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Archive pour la catégorie '1980-1989'

Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin (Big Trouble in Little China) – de John Carpenter – 1986

Posté : 20 janvier, 2012 @ 1:12 dans 1980-1989, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin (Big Trouble in Little China) – de John Carpenter – 1986 dans 1980-1989 les-aventures-de-jack-burton

Curieux que le grand John Carpenter face son entrée sur ce blog avec cette fantaisie complètement folle, qui me laissait déjà un peu de marbre dans les années 80 (j’étais très, très jeune). Très sympathique, ce film parodique a certes un côté jouissif, mais il a aussi pris un sacré coup de vieux. Hommage aux films hong-kongais (ceux de Tsui Hark, que les cinéphiles occidentaux découvraient avec enthousiasme à l’époque), Jack Burton s’apparente aussi à un caprice du réalisateur et de son acteur fétiche, Kurt Russell. Toujours auréolés du succès de The Thing et de New York 1997, les deux compères se font plaisir en tournant ce film d’aventures parfois inspiré des Aventuriers de l’arche perdue, mais qui n’hésite pas à verser dans le grand-guignol et le n’importe quoi.

Alors on rit franchement, en particulier devant l’air ahuri de Kurt Russell, génial en gros bras très courageux, et parfois bas du plafond, grande gueule qui, au moment d’affronter les grands méchants, est bêtement assommé par une pierre tombée du plafond. Qu’importe l’histoire, qu’importe les méchants sortis tout droit des légendes chinoises, qu’importe aussi la pseudo-romance avec Kim Cattral (on n’en retiendra que la dernière réplique : « Vous ne m’embrassez  pas ?… » « Non »)… C’est bien Jack Burton qui est le principal intérêt du film.

La patte de Carpenter est bien là, tout particulièrement dans les scènes d’exposition, d’une élégance qui est la signature de l’auteur d’Halloween. Mais on est ici dans l’outrance absolue. Une outrance qui fleure bon les années 80¸ mais qui n’a pas franchement bien passé l’épreuve du temps : les effets spéciaux et les maquillages font sourire ; la musique elle-même, signée Carpenter, est aujourd’hui franchement pénible.

Cela dit, le culte qui entoure aujourd’hui encore le film n’est pas totalement usurpé. Le plaisir que Carpenter et Russell ont eu à le tourner se ressent clairement à l’écran. On ne peut que conseiller, une fois n’est pas coutume, de revoir le film avec le commentaire audio rigolard des deux hommes. Conseiller, aussi, de revoir les films suivants de Carpenter : après l’échec de Jack Burton, le réalisateur reviendra à un cinéma plus minimal qui lui va parfaitement bien : Prince des Ténèbres et Invasion Los Angeles.

Le Sixième Sens (Manhunter) – de Michael Mann – 1986

Posté : 17 février, 2011 @ 2:24 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, MANN Michael | 2 commentaires »

Le Sixième Sens (Manhunter) - de Michael Mann - 1986 dans * Thrillers US (1980-…) le-sixieme-sens

Chez Michael Mann, le bonheur est bleu et sent bon l’iode. Dans tous ses films, ou presque, les personnages trouvent la paix dans des maisons aux larges baies donnant sur la mer, baignées dans une lumière bleutée qui contribue à la quiétude des lieues. C’est le cas dans Heat, Collateral ou Miami Vice. C’était déjà vrai dans ce Manhunter qu’on a trop vite oublié, enterré par la réussite du Silence des Agneaux cinq ans plus tard. Quel rapport, me direz-vous ? Ce premier bijou noir de Mann est l’adaptation de Dragon Rouge, le premier roman de Thomas Harris dans lequel apparaît un certain Hannibal Lecter (Lektor, dans le film). Le succès du Silence des Agneaux et de sa suite, Hannibal, poussera d’ailleurs feu Dino de Laurentiis à produire une seconde adaptation de Dragon Rouge, éponyme cette fois, et avec Anthony Hopkins dans le rôle du médecin cannibale. Franchement, il n’y a pas à hésiter : autant Dragon Rouge, le film, est grotesque et aussi vite vu qu’oublié ; autant Manhunter est une œuvre profondément marquante.

