Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie '1990-1999'

Fargo (id.) – de Joel et Ethan Coen – 1996

Posté : 25 juin, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, COEN Ethan, COEN Joel | Pas de commentaires »

 Fargo

On a souvent parlé de la thématique de l’échec chère à John Huston. On pourrait parler de la thématique du crétin pour les frères Coen. Dans Fargo, les frangins nous plongent en plein cœur de la crétinerie, peuplée d’êtres bêtes ou méchants, ou les deux, d’où surnage un couple au verbe rare et aux gestes lents, dans un paysage immensément plat et couvert de neige qui renforce l’impression d’isolement et de silence oppressant.

Étrange et fascinante atmosphère, que celle de Fargo, avec sa policière taiseuse et enceinte jusqu’aux dents, qui semble porter un regard maternel un rien affligé sur la violence et la bêtise qui l’entourent, mais qui traverse ce monde tragique avec une forme d’apaisement magnifique, à l’image du couple superbement complice (au-delà des mots qu’ils ne prononcent que rarement) qu’elle forme avec son mari.

C’est le rôle d’une vie pour Frances McDormand, qui a souvent été gâtée par son mari de cinéaste (Joel), et qui a décroché un Oscar mérité pour sa prestation très décalée dans Fargo. Mais c’est toute la distribution qui aurait mérité une récompense, avec cette magnifique galerie d’abrutis, de losers et de monstres pour qui n’existe aucun espoir dans ces paysages d’où toute joie est absente.

A qui revient la palme ? A William H. Macy, révélation du film, extraordinaire en quintessence d’anti-héros de film noir ? Petit homme sans charisme et sans talent, dévoré par un beau-père trop riche et trop présent, il imagine une petite combine qu’il croit sans risque mais qui va précipiter un effroyable bain de sang. Un homme qui porte la culpabilité et la bêtise sur son visage de paumé et dans ses longues phrases vides de sens.

De l’autre côté, une sorte de double négatif : Steve Buscemi en petit escroc sans envergure dont la logorrhée conduit son complice Peter Stormare jusqu’à l’explosion inévitable de violence. Ces deux-là forment le duo de méchants le plus improbable et le plus inquiétant de la décennie. Parce qu’ils sont totalement cons et incontrôlables (l’un très franchement, l’autre parce qu’il se croit plus fort qu’il ne l’est), et parce que l’on sent dès leur apparition qu’ils amènent le drame et le sang, une sorte de boîte de Pandore aux regards ahuris.

Tout ça finit très mal bien sûr, et ce n’est jamais une surprise : la défaite de tous ses ratés semble écrite dès la toute première image, comme celle des grands personnages du film noir de la grande époque (celui de Détour, ou du Facteur sonne toujours deux fois…). Mais c’est le chemin qu’utilisent les Coen qui fait la singularité du film, la manière dont la violence fait irruption, absurde et radicale à la fois. Et ce regard, toujours, d’une Frances McDormand émouvante et hilarante à la fois. Un très grand cru.

Last Action Hero (id.) – de John McTiernan – 1993

Posté : 15 mai, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, ACTION US (1980-…), McTIERNAN John | Pas de commentaires »

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Face à Arnold Schwarzenegger (le vrai), Jack Slater (le personnage qu’il interprète) lance un définitif : « I don’t really like you. You brought me nothing but pain. » Une réplique qui donne un ton inattendu à cette rencontre entre deux Schwarzy, un petit trouble même, qui résume bien ce film ambitieux, variation musclée sur le thème de Sherlock Junior ou La Rose pourpre du Caire, à la fois pur divertissement et belle réflexion sur le cinéma en général, et sur le film d’action en particulier.

Last Action Hero n’est pas un film parfait : la partie se déroulant dans le monde de fiction est trop longue, et a tendance à diluer le propos et à résumer le film à ce dont il se moque gentiment, un pur pop-corn movie décérébré aux rebondissements improbables. Cette première partie ne manque pas de piquant cela dit : on y croise Anthony Quinn dans l’un de ses derniers rôles, mais aussi la Catherine Trammel de Basic Instinct ou le T1000 de Terminator 2, clin d’œil au précédent film d’Arnold Schwarzenegger, qu’une affiche dans un vidéo club de ce monde parallèle attribue à Stallone. « It’s his best performance ever », s’enthousiasme même Slater/Schwarzy.

