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Archive pour la catégorie '1970-1979'

Playitagain participe au Steadyzine

Posté : 21 mai, 2015 @ 4:11 dans 1970-1979, NEWS | 1 commentaire »

Steadyzine

J’ai eu le plaisir de collaborer au cinquième numéro de cet excellent webzine dont l’iconographie est assez impressionnante (je n’y suis pour rien). Le thème de cette nouvelle mouture : les années 70, versant cinéma de genre. Du polar, du gore, du culte, du classique, du bis… Bref, de saines lectures en perspective !

Suffit de cliquer ici.

Chinatown (id.) – de Roman Polanski – 1974

Posté : 20 avril, 2015 @ 3:47 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, POLANSKI Roman | Pas de commentaires »

Chinatown

Plus d’un réalisateur a tenté de retrouver la magie des films noirs de la grande époque, perdue après le Vertigo de Hitchcock. Mais Polanski est l’un des rares (le seul ?) à y être parvenu avec ce chef d’oeuvre miraculeux qui nous replonge dans une décennie bénie pour le noir : les années 40.
Sombre et complexe, brute et ambiguë, c’est une fascinante plongée dans les méandres de la politique, des affaires et de la pègre de L.A., avec une enquête pleine de double-tiroirs et de faux-semblants. On jurerait que l’histoire est tirée d’une Série Noire ou d’un roman à la Hammett. Mais non : c’est un scénario original, signé par un Robert Towne en état de grâce, d’une richesse et d’une intelligence infinies. Une merveille complexe et audacieuse dont Polanski tire le meilleur.

Le « héros » lui-même est formidable : détective à la Sam Spade (ses rapports avec le flic interprété par Perry Lopez rappellent ceux entre Bogart et Ward Bond dans Le Faucon Maltais), en plus minable, condamné à enchaîner les affaires d’adultère avec une lassitude qui confine à l’écœurement, Jake Gittes est un personnage fascinant. Un loser magnifique aux méthodes douteuses, mais à l’intégrité totale. Un pur personnage de noir, donc, que Polanski s’amuse à filmer durant une grande partie du film avec un énorme pansement sur le nez (la faute à une rencontre douloureuse avec un petit teigneux interprété par Polanski lui-même)…

Autour de lui, les notables et « gens de la haute » qu’il côtoie révèlent peu à peu leurs vérités cachées et honteuses. Et c’est une faune incroyablement glauque que l’on découvre alors, avec les pires travers imaginables cristalisés autour des rapports entre la divine Faye Dunaway et son digne père incarné par John Huston (le réalisateur du Faucon… pas un hasard !).

Le film est une réussite sur tous les plans : la musique envoûtante, la reconstitution du L.A. des années 40, la force des dialogues (« She’s my sister… She’s my daughter »), la puissance de l’interprétation jusqu’aux seconds rôles (Burt Young en cocu)… Tout contribue à faire du film un chef d’oeuvre, au rythme parfait et parsemé de scènes inoubliables : le jardinier chinois qui s’active autour du bassin (« bad for water »), Jack Nicholson guettant l’arrivée de l’eau, Faye Dunaway apparaissant derrière un Nicholson hilare, le face-à-face tendu avec un inquiétant John Huston… Jusqu’à la dernière séquence, exceptionnelle et traumatisante. « Forget it Jake, it’s Chinatown. »

French Connection 2 (id.) – de John Frankenheimer – 1975

Posté : 1 avril, 2015 @ 4:29 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, FRANKENHEIMER John | Pas de commentaires »

French Connection 2

Voir French Connection 2 en version française, c’est replonger dans un pan pas si lointain de la cinéphagie made in France. Cette période où les films en noir et blanc étaient colorisés, où le cinémascope était tronqué pour épouser au plus près les douces formes d’une télé 4/3, et où quoi qu’il arrive l’idée de sous-titrer un dialogue était la pire des aberrations.

C’est grâce à cette idée qu’on a pu voir Gene Hackman tenter en vain de se faire comprendre (dans un excellent français, donc, même si mâtiné d’un accent ricain du plus bel effet) par un loubard dans un commissariat français lancé lui aussi dans un dialogue de sourd (en français aussi, donc, mais dans le texte, lui). Vous suivez ? J’avoue avoir été un peu largué à l’époque, le jeune ado que j’étais se demandant pourquoi ces deux braillards ne se comprenaient pas.

