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Archive pour la catégorie '1980-1989'

Rambo (First Blood) – de Ted Kotcheff – 1982

Posté : 17 septembre, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, ACTION US (1980-…), KOTCHEFF Ted, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Rambo

Revoir le premier Rambo est frappant à plus d’un titre. Trois ans avant la première suite, qui fera du personnage une sorte de mythe, symbole des eighties extravagantes, la naissance de l’autre rôle culte de Stallone est encore très inscrit dans l’esthétique des années 70, comme Les Faucons de la nuit, film méconnu qu’il a tourné l’année précédente.

Surtout, John Rambo, ce vétéran du VietNam incapable de renouer avec la vie civile, est à peu près à l’opposée de ce qu’il représentera par la suite et pour la fin des temps (mais je m’avance peut-être), ce symbole d’une Amérique triomphante. Ce qu’il représente dans ce premier film, c’est plutôt la mauvaise conscience de cette Amérique qui tourne le dos à ceux qu’elle a sacrifiés.

Rambo est à la croisée des mondes : entre les 70s et les 80s, entre le Stallone humain et audacieux et la star bodybuildée et bigger than life. On sent constamment ce tiraillement, cette hésitation entre le film sombre et engagé, et le surhomme que Stallone assumera pleinement dès Rambo 2.

Parce que contrairement à Rocky, l’autre grande création de Stallone, Rambo n’est pas un alter ego de l’acteur : c’est un fantasme qui ne fait qu’affleurer dans ce premier film, de loin le plus intéressant de la saga. Certes, Rambo est un vétéran surentraîné, qui domine tous les flics lancés à sa poursuite et dynamite littéralement la ville qui l’a rejeté. Mais c’est aussi un homme totalement paumé, dépassé par la situation dans laquelle il s’enferme, et qui s’effondre comme un enfant devant cette figure de père que représente le colonel Trautman.

Une vraie caricature ce Trautman, joué au premier degré et sans nuances par un Richard Crenna ni crédible, ni sensible. Plus intéressant, le rôle de « grand méchant » est dévolu au shérif de la ville, dont le badge est monté à la tête. L’imposant Brian Dennehy donne une vraie profondeur à ce personnage qui se résume en fait à un sale con, plus pathétique que véritablement dangereux.

Ted Kotcheff fait le job efficacement. Si la dernière partie « urbaine » est un peu en-deçà, la première heure est parfaitement tendue, avec ce qu’il faut de scènes d’action pour faire de Rambo un personnage à part, mais avec une esthétique très seventies. Et on se prend à imaginer ce que cette partie « forestière » aurait donné devant la caméra d’un John McTiernan, par exemple.

Rain Man (id.) – de Barry Levinson – 1988

Posté : 13 août, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, CRUISE Tom, LEVINSON Barry | Pas de commentaires »

Rain Man

Il n’a pas tant vieilli que ça, ce très gros succès des 80s, peut-être parce qu’il pose un regard légèrement désenchanté déjà sur cette décennie clinquante. Le personnage de Tom Cruise est assez marquant en cela : le flambeur magnifique de Top Gun est à la dérive, deux ans plus tard. Les ray ban, le sourire carnassier et la jeunesse insolente sont toujours bien là, mais teintés d’un fort sentiment d’échec qui apparaît dès les premières scènes.

Par sa facture, le look des acteurs, et la musique, le film paraît certes un peu daté, mais le côté madeleine de Proust fonctionne à plein régime. Et qu’est-ce que vous voulez, c’est là que j’ai commencé à vraiment l’aimer, le Tom. Oui, je sais, je n’ai pas encore évoqué la prestation de Dustin Hoffman, assez génial dans le rôle de Raymond, l’autiste surdoué : rôle taillé pour l’Oscar qui ne pouvait décemment pas lui échapper cette année-là (les autres nommés se sont-ils déplacés ? Faudrait vérifier…).

Mais le jeu de Tom Cruise, moins spectaculaire, m’a toujours autant ému, voire plus. Et puis il faut souligner l’ambition de la jeune star, qui aurait pu se contenter d’enchaîner les rôles de jeune premier magnifique après son premier triomphe, mais qui préfère choisir un sujet plus grave, et un rôle plus en retrait. C’est comme ça qu’on bâti une filmographie comme la sienne.

