Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie '1960-1969'

L’Arnaqueur (The Hustler) – de Robert Rossen – 1962

Posté : 5 septembre, 2016 @ 8:00 dans 1960-1969, NEWMAN Paul, ROSSEN Robert | Pas de commentaires »

L'Arnaqueur

Paul Newman disait en 1987, lorsqu’il reprenait le rôle d’Eddie Felson dans La Couleur de l’Argent, que c’est dans le beau film de Martin Scorsese qu’il se trouvait pour la première fois bon acteur. Un signe flagrant d’autoflagellation très injustifié. Parce que même si c’est avec sa suite tardive, vingt-cinq ans plus tard, que Newman décrochera l’Oscar, il est absolument magnifique dans le film de Robert Rossen, superbe portrait d’un pur looser.

Et il fallait un interprète habité pour ce rôle, variation sur fond de billard de Sang et Or, le sublime « film de boxe » que Robert Rossen avait réalisé avec John Garfield, autre looser magnifique du cinéma américain. Comme pour la boxe, Rossen filme d’une manière incroyablement dynamique les innombrables parties de billard qui émaillent le film. Non comme de simples interludes, mais comme autant de marches (vers le haut ou vers le bas ?) dramatiquement franchies par Felson/Newman.

L’atmosphère est purement fascinante, grâce aussi à une photo sublime et à une interprétation de première classe : Piper Laurie en alcoolique paumée, à des années lumière de ses fantaisies des années 50, et Jackie Gleason dans le rôle du rival dont la superbe tranche cruellement avec l’attitude autodestructrice de Newman. Le regard désolé qu’il porte à ce dernier, qui se laisse entraîner par son obsession, est un grand moment de cinéma.

Lutte sans merci (13 West Street) – de Phillip Leacock – 1962

Posté : 9 juillet, 2016 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, LEACOCK Phillip | Pas de commentaires »

Lutte sans merci

Vingt ans après Tueur à gages, il a pris cher Alan Ladd, prématurément vieilli et bouffi, loin du charme animal et dangereux de ses grandes années. Sa carrière, d’ailleurs, est en plein déclin lorsqu’il tourne ce thriller qu’il produit lui-même, comme une ultime chance de retrouver les sommets. Le résultat est loin d’être à la hauteur : Lutte sans merci est un « vigilante movie » poussif et visuellement assez laid, qui manque cruellement de rythme.

La faute à un réalisateur guère inspiré, parce que le scénario, qui préfigure des tas de films à venir basés sur l’idée de l’autojustice (pas souvent formidables, du fameux Justicier dans la ville de Bronson au pénible A vif avec Jodie Foster), n’est pas si mal. Plus que l’autodéfense, c’est vraiment le traumatisme de la violence qui est au cœur du film. Et Ladd incarne parfaitement cette idée d’un homme normal et sans histoire, incapable de tourner la page après avoir été victime d’une agression gratuite et sauvage.

Un scénario qui ne joue pas la carte de la surenchère, préférant miser sur une atmosphère troublante et paranoïaque. Il y a bien un méchant, finalement plus pathétique que diabolique, mais le film met surtout en évidence les petits défauts, les mesquineries et les imperfections de chacun : les coupables, les victimes, et même la police.

Loin des clichés du superflic ou, au contraire, du policier incompétent, Rod Steiger est lui aussi remarquable. A priori, un duo Ladd-Steiger pouvait faire craindre le pire : face à Ladd le taciturne, Steiger l’exubérant aurait pu assommer le film. Il n’en est rien : inhabituellement sobre, l’acteur est absolument parfait.

Malgré tout ça, le film ennuie un peu, et laisse un goût d’inachevé. Trop polissée, trop anonyme, la mise en scène ne convainc jamais vraiment. Dommage.

* DVD dans la collection « Film noir, femme en danger » de Sidonis/Calysta, avec des présentations de Patrick Brion et François Guérif.