Toute une époque, donc : une décennie plus tard, en se basant strictement sur le même procédé (un Américain perdu dans une France des bas-fonds dont il ne comprend pas la langue), Polanski et son Frantic auront la chance de ne pas subir le même genre de doublage hallucinant. Mais c’est bien le même principe qui est en jeu dans cette suite qui prend habilement le contre-pied du chef d’oeuvre originel.

C’est bien ce qui frappe le plus dans cette suite très réussie : le parti-pris radical de prendre systématiquement le contre-pied du film de Friedkin. Et c’est le personnage de Popeye Doyle qui en fait les frais : parfaitement dans son élément dans les bas-fonds new-yorkais, il se retrouve totalement largué et à côté de la plaque dans ce Marseille dont les similitudes apparentes avec New York sont toutes trompeuses.

Qu’il tente d’appliquer ses méthodes habituelles de flic jusqu’au-boutiste, et c’est une catastrophe qui s’ensuit. Qu’il se lance dans une quête solitaire de son ennemi intime (Fernando Rey toujours), et cela devient une errance sans fin et sans résultat dans les rues de Marseille… Finalement, Doyle le tenace est transformé en un simple pion dont jouent ses homologues français (parmi lesquels l’excellent Bernard Fresson et l’inénarrable Jean-Pierre Castaldi, du temps où il avait une carrière), spectateur finalement totalement passif des événements.

Plus fort encore, Frankenheimer consacre près de la moitié de son métrage à la désintoxication brutale de son « héros », transformé en héroïnomane par ceux qu’il pensait traquer. Assez gonflé, quand même, quand on se souvient de quel polar urbain, brut, violent et spectaculaire il est la suite directe.

Le film de Friedkin était dominé par une poursuite hallucinante entre une voiture et un métro. On imaginait mal cette suite faire l’impasse sur une nouvelle poursuite. Celle qui finit par arriver in extremis est, elle aussi, totalement inattendue. Au bruit et à la fureur de la séquence d’anthologie de Friedkin, tournée au péril de sa vie (et de celles des passants) sans autorisation de tournage dans des rues noires de monde, Frankenheimer préfère un silence presque irréel : une course poursuite entre Doyle à pied et hors de souffle et… un voilier, le long d’une marina déserte.

Finalement, du classique instantané de Friedkin, Frankenheimer a surtout gardé un élément : la volonté de bousculer le spectateur, ce qu’il fait d’une manière absolument magistrale.

Suspiria (id.) – de Dario Argento – 1977

Posté : 1 avril, 2015 @ 4:12 dans 1970-1979, ARGENTO Dario, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Suspiria

Argento a déjà signé quelques monuments du cinéma d’épouvante, lorsqu’il s’attelle à Suspiria. Mais ce film marque un nouveau départ pour le cinéaste italien, qui touche pour la première fois au fantastique, dimension dont il ne se départira quasiment plus par la suite.

Les ressors de la peur ne sont pourtant pas très différents de ses précédents films, jouant tout à la fois sur des effets faciles (apparition soudaine d’éléments extérieurs dans le cadre…) que sur l’élaboration d’une atmosphère d’angoisse perpétuelle. Et c’est là que l’art d’Argento est le plus élaboré, et le plus impressionnant.

Pour créer cette atmosphère presque irrespirable par moments, tous les moyens sont bons : attarder la caméra sur des jeux d’ombre dont les formes mouvantes se font menaçantes au gré de l’imagination du spectateur, baigner ses décors baroques dans des lumières bleues ou rouges vives et tranchantes (le film est l’un des derniers à utiliser le Technicolor), et saturer la bande son d’une musique électro stridente qui crée un sentiment de malaise et d’inconfort constant.

Avec Suspiria, Dario Argento s’impose comme un double transalpin du John Carpenter (l’élégance en moins) ou du Brian De Palma (le grand-guignol en plus) de cette époque : des cinéastes qui jouent sur les peurs enfantines. Devant sa caméra, les divagations de Jessica Harper (vue justement dans Phantom of the Paradise de De Palma) dans les couloirs de l’académie de danse qui sert de décors au film évoquent une version gore et traumatisante du pays des merveilles d’Alice.

