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Archive pour la catégorie '1960-1969'

Quand les aigles attaquent (Where Eagles dare) – de Brian G. Hutton – 1969

Posté : 3 juin, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, EASTWOOD Clint (acteur), HUTTON Brian G. | Pas de commentaires »

Quand les aigles attaquent

Ça commence dans l’avion qui amène le commando sur les lieux de sa mission, et ça s’achève dans l’avion qui remmène les rescapés. Entre ces deux moments, pas le moindre bout de gras, pas le moindre temps mort. Pas la moindre tentative de développer une quelconque psychologie non plus d’ailleurs : du suspense, de l’action, de la tuerie, pendant près de deux heures et demi.

Entre la trilogie du dollar et L’Inspecteur Harry, Clint Eastwood est dans une sorte d’entre-deux. Une star déjà, qui partage ici l’affiche avec Richard Burton (derrière Burton, comme il sera derrière Lee Marvin pour La Kermesse de l’Ouest, et derrière Shirley MacLaine dans Sierra Torride), mais pas encore un mythe. Même si, mine de rien, sa manière de dessouder à lui seul toute une partie de l’armée allemande sera une pierre non négligeable dans la construction de ce mythe.

On ne voit d’ailleurs que Clint dans ce film explosif, grosse production comme il en tournera finalement peu dans sa carrière. Il n’a strictement rien à jouer ici : à peine sert-il la mâchoire entre deux fusillades, à peine prend-il le temps de sortir une poignée de dialogues sans grande importance. Mais il faut lui reconnaître un vrai talent pour incarner l’homme d’action dans ce qu’il a de plus élémentaire. De fait, il éclipse sans mal un Richard Burton un rien transparent.

Quand les aigles attaquent, c’est du bon cinéma bien bourrin à l’ancienne, une sorte de plaisir régressif qui renvoie votre humble serviteur à son adolescence, lorsque je n’attendais qu’une occasion de revoir ce film que je considérai comme un chef d’œuvre. Délire d’ado sans doute, mais on se doit de respecter ses propres souvenirs : OK, ce n’est pas un chef d’œuvre, mais Brian G. Hutton mène cette opération commando en pleine guerre mondiale avec un vrai sens du rythme, et une efficacité énorme.

C’est gros, jamais crédible, pas vraiment émouvant, mais ça en met plein les yeux, et ça se regarde avec un vrai plaisir gourmand. Que demander de plus ?

Six chevaux dans la plaine (Six black horses) – de Harry Keller – 1962

Posté : 26 mai, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, KELLER Harry, MURPHY Audie, WESTERNS | Pas de commentaires »

Six chevaux dans la plaine

Ce n’est pas parce qu’on n’a pas de moyens qu’on ne peut pas avoir d’ambitions. Ce western fauché n’en manque pas, pas plus qu’il ne manque d’intérêts…

De beaux décors naturels, trois acteurs qui se partagent seuls l’écran pendant une bonne partie du film… Il n’en faut pas plus à Harry Keller pour mener son film avec une efficacité indéniable. Pas de grands effets, ni de cascades spectaculaires : le film se limite en grande partie à l’avancée de ces deux hommes (Audie Murphy et Dan Duryea) qui escortent une jeune femme aux motivations mystérieuses à travers le territoire indien.

Parmi les aspects très réussis du film, il y a la manière dont Keller utilise ses décors, parfois les mêmes d’une scène à l’autre, mais avec un vrai sens de l’espace, particulièrement frappant dans les boyaux étroits des monts rocheux.

Et puis les rapports troubles entre les deux personnages principaux, amicaux et ambigus à la fois, et pour une fois vraiment complémentaires, sont particulièrement convaincants.

Une limite, quand même : Harry Keller n’est pas un excellent directeur d’acteurs. Malgré l’alchimie indéniable entre Murphy et Duryea, deux gueules qui connaissent leur métier, on sent ce dernier souvent mal à l’aise, pas dans le ton. Au contraire de Murphy, très bien comme souvent.

En revanche, évacuons vite la question Joan O’Brien, jolie plante qui se contente à près de faire ça : la jolie plante, y compris lors d’une séquence sous tension qu’elle gâche royalement, celle où un chef Indien veut l’échanger contre un cheval. Un cheval contre une jolie plante ?