Pas parfaite, non. D’un point de vue narratif, on sent Mann encore un peu approximatif, parfois. Mais esthétiquement, son univers est déjà bien en place. Et le cinéaste a un talent fou pour créer une atmosphère, en quelques secondes seulement. Dès le premier plan, magnifiquement composé, on comprend que le calme de se bord de mer sera rapidement troublé. Que cet ami (Dennis Farrina dans le rôle de Jack Crawford, que reprendra Scott Glenn dans le film de Jonathan Demme) vient mettre un terme à la retraite du héros. Avant même que la première parole soit prononcée, ce simple plan suffit à instiller ce sentiment d’angoisse qui ne retombera pas…

Le héros, c’est William Petersen (le flic du culte Police Fédéral Los Angeles de Friedkin, et le Gil Grissom des Experts), acteur au charisme trop peu exploité au cinéma. Son personnage, Will Graham, est le meilleur profiler du FBI, celui qui a permis l’arrestation d’Hannibal Lecter trois ans plus tôt, et qui a failli y laisser sa peau. Depuis, il a démissionné, mais les meurtres sauvages de deux familles sans histoire le poussent à reprendre du service.

Il y a un plan, qui n’a l’air de rien, mais qui résume bien le parti-pris du film (qui ne sera pas celui de Demme pour Le Silence des Agneaux). Lorsque Crawford tend les photos des victimes à Graham, celui-ci marque une pause avant de les regarder, se préparant à replonger dans l’horreur. On pense alors que les photos que l’on va voir sont celles des corps mutilés. Mais non, ce sont de simples photos de familles heureuses… Et c’est bien pire : ces images hantent le spectateur, et Graham, qui ne peuvent qu’imaginer leurs derniers instants. Mann prouve que la surenchère gore n’est pas l’outil le plus terrifiant qui soit, pour un vrai réalisateur.

Grand cinéaste visuel, Mann signe un film très peu bavard, incarné par des comédiens qui ne sont jamais aussi bon que dans les silences. Non pas qu’ils soient limités dans les dialogues, remarquez. Mais l’écriture visuelle du film est sans doute plus maîtrisée que l’écriture des scènes dialoguées. William Petersen apporte profondeur et douleur à un personnage qui en finit par être dérangeant, tant il s’identifie au tueur en série qu’il poursuit. A l’inverse, ce tueur, aussi horrible soit-il, devient touchant, tant on ressent ses fêlures. L’imposant Tom Noonan lui apporte une humanité inattendue, qui provoque un profond malaise…

La distribution du film est assez exceptionnelle, puisqu’on retrouve aussi Joan Allen en jeune aveugle qui attendrit le cœur de notre tueur (c’est son premier rôle important), Stephen Lang en journaliste dégueulasse, et Brian Cox dans le rôle d’Hannibal. Mais il faut bien l’admettre : sa prestation souffre énormément de la comparaison a posteriori avec l’interprétation qu’en fera Anthony Hopkins.

C’est bien le seul bémol que l’on puisse faire à ce film qui, malgré une musique très datée « années 80″ (un peu trop présente par moments), soutient largement la comparaison avec Le Silence des Agneaux. Il serait peut-être temps de mettre enfin ce Manhunter à la place qu’il mérite…

Edith et Marcel – de Claude Lelouch – 1983

Posté : 20 janvier, 2011 @ 11:09 dans 1980-1989, LELOUCH Claude | Pas de commentaires »

Edith et Marcel - de Claude Lelouch - 1983 dans 1980-1989 edith-et-marcel

Vingt-cinq ans avant La Môme, il y a eu ce Edith et Marcel un peu tombé dans l’oubli, mais qui mériterait d’être redécouvert. Ce n’est pas un Lelouch majeur, cependant : souvent trop sage, il laisse par moments un petit sentiment de frustration. Mais à d’autres moments, la « patte » Lelouch, cet excès sirupeux qui agace ses détracteurs et enchante ses admirateurs (j’en suis), éclate bel et bien, offrant quelques séquences magnifiques, et tirant des larmes : de douleur comme, lorsqu’au tout début du film, Jean-Claude Brialy (magnifique) s’occupe de tous les visiteurs, tournant et retournant en attendant d’annoncer à Edith que l’avion de son Marcel s’est écrasé… Ou de bonheur comme lorsque les deux futurs amants se retrouvent pour la première fois dans un restaurant marocain de New York, deux Français à l’étranger, qu’ils s’observent sans trop savoir quoi se dire, avant de se trouver enfin dans un premier baiser joliment enfantin.