McTiernan va loin dans la dérision, multipliant volontairement les incohérences, les facilités scénaristiques, ou l’humour pas toujours fin (l’enterrement explosif de monsieur pet), ou imaginant de réjouissantes parodies (Schwarzie en Hamlet). Il y met en scène un personnage de cartoon, et même un hologramme de Bogart, annonçant ainsi avec vingt ans d’avance le retour discutable de comédiens morts au cinéma (Peter Cushing dans Rogue One).

S’il y a une chose qui frappe dans cette première partie, c’est d’ailleurs cette clairvoyance dont fait preuve John McTiernan. Immense réalisateur du cinéma d’action (Predator et Une Journée en enfer restent des sommets), il annonce dès le titre de son film la décadence du genre, avec la systématisation des suites comme une manière obligée de tirer profit ad nauseum d’une recette qui fait recette. Critique à peine voilée, que l’évolution du genre rend particulièrement parlante aujourd’hui.

Mais c’est bien quand le personnage de fiction et le jeune spectateur qui l’accompagne arrivent dans le monde réel que le film prend toute sa dimension. Un peu trop tard sans doute : le décalage de la première partie était sympathique ; mais c’est bien le contraste entre la fiction et la réalité, et la prise de conscience d’un personnage sans libre-arbitre qui passionnent.

Schwarzenegger, véritable animal de cinéma bigger than life, a rarement été aussi intense que dans cette prise de conscience, action hero découvrant sa fragilité d’être humain, et réalisant l’imagination macabre des scénaristes qui ont pavé son « existence » de tragédies. Présenté comme l’un des blockbusters d’été lors de sa sortie en 1993, Last Action Hero a sans grande surprise été un échec public. Il reste aujourd’hui une étape importante du cinéma d’action, et l’un des meilleurs films de sa star.

Frankenstein (Mary Shelley’s Frankenstein) – de Kenneth Branagh – 1994

Posté : 19 avril, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, BRANAGH Kenneth, DE NIRO Robert, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

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Au début des années 90, Francis Coppola a entrepris un dépoussiérage des grands mythes de la littérature fantastique, d’abord avec son magnifique Dracula, puis en produisant un nouveau Frankenstein confié au Shakespearien Kenneth Branagh. Et dont j’avais gardé un bon souvenir.

Comme quoi… A le revoir, je comprends mieux pourquoi une grande partie de la publicité du film avait été basée sur le fait que, grâce à Branagh, tout le monde saurait désormais que “Frankenstein” n’est pas le monstre, mais le scientifique qui l’a créé. Oui, parce que non seulement la créature (jouée par un De Niro plutôt sobre si on oublie le maquillage) passe au second plan, mais tout le film tourne autour de ce Dr Frankenstein que Branagh interprète lui-même.

Et le film tourne littéralement autour de lui, avec d’interminables et très pompeux mouvements de caméras qui semblent littéralement faire l’amour avec l’acteur-réalisateur, les trois quarts du temps à moitié à poil. Ce Frankenstein a été mal titré : il aurait dû s’appeler Kenneth Branagh’s Frankenstein. Ou même mieux : Great Kenneth Branagh’s Frankenstein. Ou pour faire court : Great Kenneth Branagh.

Le film n’est pas juste mauvais, c’est une véritable aberration, l’œuvre d’un jeune cinéaste qui a enchaîné les succès et les signes de reconnaissance jusque là, et qui se vautre littéralement dans une sorte d’auto-admiration risible et désagréable. Cela dit, il l’est vraiment (mauvais) : Branagh semble incapable de donner un rythme ou une fluidité à son récit, accumule les décors impressionnants sans savoir comment les filmer, et réussit l’exploit de rendre la moindre de ses tirades ridicule. Une catastrophe !

La Menace Fantôme / Star Wars, épisode I (Star Wars : Episode I – The Phantom Menace) – de George Lucas – 1999

Posté : 6 avril, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, FANTASTIQUE/SF, LUCAS George | Pas de commentaires »

La Menace Fantôme / Star Wars, épisode I (Star Wars : Episode I - The Phantom Menace) - de George Lucas - 1999 dans 1990-1999 La%20Menace%20Fantme_zpsmrcki5wy

Un film aussi attendu que celui-ci ne pouvait qu’être critiqué violemment. Et les fans ne s’en sont pas privés, confirmant le désamour qui ne fera que croître entre l’ex-enfant chéri George Lucas et son public. Un désamour qui était né avec la décision prise par le réalisateur et producteur de « remettre au goût du jour » sa trilogie originelle en ajoutant des effets spéciaux derniers cris et en apportant quelques petites modifications (et qui sera définitivement consommé avec les choix qu’il imposera pour le quatrième Indiana Jones).

