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Archive pour la catégorie '1960-1969'

Cartouche – de Philippe De Broca – 1962

Posté : 6 février, 2016 @ 8:00 dans 1960-1969, DE BROCA Philippe | Pas de commentaires »

Cartouche

« Amuse-toi, ça empêche de mourir. » Cette belle phrase, écrite par Charles Spaak et dite par une Claudia Cardinale d’une beauté spectaculaire, résume mieux que tout l’esprit qui règne sur ce sommet du film de cape et d’épée made in France. De la légèreté, oui, mais pour mieux dissimuler une vraie gravité, à l’image des grands films hollywoodiens du genre. Quinze ans après les grands classiques américains, De Broca marche dans les bottes d’un George Sidney. Avec un vrai brio.

La farce a bien pris un méchant coup de vieux : toute la partie « militaire » du film est dominée par un humour un peu lourdingue, à l’image du sergent recruteur interprété par un Noël Roquevert dans son éternel numéro de vieille baderne ridicule, tellement usé qu’il finit par lasser un brin. Mais quand De Broca se concentre sur l’action, sur les duels, et sur le suspense, là son film n’a plus rien à envier à Hollywood.

Dans le genre, a-t-on fait mieux en France que Cartouche ? Pas sûr. En tout cas, et malgré quelques seconds rôles un peu caricaturaux (Marcel Dalio force nettement le trait), le film est une belle réussite, qui inaugure la longue collaboration entre De Broca et Belmondo, qui donnera lieu à quelques-uns des meilleures films populaires des années à venir. Un Belmondo qui, d’enfant chéri de la Nouvelle Vague, révèle sa nature hyper-physique avec ce rôle de voleur qui devient le roi de la Cour des Miracles.

Le personnage, et le ton du film, doivent beaucoup à cette nature conquérante et exubérante que Belmondo exploitera jusqu’au bout, quitte au fil des années à devenir la caricature de lui-même. Il n’en est pas là. A pas encore 30 ans, pas encore cantonné systématiquement dans le même personnage, il alterne avec un bonheur rare la légèreté et la gravité, et donne corps à un personnage de gamin dont la flamboyance dissimule le mal-être.

Quant à Claudia Cardinale (ai-je déjà souligné sa beauté spectaculaire ?), superbe sauvageonne qui dévore la vie à pleine dent, elle se transforme peu à peu en héroïne tragique bouleversante. A eux deux, à leur jeunesse explosive, à la profondeur qu’ils apportent à leurs personnages, le film doit beaucoup de sa réussite.

Pour une poignée de dollars (Per un pugno di dollari) – de Sergio Leone – 1964

Posté : 29 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1960-1969, EASTWOOD Clint (acteur), LEONE Sergio, WESTERNS | Pas de commentaires »

Pour une poignée de dollars

Un cigarillo dont le goût et l’odeur le mettaient d’une humeur exécrable idéale pour le rôle, des bottes et un revolver empruntés au Rowdy Yates de sa série Rawhide, un poncho dégoté chez un fripier, une barbe de cinq jours pour gommer son côté trop lisse, et la plupart de ses dialogues effacés pour privilégier l’intensité de son regard… En quelques plans, en prenant le contre-pied de son image de jeune premier télévisuel, Clint Eastwood profite d’un tournage estival en Espagne pour entrer dans la légende.

Sans lui, le film aurait sans doute quand même marqué l’histoire du western et du cinéma italien. Sans doute. Mais le succès aurait-il été le même ? Le génie de Sergio Leone, déjà frappant mais pas encore aussi spectaculaire que pour Il était une fois dans l’Ouest, aurait-il été aussi bien mis en valeur ? Pas sûr, pas sûr…

Pour une poignée de dollars est un film mythique, c’est aussi l’histoire d’une rencontre qui a scellé le destin de l’acteur, du réalisateur, du western, et de la production cinéma des dix ans à venir en Italie. On ne va pas revenir sur la naissance du « western spaghetti » et sur les centaines de films qui ont fait vivre le genre, n’égalant que rarement la réussite de cette « trilogie du dollars » qui se poursuivra avec Et pour quelques dollars de plus et Le Bon, la brute et le truand.

On a souvent dit que Leone avait dynamité les codes du western hollywoodien. Ce n’est pas tout à fait vrai. Toute l’imagerie westernienne traditionnelle est bien là, dans cette histoire d’un cavalier mystérieux qui débarque dans une petite ville rongée par la guerre que se livrent deux familles puissantes. Ce que Leone apporte, c’est sa volonté de rendre palpable la poussière, la violence et le sang.

