Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie '1980-1989'

Firefox, l’arme absolue (The Firefox) – de Clint Eastwood – 1982

Posté : 28 janvier, 2017 @ 8:00 dans * Espionnage, 1980-1989, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.), FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Firefox l'arme absolue

Les rares fois où Eastwood a cherché à coller aux goûts du moment, le résultat s’est avéré catastrophique. Avec La Relève, tentative maladroite de surfer sur le succès des films d’actions explosifs du début des années 90. Et dix ans plus tôt avec ce Firefox, où le grand Clint essaye de trouver sa place dans un cinéma hollywoodien très hich tech et SFX, marqué par la folie Star Wars (dont il reprend d’ailleurs l’un des responsables des effets spéciaux).

Le résultat est au mieux très maladroit, au pire assez navrant. La première partie, quand même, ne manque pas d’intérêt. Mais là, Eastwood s’inscrit dans un cinéma déjà révolu : celui du film d’espionnage de la guerre froide. Là seulement, on peut trouver des signes purement eastwoodiens, une manière très personnelle de créer une atmosphère en plongeant un personnage dans un milieu qui n’est pas le sien, un thème qui a toujours été au cœur de son cinéma.

Pourtant, même dans cette première partie séduisante par moments, le réalisateur Eastwood multiplie les effets douteux (les flashs très ramboesques sont franchement ridicules, pour illustrer le traumatisme post-VietNam de Clint), et les maladresses auxquelles il ne nous a jamais habituées.

Quant à l’acteur Eastwood, il n’a jamais été aussi mauvais, son jeu se limitant à des tics tellement énormes qu’on se demande comment les agents du KGB sont recrutés ! A tel point qu’on serait presque soulagé de le voir endosser la tenue de pilote qui le recouvre entièrement, rappelant étrangement l’une de ses premières brèves apparitions, celle de Tarantula.

Presque entièrement effacé derrière un déluge d’effets spéciaux totalement à l’encontre du style Eastwood, de son univers, de ce qu’il est, l’acteur-réalisateur se contente alors de filmer des images auxquelles il semble ne pas croire, se raccrochant à un genre high-tech dont, déjà en 1982, il devait paraître complètement à la traîne.

On se rassure en se disant que quand il est au fond du trou, Eastwood sait rebondir mieux que jamais. Après La Relève, il réalisera Impitoyable. Après ce calamiteux Firefox, il signera Honkytonk Man. Soit deux de ses plus beaux films.

Police fédérale Los Angeles (To live and die in L.A.) – de William Friedkin – 1985

Posté : 3 décembre, 2016 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, FRIEDKIN William | Pas de commentaires »

Police Fédérale Los Angeles

Il y a eu un avant Gil Grissom pour William Petersen : dans les années 80, le charismatique acteur des Experts a été le héros de deux polars qui ont fait très forte impression, le génial Sixième Sens de Michael Mann, et ce Police Fédérale Los Angeles de William Friedkin, qui a fait l’objet d’un petit culte, et dont j’avais gardé un souvenir fort.

Il y a effectivement de belles choses dans ce polar très sombre, qui plonge au cœur d’un trafic de faux billets et de sa violence extrême : une belle noirceur, une vraie ambition de la part de Friedkin de créer une atmosphère, un rythme lancinant ponctué par des éclats de violence extrême… Bref, tout ce qui fera la réussite du film de Michael Mann l’année suivante.

Le personnage de Petersen, flic obstiné et borderline, est intéressant. Les effusions de sang sont percutantes et efficaces. L’incontournable scène de poursuite en voiture est étonnante, parenthèse haletante dans un récit qui sait par ailleurs prendre son temps. Et cette histoire de flics (l’un plus innocent que l’autre) qui tentent d’infiltrer un dangereux gang est assez passionnante.

Mais tout ça ne vous rappelle rien ? Pendant une grande partie, on a cette impression, gênante, que Friedkin, qui enchaîne les échecs à cette époque, essaye de renouer avec le succès de French Connection en retrouvant les mêmes recettes. Et par moments, c’est carrément du copié-collé : même construction, même noirceur, même parenthèse stock-car, mêmes personnages… jusqu’au coup de feu « choc » qui change la donne dans la dernière partie.

