènes pleines d’émotions.

La relation qui se noue entre cet homme né libre en Afrique et l’ancien esclave devenu libre et respecté qu’incarne magnifiquement Morgan Freeman est également magnifique. Freeman, d’une sobriété exemplaire, incarne parfaitement, par son simple regard incrédule et par sa gêne manifeste, toute l’horreur de l’esclavage.

La seconde moitié du métrage se dirige vers un film de procès un peu plus convenu, malgré l’enjeu de l’histoire (qui annonce Lincoln, le grand-œuvre dont Spielberg parlait déjà à l’époque) et la sincérité évidente, mais presque trop étouffante du propos. Surtout, dans la dernière partie, Mathew McConaughey, très bien, s’efface au profit d’Anthony Hopkins, qui a décidément tendance à en faire beaucoup dès lors qu’il a un rôle fort (en l’occurrence celui de l’ancien président John Quincy Adams).

Mais le film, malgré ses 2h30, est passionnant de bout en bout. Et même s’il joue un peu la carte de l’émotion facile, Spielberg le fait en teintant son film d’une profonde amertume, et d’un certain cynisme. Après tout, l’issue du film ouvre peut-être un certain espoir, mais il faudra encore trente ans et des dizaines de milliers de morts pour que l’esclavage soit aboli aux Etats-Unis…

Miller’s Crossing (id.) – de Joel et Ethan Coen – 1990

Posté : 26 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Films de gangsters, * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, COEN Ethan, COEN Joel | Pas de commentaires »

Miller's crossing

Le grand film de gangsters des frères Coen… Après le film noir (Blood Simple) et la comédie noire (Arizona Junior), les frangins continuent à explorer les grands genres américains, avec un regard amoureux, une vraie gourmandise de cinéphile, et un style extraordinaire.

Ce regard amoureux est évident dès la toute première scène, clin d’œil évident et assumé à celle du Parrain. A l’autre extrêmité du film, le tout dernier plan révèle une autre raison d’être du film : Miller’s Crossing n’est pas seulement un hommage aux grands films de gangsters, il répond aussi à l’envie des deux frères de s’approprier les grandes figures archétypales du genre.

Ce dernier plan de Gabriel Byrne remettant son chapeau et relevant doucement la tête révèle une pure gourmandise de cinéaste : juste l’envie de filmer ce beau plan iconique, avec ce chapeau comme symbole d’un genre jamais vraiment disparu, qui joue d’ailleurs un rôle central dans le film, sorte de fil rouge visuel et thématique.

Miller’s Crossing est plein de ces petits moments anodins que le style des Coen transforme en grands moments de cinéma, totalement jouissifs, toujours en s’amusant avec les codes du genre. On retrouve là tous les poncifs du film de gangsters : les trahisons, les règlements de compte, les flics pourris, les politiques aux ordres, les hommes de main brutaux… Et les références ne manquent pas, de Scarface à Il était une fois en Amérique, en passant par La Clé de verre, c’est à peu près toute l’histoire de ce genre très américain qui est passée en revue.

Le style est exceptionnel et donne une suite de scènes mémorables, le rythme est impeccable, les acteurs sont formidables (Albert Finney, John Turturro, Steve Buscemi… tous au sommet autour de Gabriel Byrne, incarnation idéale du gangster à la Alan Ladd)… Et il y a l’ironie des Coen, un sens du décalage réjouissant qui flirte par moments avec la parodie. En particulier lors des fusillades, tellement énormes qu’elles en deviennent absurdes. Entre noirceur et dérision, les Coen trouvent le ton juste. Miller’s Crossing est une grande réussite.

Maverick (id.) – de Richard Donner – 1994

Posté : 9 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, DONNER Richard, WESTERNS | Pas de commentaires »

Maverick

Richard Donner est un veau. Ce n’est pas une nouveauté : il y a souvent dans ses films un rythme discutable, et une absence assez flagrante d’idées neuves. Maverick, adaptation rigolarde d’une série western des années 60, ne fait pas vraiment exception.

Un exemple : la scène où Jodie Foster et Mel Gibson se précipitent sans se voir vers la chambre de l’autre, clin d’œil appuyé aux grandes comédies hollywoodiennes des années 40 (et 30), qui passe totalement à côté de la force comique ET sexy de la situation.

Plus gênant encore : Donner ne sait pas filmer le poker, motif habituel du cinéma américain (qui a souvent donné de beaux moments dans d’autres films)… qui occupe pourtant une place centrale dans l’histoire de Maverick. Ignorant presque totalement les possibilités dramatiques du jeu, Donner se contente de filmer des cartes qui tombent au ralenti et des gueules déconfites, ne gardant qu’un ultime faux suspense franchement lourdaud.

