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Archive pour la catégorie '1980-1989'

Quelques jours avec moi – de Claude Sautet – 1988

Posté : 28 mars, 2020 @ 8:00 dans 1980-1989, SAUTET Claude | Pas de commentaires »

Quelques jours avec moi

Après l’échec de Garçon, Claude Sautet s’offre une sorte de nouveau départ avec son film suivant. Exit Jean-Lou Dabadie, le scénariste de ses plus grands succès. Sautet écrit Quelques jours avec moi avec Jacques Fieschi (et Jérôme Tonnerre), qui sera le scénariste de ses trois derniers films, sorte de triptyque informel et superbe, qui est aussi, de l’avis très éclairé de moi-même l’apothéose de sa carrière.

Avec Daniel Auteuil, qu’il retrouvera pour Un Cœur en hiverSautet trouve un nouveau double idéal, handicapé du sentiment très loin de ce qu’était Yves Montand. Auteuil chez Sautet, c’est un peu L’Etranger de Camus : un homme qui traverse sa vie comme un spectateur, étranger à lui-même et à ceux qui l’entourent. Profondément dépressif ? En manque total d’empathie ? Confronté à un ennui sidéral ? Tout ça, et rien de ça à la fois. Le personnage d’Auteuil est une énigme fascinante dont la passivité bouscule l’ordre bien étable, et qui révèle paradoxalement ce qu’il y a de meilleur chez les autres.

Héritier d’une grande chaîne de supermarchés, taciturne, sans plaisir ni déplaisir, là sans être vraiment là. A Sandrine Bonnaire, la femme de ménage vaguement délinquante, à qui il tend une sorte de guet-apens parce qu’il n’imagine pas simplement l’inviter, il fait ce début de confession : « Vous êtes la première personne à qui j’ai envie de parler depuis des années. »

Il est étranger, mais pourtant d’une disponibilité extrême, aussi naturel avec le très beauf Jean-Pierre Castaldi qu’avec le notable beau parleur Jean-Pierre Marielle. Attirant les extrêmes et la sympathie de tous comme par magie. Y compris celle de Vincent Lindon, qui s’étonne lui-même de ne pas être jaloux de celui qui passe pourtant ses journées et une partie de ses nuits avec celle qu’il aime.

Etrange électron libre, qui attire tout ce petit monde autour de lui, catalyseur des amitiés les plus improbables. Quelques jours avec moi est une œuvre à part dans la filmo de Sautet, qui laisse libre cours à un sens inattendu de la fantaisie. Au cœur du film, il y a notamment cette fête hallucinante, où se retrouvent petits délinquants et chef de police, patron et ouvriers, dans un immense appartement rempli de meubles de jardins. Hors du temps, hors des conventions.

C’est drôle, c’est envoûtant, c’est poignant aussi. Les acteurs sont géniaux. Marielle est immense, Auteuil gagne une dimension encore inédite. Bonnaire est d’une liberté insolente. Et en plus, il y a Danielle Darrieux, grande, même avec un rôle très secondaire. Quelques jours avec moi : un très grand Sautet, de ceux que l’on revoit avec un plaisir qui ne fait que croître.

La Nuit des juges (The Star Chamber) – de Peter Hyams – 1983

Posté : 25 mars, 2020 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, HYAMS Peter | Pas de commentaires »

La Nuit des juges

Michael Douglas n’est encore qu’une ancienne vedette de série télé (et un producteur oscarisé) lorsqu’il tient la vedette de ce petit thriller à la fois discutable sur le fond, et franchement séduisant sur la forme. Il y incarne un jeune juge malade de devoir libéré des accusés qu’il sait coupables, pour de simples raisons de procédures, et qui accepte de rejoindre un tribunal secret composé de juges qui ont décidé d’appliquer leur propre loi.

Le film flirte avec le vigilante movie, mais c’est pour mieux pointer du doigt les « imperfections » d’une justice personnelle et expéditive. Un peu comme si Un justicier dans la ville prenait subitement la route de Magnum Force. Sauf que, pas plus que dans ces deux films, le scénario ne fait pas franchement le choix de la nuance.

