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Archive pour la catégorie '1980-1989'

Stardust Memories (id.) – de Woody Allen – 1980

Posté : 28 novembre, 2013 @ 1:17 dans 1980-1989, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Stardust Memories

En une seule scène, muette, Woody Allen pose les bases de ce film étonnant et déroutant. Il se met en scène dans un wagon peuplé d’hommes et de femmes aux gueules improbables, êtres lugubres et angoissants qui l’oppressent tandis qu’il observe par la fenêtre les occupants d’un autre train, beaux et joyeux, mais inaccessibles (parmi lesquels une blonde apparition : Sharon Stone dans l’un de ses premiers rôles).

Avec cette première séquence, Woody Allen surprend parce que pour la première fois, il se met en scène sur un ton grave. Jusqu’à présent, même si Annie Hall et Manhattan avaient révélé la profondeur et la brillance du type, il y avait toujours en lui cet humour qui habillait tout. Ici aussi, comme dans ses deux précédents chef d’œuvre, Allen joue avec son propre passé, sa propre expérience : celle d’un artiste comique qui aspire à autre chose.

Mais cette fois, c’est un homme oppressé par sa propre vie qu’il interprète, et qu’il présente avec ces premières minutes fascinantes, sorte de cauchemar projeté sur un grand écran. Un cinéaste qui amorce un tournant psychologique pas toujours compris, encore marqué par son passé de pur comique, et entouré de fans hystériques, d’admirateurs étouffants, de cinéphiles insupportables.

Un homme qui aspire à autre chose, mais qui ne sait pas quel chemin prendre. Comme dans Manhattan, les interrogations de Sandy le cinéaste sont cristallisées autour de plusieurs femmes qu’il croit aimer : cette actrice avec qui il a eu une liaison passionnée et dont l’image le hante (Charlotte Rampling), cette mère de famille simple et posée (Marie-Christine Barrault) ou cette jeune admiratrice belle mais dominée par ses démons.

Mais cette fois, le ton est radicalement différent. Woody Allen renoue avec le noir et blanc, mais avec une image beaucoup plus âpre et granuleuse. L’humour, même s’il n’est pas totalement absent comme dans Intérieurs, n’est plus qu’une façade à laquelle même le personnage d’Allen semble ne plus croire.

C’est de l’introspection, et une réflexion cynique et grave sur la création et le monde du cinéma. Des thèmes loin d’être uniques dans la filmographie de Woody Allen.

Y a-t-il un flic pour sauver la reine ? (The Naked Gun) – de David Zucker, Jim Abrahams et Jerry Zucker – 1988

Posté : 4 novembre, 2013 @ 3:05 dans 1980-1989, ABRAHAMS Jim, ZUCKER David, ZUCKER Jerry | Pas de commentaires »

Y a-t-il un flic pour sauver la reine ? (The Naked Gun) – de David Zucker, Jim Abrahams et Jerry Zucker – 1988 dans 1980-1989 y-a-t-il-un-flic-pour-sauver-la-reine

Dans Y a-t-il un pilote dans l’avion ? et sa suite, Leslie Nielsen, comédien de seconde zone jusqu’alors sérieux et surtout connu pour son rôle dans le culte Planète interdite, renaissait tardivement aux yeux du public en dévoilant un génie comique rare qui n’était pas sans évoquer celui de Peter Sellers, en plus régressif et avec un réjouissant mélange de délire absolu et de fausse dignité.

Il n’était alors qu’un second rôle, mais on ne voyait que lui… Les créateurs du film, les fameux ZAZ (David Zucker, Jim Abrahams et Jerry Zucker) feront ensuite de lui le héros d’une série télé très fugitive (Police Squad, six épisodes seulement, avant d’être déprogrammée), qui a rapidement fait l’objet d’un petit culte posthume. Dans cette parodie déjantée des séries policières des années 70 et 80, Nielsen interprète le lieutenant Frank Drebin, flic idiot, gaffeur et incroyablement sûr de lui, qui enchaîne les catastrophes sans même s’en rendre compte.

