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Archive pour la catégorie '1970-1979'

Les Hommes du Président (All the President’s Men) – d’Alan J. Pakula – 1976

Posté : 4 juillet, 2017 @ 8:00 dans * Espionnage, 1970-1979, PAKULA Alan J. | Pas de commentaires »

Les Hommes du Président

Voilà sans doute « le » modèle du film-enquête des années 70, qui reflète la paranoïa de l’époque. Parano qui a largement irrigué tout un pan de la production des décennies à venir, jusqu’à X-Files qui s’en inspirera très clairement (le personnage de Deep Throat), ou JFK (Deep Throat toujours).

Le film a les atouts et les défauts des meilleures réussites du genre : l’aspect « dossier » l’emporte souvent sur l’ambition esthétique, et certaines scènes sont filmées un peu sagement, voire carrément platement.

Mais Pakula sait rendre passionnante cette enquête au long cours particulièrement complexe. Même s’il est difficile de suivre avec limpidité toutes les révélations, c’est le mouvement qui compte : celui d’un vaste cercle qui se referme peu à peu, au fur et à mesure qu’il remonte vers le sommet de la pyramide.

Inégal dans sa mise en scène, Pakula réussit toutefois de nombreuses scènes. Celles de Deep Throat notamment, sombres et angoissantes, mais aussi les nombreuses séquences montrant Woodward et Bernstein dans leur travail de fourmis. Les plus beaux plans sont peut-être les plus anodins : ceux où Robert Redford et Dustin Hoffman (formidables tous les deux) enchaînent les coups de téléphone, ou tapent à la machine…

Là, Pakula crée des plans fascinants avec une improbable profondeur de champ, où premier plan et arrière-plan apparaissent aussi nets l’un que l’autre. Belle manière de souligner en même temps la fièvre qui habite chaque personnage, et le travail d’équipe que cette enquête fascinante représente.

Oh ! J’oubliais, si quelqu’un l’ignore encore : c’est de l’affaire du Watergate qu’il s’agit. Tourné à peine deux ans après la démission de Nixon, All the President’s men révèle les contradictions et les troubles de cette Amérique aussi inquiétante que cinégénique.

Conversation secrète (The Conversation) – de Francis Ford Coppola – 1974

Posté : 20 juin, 2017 @ 8:00 dans * Espionnage, 1970-1979, COPPOLA Francis Ford, FORD Harrison | Pas de commentaires »

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Entre deux Parrains ici et ici (et deux Oscars du meilleur film), Coppola change radicalement de style (et décroche une Palme d’or). Au lyrisme sublime de ses films sur la mafia (ou, plus tard, de son grand œuvre sur la guerre du VietNam, Apocalypse Now), le cinéaste oppose cette fois un minimalisme qui a souvent fait dire que Conversation secrète était un film plus personnel dans sa carrière.

C’est sans doute faux, mais le fait est que la réussite de ce film apporte une autre dimension à la filmographie de Coppola, qui n’est donc pas que le cinéaste de l’emphase et de la surenchère. Cela dit, c’est bien le triomphe (critique et populaire) du Parrain qui a permis à Coppola de mettre en images ce scénario qu’il avait écrit plusieurs années auparavant.

Dès la scène d’ouverture, ont sent que le réalisateur, également producteur, est dépouillé de toute contrainte. Cela commence donc par une séquence aussi énigmatique que virtuose, qui reviendra tout au long du film, un peu sur le modèle de Blow Up (ou plus tard de Blow Out) : divers objectifs et micros sont braqués sur une place bondée et tentent d’accrocher la conversation qui se noue entre un homme et une femme, tandis qu’un troisième larron les observe sans en avoir l’air.

On est alors en pleine crise du Watergate (même si le film a été écrit avant), et l’Amérique renoue avec la paranoïa post-Dallas. Conversation secrète donne corps à cette politique de l’intrusion et des écoutes illégales, avec une intrigue complexe entièrement basée sur la paranoïa, où la violence n’est jamais plein écran, mais où le danger semble pouvoir sortir de n’importe quel visage avenant. Le (petit) rôle du tout jeune Harrison Ford est en cela très marquant : sa seule présence, même s’il ne fait pas grand-chose pour cela, fait naître un profond malaise.