Que ce soit dans la première partie clairement destinée à nous asséner à quel point les jeux de prétoire sont déshumanisés, ou dans la dernière où c’est l’innocence de deux condamnés qui révèle au juge Michael Douglas son erreur, c’est à grands sabots qu’avance le film, et avec volupté qu’il passe à côté d’une vraie réflexion.

Cela étant dit, La Nuit des juges surprend et séduit à plus d’un titre. Parce que Michael Douglas est excellent, dans un rôle curieusement effacé. Et surtout parce que Peter Hyams y révèle des talents de cinéaste pictural qu’il ne confirmera pas toujours, dans une filmographie très inégale. Dès la première scène, course-poursuite à pied particulièrement immersive, jusqu’à la grande séquence finale étirée à l’extrême et franchement flippante, le réalisateur signe un film intense au rythme impeccable.

Un vrai film d’atmosphère aussi, grâce à l’utilisation esthétiquement très réussie de jeux de lumières, tamisées par les éléments de décors, qui plongent constamment les personnages dans une sorte de trouble bien à l’image du film. Belle surprise, au final.

Wall Street (id.) – d’Oliver Stone – 1987

Posté : 25 novembre, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, STONE Oliver | Pas de commentaires »

Wall Street

Il peut quand même être franchement bon, Oliver Stone. Et c’est décidément quand il s’attaque aux rouages les plus complexes du système ou de l’histoire américaine qu’il est le plus passionnant : quand il manipule les milliers de pages du rapport Warren pour en faire le film le plus enthousiasmant autour de l’assassinat de Kennedy (JFK, son chef d’œuvre), ou quand, comme ici, il décrit l’univers des traders et de la bourse new-yorkaise, avec son jargon totalement abscons et ses enjeux incompréhensibles.

C’est là que le talent du metteur en scène éclate. Pas tellement en rendant limpide ces enjeux et ce jargon (le magistral Margin Call de J.C. Chandor sera bien plus concluant sur ce registre): ils ne le sont pas. Mais en faisant ressentir l’opposition nettement plus simple du bien et du mal. Pour cela, Stone transforme ce drame boursier en quelque chose de parfaitement palpable : un jeune homme qui se construit est tiraillé entre les valeurs de son vrai père et l’attirance d’un père spirituel.

Le jeune homme, c’est Charlie Sheen, qui trouve l’autre rôle de sa vie devant la caméra de Stone, deux ans après Platoon. Le vrai père, et c’est une belle idée, c’est le vrai père de Charlie, Martin Sheen, très bien en incarnation de l’Américain moyen dans ce qu’il a de plus humble et généreux. Et l’autre, c’est bien sûr Michael Douglas, réjouissant en requin de la finance. C’est naturellement vers lui que va toute la lumière. C’est d’ailleurs lui qui décrochera l’Oscar.

Mais comme souvent, c’est dans l’ombre que se trouve la vraie valeur d’un film. Michael Douglas l’a bien mérité, son Oscar. Mais Charlie Sheen est assez remarquable dans un rôle nettement moins spectaculaire. Et ce qu’il y a de plus réussit dans le film, outre les scènes d’une énergie folle dans la salle des courtiers, c’est l’évolution toute en finesse du jeune loup plein d’ambition et d’arrogance, vers une libération pathétique.

Le message d’Oliver Stone est tranché, très tranché. On peut lui reprocher ce manichéisme et ce ton péremptoire que l’on retrouve souvent dans son cinéma. Mais c’est aussi sa force, cette colère et cette envie de s’engager, tout en signant un vrai spectacle. Avec Wall Street, il y arrive

Le Contrat (Raw Deal) – de John Irvin – 1986

Posté : 9 novembre, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, ACTION US (1980-…), IRVIN John | Pas de commentaires »

Le Contrat

Schwarzenegger, dans la dernière partie du film, débarque surarmé dans l’antre des méchants et dézingue tous ceux qu’il croise. Ce qui amène à une question : pourquoi donc ne commence-t-il pas par là ? Parce que s’il ne s’était pas mis en tête d’infiltrer le gang des méchants pour « faire tomber » ceux qui ont causé la mort du fils de son ami, on aurait gagné une bonne heure, totalement inutile.