Une poignée de plombs (Death of a Gunfighter) – de Don Siegel et Robert Totten (sous le pseudo d’Alan Smithee) – 1969

Posté : 23 mai, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, SIEGEL Don, SMITHEE Alan, TOTTEN Robert, WESTERNS | Pas de commentaires »

Une poignée de plombs

Une sorte de paradoxe : le premier film de cinéma signé Alan Smithee (ce pseudonyme « officiel » utilisé par les réalisateurs refusant d’assumer ce que les producteurs ont fait de leur travail) est un western très intéressant, et même franchement réussi.

Pas de désaveu véritable, d’ailleurs, derrière ce pseudonyme, mais le refus de deux réalisateurs d’endosser l’entière paternité d’un film clairement réalisé à quatre mains : Robert Totten, qui a commencé le tournage, et Don Siegel, qu’a fait venir Richard Widmark à mi-production, la star étant en désaccord avec le premier, et ayant visiblement un bon souvenir de Madigan, qu’il venait de tourner avec Siegel.

On ne rentrera pas dans le jeu du « à qui doit-on quoi » (d’abord parce que je n’en sais rien), mais Death of a gunfighter est un western qui renouvelle assez brillamment un motif récurrent du genre. Le titre original est d’ailleurs nettement plus approprié que celui, idiot, choisi par le distributeur français. Comme les courtes images pré-génériques, il annonce d’emblée le drame inéluctable qui se joue.

Widmark est un personnage tragique, énième version du shérif auréolé d’une réputation de violence, dont les bonnes âmes de la ville veulent se débarrasser : à la fois mauvaise conscience d’une société qui s’est bâtie sur la violence et le sang, et témoin d’un Ouest sauvage révolu, au tournant du 20e siècle.

Ce thème (le rapport ambigu de l’Amérique « moderne » avec la violence) a souvent inspiré le genre. Il y a ici une vraie particularité : l’absence d’élément extérieur. Pas de vrai méchant, ni de vraie menace qui pèse sur la ville, juste la volonté des notables de se débarrasser de ce shérif qui fut si utile, qui est devenu si encombrant.

Beau rôle pour Richard Widmark, homme traqué, perdu, mais droit, dont le regard émeut face aux morts qui s’amoncellent autour de lui, malgré lui.

Il y a bien quelques rares touches d’optimisme, mais souvent contrebalancées par la rudesse des sentiments. Comme cet homme, écœuré par le sort réservé au shérif, dont les « amis » stoppent l’élan en lui claquant sa judéité à la gueule.

Petit bémol : quelques effets musicaux douteux. Mais c’est un tableau sombre et cynique de l’Amérique que signent Siegel et Totten, assez radical et passionnant.

L’Homme sauvage (The Stalking Moon) – de Robert Mulligan – 1968

Posté : 2 mai, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, MULLIGAN Robert, WESTERNS | Pas de commentaires »

L'Homme sauvage

Robert Mulligan retrouve Gregory Peck, son Atticus Finch de To kill a mockinbird, pour un western d’une sécheresse percutante. Poussiéreux, rude, extrêmement peu bavard, le film bénéficie aussi d’une musique minimale qui sait disparaître durant de longs moments. De la même manière, la violence est, la plupart du temps, hors champs, et Mulligan s’attache à filmer le temps long, l’attente, pour mieux cerner la vérité de ses personnages et la tension, extrême.

Gregory Peck est un éclaireur de l’armée qui décide de retourner à la vie civile après quinze ans de service. Et qui accepte d’escorter sur sa route une jeune femme qui vient d’être libérée après avoir été enlevée par les Indiens dix ans plus tôt. Et avec elle son jeune fils, dont on devine bien vite (plus que le pauvre Peck) qu’il est le fils de cet Indien quasi-mythique dont le seul nom suffit à faire souffler un vent glacial sur n’importe quelle communauté.

C’est l’une des belles idées du film : faire du méchant un homme seul, dangereux, et invisible la plupart du temps. Un homme dont les massacres sont rapportés avec une telle terreur qu’il acquiert une dimension quasi démoniaque. Le film perd d’ailleurs un peu de sa force dès que cet Indien, Salvaje, pointe (tardivement) le bout de sa tunique.

