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Archive pour la catégorie '1990-1999'

Les Visiteurs – de Jean-Marie Poiré – 1993

Posté : 2 décembre, 2022 @ 8:00 dans 1990-1999, FANTASTIQUE/SF, POIRE Jean-Marie | Pas de commentaires »

Les Visiteurs

Il était temps que l’âge d’or de Jean-Marie Poiré fasse son entrée sur ce blog : cette période bénie au cours de laquelle le réalisateur a prouvé de la plus brillante des manières qu’il avait avalé et digéré tout le cinéma de Lubitsch, celui de Sturges (Preston) et celui de Wilder… Une période dont Les Visiteurs serait l’apogée, l’indémodable parangon !

Hein ? Comment ça, « qu’est-ce que j’ai bu ? »… D’abord, rien, en tout cas pas encore, mais si on peut plus déconner, maintenant… Bon, ben voilà, quoi. La vérité, c’est que si Poiré pouvait encore faire diversion dans les années 80, du Père Noël… à Mes meilleurs copains, il se vautre lamentablement dès les années 90 dans les pires excès formels.

Pour résumer : si un plan dépasse une poignée de secondes, le spectateur va se faire chier. A ça, on aurait deux, trois trucs à rétorquer. Le premier serait : « n’importe quoi ! ». Le deuxième : « Et Lubitsch, justement, c’est du brin ? ». Le troisième : « quitte à multiplier les plans, autant qu’ils soient un minimum travaillés, non ? »

Parce que, esthétiquement, c’est une catastrophe. Dès la (longue) séquence d’introduction, Poiré multiplie les effets ringards et hideux, qui seront désormais la marque de son cinéma (j’en ai vu plusieurs, après ça). Si c’était drôle au moins, ça passerait, mais cette longue intro est remarquablement pauvre en gags… Ce n’est qu’une fois les deux héros arrivés de nos jours (je vous épargne le résumé) que la comédie s’installe vraiment.

Et là aussi, Les Visiteurs accuse lourdement le poids des ans. Quelques répliques continuent à faire sourire, quelques situations aussi, toutes basées sur le décalage entre les deux époques. Mais bien peu pour comprendre a posteriori le phénomène que le film a représenté il y a presque trente ans. Cela dit, Jean-Marie Poiré fera bien pire par la suite.

Titanic (id.) – de James Cameron – 1997

Posté : 12 novembre, 2022 @ 8:00 dans 1990-1999, CAMERON James | Pas de commentaires »

Titanic 1997

A la fin, le bateau coule. Ok, ce n’est pas le plus grand divulgachage de l’histoire du cinéma, surtout que le film commence par des images de l’épave gisant au fond de l’Atlantique. De la vraie épave d’ailleurs, soit dit en passant : Cameron est bel et bien descendu dans les bas-fonds de l’océan pour filmer ce Titanic qui le fascine depuis longtemps, et auquel il consacrera un documentaire quelques années plus tard. Mais ce n’est pas l’objet, encore que…

Le bateau coule à la fin, donc, et ce n’est pas le seul élément de l’histoire que Cameron nous dévoile d’emblée, dès cette première (longue) séquence, au cours de laquelle on découvre, de nos jours, des pilleurs d’épave à la recherche d’un bijou hors de prix qui doit reposer dans un coffre enfermé dans l’épave depuis 1912. Il n’y est pas, bien sûr, mais à la place, c’est l’âme du Titanic qu’ils vont découvrir grâce à leur rencontre avec une adorable centenaire qui s’avère être une survivante.

Mine de rien, ce prologue nous dévoile ce que deviendra son personnage après avoir survécu au naufrage, mais aussi en creux le destin de plusieurs autres personnages. Il nous explique aussi, images de synthèses à l’appui, comment le bateau a commencé à s’enfoncer, comment il s’est redressé, s’est cassé en deux, et combien de temps tout ça a prix. Comme un rappel des faits que le film va ensuite raconter. Après ça ? Eh bien après ça il n’y a plus qu’à laisser le talent de conteur de Cameron faire le reste.

Et il est immense, ce talent. Cameron est un conteur hors pair, qui réussit à garder une intensité folle et une fluidité parfaite tout au long de ses trois heures de films, mêlant dans un même mouvement un grand film romantique, un film catastrophe bien sûr, mais aussi l’évocation d’une société en pleine mutation : il y a des allures de fin d’un monde dans cette vision d’une grande bourgeoisie auto-érigée en maîtresse du monde, dominant au propre comme au figuré des prolétaires qui ne demandent qu’à prendre un peu de pouvoir.