Et puis, même si cette dernière partie est discutable, et même douteuse (on est quand même dans une ode décomplexée à une justice expéditive), c’est encore ce qu’il y a de moins ennuyeux dans ce ratage à peu près complet. Au moins s’amuse-t-on de la bêtise de ces hommes de main qui attendent bien sagement leur tour pour offrir leurs corps vulnérables aux balles de Schwarzie.

On est clairement dans le bas, voire les tréfonds, de la carrière de Schwarzie. Qui se cherche encore. D’ailleurs, entre le look tout en cuir de Terminator, et le massacre final aussi sanglant que celui de Commando, on sent bien l’influence des deux précédents succès de la star. Sauf que John Irving n’est pas James Cameron, que Le Contrat n’a pas le second degré rigolard de Commando, et que Schwarzenegger a encore à prouver qu’il peut être un vrai acteur, lorsqu’il n’est pas un robot tueur.

Dans cette production typique des années 80, où les personnages sont dénués de toute épaisseur, où la musique déborde, et où l’action est mollassonne, même lui paraît bien fade. Son charisme n’apparaît vraiment que dans une courte scène nocturne sur le tarmac d’un aéroport. C’est bien peu, mais le meilleur est à venir : son prochain film sera un certain Predator. Nettement plus classe, et Schwarzenegger y sera nettement plus intense.

Honkytonk Man (id.) – de Clint Eastwood – 1982

Posté : 10 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

Honkytonk Man

Clint Eastwood, chanteur de country dont le rêve se brise en même temps que sa voix sur la scène du mythique Grand Ole Opry… Voilà une image qui vous déchire le cœur, l’une des plus touchantes de tout son cinéma. Il faut dire qu’Eastwood cinéaste atteint ici l’un de ses premiers sommets, lui qui venait pourtant de signer Firefox, qui serait pour le coup plutôt à caler dans le bas de la pile… Ce n’est d’ailleurs pas un fait unique dans sa filmographie : dix ans plus tard, il enchaînera La Relève (nanar) et Impitoyable (chef d’œuvre).

Le grand écart est à peu près aussi important, entre les effets spéciaux cheap et dévorants du précédent, et la sensibilité et la simplicité de ce Honkytonk Man, film très personnel autant qu’hommage à l’âge d’or hollywoodien. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si c’est là l’une des rares occasions qu’Eastwood a eu de diriger un acteur de cet âge d’or : John McIntire, figure du cinéma de Raoul Walsh, Anthony Mann ou Henry Hathaway, vu dans une quantité de classiques de Appelez Nord 777 à Psychose.

Eastwood plonge dans cette Amérique de la Grande Dépression, qui est aussi celle de son enfance, lui qui a grandi dans la Californie des années 30. Avec ce film, Eastwood s’impose comme l’un des meilleurs héritiers d’un certain classicisme, celui de Walsh ou Ford, celui des grands espaces et des Raisins de la colère, celui du voyage et de la communauté qui se crée sur la route, thème que l’on retrouvait déjà dans Josey Wales ou Bronco Billy.

Entre le drame social et la comédie de mœurs, Eastwood trouve un ton original qui fait la particularité de son film. Surtout, sa belle voix douce et éraillée à la fois donne au film une atmosphère envoûtante. La musique a souvent été importante dans son cinéma, mais sa propre voix n’a sans doute pas été assez utilisée (il a chanté dans le western musical La Kermesse de l’Ouest et dans les bandes sons de Ça va cogner et Minuit dans le jardin du bien et du mal). Jamais en tout cas comme ici.