Ajoutez à ça un début au suspense téléphoné (le partenaire de William Petersen qui s’apprête à partir en retraite et qui insiste pour boucler seul sa dernière enquête… eh bien oui, il va se faire dessouder), et une musique agressive qui rappelle à elle seule les pires excès des 80s… Alors oui, il y a de belles choses dans ce polar qui se voit avec un certain plaisir. Mais Friedkin nous prend quand même, un peu, pour des idiots.

Always, pour toujours (Always) – de Steven Spielberg – 1989

Posté : 11 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Always

Un plan, fugace et magnifique : juste après la mort de Pete, sa fiancée et son meilleur ami se retrouvent pour la première fois. Pas un mot, pas une larme, juste leurs mains qui s’agrippent derrière une porte qui se referme sur leur douleur. Tout n’est pas aussi beau dans ce film méconnu et mal aimé, mais ce simple plan résume à lui seul l’immense sensibilité de Spielberg, sensibilité qui, non, n’est pas de la sensiblerie.

D’ailleurs, de ce pur mélodrame inspiré d’un petit classique de l’âge d’or d’Hollywood (Un nommé Joe de Victor Fleming), Spielberg aurait pu faire un tire-larmes dans la lignée de Ghost, autre histoire d’amour qui se prolonge après la mort, sortie (est-ce un hasard ?) quelques mois plus tard. Mais non : l’émotion est constamment contrebalancée par l’humour, le second degré et cet optimisme qui est encore la marque de Spielberg à la fin des années 80.

C’est d’ailleurs la fin d’une époque pour Spielberg, dont le cinéma deviendra bientôt beaucoup plus sombre : avec Hook, son film suivant, Always symbolise la fin d’une certaine innocence de la jeunesse. Comme Peter Pan, Pete Sandich doit lui aussi accepter d’aller de l’avant, d’accepter cette mort qui l’a privé d’une belle histoire d’amour.

Elle, c’est Holly Hunter, formidable en « vraie » femme aux allures de garçon manqué (« C’est pas la robe, c’est la manière dont tu me vois » est quand même une très jolie réplique). Lui, c’est Richard Dreyfuss, l’acteur fétiche des premières années, qui tourne justement pour la dernière fois sous la direction de Spielberg, pilote de canadair qui se brûle les ailes (littéralement) à trop jouer avec le feu (re-littéralement).

La première demi-heure est euphorisante, dominée par la présence irrésistible de John Goodman, en pleine forme dans son éternel rôle de meilleur ami rigolo, et marquée par une multitude de signes avant-coureurs de la mort : cette vision glaçante de Dreyfuss éclairé par la lumière bleutée d’un frigo ouvert, ou d’autres jeux de lumière qui semblent annoncer l’inéluctable.

La suite alterne le très beau et le moins convaincant, « l’ange » Dreyfuss devenant la conscience de celui dont on devine qu’il prendra sa place dans le cœur de sa belle (Brad Johnson, pataud et attachant). Là, Spielberg multiplie les ruptures de ton, passant du rire aux larmes, souvent avec bonheur, mais aussi en cassant parfois l’émotion, comme s’il refusait de se laisser aller au pur mélo.

Et au milieu, il y a deux scènes étonnantes et déroutantes : les apparitions de l’ange Hap, dont je ne saurais trop quoi penser si elles n’étaient habitées par la présence lumineuse d’Audrey Hepburn. Ce pourrait être kitsch et un peu ridicule. C’est juste beau et emprunt d’une douce nostalgique. Ce sera d’ailleurs la toute dernière apparition de l’actrice à l’écran.

