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Archive pour la catégorie '1980-1989'

Invasion Los Angeles (They live) – de John Carpenter – 1988

Posté : 16 octobre, 2012 @ 5:30 dans 1980-1989, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | 1 commentaire »

Invasion Los Angeles (They live) - de John Carpenter - 1988 dans 1980-1989 invasion-los-angeles

C’est probablement le film le plus ouvertement « série B » de Carpenter, celui en tout cas où il a les comédiens les plus cheap, confiant même le rôle principal à un catcheur célèbre de l’époque, Roddy Pipper. Mais qu’importe : They live est l’un des meilleurs films du cinéaste, l’un de ceux qu’il préfère, tourné à une époque (très courte) de grande liberté. Après l’échec de Jack Burton, Carpenter avait décidé de retrouver un cinéma beaucoup plus fauché, mais qui collait totalement avec ce qu’il savait faire de mieux. Résultat : Prince des ténèbres et ce Invasion Los Angeles, deux de ses plus grands chef-d’œuvre.

Avec ce petit budget malin, Carpenter revisite un genre qui n’a cessé d’inspirer sa filmo : la SF parano des années 50, qui évoquait sans le dire la peur « rouge » de la guerre froide. Ici, c’est au contraire le capitalisme galopant des années Reagan, et le mal-être grandissant des sans-grades, que Carpenter pointe du doigt, dans ce qui reste son film le plus ouvertement politique.

John Nada, c’est le nom du héros : un « nada » effectivement, un anonyme parmi tant d’autres, qui traverse une Amérique exsangue à la recherche d’un boulot. Ce qu’il trouve, c’est une communauté de sans-abris qui passent leurs journées à travailler dur sur les chantiers, et leurs nuits à espérer que la police ne vienne pas les déloger, dans une société qui n’a pas envie de voir ces pouilleux s’installer sous ses fenêtres.

Par hasard, Nada découvre une curieuse paire de lunettes de soleil, qui lui ouvre les yeux, et lui révèle le monde tel qu’il est vraiment : dominé par des extra-terrestres à visage humain, qui diffusent des messages invisibles pour transformer les hommes en esclave : de l’argent, du pouvoir, du confort…

Difficile de faire critique sociale plus évidente, et série B plus jouissive. Sans moyen, quasiment sans effets spéciaux, avec un thème musical redondant et profondément addictif (signé par Carpenter himself), le réalisateur signe un film d’une force sidérante, malin, brut et brutal (avec une interminable baston entre les deux héros), qui s’achève par un « what’s the fuck » qui n’est pas sans évoquer une autre fin carpenterienne inoubliable : celle de Los Angeles 2013.

Décidément, selon Carpenter, L.A. a bien besoin d’un peu plus d’anarchie…

Welcome in Vienna – Partie 3 : Welcome in Vienna (Wohin und Zurück. 3 : Welcome in Vienna) – d’Axel Corti – 1986

Posté : 12 septembre, 2012 @ 1:27 dans 1980-1989, CORTI Axel | Pas de commentaires »

Welcome in Vienna 3

« Pendant toutes ces années, c’est comme si on était loin de sa patrie, mais aussi de ses sentiments »

Suite et fin d’une trilogie indispensable, longtemps invisible chez nous. Freddy Wolff s’est engagé dans l’armée américaine et a combattu en France. Avec un seul objectif : retrouver Vienne, la ville de ses racines, là où sa vie, et celle de tant d’autres Juifs, s’est arrêtée une sombre journée de 1938. Après sept ans d’exil, enfin, il est de retour chez lui. Happy end ? Pas vraiment, non… De sa ville, objets de tous ses fantasmes depuis tant d’années, il ne retrouve qu’un tas de ruines qui abrite des êtres rongés par la guerre, la misère, la fatigue, la culpabilité, la haine, la rancœur…

Axel Corti et son scénariste Georg Stefan Troller ont signé avec cette trilogie une œuvre d’une force rare, d’autant plus puissante qu’elle nous fait ressentir mieux qu’un documentaire la réalité de ces êtres à qui ont a tout pris : les biens matériels et la dignité. Et sans concession. Comme le rêve américain explosait dans Santa Fé, le retour dans cette Europe qui a rejeté ses semblables d’un port à l’autre (voir Dieu ne croit plus en nous) balaye tous les rêves qui nourrissait Freddy dans son exil interminable. Là, il pensait retrouver ses attaches, sa dignité, un foyer… Mais là encore, il est hanté par le manque de sentiments… « Pourquoi personne ne me retient ? » clame-t-il avec un désespoir apparent. Ce manque de sentiment qui est devenu son quotidien, et qui le rend incapable de prendre à bras le corps l’amour que lui offre une jeune comédienne.