Ce Naked Gun est l’adaptation cinéma de la série. Les seconds rôles changent (les collègues de Drebin sont désormais interprétés par un George Kennedy génialement ahuri et un O.J. Simpson d’après sa carrière de footballeur et d’avant sa carrière de criminel médiatique), mais Leslie Nielsen reste.

L’histoire est débile, forcément, mais cette débilité est totalement assumée, les ZAZ poussant la parodie et le burlesque aussi loin que possible, souvent dans le mauvais goût : la scatologie est un sujet qui revient régulièrement, tout comme les allusions sexuelles (« quelle jolie fourrure ! »). La recette, à première venue, est la même que celle des dizaines de comédies lourdingues que Leslie Nielsen enchaînera désormais jusqu’à sa mort. Mais d’où vient que ce Y a-t-il… ? reste aussi drôle, aujourd’hui encore ?

Du fait, sans doute, que Nielsen est le sujet même du film, et pas les parodies de grands succès, que se contenteront d’enchaîner les films qui tenteront de reprendre la recette. Ces parodies, d’ailleurs, sont loin d’être les scènes les plus réussies du film.

• La trilogie Y a-t-il un flic… ? vient de sortir dans un coffret blue ray de bonne tenue, mais sans bonus, chez Paramount.

The Thing (id.) – de John Carpenter – 1982

Posté : 8 août, 2013 @ 5:08 dans 1980-1989, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

The Thing (id.) – de John Carpenter – 1982 dans 1980-1989 the-thing

Grand admirateur de Howard Hawks (son premier vrai film, Assaut, était un remake de Rio Bravo), John Carpenter est aussi un fan de La Chose d’un autre monde, le fameux film de SF de Hawks, que les personnages de Halloween regardaient à la télévision. Autant dire que ce remake était attendu.

Mais les deux films diffèrent énormément. Le titre original est identique (avec la même police), le cadre est le même (une base américaine au Pôle Nord), le début est le même (l’expédition découvre un extraterrestre dans la glace, qui finira par menacer les membres de la base)… Mais tout le reste est radicalement différent, malgré de beaux clins d’œil discrets et amoureux (la vidéo norvégienne).

Les premières images (une soucoupe volante très kitsch) renvoient aux films de SF des années 50. Mais les temps ont bien changé, et The Thing version Carpenter est un film qui porte la marque du cinéaste, avec sa manière unique de faire monter l’angoisse (à la manière de l’étouffant Prince des Ténèbres) et la paranoïa (comme L’Antre de la folie) avec de petits riens, une mise en scène toujours élégante, et une musique répétitive signée par un Ennio Morricone qui reprend le style des compos de Carpenter.

Dans le film de Hawks, la « chose » était un géant humanoïde quasi-indestructible. Dans celui de Carpenter, elle prend la forme de tout ce qu’elle approche, animaux et êtres humains. Autant dire que la légèreté et le bel esprit d’équipe du film originel volent ici en éclats. Tout n’est que suspicion, méfiance et paranoïa. On est finalement plus proche de L’Invasion des profanateurs de sépultures que du film de Hawks.

Formellement aussi, le film est radicalement différent. Le classique de 1951 était énormément bavard. Celui-ci est particulièrement économe en dialogue, avec une psychologie beaucoup plus réaliste et des rapports beaucoup plus tendus.

Avec The Thing, Carpenter réussit à rendre un bel hommage à un film dont il se démarque sur tous les points, et à signer l’un des grands chefs d’œuvre du cinéma de terreur de la décennie.

