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Archive pour la catégorie '1980-1989'

Nimitz, retour vers l’enfer (The Final Countdown) – de Don Taylor – 1980

Posté : 10 septembre, 2016 @ 8:00 dans 1980-1989, DOUGLAS Kirk, FANTASTIQUE/SF, TAYLOR Don | Pas de commentaires »

Nimitz, retour vers l'enfer

Sans même évoquer l’âge d’or de Spartacus, rappelons juste que Kirk Douglas a commencé sa carrière avec des seconds rôles dans L’Emprise du Crime et La Griffe du Passé. Une entrée en matière bien fourbe pour souligner que, décidément, sa fin de carrière est nettement moins glorieuse que ses premiers pas. Contrairement à son éternel complice Burt Lancaster qui, lui, aura réussi à avoir une filmographie passionnante de bout en bout, Douglas enchaîne alors les films poussifs, à de rares exceptions près.

Celui-ci s’inscrivait dans une vogue de films inspirés par la SF (de War Games à Firefox) qui, tous ou presque, ont particulièrement mal vieilli. Mais ce qui gêne le plus dans ce Nimitz, ce n’est pas cet aspect un peu ringard des effets spéciaux (qui au final sont très rares), mais le scénario lui-même, basé sur ce qui se révèle une fausse bonne idée qui fait flop.

Plein de promesses pourtant, ce sujet : un porte-avion de 1980 se retrouve propulsé par accident en 1941, à la veille de l’attaque des Japonnais sur Pearl Harbor, attaque qu’il pourrait empêcher à lui seul grâce à son exceptionnelle puissance de feu. Sans doute ce sujet aurait-il fait un bon épisode à La Quatrième dimension. Mais le cas de conscience que cette situation procure débouche sur pas grand-chose. Jamais le scénario ne tire profit de cette belle idée de départ.

Alors pour occuper le temps (il faut quand même tenir plus d’une heure trente), le pas très talentueux Don Taylor multiplie les interminables plans d’avion filmés tellement platement que le Tony Scott de Top Gun passe en comparaison pour l’égal d’un John Ford ! Et que dire des dialogues ? Les scénaristes (ils s’y sont mis à quatre) ne savent tellement pas quoi faire d’un sujet qui soulève pourtant bien des questions, qu’ils ne font parler les personnages que de la météo. Finalement moins surpris par le fait d’avoir été propulsé quarante ans en arrière que par des nuages qui se forment sur leurs têtes…

Du coup, les acteurs n’ont pas grand chose à jouer. Kirk Douglas passe le film à boire du café affalé sur son siège de commandement, et Martin Sheen joue les témoins de luxe sans jamais interférer vraiment sur les événements. On est bien content de les voir, mais c’est bien peu.

* DVD chez Sidonis/Calysta, avec un documentaire sur Pearl Harbor.

Blue Jean Cop (Shakedown) – de James Glickenhaus – 1988

Posté : 15 juillet, 2016 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, GLICKENHAUS James | Pas de commentaires »

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Plus que le film lui-même, c’est la collection DVD qu’il inaugure qui mérite d’être souligné ici. L’éditeur Carlotta, que l’on connaît plutôt pour sa défense du cinéma classique (Sirk ou Cimino ont été particulièrement bien traités par sa ligne éditoriale), réhabilite la série B nanardesque des années 80. Un pari pour le moins inattendu, mais aussi séduisant.

Avec cette « Midnight Collection » que l’on a le droit de prendre au second degrés, Carlotta fait revivre l’âge d’or de la VHS. Jusque dans l’habillage visuel et dans l’interface du DVD, tout rappelle ce qui, pour les jeunes quadra d’aujourd’hui (ma génération, donc), évoque des souvenirs gentiment coupables d’adolescence. Ceux dont la cinéphilie a suivi les mêmes méandres que la mienne auront peut-être de doux relents des pages « vidéo » d’Impact, ou de Mad Movies

C’est donc avec un petit plaisir régressif que je me glisse Blue Jean Cop dans mon lecteur. Un film que, contrairement à d’autres titres de cette première vague de la collection (comme Maniac Cop), je n’avais pas vu à l’époque. La première impression est celle d’un franc retour en arrière, au cœur d’une décennie pas vraiment réputée pour son bon goût en matière de film de genre… Générique au néon, musique au synthé… ça envoie du lourd et du pas fin.