On aurait envie de rire des personnages parfois trop caricaturaux, des effets parfois grotesques… On aurait envie de s’agacer de la simplicité de l’intrigue (juste un mystère, opaque, autour de morts violentes au sein de cette académie de danse)… Envie de dire que ces meurtres brutaux, ces gueules improbables, cet ésotérisme maléfique, on les a vus mille fois déjà. Mais on est trop oppressés, trop effrayés pour cela.

C’est too much bien sûr, mais quelle trouille ! Argento utilise tous les moyens à sa disposition pour arriver à ses fins : balader le spectateur, et le conduire au coeur du sentiment dominant de sa filmographie, la peur, profonde, lancinante, traumatisante…

Quintet (id.) – de Robert Altman – 1979

Posté : 26 février, 2015 @ 5:44 dans 1970-1979, ALTMAN Robert, FANTASTIQUE/SF, NEWMAN Paul | Pas de commentaires »

Quintet

L’unique incursion d’Altman et de Newman dans la science-fiction est une œuvre d’un pessimisme et d’une noirceur extrêmes, un film post-apocalyptique à peu près totalement dénué d’espoir… à l’exception de l’apparition fugitive d’une simple oie sauvage survolant les étendues glacées de ce monde mort.

Dans cette micro-société installée dans les ruines d’une ville prise dans la glace, les derniers vestiges d’humanité et de société explosent littéralement devant la caméra d’Altman, et l’avenir avec. Le monde que le cinéaste décrit est terrifiant : recouvert de neige et de glace, où la notion de famille et d’amitié a disparu, ou plus personne ne naît, ou les cadavres sont laissés aux chiens qui rodent comme les vautours dans un ancien temps dont personne ne semble se souvenir… une sorte de dernier carré désabusé qui attend la fin de l’humanité comme une délivrance.

Un film glacial dans tous les sens du terme, pas loin de l’abstraction, entièrement basé sur un jeu totalement obscur, dont la vérité cachée ne sera dévoilée qu’à la fin du film, sans qu’elle apporte grand-chose d’ailleurs.
Scénar un peu léger quand même, et musique pas toujours très inspirée. Mais Altman, en choisissant le dépouillement et la quasi-absence de couleur (seul le rouge du sang vient percer le blanc omniprésent), réussit à instaurer une ambiance assez fascinante.

Le cinéaste retrouve étrangement des motifs qu’il avait déjà utilisés dans John McCabe, western lui aussi pessimiste mais nettement moins austère : la neige, le jeu comme refuge, l’homme traqué… Dans le rôle principal, Paul Newman en fait tellement peu qu’il est formidable, tout comme Bibi Andersson, qui apporte une vraie complexité à un personnage sans grande vie apparente.

• Le film est édité en DVD dans la collection Universal Classics.

Le Duel des héros (Draw !) – de Steven Hilliard Stern – 1976/1984

Posté : 6 février, 2015 @ 6:16 dans 1970-1979, 1980-1989, DOUGLAS Kirk, STERN Steven Hilliard, TÉLÉVISION, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Duel des héros

Il y a une petite incertitude, quant à l’origine de ce film. Il semble que ce western ait été tourné en 1976 pour la télévision, mais qu’il ait eu droit à une petite carrière sur grand écran huit ans plus tard. Information à prendre toutefois avec beaucoup de précaution…

Ce qui semble plus sûr, par contre, c’est que le sujet ait été apporté par Kirk Douglas, et que l’acteur, clairement pas dans la période la plus glorieuse de son immense carrière, ait longtemps cherché à l’interpréter au côté de son vieux complice Burt Lancaster. Finalement, c’est à James Coburn qu’il donne la réplique. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le pauvre sent à plein nez le « choix bis », dans un rôle écrit pour un acteur de l’âge de Douglas (Coburn a 12 ans de moins, et la différence d’âge est flagrante).

Mais le principal problème du film, c’est l’incapacité du réalisateur à opter pour un ton précis : son western est-il noir et réaliste, ou flirte-t-il avec la parodie ? A force de ne pas choisir, Stern n’est jamais réellement convaincant.

