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Archive pour la catégorie '1970-1979'

Rencontre du troisième type (Close Encounters of the third kind) – de Steven Spielberg – 1977 (et 1980 – 2007)

Posté : 1 juin, 2014 @ 6:22 dans 1970-1979, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Rencontres du troisième type

Après le triomphe de Jaws, le jeune Spielberg signe une nouvelle date importante dans l’histoire du cinéma populaire. Close encounters… n’est pas seulement un nouvel immense succès en salles : le film pose les bases de toute une imagerie encore vivace aujourd’hui. Dire que le film a inspiré Chris Carter pour X-Files relève ainsi de la pure évidence. La série culte reprendra des pans entiers du film de Spielberg : les étranges réapparitions qui émaillent la première partie seront ainsi largement empruntées pour les prologues de nombreux épisodes de la série. On y retrouvera aussi les mensonges d’état qui dissimulent la présence d’extraterrestres, et de nombreux détails qui seront repris tels quels (les vis qui s’enlèvent d’elles-même avant l’enlèvement du petit Barry seront copiés dans un célèbre épisode de la saison 1)… On a souvent dit que la série de Chris Carter avait été largement pillée par des dizaines de films et de séries par la suite. Mais lui-même avait largement recyclé…

Pour Spielberg, le film (dont il écrit lui-même le scénario, fait quasi unique dans sa filmographie) est né de la confluence de deux choses qui le fascinaient à l’époque : l’existence des OVNIS, et le scandale encore récent du Watergate. Les mensonges d’état, la théorie du complot… donnent au film quelques séquences particulièrement fortes, montrant des populations déplacées de force par l’armée, et parqués dans des trains bondés. Une imagerie qui évoque celle de la Shoah et d’un pays devenu totalitaire, que Spielberg retrouvera plusieurs fois par la suite, notamment dans La Guerre des Mondes, un autre film d’extraterrestres nettement moins apaisé…

La dernière partie, qui traîne un peu en longueur, est sans doute la moins passionnante : la rencontre finale sonne d’une manière étrangement naïve, d’un angélisme qui colle mal avec l’atmosphère qui baigne le film, angoissé, cynique et même cruel. L’un des aspects les plus réussis, au contraire, concerne l’implosion de la famille de Richard Dreyfuss, cet homme ordinaire transformé par ce qu’il a vu, et qui retrouve la foi d’un enfant. Mais cette pureté d’esprit colle mal avec les obligations d’un père de famille, et le fait passer pour fou…

Il y a quelque chose de bouleversant dans les rapports de ce père avec ses fils qui semblent réaliser qu’il ne pourra plus être leur père. Spielberg, tiraillé entre ses fantasmes de Peter Pan et sa volonté d’être un homme, semble lui trouver le choix bien cruel. Le regard plein de larmes de ce fils qui observe son père lâcher prise est l’exact inverse de cette belle scène dans Jaws, où le fils imitait son père et le sortait de sa torpeur.

Visuellement aussi, le film est une grande réussite. Pas forcément grâce aux effets spéciaux, impressionnants mais revus tellement de fois depuis. Mais plutôt grâce aux effets les plus simples, notamment de lumière. La première « rencontre » dans la voiture de Richard Dreyfuss est un modèle de mise en scène. Et l’enlèvement de Barry est filmé avec des jeux de lumière éblouissants.

Je ne peux pas ne pas évoquer François Truffaut. Sa présence est suffisamment étonnante en soi, mais sa prestation l’est tout autant. Visiblement très impliqué, il est assez fascinant. Et irrésistible lorsque, le gigantesque vaisseau survolant leur base, tous les scientifiques lancent des « Holy shit ! » tandis que lui, en français, lâche un « mince alors ». Mythique !