Pourtant, malgré surtout cette musique horrible et omniprésente (et dont le volume déborde trop souvent sur les dialogues eux-mêmes), Blue Jean Cop est plutôt une bonne surprise. Pour la finesse, on repassera, mais le film aborde des sujets forts avec un certain courage : la corruption des flics, le racisme, la fascination de la violence, à travers cette histoire d’un avocat qui défend un dealer ayant tué un flic peut-être ripoux.

Surtout, le film offre une vision assez édifiante d’un New York encore rongé par la violence et l’insécurité. Une Big Apple totalement dominée par les extrêmes, entre la masse agglutinée dans des rues sans âmes assommées par les enseignes lumineuses omniprésentes, et l’élite dominante Central Park du haut de ses baies immenses.

De bonnes choses, donc, dans un film qui par ailleurs se moque bien de la vraisemblance pour enchaîner les scènes d’action, transformant sans ciller le prudent avocat (Peter Weller, tout juste sorti de l’armure de RoboCop) en cow-boy sans peur, au côté d’un flic si pur qu’il en devient presque abstrait (Sam Elliott, charismatique et pourtant vide). Jusqu’à l’attaque finale d’un avion, si grotesque qu’elle en devient réjouissante. Un savoureux mélange de premier et de soixante-dix-huitième degré…

* Le film inaugure donc en DVD la « Midnight Collection » de Carlotta, hommage à l’âge d’or de la VHS. Seul bonus : la bande annonce originale.

Le Dernier Métro – de François Truffaut – 1980

Posté : 8 avril, 2016 @ 8:00 dans 1980-1989, TRUFFAUT François | Pas de commentaires »

Le Dernier Métro

Dans son autobiographie (Histoire de ma vie), Jean Marais consacrait un chapitre à ses souvenirs de l’Occupation. Le rapport avec Truffaut ? C’est ce chapitre qui, semble-t-il, lui a inspiré ce qui allait devenir Le Dernier Métro, son plus gros succès populaire, son triomphe aux Césars aussi : dix statuettes récoltées.

Je gardais le souvenir d’un film ample et ambitieux, reconstituant joliment le Paris de l’Occupation. Tout ça est vrai, mais la reconstitution se limite quasi-exclusivement aux murs du théâtre où Marion Steiner répète sa nouvelle pièce événement, tandis que son metteur en scène de mari, juif allemand, a dû disparaître. La caméra ne sort de ces murs que pour explorer les abords de l’entrée des artistes, où un restaurant de comédiens. Jamais plus loin.

Pourtant, Le Dernier Métro fait partie de ces films qui ont su recréer l’atmosphère de ces années de menace perpétuelle. A l’époque, Truffaut était enfant, et trouvait refuge dans les salles de cinéma, où est née la passion qui dominera toute sa vie. Rien d’étonnant, donc, à ce que son Occupation soit vue d’une salle de spectacle.

Derrière le « film à Césars », il y a donc un film très personnel, dans lequel Truffaut semble constamment se citer lui-même, évoquant le trio amoureux de Jules et Jim, le travail de création de La Nuit Américaine… jusqu’à reprendre (trois fois) la magnifique réplique que Belmondo sortait à Catherine Deneuve dans La Sirène du Mississipi, cette fois reprise sur les planches par Depardieu à la même Deneuve…

« Tu es belle Héléna, si belle que te regarder est une souffrance.
- Hier, tu disais que c’était une joie.
- C’est une joie, et une souffrance. »

Pourtant, Truffaut s’inspire si ce n’est de faits authentiques, au moins de personnages bien réels. A commencer par l’ignoble journaliste Daxiat (Jean-Louis Richard), tout puissant critique théâtral et grand pourfendeur des Juifs, directement inspiré du collaborateur Alain Laubreaux qui écrivait sous le pseudonyme de Michel Daxiat.