L’Île de la Terreur (Island of Terror) – de Terence Fisher – 1965

Posté : 10 juin, 2016 @ 8:00 dans 1960-1969, FANTASTIQUE/SF, FISHER Terence | Pas de commentaires »

L'Île de la Terreur

Il y a deux écueils qu’il faut avoir le courage de surmonter pour apprécier ce petit film d’épouvante anglais. D’abord, les scènes d’ouverture pré-génériques, d’une platitude visuelle décourageante. Et puis la première apparition plein écran des créatures mortelles qui sèment la mort. Des créatures, disons… croquignolesques. De quoi, en tout cas, refaire tomber la pression !

Tourné par Fisher dans la foulée de ses Dracula, L’Île de la Terreur permet au réalisateur de retrouver Peter Cushing, et de rompre avec l’horreur gothique pour un film fantastique à l’atmosphère assez originale. Cushing y joue un scientifique (pas une première, non) qui arrive sur une île coupée du monde pour étudier un corps découvert mystérieusement sans squelette. Il y découvre l’existence d’une créature mortelle apparue lors d’une expérience scientifique foireuse, créature qui se multiplie sans qu’on puisse l’arrêter.

Fisher s’y connaît lorsqu’il s’agit de foutre la trouille. Et il y réussit fort bien ici encore, avec une remarquable économie de moyens. Un simple rocher et l’angoisse de ce qu’il peut cacher suffisent ainsi à distiller la peur. L’interprétation est plus inégale. Si Peter Cushing est impeccable, Edward Judd, dans le rôle de l’autre scientifique, est nettement plus terne. Mais il y a une certaine chaleur chez la plupart des seconds rôles.

Là où le film est le plus réussi, c’est dans la peinture de ce microcosme vivant en retrait du monde. Il y a d’ailleurs quelque chose d’étrangement westernien dans cette petite île perdue au large de l’Irlande, qui évoque une petite ville de l’Ouest au milieu du désert, avec son maire, son médecin, ses étrangers, et même son shérif. Le « siège » final, durant lequel les habitants se réfugient dans une salle communale, ne pouvant que deviner la présence des créatures, n’est d’ailleurs pas sans évoquer le formidable Quand les tambours s’arrêteront. Une référence pour le moins inattendue pour un film d’épouvante made in England.

Les 100 Fusils (100 Rifles) – de Tom Gries – 1969

Posté : 7 juin, 2016 @ 8:00 dans 1960-1969, GRIES Tom, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les 100 Fusils

Dès le générique de début, très stylisé et dominé par la musique tonitruante (et très réussie) de Jerry Goldsmith, l’influence du film est claire : Sergio Leone est passé par là, et c’est au tour du western italien de dicter sa loi sur le genre. Pas toujours pour le meilleur : on ne peut pas dire que cette période soit la plus passionnante pour le western américain.

Tom Gries s’en sort plutôt bien, même s’il reste parfois prisonnier de l’esthétique imposée par Leone dans ses films : gros plans, visages en sueur, excès de violence avec quelques gros plans pseudo-gores pas toujours du meilleur goût… Jusqu’aux décors (naturels) qui semblent tout droit sortis de Pour une poignée de dollars, entre des villages mexicains blancs, déserts et poussiéreux, et des collines arides et austères.

Le film ne manque ni de rythme, ni de rebondissements, et alterne efficacement l’aventure rigolarde et la violence plus rude. C’est l’histoire assez traditionnelle d’Indiens mexicains persécutés par de cruels militaires, qu’un policier américain (et noir), à la poursuite d’un voleur de banque avec lequel il se liera d’amitié, finira par aider.

Classique, donc, sauf que le scénario (co-écrit par le réalisateur) glisse quelques piques cyniques plus inattendues : l’idée que les persécutés peuvent devenir aussi violents et inhumains que leurs bourreaux, ou celle selon laquelle les minorités opprimées peuvent elles aussi être dominées par des réflexes racistes. C’est ce qui donne l’une des scènes les plus intéressantes, lorsque l’Indienne Raquel Welch se refuse au noir Jim Brown par pur réflexe ségrégationniste.

