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Archive pour la catégorie '1980-1989'

Haute sécurité (Lock up) – de John Flynn – 1989

Posté : 9 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1980-1989, ACTION US (1980-…), FLYNN John, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Haute sécurité

Un film de prison de plus, tourné à une époque où à peu près tous les action-hero s’engouffraient dans ce sous-genre très en vogue. On est loin du Prisonnier d’Alcatraz ou de L’Evadé du même lieu : ce véhicule taillé sur mesure pour un Stallone très en forme et très musculeux se contente d’accumuler les grands poncifs attendus.

On a donc droit à un directeur tyrannique (joué par un Donald Stutherland en roue libre), des gardiens sadiques, des détenus très dangereux, d’autres fourbes, d’autres encore tellement tendres que l’on devine dès le premier plan qu’ils ne termineront pas le film vivant…

Les premières scènes laissent pourtant espérer quelque chose d’un peu plus original. Stallone y est un prisonnier en fin de peine, que l’on découvre alors qu’il est en permission. Ce qui, en soi, est déjà plutôt original. Et puis une nuit, ce prisonnier modèle est transféré sans qu’il sache pourquoi dans une prison haute sécurité nettement moins accueillante que celle où il purgeait sa peine, et où des conditions nettement plus terribles l’attendent.

Le film semble alors prendre le chemin d’un cauchemar judiciaire, pas très crédible certes, mais au moins intriguant. Sauf que le mystère n’a aucune place ici : tout est rapidement explicité, et la vérité n’a rien de renversante. On a donc droit à une simple histoire de vengeance, et à l’affrontement d’un homme victime du système et d’un tyran siphonné. Sans la moindre nuance, bien sûr.

Cela dit, cette série B (au moins dans l’esprit) se regarde sans ennui, sans surprise, et sans grande émotion envahissante. Bref, pas mal pour mettre son cerveau au repos. Ne pas oublier les bières…

Starman (id.) – de John Carpenter – 1984

Posté : 4 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1980-1989, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Starman

John Carpenter qui marche sur les traces de E.T. ? OK, ses films précédents ont été des échecs commerciaux, mais on n’a quand même un peu de mal à y croire. Pourtant, c’est bien ça : Starman est bel et bien une version « adulte » du triomphe de Spielberg. Vous remplacez les enfants qui découvrent un extraterrestre perdu loin de chez lui par une jeune veuve qui découvre un extraterrestre perdu loin de chez lui, et vous obtenez à peu près la même histoire.

Pour être tout à fait précis, notons quand même que Starman n’est pas uniquement un film opportuniste : son scénario et celui de E.T. circulaient en même temps. Et si celui-ci débarque sur les écrans deux ans plus tard, cela relève presque du hasard. Il n’empêche : les deux films sont étonnamment semblables, jusqu’à la manière, cynique, d’évoquer le fameux sens de l’hospitalité de la race humaine.

Et les premières scènes laissent un peu dubitatif. Carpenter, qui sort quand même d’une décennie de sans-faute, signerait une bluette à tendance psychédélique ? L’idée centrale du film est séduisante : l’extraterrestre qui débarque, parce que nous autres Terriens avons envoyé de chaleureuses invitations dans l’espace, prend l’apparence d’un homme mort depuis peu, et entraîne dans sa fuite la femme qui pleure ce dernier. Mais les premiers pas (au premier degré, « les premiers pas » de l’E.T.), et les moues enfantines de Jeff Bridges font craindre le pire.

Mais il se passe quelque chose d’assez inexplicable : le processus mental du spectateur suit remarquablement celui de la jeune veuve, jouée par Karen Allen. Forcément effrayée, voire hostile dans un premier temps, la jeune femme finit par s’attacher à cet étrange étranger à l’air si familier. Et c’est exactement ce qui se passe ici : il se dégage du film, et de chaque personnage, une telle sincérité, une telle empathie, que Starman commence à séduire.