Il faut dire que le Vienne de 1945 n’a rien d’un paradis retrouvé. Ce que Freddy y rencontre, c’est le marche noir, la trahison, l’antisémitisme qui n’est pas mort avec Hitler, et même une certaine nostalgie du nazisme qui ne dit pas son nom. Et partout, un cynisme ambiant qui fait une nouvelle fois du candide Freddy un étranger parmi les siens…

Si la première partie de cette trilogie marquait la fin de l’innocence, et la deuxième l’implosion du rêve d’exil, ce troisième volet signe la mort des illusions. Avec l’Ennemi (avec une majuscule) officiellement vaincu, le sentiment qui se dégage de cette conclusion est plus confus, moins clairement tragique que dans les deux films précédents. Mais le malaise constant qui règne n’est guère plus enviable : c’est désormais un sentiment d’irréversible gâchis qui domine. A peine Corti et Troller, qui auront tenu le cap de leur œuvre jusqu’au bout, se permettent-il un ultime plan d’où renaît une (petite) lueur d’optimisme. Peut-être, sur ces ruines et ces êtres brisées, pourra-t-on reconstruire quelque chose…

• La trilogie Welcome in Vienna, présentée pour la première fois dans un circuit restreint de cinémas l’an dernier, paraît enfin en DVD. C’est chez les Editions Montparnasse, dans un coffret absolument indispensable. Avec en bonus un long entretien (chapitré par questions, excellente idée) de Georg Stefan Troller, passionnant et très émouvant.

Welcome in Vienna – Partie 2 : Santa Fé (Wohin und Zurück. 2 : Santa Fé) – d’Axel Corti – 1985

Posté : 6 septembre, 2012 @ 5:00 dans 1980-1989, CORTI Axel | Pas de commentaires »

Welcome in Vienna 2

« Ils ne nous pardonneront jamais ce qu’ils nous ont fait »

Après un interminable exil de plusieurs années à travers l’Europe, quelques Juifs d’Autriche ont réussi à s’embarquer, direction New York. Arrivés à bon port, certains sont maintenus en détention, faute de papier. D’autres, plus chanceux, sont accueillis sur le sol américain, où ils tentent de créer un semblant de vie…

Ce second volet pourrait être plus optimiste : tout commence par la découverte de la terre promise, avec des personnages qui sont des survivants, et à qui tout semble possible désormais. Mais les apparences sont trompeuses. Superbe vue de loin, la ville de New York se révèle grise et glauque au quotidien. Le romantisme du voyageur ne passe pas l’épreuve du temps… « Ici ils sont gentils, souligne un personnage : s’ils te renvoient, ils le font avec le sourire »

Loin de marquer la fin de ce long exil, loin du tumulte de la guerre en Europe et de la menace omniprésente des Nazis, l’arrivée en Amérique n’est que le prolongement de cet exode. Moins spectaculaire, mais plus pernicieux, mais le poids terrible de cette tragédie est toujours aussi présente.

L’absurdité de cette tragédie est bien là, elle aussi, et éclate de la plus inattendue des manières : dès les premières minutes du film, Ferry Tobler, le « héros » du premier volet Dieu ne croit plus en nous, survivant de tant d’horreurs, se noie bêtement dans le port de New York, à quelques mètres du quai, sans avoir pu fouler le sol américain…

Le personnage principal, ici, à qui le pauvre Ferry passe le relais dans les premières scènes, c’est Freddy Wolff, jeune homme dont on ne saura quasiment rien du passé. Qu’importe : ce survivant partage avec tous les autres Juifs d’Europe le même passé récent, la même fuite sans fin… Lui-même reconnaît qu’il se souvient à peine de sa vie d’avant, entièrement habité qu’il est par la haine, le rejet, l’incompréhension, et cette douleur d’incompréhension lorsqu’il repense à Vienne, cette ville qui est la sienne et où il sent qu’il doit retourner.