Même s’ils ne sont pas tout à fait à la hauteur de leurs rôles, Evelyne Bouix et Marcel Cerdan Jr (c’est Dewaere qui devait tenir le rôle, mais il est mort juste avant le tournage) apportent ce qu’il faut de cette part d’enfance et d’innocence, dissimulés derrière les excès de la chanteuse, et le visage cabossé du boxeur. En donnant le rôle de son père à Cerdan Jr, Lelouch ajoute d’ailleurs une émotion naturelle à son film, comme lors des scènes où il dirige Charles Aznavour dans son propre rôle (avec 35 ans de plus que lors des faits). Dans un film aussi ouvertement cinématographique et romantique, voir surgir ces éléments de vérité est troublant.

Mélange de reconstitution fidèle, de vision fantasmée du mythe, et de thèmes purement lelouchiens (le hasard, le destin, et la guerre en toile de fond), Edith et Marcel vieillit plutôt bien. Grâce à la passion qu’y a visiblement mis le réalisateur (tempérée cette fois, par moments, par un respect peut-être trop grand pour les deux icônes dont il raconte l’histoire parallèle puis commune). Et grâce aussi à la qualité des seconds rôles, tous formidables. Brialy, donc, mais aussi Jean Bouise, tout en retenue, et Jacques Villeret, bouleversant.

Villeret, d’ailleurs, apparaît dans une sorte d’histoire secondaire qui n’a rien à voir avec celle d’Edith et Marcel, si ce n’est qu’elle lui est contemporaine.

Pas moments, dans ce long film (deux heures et demi), Lelouch prend des chemins de traverses, et oublie totalement et longuement son sujet principal pour en raconter une autre : celle d’une jeune fille qui ressemble étrangement à Edith Piaf (normal, elle est jouée aussi par Evelyne Bouix), Margot, qui tombe amoureuse sans le connaître de Jacques, un soldat français prisonnier en Allemagne (Villeret), dont elle est la marraine de guerre, et avec qui elle correspond. Mais comme dans Cyrano, Margot est amoureuse des lettres qu’elle reçoit, lettres qui sont dictées à Jacques par un grand acteur de théâtre (Francis Huster).

Forcément, la première rencontre entre Margot et Jacques sera difficile. Cruelle, même, la jeune femme passant à deux reprises devant ce petit gros sans le reconnaître, elle qui attendait son prince charmant. Villeret, dans un rôle pas facile, est très émouvant.

Ce second film dans le film est lui aussi passionnant, mais la manière dont il s’intègre dans l’histoire principale (parce que, justement, il ne s’intègre pas), casse un peu le rythme. Dommage.

Le Noël de Mickey (Mickey’s Christmas Carol) – de Burny Mattinson – 1983

Posté : 10 janvier, 2011 @ 5:17 dans 1980-1989, COURTS MÉTRAGES, DESSINS ANIMÉS, DISNEY Walt, MATTINSON Burny | Pas de commentaires »

Le Noël de Mickey

En adaptant le fameux Noël de Scrooge de Dickens, les studios Disney signent tout simplement, et de loin, leur plus beau dessin animé de la décennie. Il ne s’agit que d’un court métrage (à peine trente minutes), mais d’une grande beauté visuelle. Le film condense et simplifie nettement l’histoire originale, mais le résultat reste très fort, et surtout très émouvant.

