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Archive pour la catégorie '1970-1979'

Columbo : Le Livre témoin (Columbo : Murder by the book) – de Steven Spielberg – 1971

Posté : 19 janvier, 2017 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, SPIELBERG Steven, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Columbo Le Livre témoin

On pourrait essayer de voir des signes, tenter de détecter le génie du futur réalisateur de Duel ou Jaws, se dire que, quand même, le jeune Spielberg a fait sien l’univers de Columbo. On pourrait. On aurait d’ailleurs toutes les raisons de le faire : ce premier “vrai” épisode de la série (après un téléfilm réalisé en 1967 et un pilote officiel réalisé par un autre), est mené sans la moindre baisse de régime, et réserve un suspense remarquable.

Mais il s’agit bien d’un film de commande pour Spielberg, réalisateur plein de promesses qui a encore tout à démontrer. Et son talent est entièrement au service d’une machine hyper-efficace et déjà bien rodée. Le montage, la musique, l’interprétation suave de Jack Cassidy, et bien sûr le scénario qui réserve la première demi-heure à la mécanique d’un meurtre que le célèbre inspecteur devra décortiquer par la suite… Reconnaissons que rien n’annonce l’univers de Spielberg dans ce bon épisode d’une série très datée 70s mais toujours fort sympathique.

Finalement, le fait que Spielberg, dans ses débuts, ait apporté sa pierre à cet édifice, est surtout l’occasion de renouer avec cette série culte qui a bercé l’enfance de plus d’une génération.

L’Année sainte – de Jean Girault – 1976

Posté : 12 décembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1970-1979, GABIN Jean, GIRAULT Jean | Pas de commentaires »

L'Année sainte

Jean Gabin s’évade de prison (avec Jean-Claude Brialy) et se déguise en évêque pour se rendre discrètement à Rome où le magot de son dernier casse l’attend. Mais le gars est un poissard : il avait été arrêté en plein cambriolage à cause d’une inondation dans l’appartement du dessus ; cette fois, c’est l’avion qu’il prend qui est détourné par une bande de pirates de l’air…

Sur le papier, c’est assez con, mais on a vu des pitchs plus douteux accoucher de bons films. A l’écran, on ne peut pas dire que ce soit désagréable, ni même qu’on s’ennuie. Mais c’est juste réellement con, réalisé platement par un Jean Girault pas vraiment réputé pour son bon goût et sa délicatesse (il tournerait peu après Le Gendarme et les Extraterrestres et La Soupe aux choux), et surtout sans aucun intérêt, avec des dialogues poussifs qui singent lourdement et maladroitement ceux d’Audiard.

Seule bonne idée du scénario : la fin, plutôt rigolote à défaut d’être tout à fait originale (pompée éhontément sur Le Canardeur, tourné deux ans plus tôt). Saluons quand même l’apparition de Danielle Darrieux qui, avec son habituel mélange d’élégance et d’insolence, est la seule à apporter un (petit) vent d’audace à ce film.

Il y a surtout quelque chose de profondément triste à voir Gabin, fatigué et vieux : il semble effectivement très vieux dans ses gros plans, et sa manière de ne faire qu’esquisser le moindre de ses déplacements. Qu’il passe à travers une fenêtre ou qu’il monte un escalier, le plan est systématiquement coupé à l’ébauche du mouvement, soulignant l’incapacité de l’acteur à se mouvoir correctement. C’est censé caché la fatigue de Gabin ? Ca ne fait que l’accentuer et la rendre plus pathétique.

Et dire que c’est là dessus que l’acteur de La Bête humaine et Le Quai des brumes a tiré sa révérence…

A cause d’un assassinat (The Parallax View) – d’Alan J. Pakula – 1974

Posté : 1 décembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, PAKULA Alan J. | Pas de commentaires »

A cause d'un assassinat

Il faut prendre le temps de digérer ce thriller paranoïaque qui, immédiatement, ne laisse pas une impression formidable. Visuellement peu séduisant, émaillé de rebondissements énormes qu’on a du mal à prendre au sérieux, il semble faire pâle figure à côté de classiques du genre comme Un crime dans la tête ou Les Trois jours du Condor. On est en tout cas bien dans cette lignée de films post-Dallas, portée par la fameuse théorie du complot.

