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Archive pour la catégorie '1970-1979'

Big Jake (id.) – de George Sherman (et John Wayne) – 1971

Posté : 15 février, 2017 @ 8:00 dans 1970-1979, O'HARA Maureen, SHERMAN George, WAYNE John, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Big Jake

Depuis la fin des années 30, c’est le western qui occupe la majeure partie de la prolifique filmographie de George Sherman, souvent dans la série B. A ses débuts, il avait d’ailleurs dirigé le jeune John Wayne dans plusieurs films (pas vus). Avec Big Jake, qui sera son tout dernier film (Wayne lui-même en dirigera d’ailleurs plusieurs scènes pour remplacer le réalisateur, malade et diminué), est donc en quelque sorte un retour aux sources : c’est par un western avec le grand Duke qu’il clôt une carrière inégale mais pleine de pépites.

Pour une fois, c’est tout de même une grosse production qu’il dirige, un film de genre certes, avec une histoire on ne peut plus simple (un homme vieillissant renoue avec sa famille lorsque son petit-fils, qu’il n’a jamais rencontré, est enlevé par une bande de tueurs), mais aussi une belle ambition. Un détail qui n’en est pas un : l’histoire se passe en 1909, à une époque où les machines se multiplient, où la voiture fait son apparition, où les styles vestimentaires évoluent, mais où les vieux cow-boys font de la résistance.

Il y a d’ailleurs un running-gag plutôt marrant : chaque personne qu’il rencontre lance à John Wayne, représentant d’un Ouest sauvage disparu, « je croyais que vous étiez mort »Big Jake, c’est la confrontation de deux mondes qui n’ont rien en commun :la figure du cow-boy à l’ancienne dans un décor en pleine mutation. Le thème n’est pas nouveau dans le western, mais il est ici central, dès un générique malin, qui confronte les nouveautés qui apparaissent sur la côte Est avec les vieilles habitudes qui persistent à l’Ouest.

Toute la première partie tourne autour de ce thème, avec la figure habituelle de John Wayne confrontée à ses deux fils, dont l’un voyage à moto, et l’autre porte un pistolet automatique, les deux étant interprétés par le propre fils de Wayne, et par celui de Robert Mitchum. Tout un symbole…

Le temps qui passe est aussi, et surtout, souligné par l’apparition de Maureen O’Hara dans le rôle de l’ancienne femme de Wayne. Vingt ans après Rio Grande ou L’Homme tranquille, elle est toujours aussi belle. Et les scènes qu’elle partage avec son partenaire de toujours sont les plus réussies et émouvantes, pour ce passé que leurs face-à-face fait revivre comme par magie…

Après ce début plein de promesses, le film perd quand même beaucoup de son originalité. Maureen O’Hara disparaît de l’écran pour de bon, « remplacée » par un Indien interprété par un Bruce Cabot assez peu crédible dans un tel emploi. Et la confrontation passé/présent semble ne plus intéresser Sherman, qui se contente de signer un film d’action efficace mais classique.

Avec tout de même quelques belles figures de méchants, incarnés par Richard Boone et par quelques vieilles badernes échappés des vieux westerns de Wayne, John Agar ou Harry Carey Jr.

La Guerre des Etoiles / Star Wars, épisode IV : un nouvel espoir (Star Wars : Episode IV – A New Hope) – de George Lucas – 1977

Posté : 26 janvier, 2017 @ 1:49 dans 1970-1979, FANTASTIQUE/SF, FORD Harrison, LUCAS George | Pas de commentaires »

Star Wars épisode 4

Bon, plantons le décor. Des années que je n’avais pas vu Star Wars, depuis que, agacé par l’épisode II, j’avais abandonné la deuxième trilogie en cours de route. Depuis, bien des films m’ont confirmé que Lucas n’a pas inventé grand-chose, qu’il s’est contenté d’utiliser sa cinéphilie pour recycler des éléments déjà vus dans des tas de films de SF dès les années 30, notamment dans le serial Flash Gordon, qu’il a allègrement pillé. Mais quand on est père et que les enfants réclament à corps et à cris de découvrir cet univers qui revient en force désormais chaque année, il faut savoir se sacrifier…

Eh bien oui, il recycle, le George Lucas, et son histoire a un côté presque naïf, avec des personnages archétypaux en diable, et un manichéisme porté à l’extrême (d’un côté la combinaison noire de Darth Vader, de l’autre la tunique blanche de Luke Skywalker, entre les deux la colère qui est mauvaise). Mais dès l’apparition de ces mots si familiers « Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine… », et surtout dès que le texte inaugural se met à défiler sur les étoiles (ça aussi, c’est piqué à Flash Gordon) tandis que le thème de John Williams se met à résonner… On oublie toutes nos réserves initiales et on se laisse embarquer.