Ce n’est pas la première fois que les studios Disney utilisent des « stars maisons » pour camper des personnages de contes célèbres, mais cette fois, les noms originaux imaginés par Dickens sont tous conservés à l’identique, et le dessin animé se contente d’utiliser au mieux les caractéristiques de ses héros : Mickey, Donald, Dingo, Picsou, et même l’ogre de Mickey et le haricot magique

S.O.S. Fantômes (Ghostbusters) – de Ivan Reitman – 1984

Posté : 23 décembre, 2010 @ 12:38 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, REITMAN Ivan | Pas de commentaires »

SOS Fantômes

Vingt-six ans après sa sortie, ce gros succès des années 80 a plutôt pas mal vieilli. Pas dans les scènes spectaculaires, franchement cheap et kitsch, avec des effets spéciaux qui en ont pris un sacré coup dans l’aile. Mais dans les scènes de comédie pure : Bill Murray, surtout, un comique génial, dont les faux-airs de Droopy sont irrésistibles. Dan Ayckroyd et Harold Ramis (qui le dirigera quelques années plus tard dans Un Jour sans fin, leur chef d’œuvre à tous les deux), ses co-vedettes, ont écrit le scénario du film, mais lui ont laissé le beau rôle. Bon choix, messieurs.

Et puis il y a Sigourney Weaver, qui ne fait rien d’autre qu’être charmante, mais elle le fait si bien… Et Rick Moranis, voisin ringard aussi lourd qu’hilarant (« Là, je vais prendre une douche ! » lance-t-il à Sigourney qui vient une nouvelle fois de lui claquer la porte au nez. Et moi, ça me fait hurler de rire…).

Dans les purs moments de comédie, Ghostbusters est une vraie réussite. Le côté spectaculaire, lui, est plus discutable, mais la musique cool fonctionne toujours aussi bien. La nostalgie, sans doute…

 

Le Cauchemar de Méliès – de Pierre Etaix – 1988

Posté : 17 novembre, 2010 @ 4:29 dans 1980-1989, COURTS MÉTRAGES, ETAIX Pierre, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Le Cauchemar de Méliès

A l’occasion des cinquante ans de la mort de Georges Méliès, plusieurs cinéastes de toutes générations ont participé à un programme de courts métrages tournés pour la télévision (une commande de La Sept), à partir de scénarios écrits par Méliès lui-même. Parmi les réalisateurs : Marc Caro, Jean-Pierre Mocky… et Pierre Etaix. Ce dernier, dont le dernier film remonte à 1971, avait fait son retour à la télévision en 1987, avec l’adaptation de sa propre pièce, L’Âge de monsieur est avancé.

Le Cauchemar de Méliès, également connu sous le titre de Rêve d’Artiste, est un petit film tourné en vidéo, dans une esthétique très 80′s, mais qui évoque bien l’esprit des films de Méliès. Christophe Malavoy y interprète l’inventeur des trucages au cinéma, qui s’endort dans son atelier et rêve que la jeune femme qu’il vient de peindre s’anime, et est attaqué par un singe géant. Etaix utilise des images de King Kong, pour ce qui est autant un hommage à Méliès qu’à un certain cinéma.

Cette curiosité n’a cependant pas grand-chose à voir avec le cinéma de Pierre Etaix.

Blade Runner (id.) – de Ridley Scott – 1982

Posté : 17 novembre, 2010 @ 2:27 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, FORD Harrison, SCOTT Ridley | Pas de commentaires »

Blade Runner (id.) - de Ridley Scott - 1982 dans 1980-1989 blade-runner

Bien sûr, il y a un côté un peu kitsch dans certaines scènes ; bien sûr, rien ne vieillit aussi mal que les ordinateurs et les machines des films de SF (à part peut-être les téléphones et les lunettes, ouais, mais il n’y en a pas ici) ; bien sûr, la musique de Moroder fait très 80′s (même si elle tient plutôt bien le coup)… Mais on a beau l’avoir vu et revu, Blade Runner reste un film énorme. Visuellement, malgré quelques fautes de goût par ci, par là, c’est une véritable splendeur : Ridley Scott, qui sortait du dépouillement extrême d’Alien (une autre réussite qui passe bien l’épreuve du temps), signe une œuvre baroque et fascinante. Il réussit là où beaucoup de cinéastes ont échoué dans l’histoire de la SF : créer un univers à la fois futuriste et innovant, mais ancré dans la réalité du moment. La vision de cette mégalopole sombre et fourmillante « fait vrai » : on sent le poids de cette vie déshumaniser, l’aliénation de ce monde où l’individu n’est rien, la crasse et la puanteur des quartiers mal famés… Scott le fait comprendre sans jamais appuyer la charge : les hommes et femmes qui sont restés sur Terre plutôt que d’aller vivre dans « les colonies » sont des laissés-pour-compte, sans avenir, ni présent. Et certains, en plus, n’ont même pas de passer.