Entre deux épisodes quasi-comiques (le faux braquage raté, le bain contrarié par un taureau, le dépucelage du neveu joué par le propre fils de Clint, Kyle), le film est surtout marqué par la vision qu’Eastwood offre de cette Amérique qui oublie la Grande dépression dans les clubs ruraux (les Honkytonk), superbes séquences nostalgiques au rythme envoûtant. Et cette chanson qui donne son titre au film, qui plane sur les dernières images comme un rêve amer, et qui vous hante longtemps…

Jusqu’au bout du rêve (Field of dreams) – de Phil Alden Robinson – 1989

Posté : 8 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, COSTNER Kevin, FANTASTIQUE/SF, LANCASTER Burt, ROBINSON Phil Alden | Pas de commentaires »

Jusqu'au bout du rêve

Le base-ball comme symbole de l’innocence perdue, la nostalgie d’une certaine Amérique profonde… Il y a dans ce film des tas de choses qui pourraient agacer, ennuyer, ou faire fuir. Et pourtant, avec Field of dreams, Phil Alden Robinson réussit une sorte de miracle: tout fonctionne, tout est d’une justesse totale, l’émotion est constante, et forte. Avec ce film, le réalisateur un superbe conte à la Capra, trouvant une sorte d’alchimie que la suite de sa filmographie n’expliquera pas.

Kevin Costner, fermier paisible qui s’ennuie un peu dans ses terres reculées, qui entend des voix dans son champ de maïs… La scène qui ouvre le film aurait pu plomber l’ensemble du récit. Mais pour une raison que je n’arrive toujours pas à m’expliquer après quelques visions, cette image est belle, très belle. Et elle dégage d’emblée un parfum doucement nostalgique qui renvoie à l’enfance et vous prend aux tripes.

Et il est formidable, Costner, juste . Alors en pleine ascension (il n’allait pas tarder à tourner Danse Avec les Loups, son grand-œuvre), il est une incarnation parfaite d’une certaine Amérique : celle des rêves perdus, d’une certaine innocence. Le film valorise cet esprit d’auto-entreprise qui a accompagné la naissance de la nation. Et ce qui aurait pu être de la naïveté se transforme en une fable universelle autour de la figure du père, qui vous prend aux tripes pour ne plus vous lâcher.

Impossible de ne pas verser une larme devant ce face-à-face tant attendu entre Kevin et son père, figé pour l’éternité dans une jeunesse qu’il n’a jamais connue, sur ce terrain de base-ball créé au milieu des champs de maïs pour apaiser les fantômes de joueurs morts depuis longtemps (un beau rôle pour Ray Liotta). Impossible aussi de ne pas vibrer devant la dernière scène d’un Burt Lancaster en fin de carrière, qui disparaît avec une douceur ouatée dans un ailleurs qu’on ne peut qu’imaginer. Un beau film, en état de grâce…

Appel d’urgence (Miracle Mile) – de Steve De Jarnatt – 1988

Posté : 19 juin, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, DE JARNATT Steve, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Appel d'urgence

Un coup de foudre dans un zoo, un rendez-vous manqué, un téléphone qui sonne dans une cabine téléphonique, et une voix au bout du fil qui annonce que des missiles nucléaires vont tomber sur Los Angeles dans la nuit… Et voilà comment une soirée qui commençait bien tourne au cauchemar.

Jusqu’aux dernières minutes, on se demande vraiment à quoi on assiste : avec cette errance désespérée d’un homme dans la nuit, Steve De Jarnatt (éphémère cinéaste prometteur) signe-t-il un vrai film apocalyptique, ou le portrait d’un type un peu naïf qui déclenche une vague de paranoïa ravageuse ? Dans les deux cas, le film bouscule, interroge avec son esthétisme très datée eighties, et finalement séduit.

La paranoïa est teintée d’une sacrée dose d’ironie, avec ces personnages parfois à la limite de la caricature. Le « héros » en tête : Anthony Edwards, future vedette de la série Urgences, dépositaire malgré lui d’un secret trop lourd, et déclencheur toujours malgré lui d’une série de cataclysmes.

Entre deux tons, le film n’est jamais vraiment confortable. Ce qui, finalement, est plutôt une bonne chose. Mais il oscille aussi entre une approche réaliste et une urgence pas toujours très crédible. La naissance de la paranoïa, et la perte de toute convention sociale : des sujets passionnants et ambitieux, que De Jarnatt condense en 90 minutes à peine, rendant le propos caricatural.

Finalement, Miracle Mile trouve un équilibre fragile et bancal entre le film culte et le nanar, penchant in fine vers la première option. Tout juste.