Pas exactement les meilleurs acteurs du monde, mais les personnages ne manquent pas d’intérêt. Moins pour la relation amoureuse interraciale qui semble-t-il était provocante à l’époque, que pour les liens de haine-amitié entre Jim Brown et Burt Reynolds, en chien-fou assez amusant. Et puis il y a la fameuse scène de la douche de Rachel Welch, dont la chemise trempée ne cache rien de son corps spectaculaire. On pourrait se dire que cette scène, comme celle où elle dégrafe son corsage pour tromper son ennemi, sont parfaitement gratuites. Peut-être. Mais elles sont les plus mémorables…

* Blue ray chez Sidonis/Calysta dans la collection Westerns de Légende, avec des présentations très bienveillantes de Bertrand Tavernier et Patrick Brion.

Allô, brigade spéciale (Experiment in Terror) – de Blake Edwards – 1962

Posté : 23 mai, 2016 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969 | Pas de commentaires »

Allô brigade spéciale

La première séquence, absolument scotchante, révèle les secrets du titre (originale) : cette expérience de la terreur, c’est Lee Remick qui va la vivre. Mais c’est aussi le spectateur. Comme Jacques Tourneur vingt ans avant lui (dans L’Homme léopard, notamment), on sent bien que c’est cette volonté de filmer la peur qui a attiré Blake Edwards, qui venait de tourner un Breakfast at Tiffany’s nettement plus conforme à l’idée qu’on se fait de son cinéma, dans ce thriller.

Cette première scène résume à elle seule tous les principes et les qualités du film. Un noir et blanc magnifique, une musique (signée Henry Mancini) sobre qui distille l’angoisse, des personnages à la limite de l’abstraction, et une caméra dont les mouvements (rares) et les cadrages (sobres, à quelques exceptions près) sont d’une efficacité implacable.

Le postulat de départ est simple : une jeune femme rentre chez elle dans la nuit ; à peine sa voiture garée, la porte se referme derrière elle, la laissant dans l’obscurité et le silence, silence bientôt brisé par une lourde respiration… Cette scène garde, 50 ans après, une puissance terrifiante remarquable. Des moments de terreur, il y en a d’autres dans ce film. Mais Edwards (comme Tourneur) a l’intelligence de systématiquement se renouveler. Pas toujours avec la même puissance, mais en tout cas avec une efficacité constante.

On pourrait critiquer la vision un peu idéaliste du FBI : cette manière un peu simpliste avec laquelle Lee Remick, après avoir été menacée par ce mystérieux agresseur (Ross Martin, le sidekick des Mystères de l’Ouest, formidable), tombe dès le premier coup de téléphone sur un super-agent (Glenn Ford, d’une grande justesse) qui comprend immédiatement qu’il a affaire à une menace sérieuse…

Mais cette facilité scénaristique, qui se répète d’ailleurs à plusieurs reprises, est effacée par la manière dont le travail des enquêteurs est filmée. A l’opposée de l’héroïsme individualiste habituel, mais comme un travail de fourmis, qui nécessite des dizaines d’hommes, et d’interminables surveillances.

Dans la manière d’aborder le polar, dans cette manière de filmer l’angoisse… le film de Blake Edwards a quelque chose de résolument nouveau en 1962. C’est pourtant, aussi, un film de cinéphile, qui évoque à la fois Tourneur donc, mais aussi les films noirs réalistes de Mann ou Hathaway, et s’inscrit clairement dans la mouvance de Psychose. La terrifiante scène des toilettes résonne d’ailleurs comme un clin d’œil au film d’Hitchcock.

Experiment in Terror est aussi un film dont les parti-pris assez radicaux inspireront à leur tour d’autres cinéaste. En premier lieu Don Siegel, dont le Dirty Harry reprendra plusieurs idées fortes du film (avec une vision toutefois nettement plus cynique du travail de la police). Jusqu’à reprendre quasiment telle quelle l’ultime scène dans le stade, reprenant à l’identique ces impressionnants plans d’hélicoptère. Un sacré hommage…

* Le film vient de sortir dans la nouvelle collection « Films noirs, femmes en danger » chez Sidonis/Calysta, avec des présentations par Bertrand Tavernier, Patrick Brion et François Guérif.

