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Archive pour la catégorie '1990-1999'

City Hall (id.) – de Harold Becker – 1995

Posté : 24 mars, 2011 @ 12:14 dans 1990-1999, BECKER Harold, PACINO Al | Pas de commentaires »

City Hall

Entre deux nanars (Malice et Code Mercury, tous deux avec Alec Baldwin), Harold Becker signe cet excellent thriller politique qui nous plonge au cœur du city hall de New York. La figure centrale de ce film n’est autre que le maire de la « grosse pomme », présenté comme un grand maire, et un grand homme tout court. Et ça fait du bien : le propos est sans doute un peu naïf, et les personnages caricaturaux, mais le sujet est passionnant. Dommage d’ailleurs, qu’un rebondissement final téléphoné vienne gâcher un peu la fin du film : City Hall n’avait pas besoin de ça, la découverte des coulisses du pouvoir est suffisamment passionnante sans avoir à en rajouter.

C’est réellement les coulisses du pouvoir que l’on découvre ici : les journées interminables du maire et de son bras droit, jeune homme brillant totalement dévoué à son patron, qui s’apparente à une sorte de double bénéfique, homme de l’ombre quasiment aussi puissant que le maire. Ce jeune homme dénué de vie privée et d’ambition personnelle, c’est John Cusack, omniprésent à l’écran, mais curieusement en retrait par rapport au maire, interprété par un Al Pacino en grande forme. Lui n’est pas de toutes les scènes, mais son charisme bouffe l’écran, et sert parfaitement ce « grand maire », orateur génial et homme au grand cœur, dont on ne doute jamais de la sincérité, même quand il s’invite à l’enterrement d’un petit garçon noir, sortant un discours populiste et grandiloquent devant un auditoire d’abord hostile, mais rapidement séduit.

C’est too much, souvent, sans doute. Mais c’est aussi passionnant, et mené comme un thriller. Et puis le scénario (auquel Paul Schrader a participé), malin et intelligent, dévoile une grande violence qui se cache derrière les visages bienveillants des hommes politiques ; des liens discrets mais étroits entre les responsables politiques et la mafia new-yorkaise ; et des décisions cruciales qui se prennent dans les coulisses d’un opéra, ou dans l’arrière-salle d’un restaurant… Les non-dits sont omniprésents, le discours politique est souvent opaque et à double-tranchant, mais le propos est vraiment passionnant, et Harold Becker se révèle (comme dans Sea of Love, déjà avec Pacino) un excellent conteur.

La Maison des otages (Desperates Hours) – de Michael Cimino – 1990

Posté : 7 février, 2011 @ 2:12 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, CIMINO Michael | Pas de commentaires »

La Maison des otages

Un remake d’un polar des années 50 (de Wyler, avec Bogart), réalisé par un cinéaste certes génial, mais au fond du trou… On pouvait avoir peur. Et les premières scènes ne rassurent pas vraiment. Bien sûr, il y a un métier évident, et on retrouve la patte du réalisateur de Voyage au bout de l’enfer dans sa manière de filmer l’homme (enfin, la femme ici) dans les immenses étendues sauvages d’Amérique… Alors le film sent bon la bonne série B efficace et distrayante, mais on ne s’attend pas vraiment à grand-chose d’autre.

Desperate Hours, d’ailleurs, est un pur film de genres, qui reprend des recettes vieilles comme le film noir ou comme le film de gangster. Et avec des personnages qui ne sont pas loin d’être des stéréotypes : la femme fatale blonde aux jambes interminables (qui montre ses seins dans une scène sur deux, allez savoir pourquoi…), le méchant sans pitié qui se rêve en homme du monde (Cagney ou Robinson n’auraient pas craché sur un tel rôle), le flic plus malin que les autres prêt à enfreindre les règles, la pure famille américaine.

Sauf que ces stéréotypes cachent des fêlures profondes comme le Grand Canyon. La femme fatale, jouée par Kelly Lynch, est d’une complexité immense, et ressemble plus à une victime, terrorisée par son gangster de mec. Le gangster, donc (Mickey Rourke, encore beau, qui s’apprêtait à chuter tout au fond du trou au niveau personnel et professionnel), est un dur qui tue de sang froid, certes, mais c’est aussi un type bien moins malin qu’il ne l’imagine, et aussi bien moins courageux (il n’y a qu’à voir cette scène mémorable où il s’accroche à la jambe de son ancienne victime pour ne pas voir ce qui l’attend). Et entouré de deux crétins assez gratinés (Elias Koteas, et surtout David Morse, qui se lance en solo dans une cavale qui durera deux secondes et demi, juste à cause de sa bêtise, et qui s’achèvera dans une sorte de communion très belle avec la nature…).