Portrait de Français sous l’Occupation, dénonciation de la médiocrité, cri d’amour à la création artistique (quelle vie dans ce théâtre !)… Le Dernier Métro est aussi, et peut-être avant tout, l’histoire d’une femme mariée qui tombe amoureuse d’un autre homme, mais que les circonstances interdisent de quitter son mari. Catherine Deneuve est absolument sublime dans ce rôle qui joue merveilleusement de son image glacée pour camper une femme trop isolée du monde. Magnifique.

L’Année du Dragon (Year of the Dragon) – de Michael Cimino – 1985

Posté : 5 avril, 2016 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, CIMINO Michael | Pas de commentaires »

L'Année du Dragon

Il a fallu cinq ans à Michael Cimino pour repasser derrière la caméra. L’échec de La Porte du Paradis a été tellement monumental que le génial cinéaste n’a réussi à faire aboutir qu’un film de genre : un polar qui s’inscrit dans la lignée du Parrain et de Chinatown, deux triomphes en leur temps. Un succès à peu près garanti, donc, qui aurait dû relancer la carrière de Cimino…

Sauf que les temps ont changé, et que ce changement est justement intervenu avec la catastrophe La Porte du Paradis. Le Nouvel Hollywood était enterré, les années 80 allaient entériner durablement l’ère des blockbusters, et la rupture entre cinéma populaire et cinéma d’auteur. Bref, L’Année du Dragon, jugé raciste par une partie de la critique (quelqu’un avait-il accusé Le Parrain d’être raciste ?), a été un nouvel échec cinglant. Totalement incompréhensible, celui-ci…

Car il s’agit bien là de l’un des polars (LE polar) les plus intenses de cette décennie, un chef d’œuvre que le temps a fini par consacrer comme l’un des sommets du genre. Trop tard pour Cimino hélas, qui n’atteindra plus jamais une telle perfection. Pas plus que Mickey Rourke d’ailleurs, qui avait fait une petite apparition dans La Porte… (il était l’un des comparses de Christopher Walken dans sa cabane paumée), et qui est ici à l’apogée de sa carrière.

L’intensité de son interprétation était indispensable à la réussite de l’entreprise, tant le ton, le rythme, et le jusqu’au-boutisme du film reposent sur son personnage de flic prêt à aller au bout de ses obsessions, quitte à tout perdre. Le flic solitaire en butte à la corruption généralisée… On a souvent vu ça au cinéma, mais rarement avec un tel sentiment de violence et de menace perpétuelles.

Tout fleure le danger dans ce Chinatown plein d’inconnu : les bureaux luxueux des hommes d’affaires qui n’ont de respectable que l’apparence, les caves inondées d’obscurs restaurants, ou même dans la beauté troublante de la journaliste, sorte de miroir de celle, inquiétante, de John Lone, révélation du film en jeune parrain des triades.

Et lorsque la violence éclate, elle semble toujours venir de nulle part, irruption de l’horreur dans le quotidien le plus confortable : celui d’un restaurant chaleureux ou celui du refuge familial, si fragile soit-il. Dans sa manière de traiter la violence et ses effets, L’Année du Dragon semble clairement conclure une trilogie magnifique, commencée avec Voyage au bout de l’enfer. Le grand œuvre de Cimino.

* Une préface de Jean-Baptiste Thoret, un long entretien audio avec Cimino, et surtout un passionnant livre proposant le scénario original (co-écrit avec Oliver Stone), une analyse du film et plusieurs entretiens réalisés à l’époque de la sortie… C’est ce que propose le luxueux coffret Blue ray/DVD « Ultra collector » édité chez Carlotta, le deuxième de cette collection de prestige après Body Double de Brian De Palma.

