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Archive pour la catégorie '1990-1999'

Meurtre en suspens (Nick of Time) – de John Badham – 1995

Posté : 1 novembre, 2019 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, BADHAM John | Pas de commentaires »

Meurtre en suspens

Ça commence par un beau générique à l’ancienne, très hitchcockien avec ces gros plans mécaniques mettant en parallèle le mécanisme d’une horloge et celui d’une arme à feu, sur une musique ample d’Arthur Rubinstein.

Et il y a effectivement quelque chose d’Hitchcock dans l’histoire de ce père de famille dont on enlève la fille pour le forcer à commettre un assassinat.

OK, John Badham n’est pas Sir Alfred, loin s’en faut. Et ce thriller des années 90 ressemble dans la forme moins à un Hitchcock movie… eh bien qu’à un thriller des années 90 comme il en sortait des tonnes à l’époque.

Mais si Badham n’est pas un grand auteur, il a un savoir faire indéniable (estampillé 90s, oui), et j’ai pour lui une affection qui remonte à l’adolescence. Hey ! C’est quand même à lui qu’on doit Short Circuit, Étroite surveillance ou La Manière forte. Pas des chefs d’œuvre, non, mais des films qui ont enthousiasmé les ados des années 90.

Scénar carré, resserré et efficace, Johnny Depp très bien en Monsieur-tout-le-monde (une première pour lui, après une série de grands rôles lunaires), Christopher Walken forcément à l’aise dans un rôle de bad guy qu’il connaît par cœur, une intrigue filmée en temps réel (ça aussi, très hitchcockien)… C’est du cinéma bien modeste, mais un polar efficace, et bien sympathique.

A propos d’Henry (Regarding Henry) – de Mike Nichols – 1991

Posté : 16 octobre, 2019 @ 8:00 dans 1990-1999, FORD Harrison, NICHOLS Mike | Pas de commentaires »

A propos d'Henry

Un avocat sans scrupule, père et mari peu aimant, se prend une bastos dans la tête au soir d’une journée bien pourrie. Il survit, mais se réveille privé de la parole, cloué dans son lit et amnésique. Il réapprend peu à peu et réalise qu’il n’aime pas l’homme qu’il était…

Sur le papier, du bon gros mélo qui tâche. A l’écran, une chronique belle, juste et assez délicate portée par l’interprétation tout en sensibilité d’Harrison Ford, magnifique et tout en retenu. Même si, dans ce rôle aux antipodes du thriller, l’acteur réussit à glisser un plan où, l’index tendu, il se mesure à un adversaire (sa fillette, cette fois). On ne se refait pas.

Le scénario, pourtant, n’évite pas totalement les clichés : faire du personnage principal un avocat cynique et froid, mauvais père de famille, est une facilité qui aurait pu peser sur tout le film. Les premières scènes, d’ailleurs, sont un peu lourdes. Mais dès que le réalisateur s’attache aux petites choses de la rééducation, et du retour à la vie, le film devient délicat et beau.

Grâce, en partie, au beau couple formé par Annette Benning et Harrison Ford, deux acteurs tendres et impeccables. C’est du pur mélo, oui, avec tout ce qu’on en attend, y compris le joli chien indispensable pour toute famille américaine digne de ce nom. On devrait s’en agacer, mais non : séduit, qu’on est, par la délicatesse de l’histoire, et par l’interprétation de Ford.

The Two Jakes, piège pour un privé (The Two Jakes) – de Jack Nicholson – 1990

Posté : 9 octobre, 2019 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, NICHOLSON Jack | Pas de commentaires »

The Two Jakes

Même scénariste, même vedette principale, même décor, même esprit, même contexte, ou presque. Seize ans ans se sont écoulés entre Chinatown et cette suite, à peu près autant entre les actions des deux films. Et c’est un Los Angeles quasiment inchangé que l’on retrouve, ville tentaculaire où le désert se rappelle constamment au souvenir de ceux qui y vivent, ou y meurent.

Jake Gittes reste ce privé pas plus reluisant qu’un autre, qui fait son beurre des infidélités dont ses clients sont victimes. Les secrets cachés sont toujours aussi glauques et complexes. The Two Jakes serait un simple prolongement du classique de Polanski ? C’est en tout cas une suite aussi inattendue que fidèle. Mais cette suite n’oublie pas ces années écoulées. C’est que, pour les personnages, la guerre est passée par là. Le flic intègre en est revenu éclopé ; Gittes, lui, est devenu un riche privé à la tête d’une entreprise florissante.