C’est aussi son style inimitable mais si souvent copié : cette manière de dilater le temps et d’alterner plans très larges et très gros plans (une logique qu’il poussera encore plus loin dans ses westerns suivants). Plus que l’intrigue, adaptée du Yojimbo de Kurosawa, c’est cette approche visuelle que Leone emprunte au cinéma japonais, filmant les duels aux pistolets comme les combats des films de sabre.

Pour une poignée de dollars est un film entièrement tourné vers le plaisir du spectateur, quitte à prendre quelques libertés avec la vraisemblance. Cette logique est frappante dans la séquence de cavalcade qui suit la délivrance de Marisol et de sa famille. L’enjeu pour « l’homme sans nom » (qui en a un : Joe) est de prendre de vitesse les sbires de Gian Maria Volonte entre une maison et une autre, qui paraissent relativement proches, mais entre lesquelles les personnages se lancent dans une course poursuite interminable à travers la montagne et le désert. Pour le seul plaisir de créer un suspense effectivement très efficace.

C’est aussi dans ce film qu’apparaît la vocation masochiste de Clint Eastwood, battu avec sadisme par les hommes de Volonte et laissé pour mort, avant de se relever et de réapparaître lors d’un duel, comme à l’abri des balles. La naissance d’une autre figure récurrente du cinéma eastwoodien, qui ne cessera de revenir d’entre les morts, de L’Homme des hautes plaines à Pale Rider en passant par Le Retour de l’Inspecteur Harry.

Butch Cassidy et le Kid (Butch Cassidy and the Sundance Kid) – de George Roy Hill – 1969

Posté : 27 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1960-1969, HILL George Roy, NEWMAN Paul, WESTERNS | Pas de commentaires »

Butch Cassidy et le Kid

Ce premier film réunissant Newman et Redford a à peu près les mêmes qualités et les mêmes défauts que dans son « double » au royaume des gangsters, L’Arnaque, que le même George Roy Hill réalisera avec le même tandem et dans le même esprit. Dans les deux cas, il s’agit d’un hommage tantôt rigolard, tantôt sombre, à un genre fondateur du cinéma américain: le film de gangster là, le western ici.

Un hommage d’une sincérité qui force le respect, mais tellement respectueux qu’il en devient trop lisse, trop poli. Plutôt que de donner un nouveau souffle au genre, comme d’autres cinéastes le font à cette époque (Leone en Italie, Peckinpah aux States), Hill choisit une approche qui le rapproche davantage du pastiche.

George Roy Hill est un cinéaste très ambitieux. Dès le générique, son amour du genre et des figures fondatrices de l’Amérique est flagrante, avec cette série d’images en noir et blanc qui renvoient directement au cinéma primitif. Mais il lui manque une pointe de génie et de folie, et il manque au film ce souffle qui ne revient que dans une poignée de scènes: le premier tué de Butch Cassidy, et surtout l’inoubliable mort des deux héros en Bolivie.

Butch Cassidy et le Kid est un film agréable et plaisant comme l’hommage vibrant qu’il est. Mais il manque à cette grosse production cette étincelle que l’on retrouve dans la plupart des séries B que produisait la Universal à la pelle dans les années 50.

Mais il y a Redford et Newman. Entre eux, l’alchimie est parfaite. C’est à eux que le film doit sa renommée, à la magie qui se produit lorsque ces deux-là partagent l’affiche. Dans L’Arnaque, ces moments seront finalement assez rares. Dans Butch Cassidy, le duo fonctionne à plein régime. Et même lorsqu’il ne se passe rien, il se produit quelque chose entre eux. La magie du cinéma.

Les Fusils du Far West (The Plainsman) – de David Lowell Rich – 1966

Posté : 2 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1960-1969, RICH Davil Lowell, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Fusils du Far West

Plantons rapidement le décor. On est en 1966, et l’âge du western hollywoodien est déjà terminé, tandis que le genre connaît une nouvelle popularité en Europe: c’est l’année de Django et Le Bon, la brute et le truand ; c’est aussi celle de La Dilligence vers l’Ouest, le remake de Stagecoach. A croire que les studios américains sont en panne d’inspiration, c’est d’un autre classique westernien des années 30 que Universal décide de faire un remake : Une aventure de Buffalo Bill, le très beau film de Cecil B. De Mille.

