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Archive pour la catégorie '1980-1989'

Halloween 3, le sang du sorcier (Halloween 3 : Season of the witch) – de Tommy Lee Wallace – 1982

Posté : 27 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, WALLACE Tommy Lee | Pas de commentaires »

Halloween 3

Ne serait-ce que pour la toute dernière image, sommet du film fantastique paranoïaque (si, si, c’est un genre en soi, surtout depuis L’Invasion des profanateurs de sépulture), ce troisième Halloween est un film à voir, et à réévaluer. Non, Tommy Lee Wallace n’est pas Carpenter. Le monteur du premier Halloween, qui fait ici ses débuts derrière la caméra, n’a ni l’élégance ni le sens du frisson de son mentor. Et ce film est loin, très loin, du premier opus de la saga.

N’empêche. Malgré les effets trop faciles (ce son strident qui sort de nulle part dès qu’il faut sursauter), malgré la psychologie limitée des personnages (mais en était-il autrement dans le chef d’oeuvre de Carpenter ?), il y a quelque chose de différent, quelque chose qui n’est pas loin d’être enthousiasmant. Cela dit avec une certaine prudence, tant le film multiplie les maladresses.

Parmi les principaux problèmes, il y a cette oscillation constante entre Mal absolu et Mal raisonné. Autrement dit : faut-il, comme dans le film originel de 1978, prendre le parti de ne rien expliquer, ou au contraire doit-on donner une base scientifique ou ou moins logique à la menace ? Les deux ? Ni l’un ni l’autre ? Ben… pfff… semble plutôt être l’option choisie. Alors on nous sort un morceau de pierre volé à Stonehenge, mais on sait pas trop pourquoi. A vrai dire, on s’en moque totalement.

Il y a en fait deux choses qui comptent vraiment dans ce film. D’abord, le sentiment de paranoïa qui transforme des choses aussi banales qu’un masque d’Halloween et une télévision en menaces mortelles. Un thème dont Carpenter s’emparera plus personnellement avec l’un de ses grands films, déjà réévalué celui-là : Invasion Los Angeles.

Ensuite, et surtout, le film marque une ambition totalement oubliée du producteur Carpenter (et de sa complice d’alors Debra Hill) : reprendre les rênes d’une saga qui lui avait échappée avec Halloween 2, en en faisant totalement autre chose. Ne cherchez pas : il n’y a dans Halloween 3 ni Michael Myers, ni Docteur Loomis, ni baby-sitter trucidée d’ailleurs. Quant aux masques, ils sont portés par d’innocents enfants.

Non, Carpenter pensait avoir fait le tour de son inoubliable croquemitaine, et souhaitait transformer la saga en une sorte de série anthologique : chaque année, un film d’épouvante ayant pour cadre la fête d’Halloween. Une belle idée, en fait, que l’insuccès du film condamnera immédiatement. Dommage, au moins pour ce film-ci, quasiment effacé de la mémoire collective des amateurs de la saga, et qui méritait mieux que cet oubli.

Halloween 3 mérite d’être revu malgré tous les défauts qu’on peut lui trouver : une multiplication inutile des thèmes (le savant fou, la déshumanisation de la société, la puissance de la télévision et du merchandising…), des effets sonores tout pourris, des ressors dramatiques très datés… Parce qu’il est un hommage revendiqué et plutôt convainquant aux classiques du genre des années 50, bourré de clins d’œils au film de Carpenter. Et parce qu’il y a cette dernière image, ce dernier cri, paranoïaque et glaçant. Rien que pour ça.