Ces détails soulignent surtout le fait que le détective, même après toutes ces années, ne s’est jamais remis des événements du premier film. The Two Jakes est donc une vraie suite, en ce sens qu’elle n’existe vraiment que par rapport au film original. Une suite très réussie, à tous points de vue, mais dont le principal atout vient du plaisir qu’elle procure en tant qu’écho à un film qui fait partie du panthéon des films noir de son époque.

D’ailleurs, le film est hanté par le passé, comme son personnage principal, que Jack Nicholson retrouve avec une évidence et une conviction qui font regretter qu’il n’ait pas remis le couvert par la suite : le scénariste Robert Towne voulait en effet en faire une trilogie, projet enterré par le peu d’enthousiasme du public à la sortie du film. Ou depuis, d’ailleurs. Dommage pour Nicholson, dont la mise en scène n’a jamais été aussi élégante et inspirée qu’ici (il n’a tourné, il est vrai, que trois films, celui-ci étant son dernier), dommage aussi pour nous.

Il y a quand même quelque chose de profondément émouvant à voir Nicholson lui-même, alors au sommet (il venait de triompher dans Batman) signer la suite de ce classique, convoquant autour de lui quelques acteurs du film de Polanski… y compris Faye Dunaway, le temps d’une voix off forcément marquante. Et il réussit un beau film d’atmosphère, qui dès la première séquence marque à la fois sa filiation et sa différence, au son de la superbe chanson « Don’t smoke in bed ».

L’Idéaliste (The Rainmaker) – de Francis Ford Coppola – 1997

Posté : 5 septembre, 2019 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, COPPOLA Francis Ford | Pas de commentaires »

L'Idéaliste

Film de commande, adaptation par un grand auteur déchu d’un petit maître du polar juridique, simple « film de prétoire »… Tout ça est vrai, sans doute. Dans la filmographie grandiose de Coppola, The Rainmaker fait figure de petite chose anecdotique, ne serait-ce que par ses ambitions modestes.

Sauf que cette petite chose modeste et anecdotique pour Coppola aura tout d’un sommet pour des tas d’autres réalisateurs honorables. L’Idéaliste est même la meilleure adaptation d’un roman de John Grisham, et l’un des meilleurs films de prétoire de cette décennie qui en compte beaucoup.

Cela tient, un peu, à l’intrigue riche en tension et en émotion. Cela tient aussi, et surtout, à l’élégance, la simplicité et l’intelligence d’une mise en scène classique et précise, à cette manière qu’a Coppola de filmer la vérité de ses personnages, de glisser une pointe d’humour dans une scène tendue, de contrebalancer un moment tragique par une pirouette inattendue. Bref, à son talent pour faire apparaître la vie, la vraie, de personnages ou de scènes qui peuvent sembler familiers. La vie avec ses aberrations, ses surprises, ses déceptions… On sent que c’est ce thème qui a attiré Coppola : cette envie de confronter des personnages qui n’y sont pas préparés aux accidents de la vie.

Et quel casting pour porter cette histoire : Matt Damon, parfait en jeune « puceau du barreau » qui connaîtra le plus grand dépucelage de l’histoire du droit en défendant la famille d’un jeune homme mourant de la leucémie contre le puissant assureur qui n’a pas voulu payer l’opération qui pouvait lui sauver la vie ; Mickey Rourke en avocat tripatouilleur ; Jon Voight en ténor sans scrupule ; Danny De Vito en caution humoristique (mais pas que)… Ajoutez Claire Danes en femme battue, Virginia Madsen en témoin dépressive, Roy Sheider en big boss hautain et détestable, et même Teresa Wright (oui, celle de L’Ombre d’un doute d’Hitchcock) en vieille femme digne…

Le film compte bien des personnages. Pas un n’est sacrifié. Pas même ce père paumé (joué par Red West) qui semble condamné à ne faire que de la figuration, éclusant son alcool en arrière-plan, mais dont on comprend peu à peu qu’il n’est pas l’abruti qu’on croit et que c’est sa douleur qu’il dissimule dans l’alcool. Sans un mot, ou presque, et en une poignée de scènes seulement, il habite le film de sa présence digne et douloureuse.

Mineur, L’Idéaliste ? Peu-être, mais des films mineurs comme ça, je veux en voir tous les jours.

