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Archive pour la catégorie '1970-1979'

Rio Lobo (id.) – de Howard Hawks – 1970

Posté : 13 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1970-1979, HAWKS Howard, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Rio Lobo

Quatre ans après El Dorado, Hawks fait un ultime baroud d’honneur avec ce western qui sera son tout dernier film. Comme son précédent, celui-ci reprend une partie de la trame de Rio Bravo, avec une nouvelle version du siège d’une prison, dans laquelle se réfugient une poignée de personnages autour du grand héros John Wayne.

Mais les temps ont changé. Le grand héros est devenu un vieux cow-boy bedonnant et « confortable », comme le disent tour à tour les femmes qu’il rencontre. Et il n’y a plus guère que les hommes pour croire que tout est encore comme avant. On est en 1970, l’âge d’or du western est révolu, et tout particulièrement les héros infaillibles comme John Wayne. D’où une étrange sensation d’anachronisme qui se dégage de ce film au budget modeste et à la réussite qui l’est tout autant.

C’est un peu comme si le moule avait été cassé, et que Hawks faisait ce qu’il pouvait pour recoller les morceaux. Oui, les temps ont changé. La remarquable fluidité de Rio Bravo n’est plus qu’un souvenir. Rio Lobo avance son histoire ambitieuse avec une certaine difficulté, comme si plus rien n’était facile. Ce n’est pas pour autant l’oeuvre d’un vieillard sénile et nostalgique : Hawks semble se moquer de lui-même comme il se moque de Wayne, en soulignant ses faiblesses dans des situations qu’il a déjà traversées auparavant.

Surtout, Hawks confronte ces hommes trop fiers pour accepter le changement, à des femmes d’une stupéfiante modernité : trois beaux personnages de femmes fortes et volontaires, aux caractères bien affirmés, qui s’amusent des regards énamourés des hommes et de leur romantisme démodé. Parmi elles : Shery Lansing, qui deviendra plus tard la première femme patronne d’un studio hollywoodien.

Dans ce récit ample aux rebondissements multiples, très loin finalement de la construction épurée d’un Rio Bravo, Hawks réussit en tout cas quelques séquences étonnantes, à commencer par cette épique attaque de train, où les armes utilisées sont de la graisse, un nid de frelons et des cordes tendues… Ou cet étonnant jeu du chat et de la souris entre Nordistes et Sudistes au début du film… Ou encore la savoureuse apparition d’un Jack Elam gentil pour une fois, qui reprend à son compte le rôle de vieux râleur que tenait jadis Walter Brennan.

Voyage au bout de l’enfer (The Deer Hunter) – de Michael Cimino – 1978

Posté : 27 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1970-1979, CIMINO Michael, DE NIRO Robert | Pas de commentaires »

Voyage au bout de l'enfer

Classique absolu. On a beau l’avoir vu et revu, connaître à peu près chaque scène par cœur, on ressort toujours totalement bouleversé par cet immense chef d’œuvre, peut-être le plus fort des films consacrés au VietNam, et à la guerre en général.

De la guerre, on voit les horreurs bien sûr, dans une série de scènes parmi les plus traumatisantes du cinéma tout court. Mais ces images d’horreur, qui impriment la rétine et l’esprit jusqu’à la nausée, ne représentent qu’une petite partie du film : la séquence centrale d’un film-fleuve à la construction particulièrement audacieuse, la plus courte.

The Deer Hunter (le titre original, autrement plus beau, mystérieux et poétique que sa « traduction » française passe-partout), sorti la même année que Le Merdier de Ted Post, est l’un des premiers films américains qui traite de la guerre du VietNam, trois ans seulement après la fin officielle du conflit. Cette précision a son importance, quand on voit l’extraordinaire lucidité de Cimino, cinéaste encore débutant (ce n’est que son deuxième film, après le modeste Le Canardeur – encore un titre français crétin), qui dit mieux que personne avant ou après lui les traumatismes de la guerre.