La Porte du Paradis (Heaven’s Gate) – de Michael Cimino – 1980

Posté : 19 mars, 2016 @ 8:00 dans 1980-1989, CIMINO Michael, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Porte du Paradis

L’échec de La Porte du Paradis était-il prévisible ? Sans doute. Cimino, visiblement galvanisé par son ambition et par le triomphe de Voyage au bout de l’enfer, va clairement au bout de ses obsessions et ne fait rien pour aller chercher le public. La première partie de ce western à grand spectacle, impressionnant et violent, est ainsi aux antipodes de ce que l’on attend du genre : on est alors à Harvard, lors d’une cérémonie de fin d’études.

Difficile alors d’imaginer la fureur et la violence qui marqueront deux de ces étudiants, fils de bonne famille promis à un brillant avenir, que la vie séparera mais qui se retrouveront dans un contexte très, très différent. Pourtant, le souvenir de cette longue première partie, comme la séquence de chasse dans The Deer Hunter, hantera les personnages et les spectateurs durant tout le film, créant une atmosphère bouleversante de paradis perdu, que l’on retrouvera jusqu’à la conclusion, déchirante.

L’échec historique du film (faut-il rappeler qu’il est à l’origine de la faillite de United Artists ?) a eu un double effet négatif. D’abord, La Porte du paradis n’a longtemps existé que dans une version tronquée (Cimino a réalisé récemment un nouveau montage de 3h30, édité chez Carlotta) ; et on n’a souvent retenu que la démesure du projet, ses décors grandioses et ses milliers de figurants qui rappellent les immenses productions des années 20.

Et c’est vrai que Cimino ne se refuse rien, recréant pour une seule scène une ville de l’Ouest à la fin du 19ème siècle, grouillante de monde, dont on sent l’odeur et l’humidité de la boue omniprésente ; faisant appel à un nombre de figurants qui ne sera sans doute plus jamais égalé. Car l’échec du film a clairement marqué la fin d’une époque, ouvrant la porte des années 80, et la séparation qui sera de plus en plus claire entre le cinéma d’auteur et les grosses productions.

Visuellement, le film est splendide. Le goût de Cimino pour les grands espaces américains n’a peut-être jamais été aussi flagrant. Comme sa manière de confronter la beauté de cette nature à l’horreur imposée par les actions des hommes. Inspiré d’une histoire vraie, le film raconte ainsi le massacre programmé d’immigrants européens venus cultiver la terre, par un syndicat de tout puissants éleveurs.

Il y a le gigantisme de la production, mais il y aussi et surtout les destins d’une poignée d’hommes, tous prisonniers à leur manière de leur condition, et dont les efforts plus ou moins appuyés pour y échapper n’y pourront rien. Malgré leurs rêves de vie meilleure, Isabelle Huppert, Christopher Walken, Jeff Bridges et les autres semblent condamnés par la violence de cette époque qu’ils n’ont pas choisie. John Hurt, lui, est hanté par la violence de ses semblables, se dressant au milieu d’un massacre en regrettant la douceur de sa jeunesse et d’un séjour à Paris.

Quant à Kris Kristofferson, qui trouve là le rôle de sa vie, il symbolise à lui seul toute l’atmosphère du film : riche privilégié qui s’offre une vie loin de son monde, rêvant d’améliorer les choses et de trouver le bonheur, mais condamné à rester un spectateur impuissant de son époque… avant de retrouver son point de départ, bouclant ainsi la boucle.

La figure de la boucle n’est pas un hasard. La ronde lors de la fête d’Harvard (qui marque la fin d’une époque, celle des rêves de jeunesse), le cercle que les assaillants forment lors de l’ultime massacre (la fin d’une autre époque, et d’autres espoirs)… Cimino laisse clairement penser que tout espoir d’échapper à son destin est vain. La Porte du Paradis n’est pas exactement un film optimisme. Mais c’est magnifique.