Le Verdict (The Verdict) – de Sidney Lumet – 1982

Posté : 7 août, 2013 @ 3:28 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, LUMET Sidney, NEWMAN Paul | Pas de commentaires »

Le Verdict (The Verdict) – de Sidney Lumet – 1982 dans * Thrillers US (1980-…) le-verdict

La justice est omniprésente dans l’œuvre de Lumet, qui a réussi tout au long de sa carrière à revenir régulièrement dans les salles d’audience tout en se renouvelant constamment. Loin du huis-clos de son premier film, 12 hommes en colère (deux des jurés, Jack Warden et Ed Binns, font d’ailleurs partie de la distribution de The Verdict), tourné vingt-cinq ans plus tôt, ce film passionnant co-écrit par David Mamet est le portrait d’un avocat raté et alcoolique qui semble tout droit sorti d’un roman noir.

C’est un rôle en or, que quelques grands noms ont pourtant refusé : Redford surtout, peu enclin à interpréter un type aussi peu séduisant que ce poivrot queutard et adepte de l’apitoiement sur soi-même. Paul Newman, son ancien complice de Butch Cassidy et de L’Arnaque, lui, n’a jamais eu peur d’abîmer son image. Et il livre ici l’une des grandes interprétations de sa carrière.

Fatigué et immature à la fois, Newman est grand, faisant de son personnage un vrai minable qui semble s’écœurer lui-même. On le découvre, avocat ayant perdu toute ambition, squattant les salons funéraires pour inciter les familles dans le deuil à l’engager pour poursuivre d’éventuels responsables. On le voit traîner sa médiocrité dans les bars, draguant et s’alcoolisant auprès de compagnons de beuverie dont il ne connaît sans doute même pas les noms.

Pour que ce type franchement méprisable se prenne enfin en main, il faudra la « rencontre » avec pire que lui : une jeune femme plongée dans un coma dont elle ne peut, elle, pas se sortir. Dès lors, le grand procès qui va suivre, où il jouera le rôle de David contre un Goliath tout puissant (l’Eglise), sera pour lui le seul chemin de la rédemption.

Jamais Lumet ne tombe dans la caricature ou dans la facilité. L’avocat joué par Newman ne devient pas un chevalier blanc, mais reste ancré dans sa solitude (malgré sa rencontre avec une charmante Charlotte Rampling) et son égoïsme. Cette croisade qu’il mène devant la justice, il l’a fait au moins autant pour lui-même que pour la victime, conscient qu’il s’agit là de sa dernière chance.

Face à lui, il retrouve un brillant avocat, à la tête d’un grand cabinet parfaitement organisé et respecté de tous. C’est James Mason (à qui il s’était déjà frotté dans Le Piège, dix ans plus tôt), l’exact inverse de ce que lui est devenu.
Lumet réussit sur tous les tableaux : dans le portrait de ce type qui s’est enfermé dans sa solitude, et dans la figure plus attendue du film de procès, genre à part entière du cinéma américain dont il respecte tous les codes avec une grande efficacité.

Un peu trop vite considéré comme un film mineur du cinéaste, Le Verdict est une grande réussite. Il vaut aussi le coup d’œil pour une curiosité : il s’agit de l’un des premiers films du jeune Bruce Willis. Pas encore révélé par la série télé Clair de Lune, l’apprenti comédien est l’un des figurants présents (longuement) dans le public de la salle de tribunal. Il n’est qu’une silhouette muette. Une quinzaine d’années plus tard, il retrouvera Newman dans Un homme presque parfait, de Robert Benton.

• Belle qualité d’image pour le blue ray « collector » édité chez Fox. Un bel objet riche en bonus (que je n’ai hélas pas pu visionner).

Piège de Cristal (Die Hard) – de John McTiernan – 1988

Posté : 27 mars, 2013 @ 4:03 dans 1980-1989, McTIERNAN John | Pas de commentaires »

Piège de Cristal (Die Hard) – de John McTiernan – 1988 dans 1980-1989 piege-de-cristal

Après la catastrophe de l’épisode 5, il était urgent de replonger dans les origines de la saga Die Hard. Et avec ce retour aux sources, il m’a fallu très exactement 34 secondes pour me réconcilier avec John McClane, et pour oublier l’aberration qu’a signée John Moore.