• Le film a eu droit à plusieurs versions, toutes réunies dans un triple DVD édité chez Columbia Tristar. C’est la version « définitive » que j’ai vue : en 2007, Spielberg a supervisé un montage conforme à ce qu’il souhaitait, à partir des deux premières versions. Dans la première, sortie en 1977, les contraintes de production l’avaient obligé à renoncer à plusieurs scènes qu’il voulait inclure dans son film. Trois ans plus tard, le triomphe du film lui a donné l’opportunité de tourner ces scènes (notamment la découverte du bateau dans le désert de Gobi), à condition qu’il accepte de filmer Richard Dreyfuss à l’intérieur du vaisseau, ce qu’il a fait à contre-cœur. Elle ne figure donc pas dans la version « director’s cut ».

Sierra Torride (Two mules for Sister Sara) – de Don Siegel – 1970

Posté : 30 avril, 2014 @ 1:46 dans 1970-1979, EASTWOOD Clint (acteur), SIEGEL Don, WESTERNS | Pas de commentaires »

Sierra Torride

C’est un drôle de western que signe Siegel. Quelques mois avant d’offrir à Eastwood deux de ses rôles les plus marquants (Dirty Harry et le soldat mysogine des Proies), le réalisateur joue avec l’image que le films de Leone ont donné à son acteur.

Dès les premières images, la musique inoubliable de Leone affiche la parenté avec les westerns spaghettis. L’influence leonienne est constante, mais Siegel s’en amuse, prenant ses distances pour signer un film qui porte véritablement sa marque, notamment dans le soin des cadres. La séquence générique souligne ainsi l’ambition formelle du cinéaste, qui enchaîne les plans extraordinaires mettant en valeur la place de l’homme dans une nature belle et sauvage où les animaux sont au premier plan.

La première image du générique est particulièrement marquante : une silhouette en ombre chinoise qui se profile sur un crépuscule rougeoyant qu’Eastwood lui-même citera ouvertement au début et à la fin de son chef d’œuvre, Impitoyable, qu’il dédiera d’ailleurs à Siegel (ainsi qu’à Leone).

Formellement, la suite est plus inégale, avec toutefois quelques passages parfaitement réussis. Pas forcément les plus spectaculaires, comme l’attaque finale, qui étonne par ses parti-pris violents, et ses étonnants excès gores. Le plus beau plan, c’est un passage extrêmement simple : l’arrivée de Clint et Shirley dans un village, filmée par un très élégant panoramique qui accompagne les acteurs et passe sous un pont avant de s’ouvrir vers la vie du village.

Le cœur du film, sa seule raison d’être même, c’est l’improbable association du solitaire Hogan (Clint) avec une nonne mystérieuse qu’il sauve d’un viol collectif, jouée par la pétulante Shirley MacLaine. C’est à leurs face-à-face décalés qu’on doit les meilleures scènes du film, à cette confrontation de deux mondes que tout oppose.

Dès leur rencontre, cette opposition donne un ton unique au film : cette séquence où, sous un soleil assommant, la jeune femme décide d’enterrer comme il se doit les malfrats qui l’auraient tuer, devant un Hogan bien décidé à ne pas se laisser dicter sa conduite. Impassible, jusqu’à ce que la « sœur » se mette à bénir les tombes avec l’eau de sa gourde… La surprise de Clint, à ce moment, est irrésistible, comme les regards plein de désirs, mais résignés, qu’il porte sur sa jolie compagne de voyage.

Le film manque par moments de rythme, et le scénario semble parfois se limiter à une succession de scènes maladroitement rattachées les unes aux autres : la rencontre, puis les soldats, puis les Indiens, puis le train à faire dérailler… Autant de chapitres assez plaisants, mais reliés par une intrigue dont Siegel lui-même se désintéresse visiblement. Cette « cause » dont on parle constamment, le réalisateur s’en moque gentiment. Un rien cynique, il paraît adopter la philosophie de Hogan, entièrement basée sur les plaisirs simples de la vie. Ce qu’il nous fait espérer, ce n’est pas que les Juaristes s’imposent, mais que Hogan emballe la fille…

• Blue ray de bonne facture, mais sans le moindre bonus, chez Universal.