Et le voyage est formidablement réjouissant, fable initiatique où le Bien et le Mal sont clairement identifiés, peuplés d’êtres aux physiques improbables, qui met en scène un Empire tyrannique et des rebelles prêts à donner leur vie pour gagner leur liberté. Un thème intemporel donc, et un film qui inscrit d’emblée la saga en devenir du côté du mythe, moins pour la mise en scène (efficace) que pour le caractère justement archétypal de ses personnages principaux, même s’il faudra attendre les films suivants pour en apprécier toutes les complexités.

C’est aussi le film qui révèle Harrison Ford, dont le personnage de mercenaire est à peu près le seul à ne pas être totalement d’un bloc, plus complexe en tout cas que le juvénile Mark Hamill. Un homme au passé trouble capable d’abattre froidement un chasseur de primes qui le traquait, même si dans la version retravaillée en 1997, Lucas a eu la douteuse idée de modifier cette scène pour que Han Solo (Ford) se trouve en état de légitime défense.

Cette version de 1997, devenue la version officielle du film, est d’ailleurs discutable à plus d’un titre. Les nouveaux effets spéciaux, ajoutés pour mieux coller à la nouvelle trilogie qui se préparait, n’ajoutent au mieux pas grand-chose, et dans le pire des cas sonnent aujourd’hui particulièrement faux, et semblent plus dépassés que les trucages parfois bricolés de 1977. C’est surtout le cas pour les créatures numériques rajoutées pour remplir le cadre, et de la scène ajoutée avec un Jabba the Hut lisse et transparent.

Reste que tous ces personnages sont entrés dans l’histoire, que Carrie Fisher et Mark Hamill semblent nés pour interpréter Leia et Luke, qu’on prend un plaisir fou à voir ces jeunôts côtoyer des vieux de la vieille comme Alec Guinness ou Peter Cushing, et que Dark Vador a une allure impressionnante, et une voix (celle de James Earl Jones) qui met tout le monde d’accord. Prêt à poursuivre le voyage…

* Les deux premières trilogies sont réunies dans un beau coffret de 9 blue ray, avec des tas de bonus : des interviews, des making of d’époque ou récents, plein de documentaires… Plus de 40 heures de bonus, promet le packaging.

La saga Star Wars

Halloween, la nuit des masques (Halloween) – de John Carpenter – 1978

Posté : 21 janvier, 2017 @ 8:00 dans 1970-1979, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Halloween

Le film qui pose les bases du slasher, sous-genre qui continue aujourd’hui encore à donner des avatars souvent tout pourris. Mais avec ce petit classique de l’angoisse, Carpenter frappe fort. Parce qu’il assume totalement le côté enfantin de cette peur qui ne repose que sur des fantasmes de gosses. Dans le genre, le cinéaste fera au moins aussi bien avec Fog, grand hommage aux histoires pour faire peur de son enfance. Avec Halloween, il signe déjà un modèle du genre, à la mise en scène d’une élégance folle.

Effrayant à l’extrême, le film repose pourtant sur une recette répétée à l’envi : Carpenter joue avec l’espace pour créer la peur. Il filme un ou deux personnages derrière lesquels le tueur apparaît soudain en arrière-plan à de multiples occasions, toujours sur le même mode. Mais même lorsque l’effet de surprise est passé, l’efficacité reste extrême.

Mais le meilleur dans ce film, c’est la manière dont Carpenter filme ces interminables allées de quartiers résidentiels. Ces paysages urbains, on les a vus des centaines de fois dans le cinéma américain, décor habituel et sans surprise d’une certaine classe moyenne. Mais jamais filmée comme ça, avec ces sublimes travellings à la fois extrêmement élégants, et qui créent une angoisse lancinante.