Cela dit, le film est réussi avant tout parce que l’alchimie entre ces deux-là est parfaite. C’est à leur duo de frères si dissemblables que l’on doit tous les beaux moments du film. Et entre quelques passages un peu longuets, il y a des tas de moments de pure magie comme cette scène, superbe, où Charlie comprend que le « rain man » qui peuple ses souvenirs d’enfant n’est pas le fruit de son imagination.

Il faudrait d’ailleurs insister sur la beauté de ce titre, simple en apparence, et qui colle parfaitement à ce que raconte le film : le rapport à sa propre enfance perdue. Simplement et sincèrement émouvant.

Mosquito Coast (The Mosquito Coast) – de Peter Weir – 1986

Posté : 2 juillet, 2018 @ 3:03 dans 1980-1989, FORD Harrison, WEIR Peter | Pas de commentaires »

Mosquito Coast

Après l’excellent Witness, Peter Weir et Harrison Ford rempilent pour ce beau film d’aventures et d’obsession, qui fut l’un des seuls échecs publics de Ford durant cette décennie incroyable pour lui (deux Star Wars, trois Indiana Jones, un classique absolu de la SF, jetez donc un œil à sa filmo). Échec injuste, ne serait-ce que pour l’acteur, dont la prestation est l’une de ses plus intenses.

Américain moyen un peu lunaire, père de famille et inventeur du dimanche, révulsé par la société capitaliste et ses pièges dont il veut se défaire radicalement, il embarque sa femme, ses enfants et une machine de son invention qui fait de la glace sans électricité, direction la forêt vierge où il a acheté une « ville » perdue au cœur de la jungle. Et où il s’emploie à construire une machine à glace géante, qui domine cette micro-société comme une espèce de dieu omnipotent.

Cette aventure a tout du voyage obsessionnel, une sorte d’Apocalypse Now familial qui ne prend jamais le spectateur dans le sens du poil. La symbolique n’est pas légère : plus la famille s’enfonce profondément dans la jungle, plus le père s’enferme dans la folie et l’obsession. Mais Weir est un excellent réalisateur, qui sait tirer le meilleur parti de ses décors (naturels), et qui sait surtout filmer des personnages dans toute leur complexité.

Ford est extraordinaire, donc, mais le pivot du film, c’est son fils, joué par la comète River Phoenix (qui jouera Indy jeune dans La Dernière Croisade), tantôt acteur, tantôt spectateur impuissant au regard bouleversé et bouleversant. Jusque dans ses imperfections, avec ses quelques lenteurs et ses outrances, Mosquito Coast est un film fascinant et déchirant.

Prince des ténèbres (Prince of Darkness) – de John Carpenter – 1987

Posté : 6 mai, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Prince des ténèbres

Après une série de déceptions au box-office, John Carpenter était revenu au sommet avec ce film radical, l’un de ses meilleurs, peut-être le plus angoissant, le plus terrifiant et le plus viscéral de ses films.

Très différent de Halloween, film plus classique dans sa forme, Prince of Darkness en prolonge pourtant l’esprit d’une certaine manière, dans sa manière d’aborder le Mal comme une entité qui menacerait directement et physiquement les hommes. « Le croque-mitaine est à notre porte » peut-on d’ailleurs entendre, comme un clin d’œil au premier classique de Carpenter. Autre clin d’œil : les allées typiques des banlieues bourgeoises américaines, filmées par ces grands travellings qui sont la superbe signature de Carpenter.

Le contexte, cependant, est radicalement différent. Le scénario, signé par un certain Martin Quatermass (pseudo de Carpenter, grand fan de la série des Quatermass), joue habilement sur la frontière entre la science et la foi. Un thème qui permet au cinéaste de dire déjà ce qu’il pense de la religion (il ne s’en privera pas non plus dans Vampires), sans prendre de gants ; Donald Pleasance est un prêtre que l’on voit débarquer en limousine, snobant les SDF et remettant toute sa foi en cause en 10 secondes.

Ce réceptacle mystérieux sur lequel enquêtent étudiants et scientifiques dans une église isolée est surtout l’occasion d’un pur exercice de style, qui ne répond qu’à une ambition : comment utiliser le cinéma pour créer une pure atmosphère de terreur. C’est ainsi une véritable leçon de cinéma que livre Carpenter, enchaînant les moments de pure trouille.