Un flic – de Jean-Pierre Melville – 1972

Posté : 10 avril, 2014 @ 1:38 dans * Polars/noirs France, 1970-1979, MELVILLE Jean-Pierre | Pas de commentaires »

Un flic

Ultime film de Melville, qui revient au dépouillement absolu et à l’abstraction du Samouraï, son chef d’œuvre. Le cinéaste retrouve d’ailleurs son acteur le plus symbolique : Delon, royal dans la peau de ce flic comme il l’était dans celle du tueur solitaire. Parce que les deux hommes, finalement, ne sont pas si éloignés. Même s’ils se situent de part et d’autre de la loi, ils incarnent une même vision de l’humanité : solitaire, taiseuse, et vivant en marge de la société.

Dès la première apparition de Delon, en plans brefs que le montage intercale dans un long braquage de banque à des centaines de kilomètres de Paris, quelques rares mots prononcés en voix off soulignent le quotidien de ce flic, qui entre en fonction en fin de journée sur les Champs Elysées, mais qui n’existe vraiment que lorsque Paris s’endort…

Delon le flic partage ses nuits avec un coéquipier (Paul Crauchet) avec lequel il n’échange pas le moindre mot. Les rares fois où il semble vivre enfin, c’est lorsqu’il s’éloigne de ces appels téléphoniques qui se suivent sans fin, et qu’il côtoie celui et celle dont il ne sait pas encore qu’ils sont les cerveaux du braquage, propriétaires d’un club de nuit où il a ses habitudes.

Lui, c’est Richard Crenna, le futur colonel Trautman de Rambo, dont le regard laisse transparaître les rêves perdus et surtout le destin inéluctable. Elle, c’est Catherine Deneuve, qui parvient à donner une aura tragique à ce personnage quasi muet et totalement en retrait.

D’ailleurs, tous les personnages sont en retrait, et n’existent vraiment que dans les silences, plus que dans n’importe quel film depuis Le Samouraï. Comme s’il pressentait qu’Un  Flic serait son dernier film, il en fait une œuvre-somme, où l’on retrouve son goût pour les chapeaux et les pardessus, pour les lieux nocturnes où flics et gangsters partagent les mêmes valeurs, et pour les silences qui en disent long.

Il y a bien quelques dialogues, rares et faussement explicatifs. Mais ce sont les silences et les regards qui marquent le plus dans ce sommet du cinéma melvilien. Un regard compréhensif entre le flic et un travesti. Puis, plus tard dans la nuit, un autre regard, dur et résigné, entre les deux mêmes… Melville multiplie les gros plans pour coller à l’évolution des personnages. Avec ces visages pas si impassibles, c’est l’inéluctabilité du drame en marche qu’il met en valeur.

L’Horloger de Saint-Paul – de Bertrand Tavernier – 1974

Posté : 5 avril, 2014 @ 3:45 dans * Polars/noirs France, 1970-1979, TAVERNIER Bertrand | Pas de commentaires »

L’Horloger de Saint-Paul

Premier film de Bertrand Tavernier, qui tourne entièrement en décors réels dans sa ville de Lyon. Avec Pierre Bost et Jean Aurenche (à qui il rendra un bel hommage dans Laissez-passer, des années plus tard), Tavernier transpose dans la France de 1974 le roman américain de Simenon L’Horloger d’Everton. Simenon lui-même doutait de l’opportunité d’une telle adaptation. Mais Tavernier le passionné a su le convaincre. Avec raison : le film est une totale réussite.

Philippe Noiret, déjà tête d’affiche pour celui qui allait devenir son réalisateur de prédilection, interprète un horloger sans histoire qui mène une vie simple et sans histoire, jusqu’au jour où il apprend que son fils, qu’il a élevé seul après le départ de sa femme, est recherché pour avoir tué un patron pourri. Alors que la police enquête, lui tente de comprendre un fils qui s’est éloigné de lui au fil des années…

Noiret est bouleversant dans le rôle de ce père totalement paumé qui assiste, impuissant, à la déroute d’un fils inconnu mais qu’il aime par-dessus tout. Un fils auquel il s’ouvre de plus en plus, devenant celui que la bonne société ne comprend plus. Symbole de cet ordre établi, Jean Rochefort est lui aussi excellent, en particulier lors de ses moments de trouble, face à ce père du suspect dont il ne comprend plus les réactions paternelles. Ses face-à-face avec Noiret sont de purs plaisirs de cinéma.