On se dit qu’il est bien naïf Warren Beatty, journaliste qui enquête sur la mort des différents témoins d’un assassinat politique, plusieurs années auparavant. On se dit aussi que le scénariste a pris bien des raccourcis et qu’il n’hésite jamais à choisir la facilité (cette rencontre impromptu avec le shérif au cœur du complot). Et puis on réalise qu’on l’a été tout autant, emporté par les mêmes mensonges, les mêmes faux-semblants, la même manipulation.

Le film repose certes beaucoup sur la révélation finale. Mais cette révélation, cette ultime image sur « l’illumination » tardive de Beatty, longue séquence oppressante où tous les morceaux du terrible puzzle se retrouvent enfin, le range du côté des grands classiques parano de cette période.

Un classique parfois déroutant, comme lors de cette scène étonnante et interminable, où le personnage de Beatty (et nous avec) regarde un étrange montage photos censé tester les émotions, qui rappelle l’expérience déshumanisante d’Orange Mécanique.

La force, et d’une certaine manière la limite, du film, c’est cette capacité de brouiller les pistes, et de détourner le regard de l’essentiel. Pakula place clairement le spectateur dans la peau de Warren Beatty, lui faisant croire qu’il est plus intelligent que les autres, et qu’il a tout compris de cette mystérieuse société secrète qui recrute des tueurs. Et quand la révélation arrive, il est trop tard.

Votez McKay (The Candidate) – de Michael Ritchie – 1972

Posté : 21 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1970-1979, RITCHIE Michael | Pas de commentaires »

Votez McKay

Un avocat idéaliste et humaniste est propulsé candidat au poste de Sénateur, et découvre le vrai visage de la politique américaine. C’est une sorte de version 70s de Monsieur Smith au Sénat que signe ici Michael Ritchie, réalisateur doué et oublié, qui explosait en cette année 1972 avec ses deux films les plus mémorables : le cruel Prime Cut et ce Candidate.

Le plus intéressant dans le film, c’est son approche réaliste, Ritchie allant jusqu’à filmer de vrais rassemblements, et à les associer plutôt habilement avec les scènes de pure fiction, pour un résultat efficace. Même si, visuellement, c’est parfois assez laid. Mais ce réalisme rompt toutefois avec l’optimisme de Capra. Le film est nettement plus cynique aussi.

La charge “anti-système” est forte. Elle n’est pas toujours d’une immense finesse. Il y a ainsi un manichéisme franchement appuyé pour opposer le pur McKay et son adversaire, politicien rompu dont le manque de franchise et la duplicité sont trop lourdement suggérés, par des mimiques entendues de Don Porter, pas terrible dans le rôle caricatural du candidat républicain.

Le démocrate, ce ne pouvait être que Robert Redford, producteur du film, qui s’offre ici un rôle taillé sur mesure, sorte de mix entre le Jeff Smith de Capra et JFK.

Manichéen dans sa manière d’opposer les deux candidats, le film est toutefois plus convaincant quand il filme les dessous de la campagne. Le candidat Redford n’est pas un naïf, comme l’était James Stewart dans le film de Capra. Mais son idéalisme est rapidement confronté aux calculs de ses adversaires, et surtout à ceux de son propre camps, symbolisé par son « ange gardien » Peter Boyle, chef de campagne plutôt sympathique au fonds, mais volontiers manipulateur. Avec ce personnage, complexe et ambigu, Michael Ritchie fait mouche.

Serpico (id.) – de Sidney Lumet – 1973

Posté : 19 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, LUMET Sidney, PACINO Al | Pas de commentaires »

Serpico

Inspiré d’une histoire authentique, Serpico n’est pas à proprement parler un film policier. Pas de véritable intrigue, pas même de grands méchants si ce n’est le système policier et judiciaire lui-même, gangrené par la corruption et la violence. Le film de Lumet est un pamphlet d’une grande puissance dénonçant une société où tout ou presque semble totalement pourri.

