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Archive pour la catégorie '1960-1969'

Diaboliquement vôtre – de Julien Duvivier – 1967

Posté : 6 décembre, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

Diaboliquement vôtre

Après son premier film, voici le tout dernier de Julien Duvivier, qui mourra peu après le tournage. Entre Haceldama et Diaboliquement Vôtre, près de cinquante ans se sont écoulés, et Duvivier a signé un paquet de grands, voire très grands films. Ni l’un ni l’autre n’en font partie, mais ce dernier round, loin de ses chefs d’œuvre, ne manque pas d’intérêt.

Il y a le mystère, surtout, et le sourire cynique d’Alain Delon, amnésique après un accident de voiture qui découvre qu’il est marié, que sa femme est une bombe (Senta Berger), et qu’il vit dans un véritable château. Il est formidable, Delon, faisant de ce type qui pourrait être perdu dans sa mémoire disparue un homme qui, au fond, se réjouit de se découvrir si riche et de pouvoir coucher avec cette femme superbe dont il n’a aucun souvenir

Cynique, arrogant, puis inquiet, Delon est parfait en victime plus ou moins consentante. Victime parce qu’il comprend vite que quelque chose de trouble se passe dans son immense propriété, où il vit reclus avec sa femme, un ami de la famille et leur domestique. Ces souvenirs qui reviennent par bribes sont-ils réels ? Et que sont ces voix qu’il entend dans son sommeil ? Et ces accidents qui se multiplient ?

Avec son érotisme sous-jacent et son étrange détachement, le film n’est pas le plus convaincant de son auteur. L’intrigue elle-même, qui semble si obscure dans un premier temps, se révèle finalement bien banale. Mais Duvivier trouve en Delon l’interprète idéal. Félin, séducteur, jouisseur, arrogant… Il apporte au film le trouble nécessaire.

Monsieur – de Jean-Paul Le Chanois – 1964

Posté : 3 décembre, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, GABIN Jean, LE CHANOIS Jean-Paul | Pas de commentaires »

Monsieur

Un riche banquier que tout le monde croit mort décide de refaire sa vie et se fait embaucher dans une grande maison en tant que majordome… Ce n’est pas un pitch, c’est le résumé détaillé de ce Monsieur, petite chose sans prétention et totalement oubliée, qui ne va nulle part et ne prend aucun chemin particulier pour y arriver.

Quelque chose d’étonnamment vain, donc, film sans ambition, un peu mou, très anodin, et tellement dénué d’aspérité qu’on en sort en se demandant ce qu’on peut bien en dire. Pas grand-chose, à vrai dire, si ce n’est qu’on y a passé 90 minutes anodines, certes, mais confortables et, oui, agréables.

D’où vient ce sentiment ? De la musique de Georges Van Parys peut-être, de la légèreté constante du ton surtout, et du plaisir manifeste que prennent les acteurs à jouer ce vaudeville sans enjeu. Noiret en aristo souriant, Mireille Darc en ancienne prostituée fleur bleue… et surtout Gabin, omniprésent en banquier austère transformé en serviteur parfait sur tous les fronts.

C’est son numéro, finalement, qui est l’unique raison d’être de Monsieur, adaptation d’une pièce de théâtre. Plus en tout cas que les dialogues pas toujours fins de Pascal Jardin, et l’humour daté qui fait des « belles-mères » Gabrielle Dorziat et Gaby Morlay d’affreuses marâtres

Ni grand film, ni mémorable donc. Mais cette petite chose anecdotique est nettement plus sympathique que Les Misérables, précédente collaboration de Gabin et Le Chanois, nettement plus ambitieuse, et nettement plus désagréable.

Du rififi à Paname – de Denys de La Patellière – 1966

Posté : 2 décembre, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, DE LA PATELLIERE Denys, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Du rififi à Paname

Paris, Tokyo, Londres… Des Italiens, des Allemands, des Américains qui, tous, parlent dans leurs langues… Un bon polar à la cool aux dimensions internationales, par un réalisateur symbole d’un certain cinéma franchouillard… A défaut d’être un grand film, une curiosité, pour sûr.