Des modifications qu’il justifiait alors par sa volonté de rendre l’ensemble cohérent : tourné plus de vingt ans après le premier film, avec des effets spéciaux qui n’ont plus rien de comparable avec ceux de Un nouvel espoir, cet « épisode 1″ est aussi censé se dérouler trente ou quarante plus tôt, avec donc des machines censément moins développées.

La principale critique faite à Lucas pour ce film-ci porte un nom : Jar-Jar Binks. En revoyant le film, l’existence même de ce personnage m’était un peu sorti de la tête. Mais dès sa toute première apparition, il ne faut qu’une poignée de secondes pour réaffirmer que toutes les critiques faites lors de la sortie du film sont justifiées : non seulement Jar-Jar Binks, créature entièrement créée à l’ordinateur (ça aussi, ça tranche avec le caractère bricolo de la première trilogie), est insupportable avec son bagout intarissable, mais il tue complètement le rythme et l’atmosphère du film.

Tenté par un humour lourdingue à la Luc Besson dans Le Cinquième élément, Lucas gâche quelques scènes avec des choix douteux, tout en débordant d’idées excitantes qu’il exploite habilement pour la plupart : l’alliance forcée entre les habitants de la surface et ceux du monde souterrain d’une même planète, la fragilité de la République qui régit la galaxie, et le rôle donné à un enfant dont on sait qu’il est promis à un sombre destin.

Malgré ses défauts, le film se révèle assez réjouissant, lorsqu’il s’adresse directement aux fans de la première trilogie. Les combats aux sabres lasers, l’apparition d’Obi-Wan-Kenobi (Ewan McGregor, très bien en jeune Alec Guiness), ou la première séquence qui reprend tous les codes de la saga, tiennent ainsi toutes leurs promesses. Même si la fameuse « course de chars » semble inutilement étirée, les morceaux de bravoure sont globalement parfaitement réussis.

Le grand méchant du film l’est en revanche beaucoup moins, sorte de clone de Dark Vador lui-même, en moins effrayant et en plus grimaçant. Et la principale limite du film, c’est qu’il ressemble à ce qu’il est : la mise en place d’un drame qui ne prend pas encore toute son ampleur, et dont on connaît la fin.

La saga Star Wars

Seven (id.) – de David Fincher – 1995

Posté : 4 mars, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, FINCHER David | Pas de commentaires »

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Je me souviens encore du jour où j’ai découvert Seven, lors de sa sortie en salles : j’en étais sorti avec les jambes molles, traumatisé par le choc de cette découverte. Un peu plus de vingt ans après, le film de David Fincher a été plus que pillé : son style visuel, sa manière de filmer la violence dans ses effets les plus horribles, jusqu’à sa musique et le générique du début… Seven a posé les bases de la quasi-totalité des thrillers qui ont suivi, avec à chaque fois un jeu de surenchère dans l’horreur et la violence crue.

Revoir Seven pouvait donc déboucher sur une petite déception : à l’époque, le style du film était à lui seul un choc ; aujourd’hui, l’effet de surprise est forcément émoussé. Pourtant, le deuxième long métrage de David Fincher (après le très prometteur Alien 3) se porte encore très bien. Et le constat est clair : si le style de Fincher a été maintes fois copié par des cinéastes moins talentueux que lui, ils ne sont pas bien nombreux à avoir réussi une telle alchimie entre le sujet, le décor et le style.

Devant la caméra de Fincher, la violence de ces meurtres inspirés par les sept pêchés capitaux devient une allégorie de la déshumanisation des grandes villes. Et cette ville, où on ne croise finalement personne véritablement, devient une sorte d’enfer sur terre, dont la pluie incessante (et très cinégénique) n’arrive pas à laver la pourriture ambiante.

Au milieu de cet enfer, trois personnages, guère plus : le vieux flic revenu de tout (Morgan Freeman, absolument génial), le jeune chien fou plein d’illusions (Brad Pitt, intense mais un rien cabot), et une personnification de l’innocence (Gwyneth Paltrow, désincarnée). Les autres ne sont, pour la plupart, que des silhouettes, à commencer par celle du tueur, forme abstraite que l’on découvre lors d’une poursuite à pied (et sous la pluie, donc) qui n’a rien perdu de son extraordinaire puissance.