Pourquoi pas d’ailleurs: avec son Stagecoach, Gordon Douglas réussissait plutôt son coup en prenant systématiquement le contre-pied du chef d’œuvre de John Ford. Mais David Lowell Rich (réalisateur, la même année, de l’horrible Madame X avec Lana Turner) n’a pas la moindre vision pour son Plainsman. Et cette absence de direction (dans tous les sens du terme) est flagrante dès la première séquence…

Il suffit de quelques images pour réaliser que le réalisateur n’a pas la moindre idée de ce qu’il veut tourner. Une comédie? Un film sombre et réaliste? Un hommage aux westerns d’antan? A force de ne pas savoir choisir, le film sonne admirablement faux, à l’image de son acteur principal, Don Murray, dont la comparaison avec Gary Cooper (le Wild Bill Hickock de l’original) est particulièrement cruelle.

Ce Plainsman 1966 prend de grandes libertés avec son modèle de 1936, certes. Mais il ne trouve jamais sa voie, malgré de beaux décors naturels et un regain d’énergie et d’efficacité aussi inattendu que tardif, dans la fusillade finale. Un peu trop tard, hélas…

* Le film fait partie de la dernière moisson des Westerns de Légende, la collection incontournable de Sidonis/Calysta. En bonus, une présentation d’Yves Boisset qui revient longuement sur les figures mythiques de Wild Bill Hickcock, Buffalo Bill et Calamity Jane ; et de Patrick Brion qui conclue en soulignant qu’il s’agit d’un film mineur pour un réalisateur qu’il ne faut pas complètement mépriser…

Maigret voit rouge – de Gilles Grangier – 1963

Posté : 13 novembre, 2015 @ 1:44 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, GABIN Jean, GRANGIER Gilles, Maigret | Pas de commentaires »

Maigret voit rouge

Quatre ans seulement ont passé depuis L’Affaire Saint-Fiacre. Pourtant, tout semble avoir changé dans ce nouveau Maigret, le troisième et dernier interprété par Jean Gabin (curieusement, le dernier interprété par un acteur français au cinéma, d’ailleurs). Delannoy et Audiard sont partis, remplacés par Gilles Grangier à la caméra et au scénario.

Pas un manchot, cela dit : le réalisateur nous offre quelques belles séquences nocturnes, joliement photographiées, tendues et pleines de suspense. Quant à l’adaptateur, ses dialogues « à la Audiard » le sont trop pour ne pas sonner un peu faux. Gabin, d’ailleurs, n’y croit pas trop, à ces dialogues : ses mimiques habituelles semblent un peu forcées ici. Un détail, cependant. Parce que le polar est réellement très efficace, le rythme ne baisse jamais, et la violence et le danger sont constamment palpables dans les rues de Paris.

Mais plus que l’absence de Delannoy et Audiard, c’est celle de l’atmosphère chère à Simenon que l’on regrette, et l’esprit même de Maigret. La silhouette massive et voûtée est bien là, mais pas cette lassitude et ce doute permanents qui font la richesse du personnage, et qui faisaient le charme des deux précédents films.

On le comprend bien d’ailleurs : cette fois, Maigret est confronté à des adversaires différents, des étrangers, des Américains, qui prennent les rues parisiennes pour « le Chicago de la Prohibition », dixit Maigret. Ce qui est au cœur de la plupart des « Maigret », cette lente immersion dans un microcosme dont il découvre peu à peu les secrets, n’a plus de raison d’être. On est ici dans l’environnement du commissaire, où la violence fait une incursion brutale.

Le sujet aurait pu être intéressant, comme aurait pu l’être la confrontation du traditionnel Maigret avec la culture américaine, le culte des gangsters, le jazz et le bowling. Mais tout ça n’est qu’un décor, et le polar est d’avantage un « Gabin » qu’un « Maigret ». Un bon Gabin d’ailleurs, mais sans grande surprise, et forcément très frustrant pour les amoureux de Maigret et Simenon.

* Voir aussi Maigret tend un piège et Maigret et l’affaire Saint Fiacre.

Le Docteur Jivago (Doctor Zhivago) – de David Lean – 1965

Posté : 12 novembre, 2015 @ 12:47 dans 1960-1969, LEAN David | Pas de commentaires »

Docteur Jivago

David Lean est un grand cinéaste, que ses envies de grandeur n’ont jamais coupé de l’humanité la plus intime. Docteur Jivago est l’un de ses très grands films, un immense (dans tous les sens du terme) mélodrame que sa sensibilité et son lyrisme transcendent trois heures durant, trois heures qui filent comme ce souffle irrésistible de l’histoire qui balaye tout sur son passage.