La distribution elle-même est une curiosité, qui voit défiler Gert Froebe, Daniel Ceccaldi, Mireille Darc, Claude Brasseur et George Raft autour du patron, Jean Gabin. Oui, George Raft, l’éternel gangster du cinéma américain des années 1930, qui rejoue une nouvelle fois sa partition, sans la dérision dont il faisait preuve dans Certains l’aiment chaud, mais avec cette pièce jetée du bout du pouce comme au bon vieux temps, la conviction en moins.

L’histoire, adaptée d’un roman d’Auguste Lebreton, ne manque pas d’ambition ni d’ampleur : une histoire de rivalité, de règlement de compte entre bandes de gangsters, avec portée internationale et affrontement entre jeunes loups et vieux briscards. Les dialogues signées Alphonse Boudard sont assez réjouissants, la musique de Georges Garvarentz a de l’ampleur

Manque surtout un vrai cinéaste, avec un regard et un sens aigu de la narration, du rythme et de l’image. On n’a droit qu’à La Patellière, faiseur sans génie qui ne sort de l’anonymat qu’à de rares moments : une courte scène dans un club superbement photographiée (par Walter Wottitz), une scène pleine de suspense dans une chambre d’hôtel

Et Gabin lui-même, surtout, qui s’offre un rôle de vrai méchant, guère sympathique. Gabin qui fait partie de ces acteurs, rares, qui apportent un liant aux films les moins maîtrisés, dès qu’ils apparaissent. Le principal problème du film, finalement, c’est qu’il en est absent durant de longues scènes

Le Tonnerre de Dieu – de Denys de La Patellière – 1965

Posté : 22 novembre, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, DE LA PATELLIERE Denys, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Le Tonnerre de Dieu

Comment passer à côté d’un grand rôle ? Eh bien en confiant la mise en scène d’un projet plutôt prometteur à un réalisateur comme Denys de La Patellière, qui semble incapable d’aller au bout d’une idée, de puiser toutes les richesses d’une situation, et même de terminer convenablement une scène, optant systématiquement pour un fondu au noir, comme s’il ne savait plus quoi faire de son matériau.

C’est dommage, parce qu’il y avait là la vraie matière, si ce n’est à un grand film, au moins à un grand rôle pour Jean Gabin, que l’on découvre alcoolisé à l’extrême, traînant la patte et la voix d’un troquet à l’autre. Et il a l’alcool mauvais ce riche propriétaire, marie détestable, homme fatigué des hommes, qui ramasse une prostituée comme il ramasse des animaux, en vieux vétérinaire qu’il est.

Il y a là des tas de bribes de beaux moments, et d’idées fortes. Cette prostituée (jouée par Michèle Mercier) que Gabin tire du ruisseau, cette épouse (Lilli Palmer) qui attend un signe d’amour, ce proxénète (Robert Hossein) lâche et ridicule, Gabin lui-même, odieux et touchant dans le même mouvement… Et il y a bien quelques beaux moments. Mais Denys de La Patellière balaye toutes ses idées fortes par une mise en scène trop nonchalantes, une incapacité à créer une vraie atmosphère et une cohérence sur le long terme.

Pas vraiment désagréable ce film, si ce n’est cette propension à aligner les dialogues tape-à-l’oreille à la Audiard (c’est Pascal Jardin qui s’y colle). Mais l’impression de passer à côté de quelque chose de plus mémorable est trop forte pour ne pas ressentir d’abord une vraie frustration.

Le Baron de l’écluse – de Jean Delannoy – 1960

Posté : 17 novembre, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, DELANNOY Jean, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Le Baron de l'écluse

Gabin… d’après Simenon… Deux noms dont l’association a souvent donné de belles choses, ne serait-ce que deux excellents Maigret (ici et ici) que venaient justement de réaliser Jean Delannoy. Sans avoir lu la nouvelle originale, on imagine bien ce qu’a fait Simenon de ce personnage de « baron » fauché qui vit au-dessus de ses moyens, flambant à Monte Carlo ou à Deauville, et découvrant une humanité plus simple et plus vraie près d’une petite écluse paumée de la Marne…

C’est d’ailleurs ce qu’il y a de plus réussi dans ce film : comme dans les livres de Simenon, des atmosphères liées à des lieux, dans lesquels on prend le temps de s’installer. L’écluse, surtout, où l’action arrive un peu tardivement, mais où le film gagne en épaisseur. La comédie légère de la première partie cède un peu la place à plus d’empathie… à une certaine tendresse, même.