Film de SF ? Film noir ? Drame ? Film social ? Film d’action ? Blade Runner échappe à toutes les catégories. C’est un peu tout ça à la fois, mais c’est surtout le film du désenchantement, un film qui trimballe une nostalgie et un mal-être absolument abyssaux. On a évidemment beaucoup parlé de l’aspect visuel du film, reprochant même souvent à Ridley Scott d’avoir privilégié la composition de ses cadres plutôt que l’aspect dramatique de son film. Mais c’est un jugement un peu injuste : la plus grande réussite du film, ce sont les personnages, formidablement écrits, et interprétés. Là encore, on a dit beaucoup de bien de Rutger Hauer, et à raison : son « méchant » d’anthologie possède une humanité terriblement émouvante, qui éclate dans une séquence finale magnifique, où Scott évite consciencieusement de tomber dans le spectaculaire à outrance. La performance de Sean Young aussi, a souvent été vantée : sorte de poupée de porcelaine confrontée au pire des drames, elle est effectivement très touchante.

Mais la prestation de Harrison Ford a souvent été mésestimée. L’acteur est pourtant la vraie âme de ce film. Ford n’était pas heureux sur le tournage de ce film : il n’appréciait vraiment ni le ton du film, ni les méthodes de travail de Scott. L’état d’esprit dans lequel il se trouvait alors l’a sans doute aidé dans son interprétation : Ford a tendance à ne pas mentionner Blade Runner lorsqu’il évoque sa carrière, mais Dekkard est bien l’un de ses rôles les plus mémorables. Sorte de privé miteux, héritier sans panache de Sam Spade, Dekkard a une vie de merde, et n’hésite pas à abattre sa proie en lui tirant dans le dos. Dans ce rôle à l’opposée d’Indiana Jones, Harrison Ford est génial, aussi intense lorsqu’il mange ses nouilles sans ressentir le moindre plaisir, que lorsqu’il se prépare à mourir, trop las pour continuer à lutter contre son adversaire.

Il est de toutes les meilleures scènes, et c’est grâce à lui, surtout, que Blade Runner vieillit aussi bien…

Partir, revenir – de Claude Lelouch – 1984

Posté : 14 septembre, 2010 @ 3:02 dans 1980-1989, LELOUCH Claude | Pas de commentaires »

Partir, revenir - de Claude Lelouch - 1984 dans 1980-1989 partir-revenir

Il n’y avait que Lelouch pour commencer son film par un interminable plan suggestif, avec une caméra embarquée sur une voiture lancée à vive allure sur de petites routes de montagne, sous la pluie. Ce plan dure de très longues minutes, et c’est cette durée, inimaginable au cinéma, qui nous plonge pour de bon au cœur du film : surprenant, amusant, puis fascinant… Ce plan, qui évoque celui à moto dans Le Chat et la Souris du même Lelouch, ou le plan fixe sur la place de la Concorde au début de La Belle Histoire, permet aussi de poser les bases, plutôt originales, de la construction du film : toute l’histoire, qui se déroule entre la veille de la guerre et les semaines qui suivent la libération, est racontée par la jeune héroïne, devenue militante féministe, qui témoigne sur le plateau de Bernard Pivot en 1985, racontant le destin de sa famille, juive, et des amis qui les ont recueillis durant l’Occupation. On pourrait croire que la bande du Splendid a parodié cette construction dans le final de Papy fait de la résistance. Mais non : le film de Poiré est sorti un an avant celui de Lelouch.