Détective privé (Harper) – de Jack Smight – 1966

Posté : 20 mai, 2016 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, NEWMAN Paul, SMIGHT Jack | Pas de commentaires »

Détective privé

Il en fait des tonnes, Paul Newman, surjouant sa cool attitude, cette non-chalance travaillée qui fait son incroyable charme. D’un autre acteur, ce serait insupportable. Mais lui a cette classe folle et une ironie teintée d’autodérision qui emportent l’adhésion. Et tout spécialement dans ce film noir qui sonne très sixties, mais dont le scénario semble tiré d’une armoire laissée fermée pendant vingt ans…

Plus que l’intrigue gentiment tarabiscotée, ses faux-semblants et ses innombrables rebondissements, c’est cette impression que Jack Smight filme un scénario de la grande époque du noir qui fascine et séduit. Sur le papier, Harper, adaptation d’un roman de Ross MacDonald, aurait pu être une sorte de double du Grand Sommeil. A l’écran, le résultat est pourtant radicalement différent. Et dans cette différence, c’est toute l’évolution du cinéma de genre américain qui apparaît.

Pas forcément toujours pour le meilleur : il manque au film de Smight la suprême atmosphère de celui de Hawks. Mais la référence est flagrante, jusqu’à la participation de Lauren Bacall, flanquée d’une jeune femme un rien névrosée (sa belle-fille ici, et plus sa sœur). Quant à Newman, il est une sorte de version années 60 du privé à la Bogart. Donc très différent : filmé dans son terne quotidien (la scène d’ouverture), prêt à implorer sa femme (Janet Leigh) de ne pas le quitter, et passant le plus clair du film à se prendre des coups…

La comparaison pourrait être écrasante, mais Smight a l’intelligence de faire le film à sa manière. Avec un grand sens du rythme et de la dérision, et même une certaine élégance. A tel point qu’on aurait presque souhaiter voir Newman et Smight s’atteler réellement à un remake du Grand Sommeil. Un remake qui sera bel et bien réalisé quelques années plus tard, mais par un tâcheron et sans éclair de génie. Quant à Newman, il retrouvera le rôle de Harper neuf ans plus tard dans La Toile d’araignée qui, non, n’est pas le remake du film noir homonyme des années 50… avec Lauren Bacall.

Les Professionnels (The Professionals) – de Richard Brooks – 1966

Posté : 29 avril, 2016 @ 11:38 dans 1960-1969, BROOKS Richard, LANCASTER Burt, RYAN Robert, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Professionnels

Dans la riche filmographie de Richard Brooks, cinéaste génial et engagé, Les Professionnels peut sembler bien anecdotique : un « simple » western construit sur le modèle déjà éculé des Sept mercenaires, soit quatre fines gâchettes engagées par un riche propriétaire pour retrouver sa femme, enlevée par un révolutionnaire mexicain…

Tourné après l’échec de Lord Jim, le film répond en effet à une volonté de Brooks de reprendre la main. En partie en tout cas, parce que le cinéaste n’abandonne pas ses ambitions pour autant. De ce film d’action fun et explosif, il tire en effet une réflexion un rien désenchantée sur la frontière entre le bien et le mal, filmant des personnages qui n’ont rien d’univoques, ou le manichéisme n’a pas sa place.