Gabin y est donc un baron, pilier de la jet set, qui vit dans le luxe mais sans un sou en poche. Un « aventurier » superbe, et vieillissant. Il y a une pointe de nostalgie dans l’interprétation de Gabin : ce sourire affiché a la conscience du temps qui passe, et la volonté de garder de la légèreté, coûte que coûte.

C’est ainsi qu’il embarque une ancienne maîtresse (excellente Micheline Presle, délicieusement volage et intéressée) dans une croisière sur un bateau gagné au jeu. « Je n’ai jamais eu de bateau », lance-t-il comme un gamin devant un sapin de Noël. Mais le jeu se heurte à la réalité : un bateau, si beau soit-il, ça ne nourrit pas son homme, ni sa femme. Et tous les deux sont habitués à mener grand train en profitant de l’argent des autres…

Par bribes, le film séduit par la tendresse qui effleure entre Gabin et « Perle » (Micheline Presle), souvenir d’un passé flamboyant, ou la patronne du bar de l’écluse (Blanchette Brunoy), promesse d’un avenir apaisé. Mais la plupart du temps, les bonnes intentions sont gâchées par une mise en scène totalement aseptisée, sans relief, de Delannoy. Et étouffées par des dialogues envahissants d’Audiard, dans sa veine la plus tapageuse.

Reste le sourire de Gabin, son regard d’enfant, ce regard qu’on devine si bleu encore, même en noir et blanc.

Les Héros de Télémark (The Heroes of Telemark) – de Anthony Mann – 1965

Posté : 15 novembre, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, DOUGLAS Kirk, MANN Anthony | Pas de commentaires »

Les Héros de Télémark

En fin de carrière, Mann en a encore sous le pied. Cette troisième partie de son œuvre (les grosses productions des années 60, après les polars des années 40 et les westerns des années 50, pour faire simple) n’est pas la plus réputée, mais ce film de guerre qui remplit son cahier des charges d’un genre alors prolifique, rappelle constamment qu’il y a un grand cinéaste derrière la caméra.

Un film de commando, dont l’enjeu est l’issue de la seconde guerre mondiale, il y en a eu des tonnes cette décennie-là. Des grosses productions, où les explosions s’enchaînaient et où les Nazis tombaient comme des mouches. Celui-ci s’inscrit dans cette logique et donne au spectateur tout ce qu’il attend : de l’action, foudroyante ; des explosions, spectaculaires ; des drames… dramatiques.

Pourtant, il y a d’emblée quelque chose d’atypique. Cela tient en grande partie au décor : la Norvège et ses montagnes enneigées, que Mann filme comme il filmait les déserts brûlants dans ses westerns. Ce parallèle est particulièrement frappant lors de la poursuite à ski, où les Nazis qui apparaissent derrière un somment neigeux évoquent des Indiens dans d’autres paysages.

Le film frappe aussi par le silence qui domine une majorité de scènes. C’est d’ailleurs lié à ces décors couverts de neige, mais ce silence marque les esprits, tant le film de guerre est habituellement rempli de bruits et de fureur. Il faut dire aussi que Mann est particulièrement économe côté dialogues, filmant des personnages taiseux définis par leurs actions avant tout.

Peu de personnages, d’ailleurs : Kirk Douglas en scientifique (ah bon ? On a tendance à l’oublier tant c’est sa présence physique qui s’impose) embarqué malgré lui dans la Résistance ; Richard Harris en Norvégien décidé à lutter à tout prix contre le nazisme ; Ulla Jacobsson en ex-femme de Kirk et simple caution féminine ; Michael Redgrave en second rôle de luxe…

Leur mission : détruire une usine où est produite l’eau lourde qui pourrait donner la bombe atomique aux Allemands. Une usine qui domine une petite vallée comme un refuge impossible à atteindre. Le film raconte d’ailleurs non pas une opération commando, mais deux. Non, trois… Riche et original, le scénario réserve des tas de rebondissements inattendus, que Mann filme royalement. Un must, dans le genre.