Fasciné par le Titanic comme par cette atmosphère de fin de monde, Cameron nous partage d’emblée sa fascination en confiant le rôle de la Rose d’aujourd’hui à Gloria Stuart, vue six décennies plus tôt chez James Whale (La Maison de la Mort et L’Homme Invisible) ou John Ford (Air Mail et Je n’ai pas tué Lincoln), invoquant à travers son passé le destin de son personnage, mais aussi un Hollywood depuis longtemps disparu.

Il nous fascine aussi par la somptuosité de la reconstitution (le Titanic reconstruit presque à taille réelle, avec une grande attention portée au détail), certes très coûteuse mais totalement au service de l’histoire et surtout de l’atmosphère, de cette sensation que l’on a d’avoir réellement découvert le Titanic, avec l’émotion qui vous serre le cœur quand les images du bateau reconstitué se fondent dans des images de la véritable épave. Fascinant.

Il y a aussi cette manière dont Cameron symbolise l’opposition de deux mondes et la fin annoncée de l’un d’eux à travers l’histoire d’amour de Rose et Jack, idéalement interprétés par une Kate Winslet qui hurle silencieusement dans son corset, et un Leonardo Di Caprio incarnation parfaite de la liberté et de la générosité. Un grand couple romanesque dans la tradition du vieil Hollywood, pour une grande fresque dans la tradition du vieil Hollywood. Et oui, le bateau coule à la fin, comme les larmes de tout spectateur normalement constitué.

Forrest Gump (id.) – de Robert Zemeckis – 1994

Posté : 23 septembre, 2022 @ 8:00 dans 1990-1999, ZEMECKIS Robert | Pas de commentaires »

Forrest Gump

De ce petit phénomène des années 1990, beaucoup n’ont retenu que la manière dont le destin de cet homme bon mais un peu lent s’inscrivait si intimement dans la grande histoire de l’Amérique, serrant la main à trois présidents, influençant Elvis ou Lennon, devenant une véritable célébrité en tant que héros du VietNam, créateur d’une grande compagnie de pêche à la crevette, coureur à pied inspirant ou icône d’une Amérique contestatrice.

Ces rencontres ou clins d’œil à l’histoire en marche, des années 50 au début des années 80, sont très présentes, et ponctuent l’histoire de Forrest Gump comme autant de jalons égrenant la course du temps. Ils sont amusants, parfois même très drôles. Leur accumulation a un côté absurde qui prête à sourire, mais qui reste tout de même assez anecdotique.

En revanche, on est toujours emporté par l’extrême bienveillance du personnage, sa simplicité, son absence si totale de duplicité ou de calcul. Forrest Gump est un homme que les sursauts de l’histoire comme les petits accidents de la vie ballottent dans un sens ou dans l’autre, à l’image de cette plume qui vole au début et à la fin du film, se laissant emporter sans résistance au hasard de la brise.

Brise ou tempête pour Forrest, qu’importe. La manière dont Tom Hanks répond par un simple « OK » à toutes les sollicitations, avec ce rond accent du Sud, est irrésistible, ce « OK » qui suffit à passer d’une séquence de comédie à celle sans concession de la guerre, changeant de séquence et d’atmosphère avec naturel. Il est formidable, Hanks, avec ce regard si innocent qui lui a valu son deuxième Oscar en deux ans, après Philadelphia.

Presque dix ans après Retour vers le futur, Zemeckis signe un nouveau jalon majeur du cinéma américain populaire, un film à la fois très drôle et extrêmement mouvant, où l’on rit aussi franchement que l’on pleure. On en sort avec un mélange de boule au ventre et d’euphorie, et l’envie de vivre sa vie avec intensité. C’est déjà un beau programme, non ?

Backdraft (id.) – de Ron Howard – 1991

Posté : 19 septembre, 2022 @ 8:00 dans 1990-1999, DE NIRO Robert, HOWARD Ron | Pas de commentaires »

Backdraft

Ah! 1991… Mes 15 ans, mes premières amours cinématographiques, mes premiers émois, mes premiers frissons… Est-il possible, pour un cinéphile, de revoir les films de cette période si fondatrice avec un regard vraiment neuf, l’objectivité et la sensibilité d’un homme accompli ? Not me, no sir… Il serait d’ailleurs peut-être temps que j’ajoute une catégorie « 1991 » à ce blog : celle des films fondateurs, cette base sur laquelle toute ma cinéphilie à venir s’est bâtie.