La grande force du film est d’avoir su imbriquer à ce point l’intimité de cette relation père-fils pleine de non-dits, et une critique violente et sans concession d’une France embourgeoisée qui préfère ses voitures à sa jeunesse. Le dialogue final entre Noiret et son pote Antoine (excellent Julien Bertheau), émouvant et particulièrement fort, vient crever ce sentiment d’étouffement qui pèse depuis l’irruption de la police, au début du film.

L’Horloger de Saint-Paul a obtenu le prix Louis Delluc. Amplement mérité.

Bonnes funérailles, amis, Sartana paiera (Buon funerale, amigos!… Paga Sartana) – de Anthony Ascott (Giuliano Carnimeo) – 1970

Posté : 5 avril, 2014 @ 3:25 dans 1970-1979, ASCOTT Anthony, CARNIMEO Giuliano, WESTERNS | Pas de commentaires »

Bonnes funérailles, amis, Sartana paiera

Sartana est l’une de ces figures cultes qui symbolisent le western européen. Moins connu du grand public que Django, le personnage relève de la même logique, qui n’en est pas vraiment une : les différents films de la « série » des Sartana n’ont pas grand-chose à voir les uns avec les autres, et n’ont pas forcément les mêmes interprètes (ici, c’est le raide mais intense Gianni Garko qui s’y colle). Seul point commun : une silhouette toute de noir vêtue, la blondeur et le regard bleu acier incontournables depuis la naissance du genre (un certain Clint Eastwood est passé par là).

On retrouve dans ce Sartana au titre franchement improbable tous les ingrédients inhérents au spaghetti : une violence extrême, et surtout un étonnant mélange d’ultra-réalisme et de fantasme. Il y a toutefois quelques idées originales et séduisantes dans le film de Giuliano Carnimeo : la place réservée à la communauté chinoise, et une vraie volonté de surprendre dans les scènes de violence (le guet-apens aux troncs d’arbre, l’utilisation explosive de la mine…).

Sans sortir de l’anonymat d’un genre particulièrement foisonnant, Bonnes funérailles, amis, Sartana paiera est une petite réussite franchement plaisante, et pas dénuée d’humour.

• Le DVD vient d’être édité dans la belle collection « Western européen » d’Artus Films, avec une présentation de l’érudit et passionné Curd Ridel, et des entretiens inédits avec Gianni Garko et le réalisateur Giuliano Carnimeo. Un objet indispensable pour les amoureux du genre, comme tous les DVD de la collection.

Fog (The Fog) – de John Carpenter – 1979

Posté : 10 février, 2014 @ 11:13 dans 1970-1979, CARPENTER John, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Fog

J’ai toujours eu un faible pour ce Carpenter-ci, moins célébré mais tout aussi remarquable que Halloween, tourné l’année précédente. On est dans la veine bricolo du cinéaste, la meilleure sans doute : celle de Prince des ténèbres, des petits budgets et des trucages à l’ancienne réalisés directement sur le plateau, sans utilisation d’effets numériques.

Cet aspect est primordial pour un film qui joue sur les peurs primales, celles d’un cauchemar enfantin. Avec sa séquence d’ouverture, sans doute la plus belle de toute sa filmographie, Carpenter invoque ses peurs enfantines avec lesquelles il aime continuer à jouer. Autour d’un feu de camp, un vieil homme étrange raconte une histoire à faire peur à un groupe d’enfants qui l’écoutent les yeux grands ouverts.

Cette scène toute simple mais absolument magnifique sonne comme un aveu amusé du cinéaste, qui n’a qu’une ambition ici : être ce raconteur d’histoire qui s’amuse à faire peur, quel que soit les moyens utilisés. Et Carpenter joue effectivement sur tous les niveaux, avec la même réussite.

Il fait sursauter avec des effets de surprise classiques mais superbement amenés : le prêtre joué par Hal Holbrook qui sort de l’ombre lorsqu’on ne s’y attend pas, un cadavre qui tombe du plafond alors qu’on l’attendait dans l’armoire… Il utilise d’autres moyens aussi : la lente marche des morts vivants, les nappes de brouillard phosphorescents (jolis effets) qui submergent la ville, et même quelques effets gores.