A New York, Freddy, comme beaucoup d’autres Juifs, trouve un emploi (dur), un logement (miteux), des amis (tous Juifs exilés). Mais comme beaucoup d’autres, il ne défait pas sa valise. Lui et les autres font bonne figure, affichant un optimiste de rigueur. Freddy rêve même de partir vers l’Ouest, à Santa Fé, loin de cette zone de transit qu’est New York. Là, sûr, une nouvelle vie l’attend, il pourra tourner la page.

Sauf que cet optimisme ne trompe personne. Ni les spectateurs, ni les personnages, qui possèdent tous des fêlures grandes comme le Mississipi. Chacun s’invente un présent glorieux, ou un futur réjouissant, sachant bien que personne n’est dupe. Tous jouent le jeu, conscients que ces masques leur permettent de survivre tant bien que mal.

Freddy réussit son intégration aussi bien que possible. Mais il n’a qu’une obsession : le rejet dont il fait l’objet par son propre peuple. « Ils ne nous pardonneront jamais ce qu’ils nous ont fait », lance un vieil écrivain juif conscient qu’un retour au pays n’est pas envisageable. Ce retour, Freddy sait pourtant qu’il ne peut en faire l’économie. Dans ce deuxième volet aussi beau et cruel que le premier, Axel Corti ne montre aucune image de l’Europe et de la guerre, mais on ne voit que ça dans les regards de ces êtres en transit. Le retour au pays sera au cœur du troisième volet, Welcome in Vienna, de cette trilogie décidément sublime et indispensable.

Welcome in Vienna – Partie 1 : Dieu ne croit plus en nous (Wohin und Zurück. 1 : An Uns glaubt Gott nicht mehr) – d’Axel Corti – 1982

Posté : 4 septembre, 2012 @ 2:35 dans 1980-1989, CORTI Axel | Pas de commentaires »

Welcome in Vienna 1

A Vienne, en 1938, un adolescent juif, Ferry Tobler, parvient à échapper aux rafles de la Nuit de Cristal, mais doit fuir l’Autriche. Il commence alors un long périple au côté de milliers d’autres Juifs qui, comme lui, sont rejetés par ceux-là même qui partageaient leur quotidien il n’y a pas si longtemps…

Avec ce premier volet d’une trilogie consacrée au destin des Juifs autrichiens (dont je vais m’empresser de découvrir les deux autres volets, Santa Fe et Welcome in Vienna), Axel Corti signe un pur chef d’œuvre. Esthétiquement d’abord, le film est une immense réussite. La mise en scène sobre et efficace, le noir et blanc au grain épais, la reconstitution de l’Europe des années 1938 à 1941… Visuellement splendide, d’un réalisme troublant, parce qu’il évoque ces films d’archive qu’on a tous en mémoire, et qui illustrent les grandes dates historiques de cette histoire.

Surtout, Corti propose une vision totalement antispectaculaire de cette période trouble. Plutôt que de chercher à illustrer un épisode tragique de notre histoire récente, plutôt que d’émailler son film de rebondissements spectaculaires et dramatiques, Corti choisit le strict point de vue de ces Juifs forcés de renoncer au monde tel qu’ils l’ont toujours connu, victimes d’une menace et d’une haine aussi absurdes qu’omniprésentes…

De fait, on ne voit que peu de violence physique dans ce film. Mais le regard de l’autre, le rejet systématique que rencontrent ces émigrants malgré eux, suffit à installer le drame, terrible. Le film s’attache au destin d’un petit groupe de personnages (en particulier Ferry, un « père d’adoption », résistant allemand et goy joué par un grand Armin Mueller-Stahl, et une veuve juive qui représente tout à la fois l’image de la mère et de la maîtresse, troublante famille reconstituée, cocon fragile dans un monde hostile), mais c’est le destin tragique de tous ces Juifs européens que l’on ressent dans ce long exode.

Vienne, Prague, Paris, Orléans, Marseille… Chaque étape se prolonge des mois durant, et à chaque fois un semblant de vie se met en place avec les mêmes êtres qui se croisent et se recroisent, avant que les exilés soient de nouveau obligés de reprendre la route.