Le film démystifie aussi cette paranoïa, cette image d’une puissance cachée omniprésente et toute puissante. Car la « main armée » des écoutes, incarnée par un Gene Hackman formidable, est lui-même la première victime de ces intrusions dans la sphère privée. Un homme dont la vie tourne entièrement autour de celles des autres, de personnes qu’il ne connaît qu’à travers des écrans, et qui s’enferme de plus en plus dans une solitude pathétique.

La Vie privée de Sherlock Holmes (The Private Life of Sherlock Holmes) – de Billy Wilder – 1970

Posté : 18 juin, 2017 @ 8:00 dans * Polars européens, 1970-1979, Sherlock Holmes, WILDER Billy | Pas de commentaires »

La Vie privée de Sherlock Holmes (The Private Life of Sherlock Holmes) - de Billy Wilder - 1970 dans * Polars européens La%20Vie%20prive%20de%20Sherlock%20Holmes_zpsqyao4yt0

Entre Wilder et Sherlock Holmes, la rencontre était loin d’être évidente. L’élégante légèreté et l’ironie mordante du premier était-elle vraiment compatible avec la logique et le cynisme du plus célèbre des détectives ? Eh bien oui. Non seulement Wilder réussit son pari, mais il signe tout simplement l’un des meilleurs « Sherlock Holmes movies », pour ne pas dire le meilleur.

La grande force du film, c’est justement cette alliance improbable. Entre les deux univers, Wilder choisit de ne pas choisir. Et c’est un mariage heureux qui en sort. L’atmosphère des récits de Conan Doyle a-t-elle déjà été aussi bien mise en image ? Pas sûr. La rigueur (la raideur, même), de Sherlock Holmes est bien là, son sens de l’observation, son verbe haut, sa relation avec le Docteur Watson, son penchant pour la drogue qui occupe son cerveau incapable de rester au repos… Bref, Sherlock Holmes tel que Conan Doyle l’a créé, et tel qu’on se l’imagine.

Mais l’ironie de Wilder est bien là. Et son Sherlock Holmes (joué par Robert Stephens), tout en superbe, a beau être le détective star que tout Londres s’arrache, jusqu’à la reine elle-même, jamais il ne fait réellement avancé l’intrigue. Pire, il révèle peu à peu une propension peu commune à se laisser manipuler, victime de son propre ego. Il semble même être ramené au rang de .gamin au contact de son frère Mycroft (Christopher Lee, qui retrouve l’univers de Sherlock Holmes après Le Chien des Baskerville), qui semble lui faire perdre ses moyens.

C’est là toute la réussite du film : la capacité qu’a Wilder (et le scénariste I.A.L. Diamond, avec qui il écrit cette aventure originale du détective) à jouer avec la réputation de Holmes, et avec la perception qu’en ont les Londoniens… et les spectateurs. Cela donne les plus belles scènes, notamment celle où Holmes, pour échapper à la troublante proposition d’une célèbre ballerine, laisse entendre qu’il file le parfait amour avec Watson… C’est drôle, brillant, et passionnant.

Traître sur commande (The Molly Maguires) – de Martin Ritt – 1970

Posté : 13 mai, 2017 @ 8:00 dans 1970-1979, RITT Martin | Pas de commentaires »

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Dès les premières images, Martin Ritt nous plonge littéralement dans l’enfer de la mine : dix minutes sans la moindre parole, au plus près de ces hommes passant des heures dans des galeries obscures et dangereuses, creusant la roche dans les positions les plus inconfortables. Cette entrée en matière impressionne. Sans esbroufe, mais avec une grande puissance visuelle, Ritt met en image des conditions de travail inhumaines.

D’emblée, Traître sur commande s’impose comme l’un des films les plus forts consacrés à la vie des mineurs : leurs conditions de travail donc, avec ces gestes mille fois répétés et le danger omniprésent, mais aussi leur quotidien sans joie et sans horizon. Pour raconter ces vies, Ritt choisit l’angle du suspense, avec l’histoire d’une société secrète qui a volontiers recours à la violence, et avec ce flic infiltré qui finit presque par faire corps avec les mineurs. Mais sans jamais oublier l’essentiel : les personnages.

Dans le rôle du leader de cette société secrète, Sean Connery est parfait. Sa première apparition laisse un moment dubitatif : à côté des gueules fatiguées qui l’entourent, celui qui s’apprêtait à retrouver le matricule 007 paraît trop plein de vie, trop digne aussi. Mais cette première impression ne dure pas. Dès que la caméra s’approche de lui, c’est son regard qui impressionne, entre détermination et lassitude. Le regard d’un homme qui ne cédera jamais rien, mais qui sait que rien de bon n’en sortira.