Sens unique (No Way Out) – de Roger Donaldson – 1987

Posté : 4 octobre, 2016 @ 8:00 dans * Espionnage, * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, COSTNER Kevin, DONALDSON Roger | Pas de commentaires »

Sens unique

En 1948, John Farrow réalisait La Grande Horloge, un modèle de thriller. Le héros, interprété par le génial Ray Milland, était un reporter chargé par son patron d’identifier l’homme que sa maîtresse fréquentait, et qui est censé l’avoir assassiné. Sans savoir que cet homme n’est autre que Milland lui-même. Un film tendu et claustrophobique, l’intrigue se déroulant entièrement dans les murs d’une rédaction de journal.

Quarante ans plus tard, Roger Donaldson reprend la même intrigue et le même parti-pris (un homme chargé de démasquer un suspect qui n’est autre que lui-même, dans un environnement clos), mais change complètement le décor. Oublié le journalisme d’investigation des années 40. Désormais, c’est au cœur du Pentagone, avec l’ombre de la guerre froide qui plane, que nous plonge Donaldson.

L’idée en vaut une autre. Et ce décor, fait de grands couloirs et de vastes salles, et où l’informatique (à la sauce 80s) est omniprésent, offre de belles perspectives en matière de suspense. Mais Donaldson n’est, décidément, pas Farrow. Et ce remake dont j’avais gardé un bon souvenir met un temps fou à se mettre en route. Comme s’il fallait absolument profiter de la présence de Sean Young, dans le rôle de la victime, sa mort semble être repoussée autant que possible… jusqu’à la mi-film en fait.

Le problème, c’est qu’avant sa mort, il n’y a pas de film. L’intrigue n’existe pas, le suspense n’a pas de raison d’être, et ne reste alors qu’une romance banale et franchement ennuyeuse, avec un Kevin Costner qui se contente d’être beau et charismatique, et une Sean Young qui minaude comme c’est pas permis. Ajoutez un Gene Hackman en grand méchant et en roue libre, et un Will Patton qui cabotine à outrance… Bref, Donaldson n’est pas, non plus, un grand directeur d’acteur.

La deuxième moitié, heureusement, est plus palpitante. Le suspense fonctionne plutôt bien. Et dès que Costner se met à courir, il donne un vrai rythme à ce thriller souvent mou. Ça suffit pour passer un bon moment. Pas, mais vraiment pas, pour oublier le chef d’œuvre de John Farrow.

Extrême Préjudice (Extreme Prejudice) – de Walter Hill – 1987

Posté : 20 septembre, 2016 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, HILL Walter, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Sa filmographie le prouve, du Gang des frères James à Wild Bill, Walter Hill aime le western. Avec Extrême Préjudice, il aurait mieux fait de se cantonner au cœur de son sujet, à savoir un western contemporain qui reprend un thème incontournable du genre : celui des frères ennemis, qui ont chacun choisi un côté de la loi, et dont le différent doit finir par un duel.

Ici, les frères ennemis ne sont pas vraiment frères, mais amis d’enfance. Qu’importe. Nick Nolte, dans le rôle du shérif, et Powers Boothe, dans celui du proche qui a mal tourné, nous offrent un face-à-face formidable qui renoue avec la sécheresse et l’honnêteté des grands westerns d’antan. Dans cette partie-là, Hill tient toutes ses promesses : celui d’un film d’action décomplexé, une série B brutale et réjouissante.

La scène post-générique renvoie ainsi d’emblée aux grands classiques du genre, Rio Bravo en tête, le shérif cherchant son homme dans un bar (un saloon) rempli de clients hostiles. La fusillade qui suit donne le ton : Extrême Préjudice n’est pas un pop-corn movie typique des années 80, mais un film hard boiled au premier degré assumé. Tant mieux.

Sauf qu’avant le générique, il y a eu une autre scène d’introduction, nettement moins convaincante et pour tout dire assez crispante : la présentation d’un groupe de soldats laissés pour morts des années plus tôt, et en fait bien vivants, dont on ne sait pas trop quel est le rôle. On le saura plus tard dans le film, et pour tout dire, malgré la présence dans cette équipe de Michael Ironside, Clancy Brown ou William Forsythe (autant de gueules qu’on aime bien), on s’en fichera un peu.