Là où le film est le plus efficace, c’est justement dans la longue attente, à la fois sur le chemin puis dans la maison prise d’assaut. Comment combattre un ennemi qu’on ne voit pas ? Mulligan sait tirer le meilleur de ce postulat, en particulier lors de l’ultime « face à face » (les guillemets sont de rigueur, puisqu’on n’en voit qu’une, de face : celle d’un Peck mutique), étouffant suspense de près de vingt minutes.

Autre promesse (à peu près) tenue : la place de l’enfant, ce gamin dont on sent qu’il cherche sa place, entre la vie sauvage et meurtrière de son père, et l’avenir plus rangé et plus « civilisé » qui l’attend avec sa mère (jouée par Eva Marie-Saint, très bien en jeune femme réapprenant péniblement la vie en société, si restreinte soit cette société). Mulligan n’en rajoute pas sur le sujet, peut-être pas assez d’ailleurs. Mais au détour d’un geste troublant, d’une course stoppée dans son élan, il réussit à faire ressentir les hésitations de ce gamin coincé entre deux civilisations.

Ce sujet aurait sans doute pu, ou dû, être plus central. Mais à la psychologie des personnages, Mulligan privilégie la tension et le suspense. Avec une efficacité énorme, un vrai sens du paysage, et un Peck impeccable dans le genre « je sais que je fais une connerie, mais je la fais quand même ».

Sherlock Holmes contre Jack l’Eventreur (A study in terror) – de James Hill – 1965

Posté : 19 avril, 2019 @ 8:00 dans * Polars européens, 1960-1969, HILL James, Sherlock Holmes | Pas de commentaires »

Sherlock Holmes contre Jack l'Eventreur

Prenez un personnage (fictif) mythique de la culture populaire. Opposez-le à un monstre (bien réel) devenu figure mythique de la culture populaire. Confiez cette confrontation à un réalisateur sans grande envergure. Et vous obtenez un thriller appliqué qui remplit parfaitement son cahier des charges, sans jamais sortir de son cadre.

Soit, donc, les ruelles toutes en pavées (et bien trop propres) de White Chapel, quartier londonien condamné à être baigné dans la brume. Soit, aussi, des meurtres de prostitués qui s’enchaînent, et ces furtives images d’un tueur en vêtement long et sacoche à la main. Soit, encore, d’étranges accointances entre la haute bourgeoisie et les habitants de ce quartier mal famé. Voilà pour l’imagerie de Jack l’Eventreur.

Côté Sherlock Holmes, rien n’est oublié, ou presque (pas la moindre trace d’opium ou de quelque drogue que ce soit) : si la pipe, ni la redingote, ni les élémentaire mon cher Watson, ni bien sûr le fameux sens de l’observation et de la déduction du détective. Bien plus proche de l’imagerie liée aux précédentes (et nombreuses) adaptations ciné qu’à l’oeuvre de Conan Doyle.

On est donc en terrain connu, on se demande un peu pourquoi ces deux mythes ne se sont pas rencontrés plus tôt, on suit avec intérêt l’évolution de l’enquête, on soupçonne comme il se doit la plupart des personnages (y compris une jeune femme interprétée une charmante Judi Dench), on s’amuse à se faire gentiment peur… mais au fond on vit ce film comme on vivrait une sorte de jeu de rôle : en profitant du voyage sans jamais être vraiment surpris.

John Neville, futur Münchausen de Gilliam et futur « homme manucuré » de X-Files, joue pleinement le jeu de ce Holmes trop parfait pour être réellement crédible. Parfait donc, mais comme l’est un pastiche.

Le Trou – de Jacques Becker – 1960

Posté : 18 avril, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, BECKER Jacques | Pas de commentaires »

Le Trou

Dans la famille des grands cinéastes qui terminent leur carrière sur un chef d’œuvre, je demande Jacques Becker, cinéaste passionnant qui rompt, pour son ultime film (il mourra prématurément avant sa sortie), avec à peu près tout ce qu’il a fait auparavant, et avec à peu près tout ce que le genre du film d’évasion nous a habitués à voir…

Il s’agit bien d’un film d’évasion, inspiré d’ailleurs d’une histoire vraie : celle d’une poignée de prisonniers de la Santé parmi lesquels José Giovanni (qui en a tiré un livre, puis le scénario du Trou) et Roland Barbat. Ce dernier tient son propre rôle dans le film de Becker, apparaissant au générique sous le pseudonyme de Jean Keraudy. Une expérience d’acteur unique pour lui, mais dont il se sort avec une remarquable intensité.