Ceci étant dit, c’est aussi dans ce film que se trouve, sans doute, le passage le plus indéfendable de toute sa filmographie. Le plus détestable, et même honteux : cette ultime séquence des retrouvailles ratées entre Julie Christie et Omar Sharif, pour laquelle Lean, mystérieusement, laisse soudain libre cours à sa grandiloquence en oubliant toute la retenue et l’humilité qui font pourtant du film une merveille… jusque là.

Cette scène laisse un goût d’autant plus amer que durant trois heures, c’est du grand cinéma leanien que le réalisateur de Lawrence d’Arabie nous offre. Une fresque adaptée d’un roman anti-soviétique qui raconte les ravages d’un système niant l’individu et perdant ainsi toute humanité, dans la Russie de la guerre et de la révolution.

Il s’agit bien d’une charge féroce contre le régime communiste, mais ce n’est pas la politique qui intéresse Lean, qui se concentre sur les destins croisés de deux êtres balayés par cette folie ambiante, et sur les regards incroyables de ses deux acteurs principaux, victimes impuissantes et tragiques.

Les scènes épiques ne manquent pas, et Lean les réussit toutes magistralement. Pourtant, c’est dans les détails que le film touche au sublime. Dans ce lent et long voyage en train à travers l’immense plaine glacée surtout, parsemée de purs moments de grâces. Cet instant où la porte s’ouvre et révèle une sorte de tombeau de glace. Ou, surtout, ce bouleversant regard que Klaus Kinski, prisonnier politique grande gueule et arrogant, pose sur la tendresse d’un vieil homme envers sa femme. Peut-être le plus beau moment du film.

Spartacus (id.) – de Stanley Kubrick (et Anthony Mann) – 1960

Posté : 14 août, 2015 @ 12:23 dans 1960-1969, CURTIS Tony, DOUGLAS Kirk, KUBRICK Stanley, MANN Anthony | Pas de commentaires »

Spartacus

Kubrick a décidément marqué tous les genres qu’il a abordés. Avec Spartacus (commencé par Anthony Mann, à qui on doit les premiers plans du film), c’est tout simplement l’un des plus beaux péplums du monde qu’il réalise. Pour ne pas dire LE plus beau. Superproduction et drame intime, le film est une merveille sur tous les plans. Si le film est si réussi, c’est parce que malgré l’ampleur des moyens et la beauté fulgurante des images, c’est le couple Jean Simmons-Kirk Douglas qui est au coeur de tout, incarnation superbe de tous les rêves brisés de ces esclaves.

« Did they hurt you? » murmure Spartacus le gladiateur à la belle esclave jouée par Jean Simmons avec laquelle il a noué une relation uniquement basée sur le regard, privés de tout autre contact. Et ce simple murmure, bouleversant, équivaut à la plus déchirante des déclarations d’amour. Cette histoire d’amour est, tout au long des trois heures du film, le fil conducteur, le moteur et l’âme de Spartacus, fresque grandiose dont les moyens immenses sont toujours au service des personnages.

La mise en scène de Kubrick est exceptionnelle. Parfois minimaliste, comme cette série de plans très simples dans les cellules qui souligne l’isolement extrême et cruel des gladiateurs. Avec, aussi, une utilisation très intelligente des ellipses, qui évitent l’accumulation de scènes de combats qui n’auraient rien apporté au propos. Mais même s’il ne se complaît pas dans l’étalage de ses moyens, Kubrick assume l’aspect superproduction de son film, avec de superbes plans de foule ou encore l’impressionnante marche des légions romaines lors de la grande bataille.

Sans jeu de mots pourri, les morceaux de bravoure sont légions. Les moments de calme en sont d’autant plus forts, comme cette parenthèse bouleversante durant laquelle le personnage de Tony Curtis dit un poème aux esclaves en fuite, sublime partage des beautés et des espoirs de la vie.

Le film trouve le parfait équilibre entre ces moments de pure beauté et les scènes d’action, durant lesquelles les acteurs donnent de leur personne. Y compris la star Kirk Douglas, dont on voit bien pendant l’évasion qu’il a lui-même fait ses cascades. Aussi formidable pour sa présence physique hors norme que pour le mélange de force et de douleur qu’il apporte à son personnage. L’un des plus beaux moments du film est son regard perdu lorsque le gladiateur joué par Woody Strode (magnifique dans un rôle quasi-muet) refuse de le tuer, signant par là-même son propre arrêt de mort.