Surtout, c’est le portrait d’un flic obsédé par l’envie de bien faire. Pas un chevalier blanc, ni un héros décidé à faire le ménage, mais un simple flic écœuré par la corruption qui l’entoure. Il n’a aucune envie de combattre la corruption, ni même de dénoncer les ordures qui l’entourent au quotidien. Mais il ne demande qu’à faire son boulot à la manière qu’il croit juste.

Ce personnage, auquel Al Pacino apporte une intensité hallucinante, est devenu une sorte de mythe. Un repère en tout cas, dans l’histoire du polar américain, qui donnera lieu à des tas de dérivés dans les décennies qui suivent, mais rarement avec cette radicalité là. La plongée de Pacino dans la violence de ce New York d’avant les années 80 n’a jamais rien d’héroïque. Mais c’est aussi une plongée en obsession, glaçante et sans retour.

Pacino, habité, est absolument formidable. Pas encore cabot comme il le deviendra trop souvent plus tard, il trouve l’un de ses très grands rôles, un an après Le Parrain (et vingt ans avant L’Impasse, dont la scène d’ouverture ressemblera étrangement à celle de Serpico).

Tout n’est pas parfait dans Serpico. La musique, étonnante, est ainsi omniprésente et finit par agacer. Mais Lumet change pour de bon l’image du polar new-yorkais, qui ne sera jamais plus vraiment le même.

L’Etrangleur de Rillington Place (10 Rillington Place) – de Richard Fleischer – 1971

Posté : 7 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

L'Etrangleur de Rillington Place

Entre L’Etrangleur de Rillington Place et L’Etrangleur de Boston, que Fleischer a tourné trois ans plus tôt, il y a une parenté évidente. Les deux films s’inspirent de faits divers réels. Dans les deux cas, il s’agit de tueurs en série qui se cachent derrière l’apparence d’honnêtes maris. Et Fleischer choisit une même approche très réaliste. Pas documentaire pour autant cela dit : les deux films sont avant tout l’oeuvre d’un grand cinéaste, qui utilise toutes les ficelles de son art.

Malgré cette parenté, jusque dans le titre français de celui-ci, qui joue évidemment avec l’image du précédent, les deux films sont très différents, à quasiment tous points de vue. Le point de vue justement. Dans le premier film, Flesicher passait de la police au tueur avec d’importantes ruptures de ton. Ici, s’il passe d’un personnage à un autre, son film tourne constamment autour de l’adresse du titre original.

D’où l’impression, aux antipodes de … Boston qui multipliait les regards différents (jusqu’à jouer habilement avec le splitscreen), d’être enfermé dans cet immeuble un peu vétuste d’un quartier londonien un peu pourri, où se croisent deux couples aux relations un peu glauques. Une sensation d’étouffement, et un profond malaise, que Fleischer instaure en quelques scènes seulement, grâce à sa caméra qui circule sans qu’on s’en rende vraiment compte d’un appartement à l’autre.

L’histoire est simple : un jeune couple emménage dans un petit appartement. Ils font la connaissance de leurs voisins si polis et « convenables ». Mais lui (le voisin) est un tueur de femmes qui sévit en toute impunité depuis des années, un fait que l’on découvre dès la séquence d’ouverture histoire de tuer dans l’œuf tout faux suspense.

Du suspense, il y en a cela dit, mais il tourne uniquement autour de l’imminence de la violence, et de son inéluctabilité. Mais c’est plutôt l’horreur de la situation qui domine, une sensation pour le moins inconfortable que renforce la prestation hallucinante de Richard Attenborough. Le grand-père au sourire rassurant de Jurassic Park incarne ici un psychopathe d’une banalité proprement terrifiante.