A ses côtés, Richard Harris est formidable dans le rôle du flic infiltré, d’une complexité rare. A la fois prêt à toutes les bassesses, tous les extrêmes, pour gravir les échelons de la société, et se découvrant une proximité inattendue avec la colère des mineurs, avec leur envie de secouer les choses. Entre Sean Connery et lui naît bientôt une amitié trouble, dont on sent qu’elle ne laisse aucun des deux hommes totalement dupe.

Martin Ritt filme ces personnages complexes sans jamais surjouer leurs contradictions, avec une économie de moyen et une certaine langueur qui colle parfaitement à l’atmosphère ambiante. Passionnant et édifiant, son film est un sans-faute.

Soleil vert (Soylent Green) – de Richard Fleischer – 1973

Posté : 9 mai, 2017 @ 8:00 dans 1970-1979, FANTASTIQUE/SF, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

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Classique de la SF, Soleil Vert n’a pas si mal vieilli. Plus, pour être honnête, que l’immense majorité des films de Fleisher, mais moins que le tout-venant du genre de cette décennie. Sans doute pour une raison toute simple : le futur décrit dans le film ressemble à s’y méprendre à l’Amérique de 1973, sans gadget, sans architecture improbable (à part quelques intérieurs qui, eux, semblent aujourd’hui bien datés), et en version toute pourrie.

C’est l’une des belles idées du film : faire du futur une sorte de présent alternatif où les dérives des hommes auraient été poussées à l’extrême, et où ne subsisterait plus que la misère, et des villes moribondes noyées dans un perpétuel nuage verdâtre (qui paraît un peu cheap) de pollution. Pas de voiture volante, rien d’autre que les quartiers populaires de New York transformés en cloaque où les habitants semblent n’attendre que la mort.

Comme la plupart des films de SF, Soleil Vert ne parle d’ailleurs que d’aujourd’hui. Sa portée politique, valable en 1973, l’est tout autant aujourd’hui : film écolo, cri d’amour à la nature et aux beautés de notre planète, dénonciation du capitalisme cynique et jusqu’au-boutiste… Le film s’ouvre d’ailleurs sur un montage de photos, toutes authentiques, qui retracent l’évolution de la société au cours du 20e siècle, et les effets sur l’environnement.

De l’enquête que mène le petit flic Charlton Heston après le meurtre d’un riche privilégié, on s’attend à ce qu’en sorte un terrible secret, une machination machiavélique des puissants. La vérité, dévoilée dans les dernières minutes, est à la fois plus simple, et plus terrible.

Le meilleur du film, c’est quand même la cohabitation de deux générations de star : Heston et Edward G. Robinson (on pourrait ajouter Joseph Cotten, dans un second rôle marquant), le second jouant le rôle du vieillard qui ressasse inlassablement les souvenirs d’une Terre que son jeune ami n’a jamais connue. La plus belle scène, c’est peut-être celle du repas entre Robinson et Heston, l’un découvrant la vraie nourriture avec plaisir, l’autre retrouvant les goûts de son enfance avec plus de douleur que de joie. Dans un cadre feutré, sans effets spéciaux et sans fioriture, Fleischer signe là un magnifique moment de cinéma.

La Chevauchée sauvage (Bite the bullet) – de Richard Brooks – 1970

Posté : 25 avril, 2017 @ 8:00 dans 1970-1979, BROOKS Richard, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Dans Les Professionnels, Brooks mettait déjà en scène des personnages d’un autre-temps, pionniers rattrapés par la société. Dans La Chevauchée sauvage, dernier de ses trois westerns (après La Dernière Chasse, aussi), Brooks fait de ce décalage le cœur de son film, et va plus loin encore : les « héros » vieillissants n’ont sans doute connu que les dernières minutes du temps des pionniers, et ne font partie ni de cette période héroïque, ni de l’Amérique moderne qui s’installe.

On est alors au début du 20e siècle, et ces aventuriers, joués par Gene Hackman ou James Coburn, semblent vivre dans une espèce d’entre-deux indéfini. Des cow-boys anachroniques contraints de profiter d’une grande course à cheval à travers le pays pour vivre leur envie de grands espaces et de libertés. Dans cette course médiatisée (« couverte » par un journaliste qui suit les concurrents à moto), on retrouve un panel de personnages typiques du western, en un peu différent.