Mais, il y a les acteurs. Et c’est à eux, et à eux seuls, que l’on doit le plaisir, bien réel malgré tout, que l’on prend par moments. Il y a James Garner, dans une sorte de version vieillie du personnage qu’il tenait dans la série originale. Et surtout le couple Jodie Foster/Mel Gibson, tous deux au sommet de leur gloire. Entre eux, le courant passe, c’est rien de le dire. Et leur couple s’inscrit d’avantage dans la tradition du slapstick que dans celle du western.

C’est bien un western pour rire, comme le confirme avec une joyeuse dérision Graham Greene en chef Indien, dans une quasi-parodie du rôle qu’il tenait dans Danse Avec les Loups. Il reconnaît ainsi qu’il sait choisir les plus beaux endroits pour installer ses camps, se souvenant sans doute des beaux décors naturels du film de Costner. Et là aussi, les paysages sont beaux, spectaculaires, et parfois même surprenants (comme ce village construit au pied des falaises).

Richard Donner « emprunte » sans vergogne, reprenant des motifs des comédies de Hawks, ou copiant éhontément une scène entière d’Indiana Jones et la dernière croisade (celle de la falaise). Le réalisateur semble tout entier tourné vers le plaisir qu’il a pris sur le tournage, invitant même Danny Glover pour un rapide clin d’œil plutôt rigolo à L’Arme fatale. Plaisir partagé par les acteurs, tous dans un registre léger qui fait mouche (James Coburn, Alfred Molina…). Un petit plaisir communicatif dont on peut ne pas se priver.

Hudson Hawk, gentleman et cambrioleur (Hudson Hawk) – de Michael Lehmann – 1991

Posté : 13 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, ACTION US (1980-…), LEHMANN Michael | Pas de commentaires »

Hudson Hawk

C’était l’époque où Bruce Willis avait un charme fou (et des cheveux). Cette année-là surtout, on sentait chez lui un plaisir communicatif d’être ce qu’il était : un type cool, un acteur enthousiasmant, la star la plus hot du moment. Après le triomphe de 58 minutes pour vivre, il peut faire à peu près tout ce qu’il veut. Et ce qu’il choisit, on sent que c’est par passion qu’il le fait. Oui, tout ça semble très loin.

Cette année-là, le voilà donc à l’affiche du Bûcher des Vanités (un bide historique), et de ce Hudson Hawk, une comédie d’action imaginée par l’ami Bruce lui-même, un thème qu’il retrouve par ailleurs sur l’un des albums qu’il enregistre en tant que chanteur. Un bide historique également. Bref, autant dire que les sorts consécutifs de ces deux films ambitieux ont sans doute contribué à rendre la star plus… prudente. Jusqu’à l’enfermer dans les nanars qu’il enchaîne depuis des années.

On n’en est pas là. Hudson Hawk, film mal aimé à l’époque, semble n’être pas plus aimé aujourd’hui, personne n’ayant l’envie de le réhabiliter. Eh bien moi je le dis : voilà une vraie et grande injustice ! OK, le film de Michael Lehmann n’est pas parfait. Quelques gags un peu limites (le sourire de la Joconde dans le prologue, bof), quelques petites baisses de régimes. Mais le film joue avec jubilation avec les lois du film d’action, s’amusant avec un décalage réjouissant du genre dont Bruce Willis lui-même devenait à l’époque le symbole.

Il faut voir la star, avec son comparse Danny Aiello, balancer des bombes dans la nuit en chantant « Side by side ». Il faut les voir aussi cambrioler un musée en fredonnant des chansons célèbres dont la durée leur permettent de chronométrer leurs actions. Et puis ces transitions folles : Willis qui tombe d’un camion et se retrouve assis sur une terrasse face à une Andy McDowell craquante…

L’humour, parfois, est franchement bas du plafond, mais avouons qu’il frappe juste, et que tout ça est simplement très drôle : les petites frappes (parmi lesquels David Caruso étonnant en caméléon muet) qui portent des noms de barres chocolatées, ou un couple de criminels totalement déjantés qui flingue à tout va en éclatant de rire, James Coburn en vieux briscard qui se transforme en roi du kung-fu, sans oublier le fameux « Bunny ? Baballe… » Culte.

Non seulement le film est drôle et spectaculaire, mais il est aussi visuellement très réussi, avec une photo magnifique, et une vraie ambition esthétique. Allez, et si on réhabilitait vraiment Hudson Hawk ?

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