Dans ce long et terrible exil communautaire, Corti filme des amitié, des inimités, des attirances, des colères, mais toujours avec un sentiment de fraternité exacerbé. Il filme des destins brisés, avec une pudeur parfaite. Il filme aussi la fin de l’innocence, avec cette pathétique arrestation de « Gandhi » (Muller Stahl) par une bande de gamins français charmants et bien sous tous rapports.

Les exilés se croisent au gré de leur voyage sans fin, comme si leur destin commun les menait tous au même endroit (d’ailleurs…). Ils réapparaissent, mais disparaissent aussi pour certains, sans que l’on sache vraiment ce qui leur est arrivé : en n’adoptant que le point de vue de ces « héros » ballottés par l’histoire, Corti nous plonge dans la même confusion qu’eux.

Mais le réalisateur ne laisse planer aucun espoir, aucun optimisme forcé. Lui-même enfant autrichien durant la guerre, il a sillonné les routes d’Europe avant 1945, où il a probablement assisté à des scènes telles que celles qu’il filme ici. Il sait le poids de l’histoire en marche. Son film est bien plus qu’un documentaire. C’est le portrait d’hommes et de femmes sacrifiés par une époque folle et haineuse. Et c’est tout à la fois d’une simplicité et d’une force assez incroyables.

Pale Rider, le cavalier solitaire (Pale Rider) – de Clint Eastwood – 1985

Posté : 12 août, 2012 @ 6:28 dans 1980-1989, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.), WESTERNS | Pas de commentaires »

Pale Rider

Neuf ans après Josey Wales, Clint Eastwood revenait enfin au western avec ce Pale Rider qui passe admirablement bien l’épreuve du temps. Pas par calcul, assurait-il alors, mais par simple envie, comme il a toujours choisi ses projets. Au milieu des années 80, on ne peut pas dire que le western était un genre porteur. D’ailleurs, Eastwood prend le contre-pied des films sortis à cette époque qui tentaient de moderniser le genre (Silverado, Young Guns…). Lui préfère revenir aux sources du genre qui lui a mis le pied à l’étrier.

Plus vraiment sous l’influence de Sergio Leone (comme il l’était clairement pour L’Homme des hautes plaines, son premier western en tant que réalisateur, dont la construction est curieusement semblable à celle de Pale Rider), pas encore tout à fait dans la lignée des grands maîtres classiques comme Ford (il le sera davantage avec Impitoyable), Clint trace son propre sillon : cette patte inimitable qui était la sienne dans les années 80, mélange de ses différentes influences cinématographiques, et surtout musicales.

Même si la musique de ce Pale Rider, pourtant signée Lennie Niehaus, est l’une des moins intéressantes de toute sa filmographie, le ton que Eastwood donne à son film trouve ses racines à la fois dans le jazz et la country, les deux « mamelles » musicales qui nourrissent la plus grande partie de l’œuvre eastwoodienne (jusqu’à ces dernières années en tout cas). Le jazz pour le rythme à la fois libre et entraînant, la country pour l’attachement à la terre, à la famille, et aux racines.

Pale Rider est sans doute celui de ses films qui s’attache le plus à la nature, le plus écolo de ses films qui dénonce (dans un western !) les méfaits de l’industrialisation sur l’environnement. Il utilise pour cela une pratique qui a réellement existé, et qui a effectivement fait polémique vers la fin du 19ème siècle : l’utilisation de la force hydraulique pour extraire l’or de la terre, et qui dévastait totalement les sols.

L’histoire, elle, est à peu près la même que celle de L’Homme des hautes plaines. Eastwood y incarne une nouvelle fois un mystérieux étranger qui semble revenir de l’au-delà pour aider une communauté menacée. Eastwood joue à fond la carte de l’ambiguïté, plus encore que dans son premier western. Le Preacher qui arrive, comme une réponse à la prière d’une jeune fille belle comme un ange, est-il lui-même un ange exterminateur ? Ou un simple pistollero qui trouvera sa revanche ? Libre au spectateur de choisir sa propre interprétation, Clint ne tranchera jamais…

Qu’importe, ou plutôt tant mieux : cette ambiguïté contribue à la réussite d’un film hors des modes et donc intemporel. Eastwood cinéaste n’y est sans doute pas aussi sensible et personnel que dans le sublime Honkytonk Man, mais le plaisir est immense.