Les acteurs sont d’ailleurs tous des débutants. Un choix revendiqué par Jacques Becker, qui voulait donner à son film un aspect très brut. Avec Le Trou, Becker ne signe pas pour autant un semi-documentaire : son film est très construit, avec un suspens souvent très tendu, et une dramatisation des rapports humains. Un vrai film de fiction, donc. Mais la forme frappe par sa radicalité.

Le plus marquant, ce sont ces interminables plans sur les détenus mangeant en silence, ou répétant inlassablement les mêmes gestes quotidiens. La répétition des gestes, des situations, des mots même : Becker souligne ainsi avec audace le poids du temps, cet ultime luxe dont disposent les prisonniers qui préparent leur évasion.

Combien de temps dure ce plan fixe qui cadre les mains des détenus burinant longuement (et bruyamment) le sol de leur cellule pour percer le béton et commencer leur tunnel ? De longues, très longues minutes, où la caméra ne montre rien d’autre que ces coups répétés, filmés en gros plans fixe. Et ces minutes sont d’une force dramatique hallucinante : il y a de la rage, de la volonté, de la peur, de la sueur… dans ces images.

Sans fard, sans artifice, Becker filme ces moments interminables. Et c’est l’humanité de ses personnages qui apparaît miraculeusement. D’un scénario on ne peut plus classique d’évasion, Jacques Becker signe un film immense, radical et passionnant. Un authentique chef d’œuvre.

Les Géants de l’Ouest (The Undefeated) – d’Andrew V. McLaglen – 1969

Posté : 11 mars, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, McLAGLEN Andrew V., WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Géants de l'Ouest

La guerre de Sécession vient de s’achever. Le Yankee John Wayne s’empresse de quitter l’armée pour partir avec ses amis à travers l’Ouest. Sur la route du Mexique, il croise le Sudiste Rock Hudson qui, lui, refuse de rendre les armes…

Beau scénario, construit sur d’incessants allers-retours entre la bande à John et la bande à Rock dans les grandes étendues encore sauvages, pleines de dangers. C’est l’histoire de deux groupes d’hommes (et de femmes) qui vont apprendre à revivre ensemble après des années passées à s’entre-tuer, bel éloge de la réconciliation qui a une vraie originalité, et une vraie efficacité.

Andrew V. McLaglen, fait tout pour s’inscrire dans la filiation de John Ford (qu’il connaissait depuis son enfance, en bon fils de Victor McLaglen), ne serait-ce qu’en dirigeant film après film les acteurs fétiches du génial borgne : Wayne bien sûr, mais aussi Ben Johnson (dans un très beau rôle), Harry Carey Jr, Pedro Armendariz ou John Agar. Et puis comme son éternel maître, McLaglen a le goût de l’emphase et des beaux paysages.

Il a de l’ambition, aussi. Dès la séquence d’ouverture, sa volonté est évidente de ne rien atténuer de l’horreur que fut la guerre, enchaînant les plans spectaculaires d’une rare violence : corps soufflés par des explosions, transpercés par des épées, éparpillés sur le sol… La guerre est une saloperie. On retrouve une même ampleur lorsqu’il filme au plus près l’impressionnant troupeau de chevaux convoyé par les anciens Nordistes.

On salue l’ambition, mais on constate l’évidence : McLaglen n’est pas Ford. Sa mise en scène manque de souffle, mais aussi de lyrisme. Et c’est dans une séquence aux antipodes de cette démesure affichée d’emblée qu’il se montre le plus convaincant. Dans la scène du brouillard sur les bords du Rio Grande. Là, dans une brume dense qui ne laisse voir que des détails, son film devient lui aussi plus dense, plus intense, et plus beau.

La suite est parfois plus convenue, mais McLaglen fait le job plutôt efficacement. Et ses deux « géants de l’Ouest », Wayne et Hudson, forment un tandem de frères ennemis aussi improbable que réjouissant.