C’était donc il y a vingt-cinq ans. Bruce Willis avait des cheveux, était une vedette de la télévision, et le grand John McTiernan ne voyait pas en lui un superhéros, mais un type normal incapable de régler ses problèmes personnels intelligemment, et amené malgré lui à affronter des terroristes.

McClane n’est pas un surhomme, et échangerait volontiers sa place avec quelqu’un d’autre. Mais c’est un flic qui déteste perdre, et que l’imminence de la mort a tendance à stimuler. Un type loin d’être un intellectuel, mais qui a une intelligence hors normes pour décrypter les situations et l’espace, intelligence qui fait qu’il est si difficile à tuer (c’est le titre).

Cette intelligence, c’est aussi celle du cinéaste John McTiernan qui, avec son précédent film (Predator, déjà un chef d’œuvre), avait fait preuve d’un talent rare pour utiliser ses décors, y faire planer un danger omniprésent, et rendre constamment claire et précise une action loin d’être statique, le tout avec une mise en scène d’une fluidité, d’une élégance et d’une efficacité exemplaires.

Avec Piège de Cristal, McTiernan signe une sorte de double inversé de Predator. Ce n’est plus un commando de gentils contre un méchant monstre, mais un gentil flic contre un commando de méchants. Et la jungle a laissé la place à un décor plus urbain : une tour de Los Angeles encore à moitié en travaux, dont les occupants sont pris en otage par des terroristes. Mais les deux films ont les mêmes qualités, et figurent parmi les meilleurs films d’action de la décennie grâce à la mise en scène de McTiernan.

Vingt-cinq ans après, non seulement le film n’a pas pris une ride, non seulement il supporte largement un énième visionnage (je n’ai pas compté, mais il y en a eu beaucoup), mais il reste un modèle indépassé du genre, et il se révèle même supérieur au souvenir qu’on en a. Le méchant, par exemple, n’a rien de caricatural, contrairement à ce qu’il me semblait. Loin des cabotinages de Robin des Bois prince des voleurs, où il sera également le grand méchant, Alan Rickman est formidable en esthète du crime.

L’un des sommets du genre, sûr, gorgé de répliques cultes (« Nine million terrorists in the world and I gotta kill one with feet smaller than my sister »), avec un Bruce Willis incarnation idéale du héros d’action. Gloire à lui, gloire à John McTiernan, et honte à John Moore.

• Voir aussi 58 minutes pour vivre, Une journée en enfer, Die Hard 4 : Retour en enfer et Die Hard : belle journée pour mourir.

Batman (id.) – de Tim Burton – 1989

Posté : 19 mars, 2013 @ 6:44 dans 1980-1989, BURTON Tim, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Batman (id.) – de Tim Burton – 1989 dans 1980-1989 batman

Presque 25 ans après, on a un peu de mal à imaginer l’enthousiasme populaire qui a entouré la sortie de ce Batman, presque premier du nom (la série télé kitchoune avec ses waff !! bam ! pan ! et autres ohh ! avait déjà eu droit à une adaptation ciné). Christopher Reeve venait de raccrocher la cape de Superman, le pop-corn movie vivait ses premières années (les plus belles), Tim Burton était encore un tout jeune réalisateur dont on ne connaissait guère que son Beetlejuice, dont le fantôme délirant, alias Michael Keaton, revêtait contre toute attente la combinaison noire du justicier de Gotham City. Quant à Kim Basinger, elle était le plus grand sex-symbol du monde, rien de moins.