Rocky 4 (id.) – de Sylvester Stallone – 1985

Posté : 10 mai, 2012 @ 2:05 dans 1980-1989, STALLONE Sylvester, STALLONE Sylvester (réal.) | 1 commentaire »

Rocky 4

Alors là, je passe… C’est du grand n’importe quoi que ce quatrième épisode, de loin le plus mauvais de la saga Rocky. Stallone est au sommet de sa gloire en 1985 (cette année, il sort Rambo 2 et Rocky 4, deux de ses plus gros succès), et il enchaînera avec ses plus grosses merdes : Cobra, Over the top et Rambo 3, qui feront de lui la caricature de lui-même, le symbole du capitalisme américain que les Guignols continuent à parodier vingt-cinq ans plus tard.

Rocky 4, en fait, n’est que caricature. Rocky, devenu symbole des Etats-Unis (la preuve : son pote Appolo lui offre un short aux couleurs du drapeau américain), part en Russie pour affronter l’immense Ivan Drago (Dolph Lundgren), géant blond symbole, lui, d’une URSS déshumanisée. Il veut venger la mort d’Appolo, que Drago a exécuté lors d’un combat d’exhibition qui a tourné au drame.

Arrivé en Russie, il s’entraîne, combat, et finira par gagner devant un public russe d’abord hostile à cet Américain arrogant, et qui finira par l’acclamer, conquis par le courage et la générosité de ce petit homme qui terrasse l’immense machine soviétique. Ben oui, c’est aussi simple, aussi caricatural, et aussi débile que cela. Aussi court, aussi : tellement que Stallone a été obligé d’insérer, au milieu du film, un montage interminable (plus de 5 minutes !) des images les plus marquantes des trois précédents films.

Stallone va très, très loin dans la caricature. Il n’y a qu’à voir les entraînements montrés en parallèle des deux boxeurs : Drago dans une salle aseptisée et grouillant d’appareils électroniques ; Rocky luttant contre lui-même dans la nature hostile et couverte de neige. Mouais…

Mais quand on aime, on pardonne tout (ou pas ?), et retrouver ce personnage est toujours un plaisir, même devenu aussi caricatural. Et puis Stallone réussit tout de même à glisser quelques jolis moments plus nostalgiques, évoquant même, à travers le personnage d’Appolo, le temps qui passe inexorablement, et cruellement. Sur le long terme, cela deviendra le sujet principal de cette saga imparfaite, mais profondément humaine.

• Lire aussi : Rocky ; Rocky 2, la revanche ; Rocky 3, l’œil du tigreRocky 5 ; Rocky Balboa ; Creed, l’héritage de Rocky Balboa

Rocky 3, l’œil du tigre (Rocky III) – de Sylvester Stallone – 1981

Posté : 10 mai, 2012 @ 2:01 dans 1980-1989, STALLONE Sylvester, STALLONE Sylvester (réal.) | Pas de commentaires »

Rocky 3

Stallone/Rocky, même combat ? Avec ce personnage dont il maîtrise la destinée (c’est lui qui a écrit les scénarios de tous les films), la star fait preuve en tout cas d’une clairvoyance et d’une sincérité qui poussent au respect.

Dans ce troisième volet, Rocky est devenu une star et se plie aux règles du star-system, jusqu’à devenir une caricature de lui-même : il se ridiculise dans des publicités, participe à des show télévisés, affronte un monstre du catch (Hulk Hogan dans une séquence culte et un peu lourdingue), et finit par perdre sa personnalité, son amour-propre, et son « œil du tigre », cette volonté à toute épreuve qui l’a amené au sommet.

C’est tout le sujet de ce troisième volet, comme si Stallone, dont le statut de star ne cesse de croître, témoignait qu’il n’était pas dupe, et qu’il avait bien l’intention de continuer à se mettre en danger. On ne peut pas dire que les années qui suivront lui donneront raison, mais bon… Les « Rocky » ont toujours été des parenthèses de mise à nu pour la star.

