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Archive pour la catégorie '1980-1989'

Une minute pour une image – mini-série d’Agnès Varda – 1983

Posté : 23 novembre, 2025 @ 8:00 dans 1980-1989, COURTS MÉTRAGES, DOCUMENTAIRE, TÉLÉVISION, VARDA Agnès | Pas de commentaires »

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Agnès Varda a sélectionné des photos (170, dont 14 qu’elle commente elle-même) qui apparaissent à l’écran, laissant au spectateur le temps de les observer avant qu’elle ne dise en voix off ce que ces clichés lui inspirent. Cela peut être un détail de l’image, une histoire qu’elle lui rappelle, ou des interrogations, qu’importe.

Le propos est aussi varié que les photos retenues. Le regard rude d’une Algérienne forcée de posée dévoilée, et c’est à l’humanité de la femme que Varda pense, mais aussi celle du photographe de l’armée. Cinq mains qui en opèrent une sixième lui inspirent des références religieuses. Une autre main, sur une autre photo, qui tente de serrer une « main-poisson », et Varda qui tente de décrypter cette image

D’un épisode à l’autre, le ton peut être radicalement différent. Après un portrait de famille qui rappelle les compositions de l’école hollandaise, un charnier inspire des pensées contradictoires, alliant beauté et laideur… Une image surréaliste ou une photo ancienne, poétique ou historique. En quelques secondes, Varda a toujours ce petit commentaire personnel et pertinent qu’on ne voit pas venir. A montrer dans les écoles, pour réapprendre à regarder les images…

T’as de beaux escaliers, tu sais… – d’Agnès Varda – 1986

Posté : 21 novembre, 2025 @ 8:00 dans 1980-1989, COURTS MÉTRAGES, DOCUMENTAIRE, VARDA Agnès | Pas de commentaires »

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Pour les 50 ans de la Cinémathèque Française, Agnès Varda signe un hommage à sa manière : un très court métrage (3 minutes) autour des fameux escaliers de l’institution, alors à Chaillot, où elle filme les spectateurs entrant ou sortant, souvent mis en scène pour répondre à des images mythiques du cinéma, tous mettant en scène des escaliers.

Pépé le Moko, Juve contre Fantômas, Le Cuirassé Potemkine, Citizen Kane, Le Mépris et quelques-autres défilent ainsi, dans un montage qui témoigne d’un amour immodéré pour le cinéma, et donne une furieuse envie d’aller en salles. Et pas uniquement pour voir des classiques : l’apparition d’Isabelle Adjani sur les marches, après un extrait de L’Histoire d’Adèle H, sonne comme un rappel que le cinéma n’appartient pas à l’histoire, mais qu’il est un art bien actuel.

Tout feu tout flamme – de Jean-Paul Rappeneau -1982

Posté : 18 novembre, 2025 @ 8:00 dans 1980-1989, RAPPENEAU Jean-Paul | Pas de commentaires »

Tout feu tout flamme – de Jean-Paul Rappeneau -1982 dans 1980-1989 54914800983_aca3d4382f_z

Jean-Paul Rappeneau est un réalisateur qui s’y connaît en matière de rythme. C’est indéniable, et c’est une nouvelle fois flagrant avec ce Tout feu tout flamme, comédie plus touchante que drôle mais très trépidante qui lui permet de retrouve un acteur dont le dynamisme naturel était déjà au cœur de son précédent film, Le Sauvage.

Yves Montand, donc, choix idéal pour ce personnage de père flamboyant et très absent qui revient après des années d’absence auprès des filles et de la mère qu’il a laissées derrière lui pour aller vivre l’aventure aux quatre coins du monde. Un personnage bondissant et excessif, dont les sourires dissimulent mal un égoïsme assez radical. Ou comment Rappeneau joue des excès dans lesquels Montand peut trop facilement tomber.

Face à lui, Isabelle Adjani est une autre incarnation de la fougue, jeune fille confrontée trop tôt aux responsabilités de l’âge adulte. Là encore, c’est l’image un peu froide qu’a pu véhiculer l’actrice qui sert de moteur à Rappeneau, qui confronte ici les images respectives de ses deux stars, a priori aux antipodes.

Le fait est que le rythme de ses acteurs sied parfaitement au cinéma de Rappeneau, qui signe l’une de ces comédies enlevées et pétillantes dont il a le secret. Mais au-delà du pur rythme, imparable, le cinéaste ne fait qu’effleurer les thèmes qu’il met en place. L’amertume passe vite à l’as, tandis qu’une intrigue pseudo-criminelle prend le dessus, jusqu’à un final de film d’aventure qui ne convainc guère.