C’est l’âge d’or du Nouvel Hollywood, donc le bide de son film suivant (La Porte du Paradis) sonnera le glas. Une époque où la frontière n’existe pas entre cinéma d’auteur et blockbuster. La preuve: les gros succès populaires d’alors sont devenus les grands classiques d’aujourd’hui. Cimino, pourtant, ne rend strictement rien à ce que pourraient être les attentes du public.

Son film de guerre, il le commence par de longues scènes de la vie quotidienne, par un mariage arrosé, par une partie de chasse en montagne… Il faut plus d’une heure pour que les personnages arrivent au VietNam. En cela, notamment, The Deer Hunter prend le contre-pied de tous les codes du film de guerre : contrairement à la plupart des films du genre, on ne découvre pas les personnages sur le front, mais dans leur élément, dans leur vie, avec leurs amis, leurs habitudes, leurs fêlures aussi.

Et Cimino n’en fait pas des êtres exceptionnels, mais des Américains comme tant d’autres : trois ouvriers de la sidérurgie en Pennsylvanie, qui vivent leurs derniers jours avant de s’envoler pour le VietNam, cette perspective dont ils parlent à peine, mais qui plane constamment sur tout ce microcosme, comme la fin annoncée d’une certaine innocence.

Les scènes dans le bar, le mariage, la chasse… Tout sonne exceptionnellement juste dans cette première partie dont la force incroyable repose en grande partie sur les non-dits, sur les malaises, les maladresses, les agacements. Cimino filme merveilleusement bien les grandes réunions comme les moments plus intimes. Il est aussi un immense cinéaste des sentiments, qui donne une vérité rare à ses personnages.

Et à tous ses personnages, pas uniquement Robert DeNiro, Christopher Walken et John Savage, tous trois très grands dans les rôles principaux. John Cazale, dont c’est le tout dernier rôle, est formidable dans le rôle du pote lourdingue et un peu barré. George Dzundza est bouleversant dans celui du bon gros attachant. Meryl Streep explose littéralement dans un rôle pourtant tout en retrait… Le moindre second rôle existe avec toutes ses complexités, jusqu’à cette « jeune femme au regard triste » qui n’apparaît que dans une poignée de plans et n’a pas le moindre dialogue, mais réussit à être émouvante.

Il y a la plongée dans l’horreur aussi, aussi tardive que brutale, et la fameuse séquence de la roulette russe dans la prison vietcong. La violence, autant physique que psychologique, qui ne laisse personne indemne. Et puis le retour difficile, voire impossible. Et tous les souvenirs que l’on trimbale déjà se mélangent : les scènes de fête, le cerf dans la montagne, les flots de sang, le regard perdu de Nick, la jambe broyée de Steven… Personne n’en parle, tout le monde y pense.

Cimino a réussi un film de trois heures que l’on pourrait aisément couper en trois parties (avant, pendant, après), mais dont la puissance ne faiblit jamais, jusqu’à une conclusion bouleversante. Dans ce petit groupe d’amis qui se retrouvent enfin autour de la table, certains sont allés au VietNam, d’autres pas. Certains sont marqués physiquement, d’autres semblent inchangés. Mais tous y ont perdu une grande partie d’eux-mêmes. Cimino, lucide et cynique, filme une « famille » sacrifiée sur l’air de « God bless America ».

Pessimiste et mortifère ? Il ose pourtant quelques petits signes, une caresse maladroite, un sourire douloureux, des regards qui se croisent… Et s’il y arrivaient quand même…

Don Angelo est mort (The Don is dead) – de Richard Fleischer – 1973

Posté : 3 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Films de gangsters, 1970-1979, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Don Angelo est mort

Évacuons le sujet tout de suite : oui, le triomphe du Parrain premier du nom, l’année précédente, est la principale raison d’être de ce film… et de l’oubli à peu près total dans lequel il est tombé depuis. Il y a sans doute pas mal d’opportunisme à l’origine de cette production, mais cet opportunisme a fini par se retourner contre cette adaptation (par lui-même) d’un roman de Marvin H. Albert. Parce que la comparaison avec le chef d’œuvre de Coppola est incontournable, à plus d’un titre.