Et Carpenter emporte définitivement le morceau lors de la belle scène du « diner », la nuit. Est-ce ce cerf qui reprend vie ? Le regard si bienveillant de cette serveuse à l’embonpoint généreux ? Ou justement les moues enfantines de Jeff Bridges ? A ce moment-là en tout cas, on plonge totalement dans les grands yeux de Karen Allen, et on les suit avec passion ces deux-là, dans leur improbable cavale vers… Vers quoi ? Une histoire d’amour impossible ? Une seconde chance ? Contre toute attente, Starman se révèle très beau. Une réussite inattendue…

Christine (id.) – de John Carpenter – 1983

Posté : 2 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1980-1989, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Christine

On a sans doute toujours tort de dire « il n’y avait que lui pour réussir ce film ». N’empêche : il n’y avait que Carpenter pour réussir ce film qui aurait si facilement pu tomber dans le grand-guignol ou dans le kitsch. Non seulement Carpenter réussit cette adaptation d’un roman de Stephen King, mais il s’en émancipe juste ce qu’il faut pour se l’approprier totalement.

Christine est d’ailleurs une sorte de film-miroir de Halloween, sorti en 1978… l’année où se déroule l’action de Christine. Sans doute pas un hasard. Carpenter fait de la voiture tueuse une incarnation du Mal absolu (alors que l’origine du Mal était plus contrastée dans le roman), à l’image d’un Michael Myers. Et surtout, les deux longs métrages sont, peut-être même avant d’être des horror-movies, des peintures édifiantes de l’adolescence.

Dans Christine, Carpenter se montre même encore plus sombre, encore plus cynique, quant à cet « âge d’or » de la jeunesse. Le « héros », Arnie, est un ado rejeté de tous (à l’exception de son ami sympa, beau, bon et courageux… bref, une sorte d’extra-terrestre), ni très beau, ni très courageux, ni très malin, qui se coupe peu à peu des autres et de toute humanité au contact de la Plymouth rouge toute pourrie qu’il a retapée avec amour, voiture maléfique qui le hante et le transforme.

Le film parle du mal de vivre, de la difficulté de s’accepter, dans cette période de l’adolescence si pleine de changements. Il parle de narcissisme bien sûrs, mais aussi et surtout de frustration. Il y a ainsi un joli personnage, quasiment muet, qui se contente d’apparaître dans quelques plans : une belle blonde, visiblement énamourée de Dennis, l’ami d’Arnie, le genre de fille à qui tout réussit, mais qui devient terriblement touchante à force d’être à ce point ignorée par celui qu’elle convoite. Ce personnage semble n’avoir aucune véritable importance, et apparaît constamment en contrepoint de l’action. Mais sa présence a quelque chose de très émouvant.

Carpenter ne fait pourtant pas de Christine un film à thème ou à thèses. Avec ce beau classicisme et son habituelle élégance, il signe un pur film de genre aux effets spéciaux discrets mais impressionnants, prenant le temps d’installer l’angoisse, dans un long mouvement lent et imparable, comme dans tous ses meilleurs films. Avec au passage quelques images inoubliables. La plus marquante : la folle course de la Plymouth en flammes dans la nuit, qui avance en « recrachant » sa victime sur le bitume…

Cobra (id.) – de George Pan Cosmatos – 1986

Posté : 30 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1980-1989, ACTION US (1980-…), COSMATOS George Pan, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Cobra

Régulièrement, je dresse ici les louanges d’un Stallone dont la sincérité m’a toujours touché, et qui continue à m’enthousiasmer par son amour d’un cinéma d’action aujourd’hui obsolète. Certes. Ce n’est pas pour autant que je vais défendre bec et ongles ce qui ne peut pas l’être. Et là, pour le coup, il atteint des sommets le Sly. Après les triomphes des too much Rocky 4 et Rambo 2 en 1985, la Sainte-Trinité qui a suivi (j’ai nommé : Cobra, Over the Top, Rambo 3) a été celle de la bonne grosse daube sans nuance.