Surtout, Carpenter installe dès les premières images un sentiment d’angoisse qui ne nous lâche pas une seconde, grâce à une musique discrète mais lancinante, et surtout à ses magnifiques travellings (horizontaux ou verticaux) qui sont sa marque : de lents mouvements de caméra qui surprennent encore par leur élégance et par l’effet qu’ils a sur notre perception du film…

En faisant entrer le surnaturel dans la vie qu’une petite ville côtière sans histoire, par l’intermédiaire du plus anodin des moyens, le brouillard, Carpenter rend un hommage évident à l’un de ses maîtres, Hitchcock : Antonio Bay a tout du Bodega Bay des Oiseaux. Et l’arrivée de cette étrangère à la ville, jouée par Jamie Lee Curtis, évoque celle de Tipi Hedren, par qui le malheur arrive dans le film d’Hitchcock. Pas un hasard non plus si Carpenter offre un rôle à Janet Leigh, maman de Jamie Lee et autre héroïne hitchcockienne, à jamais marquée par sa douche dans Psychose.

Trente-cinq ans après, Fog reste d’une efficacité redoutable, l’un des Carpenter les plus représentatifs de son génie, et un vrai modèle de mise en scène.

La Fille de Ryan (Ryan’s daughter) – de David Lean – 1970

Posté : 26 décembre, 2013 @ 10:48 dans 1970-1979, LEAN David, MITCHUM Robert | Pas de commentaires »

La Fille de Ryan

Après une série de grands classiques, David Lean signe un nouveau chef-d’œuvre. Beaucoup plus méconnu que Lawrence d’Arabie ou Docteur Jivago, La Fille de Ryan relève pourtant de la même ambition : réaliser un grand film romanesque et intime à la fois, dans un pays déchiré par l’histoire en marche. Le résultat : une transposition à peine voilée de Madame Bovary, et l’un des films les plus beaux, les plus forts, sur l’Irlande des années 10.

Comme dans tous ses films, le lieu joue un rôle majeur. En l’occurrence, une petite ville de la côte irlandaise, sous domination anglaise, durant la Grande Guerre. On est loin de Dublin, où des affrontements sanglants se multiplient pour l’Indépendance. On est loin aussi du conflit qui fait rage sur le continent. De ces combats, on ne verra rien, mais ils sont pourtant omniprésents, pesant sur les habitants de cette terre déchirée (dans tous les sens du terme) et éloignée de tout, dont Lean signe un portrait formidable.

Les paysages, austères et magnifiques à la fois, romantiques et dangereux, donnent le ton du film. Son village est un lieu désœuvré, qui se cherche un héros. Coupés du monde et de ses enjeux, les villageois vivent repliés sur eux-mêmes. Ils ne se réveilleront que lorsqu’un leader indépendantiste choisira leur plage pour récupérer des armes destinées aux rebelles. Cela se passe lors d’une journée de tempête hyper spectaculaire, que Lean a mis plusieurs mois à tourner. Il y met en scène une unité soudaine qui s’improvise d’une manière totalement romantique face aux éléments. C’est magnifique, fulgurant et tragique à la fois.

La Fille de Ryan est aussi un film intime, peuplé de personnages fascinants : celui du prêtre (imposant Trevor Howard, à mille lieues de Brève rencontre) ; ou celui, bouleversant, de Michael « l’idiot du village » interprété par John Mills, visage grotesque et corps déformé, présence omniprésente qui se révèle le plus conscient des drames qui se nouent). C’est aussi une belle et complexe histoire d’amour.