L’histoire, pourtant, était assez originale et pleine de promesses : un vieux pistolero rangé des affaires se réfugie dans l’hôtel d’une petite ville après avoir tué un shérif en légitime défense. Alors que la population veut le lyncher, un ancien homme de loi débarque : un homme qui l’a longtemps poursuivi, avant de déposer les armes et de devenir alcoolique…

Le Duel des héros n’est pas un ratage absolu : on est toujours heureux de revoir ce vieux Kirk, toujours très en forme malgré ses 60 ans bien tapés. Mais Coburn, aussi sympathique soit-il, n’est clairement pas du même niveau. Et le film manque cruellement d’une quelconque unité. Comme si Stern était aussi tenté par Une corde pour te pendre (le premier western de Douglas) et Cactus Jack (une parodie du genre, tournée à la même époque).

• Sidonis fait les fonds de tiroir, cette fois, pour son incontournable collection « Westerns de Légende ». En bonus : une simple présentation par Patrick Brion.

Passeur d’homme (Passage) – de Jack Lee Thompson – 1979

Posté : 31 décembre, 2014 @ 12:01 dans 1970-1979, THOMPSON Jack Lee | Pas de commentaires »

Passeur d'hommes

Avec Les Canons de Navarone, Jack Lee Thompson s’est imposé comme l’un des spécialistes du film de guerre à grand spectacle qui a cartonné dans les années 60 et 70, avec des films souvent plus explosifs que vraiment convaincants. Mais Thompson a aussi à son actif quelques grandes réussites, comme Les Nerfs à vif, première version. Des nanars aussi, beaucoup. Et dans la première demi-heure, on se demande vers quel versant Passeur d’homme va pencher…

Dans la première partie, c’est surtout le curieux montage qui surprend, avec un étrange parti-pris, qui nous prive systématiquement de la fin des scènes pour passer autre chose. Ça combiné à une caméra portée à l’épaule « pour faire plus dynamique » donne une désagréable sensation d’œuvre brouillon… qui disparaît aussi mystérieusement qu’elle est venue.

Car au bout d’une demi-heure, le ton singulier du film s’affirme, son style visuel s’épure pour atteindre une sorte de classicisme assez élégant, et une épure qui convient bien aux paysages enneigés des Pyrénnées. C’est une histoire d’hommes que filme Thompson, pas une histoire d’héroïsme. Et ce parti-pris, il le tient presque jusqu’au bout : à peine peut-on regretter le SS un peu caricatural joué avec délectation par Malcolm McDowell (qui va jusqu’à porter un slip marqué de la croix gammée).

Pour le reste, Thompson se concentre sur l’essentiel : la cohabitation d’un berger rustre au passé mystérieux avec un savant américain et sa famille, recherchés par les nazis, et qui tentent de passer en Espagne en traversant les montagnes. Dans le rôle du savant, James Mason est très bien, sans forcer son talent. Mais c’est surtout sa fille, jouée par Kay Lenz (l’inoubliable Breezy de Clint Eastwood) qui frappe la rétine. Et Anthony Quinn dans le rôle du passeur, d’une sobriété admirable, apporte une authenticité et une intensité rares à son personnage.

Il y a bien quelques excès malheureux, sans doute destinés à rassurer les producteurs et à alimenter en images spectaculaires la bande annonce (l’attaque ridicule du train, avec ces wagons qui explosent sans raison dans d’immenses gerbes de feu). Mais le film surprend surtout par sa puissance et sa sobriété. Et par sa volonté de dévoiler les humanités qui se dissimulent derrière des masques en ces temps de guerre : celle d’Anthany Quinn, mais aussi celle d’un simple soldat allemand, forcé de participer à un massacre commis par les siens.

Loin des stéréotypes habituels du genre, et malgré quelques défauts évidents, Passeur d’hommes est une bien heureuse surprise.

• Le film vient de sortir en DVD chez Sidonis/Arcadès, dans la collection « classique de guerre », avec une présentation par Patrick Brion (visiblement pas fan du film, qui se contente essentiellement d’évoquer la carrière de Jack Lee Thompson) et un long documentaire sur Anthony Quinn, qui date visiblement de pas mal d’années.