Ce n’est pas le meilleur épisode, loin s’en faut. Stallone envoie fort les violons de l’émotion (Mickey, le vieil entraîneur joué par Burgess Meredith, meurt), et les chansons sont hyperprésentes, aussi cultes que datées. Pourtant, on prend une nouvelle fois un vrai plaisir, un peu régressif cette fois. La vie privée de Rocky passe un peu plus au second plan, ici, en particulier cet enfant, visiblement encombrant pour Stallone, que le scénariste s’arrangera pour éclipser jusqu’à ce qu’il le mette enfin au centre de l’histoire dans Rocky 5.

Cela dit, la boxe aussi passe au second plan. Les deux grands combats contre Mister T. n’ont pas le suspense des deux précédents films : on sait dès le début du premier que Rocky va se prendre une pignée ; et l’issue du second ne fait aucun doute. D’ailleurs, alors que les combats contre Appolo Creed allaient jusqu’au dernier round, ceux-là sont dégagés en deux ou trois reprises. Stallone ne s’intéresse qu’au destin de son personnage : son embourgeoisement, et sa renaissance qui passe par les bas-fonds les plus miteux. Pas très léger, mais efficace.

• Lire aussi : Rocky ; Rocky 2, la revanche ; Rocky 4 ; Rocky 5 ; Rocky Balboa Creed, l’héritage de Rocky Balboa

Paiement Cash (52 Pick-up) – de John Frankenheimer – 1986

Posté : 6 avril, 2012 @ 12:14 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, FRANKENHEIMER John | Pas de commentaires »

Paiement Cash

C’est le choc des mondes : John Frankenheimer, solide vétéran à la filmographie plutôt prestigieuse, avec quelques classiques à son actif au cours d’une carrière longue de près d’un demi-siècle (Un crime dans la tête version Sinatra, French Connection 2, Le Prisonnier d’Alcatraz…), qui adapte un roman de l’écrivain culte Elmore Leonard (3h10 pour Yuma, Jacky Brown ou Get Shorty sont tous adaptés de ses romans) dans un film produit par Menahem Golan et Yoram Globus, les papes du nanar machiste et testostéroné des années 80… On peut dire que le nom fait tâche dans la liste des films produits par la Cannon, la boîte créée par les deux comparses, dominée par les séries des Justiciers dans la ville (avec l’increvable papy Bronson), les Delta Force (quelqu’un se souvient de Chuck Norris ?) ou Cobra (le pire du pire de Stallone). Pour ne citer que les films les plus regardables…

Mais bon. Frankenheimer est un bon réalisateur, avec un savoir-faire indéniable. Restait à savoir si ce savoir-faire allait l’emporter sur le tape-à-l’œil et le mauvais goût assumé du tandem Golan-Globus. Au final, on trouve de tout, du bon et du moins bon dans ce film qui supporte quand même bien mieux l’épreuve du temps que la majorité des productions Cannon. Seule la musique, pesante et assez insupportable, a vraiment beaucoup vieilli.

Pour le reste, malgré quelques scènes d’extérieur inondées de lumière et un peu molle (Frankenheimer ne doit pas bien supporter le soleil, le pauvre), il y a dans 52 Pick-Up (le titre original est autrement plus alléchant que sa « traduction » idiote) quelque chose d’atypique et de très séduisant. Frankenheimer s’empare d’un genre très classique du cinéma populaire, et s’amuse constamment à être légèrement décalé. L’exemple du grand méchant est frappant : au premier coup d’œil, il a tout du méchant stéréotypé des années 80 qu’on ne supporte plus. En fait, ce faux génie du crime s’apparente d’avantage à un pied nickelé pathétique et désemparant. On imagine bien que la force du personnage doit plus à l’imagination d’Elmore Leonard qu’au talent du réalisateur, mais le passage à l’écran n’enlève rien de son ambiguïté. D’autant plus que John Glover est excellent dans ce rôle.

L’intrigue de base, quant à elle, est celle de nombreux films noirs, quelle que soit l’époque de production du film : un type à la vie parfaite gâche tout en couchant avec une jeune beauté, ce qui le plonge au cœur d’une machination terrible. Mais c’est l’approche choisie par Frankenheimer qui donne tout le sel de ce bon film de genre. Il y a du suspense, de l’action bien sûr. Mais ce sont les moments « en creux » que le cinéaste soigne le plus, et qui apportent un recul et un second degré bienvenu.