Le brave Mexicain est empêché par une rage de dent, le jeune pistolero impulsif n’est pas la brute attendue, l’ancienne prostituée est bien celle par qui le drame arrive, et le Old Timer (Ben Johnson, excellent) n’a pas plus de passé que d’avenir. Son rêve n’est pas de faire enfin fortune, mais juste de devenir quelqu’un. « Don’t even know your name », lancera, trop tard, le personnage de Gene Hackman.

La Chevauchée sauvage est une réussite mineure dans la filmographie de Richard Brooks. Mais cette grosse production, impressionnante et ambitieuse, est pleine de rebondissements et passionnante.

Le Convoi sauvage (Man in the Wilderness) – de Richard C. Sarafian – 1971

Posté : 14 avril, 2017 @ 8:00 dans 1970-1979, SARAFIAN Richard C., WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Convoi sauvage (Man in the Wilderness) - de Richard C. Sarafian - 1971 dans 1970-1979 Le%20Convoi%20sauvage_zpsh6qzln5c

En 1820, dans le Grand Nord américain, un trappeur est laissé pour mort par ses compagnons après avoir été attaqué par un ours. Contre toute attente, il s’accroche à la vie, survit, et se met à traverser les centaines de kilomètres de nature sauvage qui le séparent de la civilisation, et des hommes qui l’ont abandonné.

Cette histoire, authentique paraît-il, a valu un Oscar à Leonardo Di Caprio en 2016. Mais 35 ans avant The Revenant, elle avait déjà été portée à l’écran, dans ce western hors normes absolument magnifique, porté par un Richard Harris intense et mutique, homme frustre dont le lent cheminement s’apparente à une extraordinaire renaissance.

L’impression est volontaire, Sarafian multipliant les signes évoquant cette renaissance : l’impressionnante séquence, muette, de l’accouchement de l’Indienne en pleine forêt ; ces gros plans sur les mains de Richard Harris qui renouent avec la vie au contact de l’eau ou de la terre ; ou ce superbe flash-back durant lequel le rude pionnier parle à ce futur enfant qu’il ne verra pas naître, lui donnant ses conseils de père en chuchotant devant le ventre de la mère…

Autant de scènes d’une beauté sidérante, dans un film qui donne constamment la plus grande place à la nature, pas vraiment hostile (c’est elle qui apporte la vie), mais rude et pleine de dangers. Une beauté âpre et infinie, qui souligne aussi la solitude de ces êtres qui la sillonnent, et l’absurdité de leur quête de richesse.

Cette absurdité est évidente dès la toute première image : celle d’un bateau traversant les grandes étendues du continent nord-américain, loin de toute voie navigable. Un bateau tiré avec peine par les hommes et les mules, et sur lequel se dresse la fascinante figure du capitaine interprété par John Huston, l’un de ses plus beaux rôles : celui d’un homme qui s’accroche à un passé peut-être glorieux, et qui fait face douloureusement à sa décision d’abandonner l’homme qu’il considérait comme son fils.

Ancien documentariste, Richard C. Sarafian sait merveilleusement filmer la nature. Son film, superbe, est une ode passionnée au mystère de la vie.

Les Flics ne dorment pas la nuit (The New Centurions) – de Richard Fleischer – 1972

Posté : 8 avril, 2017 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Les Flics ne dorment pas la nuit (The New Centurions) - de Richard Fleischer - 1972 dans * Polars US (1960-1979) Les%20Flics%20ne%20dorment%20pas%20la%20nuit_zpstiffcb8i

Cinéaste mésestimé, Fleischer a pourtant beaucoup apporté aux divers genres auxquels il s’est confronté, et tout particulièrement au noir, dont il a été l’un des grands noms dès les années 40, en lui apportant une approche très réaliste, mêlée à une vision presque romantique du genre. Cette logique trouve une sorte d’aboutissement avec The New Centurions, l’un des plus beaux films consacrés à la police américaine.

Sorti à la même époque que French Connection ou Serpico, le film de Fleischer va beaucoup plus loin dans cette vision réaliste du quotidien de la police, avec des choix nettement plus radicaux à leur manière. Pas de grande enquête au long cours ici, ni de flics pourris qui gangrènent l’institution. Non, Fleischer s’intéresse d’abord aux hommes, à ces policiers en uniforme qui roulent toute la nuit pour aller à la rencontre de cette étrange faune humaine, dans les quartiers défavorisés de Los Angeles.