Au-delà des quelques effets un peu faciles, c’est la capacité qu’il a d’instaurer en quelques instants une atmosphère totalement angoissante qui force le respect. Quelques notes de cette musique binaire entêtante et troublante (signée Carpenter itou), quelques gros plans sur des insectes ou le vent dans les arbres, un travelling bien placé… Et on se fout bien de l’histoire, qui n’est qu’un prétexte : Carpenter joue avec nos nerfs. Il en fait ce qu’il veut, et on en redemande.

Papy fait de la résistance – de Jean-Marie Poiré – 1983

Posté : 4 mai, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, POIRE Jean-Marie | Pas de commentaires »

Papy fait de la résistance

Il y a des comédies comme ça qui ne valent objectivement que pour les dialogues et les acteurs, et qui tiennent remarquablement le coup. C’est le cas des Tontons flingueurs, c’est le cas aussi de quelques films de Jean-Marie Poiré, réalisateur franchement calamiteux, mais qui a eu la chance de travailler avec la troupe du Splendid, et surtout avec Clavier (pas toujours pour le meilleur, c’est vrai).

Et Christian Clavier, pour le coup, est à peu près ce qu’il y a de mieux dans Papy…. Sans aucune surprise, son personnage recycle le prétentieux ridicule qui a fait sa gloire. Mais il faut le reconnaître : il est assez grandiose en prétentieux ridicule. Et qu’est-ce que vous voulez, le voir, après avoir voulu jouer les héros, s’enfuir de la Kommandantur en hurlant « Barrez-vous, on est foutu ! », ben ça continue à me faire rire bien franchement.

Gérard Jugnot, aussi, excelle dans la caricature du salaud collabo : « N’ayez pas peur, c’est Français : c’est la police française ! » Il y a Jacqueline Maillan aussi, d’une dignité irrésistible. Et Michel Galabru, en papy hélas franchement sous-exploité.

En revanche, difficile de sauver Martin Lamotte (co-scénariste avec Clavier) et son personnage de Super-Résistant dont on se demande encore ce qui est le plus grotesque : son déguisement, ou sa couverture de coiffeur très efféminé. De quoi faire passer La Cage aux folles pour une évocation raffinée de l’homosexualité…

La principale erreur finalement, c’est peut-être d’avoir voulu s’appuyer sur une histoire plus développée que Le Père Noël est une ordure, qui reposait presque exclusivement sur les acteurs et leurs dialogues. Ici, avec un réalisateur incapable de mettre du rythme, des acteurs inégalement servis, et pas tant de comique pur que cela, on finit par s’ennuyer gentiment. En tout cas dès que Clavier et Jugnot ne sont pas à l’écran.

Conan le destructeur (Conan the Destroyer) – de Richard Fleischer – 1984

Posté : 22 avril, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Conan le destructeur

Richard Fleischer est un réalisateur au parcours assez fascinant, dont la filmographie regorge de petites merveilles, ou de curiosités hautement recommandables. Ce constat étant fait, et le gars m’ayant rarement déçu jusque là, il paraissait indispensable de surmonter mes a priori et de découvrir sa première incursion dans la heroic fantasy (Kalidor, à la triste réputation, suivra encore), suite d’un petit classique du genre qui lança la carrière ciné de Schwarzenegger.

Bref, bien décidé à guetter dans les détails d’un grand cinéaste derrière la caméra, je me réjouis d’abord des plans joliment chiadés, de ces belles images qui émaillent le film. Et, pour finir, de ce très beau dernier plan qui annonce une suite que l’on continue à annoncer, plus de trente ans plus tard. Fleischer a un sens du cadre qu’il faut lui reconnaître, jusqu’à ces dernières réalisations. Donc.

Mais quel ennui ! Les exploits de Conan s’enchaînent avec un fil conducteur dont on se fout totalement, avec un humour lourdingue et des scènes d’action un peu molles du genou. Dans sa construction, le film évoque moins le premier Conan le barbare que Josey Wales hors-la-loi, avec ce voyageur dont la compagnie ne cesse de s’agrandir au gré de ses rencontres. Mais là où Eastwood créait une sorte de famille symbolique, lui ne fait qu’accumuler les personnages trop stéréotypés.

Le film n’existe en fait que pour mettre en valeur le physique incroyable de Schwarzenegger. Mais pour cela, mieux vaut revoir Predator, et laisser Fleischer tranquille…

3 hommes à abattre – de Jacques Deray – 1980

Posté : 21 avril, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1980-1989, DERAY Jacques | Pas de commentaires »

3 hommes à abattre

Toute une époque : celle du Delon tout puissant et omnipotent, dont le nom apparaissait trois ou quatre fois au générique, toujours encadré pour être bien en valeur. Delon dans sa superbe, le cheveu au vent, et le corps bronzé et musclé.