Volte/Face (Face/Off) – de John Woo – 1997

Posté : 29 août, 2019 @ 8:00 dans 1990-1999, ACTION US (1980-…), FANTASTIQUE/SF, POLARS/NOIRS, WOO John | Pas de commentaires »

Volte Face

C’est l’époque où : a) Nicolas Cage était un champion du box office ; b) John Travolta était redevenu l’acteur que tout le monde s’arrachait ; c) John Woo était la nouvelle coqueluche d’Hollywood, où il amenait un ton encore inédit venu tout droit de Hong Kong. Une autre époque, donc : aujourd’hui, Woo est retourné d’où il venait, Travolta tourne ce qu’il peut, et Cage tourne douze films pendant qu’on peine à en regarder un seul…

Après deux coups d’essais en demi-teinte (le Van-Dammien Chasse à l’homme et le déjà travoltien Broken Arrow), John Woo atteignait même une sorte de seconde apogée (après celle de la fin des années 80) avec ce thriller d’action fantastique et son film suivant, le très beau Mission Impossible 2. Volte/Face a pourtant tout du projet casse-gueule, avec son scénario hautement improbable…

D’un côté, le super-flic Sean Archer (Travolta). De l’autre, le super-méchant Castor Troy (Cage). Le second a tué le fils du premier. Le premier traque le second sans répit depuis des années. Il finit d’ailleurs par l’arrêter, le laissant à demi-mort. Pour déjouer l’attentat que Castor préparait, Sean accepte de se faire greffer son visage le temps d’une opération ultra-secrète d’infiltration. Sauf que pendant l’opération, Castor se réveille, pique le visage de Sean, et massacre tous ceux qui étaient au courant de ce changement d’identité.

Toujours sur le fil, flirtant avec art avec le grotesque et le grand-guignol, Woo signe là l’un de ses plus beaux films. On y retrouve son thème de prédilection, celui des frères ennemis, ou des doubles opposés comme les deux facettes d’une même pièce, thème déjà au cœur de The Killer et qui sera encore celui de Mission Impossible 2. Mais ce thème atteint ici un autre niveau, parce qu’il devient concret et tangible. Le superflic devient effectivement le superméchant, et réciproquement. Et confrontés à leurs fêlures ou à leurs quotidiens respectifs, les deux hommes sont soumis aux mêmes troubles.

Ce trouble est particulièrement présent dans les (nombreuses) séquences tournant autour de miroir, intimes ou spectaculaires, mais toujours parlantes. Woo en fait des tonnes bien sûr, multipliant les ralentis et les effets soulignant le moindre mouvement. Mais on ne va pas reprocher à Bergman de filmer des visages en gros plan, non ? Et s’il en fait des tonnes, et pas uniquement dans les nombreux gunfights, c’est toujours avec un style cohérent et imparable et, oui, une authentique poésie visuelle du mouvement.

Nicolas Cage et John Travolta, jamais aussi bien que quand ils peuvent en faire trop, sont au top. Et le film, plus de vingt ans après, n’a rien perdu de sa force. Ne serait-il pas devenu un classique ?

Les Anges de la nuit (State of Grace) – de Phil Joanou – 1990

Posté : 1 juin, 2019 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, JOANOU Phil | Pas de commentaires »

Les Anges de la nuit

Voilà un film qui porte bien son titre : le réalisateur Phil Joanou est en état de grâce lorsqu’il signe ce polar noir et tragique, qui annonce d’une certaine manière les grandes œuvres à venir d’un James Gray. Les carrières ne sont pas les mêmes : là où Gray enchaînera les chefs d’œuvres, Joanou reste l’auteur d’un film, grand mais sans suite hélas (Joanou tournera encore quelques films moins réussis, mais se tournera surtout vers les séries télé).

Il n’y a pourtant pas grand-chose à jeter dans ce film âpre et violent, véritable tragédie urbaine. La dernière séquence est sans doute en deçà, quelque peu parasitée par des ralentis très John-Woo-iens (son influence commence à se faire sentir, à cette époque à Hollywood) qui diluent l’émotion quand elle devrait être à son apogée. Et la musique de Morricone est peut-être un rien trop démonstrative. OK.