Quant à la pure famille américaine, elle prend un sacré coup dans son image. Ce n’est d’ailleurs plus vraiment une famille puisque monsieur (Anthony Hopkins) a quitté femme (Mimi Rogers) et enfants pour une jeunette à peine plus vieille que sa fille. Et s’il tente de retrouver grâce aux yeux de sa femme, c’est parce que sa maîtresse l’a quitté à son tour. On ne croit pas une seconde à sa sincérité quand il lance à sa femme des grandes déclarations style « je me suis rendu compte que je ne pouvais pas vivre sans toi ». Sans « toit », oui…

Il y a un vrai côté cynique dans ce film, qui raconte en fait la renaissance de cette famille qui, incapable de parler sincèrement et sans masque, ne peut se reformer que par un événement extrême et extérieur. Catalyseur malgré lui de cette réconciliation, Mickey Rourke impose à Mimi Rogers et Anthony Hopkins une cohabitation qu’ils n’étaient plus capables d’envisager par eux-mêmes. Mieux encore : il tue de sang froid, et sans raison apparente, le brave agent immobilier chargé de la vente de cette maison, symbole de la désunion du couple… Il y a des conseillers matrimoniaux un brin moins expéditifs…

Cimino fait de son film une satire, mais il n’oublie ni le récit, ni le rythme : son film est aussi, et surtout, un suspense hyper efficace, où la tension monte constamment jusqu’à l’explosion finale, et la libération (dans tous les sens du mot). Et Anthony Hopkins qui referme la porte criblée de balles sur le cadavre du geôlier (et sauveur) de sa famille…

* Le film est sorti en DVD dans une édition simple chez Carlotta, au printemps 2016.

Le Bûcher des Vanités (The Bonfire of the Vanities) – de Brian De Palma – 1990

Posté : 3 février, 2011 @ 10:45 dans 1990-1999, DE PALMA Brian | Pas de commentaires »

Le Bûcher des vanités

Il serait peut-être temps de réhabiliter ce De Palma très grand cru, descendu en flèche à sa sortie il y a vingt ans. Du roman foisonnant et monumental de Tom Wolfe, Brian De Palma signe un film curieusement modeste, au ton très inhabituel. C’est drôle, parfois excessif, mais surtout très cynique. Et c’est aussi un film purement De Palmesque qui commence, tiens, par un long plan-séquence virtuose comme le réalisateur les affectionne. Avec une fluidité sidérante, la caméra suit un Bruce Willis totalement ivre, légèrement lubrique, et franchement goguenard, dans les couloirs, les ascenseurs et les coulisses d’un grand building où il est attendu pour… pour raconter le film, en fait. Et tout ce qu’on verra par la suite sera non pas une illustration de la stricte réalité, mais la version des faits telle les raconte le journaliste Peter Fallow. Et quand on voit où se situent la morale et l’honnêteté intellectuelle des personnages de ce film, on peut sérieusement douter de leur véracité absolue.

Il y a d’ailleurs des moments étonnants, « too much », comme s’ils étaient fantasmés par la plume du journaliste en quête d’une bonne histoire à raconter. Sherman McCoy, le héros de cette histoire, trader caricatural qui vit dans un appartement caricatural, avec une femme caricaturale, un chien caricatural, des voisins caricaturaux, et une maîtresse caricaturale, n’a ainsi rien de réel. Il ne devient vraiment humain, et touchant, que dans l’unique scène où il rencontre le narrateur, dans le métro.

Exceptée cette scène, simple et belle, Sherman McCoy est un symbole, plus qu’un personnage. Tous les personnages sont ainsi, excessifs et proches de la caricature, entièrement au service du message que Peter Fallow veut faire passer dans son article, puis dans son livre. Cette histoire tristement banale – un golden boy en goguette avec sa riche maîtresse renverse un jeune noir dans le Bronx et prend la fuite – révèle les dérives inhumaines de la société américaine de ces années-là (c’est-y mieux aujourd’hui ?), où ne compte que l’argent facile et l’image que l’on donne, deux valeurs pour lesquelles toutes les compromissions sont possibles.