Une jeune villageoise tombe amoureuse d’un homme plus âgé que lui qu’elle épouse, mais qui réalise vite qu’il lui manque quelque chose. Lean filme le couple constamment séparé par quelque chose : une porte, une chemise, ou simplement de la musique trop forte… Ce quelque chose qui lui manque, elle le trouve auprès d’un officier anglais en garnison, avec qui elle vit une passion sulgurante. Devant la caméra de Lean, tout disparaît autour d’eux : le décor s’efface, pour ne laisser la place qu’aux deux corps qui s’enlacent…

Dans le rôle principal, Sarah Miles est une belle héroïne romantique, emportée par le souffle de son époque. Dans celui de son mari, Robert Mitchum trouve l’un de ses très grands rôles. S’il est un film qui prouve définitivement que la star n’est pas le je-m’en-foutiste qu’il affirmait être, c’est bien celui-là. Son interprétation de cet instit effacé et trop doux, est absolument magnifique.

L’Ultimatum des trois mercenaires (Twilight’s Last Gleaming) – de Robert Aldrich – 1977

Posté : 10 décembre, 2013 @ 7:13 dans 1970-1979, ALDRICH Robert, LANCASTER Burt, MILES Vera | Pas de commentaires »

l'ultimatum des trois mercenaires

Trois anciens militaires prennent le contrôle d’une base de lancement de missiles nucléaires, où ils se replient, réclamant à être entendus par le Président des Etats-Unis… Il y a de belles choses dans cet avant-avant-dernier film du vétéran Aldrich : un certain mordant, une approche politiquement pas très correcte, et une audace scénaristique qui trouve son apogée dans les dernières minutes, s’inscrivant alors dans la lignée d’un Black Sunday, autre film politico-terroriste sorti cette même année, et réalisé par un John Frankenheimer en pleine forme.

Mais en 1977, Aldrich semble bien plus à côté de la plaque que Frankenheimer. Son Ultimatum… se révèle vite bien assommant. Lent et long, le film a énormément vieilli. Et la charge politique n’a guère de poids, si on excepte la toute fin, d’un cynisme réjouissant.

Le casting, pourtant, est exceptionnel, mais Robert Aldrich semble plus concerné par la volonté de multiplier les split screens, jusqu’à l’absurde, que par celle de faire exister ses personnages. La plupart des acteurs sont d’ailleurs réduits à un simple rôle illustratif, dépouillés de toute vie propre. Cela concerne des seconds rôles (Joseph Cotten, vieillard de 72 ans qui n’a strictement rien à jouer), mais aussi les personnages principaux : Burt Lancaster se contente la plupart du temps d’appuyer sur des boutons et de regarder sur des écrans. Mais rien ne lui permet de rendre réellement crédible son personnage.

Il y a quand même quelques figures intéressantes : celle du président (Charles Durning), présenté comme un monsieur tout le monde tiraillé entre son sens du devoir et ses peurs d’homme ordinaire. Celle aussi de l’un de ses conseillers, qui n’a pas grand-chose d’intéressant à faire, mais qui a la gueule de cette vieille baderne de Charles McGraw, le héros de L’Enigme du Chicago Express, qui fait une nouvelle fois des merveilles.

Le film a quand même ses fans. Michael Bay, pour commencer, qui s’en est largement inspiré pour son Rock

• Le DVD vient d’être édité chez Carlotta.

Manhattan (id.) – de Woody Allen – 1979

Posté : 27 novembre, 2013 @ 8:40 dans 1970-1979, ALLEN Woody | 1 commentaire »

Manhattan

Isaac, 42 ans, a deux ex-femmes, un gamin élevé par un couple de femmes, une maîtresse de 17 ans, et un meilleur ami à la femme parfaite, qui entretient une liaison avec une jeune femme dont Isaac a une première impression catastrophique… Isaac est surtout un New-Yorkais totalement incapable de vivre ailleurs que dans cette ville qu’il aime, et pour qui la seule idée d’ailleurs représente une rupture inimaginable.

Deux ans après Annie Hall, Woody Allen retrouve un esprit similaire (mais dans un noir et blanc amoureux), mélange d’humour et d’introspection parsemé de clins d’oeils et de références à ses modèles que sont Ingmar Bergman, Groucho Marx ou W.C. Fields. Manhattan est souvent considéré comme le sommet du cinéma allenien. C’est en tout cas un chef d’œuvre absolu.