Rambo 2 : la mission (Rambo : First Blood, part 2) – de George Pan Cosmatos – 1985

Posté : 22 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, ACTION US (1980-…), COSMATOS George Pan, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Rambo 2

1985 est une année charnière pour Stallone. Mine de rien, jusque là, l’acteur ne doit son succès qu’à Rocky (déjà trois films à son actif), et à un Rambo sombre, intense et humain. A part ça, quelques films de genre qui n’emportent pas l’adhésion des masses (Les Faucons de la nuit), des collaborations prestigieuses qui ne convainquent personne (Norman Jewison pour F.I.S.T., John Huston pour A nous la victoire), et des tentatives louables de se diversifier. C’est ainsi que, depuis le premier Rambo, il a mis en scène la suite de La Fièvre du samedi soir (Staying Alive), et donné la réplique à Dollie Parton dans une comédie musicale totalement oubliée (Rhinestone).

Autant dire que lui-même est conscient à la fois de ses forces et de ses limites. Et en cette année 1985, il opère un virage spectaculaire et payant, se créant un personnage bigger than life parfaitement dans son époque, qui fera de lui l’incarnation absolue de cette Amérique des années 80. Un virage totalement assumé, quitte à rompre avec l’essence même de ses personnages, sacrifiant leur humanité au profit d’une imagerie spectaculaire censée emportée les foules.

Triomphe il devait y avoir, triomphe il y eût, bien sûr. Pour Rocky 4, symbole de la grandeur américaine face à la menace rouge. Et pour Rambo 2, symbole d’une Amérique héroïque qui veut rompre avec les scandales étatiques et les traumatismes des décennies précédentes, impasse du VietNam en tête. A la recherche d’un succès après trois années vides, Stallone se réinvente en deux films… C’est d’ailleurs intéressant de noter qu’il se relancera également en enchaînant Rocky Balboa et John Rambo après dix ans de galères, et qu’il vient une nouvelle fois de renouer avec ses deux personnages fétiches après un petit flottement post-Expendables.

Revenons à ce Rambo 2 quand même, film d’action qui, mine de rien, contribue à révolutionner le genre. L’évolution depuis le premier film symbolise parfaitement l’évolution du genre au cours de ces quelques années. Plus musclé, plus explosif, plus mortel, clairement moins psychologique, Rambo 2 ouvre l’ère hollywoodienne des gros bras et de la surenchère. C’est un contre-pied total par rapport au Rambo originel, presque une trahison (pas tant dans les actes du personnage que pour l’absence assumée de psychologie). Mais c’est aussi d’une efficacité imparable.

Passons sur la mise en scène de Cosmatos, sur cette esthétique très marquée années 80, et sur cette manière de filmer avec amour et dévotion les muscles bandés et huileux de Stallone (c’est fou ce que casser des cailloux dessine parfaitement un corps… à méditer, amis bodybuilders). Le film bénéficie d’une très belle photo, chaude et lumineuse, de Jack Cardif, directeur de la photo légendaire qui a notamment travaillé sur Le Narcisse noir et African Queen. Un vétéran toujours très à l’aise dans ce Hollywood nouvelle génération.

Quant au scénario minimaliste de Stallone et James Cameron, il se contente grosso modo d’enchaîner les scènes d’action. Rambo tire, il plante, il pointe, il court, il grimace, il crie… Il dessoude à lui seul l’armée nord-vietnamienne et l’armée russe… avec une économie de mots dont on lui sait gré, tant ses rares tirades sont grotesques. Tout un symbole, oui.

Halloween 2 (id.) – de Rick Rosenthal – 1981

Posté : 19 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, ROSENTHAL Rick | Pas de commentaires »

Halloween 2

Voilà un parti pris plutôt rare : Halloween 2 reprend très exactement là où Halloween premier du nom se terminait. Pourquoi pas : le final du film de Carpenter s’y prêtait parfaitement. Sauf que cela pose d’emblée une difficulté insurmontable : en faisant de cette suite une vraie deuxième partie se pose immanquablement la question du style, et de la comparaison entre les deux réalisateurs.