Ah on peut toujours essayer de trouver des bonnes choses à ce Cobra : une série de courts plans qui présentent une vision sans fard des quartiers mal famés de Los Angeles et de ses laissés pour compte. Mais à peine a-t-on conscience d’être surpris par ces quelques images que George Pan Cosmatos (qui avait déjà signé Rambo 2, méga hit l’année précédente) nous assène une sorte de clip visuellement affreux à la gloire de Brigitte Nielsen, icône glamour toute pourrave vue, elle dans Rocky 4 (et alors Mrs Stallone).

Passons sur les jeans moule-cul de Stallone, ses lunettes de soleil même en pleine nuit, et l’allumette éteinte qu’il a constamment à la bouche… Ces tics vaguement cools ne sont rien à côté des outrances des scènes d’action, qui oublient pourtant d’invoquer le moindre second degré. Alors franchement, cette armée de tueurs qui veut instaurer un nouvel ordre… On dirait bien qu’on y croit pas, mais la vérité, c’est qu’on s’en fout totalement.

Le film lorgne en fait très clairement du côté de Dirty Harry : la présence d’Andrew Robinson (tueur dans le premier, flic borné dans le second) ne doit sans doute rien au hasard. Mais sans recul, sans idée, et sans un vrai réalisateur aux manettes. A oublier.

Sang pour sang (Blood Simple) – de Joel et Ethan Coen – 1984

Posté : 15 septembre, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, COEN Ethan, COEN Joel | Pas de commentaires »

Sang pour sang

Le premier plan du premier film des frères Coen est une merveille : la caméra, sur le siège arrière d’une voiture roulant dans la nuit, filme de dos un homme et une femme qui discutent et ébauchent les prémices d’une liaison. Un plan envoûtant et inquiétant déjà. Est-ce à cause de l’accent texan de cet homme au ton monocorde, de celui qui n’attend plus rien ? Ou l’évocation du mari qui ne va pas tardé à être trompé ? Ou simplement l’aspect hypnotique de cette route qui défile à l’arrière plan ? De ce premier plan naît une angoisse sourde qui ne nous quittera plus.

Sur un thème similaire, les Coen réussiront le grand Fargo une douzaine d’années plus tard. Il y a déjà ici l’idée du mari qui imagine un sale coup qui va totalement déraper. Mais de manière moins « innocente » ici : le mari en question (Dan Hedaya, pathétique et excellent) fait appel à un tueur libidineux (M. Emmet Walsh, extraordinaire dans le rôle de sa vie) pour descendre sa femme (Frances McDormand, déjà géniale dans son tout premier rôle) et l’amant de celle-ci (John Getz), lui-même ayant lamentablement échoué dans sa tentative de vengeance.

Tout est minable et échoue misérablement dans ce film noir oppressant. Et la violence n’est jamais anodine, pesant lourdement sur les rapports entre les personnages, et faisant naître la suspicion entre des amants qui se regardent avec un mélange troublant de désir et d’envie de meurtre. Jusqu’à la séquence finale, glaçante et inoubliable. Les ultimes éclats de violence ont définitivement isolé les personnages, l’un s’en prenant à l’autre en étant constamment dans des pièces séparées.

Dans Blood Simple, tout l’art des Coen est déjà là, avec une maîtrise impressionnante. Visuellement splendide, à l’atmosphère lourdement pesante, d’une violence physique et psychologique particulièrement marquante, ce coup d’essai est un coup de maître qui n’a pas pris une ride en plus de trente ans. A l’exception peut-être de la musique très synthé de Carter Burwell, qui faisait lui aussi ses débuts à Hollywood, et qui fera beaucoup mieux par la suite, notamment lors de ses nombreuses collaborations avec les Coen.

