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Archive pour la catégorie '1960-1969'

Wagon Train : The Colter Craven Story / Le Fond de la bouteille (The Colter Craven Story) – de John Ford – 1960

Posté : 9 mars, 2011 @ 10:41 dans 1960-1969, BOND Ward, CARRADINE John, COURTS MÉTRAGES, FORD John, TÉLÉVISION, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Wagon Train : The Colter Craven Story / Le Fond de la bouteille (The Colter Craven Story) - de John Ford - 1960 dans 1960-1969 wagon-train-the-colter-craven-story

Pas bégueule pour deux sous, Ford ne dédaignait pas la télévision, pour laquelle il a travaillé à plusieurs reprises à cette époque, se pliant volontiers aux contraintes du petit format (en durée et en terme d’écran), des budgets restreints, et du cadre bien défini des séries télévisées. Sa participation à la série western Wagon Train semblait doublement incontournable : parce que la série est très directement inspirée du Convoi des Braves, réalisé par Ford en 1950 ; et parce que le héros de cette série au long cours (283 épisodes, tout de même), le major Seth Adams, chef d’une caravane qui traverse les grandes étendues américaines, est interprété par le plus fordien des acteurs fordiens : Ward Bond.

The Colter Craven Story est d’ailleurs important dans la filmographie de Ford, puisque c’est la toute dernière fois que le réalisateur dirige Bond : l’acteur est emporté par un cancer le 5 novembre 1960, trois semaines avant la diffusion de l’épisode à la télévision américaine.

Mais l’intérêt de ce petit film très joliment réalisé dépasse largement le contexte émotionnel du tournage : The Colter Craven Story est un vrai film de Ford, et n’a rien de mineur dans sa filmographie.

On y retrouve un personnage qui l’a déjà influencé à plusieurs reprises : celui d’un médecin dont les talents sont gâchés par l’alcool (déjà vu dans Hurricane, La Chevauchée fantastique ou La Poursuite infernale). Ce médecin offre à l’excellent Carleton Young l’un de ses très grands rôles fordiens, un an après sa prestation inoubliable dans Les Cavaliers.

Les acteurs de Ford sont d’ailleurs omniprésents : outre Young et Bond, on croise ainsi Anna Lee (dans un très joli rôle), Ken Curtis (en fils à papa un peu con et très fougueux), Hank Worden, Mae Marsh, Jack Pennick (une nouvelle fois en uniforme), et même John Wayne dans une apparition très furtive (il interprète le rôle du général Sherman). Et puis il y a John Carradine, en despote local, qui marque ce court film de sa présence, le temps d’une unique scène.

Mais ce qu’il y a de plus enthousiasmant dans ce film, c’est la manière dont Ford contourne ouvertement la thématique qui lui est imposée. Sans la mettre totalement de côté, non : on a bien droit aux habituelles scènes de caravane de la série. Mais il ajoute à son récit principal un flash back assez improbable dont le héros n’est autre que le futur président des Etats-Unis, Ulysses S. Grant. Ford n’a jamais caché son désir de consacrer un film au personnage. Curieusement, c’est au cœur d’un énième épisode d’une série formatée qu’il concrétise ce souhait qui lui tenait tant à cœur…

Les Oiseaux (The Birds) – d’Alfred Hitchcock – 1963

Posté : 12 janvier, 2011 @ 9:52 dans 1960-1969, FANTASTIQUE/SF, HITCHCOCK Alfred | 1 commentaire »

Les Oiseaux

S’il y a un truc qu’on ne peut pas reprocher à Hitchcock, c’est de céder à la facilité, ou de se reposer sur ses lauriers. Après avoir traversé les Etats-Unis en technicolor dans La Mort aux trousses (un de ses plus grands chef d’œuvre), il a signé un thriller à petit budget et en noir et blanc avec Psychose (encore un grand film). Comment rebondir après ça ? Hitch change totalement de registre, avec ce qui sera son unique film pouvant être qualifié de « fantastique ». Et c’est, encore une fois, un immense film, qui fonctionne aussi bien dans les moments de terreur (vraiment terrifiants) que dans les passages plus intimes, passionnants.