Ce problème, le monteur du premier film Tommy Lee Wallace l’avait pressenti, refusant la mise en scène qu’on lui proposait (il fera ses débuts derrière la caméra avec Halloween 3). C’est donc Rick Rosenthal qui s’y colle. Et si le résultat est fort honorable, il n’atteint jamais les sommets du Carpenter, chef d’œuvre d’élégance et d’efficacité. Rosenthal, lui, se contente tant bien que mal de s’inscrire dans la continuité, contraint il est vrai par un Carpenter omniprésent sur le tournage.

Ecrit par Big John lui-même et sa comparse Debra Hill, Halloween 2 ne manque pas d’idées, tout en étant conscient de ses propres limites. Privée de l’effet de nouveauté, cette suite joue ainsi nettement la carte de la surenchère, multipliant les meurtres (trois fois plus que dans le premier) et les manières de trucider son prochain. C’est que, depuis 1978, la mode du slasher s’est développée, et qu’il faut désormais offrir au spectateur ce qu’il attend : toujours plus, plus de frissons, plus de sang, plus de gore.

Il y a quand même une belle idée dans ce scénario, qui évite le côté en redite en déplaçant mine de rien l’action au cours d’une première partie très habile. Durant ces premières minutes, la caméra traverse la petite ville d’Hadonfield, pour nous conduire vers cet hôpital d’où on nous ressortira quasiment plus, devenant un lieu d’angoisse particulièrement oppressant, assez bien utilisé.

Cette première partie permet aussi de renouer avec les personnages du premier film, d’en écarter certains (le shérif, trop occupé par son deuil), de renouer avec un Docteur Loomis plus déterminé que jamais (Donald Pleasance, toujours réjouissant dans ses excès), et de placer définitivement Laurie Strode au cœur de l’action, mais dans une position ouvertement passive (Jamie Lee Curtis, alitée la plupart du temps).

Avec quelques surprises scénaristiques plus ou moins heureuses, quelques beaux plans (le masque de Myers sortant de l’ombre, ou encore les larmes de sang), le thème musical de Carpenter qui assure le frisson… Bien sûr, il manque les travellings magnifiques du premier film et le tempo délibérément lent du premier film, mais cette première suite est une réussite.

Masques – de Claude Chabrol – 1987

Posté : 30 novembre, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1980-1989, CHABROL Claude | Pas de commentaires »

Masques

Un jeune auteur qui prépare la biographie d’un présentateur vedette de la télé retrouve ce dernier dans sa maison de campagne pour y passer quelques jours. La rencontre a priori anodine se transforme bientôt en un face à face sous tension sous des apparences de cordialité, où les apparences sont trompeuses…

Chabrol flirte clairement du côté du Mankiewicz du Limier, et la comparaison est cruelle pour le Français, en particulier dans la première scène du film, où la mise en scène même de Chabrol et le montage paraissent étonnamment maladroits, voire approximatifs. S’en dégage aussitôt une impression de dilettantisme qui tranche avec la perfection méticuleuse de Mankiewicz.

Pourtant, ça marche. Allez savoir par quel miracle, mais dans ces vieux murs bourgeois avec ces portes qui grincent et ce plancher qui craque, dont on pensait tout connaître depuis des années avec Chabrol, le cinéaste réussit à nous emmener là où il veut, et à instaurer une atmosphère oppressante et dérangeante.

En différant la révélation de l’intrigue et en se concentrant sur cette atmosphère d’angoisse, Chabrol fait mouche malgré tout. Et la simplicité extrême de sa mise en scène se révèle parfaitement efficace. OK il ne fait pas dans la nuance, et lâche clairement la bride à Noiret comme à Renucci, qui en font des tonnes dans les œillades et les faux-semblants. Mais là aussi, ça marche.

Le suspense est bel et bien oppressant, comme les vieilles boiseries omniprésentes de cette maison de campagne. Le décor est de plus en plus pesant, la tension monte, la vérité éclate, et tout ça finit par une scène réjouissante, pied de nez amusé et gentiment méchant au monde de la télévision. Ni mineur, ni majeur, ce Chabrol là se déguste sans grande surprise, mais avec plaisir.