* La version « réalisateur » est éditée chez Carlotta.

La Route des Indes (A passage to India) – de David Lean – 1984

Posté : 26 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1980-1989, LEAN David | Pas de commentaires »

LA ROUTE DES INDES

Quatorze ans : c’est le temps qu’il aura fallu à David Lean pour livrer cet ultime film, une œuvre qui clôt merveilleusement le cycle de ses grandes fresques romanesques et historiques. Plus encore que dans La Fille de Ryan, son précédent film, Lean s’y montre comme un cinéaste apaisé, qui n’a plus besoin de la furie et de la violence visuelles pour illustrer le souffle de l’histoire.

Son goût pour les ailleurs, sa critique cinglante de l’impérialisme, et son profond humanisme sont plus que jamais au cœur de son cinéma. Un cinéma qui, dans ces années 80 dominées par les pop-corn movies, devait avoir des allures de dinosaure. Pourtant, La Route des Indes passe merveilleusement l’épreuve du temps. Sans doute parce qu’il est en dehors de toute mode.

Formellement, le film n’aurait sans doute pas été bien différent si Lean l’avait tourné vingt ans plus tôt. Et même si certains passages manquent un peu de ce souffle qui balayait ses précédents films, cette œuvre testamentaire porte clairement son empreinte : celle d’un cinéaste qui sera resté jusqu’au bout fidèle à sa vision du cinéma… et d’un certain humanisme.

Une nouvelle fois, c’est dans un best-seller qu’il trouve son inspiration : celui d’Edward Morgan Forster qui raconte la découverte de l’Inde coloniale par la jeune fiancée d’un fonctionnaire anglais en poste là-bas depuis plusieurs années. Avec sa future belle-mère, la jeune Adela découvre une société clivée, et des Britanniques se comportant avec condescendance et brutalité avec ces Indiens avec lesquels les deux nouvelles arrivantes se découvrent de vraies affinités.

On comprend sans problème ce qui a attiré David Lean dans ce roman, qui correspond en tous points au cinéma qu’il a toujours fait depuis Lawrence d’Arabie. Les discrimations raciales, la peinture d’une autre culture, l’amitié entre deux êtres que tout oppose, et le combat pour, si ce n’est l’indépendance, en tout cas la reconnaissance de l’égalité de tous.

Définitivement en dehors de toutes modes, Lean soigne ses personnages, sans tomber dans la tentation d’un romantisme hollywoodien qui aurait ruiné le propos. Le rôle principal, surtout, était particulièrement complexe : une jeune femme ouverte et curieuse, qui finit par devenir la représentante de tout ce qu’elle déteste… Dans le rôle, Judy David est sublime. Toute jeune, pas encore woody-allenisée, la jeune actrice trouve là son premier rôle marquant. On fait pire, comme débuts…

Lean trouve le parfait équilibre entre spectaculaire (les émeutes finales, ou ce train qui traverse la nuit) et intime (la belle amitié entre l’enseignant anglais et le médecin indien). Des êtres complexes ballottés par l’histoire. La Route des Indes, sur lequel plane l’ombre de la mort, du temps qui passe, et du poids des actions individuelles, est une superbe manière pour David Lean de faire ses adieux au cinéma, même si le film n’a pas été conçu comme tel…

* DVD disponible chez Carlotta, dans une édition simplement accompagnée d’une analyse relativement courte par Pierre Berthomieu.

Indiana Jones et la dernière Croisade (Indiana Jones and the Last Crusade) – de Steven Spielberg – 1989

Posté : 8 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, FORD Harrison, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Indiana Jones et la dernière croisade

Spielberg ne l’a jamais caché : il regrette la noirceur et la violence extrême d’Indiana Jones et le Temple maudit, avec notamment le sort réservé aux enfants… Pour son troisième Indy, le cinéaste souhaitait revenir à un pur divertissement, nettement plus léger. Avec George Lucas, il revient donc aux fondamentaux du mythe, en reprenant tous les ingrédients qui avaient fait le succès des Aventuriers de l’Arche perdue.