Il faut quelques secondes à peine pour que l’atmosphère du film soit créée : une sorte de quiétude menacée, que symbolise joliment le minois souriant et mystérieux de ‘Tippi’ Hedren, en riche oisive peut-être pas si immature qu’elle le laisse croire. Dès la séquence de l’oisellerie, à San Francisco, la magie opère. La fluidité du rythme, la beauté des images, ça coule d’une manière fascinante, et on arrive dans un bien-être immense à Bodega Bay, ce petit port de pêche où l’on se sent si bien, paradis terrestre si proche, et pourtant si loin de la ruche de la grande ville. John Carpenter rendra d’ailleurs hommage au film en tournant son Fog dans les mêmes décors (et avec une héroïne hitchcockienne, la Janet Leigh de Psychose).

L’attaque soudaine de la mouette, au cœur de la baie, apparaît alors comme un subit coup de griffe sur un paysage sans ombre. Et les agressions qui suivront, de plus en plus violentes et impressionnantes, peuvent être vues comme une volonté des oiseaux de reprendre possession de ces lieux qui étaient à eux avant l’arrivée des humains. Le dernier plan, hallucinant, scellera leur victoire : après une série d’attaques sanglantes, ils seront des milliers à regarder les derniers humains quitter Bodega Bay.

Le film est parsemé de moments inoubliables, à l’image de ce dernier plan. Par exemple le passage où ‘Tippi’ Hedren attend la petite sœur de Rod Taylor (la petite Veronica Cartwright, qui s’en sortira tout aussi traumatisée, mais beaucoup plus morte, du film de Ridley Scott Alien) à la sortie de l’école, par exemple : le montage alterne les plans sur le visage de l’actrice, et d’autres sur une aire de jeux sur laquelle s’amassent un nombre de plus en plus important d’oiseaux. Ou les attaques terrifiantes sur des groupes d’enfants. Ou la découverte de la première victime, visage énucléé à peine entraperçu, mais inoubliable. Ou encore ce fameux plan aérien qui montre Bodega Bay rayé par une traîné de feu après l’explosion de la station service, alors que des mouettes semblent s’amuser du spectacle.

Comme toujours, Hitchcock accorde une attention folle aux plus petits des seconds rôles : le moindre d’entre eux prend une vraie dimension à l’écran.

Autre fait unique dans la carrière d’Hitchcock : c’est son seul film dans lequel ne figure pas la moindre note de musique. Après Psychose, c’est une manière pour Hitchcock de répondre à ceux (dont Bernard Herrmann lui-même) qui estimait que la scène de la douche devait tout à la musique. Ici, même si Herrmann a participé aux effets sonores, les images et le montage suffisent largement à provoquer l’effroi. Sans discussion possible.

Merlin l’enchanteur (The Sword in the stone) – de Wolfgang Reitherman – 1963

Posté : 12 janvier, 2011 @ 9:41 dans 1960-1969, DESSINS ANIMÉS, DISNEY Walt, REITHERMAN Wolfgang | Pas de commentaires »

Merlin l'enchanteur

C’est le dernier long métrage d’animation que le père Disney verra terminé (il mourra en 1966, avant l’achèvement du Livre de la jungle), et c’est un film d’une étonnante simplicité, qui renoue avec le charme et la modestie de Dumbo, sorti plus de vingt ans plus tôt, après une série de « grands dessins animés » flamboyants et plus spectaculaire.

Ce qui frappe le plus dans ce Merlin, c’est l’absence d’un grand méchant. Face à lui, le petit Arthur ne trouve guère qu’un beau-frère plus bête que méchant, un loup plus maladroit qu’effrayant, et une sorcière curieusement sympathique. Bref, c’est un long métrage bon enfant, sans grand suspense, si enjeu. D’ailleurs, Excalibur, la fameuse « épée dans la pierre » du titre originale, est pour le moins abordée avec légèreté : la séquence au cours de laquelle Arthur retire l’épée de son socle est traitée par-dessus la jambe, comme un passage obligé qui n’intéresse pas vraiment les auteurs du film.