Le Bûcher des Vanités est un film malin et gonflé, où De Palma évite consciencieusement tous les jugements faciles. Le golden boy a une vie d’une vacuité hallucinante ? Oui, mais la mère du jeune noir fauché, malgré sa douceur apparente, n’est pas beaucoup plus recommandable. Pas plus que le pasteur, leader de la communauté noire. Pas plus que le procureur juif, qui se rêve en maire de New York. Pas plus que Peter Fallow lui-même, pourtant le plus humain de tous, mais qui consent à vendre son âme au diable. « Après tout, il y a quelques compensations… »

La caméra de De Palma est virtuose, mais pourtant très discrète, comme elle l’est dans les meilleurs films du maître. Et devant cette caméra, il y a quelques acteurs assez époustouflants. Tom Hanks, bien sûr, constamment dans le juste ton avec ce personnage pas facile, égotiste insupportable qui révèle peu à peu une complexité et une humanité inattendues. Melanie Griffith, bécasse réjouissante qui ne semble vivre que pour le sexe et l’argent (dans quel ordre ?). Morgan Freeman en juge humaniste, réaliste et grande gueule qui se lance, dans une salle comme figée, dans un grand discours qui évoque le James Stewart de Monsieur Smith au Sénat. Kim Catrall en riche quadra obnubilée par sa silhouette, sa place dans la société, et son chien. Et Bruce Willis, génial en loser magnifique, fil rouge de cette histoire édifiante, et si bien racontée…

Un faux mouvements (One false move) – de Carl Franklin – 1990

Posté : 24 janvier, 2011 @ 11:45 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, FRANKLIN Carl | Pas de commentaires »

Un faux mouvement

La violence, dans Un faux mouvement, éclate froidement et cliniquement dans la première séquence, tournée d’une manière presque documentaire, avec un réalisme inhabituel. Le film n’est commencé que depuis quelques minutes qu’on est pris aux tripes, saisi par la cruauté et le terrible sang-froid des deux tueurs : l’exécution des six victimes est filmée sans pathos, sans s’appesantir, presque sans y prendre gare. Et cette froideur extrême glace le sang, parce qu’elle nous fait partager l’absence totale de valeur morale de ces deux ordures absolues…

On s’attendait à voir un film noir de plus, une variation sur un thème qui n’en finit pas d’être remis au goût du jour, notamment, à cette époque, par les frères Coen (Sang pour Sang…). Mais c’est quelque chose d’un peu différent que propose Carl Franklin : un thriller purement psychologique. Parce qu’après cette première séquence morbide, la violence se fait très discrète jusqu’à la conclusion du film. Franklin, par contre, instaure un climat de trouille qui ne quitte plus le spectateur. Une vraie trouille comme on en ressent peu au cinéma : pas basée sur le suspense ou sur la surprise, mais sur l’attente, sur la certitude que les destins que l’on suit en parallèle à l’écran sont amenés à se rencontrer, et que le résultat va être tragique.

Ces destins parallèles, ce sont ceux des bons et des méchants. D’un côté, les deux tueurs, qui traversent plusieurs états avec le butin minable de leur crime (15 000 dollars et pas mal de coke) ; de l’autre, le flic bouseux d’une petite ville paumée où les criminels sont attendus. Trait d’union entre eux tous : la petite amie du criminel interprété par Billy Bob Thornton (également auteur du scénario), présentée comme un témoin passif par tous les protagonistes, mais d’une complexité rare : au bord de la nausée après le sextuple meurtre du début, c’est elle, pourtant, qui dessoudera un patrouilleur froidement, d’une balle dans la tête. Mère indigne, junkie, tueuse de flic… ce personnage inoubliable joliment interprété par Cynda Williams (qu’on n’a pas vraiment revue depuis, hélas) est aussi étrangement le plus attachant de toute cette histoire.

Quant au flic bouseux, c’est Bill Paxton, dans un rôle taillé pour lui, à la fois touchant et un peu ridicule, excité à l’idée d’affronter enfin de vrais méchants, et admirateur des deux super-flics qui arrivent de L.A., et qui se moquent gentiment de ce type sincère, passionné, mais franchement ringard.