Le plus célèbre (et improbable) des archéologues part donc une nouvelle fois à la recherche d’un symbole religieux fort: après l’Arche d’Alliance, le Saint Graal. Il renoue aussi avec son emploi d’enseignant, retrouve au passage des compagnons de la première heure (Marcus et Sallah) et des ennemis qu’il connaît bien (« Nazis, I hate these guys »).

Un prologue, un détour par l’université, et une quête qui le fait voyager à travers continents… Spielberg s’inscrit clairement dans la lignée du premier Indy, en en reprenant la construction, et l’idée d’enchaîner les morceaux de bravoure sans temps mort, en renouant avec l’esprit « serial » et en se moquant totalement de la vraisemblance.

A trop vouloir faire oublier la noirceur du précédent, le cinéaste va parfois un peu loin dans la comédie, n’évitant pas quelques gags un rien lourdingues (l’aviateur privé d’ailes qui double la voiture dans le tunnel, franchement…). Mais Spielberg réussit à faire de ce Indiana Jones 3 l’un des sommets du pop-corn movie tel qu’on le connaissait alors.

Harrison Ford a toujours une classe folle en aventurier jusqu’au-boutiste, capable d’affronter n’importe quel danger sans l’ombre d’une hésitation. Mais la grande idée du film, c’est de lui avoir donné une histoire (beau prologue, avec River Phoenix dans le rôle du jeune Indiana Jones), et surtout de le confronter à une figure paternelle qui fait ressortir les failles de ce héros absolu.

Et pas n’importe quel père : Sean Connery, absolument génial en scientifique plus doué pour la recherche que pour le rôle de père. Entre Connery et Ford, l’alchimie est totale. Dès leur première rencontre, il se passe quelque chose entre ces deux-là, de totalement irrésistible. Hilarant, avec un rien d’émotion… Il faut les voir côte à côte sur un side-car pourchassé par des Nazis, Indy effaçant un sourire devant le regard sévère de son père, devant qui cet aventurier sans peur semble redevenir un enfant.

Drôle, inventif, décoiffant, Indiana Jones et la dernière croisade n’a pas la prétention d’être autre chose que ce la saga est depuis le début : un pur divertissement, sans arrière-pensée et sans message. Juste un immense plaisir à savourer sans modération.

* Voir aussi : Les Aventuriers de l’Arche perdue, Indiana Jones et le Temple maudit, et Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal.

Indiana Jones et le Temple maudit (Indiana Jones and the Temple of Doom) – de Steven Spielberg – 1984

Posté : 30 décembre, 2015 @ 2:38 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, FORD Harrison, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Indiana Jones et le temple maudit

Après avoir créé un mythe, encore fallait-il le faire vivre… Pour cette première suite après le « miracle » de … l’Arche perdue, le tandem Spielberg-Lucas n’a pas choisi entre la fantaisie la plus légère et la violence la plus sombre : le Temple maudit est un pur film d’aventures avec son lot d’action échevelée et l’humour irrésistible du personnage ; c’est aussi, et de loin, l’épisode le plus noir, le plus dérangeant et le plus gore de la saga.

Le cocktail est curieux, parfois un peu indigeste, comme si Lucas et Spielberg avaient chacun voulu apposer leur signature, sans que les deux comparses n’arrivent à trouver une vision commune. D’ailleurs, le réalisateur ne cachera pas que ce deuxième « Indy » lui a quelque peu échappé, et regrettera ouvertement de ne pas en avoir fait un pur divertissement comme les autres films de la série.
La peur et le rire sont parfaitement imbriqués cela dit, mais s’ajoute à ce savoureux mélange des séquences limite gores (le cœur arraché, en particulier), et un aspect grand-guignol qui a plutôt mal vieilli. Comme les gags à répétition autour de l’étrange nourriture que les personnages sont obligés d’ingurgiter…

Mais Spielberg, réalisateur, nous offre de beaux, de grands moments de cinéma : de superbes images qui mettent en valeur les splendides décors naturels, et qui évoquent joliment les grands films d’aventure des années 50 du style Mogambo. On sait qu’Indiana Jones est né de l’amour des deux amis pour le vieux cinéma de genre hollywoodien. Avec ce deuxième opus, Spielberg et Lucas confirment cette approche cinéphile.