Le jeu n’est ouvertement pas naturaliste. Donald Pleasance, dans le rôle du « lanceur d’alerte », en fait des tonnes, mais fascine par cette outrance. Et les personnages de jeunes, victimes potentielles du tueur, ne sont que des stéréotypes que Carpenter ne semble pas vraiment prendre au sérieux. Pas plus les rôles secondaires que celui, central, joué par Jamie Lee Curtis, qui dans l’affrontement final multiplie les conneries, lâchant systématiquement le poignard à côté du « corps » du tueur, ou lui tournant le dos !!

Il y a un second degré réjouissant dans cette manière de jouer avec la peur. Ou plutôt un regard enfantin, comme celui qui ouvre le film, nous glissant dans la peau d’un Michael Myers enfant et déjà furieusement dérangé, le temps d’une séquence en caméra subjective. Carpenter se moque du réalisme. Son art est entièrement tourné vers le plaisir de la peur. Pas un hasard si l’action se déroule le jour et la nuit d’Halloween, lorsque la peur devient un divertissement national.

Au passage, Carpenter s’autorise un clin d’œil à The Thing, la production de Hawks que les personnages regardent à la télévision, et dont il signera lui-même un remake mémorable quelques années plus tard.

Columbo : Le Livre témoin (Columbo : Murder by the book) – de Steven Spielberg – 1971

Posté : 19 janvier, 2017 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, SPIELBERG Steven, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Columbo Le Livre témoin

On pourrait essayer de voir des signes, tenter de détecter le génie du futur réalisateur de Duel ou Jaws, se dire que, quand même, le jeune Spielberg a fait sien l’univers de Columbo. On pourrait. On aurait d’ailleurs toutes les raisons de le faire : ce premier “vrai” épisode de la série (après un téléfilm réalisé en 1967 et un pilote officiel réalisé par un autre), est mené sans la moindre baisse de régime, et réserve un suspense remarquable.

Mais il s’agit bien d’un film de commande pour Spielberg, réalisateur plein de promesses qui a encore tout à démontrer. Et son talent est entièrement au service d’une machine hyper-efficace et déjà bien rodée. Le montage, la musique, l’interprétation suave de Jack Cassidy, et bien sûr le scénario qui réserve la première demi-heure à la mécanique d’un meurtre que le célèbre inspecteur devra décortiquer par la suite… Reconnaissons que rien n’annonce l’univers de Spielberg dans ce bon épisode d’une série très datée 70s mais toujours fort sympathique.

Finalement, le fait que Spielberg, dans ses débuts, ait apporté sa pierre à cet édifice, est surtout l’occasion de renouer avec cette série culte qui a bercé l’enfance de plus d’une génération.

L’Année sainte – de Jean Girault – 1976

Posté : 12 décembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1970-1979, GABIN Jean, GIRAULT Jean | Pas de commentaires »

L'Année sainte

Jean Gabin s’évade de prison (avec Jean-Claude Brialy) et se déguise en évêque pour se rendre discrètement à Rome où le magot de son dernier casse l’attend. Mais le gars est un poissard : il avait été arrêté en plein cambriolage à cause d’une inondation dans l’appartement du dessus ; cette fois, c’est l’avion qu’il prend qui est détourné par une bande de pirates de l’air…

Sur le papier, c’est assez con, mais on a vu des pitchs plus douteux accoucher de bons films. A l’écran, on ne peut pas dire que ce soit désagréable, ni même qu’on s’ennuie. Mais c’est juste réellement con, réalisé platement par un Jean Girault pas vraiment réputé pour son bon goût et sa délicatesse (il tournerait peu après Le Gendarme et les Extraterrestres et La Soupe aux choux), et surtout sans aucun intérêt, avec des dialogues poussifs qui singent lourdement et maladroitement ceux d’Audiard.

Seule bonne idée du scénario : la fin, plutôt rigolote à défaut d’être tout à fait originale (pompée éhontément sur Le Canardeur, tourné deux ans plus tôt). Saluons quand même l’apparition de Danielle Darrieux qui, avec son habituel mélange d’élégance et d’insolence, est la seule à apporter un (petit) vent d’audace à ce film.