Et c’est bien cette familiarité, cette véracité à tous points de vue, qui sidère dans le film de Fleischer. Une mention dans le générique de début précise que le film respecte autant qu’il le peut la vérité des faits. Mais le plus important, c’est le réalisme quotidien, qui repose à la fois sur le moindre détail des décors et sur l’interprétation, parfaite.

John Hurt, quasi débutant, est formidable en mari dépassé par les événements, tout comme Judy Geeson en mère trop jeune et trop innocente. Plus discrète, et plus dérangeante peut-être : Pat Heywood, dans le rôle de l’épouse effacée du tueur, dont les doutes se lisent de plus en plus facilement dans les yeux qu’elle préfère, littéralement, fermer plutôt que d’affronter la vérité.

Fort, et dérangeant.

* Carlotta a édité un beau coffret blue ray regroupant trois films « noirs » très différents tournés par Fleischer à la même période. Y figurent aussi Terreur aveugle et Les Flics ne dorment pas la nuit. Indispensable pour réaliser que Fleischer est un grand cinéaste, et authentique auteur.

Taxi Driver (id.) – de Martin Scorsese – 1976

Posté : 17 septembre, 2016 @ 8:00 dans 1970-1979, DE NIRO Robert, SCORSESE Martin | Pas de commentaires »

Taxi Driver

« You’re talking to me ? » De Niro mimant un dialogue devant son miroir… Cette scène n’est pas juste la plus célèbre de Taxi Driver, l’une de celles que les cinéphiles se répètent en boucle depuis quarante ans. Elle illustre parfaitement le destin de Travis Bickle, vétéran du VietNam incapable de trouver sa place dans la société, paumé confronté à la solitude qui s’invente une destinée hors du commun.

Jamais peut-être un film n’a aussi bien souligné la solitude d’un homme dans la ville. New York, bien sûr, filmée comme une étuve nocturne où se croisent tout ce que l’humanité fait de plus tordu, dépravé, minable. Des pervers, des proxénètes (Harvey Keitel), des putes de 12 ans (Jodie Foster) des maris qui ne pensent qu’à tuer leur femme (Scorsese lui-même, visiblement sous l’influence d’une substance non autorisée dans une apparition hallucinante)… et Travis / De Niro en témoin écœuré de cette meute déshumanisée.

Il est formidable, De Niro, d’une sobriété qui paraît aujourd’hui bien étonnante. Intense et superbe anti-héros, jeune homme abîmé par son époque, sans repère ni horizon. Un homme capable de belles déclarations romantiques, mais qui emmène l’élue de son cœur (Cybil Sheperd) dans un cinéma porno. Parce que c’est là le seul univers qu’il connaisse vraiment. Un homme dont la folie grandissante et un coup du sort fera de lui un authentique héros à l’Américaine. Pas réintégré dans la société, mais enfin en paix, malgré tout.

Plus que le fil conducteur (la « mission » de Travis), c’est la déambulation sans fin de De Niro qui fascine, la caméra de Scorsese transformant les rencontres nocturnes de son chauffeur de taxi en trip glauque et halluciné dans une ville rongée par le vice, la misère et la solitude. Un chef d’oeuvre transcendé par Scorsese, mais qui vient pourtant d’un autre talent : celui du scénariste Paul Schrader, qui a tiré cette « histoire » de ces propres années de galère et de solitude dans une New York cruelle pour les solitaires.

C’est aussi la dernière musique originale de Bernard Herrmann, mort fin 1975 avant la sortie du film. Le compositeur attitré avait commencé sa carrière 35 ans plus tôt en signant le score de Citizen Kane. Avec Taxi Driver, il clôt de la plus belle des manières son impressionnante filmographie, avec une musique jazzy portée par des sax fascinants.