Tout ça pour dire que Backdraft fait partie de ces films sur lesquels ce blog ne portera qu’un regard bienveillant, et empli d’une authentique affection. Il y en a et aura d’autres bien sûr, et des moins défendables que celui-là. Et trente ans après, à le revoir pour la première fois depuis sa sortie en salles, le film de Ron Howard appartient avec évidence et flagrance à cette époque du début des années 90, celle d’avant les CGI omniprésents, celle d’avant la surenchère obligée, mais aussi celle des excès visuels malencontreux.

Ron Howard abuse donc des ralentis dans l’action et dans le drame, frôlant les excès d’un John Woo, la maîtrise lyrique en moins. Et à trop faire grincer les violons, il ne réussit qu’à étouffer l’émotion et à amoindrir l’impact de ses images, par ailleurs assez bluffante. Parce qu’on est justement avant les CGI, parce qu’on n’est pas encore dans la période actuelle où un drame n’existe pas en deçà de vingt-cinq morts affreuses et filmées en gros plan. Et parce que ces images d’incendie sont réellement toujours impressionnantes.

L’histoire ne semble d’ailleurs qu’un prétexte pour mettre en scène les pompiers combattant un feu dont le film tente d’appréhender la dimension insaisissable, avec une certaine réussite. Histoire de deux frères que tout oppose, mais unis par un même destin : celui transmis par un père héros du feu, mais terrassé par lui. Howard est particulièrement à l’aise pour filmer les moments spectaculaires, et ils ne manquent pas, avec une réinvention constante, scène après scène : comme les feux que combattent les pompiers, chaque séquence d’incendie à sa personnalité propre, et c’est là que le film est le plus réussi.

On peut trouver en revanche que les personnages secondaires sont un peu faibles, ou cantonnés à des rôles de faire-valoir, et c’est particulièrement des personnages féminins. Mais Ron Howard peut se reposer sur une belle distribution. Bon… peut-être par William Baldwin, assez fade dans le rôle central du petit frère. Mais le grand frère Kurt Russell a nettement plus de gueule, et il est entouré par Scott Glenn, Donald Sutherland et Robert De Niro. Ce qui, de toute façon, suffit largement à assurer l’intérêt.

Mort subite (Sudden Death) – de Peter Hyams – 1995

Posté : 23 août, 2022 @ 8:00 dans 1990-1999, ACTION US (1980-…), HYAMS Peter | Pas de commentaires »

Mort subite

Ces films d’action hyper calibrés des années 90 ont gagné un petit charme qui relève sans doute d’un sentiment de nostalgie pour l’ado que j’étais alors, mais indéniable. Et comment ne pas avoir une certaine tendresse pour un film où Jean-Claude Van Damme se bat dans une cuisine contre un poulet géant…

Oui, en fait un méchant qui a revêtu le costume de la mascotte d’une équipe de hockey. Mais cette image confirme que Peter Hyams, cinéaste qui fut un peu plus ambitieux à une époque de sa carrière (Capricorn One, Outland), ne prend pas son affaire trop au sérieux. On lui en sait gré, et Van Damme aussi visiblement, très à l’aise dans le rôle de ce super-vigile confronté à l’irruption d’une bande de méchants dans un stade bondé.

Il est alors au sommet de sa popularité, Van Damme, qui venait de tourner TimeCop avec le même Peter Hyams. The Mussles from Bruxelles était même un potentiel concurrent sérieux pour Stallone ou Bruce Willis. Potentiel seulement, quand même : Mort subite, malgré ses gros moyens, reste un énième ersatz de Die Hard, dont il reprend les grandes lignes. Un représentant de l’ordre qui affronte seul une armée de tueurs dans un lieu clos, où il doit sauver plein d’innocents, et sa propre famille.

Rien de neuf sous le soleil donc, si ce n’est un poulet tueur, de vrais joueurs de hockey-sur-glace, des scènes d’actions qui tiennent la route. Suffisamment pour faire de Mort subite l’un des sous-Die Hard les plus recommandables de cette époque. Un petit plaisir régressif et nostalgique, avec un Van Damme sans surprise, mais parfait en action hero dont on sait d’emblée qu’il va dégommer tous les méchants à lui seul. Finalement, on n’attend pas grand-chose de plus…

Demolition Man (id.) – de Marco Brambilla – 1993

Posté : 7 mai, 2022 @ 8:00 dans 1990-1999, ACTION US (1980-…), BRAMBILLA Marco, FANTASTIQUE/SF, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Demolition Man

Faisons un peu d’histoire. Il y a presque trente ans, Stallone sortait d’un passage à vide au début des années 90. Revenu au sommet (littéralement) avec Cliffhanger, l’une de ces histoires de résurrection qui lui conviennent si bien, il était annoncé à l’affiche d’un film de science-fiction dont la bande-annonce était hyper-alléchante : un Stallone dur et teigneux, sombre et violent.