Pendant la plus grande partie du film, l’affrontement entre les bons et les méchants se fait à distance. L’explosion de violence se fait attendre, et on se dit que ça va être quelque chose, forcément. Mais ce n’est pas ce qui intéresse Franklin, qui expédie cet affrontement en quelques secondes à peine, là encore sans en rajouter. Le résultat est une fois de plus glaçant, d’autant plus que le générique de fin arrive quand on ne l’attend pas, et laisse un sentiment de malaise persistant.

En un film, Carl Franklin faisait son entrée dans la cour des très grands auteurs de films noirs, où la psychologie et l’atmosphère comptent infiniment plus que l’action et les rebondissements. Ça bouscule, et c’est rudement bon…

Juste Cause (Just Cause) – de Arne Glimcher – 1994

Posté : 24 janvier, 2011 @ 11:18 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, GLIMCHER Arne | Pas de commentaires »

Juste Cause

Sean Connery, Larry Fishburne, Ed Harris, Kate Capshaw, et une toute jeunette Scarlett Johansson (elle n’a que 11 ans)… Plutôt séduisant, le casting de ce thriller que je n’avais pas revu depuis sa sortie en salles (à l’époque, bien sûr, la p’tite Scarlett n’avait retenu l’attention de personne). Mais une fois qu’on a parlé du casting, on a dit l’essentiel. Produit par Connery lui-même, Juste Cause est le film d’une star vieillissante qui peine à trouver un dernier souffle (on dira ce qu’on voudra, il n’aurait rien perdu à arrêter sa carrière une dizaine d’années plus tôt, Sean).

On comprend bien ce qui a attiré l’acteur-producteur dans cette histoire d’un ancien avocat reconverti en conférencier farouche opposant à la peine de mort, qui accepte de reprendre du service pour défendre un jeune noir sur le point d’être exécuté pour le meurtre sauvage d’une petite fille. Persuadé de l’innocence du condamné, l’avocat se heurte à l’hostilité de la population et des flics de cette petite bourgade un peu plouc de Floride, où le traumatisme de ce meurtre est toujours vivace.

Le scénario évoque les grands films à thèse des années 70, en tout cas au début du film. Tout y passe : le racisme de l’Amérique profonde, l’inhumanité de la peine de mort, la justice expéditive… Et pendant un temps, c’est assez efficace et plaisant, même si le scénario accumule les facilités, et que les dialogues sont purement fonctionnels. Oubliez la psychologie des personnages, c’est l’histoire qui prime.

C’est bien le problème, d’autant plus qu’à trop vouloir éviter d’appuyer sur le message anti-peine de mort et anti-raciste, Arne Glimcher (jamais entendu parler, depuis ce film) et ses scénaristes finissent par se mordre la queue. Non seulement le thème initial perd tout son sens, mais le film se transforme en un thriller grand-guignol assez percutant (suffisamment, en tout cas, pour ne pas s’ennuyer), mais guère différent des productions qu’on voyait à la pelle au milieu des années 90.

Mais bon, je me sens d’humeur généreuse : Juste Cause mérite d’être vu, ne serait-ce que pour le face-à-face réussi entre Sean Connery et Laurence Fishburne. Oubliez les autres acteurs (surtout Ed Harris, qui en fait des tonnes dans un rôle à la Hannibal Lecter), c’est grâce à eux deux, et à eux deux seulement, qu’on prend un certain plaisir à voir ce petit film…

Le Prince et le Pauvre (The Prince and the Pauper) – de George Scribner – 1990

Posté : 10 janvier, 2011 @ 7:46 dans 1990-1999, COURTS MÉTRAGES, DESSINS ANIMÉS, SCRIBNER George | Pas de commentaires »

Le Prince et le pauvre

Cela faisait sept ans qu’on n’avait pas vu Mickey sur un grand écran (depuis Le Noël de Mickey), et pour rattraper le temps perdu, on a droit à deux Mickey pour le prix d’un : la souris est à la fois le prince et le pauvre du titre, deux sosies qui décident d’échanger leur place, parce que la vie de l’autre doit être plus belle. Le prince pense trouver plus de liberté en vivant parmi les pauvres de son royaume, et le pauvre accepte l’échange (timidement, quand même) pensant que la vie de château serait plus douce.

Evidemment, ils se rendront compte que la vérité est bien différente de leurs fantasmes : le prince découvre un peuple exsangue, et le pauvre tombe entre les mains de l’entourage pourri du prince, et assiste à la mort du roi (cruel, cruel…).