Le film fut un triomphe à sa sortie en salles. Un demi-siècle plus tard, il paraît étrangement moderne. Bien plus en tout cas que la plupart des westerns tournés durant cette période de déclin du genre et qui tentaient à tout prix d’être dans l’air du temps. Brooks, lui, réussit ce prodige de raconter son histoire le plus simplement du monde, avec une suprême élégance et une immense efficacité, tout en proposant une étude complexe et passionnante du genre humain, tiraillé entre convictions et intérêts personnels. Un vrai film politique…

Et puis il y a ce casting, fabuleux. L’un des plus excitants de toute la décennie sans aucun doute. Lee Marvin en tête d’affiche, sobre encore (dans son jeu en tout cas, paraît que sur le tournage, ce n’était pas souvent le cas…) et d’une intensité incroyable. Burt Lancaster surtout, acteur décidément formidable qui révèle ici une humilité rare, acceptant de passer au second plan pour le bien du film. Woody Strode encore, acteur fordien comme souvent peu bavard, mais dont la silhouette taillée à la serpe impressionne toujours. Robert Ryan enfin, acteur que je soupçonne incapable d’être mauvais, voire juste passable, excellent malgré un rôle très en retrait.

Et l’apparition tardive mais miraculeuse de Claudia Cardinale (des retrouvailles pour elle et Lancaster, après Le Guépard), d’une beauté à couper le souffle. Le couple qu’elle forme avec Jack Palance, méchant très relatif, constitue l’une des raisons de voir et revoir ce western majeur, l’un des meilleurs de la décennie.

* Blue ray dans la belle collection Very Classics de Sony, avec un livret passionnant et joliment illustré, et quelques bonus intéressants.

Marqué au fer rouge (Ride beyond vengeance) – de Bernard MacEveety – 1966

Posté : 28 avril, 2016 @ 1:05 dans 1960-1969, MacEVEETY Bernard, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Le film s’ouvre par une image classique, presque stéréotypée du western : un gros plan sur un panneau de bois balayé par le vent, indiquant le nom d’une ville et le nombre de ses habitants. Mais la caméra s’élève légèrement et dévoile la rue, certes poussiéreuse, mais occupée par des voitures tout ce qu’il y a de modernes…

Étrange ouverture, que ce prologue dont le personnage principal est un agent recenseur (James MacArthur, l’un des comparses de Steve Everett dans la série Hawaii, Police d’Etat) à qui un barman raconte la violente histoire d’un homme dont le destin, plus de soixante ans plus tôt, a marqué la ville.

Cette construction en flash-back est d’autant plus curieuse qu’aucun témoin direct des événements qui font le cœur du film n’est présent dans ce prologue. Qui plus est, un autre flash back dans le flash back principal viendra complexifier encore cette construction. Étonnant, donc, mais pas si vain que ça : il y a dans cette manière de passer d’une époque à l’autre quelque chose qui renvoie au temps qui passe, et au poids de nos décisions.

C’est bien le thème de ce film porté par un Chuck Connors qui, à défaut d’être un grand acteur, est une incarnation assez fascinante du temps qui passe, gueule de brute sur un regard d’enfant qui cherche juste à rentrer « chez lui ». Un homme qui, après onze ans d’absence, revient rattraper le temps perdu avec sa femme qui le croit mort et qui ne le reconnaît pas lorsqu’elle se trouve face à lui, sorte de fantôme brisé par les événements que n’aurait pas renié Clint Eastwood.

Sorti en pleine gloire du spaghetti (c’est l’année de Le Bon, la brute et le truand), Marqué au fer rouge a bien quelque chose du western italien : la gueule barbue de Connors, le côté taiseux du personnage, et cette approche brutale et frontale de la violence (le marquage au fer rouge, la folie de Bill Bixby…).

Mais l’obscur Bernard Mac Eveety ne tombe pas non plus dans le copié-collé : la (chouette) chanson-thème est pour le coup totalement dans la tradition américaine, et les personnages sont nettement plus complexes que dans le western européen. L’impeccable Michael Rennie est ainsi un méchant très relatif qui prive Chuck Connors de sa soif de vengeance en adoptant un profil bas, ce qui nous offre au passage la scène la plus remarquable du film.

Même une brute aussi indéfendable que Claude Akins (décidément formidable dans la veulerie) évite la caricature, en flirtant très étroitement avec la folie lors de discussions étonnantes avec un partenaire imaginaire. Quant à Kathryn Hays, l’épouse perdue, tiraillée entre deux hommes, elle est parfaitement juste. La grande Gloria Grahame, elle, n’a hélas droit qu’à deux scènes pour tenter de faire vivre un personnage complexe et fascinant, mais quelque peu sacrifié.