Il s’agit de familles de mafieux, d’une guerre qui éclate entre elles, il est question d’honneur et de trahison, et de défiance vis à vis de la drogue. Mais surtout, c’est l’histoire d’un jeune homme qui tente d’échapper à ce monde de violence pour lequel il est destiné, et dont il finira par devenir l’un des piliers. Frederick Forrest (que l’on reverra l’année suivante dans Conversation secrète… de Coppola) est très bien dans le rôle, mais souffre également de la comparaison avec Pacino. Dans celui du bad guy dont la violence appelle la violence, Robert Forster (le futur héros de Jackie Brown) est lui aussi impeccable, mais n’a pas la brutalité à fleur de peau de James Caan.

Pourtant, passée l’étape de la frustration, le film est une vraie réussite. L’interprétation d’Anthony Quinn y est pour quelque chose. Le « Don Angelo » du titre, c’est lui, chef respecté et aimé d’une famille toute puissante, mais aussi homme seul, passant le plus clair de son temps sans compagnie dans sa grande maison. Il y a dans son regard, et dans la manière un peu nostalgique qu’il a d’ouvrir ses bras à cette femme par qui le malheur va arriver, quelque chose de très émouvant que l’on n’attendait pas.

Ce qui surprend aussi, c’est la simplicité des rapports humains, l’absence de fioriture et de décorum. Les affaires, les règlements de compte, les machinations… Tout cela se fait le plus naturellement du monde, au coin d’une table ou au téléphone, et les chefs de famille se salissent le plus souvent les mains eux-mêmes, comme le personnage joué par Abe Vigoda, silhouette attachante échappée du Parrain.

Richard Fleischer vient d’enchaîner quelques-uns de ses plus grands films (Terreur aveugle, L’Etrangleur de Rillington Place, Les Flics ne dorment pas la nuit), lorsqu’il réalise celui-ci, visiblement pas celui pour lequel il s’est le plus impliqué. Mais il réussit quelques grandes scènes sombres et violentes, comme ce deal de drogue qui ouvre le film, ou cette impressionnante nuit de règlement de comptes. Avec un classicisme très efficace, il apporte également une belle touche d’humanité à cette histoire profondément sombre.

La Trahison se paie cash (Framed) – de Phil Karlson – 1975

Posté : 31 août, 2017 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, KARLSON Phil | Pas de commentaires »

La Trahison se paie cash

Il n’aurait jamais dû prendre cette route, Jo Don Baker. Pour une fois qu’on lui confie le premier rôle d’un film, le voilà qui perd tout en l’espace d’une poignée de secondes. Parce qu’il assiste à une scène qu’il n’aurait pas dû voir, il est pris pour cible par un tireur mystérieux, agressé par un flic en uniforme qu’il tue pour sauver sa propre vie, condamné à une lourde peine de prison… C’est déjà beaucoup, mais la fortune qu’il avait gagnée au poker durant cette même nuit fatale disparaît, et la femme qu’il aime est violée par deux petites frappes.

Remarquable réalisateur de films noirs, Phil Karlson a signé quelques fleurons du genre dans les années 50 (L’inexorable enquête ou Le Quatrième homme, c’était lui, et c’était formidable). Cette petite production est sa toute dernière mise en scène : âgé de 67 ans, Karlson ne tournera plus rien durant les dix dernières années de sa vie. Et vu ce qu’il fait de ce polar de série B fauché, c’est bien dommage.