Les meurtres, avec leur originalité macabre, ont certes un côté « catalogue » qui inspirera tout un pan douteux du cinéma américain (à commencer par l’interminable saga Saw). Mais le film reste un chef d’œuvre indépassable du genre, l’un des thrillers les plus mémorables de la décennie.

L’Arme fatale 3 (Leathal Weapon 3) – de Richard Donner – 1992

Posté : 23 février, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, ACTION US (1980-…), DONNER Richard | Pas de commentaires »

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Il y a au moins un élément qui a totalement disparu de l’équation depuis le premier film, c’est la surprise. Episode après épisode, Donner n’a cessé de transformer son drame d’action en saga quasi-familiale, semi-parodique et confortable. Bref, un pur pop-corn-movie calibré pour répondre en tous points aux attentes des fans.

Reconnaissons lui quand même un vrai sens de l’action et de l’humour, qui trouve une sorte de plénitude dans ce troisième film qui reprend strictement les recettes des deux premiers, et en particulier du numéro 2, en multipliant les scènes s’action dans lesquelles Mel Gibson se révèle une nouvelle fois très à son aise. La plus réussie : une poursuite au cours de laquelle Riggs/Gibson court après une voiture (une constante dans la série), s’accroche à un métro, pour finir sur une moto qui fait une chute vertigineuse d’une rocade en construction.

On sent constamment que Donner se demande comment broder sur la même trame que le précédent film, en essayant quand c’est possible de faire mieux. La scène d’ouverture le montre bien : comment faire une entrée en matière plus dynamique que dans L’Arme fatale 2 ? Réponse : en faisant exploser un immeuble entier (profitant pour le tournage de la destruction réelle d’un vieil immeuble), en misant au moins autant sur l’humour que sur l’aspect spectaculaire (“Roger, grab the cat !”).

En contrepoint du chien-fou Gibson, Danny Glover est une nouvelle fois excellent, et c’est à lui qu’échoit l’incontournable penchant dramatique de Donner (inutile), dont il se sort plutôt bien. Pour le reste, c’est clairement la routine : Joe Pesci est de retour et en fait toujours des tonnes, le méchant est très méchant et très improbable, l’intrigue est imaginée par un gamin de 12 ans…

Ah si, une nouveauté quand même : la romance du film, qui permet à Riggs de roucouler avec son alter ego au féminin (Rene Russo, qui semble y prendre un plaisir très communicatif). Lorsque ces deux-là se rapprochent, c’est en comparant leurs cicatrices respectives dans des préliminaires assez réjouissantes. Et quand ils sortent enfin ensemble, c’est pour permettre à Riggs d’admirer sa dulcinée distribuer des mandales…

Bon, ce n’est pas léger-léger : Donner a une propension à la blague scato, et voir Mel Gibson amadouer un chien en l’imitant n’est pas d’un goût exquis. Mais c’est un petit plaisir, à savourer sans arrière pensée, et en faisant bien attention de se vider la tête avant de lancer le film…

* Voir aussi : L’Arme fataleL’Arme fatale 2 et L’Arme fatale 4.

L’Arme fatale 4 (Lethal Weapon 4) – de Richard Donner – 1998

Posté : 7 février, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, ACTION US (1980-…), DONNER Richard | Pas de commentaires »

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Le générique de fin résume plutôt bien la seule ambition du film : réunir tous les personnages des trois premiers films pour une série de photos de familles dont on aurait soigneusement éloigné tous les éléments inattendus. Les fans les plus passionnés apprécieront sans doute. N’empêche : cet argument est-il suffisant pour faire un film ?

Franchement, pas sûr… Avec le premier film et son improbable duo de flics, Richard Donner avait donné un petit coup de frais bien sympathique au buddy movie. Sans génie mais avec un vrai savoir-faire, et avec l’aide de Mel Gibson et Danny Glover, dont l’alchimie fait plaisir à voir, et qui savent insuffler un vent de légèreté et un humour bienvenus.

De cet humour, que reste-t-il dans ce quatrième volet ? Un échantillon d’urine volé à un vieux dans un hôpital, des sous-entendus homophobes et des blagues racistes. Bref, rien de bien glorieux.