Dans la séquence d’ouverture, qui prend le contre-pied total du premier film, Spielberg semble même s’offrir un grand plaisir en évoquant à la fois la comédie musicale, le film noir, le film d’aventures… et la saga James Bond, dont Spielberg rêvait de réaliser un épisode au début des années 80.

Après ces vingt premières minutes complètement folles, le film continue à se démarquer des Aventuriers… : alors que, dans le précédent film, Indy était lancé dans une sorte de voyage perpétuel, cette « suite » (dont l’action se déroule curieusement en 1935, un an avant celle du premier film) renonce aux voyages : la quasi-totalité du film se déroule en effet à l’intérieur même d’une montagne, loin donc des grands espaces auxquels on avait déjà attaché le héros le plus mythique de la décennie.

Dans le rayon des surprises, il y a aussi les « sidekicks » d’Indy, qui confirme son caractère d’aventurier un rien goujat et irresponsable, puisqu’il entraîne dans ses aventures une belle blonde tête à claque (Kate Capshaw, qui allait devenir Mme Spielberg) et un gamin débrouillard (le petit Asiatique qu’on reverra dans Les Goonies), sources intarissables de comédie.

Mais le plus drôle, et le plus intense à la fois, c’est Harrison Ford, une nouvelle fois génial dans le rôle de sa vie. Aussi à l’aise dans l’action pure que dans la comédie, Ford est formidable lorsqu’il donne à son archéologue des airs outrés ou lorsqu’il affiche son petit sourire satisfait. Même dans un film bancal et inégal comme celui-là, le plaisir de le voir enfiler les frusques d’Indiana Jones est immense, et rare.

* Voir aussi : Les Aventuriers de l’Arche perdue, Indiana Jones et la Dernière Croisade, et Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal.

Cotton Club (The Cotton Club) – de Francis Ford Coppola – 1984

Posté : 15 décembre, 2015 @ 7:00 dans * Films de gangsters, * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, COPPOLA Francis Ford | Pas de commentaires »

Cotton Club

Coppola qui renoue avec l’univers des gangsters ? Difficile de ne pas penser au Parrain… Pourtant, à part une explosion de violence sur fond de numéro musical, qui évoque les règlements de compte sur fond d’opéra de son grand-œuvre, vers la fin du film, le ton est radicalement différent dans cette évocation de l’Amérique des années 1928 à 1931. La forme aussi d’ailleurs.

Plutôt qu’un film de gangsters, Coppola préfère réinventer cette période qui a tant inspiré le cinéma : celle des débuts du parlant, de la crise économique, des gangsters mythiques comme Dutch Schultz ou Lucky Luciano (deux personnages centraux du film), et surtout celle du swing et de la musique noire américaine qui rythmait les soirées folles, notamment dans le fameux Cotton Club, célèbre pour ne présenter que des numéros de noirs (tout en étant réservé à une clientèle blanche).

Coppola filme une Amérique totalement musicale. Son film n’est pas à proprement parler une comédie musicale (à l’exception de la dernière séquence), mais la musique est omniprésente, et fait bien plus qu’accompagner l’action : elle l’incarne, à travers les destins croisés des deux personnages principaux, Dixie le musicien blanc (Richard Gere) et Sandman le tanseur de claquettes noir (Gregory Hines).