Autres temps, autre style : le noir et blanc intense des fifties a laissé la place aux couleurs vives et parfois criardes des seventies. N’empêche, Karlson a gardé cette intensité qui marquait ses plus grandes réussites. Framed n’est pas tout à fait à ce niveau : le film aurait sans doute gagné à être plus resserré. Et puis, Jo Don Baker n’est pas Robert Mitchum, qu’on aurait bien imaginé dans le rôle vingt ans plus tôt.

Mais le sens de l’action de Karlson est intact : physique ou psychologique, la violence est omniprésente, autour de ces personnages de durs taiseux comme on n’en faisait déjà plus à l’époque. Une violence sèche et brutale, doublée d’un cynisme décomplexé particulièrement réjouissant. Quant aux personnages, même taiseux, ils ont tous quelque chose à dire, jusqu’aux plus petits rôles comme ce pianiste qui semble ne communiquer que par piano interposé, et qui parvient à réellement exister tout en restant constamment à l’arrière-plan. Une belle surprise.

Le Gang Anderson / Le Dossier Anderson (The Anderson Tapes) – de Sidney Lumet – 1971

Posté : 26 août, 2017 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, LUMET Sidney | Pas de commentaires »

Le Gang Anderson

Un voleur sort de prison, décide de réaliser un dernier « coup », réunit son équipe, prépare le cambriolage, et passe à l’acte… Lumet respecte scrupuleusement la construction habituelle du « film de braquage », genre en soi particulièrement florissant. En faisant de Sean Connery son chef de gang, le cinéaste répond à une autre exigence du genre : une tête d’affiche, alors en pleine gloire James Bond (il s’apprêtait à retrouver le rôle une presque dernière fois, après l’avoir abandonné le temps d’un film à George Lazenby), pour mener une équipe hétéroclite, qui va du tout jeunot Christopher Walken au vétéran Martin Balsam (dans un rôle d’homo très efféminé).

Rien que de très classique, donc. Ben non. Et la particularité du film apparaît dès le tout premier plan : un écran de télévision diffusant un film dans lequel notre héros, en prison, se confie sur son rapport avec le vol. Suit une sorte de thérapie par la confession filmée et enregistrée, comme si le monde moderne, que Sean s’apprête à retrouver après dix ans derrière les barreaux, n’existait plus qu’à travers les écrans et les micros.

Et c’est bien de cela qu’il s’agit dans ce film faussement classique. Car tandis que les voleurs préparent leur casse avec confiance, et même la superbe de ceux qui ne peuvent pas échouer, leurs faits et gestes sont constamment filmés, et leurs paroles constamment écoutées : par un amant jaloux, par le FBI, par les services du Trésor… Pas le moindre geste n’échappe à ce Big Brother omniscient que cette Amérique semble être devenue. Le film en dit beaucoup sur cette Amérique-là, qui n’a pas encore découvert l’affaire du Watergate.

Sean Connery fait du coup ce que peu de stars de son acabit acceptent : en jouant sur le décalage entre la superbe qu’il affiche et la déconfiture annoncée de son projet, il apparaît comme un homme dépassé par le monde qui l’entoure, tellement aveugle aux évolutions qu’il n’a pas accompagné qu’il sombre dans une sorte de posture ridicule, d’autant plus qu’il inspire la confiance à tous ceux qu’il entraîne dans sa chute.

Cynique et ironique, Lumet filme des losers magnifiques, dont Connery est l’incarnation ultime. Un type qui semble filmé par l’Amérique entière, alors que lui-même n’intéresse personne. Un voleur « de génie » qui, au lieu de s’attaquer à une banque ou un casino, décide de cambrioler un immeuble d’habitation entier. A cette époque, c’est à Lumet que l’acteur doit quelques-uns de ses rôles les plus marquants. Celui-ci en fait partie.