Duel (id.) – de Steven Spielberg – 1971

Posté : 3 septembre, 2016 @ 8:00 dans 1970-1979, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Duel

Quand Spielberg a découvert le scénario des Dents de la Mer (Jaws), il y a vu un signe du destin : un titre en quatre lettres et une menace déshumanisée dans un environnement quotidien. Exactement comme le film qui l’a révélé. Un téléfilm en fait, tourné pour la télévision mais tellement enthousiasmant que la Universal a décidé de le sortir en salles, lançant la carrière du cinéaste le plus emblématique de sa génération.

Il faut dire qu’il y a déjà là, et plus qu’en germes, le génie narratif et la puissance visuelle de Spielberg, qui transcende le script malin mais simplissime de Richard Matheson pour en faire une oeuvre terrifiante et édifiante. Ou quand un contexte quotidien (un parcours en voiture) se transforme en cauchemar éveillé.

L’histoire, donc, tient en quelques mots : un automobiliste se retrouve aux prises avec un mystérieux camion qui le traquent et menacent de le tuer. Il y a dans ce principe (que l’on doit donc à Matheson, pas à Spielberg) une approche très hitchcockienne, héritière des Oiseaux. Ce n’est sans doute pas un hasard si quelques notes de musique rappellent subrepticement le thème de la douche de Psychose

Le film est proche de l’abstraction, tant le personnage et l’action sont ramenés à ce qu’ils ont de plus simples. Sans doute, d’ailleurs, Spielberg aurait-il gagné à éviter les rares digressions comme le coup de téléphone passé à la femme du « héros », scène inutile qui ne semble là que pour rallonger le métrage, et qui coupe un peu l’atmosphère oppressante du film.

Car le vrai héros du film, ce n’est pas le personnage (interprété par un très bon Dennis Weaver, seul à l’écran la plupart du temps), mais ce camion mystérieux et menaçant. De face, il a presque allure humaine, ce camion dont jamais on ne verra le conducteur (là aussi, une idée de Matheson).

Mais, et c’est là que le génie de Spielberg est déjà éclatant, la manière dont il est filmé souligne constamment sa puissance et son potentiel meurtrier. Jusqu’à l’hallucinante fin, qui ne libère en rien, mais renforce le caractère angoissant de cette machine qui semble douée d’une vie propre.

Avec Duel, Spielberg gagnait son droit d’entrée pour le grand écran. C’est rien de dire qu’il a tenu ses promesses…

Panique à Needle Park (The Panic in Needle Park) – de Jerry Schatzberg – 1971

Posté : 14 juillet, 2016 @ 8:00 dans 1970-1979, PACINO Al, SCHATZBERG Jerry | Pas de commentaires »

Panique à Needle Park

30 ans, quasi-débutant au cinéma (on ne l’avait vu que dans l’obscur Me Nathalie deux ans plus tôt), mais déjà auréolé d’une belle réputation au théâtre, Al Pacino crevait l’écran avec ce rôle de junkie rencontrant l’amour à « Needle Park » (le parc de l’aiguille), quartier new-yorkais où se côtoient tous les drogués et tous les paumés de Big Apple.

A le voir ici, on comprend bien pourquoi Coppola va se battre pour l’imposer dans Le Parrain : charisme, force tranquille, douleur intérieure… Bobby est peut-être à mille lieues de Michael Corleone, mais sa manière d’aborder le rôle est bien là. Et ce naturel époustouflant qui permet à Pacino de jouer sur tous les registres dans un même mouvement. L’acteur absolu de ce Nouvel Hollywood qui commence.

Avec ce film, Schatzberg rompt radicalement avec la tradition hollywoodienne de la décennie précédente, en imposant un réalisme nouveau. C’est une fiction, bien sûr, mais on n’est pas loin du cinéma vérité. Tourné à « Needle Park », mettant en scène d’authentiques drogués (avec quelques gros plans de piquouzes difficilement supportables), parfois filmés à leur insu, Panique… est sans doute le premier film totalement convaincant sur la drogue et ses ravages, parce que c’est une authentique immersion qu’il nous propose.