D’ailleurs, on sent le cinéaste bien moins intéressé par son intrigue que par le couple en péril, formé par Ann-Margret et Roy Sheider, tous deux très sobres. Le film est aussi une interrogation sur la longévité du couple, sur les difficultés à communiquer. Stoïques et peu loquaces, les personnages semblent souffrir d’une grande solitude, soulignée par les très gros plans « bergmaniens » que Frankenheimer multiplie, utilisant la profondeur de champ pour filmer les protagonistes d’une même scène sur deux plans différents. Si proches et si loins.

La plus belle scène est d’ailleurs la première (la seule ?) où le vernis craque enfin, et où Scheider, jusqu’alors très sobre et très digne, se jette dans les bras d’Ann-Margret. Pourtant, ce n’est aucune des deux vedettes que Frankenheimer filme avec le plus d’inspiration, mais… les voitures, nombreuses et omniprésentes, luxueuses ou pourries, qui donnent les scènes les plus inventives et le rythme du film.

Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin (Big Trouble in Little China) – de John Carpenter – 1986

Posté : 20 janvier, 2012 @ 1:12 dans 1980-1989, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin (Big Trouble in Little China) – de John Carpenter – 1986 dans 1980-1989 les-aventures-de-jack-burton

Curieux que le grand John Carpenter face son entrée sur ce blog avec cette fantaisie complètement folle, qui me laissait déjà un peu de marbre dans les années 80 (j’étais très, très jeune). Très sympathique, ce film parodique a certes un côté jouissif, mais il a aussi pris un sacré coup de vieux. Hommage aux films hong-kongais (ceux de Tsui Hark, que les cinéphiles occidentaux découvraient avec enthousiasme à l’époque), Jack Burton s’apparente aussi à un caprice du réalisateur et de son acteur fétiche, Kurt Russell. Toujours auréolés du succès de The Thing et de New York 1997, les deux compères se font plaisir en tournant ce film d’aventures parfois inspiré des Aventuriers de l’arche perdue, mais qui n’hésite pas à verser dans le grand-guignol et le n’importe quoi.

Alors on rit franchement, en particulier devant l’air ahuri de Kurt Russell, génial en gros bras très courageux, et parfois bas du plafond, grande gueule qui, au moment d’affronter les grands méchants, est bêtement assommé par une pierre tombée du plafond. Qu’importe l’histoire, qu’importe les méchants sortis tout droit des légendes chinoises, qu’importe aussi la pseudo-romance avec Kim Cattral (on n’en retiendra que la dernière réplique : « Vous ne m’embrassez  pas ?… » « Non »)… C’est bien Jack Burton qui est le principal intérêt du film.

La patte de Carpenter est bien là, tout particulièrement dans les scènes d’exposition, d’une élégance qui est la signature de l’auteur d’Halloween. Mais on est ici dans l’outrance absolue. Une outrance qui fleure bon les années 80¸ mais qui n’a pas franchement bien passé l’épreuve du temps : les effets spéciaux et les maquillages font sourire ; la musique elle-même, signée Carpenter, est aujourd’hui franchement pénible.

Cela dit, le culte qui entoure aujourd’hui encore le film n’est pas totalement usurpé. Le plaisir que Carpenter et Russell ont eu à le tourner se ressent clairement à l’écran. On ne peut que conseiller, une fois n’est pas coutume, de revoir le film avec le commentaire audio rigolard des deux hommes. Conseiller, aussi, de revoir les films suivants de Carpenter : après l’échec de Jack Burton, le réalisateur reviendra à un cinéma plus minimal qui lui va parfaitement bien : Prince des Ténèbres et Invasion Los Angeles.