Alors forcément, 3 hommes à abattre est moins une adaptation d’un roman de Manchette qu’un véhicule à la gloire de la star. Qui en fait beaucoup, côté roulements d’yeux et mâchoires serrées.

Mais Jacques Deray n’est pas un manchot. Et son polar, tendu, sombre et violent, se regarde avec un certain plaisir. Sans surprise, certes, et le film est visuellement assez terne. Mais la sécheresse de la violence, et le rythme impeccable de quelques séquences d’action (la course poursuite dans Paris, surtout, excellente) assurent l’intérêt.

Le film bénéficie aussi de bons seconds rôles, de Pierre Dux et Michel Auclair en passant Jean-Pierre Darras, Christian Barbier ou Simone Renant. Qui contribuent à faire de 3 hommes à abattre l’une des réussites du polar à la Delon.

Les Goonies (The Goonies) – de Richard Donner – 1985

Posté : 12 mars, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, DONNER Richard | Pas de commentaires »

Les Goonies

Entre Superman et L’Arme fatale, Richard Donner se met au service de Spielberg, dont l’ombre plane constamment sur ce petit classique du cinéma pop-corn des années 80. Il est question d’enfance évidemment. Rien d’exceptionnel là-dedans, mais ce film-là réussit ce que peu d’autres ont vraiment réussi : Les Goonies, ce sont des images qui semblent tout droit sortis de l’esprit d’enfants.

Il y a d’illustres prédécesseurs dans le genre, à commencer bien sûr par le Moonfleet de Lang. Les Goonies s’inscrit dans cette logique-là, et réussit son coup, toute proportion gardée bien sûr : Donner n’est pas Lang, et le film n’évite ni les baisses de rythme, ni les fautes de goûts (le frère monstrueux était-il indispensable ?). Et puis Stewart Granger faisait un pirate nettement plus inquiétant et séduisant que ce trio d’idiots certes plutôt rigolos.

Mais Donner, qui s’applique à faire de chaque plan une image marquante, comme sortie d’un livre de contes, n’a peut-être jamais été aussi convainquant qu’avec Les Goonies. Il s’amuse constamment avec l’imagerie des histoires de pirates que l’on se raconte pour s’amuser à se faire peur. Comme un Indiana Jones vu par les yeux d’un enfants, le film est une chasse aux trésors qui commence dans un grenier de rêve (on y trouve des cartes mystérieuses, des gouvernails…) pour emmener les personnages dans d’improbables grottes et couloirs parsemés de pièges et de dangers.

Tout ça est totalement too muche, mais qu’importe: il s’agit là d’un pur fantasme d’enfants, où le destin d’une famille peut reposer sur un trésor enfoui par un pirate (borgne évidemment) des siècles plus tôt. En cela, ce film signé Donner est l’un des plus représentatifs du Spielberg des années 80.

Memory of the Camps (id.) – de Sidney Bernstein (et Alfred Hitchcock) – 1945/1985

Posté : 19 février, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, 1980-1989, BERNSTEIN Sidney, DOCUMENTAIRE, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Memory of the camps

Des documentaires sur la Shoah et sur les camps de concentration, il y en a eu beaucoup. Celui-ci est sans doute l’un des plus traumatisants. A l’exception de la courte introduction, qui rappelle qu’Hitler a été élu par les Allemands, le film n’est constitué que d’images tournées par les armées Alliées lors de la libération des camps. Les troupes anglaises et américaines surtout, mais aussi par les Soviétiques à Dachau pour ce qui devait être la dernière bobine, aujourd’hui disparue.

Le film n’a jamais été exploité en salles. Il est même tombé dans l’oubli durant quatre décennies, avant que les bobines originales soient retrouvées, avec des documents indiquant ce que voulait en faire le producteur Sidney Bernstein. Ce dernier était alors le chef de la section cinéma des Forces Alliés à Londres, et c’est à lui qu’on a confié la « mise en valeur » des images tournées dans les camps. A l’époque, Bernstein et Alfred Hitchcock sont proches : les deux hommes souhaitent créer leur propre maison de production, à l’issue du contrat de Hitch avec Selznick. C’est donc tout naturellement que le réalisateur est impliqué dans ce projet.