Autant dire qu’à l’époque, les chansons de publicités vintages, l’humour aseptisé et les coquillages pour se torcher ont fait l’effet d’une douche tiède au spectateur avide d’un spectacle hard-boiled. A le revoir trois décennies plus tard, c’est plutôt une bonne surprise qui domine. Passée la scène d’ouverture (dans un quasi-présent) où l’action et les effets pyrotechniques semblent bien dépassés, le film a gagné en pouvoir de sympathie, assez paradoxalement.

Le petit culte qui a fini par l’entourer le rapproche de ces publicités gentiment ringardes que les gens du futur chantent à tout bout de chant. De fait Demolition Man invoque une sorte de nostalgie de ce qu’était le cinéma d’action dans les années 1990. Et même si le trait est franchement forcé, difficile de ne pas voir cet avenir aseptisé sans penser aux grosses productions d’aujourd’hui, totalement lissées par des effets numériques envahissants.

Dans Demolition Man, on est encore à une époque où les grosses productions permettaient de construire des décors surdimensionnés. En l’occurrence une cité souterraine ou un musée qui reconstitue le monde violent mais humain du XXe siècle. L’idée est d’ailleurs assez marrante de faire se retrouver le méchant et le flic d’hier dans un musée consacré à ce qui fut leur quotidien.

Réalisateur éphémère de blockbuster, reconverti ensuite dans l’art contemporain, Marco Brambilla joue énormément avec l’imagerie machiste de ces années-là, offrant à Stallone des tas de plans très à son avantage, soulignant son regard dur et ses muscles hyper dessinés, particulièrement en valeur à côté d’une Sandra Bullock aux traits débarrassés de toute aspérité.

Il y a un peu de cynisme et beaucoup d’ironie dans ce regard. Pas mal de distance aussi, et une réplique à la fin du film qui résume assez bien le propos, lorsque Stallone appelle au calme : entre la sauvagerie d’hier et l’aseptisation de demain, chacun fera un bout de chemin, et tous finiront par se retrouver au milieu. C’est assez con, assez marrant, et sans temps mort.

Goldeneye (id.) – de Martin Campbell – 1995

Posté : 9 avril, 2022 @ 8:00 dans * Espionnage, 1990-1999, ACTION US (1980-…), CAMPBELL Martin, James Bond | Pas de commentaires »

Goldeneye

Après Permis de tuer, il a fallu attendre six ans pour revoir James Bond à l’écran. Du jamais vu à l’époque, et une seconde chance comme il en existe peu pour Pierce Brosnan, postulant malheureux pour cause de contrat avec la télévision (pour la série Remington Steele) en 1987, Timothy Dalton étant alors un choix par défaut.

Brosnan en 007 : c’était une évidence, tant la classe et l’ironie de l’acteur semblent taillées pour le personnage. Sans surprise, la volonté n’est donc pas de révolutionner le mythe avec ce Goldeneye (contrairement au nouveau départ suivant, le Casino Royale qui sera lui aussi réalisé par Martin Campbell), mais de s’inscrire dans la continuité de la saga.

Brosnan en James Bond, c’est donc un mixte de Sean Connery pour l’élégance et le regard froid, de de Roger Moore pour la décontraction dans l’action et la punchline qui tue. L’ambition est de rassurer et de retrouver un public qui commençait sérieusement à se faire la malle. Le résultat est sympathique, mais affiche ses limites dès la séquence d’ouverture.

A force de la surjouer cool et détaché, Pierce Brosnan en devient totalement désincarné, sentiment renforcé par la direction d’acteurs pour le moins flottante, comme si Campbell filmait chaque scène en n’ayant aucune idée de ce qui précède ou de ce qui suit. Pas bizarre, donc, de voir une jeune femme sans histoire rire franchement alors qu’elle se dirige ouvertement vers un danger potentiellement mortel.

Le film pêche à la fois par son humour lourdingue (« j’ai oublié de frapper », lance Bond avant d’assommer un méchant sur le trône), et par les excès mal maîtrisés de ses scènes d’action. Même Ethan Hunt n’aurait pas osé cette scène où Bond lance sa moto dans le vide, vole littéralement vers un avion en chute libre, et réussit in extremis à redresser l’engin. Le film est alors commencé depuis cinq minutes, et heureusement que la fameuse chanson de Tina Turner arrive dans la foulée pour faire passer la pilule.