Raging Bull (id.) – de Martin Scorsese – 1980

Posté : 25 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, DE NIRO Robert, SCORSESE Martin | Pas de commentaires »

Raging Bull

Martin Scorsese ne voulait pas réaliser Raging Bull. Il avouait ne rien comprendre à la boxe, et ne pas aimer ce personnage autodestructeur qu’était Jake La Motta. Pourtant, ce film voulu par DeNiro a sans doute sauvé la carrière, et la vie, de Scorsese, empêtré dans la drogue et la dépression. Et puis, bien sûr, Raging Bull est devenu l’un des chefs d’œuvre du cinéaste, et l’un des plus grands films de boxe.

Scorsese ne s’est pas contenté de céder aux désirs de De Niro, il s’est approprié le sujet et a inventé une nouvelle manière de filmer la boxe. Des nouvelles manières, d’ailleurs : chaque combat a sa propre signature visuelle, mais toujours au plus près des corps, des visages, stylisé jusqu’à frôler l’abstraction. Jamais pourtant des combats de boxe n’avaient été aussi percutants, sentant la sueur et le sang.

Chaque combat est vu comme une étape dans le parcours de La Motta, petit gars plein d’ambition et de morgue, qui ira jusqu’au sommet grâce à une foi inextinguible en lui-même, et qui descendra très bas à cause d’une paranoïa cultivée très tôt. Avec un point de rupture filmé avec force symbolique : la correction infligée par Sugar Ray Robinson, qui provoque son déclin, et que Scorsese filme comme s’il filmait la Passion du Christ, la corde du ring d’où goutte son sang évoquant la couronne d’épine… ou les barbelés en temps de guerre, c’est selon.

Sans bêtes jeux de mots, Raging Bull est un film coup de poing qui garde toute sa puissance de frappe aujourd’hui, définitivement à part à la fois dans la longue série des biopics comme dans celle des films de boxe. Un film à part aussi pour De Niro, dont la métamorphose physique dans le film (il a pris plus de trente kilos pour les dernières scènes) a souvent été mise en avant, au détriment de l’intensité de son jeu. Habité et immense, l’Oscar qu’il a décroché pour ce rôle à Oscar est, pour le coup, totalement mérité.

Il fallait un acteur de sa trempe pour rendre supportable, voire touchant (par moments), ce personnage névrosé possédé par une violence à fleur de peau, qui bat sa femme et domine son frère. Ses face-à-face avec Joe Pesci sont édifiants, brutaux, et émouvants. Raging Bull, c’est aussi, et surtout, une histoire de famille.

Blue Velvet (id.) – de David Lynch – 1986

Posté : 14 novembre, 2018 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, LYNCH David | Pas de commentaires »

Blue Velvet

Un rideau rouge inquiétant, des musiques envoûtantes jouées dans des bars interlopes, une jeunesse apparemment tranquille qui cache des tourments secrets, l’imagerie d’une Amérique presque fantasmée héritée des glorieuses fifties, le bitume qui défile dans la nuit… Blue Velvet est le film qui révèle définitivement les plus grandes obsessions de David Lynch. Après Elephant Man et Dune, ce film très personnel annonce les grands chefs d’œuvre, de Twin Peaks (la série)… à Twin Peaks (le retour).

Revoir ce film fondateur après le choc énorme qu’a provoqué le sublime retour de la série phénoménale de Lynch (j’ai décidément envie de multiplier les superlatifs dès que j’évoque Twin Peaks) a quelque chose de troublant. Comment ne pas penser à Cooper et Diane en voyant Kyle McLachlan et Laura Dern s’enlacer. Mais trente ans plus tôt, les deux acteurs semblent à peine sortis de l’adolescence.