Les Hommes du Président (All the President’s Men) – d’Alan J. Pakula – 1976

Posté : 4 juillet, 2017 @ 8:00 dans * Espionnage, 1970-1979, PAKULA Alan J. | Pas de commentaires »

Les Hommes du Président

Voilà sans doute « le » modèle du film-enquête des années 70, qui reflète la paranoïa de l’époque. Parano qui a largement irrigué tout un pan de la production des décennies à venir, jusqu’à X-Files qui s’en inspirera très clairement (le personnage de Deep Throat), ou JFK (Deep Throat toujours).

Le film a les atouts et les défauts des meilleures réussites du genre : l’aspect « dossier » l’emporte souvent sur l’ambition esthétique, et certaines scènes sont filmées un peu sagement, voire carrément platement.

Mais Pakula sait rendre passionnante cette enquête au long cours particulièrement complexe. Même s’il est difficile de suivre avec limpidité toutes les révélations, c’est le mouvement qui compte : celui d’un vaste cercle qui se referme peu à peu, au fur et à mesure qu’il remonte vers le sommet de la pyramide.

Inégal dans sa mise en scène, Pakula réussit toutefois de nombreuses scènes. Celles de Deep Throat notamment, sombres et angoissantes, mais aussi les nombreuses séquences montrant Woodward et Bernstein dans leur travail de fourmis. Les plus beaux plans sont peut-être les plus anodins : ceux où Robert Redford et Dustin Hoffman (formidables tous les deux) enchaînent les coups de téléphone, ou tapent à la machine…

Là, Pakula crée des plans fascinants avec une improbable profondeur de champ, où premier plan et arrière-plan apparaissent aussi nets l’un que l’autre. Belle manière de souligner en même temps la fièvre qui habite chaque personnage, et le travail d’équipe que cette enquête fascinante représente.

Oh ! J’oubliais, si quelqu’un l’ignore encore : c’est de l’affaire du Watergate qu’il s’agit. Tourné à peine deux ans après la démission de Nixon, All the President’s men révèle les contradictions et les troubles de cette Amérique aussi inquiétante que cinégénique.

Conversation secrète (The Conversation) – de Francis Ford Coppola – 1974

Posté : 20 juin, 2017 @ 8:00 dans * Espionnage, 1970-1979, COPPOLA Francis Ford, FORD Harrison | Pas de commentaires »

 Conversation secrète

Entre deux Parrains ici et ici (et deux Oscars du meilleur film), Coppola change radicalement de style (et décroche une Palme d’or). Au lyrisme sublime de ses films sur la mafia (ou, plus tard, de son grand œuvre sur la guerre du VietNam, Apocalypse Now), le cinéaste oppose cette fois un minimalisme qui a souvent fait dire que Conversation secrète était un film plus personnel dans sa carrière.

C’est sans doute faux, mais le fait est que la réussite de ce film apporte une autre dimension à la filmographie de Coppola, qui n’est donc pas que le cinéaste de l’emphase et de la surenchère. Cela dit, c’est bien le triomphe (critique et populaire) du Parrain qui a permis à Coppola de mettre en images ce scénario qu’il avait écrit plusieurs années auparavant.

Dès la scène d’ouverture, ont sent que le réalisateur, également producteur, est dépouillé de toute contrainte. Cela commence donc par une séquence aussi énigmatique que virtuose, qui reviendra tout au long du film, un peu sur le modèle de Blow Up (ou plus tard de Blow Out) : divers objectifs et micros sont braqués sur une place bondée et tentent d’accrocher la conversation qui se noue entre un homme et une femme, tandis qu’un troisième larron les observe sans en avoir l’air.

On est alors en pleine crise du Watergate (même si le film a été écrit avant), et l’Amérique renoue avec la paranoïa post-Dallas. Conversation secrète donne corps à cette politique de l’intrusion et des écoutes illégales, avec une intrigue complexe entièrement basée sur la paranoïa, où la violence n’est jamais plein écran, mais où le danger semble pouvoir sortir de n’importe quel visage avenant. Le (petit) rôle du tout jeune Harrison Ford est en cela très marquant : sa seule présence, même s’il ne fait pas grand-chose pour cela, fait naître un profond malaise.