L’Âge ingrat – de Gilles Grangier – 1964

Posté : 13 novembre, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, GABIN Jean, GRANGIER Gilles | Pas de commentaires »

L'Âge ingrat

Ils ont créé ensemble une maison de production, la GAFER (pour GAbin et FERnandel). Forcément, ils ne pouvaient pas ne pas en profiter pour se retrouver. Trente ans (et des poussières) après Les Gaietés de l’escadron, Gabin et Fernandel sont devenus les poids lourds du cinéma français, de véritables institutions qui s’offrent ensemble une sorte d’escapade aussi estivale qu’inconséquente.

Gabin embarque toute sa famille pour la Côte d’Azur, où ils vont passer leurs vacances chez Fernandel et toute sa famille : la fille du premier (Marie Dubois) doit épouser le fils du second (Franck Fernandel). première grande réunion de famille, avec rires et engueulades, et beaucoup de petits riens.

Et on ne s’en plaindra pas : c’est généralement dans les petits riens que Grangier s’épanouit le plus. Mais là, quand même, il y va fort dans la logique des petits riens, avec ses scénaristes (Pascal Jardin et Claude Sautet) : Gabin qui lutte contre un moustique en pleine nuit, Gabin et Fernandel qui vident des Pastis en terrasse, Gabin qui manœuvre pour rentrer sa voiture au garage…

Très anecdotique, et très inconséquent, donc. Très dispensable, aussi, même s’il y a un petit charme à voir Gabin incarner les hommes sans histoire, d’une banalité confondante. Fernandel, lui, est dans son registre habituel. Leurs retrouvailles finales, quand même, donnent un peu de fond à ce film-carte postale : une bluette autour de deux patriarches qui doivent accepter que leurs enfants ont grandi et qu’ils n’ont plus besoin d’eux.

Sous le signe du taureau – de Gilles Grangier – 1969

Posté : 4 novembre, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, GABIN Jean, GRANGIER Gilles | Pas de commentaires »

Sous le signe du Taureau

Se lancer dans une intégrale Jean Gabin et enchaîner ses films permet de dénoncer quelques idées reçues : non, Gabin ne s’est pas enfermé dans un même rôle à la fin de sa carrière. Il a même gardé jusqu’au bout une envie manifeste de se renouveler, d’incarner de nouveaux personnages, et de varier les registres.

Il y a cela dit des nuances encombrantes, à commencer par cette fidélité jusqu’au-boutiste avec des réalisateurs au talent discutable. Grangier n’est pas le pire, mais il n’est ni Duvivier, ni Decoin, ni Renoir (à qui on pense brièvement lorsque Gabin retrouve Fernand Ledoux dans une scène sympathique, trente ans après La Bête Humaine). Sa mise en scène n’est pas pas la plus mollassonne de sa carrière, mais elle souffre d’un handicap de plus en plus lourd en cette fin des années 1960 : les dialogues d’Audiard.

Le dialoguiste peut être brillant. Mais il peut aussi être insupportable lorsqu’il sacrifie tout sens narratif et toute vérité dramatique au seul profit de bons mots trop écrits. Gabin en scientifique, c’est déjà une gageure. Mais avec ce verbe-là, populaire, lettré et ironique, c’est un naufrage assuré.

Voilà le principal problème de ce film qui promettait mieux sur le papier. Jamais on ne croit à cette histoire d’un scientifique qui court après des financements, parce que jamais on ne croit vraiment au personnage.

A de rares occasions, Gabin laisse entrapercevoir ce qu’aurait pu être le personnage (et le film) : un type inadapté aux contraintes économiques du monde dans lequel il vit. Une scène dans les embouteillages, où Gabin baisse la garde et affiche une réjouissante immaturité, parenthèse que rien n’annonçait, et qui n’aura pas vraiment de suite.

Sous le signe du Taureau a quand même tout du rendez-vous manqué. Il sonne aussi comme une fin d’époque pour Gabin qui connaît l’un de ses plus gros échecs populaires, et ne tournera plus avec Grangier, ni avec Audiard si ce n’est pour sa réalisation Le Drapeau noir flotte sur la marmite

Willie Boy (Tell them Willie Boy is here) – d’Abraham Polonsky – 1969

Posté : 21 octobre, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, POLONSKY Abraham, WESTERNS | Pas de commentaires »

Willie Boy

Si on se résume au pitch, c’est presque une caricature de western : un shérif traque un homme accusé de meurtre dans un paysage désertique. Rien de plus, sauf que l’homme traqué est un Indien, que le shérif est le fils d’un tueur d’Indiens, et que le film est écrit et réalisé par Abraham Polonsky, grand scénariste, grand réalisateur (Ah ! L’Enfer de la corruption !…), et grand humaniste.