Ce ne sera pas le dernier excès : les dérapages frein à main d’un char d’assaut, le siège éjectable actionné avec la tête (pour un passage pompé éhontément à 58 minutes pour vivre) ou la chute de cinquante mètres pas même mortelle enfonceront le clou. Oh ! Il y a bien des volontés de faire évoluer la saga, de confronter Bond à son propre machisme. Mais les tentatives maladroites de faire de Moneypenny un personnage féministe (et de confier le rôle de M à une femme, Judi Dench) sont contrecarrées par la méchante, pauvre Fanke Janssen à qui l’on fait jouer une tueuse sadique et nymphomane, plongée en plein orgasme dès qu’elle assassine.

Ce Brosnan premier du nom agace et permet de mesurer a posteriori le chemin parcouru sous l’ère Daniel Craig. Pourtant, Goldeneye séduit par moments, avant tout grâce au charisme de Pierce Brosnan, à cette manière qu’il a de surjouer la cool-attitude. A défaut de renouveler la saga (le passage obligé de Q, interprété depuis trente ans par Desmon Llewelyn, prouve qu’il n’en est pas question), Campbell s’amuse avec les passages obligés et les codes bien en place. Pas dupe, guère ambitieux, mais enthousiaste.

Uranus – de Claude Berri – 1990

Posté : 6 avril, 2022 @ 8:00 dans 1990-1999, BERRI Claude | Pas de commentaires »

Uranus

Claude Berri est en plein dans sa veine patrimoniale. Entre Pagnol (Jean de Florette et Manon des Sources) et Zola (Germinal), le voilà qui s’attaque à Marcel Aymé, adaptant son très cynique, et très savoureux roman Uranus, portrait grinçant d’une petite ville française qui s’arrange avec elle-même quelques mois après la libération.

Pathétiques ou salauds… Pas grand monde à sauver a priori, dans cette galerie de personnages dont aucun semble-t-il n’a eu un comportement exemplaire pendant l’occupation. Pourtant, l’humanité n’est jamais bien loin. Et même chez le pire dénonciateur post-libération, même chez l’ancien collabo le plus zélé, la plume d’Aymé et la caméra de Berri soulignent la complexité et la singularité de chacun. L’honnêteté, même.

Pas franchement un film confortable, donc. Du genre à balayer assez radicalement l’image de la France, grande nation de résistance. Du genre, plutôt, a placer chacun devant ses complexités, et sa possible lâcheté. Le personnage de Philippe Noiret est sans doute celui qui se rapproche le plus du narrateur, du point de vue qu’adopte Berri (et sans doute Aymé, mais pas lu le livre) : un homme lettré et ostensiblement joyeux, qui décide de prendre tous les défauts de l’homme et toutes les horreurs commises par lui avec une bienveillance radicale.

Il est étonnant ce personnage, et incarné avec gourmandise. C’est cette gourmandise, largement partagée par l’extraordinaire distribution, qui fait tout le sel de ce film, tout le plaisir qu’on y prend. Il y a bien sûr Depardieu, dans ce qui est peut-être son rôle le plus gargantuesque, un patron de bistrot qui avale des litres d’alcool en éructant, mais s’apaise en découvrant la poésie. Il y a aussi Jean-Pierre Marielle en chef de famille au patriotisme pratique, Michel Blanc en communiste zélé, Michel Galabru en profiteur de guerre

Uranus, au-delà de sa truculence, est un grand film d’acteurs. En cela, c’est du pur cinéma français à l’ancienne, porté par les paroles de Marcel Aymé et par le pur plaisir procuré par les comédiens. C’est aussi une vision cynique et radicale de la France de l’immédiat après-guerre. La nation de résistants en prend un sacré coup…

Tous les matins du monde – d’Alain Corneau – 1991

Posté : 3 février, 2022 @ 8:00 dans 1990-1999, CORNEAU Alain | Pas de commentaires »

Tous les matins du monde

D’un réalisateur de polar, amoureux de jazz, on n’attendait pas un film comme Tous les matins du monde, adaptation par lui-même d’un roman de Pascal Quignard. Pourtant, et si c’était le plus beau film d’Alain Corneau ? Il y a trente ans, le film avait valu à la viole de gambe une popularité inédite depuis trois bons siècles. Aujourd’hui, l’effet que procure l’instrument reste le même : un étrange envoûtement à la douleur affleurante.