Qui veut la peau de Roger Rabbit ? (Who framed Roger Rabbit) – de Robert Zemeckis – 1988

Posté : 20 juillet, 2017 @ 8:00 dans 1980-1989, DESSINS ANIMÉS, FANTASTIQUE/SF, ZEMECKIS Robert | Pas de commentaires »

Qui veut la peau de Roger Rabbit

Presque trente ans plus tard, on n’a encore jamais rien fait de mieux, techniquement parlant, dans le domaine de l’association du cartoon et des prises de vue réelles. Le procédé n’est certes pas nouveau : bien avant Mary Poppins, qui était resté comme la référence du genre jusqu’à ce que Zemeckis s’en mêle, Walt Disney avait produit la série des Alice Comedies dans les années 20, série de courts métrages où la jeune héroïne évoluait dans un univers de cartoon.

Mais rien de comparable avec ce véritable tour de force où, quasiment dans chaque plan, les humains et les personnages animés interagissent vraiment. Et le « vraiment » a de l’importance, et constitue bien la nouveauté du film : Zemeckis pousse cette interaction jusqu’aux moindres détails. Lorsqu’un « toon » éclabousse un homme, lorsqu’ils se heurtent et froissent un costume… le contact physique se ressent pour de bon. Un véritable tour de force réalisé sans les effets numériques d’aujourd’hui.

Voilà pour la prouesse technique, qui reste tout aussi impressionnante aujourd’hui. Ce serait d’ailleurs l’unique bémol de ce film : jamais on n’oublie vraiment cette prouesse, dont on essaye de comprendre les dessous. Mais au-delà de ça, Qui veut la peau de Roger Rabbit ? est tout simplement un bon film. Zemeckis signe même un superbe hommage aux films de détective de l’âge d’or d’Hollywood, à l’instar d’un Chinatown dont il reprend quelques grandes lignes de l’intrigue, et le traumatisme d’un détective qui refuse de retourner sur les lieux d’un drame passé : Chinatown là, Toontown ici.

Le détective en question, c’est Eddie Valiant, interprété par un Bob Hoskins formidable, parfaitement dans le ton entre la noirceur habituelle du privé, et la dérision d’un tel procédé cinématographique. Son privé, c’est une sorte de croisement entre Jake Gittes et Sam Spade. Zemeckis glisse d’ailleurs une référence directe au Faucon maltais, en plaçant une statuette de faucon dans le bureau de Valiant. Un pur plaisir de cinéphile, qui se transforme sans s’affadir au fil des décennies.

New York 1997 (Escape from New York) – de John Carpenter – 1981

Posté : 30 juin, 2017 @ 8:00 dans 1980-1989, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

New York 1997

Décidément au sommet, le Carpenter de cette époque. Bricoleur de génie, véritable auteur de ses films, il réalise, écrit, monte et met en musique cette petite merveille de série B, visiblement tournée sans grands moyens mais avec un sens de l’image assez impressionnant. Ça saute aux yeux dès les premières minutes, lorsqu’une simple contre-plongée transforme la silhouette lourde en symboles de la Statue de la Liberté en inquiétante tour de garde…

Bref, la liberté en a pris un coup dans cette vision quasi-post-apocalyptique de l’Amérique. De ce futur, on ne verra d’ailleurs rien d’autre que cette île de Manhattan transformée en gigantesque prison à ciel ouvert, idée géniale qui prend une nouvelle dimension depuis 2001. Car l’image la plus saisissante, c’est peut-être celle de ces Twin Towers autour desquelles toute l’action tourne, et qui pèsent étrangement sur l’atmosphère lourde du film. Et puis la fameuse scène du crash résonne différemment aujourd’hui, avec cet avion présidentiel qui se dirige droit vers les tours de Manhattan.

Quelques fumigènes, des épaves de voitures, des papiers qui volent… Il n’en faut pas beaucoup plus à Carpenter pour transformer des décors familiers en lieu de désolation, et mettre en scène un futur qui semble radicalement différent du présent. Pour une fois (mais la SF n’est pas un genre auquel il est habitué), il utilise même, et plutôt très bien, des maquettes et des matte-paintings, rappelant d’autres temps du cinéma de genre. L’art de bidouiller avec les moyens du bord pour réussir un petit classique instantané de la science fiction.