Bernard MacEveety n’est pas un cinéaste au style fulgurant, et n’évite pas les tics visuels classiques de ces années-là, inspirés par la télévision. Mais il nous offre tout quelques plans percutants comme celui de Chuck Connors avançant droit vers sa vengeance, face caméra. Une présence animale assez impressionnante qui fait beaucoup pour la rudesse que dégage le film.

* DVD dans la collection « Westerns de Légende » de Sidonis/Calysta, avec une présentation pas vraiment enthousiaste de Patrick Brion, et le petit documentaire consacré au genre que les DVD de cette collection par ailleurs indispensable proposent régulièrement.

A bout portant (The Killers) – de Don Siegel – 1964

Posté : 2 avril, 2016 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

A bout portant

Pour Don Siegel, The Killers marque en quelque sorte le début de l’âge d’or: une quinzaine d’années au cours desquelles le cinéaste s’imposera pour de bon comme un auteur à part entière, avec des polars violents au réalisme souvent presque documentaire, où la frontière entre le bien et le mal prendra des allures nettement plus troubles que dans le cinéma hollywoodien classique.

Ce nouveau départ a quelque chose d’ironique pour Siegel, qui fut pressenti en 1946 pour réaliser la première adaptation de la nouvelle d’Hemingway. Cette année-là, le réalisateur signe son premier long métrage, The Verdict. Quant à la première version de The Killers, finalement réalisée par Robert Siodmak, elle fait partie de la légende du film noir. Passer après un tel classique avait tout de la fausse bonne idée. Surtout que A bout portant s’apparente finalement moins à une nouvelle adaptation de la nouvelle que d’un remake des Tueurs, dont il reprend la trame générale.

Et pour cause : la nouvelle, un court texte de dix pages, ne racontait que le meurtre par deux tueurs d’un homme résigné à mourir, et la discussion qui s’en suit dans son entourage. Un texte génial, mais qui au cinéma se résume à une simple séquence… Le film de Siodmak s’ouvrait avec cette séquence, un enquêteur remontant ensuite le cours des événements pour comprendre qui était la victime, et ce qui a conduit à ce meurtre. Presque vingt ans plus tard, le film de Siegel reprend la même construction sous forme d’enquête avec flash-backs, avec braquage qui tourne au drame et femme fatale autour de laquelle rôde la mort. Mais la comparaison s’arrête à peu près là.

The Killers version 64 regorge d’idées géniales. Dès la première séquence de meurtre : loin du bar nocturne à la Edward Hopper de 46, Siegel ouvre le rideau sur un institut pour aveugles où tout se passe en pleine lumière. Et avec des tueurs aux antipodes des figures archétypales du premier film : Lee Marvin et Clu Galager, dans une curieuse relation maître-élève pleine de tendresse, n’ont pas d’état d’âme, pratiquant la violence avec un sadisme d’autant plus dérangeant qu’elle s’appelle souvent à des êtres en situation d’infériorité. Mais ils ont une profondeur inattendue, et des interrogations existentielles.

Pourquoi cet homme s’est-il laissé tuer au lieu de chercher à fuir ? C’est la question que se pose Charlie, le tueur vieillissant qu’incarne Lee Marvin avec une sobriété exemplaire. Et c’est peut-être la plus grande idée du film : avoir fait de cette question le moteur de l’action. Désormais, ce n’est plus un enquêteur, mais les tueurs eux-mêmes qui remontent le fil de l’histoire…