Mais ces quelques bémols mis à part, Joanou flirte avec le sans-faute, avec cette histoire de famille très shakespearienne. Et avec un casting magnifique. Sean Penn en tête, ancien délinquant qui revient dans son quartier de Hell’s Kitchen après douze ans d’absence et retrouve ses amis d’enfance : Gary Oldman en paumé taré, sa sœur Robin Wright qui tente d’échapper à la violence et dont Penn est raide dingue, et leur frère Ed Harris devenu caïd glacial.

Il est question de fraternité, d’amitié, d’amour, de fidélité, et de trahison. Parce que Sean Penn n’est pas celui que l’on croit, et que son retour au bercail sera nettement plus violent que ce qu’il imaginait, dans ce quartier qu’il reconnaît à peine, où les manières sont devenues plus importantes que l’honneur. Où on reproche à un homme de faire tomber des miettes tout en lui demandant de tuer un ami d’enfance.

Phil Joanou ne révolutionne pas le genre : son film est emprunt d’influences prestigieuses, celles de Scorsese et Coppola notamment. Mais il donne un rythme implacable et crée une atmosphère de plus en plus étouffante, utilisant parfaitement les décors new-yorkais pour accentuer le malaise grandissant de son personnage principal. Dans State of Grace, filmé constamment à hauteur d’homme, la violence est omniprésente, implacable. Le film est tragique, et très beau.

 

Le Dernier des Mohicans (The Last of the Mohicans) – de Michael Mann – 1992

Posté : 26 avril, 2019 @ 8:00 dans 1990-1999, MANN Michael, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Dernier des Mohicans

Avec ce film, Michael Mann est entré pour de bon dans la cour des grands. Non pas qu’il ne fut pas déjà, d’ailleurs : son précédent film, Le Sixième Sens, posait déjà brillamment les bases de son œuvre majeure. Mais il y a dans cette nouvelle adaptation du roman de James Fenimore Cooper une toute autre dimension, et le succès spectaculaire de cette grande fresque, western de la guerre d’indépendance, lui ouvre clairement les portes de ses chefs d’oeuvre à venir, à commencer par Heat.

On retrouve dans Le Dernier des Mohicans la même ampleur, la même sécheresse dans l’action, le même sens du mouvement, du rythme et du cadre, le même souffle romantique aussi. Chronique de la fin d’un monde, le film est d’une puissance incroyable, à la fois lyrique et très ancré dans la réalité.

Les premières images sont trompeuses : plans larges sur une nature inviolée et majestueuse, dans laquelle on découvre les trois derniers Indiens Mohicans chassant, en parfaite harmonie avec leur environnement. Comme si rien n’avait changé depuis des générations. Mais c’est bien un monde qui s’effondre que filme Mann : une terre où la guerre entre Français et Anglais vient bouleverser la paix symbolisée par cette belle amitié entre les colons et nos trois Mohicans.

Avec ce film, Mann démontre définitivement qu’il est doué pour mêler la grande et la petite histoire, la démesure et l’intime. Une scène est particulièrement marquante : après avoir sauvé les filles d’un officier anglais, les Mohicans arrivent en vue du fort où ils pensent être à l’abri, et découvrent au loin les lumières d’une canonnade. Images d’une beauté saisissante et glaçante, qui précèdent le chaos.

Au cœur de la violence, Daniel Day Lewis est d’une intensité folle. Le choix de lui faire jouer un Indien (alors que tous les autres le sont par d’authentiques Native Americans) pouvait sembler discutable. Il l’est effectivement pendant 10 secondes avant que l’on se rende à l’évidence : il est formidable, physique comme jamais. Le couple qu’il forme avec Madeleine Stowe est la pierre angulaire du film. Il fonctionne merveilleusement.

Le Dernier des Mohicans est haletant, bouleversant, impressionnant, et simplement beau. Sept décennies après le beau film de Maurice Tourneur, et après une demi-douzaine d’autres adaptations (celle avec Randolph Scott en 1936, notamment, dont le scénario signé Philip Dunn inspire directement Michael Mann), le roman de Cooper est décidément bien traité au cinéma.

Nuits de Chine (Don’t drink the water) – de Woody Allen – 1994

Posté : 4 avril, 2019 @ 8:00 dans 1990-1999, ALLEN Woody, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Don't drink the water

« Yes it’s a crise, but so far it is our own private crise. »

Entre Coups de feu sur Broadway et Maudite Aphrodite, Woody Allen s’offre une sorte de récréation, un petit extra qui vient s’ajouter à sa production annuelle : ce téléfilm adapté de l’une de ses pièces à succès, qui avait d’ailleurs déjà été portée à l’écran en 1969, avec Jackie Gleason dans le rôle principal. Comme si, vingt-cinq ans plus tard, il avait voulu se réapproprier son œuvre.