En trois films seulement, Woody Allen est devenu un immense cinéaste. L’ancien gagman qui avait fait ses armes sur grand écran avec des comédies marquées par un humour à sketchs souvent irrésistible, mais limité sur le plan cinématographique, s’est mué en un réalisateur délicat et profond, sans rien perdre de sa personnalité et de son humour.

Woody Allen semble se livrer comme jamais dans ce film qui reprend pourtant les mêmes recettes que celles d’Annie Hall. Mais cette fois, l’humour est un peu en retrait au profit d’une authenticité et d’une émotion aussi discrète que profonde. On rit, souvent : le dialoguiste Woody Allen est toujours aussi inspiré (notamment lorsqu’il s’inquiète parce que ses couples « ne durent jamais plus longtemps que celui d’Adolf Hitler et Eva Braun »). Son personnage ne change pas. Mais cette fois, le sujet est moins sa manière de tourner en dérision ses névroses et ses angoisses, que sa fascination et son amour pour cette ville gigantesque qu’il filme comme un décor familier : le théâtre de sa vie.

Il y a bien sûr ce plan, le plus célèbre de tout son cinéma, montrant Woody Allen et Diane Keaton sur un banc sous le pont de l’East River Mais ce n’est qu’une vision parmi d’autres, peut-être la plus stéréotypée (même si magnifique). Central Park, les musées, les bars, le vin, les rues trop fréquentées, les appartements trop bruyants, les rencontres au squash… Manhattan est un chant d’amour à New York Chant, peut-être le plus bel hommage d’un cinéaste à « sa » ville. New York a pourtant été filmée plus souvent qu’aucune autre. Mais jamais comme ici, jamais avec le même regard, avec la même ferveur, la même intimité. Une ville magique ? Un film magique et indispensable, en tout cas.

Intérieurs (Interiors) – de Woody Allen – 1978

Posté : 27 novembre, 2013 @ 8:31 dans 1970-1979, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Intérieurs

Dans Annie Hall, son film précédent, Woody Allen assumait enfin sa vraie personnalité de cinéaste, et posait les bases de toute son œuvre à venir. Comme si cette révélation lui donnait une confiance nouvelle, Allen délaisse pour la première fois la comédie, pour un homme appuyé à l’un de ses maîtres, le grand Ingmar Bergman. Le résultat est surprenant : pas le moindre humour dans ce film parfois pesant, où les lieux (appartements de ville ou villa en bord de mer) semblent peser sur les personnages par tout ce qu’ils représentent de souvenirs.

Pour la première fois aussi, Woody Allen l’acteur s’éclipse, au profit de comédiens moins marqués par la comédie. Mais la marque du cinéaste est bien là : son goût pour l’introspection, et pour ces histoires de couples forcément éphémères.

Mais cette fois, c’est sur le mode sérieux, avec un rythme volontairement languide, qu’Allen aborde ces thèmes. L’histoire est bergmanienne en diable : trois jeunes femmes, trois sœurs qui tentent de trouver leur place (dans la culture, pour toutes : la comédie pour l’une, la poésie pour la deuxième, la photographie pour la troisième) et d’assumer leur propre vie, alors que leur mère est en pleine dépression depuis que leur père l’a quittée.

Le thème est bergmanien, mais il y a dans le personnage de la mère, interprétée par une vaporeuse Geraldine Page, quelque chose de la future Cate Blanchett de Blue Jasmine : même incapacité, pathétique et déchirante, d’affronter la solitude et la séparation.

C’est aussi un film sur le deuil de l’enfance. Le mariage du père (E.G. Marshall) avec sa nouvelle compagne, ressemble à l’enterrement des derniers vestiges de l’enfance et de son innocence. Avec une image presque caricaturale : celle où la belle-mère insuffle littéralement la vie à l’une des filles, tandis que la mère disparaît. Pas hyper délicat, mais très émouvant.

Qu’importe l’imagerie, à la limite de la parodie bergmanienne (curieusement, les vraies parodies du cinéma de Bergman reprendront souvent les cadres imaginés par Woody Allen) : avec ce film étonnamment austère, mais d’où émane une émotion déchirante

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