Les allers-retours entre le plateau de Pivot et les séquences « historiques » sont incessantes, et la voix off des intervenants (Pivot, mais aussi BHL et Henri Amouroux) apparaît régulièrement. Le procédé pourrait être lourd, très lourd même. Mais Lelouch a un don quasiment unique pour transformer ce qui ressemble sur le papier à la pire des idées, en instrument idéal au service de sa vision inimitable du cinéma. Ce procédé offre aussi au réalisateur la possibilité de renouveler le processus du générique parlé (utilisé souvent par Guitry, ou par Truffaut dans Fahrenheit 451) : Pivot et Salomé Lerner (la jeune héroïne devenue vieille rescapée des camps) évoquent les comédiens qui pourraient jouer dans l’adaptation des mémoires de Salomé. Pivot dit qu’il imagine parfaitement Michel Piccoli entrer dans une pharmacie et aller à la rencontre de Françoise Fabian… L’imagination du spectateur se met en route… Et la scène telle qu’elle apparaît est plus belle encore que ce qu’on espérait…

Comme souvent lorsqu’il aborde des sujets historiques, Lelouch ne sort jamais de son point de vue « humain » : les événements tragiques que traverse le monde ne sont montrés que par les yeux des personnages. On ne verra des horreurs des camps que ce que le regard abimé d’Evelyne Bouix nous laissera imaginer. Quant à la présence des Allemands, elle se ressent plus qu’elle ne se voit (ou alors par quelques plans furtifs à travers des fenêtres), si ce n’est lors de la scène de l’arrestation. Pourtant, on est bien au cœur de l’histoire qui se noue, et les personnages en portent bien le poids. Il y a en particulier la séquence, très forte, de la fuite de Paris par la famille Lerner, juifs dénoncés par leur concierge. On a souvent vu des scènes de rafles ou d’exécutions au cinéma. Mais rarement on a vu filmé, de manière aussi réaliste et émouvante, le moment où une famille juive, pourtant parfaitement installée, réalise qu’elle doit tout quitter si elle veut espérer survivre. Dans ce long plan silencieux où toute la famille a les yeux braqués sur le père, Michel Piccoli, on ressent toute la gravité et la douleur du moment.

Il y a comme ça de nombreuses scènes magnifiques dans Partir, revenir. L’une des plus belles, qui sert de pivot (sans jeu de mot) au film, est celle du retour au village de Salomé-Evelyne Bouix. Cette longue séquence quasiment muette, durant laquelle la jeune femme jadis éclatante de jeunesse, traverse le village seule, semblable à un fantôme qui porterait les stigmates de toutes les souffrances du monde, est bouleversante. Les dialogues ne sont pas utiles : cette longue marche suffit pour faire comprendre au spectateur tout ce que la jeune femme a pu traverser durant ces mois (ces années ?) dans les camps.

Après ce retour au village, Lelouch, qui aime surcharger ses films, se laisse aller à un semblant de suspense : qui a dénoncé les Lerner ? Bien sûr, c’est efficace, et nos soupçons se portent tour à tour sur la plupart des protagonistes, mais le film n’avait pas vraiment besoin de ça. Cela dit, les doutes qui s’instillent dans l’esprit de Salomé donnent lieu à des moments assez forts. Mais on a surtout l’impression que Lelouch a installé cette atmosphère de suspicion pour le simple plaisir de citer Le Corbeau de Clouzot : pas seulement en montrant le plus fameux passage du film (« où est l’ombre, où est la lumière »…), mais en filmant une scène très, très inspirée de celle de la dictée dans le film de Clouzot. Le personnage de Jean-Louis Trintignant, paraît d’ailleurs dans la seconde moitié du film très inspiré par celui de Pierre Fresnay. Tout comme Annie Girardot (dans un très beau rôle) évoque Héléna Manson (alias Marie Corbin) dans Le Corbeau.

Je suis un peu plus dubitatif, par contre, face à un autre thème évoqué dans le film : la réincarnation. Un thème qui apparaît en fil rouge, mais que Lelouch semble traiter par-dessus la jambe. Comme si le seul intérêt pour lui était d’offrir au pianiste Erik Berchot (qui participera aux bandes originales de Il y a des jours… et des lunes et Les Misérables), un double-rôle. Présence d’autant plus importante qu’il passe une grande partie à interpréter le Concerto N°2 de Rachmaninoff, musique que Lelouch affirme avoir utilisée comme colonne vertébrale de son film.

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