Cette traque se transforme dont en un portrait en creux d’une Amérique dévorée par ses vieux fantômes. L’action se déroule en 1909, dans un Ouest rattrapé par la modernité (une voiture par ici, un téléphone par là, et une visite présidentielle comme le symbole annoncé d’un pays qui se civilise), mais le poids des guerres indiennes est toujours présent, et le racisme est quasi-institutionnalisé.

Willy Boy (Robert Blake), le fameux tueur, n’est pas un homme très sympathique. Mais comment le serait-il, rejeté par tous, mauvaise graine de la réserve où sont parqués les siens. Mais il a une sorte de pureté qu’aucun autre personnage n’a, dans sa manière parfois brutale de tout sacrifier à son amour (pour Katharine Ross).

Un racisme institutionnalisé, donc, dont Robert Redford, en shérif, serait le garant. Mais un garant dont on ne peut que deviner les affres. Dominé par la figure d’un père (mort depuis longtemps) aux antipodes de ses aspirations, enfermé dans un quasi-mutisme qu’on devine plein de rage, on sent bien que ceux qui l’entourent, par leur comportement, le dégoûtent autant que lui-même.

Fatigué, hanté par ce passé (celui de son père, et de son pays) dont il a hérité sans le vouloir, il semble incapable d’exister vraiment, incapable d’avoir le moindre geste de tendresse envers sa maîtresse (Susan Clark).

Une scène d’amour, que Polonsky amène avec une série de regards et une attente très explicites, se transforme en un moment terrible lorsque la belle se dévêt devant le regard de Redford, glacial. Il ne la touche pas, mais la froideur de ce regard, si dénué de sentiment, a sur elle l’effet d’un viol. Terrible.

Terrible, comme cette conclusion, superbe, où Redford choisit son camps, celui de l’humain. Magnifique fin pleine de rage et de dégoût enfin libérés, pour un grand western humain.

Le Président – d’Henri Verneuil – 1961

Posté : 15 octobre, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, GABIN Jean, VERNEUIL Henri | Pas de commentaires »

Le Président

Un ancien président du Conseil vit sa retraite dans sa demeure reculée de l’Eure. Alors qu’il écrit ses mémoires, il se souvient de son dernier combat de président, de ses rêves prématurés d’Europe, de ses ambitions, et des trahisons…

Le Président est adapté d’un Simenon atypique. Pas de petites gens pour une fois, mais un homme qui fut tout puissant et que le cynisme a fini par vaincre… ou presque. Verneuil en tire un film un peu sage souvent, mais dont la langueur finit par créer un sentiment bien agréable, sur le fil.

Michel Audiard lui-même met plutôt la pédale douce. Quelques répliques sont mémorables (« Il y a des patrons de gauche, je vous l’apprends – Oui, comme il y a des poissons volants, mais ils ne dominent pas l’espèce ! »), mais les bons mots ne dominent jamais le sens.

Cette langueur de la retraite du président est émaillée de flash-backs plus tendus, plus passionnés : ce baroud d’honneur d’un Gabin fabuleux en chef d’état amoureux de son pays, qui affronte tout un parterre de politiciens intéressés lors de ce qui reste l’un des plus beaux discours politiques du cinéma.

Le film manque sans doute d’intensité, et la mise en scène de fièvre. Mais cette séquence de Gabin pointant du doigt les intérêts personnels et les connivences des députés, tout en vantant les mérites d’une Europe à construire, reste un superbe fantasme démocratique. De ces moments qui donnent envie de se lever et d’applaudir.

A l’inverse, Blier est formidable (lui aussi) en symbole de cette politique tournée vers l’ambition personnelle. Sa déroute, in fine, renforce la tendresse que l’on ressent pour ce vieux président, ravi d’en avoir encore sous le pied, malgré tout.

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