Son rôle officiel est celui de « treatment advisor », un consultant qui n’a peut-être travaillé au projet qu’en amont. Quoi qu’il en soit, son apport au documentaire est décisif : c’est lui qui suggère à Bernstein de privilégier les très longs plans sans coupure, qui permettent de contextualiser l’horreur, de placer les corps des victimes et des survivants dans l’environnement des camps. Un choix radical qui contribue largement au sentiment d’horreur total que donne le film.

Les gros plans sur les visages dévastés, les milliers de corps décharnés que l’on déverse dans des fosses communes, la colère des survivants qui crient leurs haines à leurs anciens bourreaux forcés de « nettoyer » leurs atrocités (même avec une bande son partiellement perdue, les cris silencieux de ces femmes sont difficilement soutenables), la terrible mécanique de l’horreur mise en place pendant des années… Tout cela forme une vérité insupportable qui éclate sans fard, plein écran, mais sans complaisance non plus.

En 1985, Trevor Howard a enregistré un commentaire écrit en 1945. A l’époque de la réconciliation, sans doute n’aurait-il pas été écrit de la même manière. Au lendemain de la libération, il était non seulement question de dévoiler l’ampleur de l’horreur, mais aussi de mettre ceux qui n’ont rien dit devant leur responsabilité, à commencer par l’ensemble du peuple allemand : « Personne ne pouvait ignorer ce qui se passait », affirme-t-il.

Même 70 ans après, ces images restent en tout cas traumatisantes. Malgré tout ce qu’on a lu, entendu, vu… Difficile, encore, de comprendre l’ampleur de cette horreur.

Dressé pour tuer (White Dog) – de Samuel Fuller – 1982

Posté : 6 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1980-1989, FULLER Samuel | Pas de commentaires »

Dressé pour tuer

La violence, sous toutes ses formes, est au cœur du cinéma de Samuel Fuller. Il n’empêche : on n’attendait pas du réalisateur de La Maison de Bambou ou Shock Corridor un film consacré à un chien tueur…

Le sujet étonne, les premières images déroutent carrément: visuellement, le film a quand même une esthétique discutable, avec un côté kitsch franchement inhabituel pour le cinéaste, et quelques effets très datés années 80.

Pourtant, Fuller finit par emporter le morceau. Ponctuellement, avec quelques superbes plans séquences: l’arrivée du metteur en scène sur le tournage, ou un saisissant travelling qui se termine en gros plan sur le visage de la jeune femme. Mais c’est surtout la manière dont il fait monter la tension qui rend le film mémorable.

Ça commence de la manière la plus banale qui soit, avec la rencontre d’une jeune femme et d’un chien perdu, qu’elle décide de garder et qui lui sauve la vie. Il y a entre ces deux-là une relation quasi-fusionnelle qui se met en place. On sent bien que ce brave chien est prêt à tout pour défendre sa maîtresse.

Mais ce digne héritier de Lassie n’est pas si net. D’abord, il est trop blanc. Et puis il n’a pas l’air de trop aimer les noirs… En fait, il a même l’air d’avoir envie de les bouffer. Littéralement. Et là est le sujet du film, et sa force : avec cette drôle d’histoire d’amitié, Fuller aborde le racisme de la manière la plus inattendue qui soit, avec un “chien blanc”, dressé par ses premiers maîtres pour attaquer toute personne de couleur qui passe à sa portée.

Cela donne quelques séquences de pure angoisse : l’attaque d’un éboueur en pleine nuit, et surtout la traversée d’un quartier noir avec l’apparition d’un gamin sur le trottoir, à quelques mètres du chien. Un moment de pure terreur…

Une grande partie du film repose aussi sur le “désapprentissage” du chien, dans un centre spécialisé. Si Paul Winfield, dans le rôle du dresseur (noir, donc) obnubilé par son obsession de désapprendre le racisme, est très intense, sa prestation est souvent éclipsée par celle de Burl Ives qui, même s’il reste souvent en retrait, et même lorsqu’il figure en arrière-plan tout flou, a le don pour capter la caméra et dévorer l’écran.

Finalement, Fuller trouve le bon ton pour rester réaliste, tout en suggérant une sorte d’intelligence hors norme (la scène de « l’évasion »), flirtant avec le fantastique sans jamais y céder. Peut-être pas le plus réussi de ses films, mais sans doute le plus étonnant.

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