Je fais la fine bouche : Tout feu tout flamme est une comédie plutôt emballante, au moins dans sa première partie, et un savoureux numéro de duettistes pour ses deux stars. Mais il y a quand même un côté un peu vain dans cette aventure, qui hésite constamment entre la pure comédie de situation et le film d’aventure, et se perd totalement par moments (la « folie » d’Adjani, la fusillade finale…).

Comme si lui-même s’était rendu compte de la vacuité de son entreprise, Rappeneau attendra huit ans avant de repasser derrière la caméra. Ce sera pour un film autrement plus ambitieux : Cyrano de Bergerac, son triomphe.

Le Marin des mers de Chine (‘A’ gai waak) – de Jackie Chan – 1983

Posté : 6 novembre, 2025 @ 8:00 dans 1980-1989, CHAN Jackie | Pas de commentaires »

Le Marin des mers de Chine (‘A’ gai waak) – de Jackie Chan – 1983 dans 1980-1989 54902973612_efa6558188

Une envie de Jackie Chan, ça ne se commande pas. Ça ne se prévoit pas non plus d’ailleurs (je ne l’ai pas vue venir!). Mais là qu’elle est là, cette envie, c’est le bon moment pour sortir de son boîtier ce DVD qui trônait sur son étagère depuis bien longtemps sans voir le jour. Un bon Jackie Chan de la grande époque, donc, dont on sait d’avance ce qu’il va nous donner.

Guère de surprise à attendre donc, si ce n’est le contexte historique de cette histoire improbable qui met en scène de dangereux pirates et la rivalité entre des policiers des mers et des policiers des villes, au début du siècle dernier, dans un Hong Kong sous domination anglaise. Voilà pour le décor, qui ne donne évidemment pas lieu à une critique de l’impérialisme ou à une quelconque réflexion. Ce n’est pas le lieu.

Ce qu’on attend, et ce qui nous est offert, c’est un festival Jackie Chan, avec des cascades parfois très inventives (la poursuite à vélo, la course de Jackie avec sa copine), souvent très spectaculaires comme cette chute d’immeuble, montée trois fois au ralenti pour justifier les fractures dont a souffert l’acteur-réalisateur-cascadeur dont les exploits dépassent de loin ceux de Tom Cruise, et qui plus est sans câbles et sans effets spéciaux.

Un pur plaisir de cinéma d’action décomplexé et bourré d’humour, donc. Encore que l’humour n’est pas toujours du meilleur goût, tombant à plat pour tous les gags qui n’impliquent pas les cascades de la star. Le film, d’ailleurs, souffre de quelques baisses de rythme, dès que Jackie se repose plus de deux minutes. Ce qui, heureusement, n’arrive pas si souvent.

Pour la peau d’un flic – d’Alain Delon – 1981

Posté : 10 octobre, 2025 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1980-1989, DELON Alain | Pas de commentaires »

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C’était probablement contractuel. Dès qu’Alain Delon incarnait un policier, ou même un ex policier comme ici, le mot flic devait figurer dans le titre. Ce qui donne le sentiment que l’acteur a eu une furieuse tendance à bafouiller et à se répéter durant toute une partie de sa carrière. Ce n’est pas tout à fait faux, et on retrouve dans Pour la peau d’un flic quelque chose de l’atmosphère des films de Jacques Deray.

Delon acteur est dans sa zone de confort. Plutôt très juste, surtout lorsqu’il donne la réplique à Anne Parillaud, assez calamiteuse, mais sans la moindre surprise. La star se contente de capitaliser sur son image, sur ses précédents rôles de flics, et sur ce qu’il pense que le public attend de lui. Il apporte d’ailleurs une certaine intensité à son personnage de « privé » embarqué dans une enquête complexe et violente.

Mais Delon est aussi, pour la première fois, derrière la caméra. « Mis en scène et réalisé par Alain Delon », peut-on lire au générique (où son nom apparaît d’ailleurs une demi-douzaine de fois, histoire de bien rappeler que c’est un film d’Alain Delon). Il ne renouvellera l’expérience qu’une seule fois (Le Battant, autre polar réalisé deux ans plus tard), mais ces premiers pas sont plutôt prometteurs.