Aguirre, la colère de Dieu (Aguirre, der Zorn Gottes) – de Werner Herzog – 1972

Posté : 10 décembre, 2014 @ 2:48 dans 1970-1979, HERZOG Werner | Pas de commentaires »

Aguirre la colère de dieu

Documentariste génial, auteur de quelques fictions restées confidentielles, Werner Herzog trouve son alter ego monstrueux qui lui inspire son premier grand classique, une oeuvre hallucinante et fascinante dont Klaus Kinski est l’incarnation délirante. Difficile de dissocier le cinéaste et l’acteur quand on évoque Aguirre, tant la folie de l’un semble avoir imprégné l’autre. La seule question semblant être : qui imprègne qui ?

Les deux hommes en tout cas, dont on connaît les relations tourmentées, atteignent une dimension presque mystique avec ce film. L’acteur devient une icône après des années de seconds rôles et de séries B, C… voire Z. Quant à Herzog, c’est un cinéma presque total qu’il livre ici. Sans grand moyen apparent, uniquement en décors naturels, délaissant volontairement tous les artifices habituels du cinéma d’aventure, il signe une lente avancée vers nulle part, où l’art cinématographique ne dépend plus de rien d’autre.

L’histoire est résumée à un contexte : au 16ème siècle, un petit groupe de conquistadors s’enfonce dans la forêt vierge, à la recherche du mythique Eldorado. En confrontant ces hommes avides à la nature immense et menaçante qui les entoure (les Indiens restent constamment invisibles, comme si c’était la forêt qui s’attaquait à eux), le cinéaste cerne mieux qu’avec de grands moments debravoures ou de longs dialogues l’isolement de plus en plus insupportable, et la folie qui guette, jusqu’à tout envahir.

On n’est pas prêt d’oublier cette ultime image d’Aguirre seul sur son canot envahi de singes, continuant à faire des plans pour trouver cet Eldorado mythique et atteindre à la gloire, à l’immortalité.

Les Rescapés du Futur (Future World) – de Richard T. Heffron – 1976

Posté : 10 décembre, 2014 @ 2:45 dans 1970-1979, FANTASTIQUE/SF, HEFFRON Richard T. | Pas de commentaires »

Les Rescapés du futur

Mondwest avait été l’un des grands succès de 1973, son habile mélange de science-fiction et de western, inédit jusque là, lui valant même l’objet d’un petit culte qui reste vivace quarante ans plus tard. Un statut un peu usurpé, l’idée de départ étant nettement plus excitante que le film lui-même. Malgré ce concept plein de possibilités, une suite était-elle nécessaire ? Après avoir ce Future World, la réponse est claire : non, en tout cas pas cette suite-là.

Le film a le même problème que l’original : il se base sur une idée forte, dont les scénaristes, au fond, ne savent pas vraiment quoi faire. Résultat : une heure quinze de pas grand-chose et de pseudo-mystère (perso, j’ai compris en dix minutes à peine que les invités prestigieux du parc d’attraction allaient être remplacés par des « copies »), et quinze minutes d’affrontements mous du genoux avec quand même une deuxième idée forte, l’opposition des deux héros et de leurs clones respectifs.

Le film de Crichton avait quand même des personnages intéressants, et faisait monter l’angoisse crescendo avec ce robot frustré incarné par Yul Bryner. Ici, rien de tel. Les personnages sont mal dessinés, et Peter Fonda et Blythe Danner n’y peuvent rien. Crichton, lui, s’est totalement retiré du projet, mais recyclera son idée de parc futuriste tournant au carnage dans un roman qui connaîtra un petit succès : Jurassic Park.

Et puis il y a un aspect totalement impardonnable dans Future World : avoir ressorti des cartons le déjà iconique « gunslighter » pour une unique raison, placer le nom et la trombine de Yul Bryner en bonne place (voire la première) sur les affiches et la bande annonce. Forcément, on attend le truc de scénariste qui va réanimer le robot tueur. Mais non : le pauvre Yul n’apparaît que quelques minutes pénibles dans une séquence de rêve aussi inutile que grotesque. Et dire que c’est la dernière apparition de Bryner au cinéma… Cruel !