« I wasn’t undecided, I just couldn’t make a decision. »

Bon, il le fait quand même sans trop se fouler. Ce téléfilm plein de folie est certes souvent très drôle et mené à un rythme d’enfer, mais il n’a pas l’élégance des productions habituelles d’Allen. Une réalisation un peu plan plan qui cantonne ce Don’t drink the water à son statut de sympathique curiosité.

« My daughter Susan… She was a cesarian. »

Woody Allen y interprète lui-même le rôle d’un touriste américain obligé de se réfugier avec sa famille dans l’ambassade à Moscou, les services secrets russes le prenant pour un espion après qu’il a photographié des monuments de la capitale. C’est que l’action se déroule dans les années 60, en pleine guerre froide (étonnant d’ailleurs que Crisis in six scenes, l’autre incursion de Woody Allen sur le petit écran, se déroule à la même époque).

« How could he be not romantic ? He’s a skin doctor. »

On ne sort qu’à de très rares occasions de cette ambassade, héritage théâtral oblige. Et les personnages y défilent, tous plus dingues les uns que les autres. Parmi eux : un apprenti magicien (Dom De Luise, en roue libre et un peu fatiguant) coincé là depuis six ans. En l’absence de son père, c’est le fils de l’ambassadeur qui tente maladroitement de canaliser toute cette énergie. Il est interprété par un Michael J. Fox très à son aise dans cet univers allenien.

« Why do you have to pick up strange objects ? – That’s how we met. »

Comme toujours chez Woody Allen, les répliques fusent, et font souvent mouches. C’est un peu vain sans doute, c’est très mineur pour sûr, mais ça se voit avec un vrai plaisir, comme un petit bonus dans la filmographie du grand Woody.

« I’m married, I’m not an escaper. »

La Maison Russie (The Russia House) – de Fred Schepisi – 1990

Posté : 28 mars, 2019 @ 8:00 dans * Espionnage, 1990-1999, SCHEPISI Fred | Pas de commentaires »

La Maison Russie

« D’après John Le Carré »… Et c’est tout un univers qui se met en place, fait de mensonges, de faux semblants et de menaces sourdes qui transforment le quotidien en cauchemar. Bref, un genre littéraire et cinématographique en soit, auquel ce film fait honneur, sans y apporter grand-chose de neuf.

C’est quand même le chef d’œuvre de Fred Schepisi, cinéaste oubliable (et oublié) particulièrement à l’aise ici, dans sa manière surtout de filmer l’architecture de ses décors, de Moscou à Lisbonne : la ville, comme lieu de tous les possibles (dans un sens positif ou négatif d’ailleurs), joue un rôle central dans le film. C’est d’ailleurs sa première qualité.

Il y a aussi le couple formé par Michelle Pfeiffer et Sean Connery, impeccable, tout en charme. Sean Connery, donc, en éditeur très porté sur le scotch (normal, pour le plus célèbre des Ecossais) et attiré par la Russie, qu’un mystérieux manuscrit pousse à jouer les Espions pour les Britanniques. A moins que ce soit pour les Américains. A moins que ce soit pour les Russes.

Ce doute qui se met en place rapidement n’est vraiment pas une nouveauté dans le genre, et c’est là toute la limite du film, et ce qui lui vaut une réputation… à vrai dire aucune réputation. Le fait qu’entre le début du tournage et la sortie du film, l’Histoire a fait un pas de géant avec la chute du Mur, jamais évoquée ni de près ni de loin, n’a pas joué en sa faveur à l’époque.

Le film passe à côté de l’Histoire ? Sans doute, mais il rend hommage aux antiques films d’espionnage de la guerre froide, avec paranoïa et sentiment de danger à tous les croisements de rue. La prestation de Klaus Maria Brandauer, dans le rôle (court mais marquant) n’y est pas étrangère. En quelques scènes, l’acteur impose un trouble qui flotte sur tout le film.