Et côté action, l’autre spécificité de la saga ? Là, c’est (un peu) mieux, surtout lorsque Donner met en valeur les qualités évidentes d’action movie de Gibson, jamais aussi intense que lorsqu’il s’obstine sur sa cible quoi qu’il arrive, s’accrochant à un métro en marche, ou sautant d’un toit à l’autre. Dommage que sa doublure soit aussi présente et aussi visible.

Et puis tout ça ronronne un peu trop, avec un air constant de déjà vu, et l’impression tenace que le cœur n’y est pas. Les scènes d’action semblent désormais n’être que des passages obligés pour Donner, qui préfère mettre en place ses photos de famille, transformant la saga d’action policière en une farce familiale.

On prend bien un peu de plaisir par moments, entre deux longues plages d’ennui. La romance entre Rene Russo et Mel Gibson ne surprend plus, le numéro de Joe Pesci fatigue. Le nouveau venu Chris Rock n’apporte pas grand-chose, et le grand méchant Jet Li se contente du service minimum. Franchement, il était temps que ça s’arrête.

* Voir aussi : L’Arme fataleL’Arme fatale 2 et L’Arme fatale 3.

Dead Man (id.) – de Jim Jarmush – 1995

Posté : 1 février, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, JARMUSH Jim, MITCHUM Robert, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Jarmush est un cinéaste qui a son rythme bien à lui, lent et envoûtant, qui relève souvent plus du trip hallucinogène que de la simple recherche d’efficacité. Avec Dead Man, ce ton singulier trouve peut-être son aboutissement : cette lente déambulation hallucinée atteint des sommets avec cette histoire d’un homme mort sur le chemin d’un étrange ailleurs.

On peut essayer d’analyser cet étrange western dont le héros se fait descendre dès la première partie, et qui passe le reste du film à errer dans des paysages déserts où les seuls êtres qu’il croise sont des morts en sursis. On peut imaginer qu’il s’agit d’une réflexion sur la vie, la mort, et ce long cheminement interne qui consiste à passer de l’un à l’autre.

Et puis on peut aussi choisir de se laisser emporter par cette étrange poésie, se laisser envoûter par ce rythme lancinant que personnifie si bien Johnny Depp (jamais aussi fascinant que quand il se place ainsi, entre vie et trépas, comme dans Sweeney Todd ou d’une certaine manière Edward aux mains d’argent), et que soulignent les quelques accords et riffs de guitare de Neil Young, qui signe une partition minimaliste qui participe à l’envoûtement.

Du western, Jarmush tire l’esprit le plus pur, et les figures les plus symboliques, qui donnent d’ailleurs lieu à quelques grands numéros d’acteurs, de Michael Wincott à John Hurt en passant par le grand Bob Mitchum, dont c’est la dernière apparition sur grand écran (on fait plus pourri, comme adieux), ou le hiératique Lance Henricksen.

Jarmush n’évite pas quelques notes de mauvais goût (un gros plan sur un crâne écrasé… beurk et bof). Mais son film, fascinant dès la première image, est l’un des westerns les plus originaux qui soit, et l’un des plus beaux de l’après-Impitoyable.

Independance Day (id.) – de Roland Emmerich – 1996

Posté : 30 janvier, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, EMMERICH Roland, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

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Je me souviens avoir vu Independance Day en salle à sa sortie, avec des amis. L’un d’eux avait eu ce jugement définitif : « C’est pas réaliste ». D’autres (dont moi) avaient eu d’autres arguments : ses sabots énormes dès que l’humain prime sur les effets spéciaux, les effets spéciaux trop dominants justement, et surtout cet Américanisme primaire du film qui se révèle jusque dans le titre. Confrontée à une menace d’extermination, l’humanité ne peut compter que sur l’Amérique. Mieux : sur l’Américain moyen, avec ce que cela véhicule du triomphe de l’individu sur le groupe.

Avec le recul, et en revoyant le film pour la première fois depuis vingt ans, cette phrase si ridicule a priori (« c’est pas réaliste ») apparaît pourtant comme le curseur qu’il ne faut pas oublier dès que l’on parle du cinéma de Roland Emmerich, en tout cas celui de la destruction massive dont cet Independance Day fut le précurseur. Non, ce n’est pas réaliste. Mais si on veut bien se laisser guider dans cet univers qui se défait totalement de toutes les contraintes du réalisme, alors oui, Emmerich a un vrai talent.