La Panthère rose ( The Pink Panther) – de Blake Edwards – 1963

Posté : 2 mars, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, EDWARDS Blake | Pas de commentaires »

La Panthère rose

Peter Sellers est un génie. Blake Edwards non. Ou alors ponctuellement, mais pas là, pas pour ce premier film d’une série interminable, qui occupera pourtant le réalisateur jusqu’à la fin de sa carrière, contraint par le succès immense de ce premier opus. Mais La Panthère rose n’est bien un film que partiellement génial, dont on retirerait volontiers une bonne moitié.

A vrai dire, toute la partie centrale, certes indispensable pour l’intrigue, mais comme l’intrigue n’a pas grand intérêt… A vrai dire, toutes les scènes dans lesquelles ne figure pas Peter Sellers, alias l’inspecteur Jacques Clouseau, policier français aussi persuadé d’avoir un flair hors du commun que maladroit et malchanceux, un type aussi touchant qu’irrésistible dont chaque mouvement est un gag, souvent très drôle…

La beauté de Claudia Cardinale et celle de Capucine aident à résister à la tentation de faire « avance rapide » dès qu’il n’est pas à l’écran, tant on se moque des aventures et des quiproquos de David Niven et Robert Wagner, tonton et neveu qui se découvrent une passion commune pour le vol de bijoux. Aussi classes et souriants l’un que l’autre, mais aussi dénué de surprise.

Le problème du film vient en faire du déséquilibre énorme entre le personnage de Clouseau et les autres, traités avec une absence étonnante d’ambition comique. Blake Edwards le comprendra lui-même, faisant de Peter Sellers la vraie star de ses films suivants. Avec raison, tant l’acteur est l’âme et la raison d’être du film, celui qui lui donne ce petit vent de folie qu’on aimerait voir se transformer en tempête.

Pour être honnête, il y a une scène où cette tempête semble s’approcher : cet extraordinaire ballet des voitures se croisant sans cesse autour d’un vieil homme impassible, qui voit débouler dans tous les sens des véhicules conduits par des gorilles, des hommes en uniforme, voire en armure… Là, l’espace de quelques minutes, le film annonce le ton fou et génial de La Party, le chef d’œuvre du tandem Edwards-Sellers.

Les Quatre Fils de Katie Elder (The Sons of Katie Elder) – de Henry Hathaway – 1965

Posté : 27 février, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, HATHAWAY Henry, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les quatre fils de Katie Elder

Sept ans après Rio Bravo, John Wayne et Dean Martin se retrouvent devant la caméra d’un autre spécialiste du western. Certes, Hathaway n’est pas tout à fait Hawks. Sûr, ces Fils de Katie Elder sont loin des aventures presque solitaires de John T. Chance. Mais quand même. Hathaway, c’est toujours bien. Et quand il y a le Duke dans les parages…

Et effectivement, il apporte ce petit quelque chose qui fait la différence, le Duke. Dès son apparition, silhouette lointaine qui surplombe discrètement une assemblée autour d’une tombe fraîche, il y a l’aura du gars qui plane littéralement sur le film. Il n’est alors qu’une petite silhouette à peine perceptible. Mais sa dégaine, ses vêtements même, les mêmes d’un western à l’autre, et cette impression qu’il dégage d’avoir tout vu, tout vécu, transforment d’emblée l’esprit de ces retrouvailles entre frères.

Quatre frères, donc (Wayne, Martin, Earl Holiman et Michael Anderson Jr), qui se retrouvent des années à l’occasion de l’enterrement de leur mère, apprenant par la même occasion que leur père a été abattu quelques mois plus tôt. Voilà donc une histoire de vengeance parfaitement dans la tradition. Sauf que non. Très vite, un ton singulier s’impose au film, une sorte de refus bienveillant de la violence.

En retrouvant la ville de leur enfance, ces aventuriers réalisent à quel point leur mère était appréciée, à quel point elle a toujours fait bonne figure, faisant le bien autour d’elle et clamant à qui voulait l’entendre que ses fils étaient de braves petits qui lui envoyaient régulièrement de quoi vivre confortablement. Il n’en est rien bien sûr : en découvrant la bonté de Katie Elder, cette figure omniprésente dont on ne verra pourtant que le cercueil, ses quatre fils comprennent peu à peu à quel point ils se sont dévoyés.