Mais le film est une jolie réussite (qui annonce la résurrection du studio en ce début de décennie, après un long passage à vide), qui ne joue pas (trop) la carte du moralisme, mais reste un pur divertissement, joyeux et plein de rebondissements, porté surtout par un Dingo insouciant et chantant.

Après ça, Mickey restera invisible encore plus de cinq ans, avant de revenir dans une étrange tentative de séduire un public jeune dont les goûts ont changé : ce sera Mickey perd la tête (Runaway Brain).

Le Parrain, 3ème partie (The Godfather, Part 3) – de Francis Ford Coppola – 1990

Posté : 23 décembre, 2010 @ 12:21 dans 1990-1999, COPPOLA Francis Ford, PACINO Al | Pas de commentaires »

Le Parrain 3

Il aura fallu attendre seize ans pour que Coppola accepte de se pencher de nouveau sur la saga de la famille Corleone. Ç’aurait pu être le film de trop, mais c’est tout le contraire : cette troisième partie est la conclusion parfaite d’une immense tragédie familiale, sur fond de crime. Et Michael s’impose, définitivement, comme le personnage central de cette saga, ce qu’on pressentait dès le premier film, même si la figure de Vito dominait de son aura.

Plus linéaire que le deuxième film, cette conclusion commence de manière inattendue : Michael, qui a enfin réussi à rendre légales toutes ses affaires, est récompensé par le Vatican. Dès les premières images, le cynisme est immense, et on comprend que la notion de bien et de mal est toute relative, dans le crime organisé comme au plus haut sommet du Vatican. Face aux avocats et aux responsables de l’état catholique, même Michael Corleone fait figure de Saint…

Cynique, mais aussi désespéré. Malgré quelques moments de grâce et de légèreté (les vraies retrouvailles de Michael et de Kay, pour la première fois en Sicile), on sent bien que cette insouciance retrouvée n’est qu’une parenthèse dans une trajectoire dont la conclusion ne peut qu’être tragique. Et elle l’est : à l’issue d’une longue séquence comme Coppola les aime, où les règlements de compte se succèdent alors qu’un opéra se joue (montage extraordinaire, pour une scène à la tension énorme), le rythme trépidant se fige sur le drame ultime, puis sur le visage de Michael, défiguré par le cri le plus déchirant de l’histoire du cinéma : un cri si douloureux qu’il en reste silencieux, coincé dans la gorge d’un Al Pacino immense. J’ai dû voir le film une demi-douzaine de fois, mais ce cri, pourtant attendu, me fait craquer à chaque fois.Coppola n’a certainement pas le film de trop. Bien au contraire : il offre à sa saga familiale le plus déchirant des tomber de rideau, une conclusion parfaite pour la tragédie qu’est Le Parrain. Michael s’est égaré sur la route qu’il s’est tracé ? Il en paye le prix fort…

Totalement réussi, ce troisième et ultime volet n’est pas juste un retour aux sources (la moitié du film se déroule dans les environs de Corleone, en Sicile), qui permet de retrouver des personnages que l’ont suit, pour certains, depuis plus d’un demi-siècle. Coppola filme aussi une époque qui n’est plus celle de l’après-guerre : nous sommes dans les années 70, et l’honneur n’est plus une valeur montante chez les gangsters. Le film raconte aussi la confrontation de ces générations. C’est aussi un passage de flambeau, entre un Michael vieillissant qui réalise l’ampleur de son échec alors même qu’il touchait à son but ultime (la respectabilité), et son neveu, le « bâtard » Vincent Mancini, aussi impétueux que son père Sonny. Andy Garcia, dans ce rôle-clé et casse-gueule, est parfait, et s’impose comme une figure incontournable de la saga.

On pourrait dire beaucoup de bien aussi des autres comédiens, de Joe Mantegna, de Eli Wallach, et même de Sofia Coppola, qui joue plutôt bien la fille de Michael malgré toutes les critiques qu’elle s’est prise dans la face à la sortie du film…

Dès que le générique se met à défiler sur l’écran, on se prend à revivre non pas juste le dernier film, mais les neuf heures de cette saga fascinante, l’une des plus passionnantes et déchirantes qui soit. Coppola a réussi l’impossible : signer trois chef d’œuvre absolus, parfaitement cohérents et complémentaires. Un monument en trois actes à revoir très régulièrement.