Avant la période des grands chefs d’œuvre, donc, Blue Velvet étonne a posteriori par la linéarité de son scénario. Mais cette simplicité n’est qu’un trompe l’œil : le malaise vient justement de quantités de détails qui ne paraissent pas à leur place. Un rideau qui vole, une chanson qui revient comme un mantra, l’image étonnante de cette famille fantasmée à la fin du film, sans même mentionner une oreille coupée dans un terrain vague…

Le malaise vient aussi des réactions inattendus, de caractères déviants. Isabella Rossellini est bien barrée dans son rôle de victime qui se transforme lors d’une scène hallucinante en bourreau hyper sexuée. Quant à Dennis Hopper, il est carrément ravagé, en psychopathe qui se dope à l’oxygène et qui souffre d’un sérieux complexe d’Œdipe. Comment voulez-vous que ce type ait pu jouer autre chose que des mecs dangereux après ça ?

Blue Velvet est parsemé de moments envoûtants. Porté aussi par la présence jamais si anodine de McLachlan, qui excelle à jouer les types pas si transparents. Et toutes les obsessions de Lynch sont là. Mais le cinéaste ira nettement plus loin, et avec une maîtrise de plus en plus affirmée qui lui permettra de s’affranchir chaque fois d’avantage des codes du récit cinématographique.

La Forteresse noire (The Keep) – de Michael Mann – 1983

Posté : 2 octobre, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, MANN Michael | Pas de commentaires »

La Forteresse noire

En 1941, des soldats allemands prennent le contrôle d’un petit village isolé dans les Carpates où se situe une mystérieuse forteresse, d’où ils libèrent une entité maléfique…

Pour son unique incursion dans le fantastique, Michael Mann affiche déjà une belle ambition esthétique. Mais le jeune réalisateur est encore un peu jeune. Et ses efforts démesurés pour chiader la moindre image son un rien trop flagrants, dévorant tout le reste.

Cette adaptation d’un roman de Francis Paul Wilson aurait pu donner une riche réflexion sur la nature du Mal. Et il y a bien quelques idées fortes, comme l’opposition entre les pires des Nazis et des soldats allemands plus humains, ou la tentation de combattre le Mal absolu par un autre Mal à la nature plus incertaine. Mais les dérives esthétiques sont telles que le message du film passe à la trappe.

On serait tenté d’analyser détail par détail pour tenter de dénicher le génie du futur réalisateur de Collateral. Mais il faut bien reconnaître que les ralentis excessifs et la surutilisation de jeux de lumière omniprésents frisent le ridicule, y plongeant parfois allègrement comme, dès le début du film, la course au ralenti des deux soldats allemands vers la croix en argent.

Le casting a beau être séduisant (Scott Glenn, Ian McKellen, Gabriel Byrne, Robert Prosky, Jurgen Prochnow), Mann n’est pas encore un directeur d’acteurs, et les personnages n’ont pour la plupart aucune consistance. Seuls McKellen et Prochnow gagnent des points dans une poignée de scènes fortes : la première apparition, muette, du premier dans un camp de concentration ; le dégoût que ses supérieurs inspirent au second…

Sans doute du fait de la filmographie à venir de Mann, un petit culte entoure La Forteresse noire. On peut toutefois penser raisonnablement que le film est raté, que les effets spéciaux cheap, kitsch et datés n’arrangent rien, que les quinze dernières minutes sont d’un ennui sidéral, et que ce Mann-là n’est pas supérieur à un autre film sorti peu après et à l’esthétique pas si éloignée très datée années 80 : Razorback dont la mauvaise réputation tient elle aussi à la filmographie à venir de son réalisateur, Russell Mulcahy.

Highlander (id.) – de Russell Mulcahy – 1986

Posté : 26 septembre, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, MULCAHY Russell | Pas de commentaires »

Highlander

Qu’on m’insulte, qu’on me batte, qu’on fuie ce blog, mais je ne renierai pas Highlander, ni la passion que j’ai eu pour ce film il y a de cela fort longtemps, passion qui m’a même amené à trouver des qualités à d’autres films de Russell Mulcahy. Pas tous, mais quand même.