Joli western, sensible et pudique, habité de bout en bout par la présence d’un simple fauteuil à bascule, symbole de la mère disparu autant que des vraies valeurs défendues par le film. Hathaway ne signe pas pour autant une simple méditation familiale. Il peut ainsi compter sur la présence forcément décalée de George Kennedy et de Dennis Hopper, en méchants pas caricaturaux. Et entre la bagarre bien virile (et amusante) entre frères, et le guet-apens violent et spectaculaire sur le pont, le film possède son comptant de scènes d’action particulièrement réussies. Jusqu’à l’explosion finale, impressionnante et radicale.

La Bible (The Bible : in the beginning) – de John Huston – 1966

Posté : 1 janvier, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, FANTASTIQUE/SF, HUSTON John | Pas de commentaires »

La Bible

Il faut un certain courage pour passer les premières minutes du film, interminables. Du courage, ou l’envie profonde de voir ou revoir toute la filmographie de John Huston, entreprise pleine de récompenses enthousiasmantes, mais aussi de quelques écueils. Celui-ci n’est pas le moindre, en tout cas dans cette première partie assez imbuvable.

Avec La Bible, John Huston se lance dans un projet ambitieux, voire démesuré : porter à l’écran les différents chapitres de l’Ancien Testament, de la création du monde en sept jours au sacrifice d’Abraham en passant par la tentation d’Eve, la pomme et le serpent, Abel et Caïn, Noé, le déluge et son arche, Sodome et Gomorrhe, l’arrivée en Terre promise… Un projet titanesque pour une superproduction comme Dino de Laurentiis en avait le goût.

Le résultat est pour le moins problématique. Et le premier problème, c’est que cette première partie consacrée à la Genèse donne l’impression que ça été tourné en temps réel. Et sept jours, c’est long quand on s’ennuie. Et quand ce qu’on voit est d’une telle laideur. Attention : les images sont assez belles, mais Huston se contente alors de coller entre elles de belles vues de nature, soulignant lourdement leur pureté et leur caractère apaisant. On se croirait dans une boutique zen…

La suite est à peine moins agaçante, avec une esthétique new age qui domine dans toute la première partie. Et puis l’effet catalogue interdit une quelconque empathie pour aucun de ces personnages que l’on connaît, dont on connaît l’histoire, mais qui n’ont pas d’existence propre devant la caméra de Huston. Le film se résume alors à une spectaculaire illustration de la Bible, joliment mise en scène mais totalement désincarnée.

Finalement, c’est quand Huston lui-même apparaît sous la barbe de Noé que le film prend une ampleur nouvelle. Parce qu’il est impeccable, parce qu’il y prend un plaisir visible à se mettre en scène au côté de tous ces animaux, parce qu’il incarne vraiment son personnage, en lui apportant une ironie bienvenue, qui manquait à la première heure. Et parce qu’il prend le temps de développer un fil narratif, pour le coup convainquant, et au moins aussi bien que le gros truc interminable avec Russell Crowe.

Et puis le film retombe dans ses travers. Vient le repeuplement, figuré par une sorte de pyramide humaine stylisée mais un peu facile. Ça nous mène à la Tour de Babel, et là aussi c’est visuellement splendide et très impressionnant, mais désincarné et pour tout dire un peu chiant.

Enfin arrive George C. Scott qui interprète Abraham. Et là commence un nouveau film, dont on se dit qu’il aurait effectivement dû faire l’objet d’un film pour lui seul, tant il y a une cohérence dans l’esthétique et les enjeux narratifs autour du personnage. C’est la plus longue partie du film, la dernière, celle où Huston prend le plus le temps de développer les personnages, dont certains sont très beaux : celui d’Ava Gardner notamment, qui permet d’aborder très en avance le thème de la GPA.

De belles trouvailles visuelles aussi, comme la mise en scène de cet ange de Dieu aux trois visages, tous de Peter O’Toole, dont les apparitions sont assez poétiques. Mais aussi une manière de mettre en scène les aspects les plus problématiques de la Bible, comme une manière plutôt audacieuse d’évoquer le fanatisme religieux. Pas toujours passionnant, mais intéressant. C’est déjà ça.

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