Non seulement cette séquence, avec son montage impossible, renvoie aux pires nanars de la décennie (du genre Portés Disparus), mais elle est portée par une musique horripilante, signée pourtant Jerry Goldsmith. Sa partition reste l’un des points faibles de cette série B. Elle reste fort heureusement très discrète la plupart du temps, et ne gâche pas le plaisir simple et brutal que l’on prend à voir Nick Nolte aussi raide et inflexible que l’étaient John Wayne, Randolph Scott ou Gary Cooper.

Nimitz, retour vers l’enfer (The Final Countdown) – de Don Taylor – 1980

Posté : 10 septembre, 2016 @ 8:00 dans 1980-1989, DOUGLAS Kirk, FANTASTIQUE/SF, TAYLOR Don | Pas de commentaires »

Nimitz, retour vers l'enfer

Sans même évoquer l’âge d’or de Spartacus, rappelons juste que Kirk Douglas a commencé sa carrière avec des seconds rôles dans L’Emprise du Crime et La Griffe du Passé. Une entrée en matière bien fourbe pour souligner que, décidément, sa fin de carrière est nettement moins glorieuse que ses premiers pas. Contrairement à son éternel complice Burt Lancaster qui, lui, aura réussi à avoir une filmographie passionnante de bout en bout, Douglas enchaîne alors les films poussifs, à de rares exceptions près.

Celui-ci s’inscrivait dans une vogue de films inspirés par la SF (de War Games à Firefox) qui, tous ou presque, ont particulièrement mal vieilli. Mais ce qui gêne le plus dans ce Nimitz, ce n’est pas cet aspect un peu ringard des effets spéciaux (qui au final sont très rares), mais le scénario lui-même, basé sur ce qui se révèle une fausse bonne idée qui fait flop.

Plein de promesses pourtant, ce sujet : un porte-avion de 1980 se retrouve propulsé par accident en 1941, à la veille de l’attaque des Japonnais sur Pearl Harbor, attaque qu’il pourrait empêcher à lui seul grâce à son exceptionnelle puissance de feu. Sans doute ce sujet aurait-il fait un bon épisode à La Quatrième dimension. Mais le cas de conscience que cette situation procure débouche sur pas grand-chose. Jamais le scénario ne tire profit de cette belle idée de départ.

Alors pour occuper le temps (il faut quand même tenir plus d’une heure trente), le pas très talentueux Don Taylor multiplie les interminables plans d’avion filmés tellement platement que le Tony Scott de Top Gun passe en comparaison pour l’égal d’un John Ford ! Et que dire des dialogues ? Les scénaristes (ils s’y sont mis à quatre) ne savent tellement pas quoi faire d’un sujet qui soulève pourtant bien des questions, qu’ils ne font parler les personnages que de la météo. Finalement moins surpris par le fait d’avoir été propulsé quarante ans en arrière que par des nuages qui se forment sur leurs têtes…

Du coup, les acteurs n’ont pas grand chose à jouer. Kirk Douglas passe le film à boire du café affalé sur son siège de commandement, et Martin Sheen joue les témoins de luxe sans jamais interférer vraiment sur les événements. On est bien content de les voir, mais c’est bien peu.

* DVD chez Sidonis/Calysta, avec un documentaire sur Pearl Harbor.

Blue Jean Cop (Shakedown) – de James Glickenhaus – 1988

Posté : 15 juillet, 2016 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, GLICKENHAUS James | Pas de commentaires »

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Plus que le film lui-même, c’est la collection DVD qu’il inaugure qui mérite d’être souligné ici. L’éditeur Carlotta, que l’on connaît plutôt pour sa défense du cinéma classique (Sirk ou Cimino ont été particulièrement bien traités par sa ligne éditoriale), réhabilite la série B nanardesque des années 80. Un pari pour le moins inattendu, mais aussi séduisant.