Aujourd’hui, que reste-t-il de la Batmania ? Trois suites (un chef d’œuvre, deux merdes), de nouvelles bases plus sombres et toujours d’actualité pour le film de superhéros, la question sans réponse de savoir qui est le meilleur Joker, de Jack Nicholson ou Heath Ledger (voir ici), et surtout une nostalgie incroyable. Ce Batman, c’était hier, et pourtant le film semble tellement d’une autre époque… Une époque où Burton privilégiait la bidouille aux gros effets spéciaux, et Michael Keaton à Johnny Depp. L’époque d’avant Terminator 2, où les blockbusters pouvaient avoir ce côté bricolo foutraque et cette folie assumée.

Parce qu’il fallait un sacré grain de folie pour laisser Jack Nicholson aller au bout de ses délires, souvent irrésistibles. Le voir murmurer « My balloons » avec cet air d’enfant à qui on aurait voler ses bonbons est toujours à mourir de rire. Un délire qui lui a rapporté des millions de dollars : malin, Jack a négocié un bon pourcentage sur les recettes, faisant de lui pendant longtemps l’acteur le mieux payé du monde pour un seul film. De quoi le mettre à l’abri pour ses vieux jours.

Il y a un charme fou qui se dégage de ce film étrangement rigide (les vêtements, les décors, les mouvements de caméra, tout semble carré), et dans la prestation de Michael Keaton, formidable. Burton continue à poser les bases de son univers si personnel, notamment à travers quelques éclairs de génie qui évoquent des passages bien précis de son œuvre à venir : la Batmobile qui roule sur les routes bordées d’arbres est filmée comme les cavalcades de Sleepy Hollow.

Mais il faudra attendre ses deux films suivants pour que Tim Burton trouve réellement son style : ce sera Edward aux mains d’argent et… Batman le défi, peut-être le meilleur de tous les Batman.

Pulsions (Dressed to kill) – de Brian De Palma – 1980

Posté : 4 février, 2013 @ 5:27 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, DE PALMA Brian | Pas de commentaires »

Pulsions (Dressed to kill) – de Brian De Palma – 1980 dans * Thrillers US (1980-…) pulsions

De tous les hommages que De Palma a rendus à Hitchcock (et il y en a eu beaucoup), celui-ci est le plus évident : le cinéaste a dû voir et revoir Psycho un nombre incalculable de fois avant d’écrire le script de ce film viscéral. On y trouve d’autres allusions à Hitch (la manière dont il filme le musée évoque une scène de Sueurs froides), mais c’est bien la référence à Psycho qui s’impose.

Dans Pulsions, De Palma réinvente la mythique scène de la douche (deux fois, dont une fois dans un ascenseur), réécrit la fameuse scène d’explication du psy (qui clôt le film d’Hitchcock), nous refait le coup de la tête d’affiche qui disparaît très prématurément, sans oublier le retournement de situation finale que l’on voit arriver gros comme une maison.

De Palma, d’ailleurs, ne fait pas grand effort pour nous préserver l’effet de surprise. Les allusions à Psycho sont tellement évidentes que le spectateur a déjà une grille de lecture toute faite, et qu’on devine rapidement le rôle joué par le psychiatre interprété par Michael Caine.

Pulsions ne joue donc pas sur l’effet de surprise, mais se révèle un pur exercice de style, comme les aimait Hitchcock. La première demi-heure, notamment, est étonnante. La caméra de De Palma suit Angie Dickinson, quinqua frustrée sexuellement, dans les dédales d’un musée où elle allume un inconnu pour se persuader qu’elle est encore désirable (elle l’est !). Une séquence que De Palma fait durer, sa caméra restant au plus près du visage d’Angie tandis qu’elle avance, hésite, recule et cède. Troublant et impressionnant.

La suite se situe sur un autre registre, mais est tout aussi virtuose. L’heure qui suit est une succession de trois moments de terreurs, dont Nancy Allen, jolie prostituée devenue la proie d’un mystérieux tueur, est le cœur. D’abord dans le métro, puis sans le savoir dans la gueule du loup, et enfin prise au piège dans une salle de bain… Qu’importe alors ce qui amène ces situations, qu’importent les incohérences du scénario, ou les trucs d’écriture facile… Tout ce qui compte ici, c’est la manière dont De Palma distille la peur, et il le fait comme peu d’autres cinéastes avant lui.