Le Sixième Sens (Manhunter) – de Michael Mann – 1986

Posté : 17 février, 2011 @ 2:24 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, MANN Michael | 2 commentaires »

Le Sixième Sens (Manhunter) - de Michael Mann - 1986 dans * Thrillers US (1980-…) le-sixieme-sens

Chez Michael Mann, le bonheur est bleu et sent bon l’iode. Dans tous ses films, ou presque, les personnages trouvent la paix dans des maisons aux larges baies donnant sur la mer, baignées dans une lumière bleutée qui contribue à la quiétude des lieues. C’est le cas dans Heat, Collateral ou Miami Vice. C’était déjà vrai dans ce Manhunter qu’on a trop vite oublié, enterré par la réussite du Silence des Agneaux cinq ans plus tard. Quel rapport, me direz-vous ? Ce premier bijou noir de Mann est l’adaptation de Dragon Rouge, le premier roman de Thomas Harris dans lequel apparaît un certain Hannibal Lecter (Lektor, dans le film). Le succès du Silence des Agneaux et de sa suite, Hannibal, poussera d’ailleurs feu Dino de Laurentiis à produire une seconde adaptation de Dragon Rouge, éponyme cette fois, et avec Anthony Hopkins dans le rôle du médecin cannibale. Franchement, il n’y a pas à hésiter : autant Dragon Rouge, le film, est grotesque et aussi vite vu qu’oublié ; autant Manhunter est une œuvre profondément marquante.

Pas parfaite, non. D’un point de vue narratif, on sent Mann encore un peu approximatif, parfois. Mais esthétiquement, son univers est déjà bien en place. Et le cinéaste a un talent fou pour créer une atmosphère, en quelques secondes seulement. Dès le premier plan, magnifiquement composé, on comprend que le calme de se bord de mer sera rapidement troublé. Que cet ami (Dennis Farrina dans le rôle de Jack Crawford, que reprendra Scott Glenn dans le film de Jonathan Demme) vient mettre un terme à la retraite du héros. Avant même que la première parole soit prononcée, ce simple plan suffit à instiller ce sentiment d’angoisse qui ne retombera pas…

Le héros, c’est William Petersen (le flic du culte Police Fédéral Los Angeles de Friedkin, et le Gil Grissom des Experts), acteur au charisme trop peu exploité au cinéma. Son personnage, Will Graham, est le meilleur profiler du FBI, celui qui a permis l’arrestation d’Hannibal Lecter trois ans plus tôt, et qui a failli y laisser sa peau. Depuis, il a démissionné, mais les meurtres sauvages de deux familles sans histoire le poussent à reprendre du service.

Il y a un plan, qui n’a l’air de rien, mais qui résume bien le parti-pris du film (qui ne sera pas celui de Demme pour Le Silence des Agneaux). Lorsque Crawford tend les photos des victimes à Graham, celui-ci marque une pause avant de les regarder, se préparant à replonger dans l’horreur. On pense alors que les photos que l’on va voir sont celles des corps mutilés. Mais non, ce sont de simples photos de familles heureuses… Et c’est bien pire : ces images hantent le spectateur, et Graham, qui ne peuvent qu’imaginer leurs derniers instants. Mann prouve que la surenchère gore n’est pas l’outil le plus terrifiant qui soit, pour un vrai réalisateur.

Grand cinéaste visuel, Mann signe un film très peu bavard, incarné par des comédiens qui ne sont jamais aussi bon que dans les silences. Non pas qu’ils soient limités dans les dialogues, remarquez. Mais l’écriture visuelle du film est sans doute plus maîtrisée que l’écriture des scènes dialoguées. William Petersen apporte profondeur et douleur à un personnage qui en finit par être dérangeant, tant il s’identifie au tueur en série qu’il poursuit. A l’inverse, ce tueur, aussi horrible soit-il, devient touchant, tant on ressent ses fêlures. L’imposant Tom Noonan lui apporte une humanité inattendue, qui provoque un profond malaise…

La distribution du film est assez exceptionnelle, puisqu’on retrouve aussi Joan Allen en jeune aveugle qui attendrit le cœur de notre tueur (c’est son premier rôle important), Stephen Lang en journaliste dégueulasse, et Brian Cox dans le rôle d’Hannibal. Mais il faut bien l’admettre : sa prestation souffre énormément de la comparaison a posteriori avec l’interprétation qu’en fera Anthony Hopkins.

C’est bien le seul bémol que l’on puisse faire à ce film qui, malgré une musique très datée « années 80″ (un peu trop présente par moments), soutient largement la comparaison avec Le Silence des Agneaux. Il serait peut-être temps de mettre enfin ce Manhunter à la place qu’il mérite…

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