Des types bien, une société malade, une succession de petits moments tantôt légers, tantôt tragiques, tantôt violents. Des drogués, des tueurs, des mères irresponsables, des solitudes, des désespoirs… Et au milieu, ces hommes en bleu qui veulent faire au mieux, pour aider ce public qui ne les aime pas forcément. Fleischer filme cette société avec une acuité sidérante, grâce à laquelle le film semble aujourd’hui encore d’une incroyable actualité. Et il filme ces flics avec une empathie évidente, et une nostalgie inattendue.

Dans le rôle principal, Stacy Keach est excellent, jeune recrue idéaliste qui devient accro à la rue et à ses malades. Mais le film est aussi habité par la présence de George C. Scott, magnifique en vieux briscard qui se berce d’illusions sur sa retraite toute proche. Un homme bien, qui fait la différence entre la loi et le bien, et qui comprendra trop tard qu’il a tout sacrifié à cette vie de dévouement.

Un tel chant d’amour à la police pourrait être douteux. Il est superbe. Au sommet de son art, Fleischer s’offre quelques fulgurances de mise en scène (la poursuite dans ce tunnel qui n’en finit plus de réduire l’écran), mais privilégie les personnages (les seconds rôles sont tous formidables, parmi lesquels Erik Estrada, le futur Ponch de la série télé ChiPS). Du puR Fleischer, donc. Et du grand Fleischer.

* Le film fait partie du formidable coffret que Carlotta a consacré à Fleischer, avec deux autres évocations du Mal, dans des genres très différents : Terreur aveugle et L’Etrangleur de Rillington Place. Trois films tournés à la même époque (entre 1971 et 1972), trois facettes du talent de Fleischer, trois grands films. Et des bonus passionnants.

Terreur aveugle (Blind Terror) – de Richard Fleisher – 1971

Posté : 26 février, 2017 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

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Devenue aveugle à la suite d’une chute à cheval, une jeune femme revient vivre dans le grand domaine de son oncle et de sa tante. Mais alors qu’elle s’est absentée, un tueur mystérieux vient décimer sa famille. Lorsqu’elle rentre à la maison, elle ne se rend compte de rien…

Voilà un « pitch » qui promet de bien belles sueurs froides. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la promesse est largement tenue. Fleisher fait bien plus que nous coller des frissons : il signe un film admirablement tendu, dont le cœur (disons, le deuxième tiers) fait partie des plus grands moments de pure trouille de l’histoire du cinéma. Mia Farrow (formidable en jeune aveugle, jamais dans la démesure et toujours hyper crédible) qui déambule paisiblement dans cette grande maison dont elle ne sait pas qu’elle est jonchée de cadavres, est une vision pour le moins traumatisante.

Surtout que la mise en scène joue très habilement sur le décalage entre le point de vue de cette femme qui ne voit rien du drame qui se noue, et ce que la caméra laisse voir au spectateur. En ne montrant, subrepticement, que l’environnement direct de l’héroïne, sans plan d’ensemble ni gros plan évocateur. Un expérience éprouvante et absolument fascinante.

Dès la toute première image, l’ambition de Fleisher saute aux yeux : ce mouvement de caméra qui s’arrête, à la sortie d’un cinéma, sur bottes d’un homme dont on ne verra jamais le visage (jusqu’à la dernière minute) fait d’emblée naître l’angoisse et le danger. Toute la première partie, avant l’irruption de la terreur pure, sera dominée par ce sentiment de danger, qui accompagne les premiers pas de la jeune aveugle trouvant ses marques dans cette grande maison, après des semaines passées à l’hôpital.

C’est l’une des grandes réussites du film : cette manière d’associer la peur à la vision presque documentaire d’une jeune femme réapprenant à vivre sans la vue. Tous les moments les plus terrifiants reposent d’ailleurs sur des sensations, ou des promesses de sensations : un pied nu qui effleure des morceaux de verre, un vent violent ou la pluie qui balaye les visages, une main qui caresse un cheval, un corps au contact avec de la glaise… Autant de pures sensations physiques qui nous aident à ressentir les sensations de Mia Farrow.