• Le film a été édité récemment chez Sidonis, avec le nom et le visage de Yul Bryner occupant la première place sur la jaquette…

Valdez (Valdez is coming) – de Edwin Sherin – 1971

Posté : 30 novembre, 2014 @ 4:51 dans 1970-1979, LANCASTER Burt, SHERIN Edwin, WESTERNS | Pas de commentaires »

Valdez

Il ne faut pas longtemps pour réaliser qu’on est dans un western définitivement à part dans l’histoire du genre. Dès les premières images, foule désordonnée dans un décor poussiéreux et sec, le ton paraît inédit. L’entrée en scène de Burt Lancaster en vieux métis américano-mexicain ne fait que renforcer cette sensation. Ancien tueur d’Indien devenu assistant occasionnel du shérif (mais seulement trois jours par semaine, et seulement dans le quartier mexicain), cet homme fatigué et marqué trimballe sa lassitude et son dégoût face au traitement réservé aux noirs, aux Indiens, et à lui-même…

Alors quand il est amené à tuer le noir qu’il tentait de sauver du lynchage, et quand le grand propriétaire cynique (méchant incontournable du genre) préfère l’humilier plutôt que de donner les 100 dollars qu’il lui demandait pour la veuve de sa victime, c’est le déclencheur d’années de rancoeurs, d’humiliations et d’injustices…

Burt Lancaster n’est pas à l’origine du film. Mais il a porté à bout de bras cette histoire signée Elmore Leonard, dans laquelle on retrouve ses thèmes de prédilection : l’injustice raciale, la vengeance… Un rôle taillé sur mesure pour l’interprète de Bronco Apache, dont les choix de films, souvent passionnants, se font aussi de plus en plus politiques au fil des ans.

Le rôle de Lancaster est primordial. Parce que son personnage, hors du commun, est quasiment omniprésent, et qu’il lui donne une intensité assez incroyable (malgré quelques petits passages où la lassitude, et l’accent mexicain, paraissent un peu too much). Et parce qu’il s’est entouré de collaborateurs qu’il connaît bien, à commencer par le scénariste Roland Kibbee (dont on ne sait pas vraiment ce qu’il a gardé de la première mouture signée David Rayfield), déjà auteur de Vera Cruz.

Et comme le classique d’Aldrich, Valdez bénéficie d’un scénario exceptionnel qui, sous les allures d’un survival assez classique, aborde des thèmes rarement évoqués dans le western, et avec une volonté de réalisme et d’intransigeance encore plus rare. Mexicain opprimé, Valdez a lui-même été du côté des oppresseurs. L’homme de main du grand propriétaire est un être brutal et cruel, mais que le courage et le passé de sa proie finiront par ébranler. Et que dire du personnage féminin (Susan Clark), fiancée trop consciente des crimes de son fiancé ?

Dommage que Lancaster ne se soit pas attaché les services de Pollack, autre collaborateur habituel à cette époque, un temps évoqué pour la mise en scène. Car si Valdez n’atteint pas le statut d’un vrai chef d’oeuvre, c’est qu’il manque la patte d’un grand cinéaste, qui aurait apporté une cohésion au film. Il y a bien quelques authentiques moments de grace (le superbe travelling lors de l’arrivée du chariot au début du film, les scènes de poursuite lorsque la brume semble tout envelopper…). Mais il y a aussi beaucoup de plans plus maladroits, moins fluides, qui cassent un peu le rythme.

D’ailleurs, après une première demie-heure formidable, il y a un gros ventre creux lorsque le film se transforme en chasse à l’homme (selon une logique dont Stallone s’est sans doute inspirée en écrivant le premier Rambo). Jusqu’à un dénouement absolument génial, que n’aurait pas renié un certain Tarantino, qui a lui aussi été plus que probablement influencé par Valdez, dont le Django unchained serait une sorte de descendant enragé…

• Le film fait partie de la collection Western de Légendes chez Sidonis. Avec un portrait de Lancaster et des présentations par Bertrand Tavernier (très personnelle et très érudite, comme toujours), Patrick Brion et Yves Boisset.

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