Il y a surtout quelque chose de profondément triste à voir Gabin, fatigué et vieux : il semble effectivement très vieux dans ses gros plans, et sa manière de ne faire qu’esquisser le moindre de ses déplacements. Qu’il passe à travers une fenêtre ou qu’il monte un escalier, le plan est systématiquement coupé à l’ébauche du mouvement, soulignant l’incapacité de l’acteur à se mouvoir correctement. C’est censé caché la fatigue de Gabin ? Ca ne fait que l’accentuer et la rendre plus pathétique.

Et dire que c’est là dessus que l’acteur de La Bête humaine et Le Quai des brumes a tiré sa révérence…

A cause d’un assassinat (The Parallax View) – d’Alan J. Pakula – 1974

Posté : 1 décembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, PAKULA Alan J. | Pas de commentaires »

A cause d'un assassinat

Il faut prendre le temps de digérer ce thriller paranoïaque qui, immédiatement, ne laisse pas une impression formidable. Visuellement peu séduisant, émaillé de rebondissements énormes qu’on a du mal à prendre au sérieux, il semble faire pâle figure à côté de classiques du genre comme Un crime dans la tête ou Les Trois jours du Condor. On est en tout cas bien dans cette lignée de films post-Dallas, portée par la fameuse théorie du complot.

On se dit qu’il est bien naïf Warren Beatty, journaliste qui enquête sur la mort des différents témoins d’un assassinat politique, plusieurs années auparavant. On se dit aussi que le scénariste a pris bien des raccourcis et qu’il n’hésite jamais à choisir la facilité (cette rencontre impromptu avec le shérif au cœur du complot). Et puis on réalise qu’on l’a été tout autant, emporté par les mêmes mensonges, les mêmes faux-semblants, la même manipulation.

Le film repose certes beaucoup sur la révélation finale. Mais cette révélation, cette ultime image sur « l’illumination » tardive de Beatty, longue séquence oppressante où tous les morceaux du terrible puzzle se retrouvent enfin, le range du côté des grands classiques parano de cette période.

Un classique parfois déroutant, comme lors de cette scène étonnante et interminable, où le personnage de Beatty (et nous avec) regarde un étrange montage photos censé tester les émotions, qui rappelle l’expérience déshumanisante d’Orange Mécanique.

La force, et d’une certaine manière la limite, du film, c’est cette capacité de brouiller les pistes, et de détourner le regard de l’essentiel. Pakula place clairement le spectateur dans la peau de Warren Beatty, lui faisant croire qu’il est plus intelligent que les autres, et qu’il a tout compris de cette mystérieuse société secrète qui recrute des tueurs. Et quand la révélation arrive, il est trop tard.

Votez McKay (The Candidate) – de Michael Ritchie – 1972

Posté : 21 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1970-1979, RITCHIE Michael | Pas de commentaires »

Votez McKay

Un avocat idéaliste et humaniste est propulsé candidat au poste de Sénateur, et découvre le vrai visage de la politique américaine. C’est une sorte de version 70s de Monsieur Smith au Sénat que signe ici Michael Ritchie, réalisateur doué et oublié, qui explosait en cette année 1972 avec ses deux films les plus mémorables : le cruel Prime Cut et ce Candidate.

Le plus intéressant dans le film, c’est son approche réaliste, Ritchie allant jusqu’à filmer de vrais rassemblements, et à les associer plutôt habilement avec les scènes de pure fiction, pour un résultat efficace. Même si, visuellement, c’est parfois assez laid. Mais ce réalisme rompt toutefois avec l’optimisme de Capra. Le film est nettement plus cynique aussi.

La charge “anti-système” est forte. Elle n’est pas toujours d’une immense finesse. Il y a ainsi un manichéisme franchement appuyé pour opposer le pur McKay et son adversaire, politicien rompu dont le manque de franchise et la duplicité sont trop lourdement suggérés, par des mimiques entendues de Don Porter, pas terrible dans le rôle caricatural du candidat républicain.

Le démocrate, ce ne pouvait être que Robert Redford, producteur du film, qui s’offre ici un rôle taillé sur mesure, sorte de mix entre le Jeff Smith de Capra et JFK.