Carpenter réussit autour un vrai tour de force avec son personnage principal : en quelques plans seulement, Kurt Russell fait entrer Snake Plissken dans la légende, sorte de version à peine modernisée de l’homme sans nom de Clint Eastwood, la fatigue en plus. Désabusé et las (magnifique plan où, ne sachant que faire, il saisit une chaise renversée et s’asseoit dans la nuit), il fait figure d’anomalie dans cette Amérique déshumanisée, dernier survivant d’une espèce révolue. « Je te croyais mort », s’entend-il dire à chaque rencontre !

Et quelles rencontres : Harry Dean Stanton, Ernest Borgnine, Isaac Hayes, Donald Pleasence, Lee Van Cleef… Une formidable collection de gueules pour un film culte qui donnera lieu à une suite-remake-parodie réjouissante.

Silverado (id.) – de Lawrence Kasdan – 1985

Posté : 23 juin, 2017 @ 8:00 dans 1980-1989, COSTNER Kevin, KASDAN Lawrence, WESTERNS | Pas de commentaires »

Silverado

Lawrence Kasdan aime le western, c’est un fait. Kevin Costner aussi, et c’est tant mieux que ces deux-là se soient rencontrés : ensemble, ils tourneront encore presque dix ans plus tard une fresque mal-aimée mais nettement plus ambitieuse, Wyatt Earp. Pour l’heure, Kasdan n’ambitionne vraiment qu’une chose : relancer un genre moribond. Mais ce qu’il réussit surtout à faire, c’est à lancer la carrière stagnante de Costner, en lui confiant le rôle le plus ouvertement cool et spectaculaire du film.

Et ce n’était pas évident qu’un jeunôt puisse surnager au milieu d’un tel casting : Kevin Kline, Scott Glenn et Danny Glover en tête, entourés par Brian Dennehy, Jeff Goldblum, Rosanna Arquette, Linda Hunt ou John Cleese. Certains (Cleese, Arquette) sont certes sacrifiés sur l’autel du trop-plein de personnages, mais la plupart des autres sont plutôt bien servis par une intrigue pas novatrice, mais pleine de rebondissements.

Après une entrée en matière alléchante (Scott Glenn attaqué par des bandits dans une cabane isolée, qui descend tous ses ennemis avant d’ouvrir la porte sur un paysage grandiose), le film se contente quand même très largement de remplir le cahier des charges. Les personnages sont fort sympathiques, le rythme est impeccable, mais tout cela a plutôt l’apparence d’un habile pastiche, sincère mais pas révolutionnaire.

Loin en tout cas du Pale Rider que Clint Eastwood a tourné la même année, et qui lui non-plus ne suffira pas à relancer le western, quasi-mort en ce milieu des années 80. Pour cela, il faudra attendre 1990 et Danse Avec Les Loups, première réalisation d’un certain Kevin Costner.

Double détente (Red Heat) – de Walter Hill – 1988

Posté : 24 avril, 2017 @ 8:00 dans 1980-1989, ACTION US (1980-…), HILL Walter | Pas de commentaires »

Double détente

Ça commence plutôt très bien, avec un Schwarzenegger en flic russe raide comme la statue de Lénine, qui file des mandales qui font vraiment mal, avant d’arracher la jambe (artificielle) d’un invalide, dans un geste joyeusement amoral (avant un revirement qui remet la morale à l’endroit, quand même).

Cinéaste brut et d’une virilité à l’ancienne, Walter Hill s’y connaît en matière d’action. Les morceaux de bravoure de Red Heat restent ainsi d’une efficacité radicale, presque trente ans après. En particulier cette belle poursuite à pied dans les rues de Moscou, et cet affrontement entre deux bus à Chicago, filmé comme un duel de western (genre dont Hill n’est jamais très loin).