Adapté d’un roman de Jean-Patrick Manchette, auquel Delon est alors habitué (Trois hommes à abattre l’année précédente, Le Choc l’année suivante), le film révèle à la fois l’ambition de Delon cinéaste, et ses limites de débutant. L’ambition d’abord : le film est pavé de bonnes intentions, la recherche constante d’une atmosphère de film noir et de modernité, que la musique très présente incarne parfaitement. Mais des limites, parce que Delon échoue à créer un véritable sentiment anxiogène. Son film, malgré quelques accès de violence, reste toujours très sage.

De solides seconds rôles masculins (Ceccaldi, Auclair) assurent un plaisir à l’ancienne. Le rôle de potiche assigné aux rares femmes provoque une gêne certaine. Mais ces premiers pas imparfaits révèlent quand même l’efficacité et le sens du rythme du réalisateur Delon. De quoi donner envie de (re)voir son second opus.

Tandem – de Patrice Leconte – 1987

Posté : 10 juin, 2025 @ 8:00 dans 1980-1989, LECONTE Patrice | Pas de commentaires »

Tandem

Un mystérieux chien rouge, un vélo qui tombe du ciel… Doit-on soupçonner Patrice Leconte d’avoir voulu faire de Tandem un conte flirtant avec la métaphysique, une plongée lynchienne dans la psyché de ses personnages ? C’est peut-être aller un peu loin, mais ces détails mystérieux, vaguement absurdes, pas vraiment inquiétants, témoignent du fait que Leconte est un cinéaste ambitieux… mais peut-être pas le plus grand formaliste.

Sur cet aspect, le film ne fait qu’entrouvrir des portes qu’il ne franchit jamais. De quoi faire regretter qu’il les ait même entrouvertes. Parce que ses personnages seuls suffisaient, et c’est là que Leconte est le plus convainquant : dans la sincérité pleine de tendresse avec laquelle il filme des personnages flirtant très allégrement avec le ridicule. De cet animateur radio vieillissant, vieux beau cabot cachant derrière sa grandiloquence un profond mal-être ; et de son technicien qui semble ne vivre que par procuration au côté de ce mentor qu’il protège malgré lui, Leconte aurait pu faire des personnages grotesques, objets de tous les rires.

Ce n’est pas le cas, bien sûr. Il fait même de ce tandem joué par Jean Rochefort (truculent et touchant) et Gérard Jugnot (modeste et touchant itou) l’un des plus beaux de son cinéma. On sait que le scénario s’inspire du fameux Jeu des 1000 francs (ce que Lucien Jeunesse apprécia peu), mais ce n’est qu’un prétexte pour confronter l’image des « gens de médias » à la réalité provinciale. Et pour arriver à cette conclusion, assez courante chez Leconte : le ridicule n’est pas forcément celui qu’on croit.

Bien sûr, ce n’est pas révolutionnaire, mais ça prend toute sa dimension dans les scènes les plus a priori outrées. Cella, par exemple, où Rochefort s’emporte contre une famille pique-niquant au bord d’une route très passante, sortant des horreurs au visage d’un Ged Merlon fasciné par la faconde de l’homme. Dans un moment comme ça, Leconte réussit à transcender son sujet, pour faire ressentir une extrême bienveillance. C’est très touchant.

Blue Steel (id.) – de Kathryn Bigelow – 1989

Posté : 6 mai, 2025 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, BIGELOW Kathryn | Pas de commentaires »

Blue Steel

Kathryn Bigelow, un film de motards et un film de vampires au compteur, signe ici son premier polar, dont elle co-écrit le scénario. Et la plume à la main, la cinéaste se révèle à la fois ambitieuse… et pas d’une grande légèreté.

Sur le papier, Blue Steel ne manque pas d’intérêt, mais n’évite pas quelques grosses ficelles, et des facilités assez énormes. Mais qu’importe : l’intérêt du film ne repose pas vraiment sur la seule intrigue, prenante mais finalement pas tellement différente de tous les polars tendus de l’époque.

En quelques mots : Jamie Lee Curtis (parfaite) est une jeune flique à peine promue, qui abat dès son premier jour de service un braqueur devant quelques témoins. L’un de ces derniers, fasciné par le geste de la jeune femme, s’empare de l’arme du braqueur, disparaît sans demander son reste, et se lance dans une virée meurtrière, tout en séduisant notre fliquette.