De Palma étire là encore ces séquences au maximum, toujours sans le moindre effet de surprise : des plans de coupe nous préviennent de tout, évitant qu’un sursaut soudain vienne brouiller le malaise persistant du spectateur.

C’est peut-être bien le film le plus terrifiant de De Palma, et ma plus grande sueur froide depuis bien longtemps…

Blow Out (id.) – de Brian De Palma – 1981

Posté : 31 janvier, 2013 @ 7:01 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, DE PALMA Brian | Pas de commentaires »

Blow Out (id.) – de Brian De Palma – 1981 dans * Thrillers US (1980-…) blow-out

De Blow-up, De Palma n’a repris que le prétexte de départ : un homme pense avoir enregistré un crime… sur photo dans le film d’Antonioni, sur bande-son dans Blow Out, le héros étant ici un preneur de sons pour films d’horreur tout pourris. Un argument de départ qui est pour De Palma l’occasion de signer une œuvre très personnelle, nouvelle réflexion brillantissime sur l’image et la perception.

Dans le rôle du preneur de son, hanté par une erreur passée qui a tourné à la tragédie, John Travolta est formidable. Sur le point d’entamer sa longue traversée du désert pré-Pulp Fiction, il trouve paradoxalement le meilleur rôle de sa carrière : un type en apparence droit et intègre, mais bien plus complexe que ça, condamné à répéter les mêmes erreurs et à vivre avec elles ad vitam eternam.

Du crime dont Travolta est le témoin, le scénario imagine un complot politique avec maître-chanteur, policier douteux, et homme de main meurtrier (John Lithgow). Mais cette intrigue n’est elle aussi qu’un prétexte. Ce qui intéresse De Palma, c’est son couple de héros : Travolta et Nancy Allen, jeune délurée idiote et adorable. Et c’est surtout le jeu sur l’image et le son, sur la manière dont l’un et l’autre se complètent…

Blow Out est une petite merveille de mise en scène, qui s’amuse constamment à recoller les pièces manquantes de la perception, seule manière d’appréhender correctement les choses, et d’agir. La manière dont il filme la séquence nocturne de prise de son est absolument sublime : les sons d’abord, puis l’origine de ce bruit, en gros plans avec Travolta en arrière-plan.

La fin du film est extraordinaire, dans le contexte du Liberty Day, qui ancre Blow Out dans l’histoire trouble des Etats-Unis (le film que monte Travolta à partir de son enregistrement évoque évidemment celui de Zapruder ; le crime s’inspire d’un accident à scandale de Ted Kennedy…

Comme dans d’autres films de De Palma (Les Incorruptibles, L’Impasse), il y a aussi une grande scène de gare, fausse course poursuite et vraie tragédie en marche. Avant une fin traumatisante et désespérée, absolument inoubliable.

Brisby et le secret de NIMH (The Secret of NIMH) – de Don Bluth – 1982

Posté : 13 janvier, 2013 @ 3:27 dans 1980-1989, CARRADINE John, DESSINS ANIMÉS | Pas de commentaires »

Brisby et le secret de NIMH (The Secret of NIMH) – de Don Bluth – 1982 dans 1980-1989 brisby-et-le-secret-de-nimh

Présenté comme le nouveau Walt Disney dans les années 80 et 90, Don Bluth a signé une série de petits chef d’œuvre qui n’ont pas pris une ride, comme Fievel et le nouveau monde, son gros succès, et ce Brisby, qui marche sur les mêmes brisées.