Le Fugitif (The Fugitive) – de Andrew Davis – 1993

Posté : 23 décembre, 2010 @ 12:17 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, DAVIS Andrew, FORD Harrison | Pas de commentaires »

Le Fugitif

C’est ce qu’on appelle un miracle : comment, entre deux Steven Seagal paresseux, Andrew Davis a-t-il pu signer un film aussi réussi que cette adaptation d’une série à succès des années 60 ? Sais pas, mais le fait est là : Le Fugitif est l’un des grands thrillers des années 90. Construction hyper efficace, rythme parfait, scénario malin… le film dépasse largement la série, dont il garde le début, la fin, et la plupart des recettes. C’est donc l’histoire de Richard Kimble, médecin condamné à tort pour le meurtre de sa femme, qui profite d’un (très spectaculaire) accident de bus pour s’évader et partir à la recherche du véritable assassin, tandis que des marshalls fédéraux sont à sa poursuite.

Le film est un pur plaisir de spectateur, un film d’action qui ne se prend pas pour autre chose et qui se contente, avec un bonheur rare, d’entraîner le spectateur dans une course poursuite tendue et réjouissante. Les personnages sont suffisamment bien dessinés pour qu’on s’y attache dès les premières minutes, et les scènes impressionnantes se succèdent sans temps mort : l’accident de bus, donc, mais aussi une poursuite passionnante dans des canalisations, et bien d’autres encore.

Harrison Ford est formidable, il apporte toute la tension qu’il faut à ce personnage traqué qui a perdu tout ce qu’il aimait. Son visage, alors qu’il s’apprête à faire le grand saut, est extraordinaire. Si le film fonctionne si bien, c’est aussi grâce à lui, et à la parfaite alchimie entre lui et Tommy Lee Jones, génial en marshall malin et tenace, à la tête d’une équipe particulièrement cool. Le plaisir qu’on a à les voir enquêter est évident, si bien qu’on les retrouvera dans une « suite » centrée sur eux : US Marshall, efficace, mais loin de la réussite de ce Fugitif.

L’Impasse (Carlito’s Way) – de Brian De Palma – 1993

Posté : 6 décembre, 2010 @ 2:45 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, DE PALMA Brian, PACINO Al | Pas de commentaires »

L'Impasse

C’est le défi du jour : trouver le début d’un défaut, ou la plus petite faute de goût, à ce film immense, incontestablement le plus grand chef d’œuvre d’un cinéaste décidément grand. Beau à pleurer, impressionnant, tragique, palpitant, romantique… On pourrait continuer longtemps cette liste, sans jamais approcher l’ampleur de ce film sublime, lente trajectoire vers un destin tragique d’autant plus inéluctable qu’il nous est annoncé dès les premières images du film : c’est de son lit de mort, alors que son esprit s’éloigne peu à peu, que Carlito raconte sa propre fin.

On le sait dès le début (dès le titre, même) : L’Impasse finit mal. Cette fatalité affichée aurait pu nuire à l’intérêt qu’on porte à l’histoire, mais il n’en est évidemment rien. Au contraire : De Palma refuse tout effet de facilité, mais parvient à instiller une tension hallucinante, qui ne retombe jamais, ne faisant que croître au fur et à mesure que le passé rattrape Carlito. C’est un pur exercice de style que signe le cinéaste, mais un exercice de style magnifique, dépouillé de tous les excès tape-à-l’œil dans lesquels De Palma se vautre parfois un peu, même dans ses grands films.

C’est une pure tragédie shakespearienne que signe De Palma, en adaptant deux romans pas géniaux d’un ancien juge, Edwin Torres : l’histoire d’un ancien prince de la rue qui, après avoir passé cinq ans en prison, est libéré grâce à son avocat, qu’il considère comme son meilleur ami, mais dont il ne faut pas longtemps pour comprendre que son goût pour la pègre, la drogue et le fric vont lui attirer bien des ennuis… A sa sortie de prison, Carlito est bien décidé à changer de vie, mais la rue ne tarde pas à s’imposer de nouveau à lui. Mais cette rue, dont il était le roi, a bien changé en cinq ans, alors que lui fait figure de dinosaure, avec ses valeurs dépassées : un sens de l’amitié, du devoir et de l’honneur plus fort que tout.