Manichéen dans sa manière d’opposer les deux candidats, le film est toutefois plus convaincant quand il filme les dessous de la campagne. Le candidat Redford n’est pas un naïf, comme l’était James Stewart dans le film de Capra. Mais son idéalisme est rapidement confronté aux calculs de ses adversaires, et surtout à ceux de son propre camps, symbolisé par son « ange gardien » Peter Boyle, chef de campagne plutôt sympathique au fonds, mais volontiers manipulateur. Avec ce personnage, complexe et ambigu, Michael Ritchie fait mouche.

Serpico (id.) – de Sidney Lumet – 1973

Posté : 19 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, LUMET Sidney, PACINO Al | Pas de commentaires »

Serpico

Inspiré d’une histoire authentique, Serpico n’est pas à proprement parler un film policier. Pas de véritable intrigue, pas même de grands méchants si ce n’est le système policier et judiciaire lui-même, gangrené par la corruption et la violence. Le film de Lumet est un pamphlet d’une grande puissance dénonçant une société où tout ou presque semble totalement pourri.

Surtout, c’est le portrait d’un flic obsédé par l’envie de bien faire. Pas un chevalier blanc, ni un héros décidé à faire le ménage, mais un simple flic écœuré par la corruption qui l’entoure. Il n’a aucune envie de combattre la corruption, ni même de dénoncer les ordures qui l’entourent au quotidien. Mais il ne demande qu’à faire son boulot à la manière qu’il croit juste.

Ce personnage, auquel Al Pacino apporte une intensité hallucinante, est devenu une sorte de mythe. Un repère en tout cas, dans l’histoire du polar américain, qui donnera lieu à des tas de dérivés dans les décennies qui suivent, mais rarement avec cette radicalité là. La plongée de Pacino dans la violence de ce New York d’avant les années 80 n’a jamais rien d’héroïque. Mais c’est aussi une plongée en obsession, glaçante et sans retour.

Pacino, habité, est absolument formidable. Pas encore cabot comme il le deviendra trop souvent plus tard, il trouve l’un de ses très grands rôles, un an après Le Parrain (et vingt ans avant L’Impasse, dont la scène d’ouverture ressemblera étrangement à celle de Serpico).

Tout n’est pas parfait dans Serpico. La musique, étonnante, est ainsi omniprésente et finit par agacer. Mais Lumet change pour de bon l’image du polar new-yorkais, qui ne sera jamais plus vraiment le même.

L’Etrangleur de Rillington Place (10 Rillington Place) – de Richard Fleischer – 1971

Posté : 7 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

L'Etrangleur de Rillington Place

Entre L’Etrangleur de Rillington Place et L’Etrangleur de Boston, que Fleischer a tourné trois ans plus tôt, il y a une parenté évidente. Les deux films s’inspirent de faits divers réels. Dans les deux cas, il s’agit de tueurs en série qui se cachent derrière l’apparence d’honnêtes maris. Et Fleischer choisit une même approche très réaliste. Pas documentaire pour autant cela dit : les deux films sont avant tout l’oeuvre d’un grand cinéaste, qui utilise toutes les ficelles de son art.

Malgré cette parenté, jusque dans le titre français de celui-ci, qui joue évidemment avec l’image du précédent, les deux films sont très différents, à quasiment tous points de vue. Le point de vue justement. Dans le premier film, Flesicher passait de la police au tueur avec d’importantes ruptures de ton. Ici, s’il passe d’un personnage à un autre, son film tourne constamment autour de l’adresse du titre original.

D’où l’impression, aux antipodes de … Boston qui multipliait les regards différents (jusqu’à jouer habilement avec le splitscreen), d’être enfermé dans cet immeuble un peu vétuste d’un quartier londonien un peu pourri, où se croisent deux couples aux relations un peu glauques. Une sensation d’étouffement, et un profond malaise, que Fleischer instaure en quelques scènes seulement, grâce à sa caméra qui circule sans qu’on s’en rende vraiment compte d’un appartement à l’autre.

L’histoire est simple : un jeune couple emménage dans un petit appartement. Ils font la connaissance de leurs voisins si polis et « convenables ». Mais lui (le voisin) est un tueur de femmes qui sévit en toute impunité depuis des années, un fait que l’on découvre dès la séquence d’ouverture histoire de tuer dans l’œuf tout faux suspense.