Il y est une nouvelle fois question de famille, de survie, de curage, d’entraide. Mais il y a ici une ambition assez rare dans le cinéma d’animation grand public, à la fois dans la narration (le film s’ouvre avec un narrateur dont on ne connaîtra l’identité que tardivement), et dans la noirceur du sujet.

Pour une fois, le héros n’est pas un enfant pur et innocent (à l’image de Fievel), mais une mère de famille, veuve de surcroît, avec quatre enfants à charge dont un est malade de pneumonie. Sur le papier, c’est juste impossible d’accepter une telle héroïne.

Pourtant sa fonctionne merveilleusement bien, avec ce qu’il faut d’humour (surtout grâce au sidekick, un corbeau maladroit) et de frissons (un grand méchant rat, un hibou effrayant), et de messages aussi subtils qu’audacieux : l’ouverture aux autres et le respect des différences (les rats ne sont pas forcément des ennemis), et même une critique des pratiques inhumaines de certains laboratoires.

C’est assez gonflé, et c’est d’une efficacité redoutable : le film, à plusieurs niveaux de lecture, plaît aussi bien aux adultes qu’aux enfants (les miens, de 4 et 7 ans, ont adoré).

Le Solitaire (Thief) – de Michael Mann – 1981

Posté : 13 janvier, 2013 @ 1:18 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, MANN Michael | Pas de commentaires »

Le Solitaire (Thief) – de Michael Mann – 1981 dans * Thrillers US (1980-…) le-solitaire

Un braqueur de haut vol fidèle en amitié, qui prépare son dernier coup avant de se ranger avec la jeune femme qu’il aime ? Ce n’est pas le De Niro de Heat, mais le James Caan du Solitaire, premier long métrage cinéma de Michael Mann. Quinze ans avant le face-à-face De Niro / Pacino, les obsessions du cinéaste sont déjà bien en place, même si on ne retrouve pas encore cette confusion entre Bien et Mal, qui sera sa marque de fabrique dans tous ses grands polars à venir, de Sixième Sens à Public Enemies.

Avec cette œuvre de jeunesse, Mann frappe déjà assez fort, signant un film tendu et implacable qui, malgré quelques longues séquences en creux (notamment un très long dialogue entre Caan et Tuesday Weld, qui sonne étonnamment faux), ne laisse jamais retomber la tension. D’ailleurs, le film a rapidement fait l’objet d’un petit culte qui est toujours d’actualité.

Il faut quand même reconnaître que Thief a pris un petit coup de vieux. Et pas seulement à cause de la veste en cuir de Caan et des lunettes pas possibles de Robert Prosky, le grand méchant de l’histoire. L’esthétique, très datées eighties, et surtout la musique électronique à peine écoutable aujourd’hui, sont quand même des fardeaux qui, trente ans après, pèsent lourdement sur le film.

Mann est par ailleurs (et surtout à l’époque) meilleur formaliste que directeur d’acteurs. Ici, la hargne bondissante de James Caan a par moment un peu de mal à convaincre.

Cela dit, le rythme est, la plupart du temps, impeccable. Et Mann nous gratifie déjà de quelques belles séquences nocturnes qui ne semblent brouillonnes que parce qu’on les compare avec celles de Collateral ou Miami Vice, autrement plus envoûtantes. Reste que ces images de nuit urbaine dépassent largement ce qu’on pouvait voir ailleurs, au début des années 80 ou depuis.

Le Solitaire est un peu plus qu’un brouillon : c’est le portrait sombre et violent d’un homme qui, après avoir passé des années en prison, refuse toutes les attaches et toutes les règles qui lui seraient imposées. Du pur Mann dans le texte.

On peut quand même s’amuser à noter les nombreuses ébauches que Mann développera dans sa filmographie à venir : la plage de Sixième Sens, le casse de Heat

On peut aussi s’amuser à reconnaître, dans un minuscule rôle (trois secondes à l’écran, pas plus) William Petersen, qui deviendra le héros du premier chef d’œuvre de Mann, Manhunter.

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