Comme dans la plupart des grosses productions de l’époque, Kubrick a droit à une distribution très prestigieuses. Souvent un cadeau empoisonné, avec la difficulté que l’on imagine pour que chacun trouve sa place. Mais le cinéaste parvient à faire exister chacun d’entre eux, et de quelle manière. Laurence Olivier, Charles Laughton (monstrueux et terriblement humain), Peter Ustinov, John Gavin (inattendu en César), Charles McCraw, John McIntire… tous trouvent ici l’un de leurs meilleurs rôles.

Spartacus est un chef d’oeuvre comme le péplum en a peu connu. Le génie de Kubrick y est pour beaucoup, l’implication totale de l’acteur et producteur Kirk Douglas aussi. Quant au scénario, signé Dalton Trumbo, il est lui aussi exceptionnel, osant « infliger » au spectateur une ultime demi-heure d’une noirceur et d’un pessimisme déchirants.

Un shérif à New York (Coogan’s Bluff) – de Don Siegel – 1968

Posté : 1 juillet, 2015 @ 1:27 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, EASTWOOD Clint (acteur), SIEGEL Don, WESTERNS | Pas de commentaires »

Un shérif à New York

Premier film tourné par Clint Eastwood avec Don Siegel (quatre autres suivront), et clairement le plus faible, même s’il ne manque pas d’intérêt. Ne serait-ce que pour le rôle qu’il joue dans l’oeuvre eastwoodienne, malin trait d’union entre le western dont il était alors la vedette la plus en vue, et le polar urbain dont il deviendra l’incarnation absolue sous la direction du même Siegel.

Les premières images jouent de cette transition. Dans un décor typique de western, désert de sable et de poussière, un Indien est en fuite. A sa poursuite : un shérif qui ne tarde pas à apparaître… au volant d’une jeep. Nous sommes dans l’Amérique la plus profonde, en Arizona. Et le shérif en question est un type coriace, qui a la dégaine de Clint, et a le sens du devoir chevillé au corps, jusqu’à ce qu’il croise la première jolie fille venue.

Pas un grand flic, donc. Un plouc queutard que son supérieur envoie à New York pour extrader un détenu, détenu qui se fait la malle dès que le shérif Clint lui met la main dessus. Mine de rien, ce film permet à Eastwood de donner un premier coup de griffe à son image de héros infaillible. Léger, le coup de griffe : il reste le héros pur et brave.

Mais Coogan arrive « à la ville » avec ses gros sabots de macho. Un plouc à qui tout le monde demande « Vous êtes du Texas ? », à commencer par le flic joué par l’impeccable Lee J. Cobb, atterré par ses méthodes d’un autre temps. Et le moteur du film, ce sont les erreurs de Coogan, causées uniquement par ses faiblesses et son manque de sérieux dès qu’une belle femme pointe le bout… du nez.

La manière dont Siegel filme la ville n’a pas la force de Dirty Harry. Et les personnages de méchant ont un aspect franchement très daté. Mais la virée de Coogan/Eastwood dans cette ville aux antipodes de son univers ne manque pas de sel. Et les scènes d’action sont particulièrement réussies : une baston assez mémorable dans un billard, et surtout une course poursuite à motos presque irréelles dans un parc tout en escaliers.

Un tour de chauffe plein de promesses, pour le tandem Siegel-Eastwood.

La Poursuite impitoyable (The Chase) – d’Arthur Penn – 1966

Posté : 26 juin, 2015 @ 4:07 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, PENN Arthur | Pas de commentaires »

La Poursuite Impitoyable

Dans Bonnie and Clyde, autre classique de Penn, le destin tragique des deux anti-héros marqués par le destin est ponctué d’une sorte d’ironie satirique, presque caricaturale par moments. Dans The Chase, point de dérision, point d’ironie, rien d’autre que le sombre constat que le shérif Brando se fait au fond depuis la première minute : ceux pour qui il travaille sont des monstres d’insensibilité, d’égoïsme, de mesquinerie. Et Redford, l’enfant du pays qui vient de s’évader de prison, ne peut pas échapper à son destin.

C’est moins le destin tragique de Redford qui intéresse Penn dans ce chef d’œuvre, que la manière dont Brando l’intègre se débat avec son propre destin contrarié. Et il est fascinant Brando. Loin du Stanley d’Un tramway nommé Désir, il est un homme tranquille et droit, homme de loi intègre confronté à la médiocrité de ses semblables et à ce que la foule peut avoir de pire. Un homme bien décidé à aller au bout de sa mission et à sauver du lynchage le jeune Redford, très beau et très condamné d’avance. Un homme seul aussi, dans une ville où tout devient hostile.