Le film démystifie aussi cette paranoïa, cette image d’une puissance cachée omniprésente et toute puissante. Car la « main armée » des écoutes, incarnée par un Gene Hackman formidable, est lui-même la première victime de ces intrusions dans la sphère privée. Un homme dont la vie tourne entièrement autour de celles des autres, de personnes qu’il ne connaît qu’à travers des écrans, et qui s’enferme de plus en plus dans une solitude pathétique.

La Vie privée de Sherlock Holmes (The Private Life of Sherlock Holmes) – de Billy Wilder – 1970

Posté : 18 juin, 2017 @ 8:00 dans * Polars européens, 1970-1979, Sherlock Holmes, WILDER Billy | Pas de commentaires »

La Vie privée de Sherlock Holmes

Entre Wilder et Sherlock Holmes, la rencontre était loin d’être évidente. L’élégante légèreté et l’ironie mordante du premier était-elle vraiment compatible avec la logique et le cynisme du plus célèbre des détectives ? Eh bien oui. Non seulement Wilder réussit son pari, mais il signe tout simplement l’un des meilleurs « Sherlock Holmes movies », pour ne pas dire le meilleur.

La grande force du film, c’est justement cette alliance improbable. Entre les deux univers, Wilder choisit de ne pas choisir. Et c’est un mariage heureux qui en sort. L’atmosphère des récits de Conan Doyle a-t-elle déjà été aussi bien mise en image ? Pas sûr. La rigueur (la raideur, même), de Sherlock Holmes est bien là, son sens de l’observation, son verbe haut, sa relation avec le Docteur Watson, son penchant pour la drogue qui occupe son cerveau incapable de rester au repos… Bref, Sherlock Holmes tel que Conan Doyle l’a créé, et tel qu’on se l’imagine.

Mais l’ironie de Wilder est bien là. Et son Sherlock Holmes (joué par Robert Stephens), tout en superbe, a beau être le détective star que tout Londres s’arrache, jusqu’à la reine elle-même, jamais il ne fait réellement avancé l’intrigue. Pire, il révèle peu à peu une propension peu commune à se laisser manipuler, victime de son propre ego. Il semble même être ramené au rang de .gamin au contact de son frère Mycroft (Christopher Lee, qui retrouve l’univers de Sherlock Holmes après Le Chien des Baskerville), qui semble lui faire perdre ses moyens.

C’est là toute la réussite du film : la capacité qu’a Wilder (et le scénariste I.A.L. Diamond, avec qui il écrit cette aventure originale du détective) à jouer avec la réputation de Holmes, et avec la perception qu’en ont les Londoniens… et les spectateurs. Cela donne les plus belles scènes, notamment celle où Holmes, pour échapper à la troublante proposition d’une célèbre ballerine, laisse entendre qu’il file le parfait amour avec Watson… C’est drôle, brillant, et passionnant.

Traître sur commande (The Molly Maguires) – de Martin Ritt – 1970

Posté : 13 mai, 2017 @ 8:00 dans 1970-1979, RITT Martin | Pas de commentaires »

Traître sur commande

Dès les premières images, Martin Ritt nous plonge littéralement dans l’enfer de la mine : dix minutes sans la moindre parole, au plus près de ces hommes passant des heures dans des galeries obscures et dangereuses, creusant la roche dans les positions les plus inconfortables. Cette entrée en matière impressionne. Sans esbroufe, mais avec une grande puissance visuelle, Ritt met en image des conditions de travail inhumaines.

D’emblée, Traître sur commande s’impose comme l’un des films les plus forts consacrés à la vie des mineurs : leurs conditions de travail donc, avec ces gestes mille fois répétés et le danger omniprésent, mais aussi leur quotidien sans joie et sans horizon. Pour raconter ces vies, Ritt choisit l’angle du suspense, avec l’histoire d’une société secrète qui a volontiers recours à la violence, et avec ce flic infiltré qui finit presque par faire corps avec les mineurs. Mais sans jamais oublier l’essentiel : les personnages.