Malgré tous ses défauts, malgré tout le mal qu’on peut en dire (ça va venir), Highlander aura toujours une place à part dans mon cœur. Parce que je l’ai vu tout petiot, et que ça compte, les premières amours cinéphiliques. Et aussi, et surtout, parce que c’est le film qui m’a donné envie de découvrir l’Ecosse, pour laquelle j’ai un amour immodéré. Pour le whisky aussi, mais c’est une autre histoire.

A 13 ans, je me dis qu’il est grand temps de le faire découvrir à mon fils aîné, surtout qu’il a l’avantage de connaître les lieux, en particulier Eilean Donan Castle, où ont été tournées les premières scènes écossaises : un beau château sur la route menant à la sublime île de Skye.

Pour ça au moins, pas de déception : les images sont effectivement très belles, mais il faut dire qu’il faut être un sacré boulet pour ne pas au moins faire de belles images dans les Highlands. Mais ils ne sont pas si nombreux, les films qui utilisent ces décors à une telle échelle. Donc, rien que pour ça, et pour le plaisir de reconnaître des lieux qu’on aime…

Cela étant dit, on est d’accord : tout ça ne fait pas un bon film. Et le fait est que l’aspect clipesque a pris un méchant coup de vieux. Il ne faisait déjà pas l’unanimité à l’époque : Mulcahy, élevé à la pub et au clip, a une esthétique qui revendique clairement ses origines. Trente ans après, ce qui pouvait sembler cool est devenu franchement gênant.

Un exemple, qui arrive au tout début du film. Christophe Lambert (qui est immortel, donc, je ne vais pas rappeler l’histoire) assiste à un combat de catch et ressent la présence d’un autre immortel. Il descend donc au garage souterrain où la rencontre a lieu (parce qu’il ne doit en rester qu’un, et du coup ils doivent se couper la tête, seule façon de tuer un immortel). Suspense, tension, plan de coupe : un gros plan sur la chaussure de Christophe écrasant rageusement une canette de coca. Et là on se dit : il a pas mieux à faire, McLeod ? Y’a un type qui veut lui couper la tête, et lui il écrase une canette. Si au moins il la ramassait pour la mettre à la poubelle…

Ce n’est pas tout : dans la même scène, son adversaire surgit au bout d’une allée et s’approche en enchaînant les saltos. OK. Alors là on se dit : ah bon ? Des détails comme ça, qui semblent n’être là que pour « faire cool » ou pour éviter le vide, il y en a des tonnes dans la partie « moderne » du film. La nature même du grand méchant est ainsi une immense caricature, qui franchit allègrement les limites du ridicule (en particulier dans une scène grotesque se déroulant dans une église).

Alors oui, Highlander reste dans mon cœur. Même si le film est par moments presque inregardable. On se raccroche aux très belles images écossaises, au duel final esthétisant plutôt séduisant, aux chansons parfois émouvantes de Queen (« Who wants to live forever ? », avec l’image d’une Heather qui vieillit pendant que son Connor de marie reste éternellement jeune, ça fait son petit effet), et à Sean Connery qui livre un numéro de cabotinage assez réjouissant. C’est déjà beaucoup, non ?

Le Gang des frères James (The Long Riders) – de Walter Hill – 1980

Posté : 22 septembre, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, HILL Walter, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Gang des frères James

Walter Hill a réuni à peu près tout ce qu’Hollywood comptait comme fratries pour son film sur les frangins les plus célèbres de l’Ouest : Stacy Keach et son frangin James (qui ont également participé au scénario) dans les rôles de Frank et Jesse James ; les Carradine qui jouent leurs sidekicks méconnus les Younger ; mais aussi Randy et le tout jeunôt Dennis Quaid qui interprètent les Miller, encore moins connus sous nos contrées si éloignées de l’Ouest sauvage. Même les assassins de Jesse James, les frères Ford, sont joués par de vrais frangins, Christopher et Nicholas Guest.