Avec un tel sujet, la plupart des réalisateurs auraient privilégié les séquences nocturnes. On jurerait d’ailleurs que cette cave dont on nous parle au début du film est appelée à jouer un rôle important dans l’histoire. Mais non : les rares scènes de nuit sont des moments de répit. Toute l’action se déroule en plein jour, dans de grands espaces ouverts. Loin, donc, de tous les clichés attendus, et avec une maîtrise constante qui prouve une bonne fois pour toute que Fleisher fait, vraiment, partie des grands.

C’est bien par sa seule mise en scène qu’il suggère la terreur de la jeune femme dans un environnement qui lui est familier, puis son angoisse peut-être plus terrible encore dans un décor qu’elle ne connaît pas, et où aucun repère ne lui est offert. Tourné la même année que 10 Rillington Place, Blind Terror est une variation radicalement différente et fascinante sur le thème du Mal.

* Le film fait partie du coffret consacré à Richard Fleisher, regroupant trois films noirs très différents les uns des autres (avec L’Etrangleur de Boston et Les Flics ne dorment pas la nuit).

Airport (id.) – de George Seaton – 1970

Posté : 25 février, 2017 @ 8:00 dans 1970-1979, LANCASTER Burt, SEATON George | Pas de commentaires »

Airport (id.) - de George Seaton – 1970 dans 1970-1979 Airport_zpsknb54vhs

Pour les quadragénaires d’aujourd’hui, il est un peu difficile de revoir Airport sans penser à la parodie pas légère mais culte que les ZAZ en ont tiré (Y a-t-il un pilote dans l’avion ?). C’est un peu injuste : sans crier au génie, ce fleuron du film catastrophe des années 70 reste un modèle du genre, et ne manque pas de beaux moments et d’idées intéressantes.

La première de ces idées repose sur le décor lui-même : on ne sort que rarement de ce gigantesque aéroport (ou d’un avion en vol), dont on explore les moindres recoins, de l’effervescence des salles d’embarquement aux bureaux confortables et calmes de la direction. Dans toute la première partie, surtout, George Seaton prend le temps de filmer le quotidien de cette ruche humaine, présentant longuement chacun des nombreux personnages, comme cela se fera dans tous les films catastrophes à suivre.

Beaucoup de ces personnages n’ont d’ailleurs pas grand-chose à faire dans le suspense qui va suivre. Burt Lancaster lui-même, dans le rôle du grand directeur, mettra plus de temps et d’énergie à démêler sa vie privée compliquée qu’à sauver des vies lorsqu’un avion menacera de s’écraser. Seaton est visiblement au moins autant intéressé par ces à-côtés que par l’intrigue principale: les plus belles scènes du film sont toutes des moments intimes.

Celui des adieux entre le futur pirate de l’air (beau personnage joué par Van Heflin, très bien) et sa femme, dans une scène touchante à défaut d’être visuellement très convaincante : la belle photo de certains plans est contrebalancée par une image étrangement terne des contre-champs, d’où une impression étrange qui gâche un peu l’émotion du moment. Autre belle scène : celle de la grande dispute entre Lancaster et sa femme, qui se termine par un moment apaisé où leur sort se joue sur une jolie note mélancolique.

Les moments spectaculaires sont tout aussi réussis, même si le concept « catastrophe » est pour le moins douteux : une bombe qui explose dans un avion et ledit avion qui continue à voler presque comme si de rien n’était… Improbable, mais bien mené, en tout cas sans temps mort.

Tous les personnages ne sont pas passionnants (Dean Martin est en roue libre, Jean Seberg et Jacqueline Bisset n’ont pas grand-chose à jouer), mais George Kennedy révèle une nouvelle fois une présence atypique qui marque les esprits. Il sera d’ailleurs le seul acteur de cette riche distribution à rempiler pour les trois « suites » qui suivront jusqu’au calamiteux Airport 80 : Concorde (les deux autres étant 747 en péril et Les Naufragés du 747).

Le film rencontrera un tel succès qu’il lancera le nouvel âge d’or du film catastrophe, dont la série Die Hard s’inspirera beaucoup pour les deux premiers films : 58 minutes pour vivre sera d’ailleurs un hommage affiché à Airport, comme Piège de Cristal s’inspirera de La Tour infernale. Le troisième Die Hard aurait ainsi dû se passer sur un bateau comme L’Aventure du Poséidon, mais Steven Seagal étant passé par là avec son Piège en haute mer, les producteurs ont changé de direction.

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