Dès son premier contact avec la rue, la réalité s’impose à lui, avec brutalité, dans une séquence hallucinante autour d’un billard, explosion de violence extraordinaire, après une impressionnante montée de la tension, filmée avec une virtuosité et un sens de l’espace proprement exceptionnels. C’est l’un des sommets de ce film qui en compte bien d’autres : les excès de Dave, l’avocat attiré par le mauvais côté de la force (fabuleux Sean Penn, dont la prestation va bien au-delà de sa transformation physique), les face-à-face de plus en plus tendus avec ‘‘Benny du Bronx’’ (grotesque et inquiétant John Leguizamo), ou les scènes apaisées, mais qui ne font que renforcer la tragédie qui se noue, de Carlito avec son ancien amour (Penelope Ann Miller, et sa beauté d’un autre temps).

Carlito’s Way (le titre original sonne tellement bien…) est un lent mouvement tendu vers une conclusion qui se déroule (on est décidément bien chez De Palma) dans une gare. Les gares avaient déjà inspiré à De Palma deux de ses scènes les plus mémorables dans Les Incorruptibles et Blow Out. Ici, c’est une œuvre d’art à part entière, le sommet de toute la filmographie de De Palma, et l’un des plus beaux moments de cinéma de toute la décennie.

Et comme tous les grands moments de cinéma, celui-ci part d’une situation simple : Carlito est poursuivi par des tueurs, et doit rejoindre sa belle pour prendre le train qui leur permettra de commencer enfin une nouvelle vie. Cette séquence s’étire sur une quinzaine de minutes, pendant lesquelles on ne respire plus. Avec un sens du rythme, du timing, et de l’espace qui ne peut être que la marque des très grands, De Palma réussit une scène extraordinaire, qui résume à elle seule toutes les émotions du cinéma, toute la grammaire et la poésie cinématographique.

Ce film n’est pas seulement le plus beau de De Palma, et l’une des prestations les plus mémorables de Pacino. C’est aussi l’un des plus grands films des années 90, qui trouve sa place parmi les classiques de l’histoire du cinéma.

L’Enjeu (Desperate Measures) – de Barbet Schroeder – 1998

Posté : 17 novembre, 2010 @ 3:36 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, SCHROEDER Barbet | Pas de commentaires »

L'Enjeu (Desperate Measures) - de Barbet Schroeder - 1998 dans * Thrillers US (1980-…) lenjeu

Barbet Schroeder n’est jamais aussi brillant que lorsqu’il s’attaque au cinéma de genre : ses polars, réalisés au cours des années 90 et 2000, sont souvent passionnants, élégants et très inventifs. Et dans cette série, L’Enjeu occupe très nettement le haut du panier. En apparence, pourtant, on est dans la production courante de l’époque, dans les produits dérivés du Silence des Agneaux, comme Hollywood en produisait à la chaîne dans les années 90. Schroeder, d’ailleurs, ne se gêne pas d’accumuler les stéréotypes : son méchant (très méchant) est clairement présenté comme un clone d’Hannibal Lecter. Quant à la situation de départ (le fils d’un flic est très malade, et a besoin d’une greffe pour survivre ; l’unique donneur possible se trouve être le pire des tueurs, emprisonné à vie), elle est pour le moins hautement improbable…

En choisissant de ne pas éviter les stéréotypes, mais au contraire d’aller jusqu’au bout de cette logique, Schroeder se débarrasse de toute volonté de réalisme, et se concentre sur son pur travail de cinéaste. Et le résultat est époustouflant. Dès le générique de début, L’Enjeu frappe par l’élégance des images, par la construction presque géométrique de ses cadres. L’Enjeu est un pur exercice de style, et c’est passionnant. Le cinéma redevient un spectacle total, sans arrière pensée : c’est le combat du bien contre le mal, dans un film entièrement tourné vers le mouvement et l’action. Pas le moindre temps mort, ici, même si les affrontements réels sont rares : le film est un immense jeu du chat et de la souris, qui utilise à merveille les décors de ce vieil hôpital (des larges couloirs jusqu’aux plus petits conduits), comme vers la fin du film les rues de San Francisco.

Michael Keaton (décidément très méchant) et Andy Garcia (décidément très gentil) vont eux aussi au bout de leurs deux extrêmes, et forment un duo aussi complémentaire que réjouissant. Même la dernière image du film, pourtant aussi énorme qu’attendue, parvient à nous tirer un large sourire. Ça fait du bien, parfois, de se laisser aller devant un spectacle aussi simple et sincère…

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