Ce parti-pris n’est pas révolutionnaire, mais il donne un petit quelque-chose en plus à ce western dont, bien sûr, on connaît d’emblée la fin. Walter Hill colle aux faits historiques qui ont si souvent inspirés des cinéastes, et pas n’importe lesquels : Henry King, Fritz Lang, Nicholas Ray… jusqu’à Andrew Dominik plus récemment, ils s’y sont tous collés. Hill, lui, choisit d’être au plus près de ses personnages, accordant la même attention à chacun d’entre eux, et jouant habilement avec leurs authentiques liens fraternels.

Pas besoin d’en rajouter pur sentir le poids de ces liens, et des racines, de la terre à laquelle ils sont viscéralement attachés, Randy Quaid conspuant constamment « les Nordiques », David Carradine souffrant du mal du pays dès qu’il quitte son état…

Amoureux sincère du western, genre qu’il revisitera régulièrement, que ce soit d’une manière frontale (Geronimo, Wild Bill) ou à peine déguisée (Extrême préjudice, Dernier recours), Hill filme un Far West formidablement reconstitué, qui sent la sciure, la boue et la poussière. Ses nombreux moments de bravoure sont particulièrement percutants, mais ce sont les moments en creux qui dominent curieusement : ceux où les bandits déjà mythiques baissent la garde (chacun à leur manière) devant des femmes dont ils sont désespérément amoureux (chacun à leur manière). Et qui leur font perdre tous leurs repères.

Rambo (First Blood) – de Ted Kotcheff – 1982

Posté : 17 septembre, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, ACTION US (1980-…), KOTCHEFF Ted, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Rambo

Revoir le premier Rambo est frappant à plus d’un titre. Trois ans avant la première suite, qui fera du personnage une sorte de mythe, symbole des eighties extravagantes, la naissance de l’autre rôle culte de Stallone est encore très inscrit dans l’esthétique des années 70, comme Les Faucons de la nuit, film méconnu qu’il a tourné l’année précédente.

Surtout, John Rambo, ce vétéran du VietNam incapable de renouer avec la vie civile, est à peu près à l’opposée de ce qu’il représentera par la suite et pour la fin des temps (mais je m’avance peut-être), ce symbole d’une Amérique triomphante. Ce qu’il représente dans ce premier film, c’est plutôt la mauvaise conscience de cette Amérique qui tourne le dos à ceux qu’elle a sacrifiés.

Rambo est à la croisée des mondes : entre les 70s et les 80s, entre le Stallone humain et audacieux et la star bodybuildée et bigger than life. On sent constamment ce tiraillement, cette hésitation entre le film sombre et engagé, et le surhomme que Stallone assumera pleinement dès Rambo 2.

Parce que contrairement à Rocky, l’autre grande création de Stallone, Rambo n’est pas un alter ego de l’acteur : c’est un fantasme qui ne fait qu’affleurer dans ce premier film, de loin le plus intéressant de la saga. Certes, Rambo est un vétéran surentraîné, qui domine tous les flics lancés à sa poursuite et dynamite littéralement la ville qui l’a rejeté. Mais c’est aussi un homme totalement paumé, dépassé par la situation dans laquelle il s’enferme, et qui s’effondre comme un enfant devant cette figure de père que représente le colonel Trautman.

Une vraie caricature ce Trautman, joué au premier degré et sans nuances par un Richard Crenna ni crédible, ni sensible. Plus intéressant, le rôle de « grand méchant » est dévolu au shérif de la ville, dont le badge est monté à la tête. L’imposant Brian Dennehy donne une vraie profondeur à ce personnage qui se résume en fait à un sale con, plus pathétique que véritablement dangereux.

Ted Kotcheff fait le job efficacement. Si la dernière partie « urbaine » est un peu en-deçà, la première heure est parfaitement tendue, avec ce qu’il faut de scènes d’action pour faire de Rambo un personnage à part, mais avec une esthétique très seventies. Et on se prend à imaginer ce que cette partie « forestière » aurait donné devant la caméra d’un John McTiernan, par exemple.

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