Du suspense, il y en a cela dit, mais il tourne uniquement autour de l’imminence de la violence, et de son inéluctabilité. Mais c’est plutôt l’horreur de la situation qui domine, une sensation pour le moins inconfortable que renforce la prestation hallucinante de Richard Attenborough. Le grand-père au sourire rassurant de Jurassic Park incarne ici un psychopathe d’une banalité proprement terrifiante.

Et c’est bien cette familiarité, cette véracité à tous points de vue, qui sidère dans le film de Fleischer. Une mention dans le générique de début précise que le film respecte autant qu’il le peut la vérité des faits. Mais le plus important, c’est le réalisme quotidien, qui repose à la fois sur le moindre détail des décors et sur l’interprétation, parfaite.

John Hurt, quasi débutant, est formidable en mari dépassé par les événements, tout comme Judy Geeson en mère trop jeune et trop innocente. Plus discrète, et plus dérangeante peut-être : Pat Heywood, dans le rôle de l’épouse effacée du tueur, dont les doutes se lisent de plus en plus facilement dans les yeux qu’elle préfère, littéralement, fermer plutôt que d’affronter la vérité.

Fort, et dérangeant.

* Carlotta a édité un beau coffret blue ray regroupant trois films « noirs » très différents tournés par Fleischer à la même période. Y figurent aussi Terreur aveugle et Les Flics ne dorment pas la nuit. Indispensable pour réaliser que Fleischer est un grand cinéaste, et authentique auteur.

Taxi Driver (id.) – de Martin Scorsese – 1976

Posté : 17 septembre, 2016 @ 8:00 dans 1970-1979, DE NIRO Robert, SCORSESE Martin | Pas de commentaires »

Taxi Driver

« You’re talking to me ? » De Niro mimant un dialogue devant son miroir… Cette scène n’est pas juste la plus célèbre de Taxi Driver, l’une de celles que les cinéphiles se répètent en boucle depuis quarante ans. Elle illustre parfaitement le destin de Travis Bickle, vétéran du VietNam incapable de trouver sa place dans la société, paumé confronté à la solitude qui s’invente une destinée hors du commun.

Jamais peut-être un film n’a aussi bien souligné la solitude d’un homme dans la ville. New York, bien sûr, filmée comme une étuve nocturne où se croisent tout ce que l’humanité fait de plus tordu, dépravé, minable. Des pervers, des proxénètes (Harvey Keitel), des putes de 12 ans (Jodie Foster) des maris qui ne pensent qu’à tuer leur femme (Scorsese lui-même, visiblement sous l’influence d’une substance non autorisée dans une apparition hallucinante)… et Travis / De Niro en témoin écœuré de cette meute déshumanisée.

Il est formidable, De Niro, d’une sobriété qui paraît aujourd’hui bien étonnante. Intense et superbe anti-héros, jeune homme abîmé par son époque, sans repère ni horizon. Un homme capable de belles déclarations romantiques, mais qui emmène l’élue de son cœur (Cybil Sheperd) dans un cinéma porno. Parce que c’est là le seul univers qu’il connaisse vraiment. Un homme dont la folie grandissante et un coup du sort fera de lui un authentique héros à l’Américaine. Pas réintégré dans la société, mais enfin en paix, malgré tout.

Plus que le fil conducteur (la « mission » de Travis), c’est la déambulation sans fin de De Niro qui fascine, la caméra de Scorsese transformant les rencontres nocturnes de son chauffeur de taxi en trip glauque et halluciné dans une ville rongée par le vice, la misère et la solitude. Un chef d’oeuvre transcendé par Scorsese, mais qui vient pourtant d’un autre talent : celui du scénariste Paul Schrader, qui a tiré cette « histoire » de ces propres années de galère et de solitude dans une New York cruelle pour les solitaires.

C’est aussi la dernière musique originale de Bernard Herrmann, mort fin 1975 avant la sortie du film. Le compositeur attitré avait commencé sa carrière 35 ans plus tôt en signant le score de Citizen Kane. Avec Taxi Driver, il clôt de la plus belle des manières son impressionnante filmographie, avec une musique jazzy portée par des sax fascinants.

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