Une immersion glauque, sans concession, et sans forcer la charge non plus. Les personnages que filme Schatzberg sont des paumés, aux errances pathétiques. Mais ce sont aussi des êtres attachants. Imaginer une vraie histoire d’amour au-milieu de ça n’y change rien : pour vivre avec Bobby, Helen (Kitty Winn, parfaitement en phase avec Pacino) devient addict, elle aussi.

La drogue qui devient une obsession de chaque instant, qui dévore tout… Sur l’affiche du film, en lettres plus grandes que le titre, il est écrit « God help Bobby and Helen ». Et c’est exactement ce que l’on ressent : cette envie que le destin les aide à sortir de cet engrenage. Le plus douloureux, ce sont les moments de lucidité teintée de rêve. Comme cette courte journée où les amoureux quittent le macadam, achètent un chien, jouent à une autre vie, et où Helen tente avec un désespoir mou de retarder le retour à la réalité. Déchirant.

* Le film rejoint Body Double et L’Année du Dragon dans la prestigieuse collection « coffret collector ultra limité », regroupant le blue ray, le DVD, de nombreux bonus, et surtout un formidable livre de 200 pages.

Lenny (id.) – de Bob Fosse – 1974

Posté : 3 juin, 2016 @ 8:00 dans 1970-1979, FOSSE Bob | Pas de commentaires »

Lenny

Plus encore que la prestation de Dustin Hoffman, assez formidable, c’est la sublime photo de Bruce Surtees qui surprend et fascine dans ce biopic consacré à un humoriste américain à peu près inconnu chez nous (ou me trompé-je ?). Surtees, le chef op attitré de Clint Eastwood jusqu’à Pale Rider (et de Don Siegel à la même époque), qui a certes su tirer le meilleur de l’univers urbain des deux cinéastes, et dont le travail sur Honkytonk Man notamment est une merveille, mais qu’on ne plaçait honnêtement pas au côté des plus grands.

Pourtant, c’est bien ce noir et blanc hyper-contrasté, ces éclairages trop vifs confrontés aux volutes de fumée des clubs nocturnes, ces contre-jours abrupts, et cette image très granuleuse, comme sortie d’une vieille revue cheap de l’époque, qui marquent dans Lenny, et qui donnent au film cet aspect jazzy underground radical.

Un aspect conforté par la musique, bien sûr, et par les parti-pris de Bob Fosse qui évite comme la peste tout cadrage trop propret et trop évident. Et par le montage qui joue habilement des allers-retours entre les sketchs de Lenny et sa « vrai vie » qui semblent constamment se répondre et s’influencer mutuellement.

C’est donc l’histoire de Lenny Bruce, racontée par ceux qui l’ont le mieux connu : sa femme, sa mère, son agent. Ses années de galère dans des petits clubs où son humour trop lisse ne faisait rire personne. Puis son ascension lorsqu’il s’est fait le pourfendeur de la bonne morale américaine. Jusqu’à l’obsession, jusqu’à devenir le symbole de la dépravation pour la bonne société, et jusqu’à se laisser dévorer par ce statut trop grand pour lui.

Il y a quand même un grand regret avec ce film : celui que Bob Fosse ait privilégié à ce point le côté « défenseur de la liberté de Lenny Bruce, alors que le vrai sujet semble ailleurs. Le plus passionnant, la clé du personnage tel qu’il apparaît ici, c’est sa relation avec celle qui va devenir sa femme, la mère de sa fille, qu’il va accompagner dans la déglingue, et qu’il à peu près abandonner au fond du trou…

Cette relation complexe et le côté autodestructeur du personnage sont là bien sûr, mais presque comme une toile de fond sur laquelle Bob Fosse pose sa critique, cinglante, de la société bien-pensante. Son film en devient par moments un peu froid. Avant que la flamme et le désespoir des personnages ne reprennent le dessus.

* DVD chez Wild Side dans une très belle édition accompagnée d’un livre passionnant et richement illustré signé Samuel Blumenfeld. En bonus également, une interview du chef op Darius Khondji, qui a découvert le film pour préparer ce bonus. Une démarche étonnante qui se révèle passionnante.

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