C’est tortueux à souhait, et le suspense ne cesse de monter jusqu’à un final un eu grand-guignolesque, gâché par une surabondance de ralentis qui atténuent paradoxalement la tension. Mais re-peu importe.

Si Blue Steel est un film mémorable (et il l’est, malgré tout), c’est pour l’interprétation de Jamie Lee Curtis, parfait mélange de fragilité et de détermination, d’innocence et de révolte. Une jeune femme en pleine (rude) mutation, donc.

C’est aussi, et surtout, pour la manière dont Bigelow filme New York, nous plongeant au cœur d’une ville tentaculaire et grouillante de vie. La plupart du temps sans esbroufe, sa mise en scène est d’une efficacité énorme, et totalement immersive. Sur ce point, une sorte de version plus pêchue du Scorsese de Taxi Driver.

Pile ou face – de Robert Enrico – 1980

Posté : 2 mai, 2025 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1980-1989, ENRICO Robert | Pas de commentaires »

Pile ou face

Pile ou Face, c’est :

1) une mise en scène solide et sans éclat de Robert Enrico ;

2) un face-à-face qui tient ses promesses entre Noiret et Serrault, deux acteurs parfaits, tous deux en terrain connu dans des rôles taillés sur mesure ;

3) des dialogues acides signés par un Michel Audiard très inspiré en ce début des années 80, débarrassé de ses tics d’auteur trop obnubilé par ses bons mots ;

4) une intrigue pour le moins douteuse autour d’un féminicide, ou plutôt d’un crime passionnel comme on disait encore. Le terme n’est jamais utilisé, mais la sympathie pour le possible auteur du crime est tellement manifeste qu’elle crée un franc malaise.

Dans le même registre des parti-pris qu’on a du mal à défendre : pourquoi donc avoir filmé Dorothée nue (oui, la Dorothée du club Dorothée, alors actrice truffaldienne), dans une séquence dont on se dit qu’elle n’existe que pour filmer Dorothée nue…

Le film commence par la mort d’une femme horrible, véritable tyran domestique, qui passe littéralement à travers la fenêtre. Son mari (Serrault) l’a-t-il poussé ? L’enquête conclue que non, mais le flic Noiret est persuadé que oui. Et se met à harceler son suspect idéal.

La sympathie pour le possible criminel a bien du mal à passer. Mais elle souligne le caractère trouble des deux personnages principaux, derrière leur relative bonhomie. Les deux hommes ont des parcours semblables : deux veufs, qui sont passés à côté de leurs rêves, et qui abordent cet état de fait avec des réactions systématiquement opposés.

Entre eux se tissent des liens étranges, entre humiliation et amitié. Le personnage de Noiret, surtout, est assez passionnant, flic rêvant de finir sa carrière sur un succès, si pathétique soit-il. Son obsession évoque en quelques sortes celle de Nicholson dans The Pledge. Toute proportion gardée.

Blue Velvet (id.) – de David Lynch – 1986

Posté : 29 mars, 2025 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, LYNCH David | Pas de commentaires »

Blue Velvet

Un rideau rouge inquiétant, des musiques envoûtantes jouées dans des bars interlopes, une jeunesse apparemment tranquille qui cache des tourments secrets, l’imagerie d’une Amérique presque fantasmée héritée des glorieuses fifties, le bitume qui défile dans la nuit…

Et si le plus beau dans Blue Velvet, c’était le sentiment qu’il donne d’assister à la naissance de quelque chose d’immense ? Oui, je sais : on peut dire ça aussi d’Eraserhead, mais il y a dans le premier long une radicalité quasi expérimentale qui en fait un objet à part. Avec Blue Velvet, qu’il réalise après l’échec de Dune, Lynch s’approche de la ligne crête sur laquelle il signera ses plus grands films (et quelques-uns des plus grands films de l’histoire du cinéma) : une manière de détourner le film de genre vers un fascinant trip mental et sensoriel.

La sensation est forte, et Blue Velvet est de ces films dont on ne ressort pas indemne, surtout quand on a eu la chance de le découvrir tôt (pas en salles, j’étais un peu jeune, mais tôt tout de même). Un film qui bousculait à l’époque, laissant un sentiment difficile à définir. Mais le même sentiment que j’ai retrouvé en le revoyant aujourd’hui, à la fois fasciné, et toujours un peu désarçonné.