Black Rain (id.) – de Ridley Scott – 1989

Posté : 8 juin, 2019 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, SCOTT Ridley | Pas de commentaires »

Black Rain

C’était quand même très bien, le cinéma de Ridley Scott, avant que le gars ne prenne le melon. Aujourd’hui, je suis tout surpris quand, par hasard, je tombe sur l’un de ses films qui me procure un vrai plaisir (Seul sur Mars). Il y a quelques décennies de ça, il enchaînait les films mémorables avec une envie de cinéma qui emportait systématiquement l’adhésion. C’est le cas avec ce polar presque banal sur le papier, mais totalement réjouissant.

Pour le coup, Scott se la joue presque humble, même, revendiquant ouvertement la parenté de son film avec Yakuza, que Sydney Pollack a réalisé quinze ans plus tôt, et dont il reprend l’un des acteurs principaux, Ken Takakura, dans un rôle comparable. Il y joue un policier japonais chargé de chaperonner deux flics américains qui ont laissé échapper le dangereux prisonnier qu’ils escortaient, joués par Michael Douglas (tout juste oscarisé pour Wall Street) et Andy Garcia (qui n’allait pas tarder à connaître l’apogée de sa carrière avec Le Parrain 3).

Pourtant, c’est à un film d’un tout autre genre que Black Rain fait furieusement penser : à Blade Runner, le chef d’œuvre de Ridley Scott, dont ce polar nerveux reprend en partie l’esthétique, et la vision de la mégalopole absolue que représente ici Tokyo. Sept ans après, c’est comme si Scott imaginait une sorte de prolongement de son classique de la SF dans l’univers du polar contemporain.

C’est esthétisant à souhait, avec ses néons omniprésents et ses volutes de fumée. Mais loin de se cantonner à un exercice de style qui aurait pu être vain, ce mélange des genres s’avère fascinant, et d’une efficacité redoutable. Ces images envoûtantes et parfois presque irréelles soulignent parfaitement le sentiment que ces deux flics sont des intrus dans cette société japonaise dont ils n’ont ni les manières, ni les codes.

Cette confrontation des cultures n’a rien de nouveau. De French Connection 2 à L’Année du Dragon, le polar est même un genre idéal pour développer ce thème. Mais il y a derrière l’esthétisation extrême du cinéaste une efficacité absolument imparable, qui éclate lors d’une séquence particulièrement tendue – et traumatisante – de mise à mort dans les couloirs déserts d’un centre commercial.

Black Rain est un pur polar, rien de plus au fond. Et cette modestie sied parfaitement à un Ridley Scott, jamais aussi bon que lorsqu’il s’attaque au film de genre, sans chercher à réaliser son grand-œuvre définitif. Le film est d’ailleurs souvent oublié lorsqu’on évoque sa filmographie. Injustement : Black Rain fait partie de ses plus grandes réussites.

Les Nuits de la pleine lune – d’Eric Rohmer – 1984

Posté : 6 juin, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, ROHMER Eric | Pas de commentaires »

Les Nuits de la pleine lune

Eric Rohmer représente une sorte de terre inconnue pour moi. D’abord parce que sa filmographie m’est très largement inconnue encore (mais il est grand temps que je rattrape mon retard conséquent), et puis parce qu’il filme, au moins ici, des personnages à peu près aux antipodes de ma propre vie.

Il faut donc un peu de temps pour rentrer dans cet univers. Mais pas trop. Parce que Rohmer, avec ces incarnations de cette jeunesse parisienne branchée des années 80, touche à une certaine forme d’universalité. A travers le personnage de Pascale Ogier surtout, jeune femme qui revendique sa vision personnelle de la liberté, pour mieux cacher une sorte de malaise face à cet entre-deux que représente le passage de l’adolescence à l’âge adulte.

Elle le dit elle-même : elle ne se sent pas adulte. Et quand l’idée d’avoir un enfant est évoquée, elle la balaye rapidement. Un enfant ? OK avant 16 ans, si l’envie est très forte, ou après 30 ans, quand on est installé. Sous-entendu : la vraie vie, c’est entre ces âges qu’il faut la dévorer. Une vision qui n’a que l’apparence de l’insouciance. Parce que plus les mois passent, plus la jeune femme vit comme elle le souhaite, plus le trouble grandit.