Difficile de ne pas penser à Rio Bravo avec ce personnage de Brando et cette ville où chacun devient, au mieux insensible, au pire odieux. D’ailleurs, que Penn nous affirme, en nous regardant droit dans les yeux, que le choix d’Angie Dickinson pour la femme de Brando est un simple hasard, et ne renvoie pas au chef d’oeuvre de Hawks…

En tout cas, il y va fort, dans sa peinture d’une société gangrénée par la haine, la violence, le racisme, la bêtise, la peur. On est au Texas, dans l’Amérique post-Kennedy, et ça ne fait pas vraiment envie. L’action se déroule un samedi soir: pendant que les gamins se trémoussent tant qu’ils peuvent, leurs aînés se saoûlent, se trompent et rêvent du casser du noir. Ou, à défaut, de l’évadé, qu’importe ses torts. Pendant ce temps, les puissants croient pouvoir tout acheter, et leurs cours se désolent de ne pouvoir toucher le soleil. Bref, l’humanité dans ce qu’elle a de pire.

Jusqu’à la nausée, Brando encaisse tous les coups, moraux comme physiques, jusqu’à se faire défigurer lors d’un passage à tabac traumatisant. Mais il tient bon, dernier défenseur d’une valeur qui n’a plus lieu dans cette société-là : le bien. Jusqu’à un final ahurissant, bouleversant et écœurant. Il ne reste alors qu’à pleurer, et à tourner le dos à ces monstres ordinaires. Sublime et déchirant.

L’Homme qui tua Liberty Valance (The Man who shot Liberty Valance) – de John Ford – 1962

Posté : 7 juin, 2015 @ 5:59 dans 1960-1969, FORD John, MILES Vera, STEWART James, WAYNE John, WESTERNS | 1 commentaire »

L'Homme qui tua Liberty Valance

« Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende ». La postérité a essentiellement retenu cette réplique culte lancée par un journaliste à l’éthique très discutable (interprété par Carleton Young). A tel point qu’on en oublierait presque que, bien trente ans avant Clint Eastwood et son Impitoyable, John Ford s’est lancé avec ce chef d’œuvre dans une entreprise de démystification de la légende de l’Ouest, qui a pourtant largement contribué à sa propre légende.

Ford est dans la dernière ligne droite de sa longue carrière, et il le sait, aucun doute là-dessus : les quinze premières minutes, sublimes et bouleversantes, sont peut-être les plus nostalgiques de toute sa filmographie. Le retour dans l’Ouest de James Stewart et Vera Miles après des années d’absence, pour enterrer le mythe par excellence : John Wayne, dont on apprend qu’il a rangé les armes depuis longtemps, et qu’il a fini sa vie seul et oublié de tous.

Pas gai, mais d’une force inouïe. Ford ne se fait plus guère d’illusion, sur quoi que ce soit : sur sa propre carrière donc, mais aussi sur son pays, dont il a souvent exploré l’histoire par le passé. Comme beaucoup de westerns, L’Homme qui tua Liberty Valance se déroule dans une sorte d’entre-deux, alors que la civilisation et le droit s’apprêtaient à faire basculer un Ouest encore sauvage. Le triomphe de la démocratie ? Oui, mais au prix d’écoulements de sang qu’on aura vite fait de magnifier, et d’en gommer toutes les aspérités moins romantiques.

James Stewart, « monsieur Smith » en personne, est donc l’incarnation de ce que la jeune Amérique a de plus pur. L’antithèse de ce dinosaure de John Wayne, bras armé de l’histoire en marche, mauvaise conscience condamnée à être enterrée de son vivant. Un superbe sacrifié conscient de ce qu’il est et de la gène qu’il représente.

L’Homme qui tua Liberty Valance est un chef d’œuvre absolu, une superbe réflexion d’une lucidité et d’un cynisme incroyables sur la naissance de la démocratie. Mais Ford n’oublie pas le pur plaisir de spectateur : son film est, visuellement, une pure merveille dont l’utilisation des ombres est d’une beauté renversante, soulignant constamment le destin d’un John Wayne qui, même s’il a droit à ses moments de superbe (« That’s my steak, Valance »), est condamné à n’être que l’instrument dont on se débarrasse. Cynisme, nostalgie, et lucidité.

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