Avec cette « Midnight Collection » que l’on a le droit de prendre au second degrés, Carlotta fait revivre l’âge d’or de la VHS. Jusque dans l’habillage visuel et dans l’interface du DVD, tout rappelle ce qui, pour les jeunes quadra d’aujourd’hui (ma génération, donc), évoque des souvenirs gentiment coupables d’adolescence. Ceux dont la cinéphilie a suivi les mêmes méandres que la mienne auront peut-être de doux relents des pages « vidéo » d’Impact, ou de Mad Movies

C’est donc avec un petit plaisir régressif que je me glisse Blue Jean Cop dans mon lecteur. Un film que, contrairement à d’autres titres de cette première vague de la collection (comme Maniac Cop), je n’avais pas vu à l’époque. La première impression est celle d’un franc retour en arrière, au cœur d’une décennie pas vraiment réputée pour son bon goût en matière de film de genre… Générique au néon, musique au synthé… ça envoie du lourd et du pas fin.

Pourtant, malgré surtout cette musique horrible et omniprésente (et dont le volume déborde trop souvent sur les dialogues eux-mêmes), Blue Jean Cop est plutôt une bonne surprise. Pour la finesse, on repassera, mais le film aborde des sujets forts avec un certain courage : la corruption des flics, le racisme, la fascination de la violence, à travers cette histoire d’un avocat qui défend un dealer ayant tué un flic peut-être ripoux.

Surtout, le film offre une vision assez édifiante d’un New York encore rongé par la violence et l’insécurité. Une Big Apple totalement dominée par les extrêmes, entre la masse agglutinée dans des rues sans âmes assommées par les enseignes lumineuses omniprésentes, et l’élite dominante Central Park du haut de ses baies immenses.

De bonnes choses, donc, dans un film qui par ailleurs se moque bien de la vraisemblance pour enchaîner les scènes d’action, transformant sans ciller le prudent avocat (Peter Weller, tout juste sorti de l’armure de RoboCop) en cow-boy sans peur, au côté d’un flic si pur qu’il en devient presque abstrait (Sam Elliott, charismatique et pourtant vide). Jusqu’à l’attaque finale d’un avion, si grotesque qu’elle en devient réjouissante. Un savoureux mélange de premier et de soixante-dix-huitième degré…

* Le film inaugure donc en DVD la « Midnight Collection » de Carlotta, hommage à l’âge d’or de la VHS. Seul bonus : la bande annonce originale.

Le Dernier Métro – de François Truffaut – 1980

Posté : 8 avril, 2016 @ 8:00 dans 1980-1989, TRUFFAUT François | Pas de commentaires »

Le Dernier Métro

Dans son autobiographie (Histoire de ma vie), Jean Marais consacrait un chapitre à ses souvenirs de l’Occupation. Le rapport avec Truffaut ? C’est ce chapitre qui, semble-t-il, lui a inspiré ce qui allait devenir Le Dernier Métro, son plus gros succès populaire, son triomphe aux Césars aussi : dix statuettes récoltées.

Je gardais le souvenir d’un film ample et ambitieux, reconstituant joliment le Paris de l’Occupation. Tout ça est vrai, mais la reconstitution se limite quasi-exclusivement aux murs du théâtre où Marion Steiner répète sa nouvelle pièce événement, tandis que son metteur en scène de mari, juif allemand, a dû disparaître. La caméra ne sort de ces murs que pour explorer les abords de l’entrée des artistes, où un restaurant de comédiens. Jamais plus loin.

Pourtant, Le Dernier Métro fait partie de ces films qui ont su recréer l’atmosphère de ces années de menace perpétuelle. A l’époque, Truffaut était enfant, et trouvait refuge dans les salles de cinéma, où est née la passion qui dominera toute sa vie. Rien d’étonnant, donc, à ce que son Occupation soit vue d’une salle de spectacle.

Derrière le « film à Césars », il y a donc un film très personnel, dans lequel Truffaut semble constamment se citer lui-même, évoquant le trio amoureux de Jules et Jim, le travail de création de La Nuit Américaine… jusqu’à reprendre (trois fois) la magnifique réplique que Belmondo sortait à Catherine Deneuve dans La Sirène du Mississipi, cette fois reprise sur les planches par Depardieu à la même Deneuve…

« Tu es belle Héléna, si belle que te regarder est une souffrance.
- Hier, tu disais que c’était une joie.
- C’est une joie, et une souffrance. »

Pourtant, Truffaut s’inspire si ce n’est de faits authentiques, au moins de personnages bien réels. A commencer par l’ignoble journaliste Daxiat (Jean-Louis Richard), tout puissant critique théâtral et grand pourfendeur des Juifs, directement inspiré du collaborateur Alain Laubreaux qui écrivait sous le pseudonyme de Michel Daxiat.