Il fera nettement mieux avec Le Jour d’après, et surtout 2012, ses deux classiques jumeaux dans lesquels ils réussira à détruire plus de choses encore que dans Independance Day. Mais dès 1996, le gars a un vrai talent pour tout faire péter, pourvu qu’il y ait un maximum de dégâts, et au minimum quelques millions de morts (dans les années 90, il ne misait pas encore sur les milliards, mais ça n’allait pas tarder). En cela, la première moitié du film, celle où justement tout pète, est une vraie réussite.

Bien sûr, il y a cette contrainte cinématographique dont Emmerich essayera de plus en plus de se libérer : les personnages. Dès qu’il s’y intéresse d’un peu trop près, son cinéma est lourd, rempli d’un pathos écœurant. Faut reconnaître : il ne sait pas faire dans la demi-mesure. Ses trois personnages principaux ? Un pilote de chasse qui ne connaît vraiment pas la peur (Will Smith, prêt à sortir une phrase fun dès son premier face-à-face avec un alien), un réparateur télé qui comprend tout mieux que tous les spécialistes du gouvernement (Jeff Goldblum, dans son numéro habituel), et rien de moins que le président des Etats-Unis en as de l’aviation (Bill Pullman, juste juste).

Alors oui, c’est énorme. Et oui, cet Américanisme primaire a un côté exaspérant, surtout lorsque les pays du monde entier accueillent comme le messie le mode d’emploi de la libération dictée par mister president himself. Mais ce côté too much fait aussi des merveilles dès que les personnages disparaissent derrière l’action pure. Et en la matière, Emmerich n’est pas avare. C’est donc un plaisir éminemment coupable, et éminemment plaisant.

* A l’occasion des fêtes de fin d’année, Fox Vidéos a sorti un coffret double DVD regroupant le Independance Day original et sa suite, sortie en 2016. En bonus, des commentaires audios, notamment de Roland Emmerich et de son producteur et co-scénariste Dean Devlin.

Jurassic Park – Le Monde perdu (The Lost World – Jurassic Park) – 1997

Posté : 24 janvier, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

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Après 1993, année exceptionnelle pour lui (un triomphe populaire avec Jurassic Park, et un sacre critique avec La Liste de Schindler), il a fallu du temps à Spielberg pour retrouver le chemin des plateaux. Après quatre ans d’absence, il retourne au charbon en terrain connu, avec une suite au succès attendu qu’il donne à son grand film de dinosaures.

Le premier film était un hommage aux grands films de monstres, King Kong en tête ? Celui-ci encore plus : ce Monde perdu (dont le titre évoque d’ailleurs un livre de Conan Doyle qui avait déjà inspiré le plus célèbre des singes géants) reprend une trame qui multiplie les clins d’œil au roi Kong, jusqu’au final dans les rues d’une ville américaine. On s’attendrait presque à voir le T-Rex grimper sur la façade de l’Empire Stade Building…

Cette partie urbaine arrive tardivement. Trop, sans doute : le film, sur ce point, laisse un petit sentiment d’inachevé, comme si Spielberg n’avait pas trop su quoi faire de cette rencontre exceptionnelle entre un dinosaure et le décor d’une grande ville. Sur ce point seulement, parce que cette suite, qui joue forcément moins sur la surprise que le premier, est d’une inventivité et d’une intensité dignes des meilleurs Spielberg.

Premier point positif : on n’a pas à se taper la longue séquence explicative qui plombait le début du premier film. Et en confrontant l’équipe de scientifiques (toujours menée par Jeff Goldblum, accompagné cette fois de Julianne Moore) à des mercenaires sans scrupules (menés par un Pete Postlethwaite intense en grand chasseur à sang froid) dans un environnement forcément hostile, peuplé de dinosaures, Spielberg s’offre un terrain de jeu réjouissant.

Pas de grande réflexion métaphysique, pas de message profond : Spielberg signe un pur spectacle de cinéma, et il multiplie les morceaux de bravoure, superbement réalisés. Un plan en plongée qui dévoile les traînées que laissent des dinosaures en traversant un champs pour se diriger vers une colonne de mercenaires. Une caravane accrochée dans le vide sous une pluie battante… Spielberg nous embarque dans une véritable attraction, pleine de sensations.

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