Cette histoire est celle de Johnny North (John Cassavetes, parfait), coureur automobile entraîné dans un braquage avec la belle Angie Dickinson, dont on se demande si elle est juste trop belle et trop faible ou si c’est la reine des salopes, et son riche « protecteur » Ronald Reagan, dans son dernier rôle au cinéma (son seul méchant, et quel méchant !). Mais on connaît le destin du Suédois, incarné par Burt Lancaster en 46. Celui-ci est de la même veine. Non, ce qui fascine surtout, c’est l’obsession de Lee Marvin, de ce tueur entouré par la mort et taraudé par l’idée qu’on puisse l’accepter si facilement…

Loin des cabotinages dans lesquels il est parfois tombés, Marvin a rarement été aussi intense et troublant que dans The Killers. Siegel, il est vrai, soigne particulièrement ses acteurs ici, offrant à chacun, jusqu’au plus petit second rôle, des moments mémorables. Seymour Cassel réussit ainsi à exister en une unique scène anodine et sans dialogue. Et Claude Akins surtout, trouve l’un de ses plus beaux rôles, très émouvant en mécano brut de coffrage qui fend l’armure, peut-être le seul personnage à ne jamais perdre son humanité.

Et visuellement, le film est aussi une splendeur. Il y a le rythme absolument parfait que donne Siegel, et il y a la rupture radicale avec l’esthétique néo-expressionniste du film de Siodmak, ce noir et blanc contrasté et fascinant qui tirait le film vers le mythe. Ici, la lumière est vive et les couleurs chaudes. Pas de zones d’ombres, mais des plans soudains désaxés pour annoncer la violence, une violence crue et brutale, qui n’a plus rien de romantique.

En avance sur le Nouvel Hollywood, ce noir-là va influencer plus d’un polar dans les quinze ans à venir. Malgré tout, il reste l’une des plus grandes réussites du genre, qui n’a rien perdu de sa puissance et de son pouvoir de fascination. Un chef d’œuvre, oui, qui n’a rien à envier au classique de Siodmak.

Comanche Station (id.) – de Budd Boetticher – 1960

Posté : 16 mars, 2016 @ 8:00 dans 1960-1969, BOETTICHER Budd, WESTERNS | Pas de commentaires »

Comanche Station

Des personnages secs qui paraissent monolythiques, mais qui dévoilent par moments une sensibilité inattendue, terrible. La patte Boetticher est bien là, dans cet ultime film tourné avec Randolph Scott, qui aura été son interprète idéal pour sept westerns, à l’unité remarquable.

Dans Comanche Station, Scott est exceptionnel. Dès la première séquence, impressionnante séquence quasi muette dans des étendues immenses et sublimes, sa présence fascine, figure icônique du cow-boy solitaire qui tire une jeune femme des mains d’Indiens qui l’avaient enlevée.

Une variation sur le thème de La Prisonnière du Désert ? Oui, mais c’est moins l’obsession qui intéresse Boetticher que le poids du destin. Scott se consacre certes inlassablement à sauver des femmes, dans l’espoir de retrouver la sienne disparue depuis des années. Mais son regard ne laisse guère transparaître d’espoir, pas plus que de colère d’ailleurs. Juste une bouleversante fatalité.

Tout le film est baigné par ce sentiment de fatalité, jusqu’au dénouement inattendu et touchant. Et jusque dans les personnages de « méchants » : ces deux jeunes porte-flingues qui jouent au dur mais qui pleurent leur enfance disparue lorsque le soir tombe ; et Claude Akins, second couteau habitué aux rôles de sales types sans grande profondeur, dont les derniers mots sont d’une ironie cinglante.

Derrière son dépouillement et son aridité apparents, Comanche Station est un film magnifique. L’un des sommets pour Randolph Scott et Budd Boetticher. Leur chant du cygne à tous deux, aussi. L’acteur ne tournera plus qu’un film : Coup de feu dans la Sierra de Peckinpah. Quant à Boetticher, obsédé par son désir de réaliser un film consacré au matador Carlos Arruza (qu’il mettra dix ans à terminer), il ne tournera plus qu’un autre long métrage : Qui tire le premier ?, en 1969.

* Blue ray dans la collection Westerns de Légende de Sidonis/Calysta, avec des présentations par Patrick Brion et Bertrand Tavernier.

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