Deux personnages qui vivent pour leur art, tournés vers les autres. Deux personnages pour qui la famille est une valeur centrale. Deux personnages qui affichent un sourire et un optimisme qui semblent à toute épreuve. Mais deux personnages prisonniers de leur époque et de cette Amérique pas si légère : l’un confronté aux préjugés raciaux, l’autre embringué malgré lui dans la cohabitation avec les plus grands gangsters de son temps.

Cotton Club est à la fois grand et un peu raté. Grand, parce que Coppola en fait une sorte de mouvement perpétuel fascinant et très séduisant. Un peu raté parce que cet exercice de style paraît par moments étrangement désincarné. La faute à un Richard Gere un rien transparent ? Ou à un ton qui oscille constamment entre le grave et le léger sans paraître réussir à faire un choix.

Coppola filme bien un monde dangereux et violent, avec une poignée de séquences particulièrement cruelles (la mort de Nicolas Cage, petit frère de Dixie, petite frappe qui se prend pour un caïd). Mais c’est bien dans la légéreté et l’ironie qu’il fait mouche. Le plus beau ? Les scènes de retrouvailles : celle très émouvante de Gregory Hines et son frère au milieu d’un numéro. Et celle surtout du ponte de la mafia Owney Madden (Bob Hoskins) et de son gorille Frenchy (Fred Gwynne). Hilarante et génialement décalée.

Les Aventuriers de l’Arche perdue (Raiders of the Lost Ark) – de Steven Spielberg – 1981

Posté : 14 décembre, 2015 @ 4:55 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, FORD Harrison, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Les Aventuriers de l'Arche perdue

Steven Spielberg invente le film d’aventures non-stop avec ce premier Indiana Jones. L’histoire est connue : imaginé par George Lucas, porté à l’écran par le roi du pop-corn movie, le personnage est un hommage aux grands serials des années 30 à 50, ces ancêtres des feuilletons télé dont chaque épisode se terminait par un « cliffhanger » toujours plus improbable et spectaculaire…

Les Aventuriers de l’Arche perdue est construit comme tel, comme une succession ininterrompue de morceaux de bravoure, avec un héros capable d’affronter tous les dangers, tous les ennemis… jusqu’à faire face à une armée entière, celle du IIIe Reich, incarnation du Mal absolu. Le sujet du film est on ne peut plus simple: c’est l’éternel affrontement du bien et du mal, dans sa forme la plus manichéenne, et la plus divertissante. Un pur plaisir de cinéma totalement assumé.

Le réalisme et la vraisemblance n’ont pas droit de cité ici : on est clairement dans le mythe cinématographique. D’ailleurs, dès sa première apparition à l’écran, Harrison Ford / Indiana Jones est filmé comme tel : un mythe, dont l’entrée en scène doit être aussi marquante que celles de Sean Connery en James Bond dans Dr No, ou de Bogart alias Rick dans Casablanca. Pas étonnant que le personnage soit devenu presque instantanément l’une des figures populaires les plus immédiatement identifiables, l’un des symboles les plus universels du cinéma… avec un certain Charlot.

Figure déterminée sortant de l’ombre, silhouette découpée dans le soleil levant… La mise en scène de Spielberg ne cesse de sublimer cet « archéologue » dont la véritable occupation est à vrai dire « héros ultime ». Mais si le personnage est à ce point mythique, il le doit aussi à son interprète : lorsque Harrison Ford, chemise ouverte sur un poitrail en sueur, remet son Fedora sur sa tête, c’est un véritable miracle qui se produit. Indiana Jones est le rôle de sa vie, c’est rien de le dire.

Quant à ce premier film, le meilleur de la saga, il reste l’un des chefs d’œuvre de Spielberg, un film totalement décomplexé, un immense bonheur de cinéphile, dont le plaisir reste le même vision après vision. If adventure has a name, it must be Indiana Jones…

* Voir aussi : Indiana Jones et le Temple mauditIndiana Jones et la Dernière Croisade, et Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal.

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