Le film n’est pas parfait. Il souffre par moment d’un certain académisme, et surtout d’une voix off platement écrite, sans poésie, lourdement explicative, heureusement fort bien dite par Gérard Depardieu père. Depardieu qui ouvre le film par un très long gros plan fixe sur son visage, longtemps silencieux, et totalement fascinant autant que repoussant. Le visage d’un homme vieillissant, replié sur un passé qui resurgit douloureusement.

L’histoire est racontée dans un long flash-back, d’où cette voix off un peu envahissante : la rencontre du très jeune Marin Marais (Depardieu père et fils, dans une belle double-interprétation, comme un émouvant passage de flambeau), musicien doué mais sans âme, avec un vieux maître insaisissable, Sainte-Colombe, vivant en reclus avec ses deux filles, depuis la mort de sa femme. Sainte-Colombe, c’est Jean-Pierre Marielle, dans l’un des rôles de sa vie, magnifique en musicien incapable de partager ses émotions autrement que par la musique.

La mise en scène de Corneau est à l’image de ce personnage. Austère, souvent peu aimable lorsqu’il s’agit de filmer la vie. Intime et chaleureuse lorsqu’il s’agit de filmer la musique. Là, la caméra se rapproche au plus près, et grâce à la superbe lumière d’Yves Angelo, dévoile la vérité de personnages par ailleurs très fermés. Ce qui s’en dégage, c’est une émotion profonde, doublée d’une authentique humilité de la part du cinéaste. C’est beau.

Chasse à l’homme (Hard Target) – de John Woo – 1993

Posté : 2 février, 2022 @ 8:00 dans 1990-1999, ACTION US (1980-…), WOO John | Pas de commentaires »

Chasse à l'homme

Il fut un temps où Jean-Claude Van Damme était le passage obligé pour tous les cinéastes hong-kongais s’attaquant à Hollywood. Tsui Hark s’y est cassé les dents (Double Team), Ringo Lam a tiré son épingle du jeu (Risque Maximum, et surtout Réplicant). John Woo, qui fut le premier, s’en sort honorablement, sans forcer son talent.

Enième variation sur le thème des Chasses du Comte Zaroff, le film est assez con, et bourré de clichés énormes. Ce qui n’est pas forcément rédhibitoire : Woo n’est pas réputé pour faire toujours dans la dentelle, loin s’en faut. Ce qui compte avant tout dans son cinéma, c’est le style, qui magnifie souvent des situations épurées à l’extrême.

Le style est bien là, mais un peu emprunté dans la première partie, comme si Woo se débattait avec un système qu’il ne maîtrise pas, et dont il essaye de faire émerger sa personnalité. Il faut attendre la dernière partie du film pour que ce style si personnel éclate vraiment : lors de ce très long gunfight, tout en excès, véritable massacre à la sauce Woo. Le cinéaste semble alors se libérer en se débarrassant de toute contrainte scénaristique.

Mais même là, le style de John Woo est mâtiné d’une touche de Van Damme. Curieux mélange, face auquel il est difficile de ne pas sourire : après avec vidé un chargeur (de 15 ? 20 balles ?) dans le buffet d’un méchant, Van Damme ajoute l’un de ses fameux coups de pied retourné pour le finir. Grand moment WTF…

Ce gunfight est hyper maîtrisé, et spectaculaire. Mais Van Damme y bondit, virevolte, et se livre même à des saltos vrillés (si si) assez surprenant… Et comme le scénario est décidément très con, les seconds rôles se pointent au milieu de l’action au gré des visions esthétiques de Woo, et au détriment de toute vraisemblance (la fille qui n’a aucune expérience de la violence et qui se précipite dans le gunfight pour aider le héros, Chance Boudreaux).

Côté méchant, on n’est pas d’avantage dans la mesure. Lance Henricksen est un bad guy vraiment très très méchant. Pas le film le plus fin de la saison, c’est sûr. Mais on trouve quand même un moment assez beau. Non, pas celui où Van Damme se met debout sur sa moto pour… pour… parce que c’est comme ça. Non : lorsqu’un vétéran du VietNam, traqué par des tueurs, se retrouve dans une rue bondée de La Nouvelle Orléans, et réalise que tout le monde se contrefout de son sort, et qu’il n’est qu’un invisible. Sonné, il finit par se résigner, acceptant son sort. Le moment le plus politique et le plus beau du film.

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