Portrait de Français sous l’Occupation, dénonciation de la médiocrité, cri d’amour à la création artistique (quelle vie dans ce théâtre !)… Le Dernier Métro est aussi, et peut-être avant tout, l’histoire d’une femme mariée qui tombe amoureuse d’un autre homme, mais que les circonstances interdisent de quitter son mari. Catherine Deneuve est absolument sublime dans ce rôle qui joue merveilleusement de son image glacée pour camper une femme trop isolée du monde. Magnifique.

L’Année du Dragon (Year of the Dragon) – de Michael Cimino – 1985

Posté : 5 avril, 2016 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, CIMINO Michael | Pas de commentaires »

L'Année du Dragon

Il a fallu cinq ans à Michael Cimino pour repasser derrière la caméra. L’échec de La Porte du Paradis a été tellement monumental que le génial cinéaste n’a réussi à faire aboutir qu’un film de genre : un polar qui s’inscrit dans la lignée du Parrain et de Chinatown, deux triomphes en leur temps. Un succès à peu près garanti, donc, qui aurait dû relancer la carrière de Cimino…

Sauf que les temps ont changé, et que ce changement est justement intervenu avec la catastrophe La Porte du Paradis. Le Nouvel Hollywood était enterré, les années 80 allaient entériner durablement l’ère des blockbusters, et la rupture entre cinéma populaire et cinéma d’auteur. Bref, L’Année du Dragon, jugé raciste par une partie de la critique (quelqu’un avait-il accusé Le Parrain d’être raciste ?), a été un nouvel échec cinglant. Totalement incompréhensible, celui-ci…

Car il s’agit bien là de l’un des polars (LE polar) les plus intenses de cette décennie, un chef d’œuvre que le temps a fini par consacrer comme l’un des sommets du genre. Trop tard pour Cimino hélas, qui n’atteindra plus jamais une telle perfection. Pas plus que Mickey Rourke d’ailleurs, qui avait fait une petite apparition dans La Porte… (il était l’un des comparses de Christopher Walken dans sa cabane paumée), et qui est ici à l’apogée de sa carrière.

L’intensité de son interprétation était indispensable à la réussite de l’entreprise, tant le ton, le rythme, et le jusqu’au-boutisme du film reposent sur son personnage de flic prêt à aller au bout de ses obsessions, quitte à tout perdre. Le flic solitaire en butte à la corruption généralisée… On a souvent vu ça au cinéma, mais rarement avec un tel sentiment de violence et de menace perpétuelles.

Tout fleure le danger dans ce Chinatown plein d’inconnu : les bureaux luxueux des hommes d’affaires qui n’ont de respectable que l’apparence, les caves inondées d’obscurs restaurants, ou même dans la beauté troublante de la journaliste, sorte de miroir de celle, inquiétante, de John Lone, révélation du film en jeune parrain des triades.

Et lorsque la violence éclate, elle semble toujours venir de nulle part, irruption de l’horreur dans le quotidien le plus confortable : celui d’un restaurant chaleureux ou celui du refuge familial, si fragile soit-il. Dans sa manière de traiter la violence et ses effets, L’Année du Dragon semble clairement conclure une trilogie magnifique, commencée avec Voyage au bout de l’enfer. Le grand œuvre de Cimino.

* Une préface de Jean-Baptiste Thoret, un long entretien audio avec Cimino, et surtout un passionnant livre proposant le scénario original (co-écrit avec Oliver Stone), une analyse du film et plusieurs entretiens réalisés à l’époque de la sortie… C’est ce que propose le luxueux coffret Blue ray/DVD « Ultra collector » édité chez Carlotta, le deuxième de cette collection de prestige après Body Double de Brian De Palma.