Le rapport au western n’est pas anodin dans ce film post-guerre froide, qui raconte la cohabitation forcée entre un flic soviétique et un flic américain (James Belushi) aux méthodes radicalement différentes. Mais si le flic ricain est celui qui s’apparente le plus, a priori, à un cow-boy, c’est bien Schwarzenegger que Hill filme comme un héros de western, multipliant les clins d’œil à Clint Eastwood jusque dans ses expressions, et dans l’apparition d’un Magnum 44 (vous savez, the most powerful handgun in the world).

Red Heat est un pur film d’action des années 80, d’une certaine manière. Mais c’est aussi l’un des rares films du genre et de la période à ne pas tomber dans un manichéisme trop facile. L’année même où Stallone tourne un Rambo 3 qui enfonce le clou anti-soviétique de Rocky 4 (pas sa plus grande période, certes), l’autre monsieur muscle du cinéma américain joue les pionniers de la réconciliation, incarnant un pur produit du régime soviétique, humain et positif.

Les deux flics se retrouvent confrontés aux mêmes aberrations bureaucratiques (une critique pas bien fine de l’administration des deux pays), mais les différences ne sont pas gommées pour autant, comme le laisse entendre Schwarzie lorsqu’il lance un « Capitalism » accablé en regardant une pub à la télé. C’est même tout le sel de ce film, qui donne l’un de ces dialogues dont la filmo de Schwarzenegger est parsemée :

« En Chine, après la Révolution, ils ont réuni tous les drogués sur la place publique, et ils les ont abattus d’une balle dans la nuque.
- Ouais, ici nos dirigeants ne seront jamais d’accord.
- Abattez les d’abord. »

Witness (id.) – de Peter Weir – 1985

Posté : 23 avril, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, FORD Harrison | Pas de commentaires »

Witness

C’est un film d’une grande délicatesse que réussit Peter Weir, avec ce faux polar qui s’intéresse à une communauté rarement évoquée au cinéma : les Amish, et leur mode de vie qui semble ne pas avoir changé depuis le 19e siècle. Weir évite soigneusement tous les clichés qui lui tendaient les bras avec cette communauté à l’imagerie si pittoresque, qui attire d’ailleurs des touristes plus caricaturaux que les Amish eux-mêmes.

Mieux : le cinéaste évite de tomber dans un angélisme béat. Le mode de vie des Amish, l’importance du travail manuel, la force de la communauté… Cette vie si anachronique éveille une douce nostalgie, l’envie d’une existence différente, plus simple, plus pure, plus honnête. Un vrai chant d’amour pour cette culture en dehors du temps. Mais en même temps, Weir n’atténue rien des limites de ces choix : de cette volonté de ne rien savoir des autres, de cette méfiance vis-à-vis de l’étranger…

Mais c’est dans les scènes quotidiennes que Witness est le plus beau. Dans cette magnifique séquence de travail collectif autour de la construction d’une grange notamment, d’une beauté à couper le souffle. Ou lorsque le flic échoué là redécouvre le travail du bois. Oui, parce qu’il y a un flic, que joue avec beaucoup de nuances et de sensibilité Harrison Ford, symbole de ce monde extérieur plein de violence.

On sent bien que Weir ne s’intéresse pas vraiment à son intrigue policière, et à ses flics ripoux (parmi lesquels Danny Glover) très caricaturaux. Toutes les séquences intermédiaires urbaines, rapidement expédiées, sont d’ailleurs, et de loin, les plus faibles du film. Le réalisateur ne leur accorde visiblement aucune importance, et il a bien raison : cette intrigue n’est qu’une manière de justifier l’irruption de ce flic honnête dans le quotidien des Amish.

Et l’histoire d’amour avec l’une d’entre eux, jouée par Kelly McGillis, terriblement émouvante dans un rôle quasiment muet. Entre Harrison Ford et elle, il y a d’évidence une attirance folle, un amour qui ne demande qu’à exploser (et qui le fait lors d’une courte scène sublime dans le crépuscule), mais aussi un fossé infranchissable. Deux univers radicalement différents qui se découvrent mais savent qu’ils sont incompatibles. Et c’est magnifique.

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