Ce qui les intéressent plutôt, ce sont les possibilités offertes par la magie de Merlin : Arthur transformé en poisson, Arthur en écureuil, Arthur en oiseau… Le film est conçu comme une succession de passages qui pourraient presque être indépendants les uns des autres. C’est ce qui donne un certain charme au film, mais c’est aussi ce qui fait sa limite, et en fait un « mal aimé » parmi tous les longs métrages produits par tonton Walt.

Il y a aussi dans Merlin une faute de goût comme on en a rarement vu dans l’œuvre de Disney : l’enchanteur, fatigué du manque de confiance en soi du jeune Arthur, décide de partir pour Saint Trop, et revient en bermuda et chemise à fleurs… Mouais…

Yoyo – de Pierre Etaix – 1964

Posté : 17 novembre, 2010 @ 3:15 dans 1960-1969, ETAIX Pierre | Pas de commentaires »

Yoyo - de Pierre Etaix - 1964 dans 1960-1969 yoyo

Léger changement de ton pour Pierre Etaix, qui signe sans doute son film le plus personnel. Après Le Soupirant, c’est le deuxième long métrage du cinéaste, et curieusement le plus mélancolique, et le moins ouvertement drôle de ses films. C’est pourtant la passion d’Etaix pour les clowns (il en était lui-même un) qui est à l’origine de Yoyo. Le film raconte l’histoire d’un jeune clown qui a grandi dans le cirque, et qui devient, devenu adulte, l’un des clowns les plus populaires du monde. Il se sert de son succès pour racheter le château dans lequel vivait son richissime père avant de faire faillite en 1929, rêvant d’une vie fortunée alors même que son père a trouvé, dans le cirque, le bonheur que son argent ne lui avait jamais offert.

Ce sentiment de faire fausse piste est illustré d’une manière bouleversante dans une scène presque irréelle : alors qu’il fête sa réussite en organisant un réception très guindée dans son château, Yoyo voit ses parents, et la jeune artiste qu’il aime mais qu’il n’a jamais pris le temps de conquérir, arriver dans une roulotte de cirque. Dans cette scène, on ne voit jamais les parents, ni ne les entend. On ne voit que Yoyo dépité devant leur refus de prendre part à la fête… Cette scène étrange ouvre les yeux du clown devenu homme d’affaires, et qu’on verra enfourcher un éléphant, et s’enfoncer dans l’étang du château. Vers la liberté ?

Hommage mélancolique à un art qui appartient déjà au passé, Yoyo est aussi un vibrant hommage au cinéma que Pierre Etaix aime passionnément : celui de Keaton, et surtout de Chaplin. Alors que Le Soupirant évoquait la figure de Buster Keaton, Yoyo se situe d’avantage dans le sillon creusé par Chaplin, ce qui est surtout perceptible dans la première partie du film, qui se déroule entre 1925 et 1929. Depuis son premier court métrage (Rupture), Pierre Etaix s’inscrit dans la tradition du cinéma muet. Mais pour cette première partie de Yoyo, il va au bout de sa démarche, en faisant réellement du muet, avec cartons et bruitages. Et un personnage « bigger than life » qui aurait pu être interprété par Chaplin lui-même.

L’arrivée du parlant, qui correspond avec le krach boursier, donne le coup d’envoi du « vrai » film. L’un des hommages les plus sincères à l’art du cirque que le cinéma nous ait donné depuis… Le Cirque, de Chaplin.