Dans le rôle du leader de cette société secrète, Sean Connery est parfait. Sa première apparition laisse un moment dubitatif : à côté des gueules fatiguées qui l’entourent, celui qui s’apprêtait à retrouver le matricule 007 paraît trop plein de vie, trop digne aussi. Mais cette première impression ne dure pas. Dès que la caméra s’approche de lui, c’est son regard qui impressionne, entre détermination et lassitude. Le regard d’un homme qui ne cédera jamais rien, mais qui sait que rien de bon n’en sortira.

A ses côtés, Richard Harris est formidable dans le rôle du flic infiltré, d’une complexité rare. A la fois prêt à toutes les bassesses, tous les extrêmes, pour gravir les échelons de la société, et se découvrant une proximité inattendue avec la colère des mineurs, avec leur envie de secouer les choses. Entre Sean Connery et lui naît bientôt une amitié trouble, dont on sent qu’elle ne laisse aucun des deux hommes totalement dupe.

Martin Ritt filme ces personnages complexes sans jamais surjouer leurs contradictions, avec une économie de moyen et une certaine langueur qui colle parfaitement à l’atmosphère ambiante. Passionnant et édifiant, son film est un sans-faute.

Soleil vert (Soylent Green) – de Richard Fleischer – 1973

Posté : 9 mai, 2017 @ 8:00 dans 1970-1979, FANTASTIQUE/SF, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Soleil Vert

Classique de la SF, Soleil Vert n’a pas si mal vieilli. Plus, pour être honnête, que l’immense majorité des films de Fleisher, mais moins que le tout-venant du genre de cette décennie. Sans doute pour une raison toute simple : le futur décrit dans le film ressemble à s’y méprendre à l’Amérique de 1973, sans gadget, sans architecture improbable (à part quelques intérieurs qui, eux, semblent aujourd’hui bien datés), et en version toute pourrie.

C’est l’une des belles idées du film : faire du futur une sorte de présent alternatif où les dérives des hommes auraient été poussées à l’extrême, et où ne subsisterait plus que la misère, et des villes moribondes noyées dans un perpétuel nuage verdâtre (qui paraît un peu cheap) de pollution. Pas de voiture volante, rien d’autre que les quartiers populaires de New York transformés en cloaque où les habitants semblent n’attendre que la mort.

Comme la plupart des films de SF, Soleil Vert ne parle d’ailleurs que d’aujourd’hui. Sa portée politique, valable en 1973, l’est tout autant aujourd’hui : film écolo, cri d’amour à la nature et aux beautés de notre planète, dénonciation du capitalisme cynique et jusqu’au-boutiste… Le film s’ouvre d’ailleurs sur un montage de photos, toutes authentiques, qui retracent l’évolution de la société au cours du 20e siècle, et les effets sur l’environnement.

De l’enquête que mène le petit flic Charlton Heston après le meurtre d’un riche privilégié, on s’attend à ce qu’en sorte un terrible secret, une machination machiavélique des puissants. La vérité, dévoilée dans les dernières minutes, est à la fois plus simple, et plus terrible.

Le meilleur du film, c’est quand même la cohabitation de deux générations de star : Heston et Edward G. Robinson (on pourrait ajouter Joseph Cotten, dans un second rôle marquant), le second jouant le rôle du vieillard qui ressasse inlassablement les souvenirs d’une Terre que son jeune ami n’a jamais connue. La plus belle scène, c’est peut-être celle du repas entre Robinson et Heston, l’un découvrant la vraie nourriture avec plaisir, l’autre retrouvant les goûts de son enfance avec plus de douleur que de joie. Dans un cadre feutré, sans effets spéciaux et sans fioriture, Fleischer signe là un magnifique moment de cinéma.

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