Son truc à elle, pour renforcer le couple qu’elle forme avec Tcheky Karyo (très différent d’elle : brut, casanier, très physique), c’est de s’aménager des moments de solitude. L’appartement conjugal est en banlieue, dans la ville nouvelle de Marne la Vallée ; mais elle possède un appartement à Paris, « le cœur du pays », où elle peut se retrouver seule. Et sortir, avec son ami Fabrice Lucchini, très dans le dialogue mais aussi très avide de coucher avec elle.

Et si Rohmer touche à l’universalité avec ce film, c’est parce que l’univers très branché, et très parisien dans lequel évoluent ses personnages ne change rien à la vérité profonde des sentiments humains. Louise (Pascale Ogier) vit dans une forme d’illusion : dans cette vision fantasmée qui lui permettrait de compartimenter ses relations, et les différents aspects de sa vie. Une forme de naïveté qui lui vaudra une sacré baffe, comme un passage un peu brutal à l’âge adulte.

Il y a dans ce Rohmer son éternelle gourmandise pour les dialogues fins et précis. Mais aussi, plus inattendue, un esprit très années 80, symbolisé notamment par les chansons d’Elli & Jacno qui rythment le film. Et puis une interprétation absolument parfaite, à commencer par celle de Pascale Ogier. La jeune actrice, qui allait disparaître tragiquement quelques mois plus tard, est de toutes les scènes, ou presque. Et elle est formidable.

Les Nuits de la pleine lune est le quatrième des six films du cycle « Comédies et proverbes » de Rohmer, qui s’inspire d’un soi-disant proverbe champenois : « Qui a deux femmes perd son âme, qui a deux maisons perd sa raison ». Totalement inventé par le maître, bien sûr…

Halloween 5 : la revanche de Michael Myers (Halloween 5 : The Revenge of Michael Myers) – Dominique Othenin-Girard – 1989

Posté : 28 mai, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, FANTASTIQUE/SF, OTHENIN-GIRARD Dominique | Pas de commentaires »

Halloween 5

Ben v’là-t-y pas que Michael Myers n’est pas mort ! Dessoudé et enterré sous des tonnes de gravats à la fin du précédent épisode, le croquemitaine laissé pour mort s’en est tiré. Et Dominique Othenin-Girard (qui ?) se croit obligé de nous montrer comment il a fait, dans une courte scène inaugurale qui donne le ton.

Dominique Othenin-Girard : un nom que l’on n’associe (quand on l’associe) à peu près qu’à ce Halloween 5, qui ne lui a pas fait une carte de visite franchement efficace… Pas qu’il manque d’ambition, ni même d’une certaine vision. Mais quoi qu’il fasse, le réalisateur tape à côté. Rien ne marche vraiment dans cet opus qui échoue surtout au seul endroit où on l’attendait vraiment : dans sa capacité de faire peur.

Étrange parti pris du réalisateur, qui semble prendre le contre-pied systématique de Carpenter. Sans doute le singer aurait-il été une erreur aussi grande, mais en refusant d’appliquer le code du bon réalisateur de film de frousse lambda, Othenin-Girard échoue constamment à flanquer cette frousse qu’on attend pourtant. En dévoilant d’emblée l’emplacement de Michael Myers dans les scènes de suspense, en refusant même la surenchère gore… Des parti-pris louables, a priori, mais qui rendent la chose d’une platitude extrême.

Le réalisateur semble plus intéressé à tenter d’amener la saga vers autre chose. Vers la comédie même, avec un duo de flics décalés mais mal utilisés. Voire vers le surnaturel plus affirmé, avec cette apparition d’un homme mystérieux qui vaudra un final inattendu… et inabouti.

Quant à Danielle Harris, la jeune actrice qui était le meilleur atout de Halloween 4, elle est confinée dans un mutisme qui ne porte pas vraiment le personnage vers des sommets.

Finalement, c’est une nouvelle fois le Dr Loomis, alias Donald Pleasance, qui tire le mieux son épingle du jeu. Plus psychotique que jamais, plus barré, plus malsain, plus odieux, plus dérangé… C’est lui, paradoxalement, qui fait le plus peur dans ce film.

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