JFK (id.) – d’Oliver Stone – 1991

Posté : 21 mars, 2019 @ 8:00 dans 1990-1999, COSTNER Kevin, STONE Oliver | Pas de commentaires »

JFK

Le 22 novembre 1963, le président des Etats-Unis a été assassiné à Dallas. Si, si. Contrairement au moyennement enthousiasmant Complot à Dallas, le film d’Oliver Stone ne chemine pas vers cet assassinat : il en fait son point de départ, le scénario étant basé sur le livre de Jim Garrison, le procureur ayant longuement mené l’enquête et remis en cause le très officiel rapport Warren, qui établissait l’acte d’un tireur isolé, à l’occasion de l’unique procès mené après la mort de Kennedy.

Très ironiquement, le vrai Jim Garrison (qui allait mourir d’un cancer l’année suivante) apparaît brièvement dans le film, jouant le rôle d’Earl Warren. Lui-même est bien entendu interprété par Kevin Costner, au sommet de sa gloire, qui trouve là l’un de ses meilleurs rôles. Un rôle taillé sur mesure pour lui en tout cas, tant Costner incarne parfaitement une certaine idée de l’Amérique : celle des cow-boys et des hommes de loi intègres. Étonnant d’ailleurs de voir le nombre de plans qui sont des réminiscences, sans doute inconscientes de la part de Stone, des Incorruptibles.

Elliott Ness et Jim Garrison : même combat ? En quelque sorte, oui. Les deux personnages (bien réels) sont des chevaliers blancs qui sacrifient tout au profit de la justice, affrontant un système établi gangrené par la corruption et la violence. Dans JFK, on atteint des sommets, bien sûr. Nul besoin de préciser que Stone, pas plus que Garrison, ne croit pas une seconde à cette thèse du tireur isolé qu’il ridiculise allègrement avec tous les outils cinématographiques qui sont à sa disposition.

Les Cubains, la mafia, la CIA, le FBI, le gouvernement… même Lyndon B. Johnson, le successeur de Kennedy à la Maison Blanche, est dans la ligne de mire. C’est dire si la thèse complotiste défendue par Garrison surfe avec les limites de la paranoïa. Stone y croit sans doute dur comme fer, lui aussi, et son film est clairement politique. Pourtant, jamais il ne troque sa casquette de cinéaste contre celui de pur militant.

JFK est en effet un film qui ne quitte jamais le strict point de vue de son personnage principal, ce qui laisse constamment planer le doute quant à la vérité de ce que l’on voit : si convaincante soit-elle, la thèse de Garrison n’est-elle pas le fruit de fantasmes complotistes, ou de simples erreurs de jugements ? Impossible de sortir du film sans pencher très clairement du côté du complot, mais certains faits semblent un peu facilement assénés comme des vérités.

Stone livre une version plausible du complot, extraordinairement documenté : on y croise des dizaines de « vrais » personnages et des centaines de faits et de détails qu’on a parfois un peu de mal à suivre, mais qui donnent une fascinante impression de vertige. Et quel casting, pour interpréter tous ces personnages : Jack Lemmon, Walter Mathau, Tommy Lee Jones, Joe Pesci, Gary Oldman, Kevin Bacon, Sissy Spacek, Michael Rooker, Ed Asner, John Candy… ou encore Donald Sutherland dans le rôle d’un « Mister X » très influencé de Gorge Profonde, et unique personnage fictif du film : Stone expliquait avoir synthétisé dans ce « X » de nombreux personnages réels, afin de limiter son film à une durée raisonnable.

Reste que JFK, dans sa version intégrale, dure pas loin de 3h30. Mais 3h30 absolument grisantes et enthousiasmantes. Le style d’Oliver Stone trouve ici sa forme la plus parfaite, comme si tout son cinéma tendait vers JFK (un peu comme Les Affranchis pour Scorsese). Dans ce film-enquête et ce sujet si fascinant, Stone trouve la matière à toutes les expérimentations, mêlant dans un montage virtuose les images « classiques », les archives authentiques, les fausses archives.

Le procédé a dû faire bondir les historiens, tant il joue avec la perception du spectateur, recréant des images que l’on croit (re)connaître par cœur pour obtenir l’angle qu’il recherche, ou le détail qu’il veut mettre en avant, ou pour incorporer ses acteurs. Procédé sans doute discutable (mais que le point de vue de Garrison justifie), mais que Stone assume pleinement, faisant de son film-fleuve un long mouvement hallucinant de maîtrise et de cohérence. Son chef d’œuvre, sans l’ombre d’un doute.

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