La Porte du Paradis (Heaven’s Gate) – de Michael Cimino – 1980

Posté : 19 mars, 2016 @ 8:00 dans 1980-1989, CIMINO Michael, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Porte du Paradis

L’échec de La Porte du Paradis était-il prévisible ? Sans doute. Cimino, visiblement galvanisé par son ambition et par le triomphe de Voyage au bout de l’enfer, va clairement au bout de ses obsessions et ne fait rien pour aller chercher le public. La première partie de ce western à grand spectacle, impressionnant et violent, est ainsi aux antipodes de ce que l’on attend du genre : on est alors à Harvard, lors d’une cérémonie de fin d’études.

Difficile alors d’imaginer la fureur et la violence qui marqueront deux de ces étudiants, fils de bonne famille promis à un brillant avenir, que la vie séparera mais qui se retrouveront dans un contexte très, très différent. Pourtant, le souvenir de cette longue première partie, comme la séquence de chasse dans The Deer Hunter, hantera les personnages et les spectateurs durant tout le film, créant une atmosphère bouleversante de paradis perdu, que l’on retrouvera jusqu’à la conclusion, déchirante.

L’échec historique du film (faut-il rappeler qu’il est à l’origine de la faillite de United Artists ?) a eu un double effet négatif. D’abord, La Porte du paradis n’a longtemps existé que dans une version tronquée (Cimino a réalisé récemment un nouveau montage de 3h30, édité chez Carlotta) ; et on n’a souvent retenu que la démesure du projet, ses décors grandioses et ses milliers de figurants qui rappellent les immenses productions des années 20.

Et c’est vrai que Cimino ne se refuse rien, recréant pour une seule scène une ville de l’Ouest à la fin du 19ème siècle, grouillante de monde, dont on sent l’odeur et l’humidité de la boue omniprésente ; faisant appel à un nombre de figurants qui ne sera sans doute plus jamais égalé. Car l’échec du film a clairement marqué la fin d’une époque, ouvrant la porte des années 80, et la séparation qui sera de plus en plus claire entre le cinéma d’auteur et les grosses productions.

Visuellement, le film est splendide. Le goût de Cimino pour les grands espaces américains n’a peut-être jamais été aussi flagrant. Comme sa manière de confronter la beauté de cette nature à l’horreur imposée par les actions des hommes. Inspiré d’une histoire vraie, le film raconte ainsi le massacre programmé d’immigrants européens venus cultiver la terre, par un syndicat de tout puissants éleveurs.

Il y a le gigantisme de la production, mais il y aussi et surtout les destins d’une poignée d’hommes, tous prisonniers à leur manière de leur condition, et dont les efforts plus ou moins appuyés pour y échapper n’y pourront rien. Malgré leurs rêves de vie meilleure, Isabelle Huppert, Christopher Walken, Jeff Bridges et les autres semblent condamnés par la violence de cette époque qu’ils n’ont pas choisie. John Hurt, lui, est hanté par la violence de ses semblables, se dressant au milieu d’un massacre en regrettant la douceur de sa jeunesse et d’un séjour à Paris.

Quant à Kris Kristofferson, qui trouve là le rôle de sa vie, il symbolise à lui seul toute l’atmosphère du film : riche privilégié qui s’offre une vie loin de son monde, rêvant d’améliorer les choses et de trouver le bonheur, mais condamné à rester un spectateur impuissant de son époque… avant de retrouver son point de départ, bouclant ainsi la boucle.

La figure de la boucle n’est pas un hasard. La ronde lors de la fête d’Harvard (qui marque la fin d’une époque, celle des rêves de jeunesse), le cercle que les assaillants forment lors de l’ultime massacre (la fin d’une autre époque, et d’autres espoirs)… Cimino laisse clairement penser que tout espoir d’échapper à son destin est vain. La Porte du Paradis n’est pas exactement un film optimisme. Mais c’est magnifique.

* La version « réalisateur » est éditée chez Carlotta.

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