Il y a des moments d’une beauté incroyable dans Blue Velvet. Le plus beau peut-être : Isabella Rossellini chantant la chanson titre, avec sa voix imparfaite et si sensuelle. J’ose : c’est là l’une des images les plus purement cinématographiques des années 80. Mais si elle me bouleverse encore aujourd’hui, c’est aussi parce qu’elle semble annoncer toutes celles du Bang Bang Bar de Twin Peaks.

De la même manière, le couple formé par Kyle McLachlan et Laura Dern n’est-il pas si touchant que parce qu’il est l’incarnation la plus pure du cinéma de Lynch ? Et qu’on sait aujourd’hui qu’il faudra attendra trente ans et le retour de Twin Peaks pour voir ces deux-là réunis devant la caméra de leur pygmalion…

Blue Velvet

Blue Velvet a aussi sa vie propre bien sûr. Il continue ainsi à secouer par la représentation qu’il donne des violences faites aux femmes (thème qui trouvera sa forme la plus radicale et la plus forte avec Lost Highway), et par le trouble qu’instille Lynch dans les rapports de domination, dans le voyeurisme, et dans la représentation du sexe, autrement plus troublante (et dérangeante) que les pseudos films érotiques soft qui se tournaient à l’époque (notamment par Adrian Lyne).

Le film est en fait un dynamitage en règle de l’image idéale de la petite bourgade bourgeoise américaine, que Lynch filme avec un excès de lyrisme pour mieux en saisir l’hypocrisie et la face cachée. McLachlan, jeune homme parfait en tout point, qui s’enfonce dans un monde trouble de violence parce qu’il se laisse happer par la beauté trouble de Rossellini… mais aussi par la brutalité hallucinante d’un Dennis Hopper inoubliable.

L’innocence fracassée… Encore un thème cher au créateur de Twin Peaks. Décidément, Blue Velvet est un film qu’il est aujourd’hui difficile de revoir sans qu’il nous renvoie à toutes les merveilles que Lynch devait tourner par la suite.

Dune (id.) – de David Lynch – 1984

Posté : 28 mars, 2025 @ 8:00 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, LYNCH David | Pas de commentaires »

Dune

Si Dune n’avait pas été un tel fiasco à sa sortie, sans doute Lynch aurait-il réalisé la suite. Et peut-être n’aurait-il pas tourné Blue Velvet. Et sans Blue Velvet, y aurait-il eu Twin Peaks. Et sans Twin Peaks, y aurait-il eu Lost Highway ? Puis Mulholland Drive ? Rien que pour ça, il faut apprécier ce Dune tel qu’il est.

Et il se trouve qu’il est une excellente surprise, alors que je le découvre après la mort de Lynch, et après à peu près trente-cinq passés à l’éviter consciencieusement. Il faut dire qu’il a vraiment mauvaise réputation, ce Dune. Il faut aussi ajouter que l’heroic fantasy, ou ce type de SF, n’est pas un genre qui me transporte. Et que déjà à la fin des années 80, ce qu’on en voyait avait un aspect très vieillot.

C’est vrai que les effets spéciaux ont vieilli, et qu’il y a un petit côté kitsch dans certaines scènes du film. Mais Dune, sans doute produit pour surfer sur le succès récent de Star Wars (dont Lynch a refusé de tourner le troisième film), est aussi, au fond, un vrai film lynchien, au moins visuellement. Lynch, qui semble à ce stade de son parcours devoir passer d’un genre à l’autre sans fil conducteur (après Eraserhead et Elephant Man, difficile de faire plus différent), glisse en fait des motifs qui lui sont propres.

L’importance du rêve, la figure du monstre, la présence cosmique… Dune a dû pas mal déconcerter les producteurs, qui attendaient sans doute un ersatz de l’univers de George Lucas. Contraint par une durée limitée à un peu plus de deux heures (c’est peu pour adapter l’œuvre de Frank Herbert), Lynch coupe… dans les morceaux de bravoure, remplaçant la plupart des batailles par une simple phrase en voix off, osant des ellipses de dingue pour se concentrer sur les personnages. Ce qui en a déconcerté plus d’un.

L’histoire est franchement obscure, mais ça n’a pas grande importance. C’est le plaisir de chaque scène qui importe, les images parfois saisissantes, et la découverte d’un certain Kyle McLachlan (et de quelques autres futurs visages de Twin Peaks), belle incarnation d’un idéal masculin teintée d’une grande noirceur. Déjà l’alter ego idéal de Lynch.

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