Le Soupirant – de Pierre Etaix – 1963

Posté : 17 novembre, 2010 @ 2:03 dans 1960-1969, ETAIX Pierre | Pas de commentaires »

Le Soupirant - de Pierre Etaix - 1963 dans 1960-1969 le-soupirant

Après deux courts métrages géniaux (Rupture et Heureux anniversaire), Pierre Etaix passe tout naturellement au long avec cette comédie tout aussi exceptionnelle. Déjà, l’univers du cinéaste est clairement défini : le cinéma d’Etaix est clairement l’héritier des grands films burlesques du muet. Plus proche de Buster Keaton ou de Charles Chaplin que de Jacques Tati, avec qui il a pourtant commencé au cinéma, Etaix fait du cinéma muet avec du son. Ses personnages parlent, oui, mais son langage et son humour passent avant tout par l’image. Et mine de rien, ils ne sont pas nombreux dans ce cas-là, depuis la fin des années 20…

Grand cinéaste, Etaix est aussi un immense acteur de comédie. Avec son visage impassible à la Keaton, il interprète avec génie et un sens du comique parfait, un jeune homme rêveur, qui décide, pour faire plaisir à ses parents, de partir à la recherche de celle qui sera la femme de sa vie. Il a du culot, ce pierrot lunaire, mais aucun savoir-faire avec la gent féminine, et les situations que sa quête entraîne sont à mourir de rire.

Ce qui est génial dans le cinéma d’Etaix, c’est la manière dont le personnage traverse les catastrophes qu’il cause, sans sourciller. Et il le fait avec un entrain et une inventivité qui forcent le respect. On pourrait disserter longtemps sur le génie comique d’Etaix, mais la grande qualité du Soupirant se résume facilement : c’est à mourir de rire. Etaix qui reconduit une jeune femme totalement ivre chez elle ; Etaix aux prises avec la chaise trafiquée d’un clown ; Etaix qui tente de communiquer avec la jeune fille au pair… pas la moindre faute de goût dans cette comédie, dont on devine pourtant la fin dès le début. Le cinéma de Pierre Etaix, ce sont des gros sabots, mais filmés avec une finesse incomparable…

Heureux anniversaire – de Pierre Etaix et Jean-Claude Carrière – 1962

Posté : 11 novembre, 2010 @ 8:33 dans 1960-1969, CARRIÈRE Jean-Claude, COURTS MÉTRAGES, ETAIX Pierre | Pas de commentaires »

Heureux anniversaire - de Pierre Etaix et Jean-Claude Carrière - 1962 dans 1960-1969 heureux-anniversaire

Avant de passer au long métrage (avec Le Soupirant, l’année suivante), Pierre Etaix signe son deuxième court, et c’est un nouveau chef d’œuvre. Moins dépouillé que Rupture, mais tout aussi réussi, Heureux anniversaire fourmille de gags et de trouvailles.

Héritier du cinéma muet, il campe son décor en un plan d’une simplicité et d’une inventivité quasi-chaplinesque : une femme bien habillée prépare une table avec deux couverts, et place sur la table une miniature tout droit venue d’un gâteau de mariage. Ça dure quelques secondes, et il n’en faut pas plus pour savoir que madame attend son mari, pour fêter l’anniversaire de leur mariage.

Seulement, le mari, c’est Pierre Etaix, et qu’il doit traverser Paris pour rentrer chez lui. Tout va se dresser contre lui : les embouteillages, les déménagements, et surtout sa propre maladresse. D’ailleurs, son personnage est au moins autant bourreau que victime : sans vraiment s’en rendre compte, il sème le désordre autour de lui.

Pour lui permettre de sortir sa voiture, le client d’un barbier sort de l’échoppe où il est en train de se faire raser, pour bouger sa propre voiture… et se retrouve obligé de faire indéfiniment le tour du pâté de maison, le visage encore couvert de mousse. Quand il trouvera finalement une place pour se garer, le barbier sera rentrée chez lui, laissant porte close…

Un homme prend Pierre Etaix pour un taxi, mais ce dernier le met à la porte de sa voiture, jetant sur la chaussée sa valise qui finit écrasée sous les roues d’un autre véhicule…

Tout est à l’avenant. En à peine vingt minutes, Pierre Etaix a fait de Paris embouteillé un immense terrain de jeux. C’est remarquablement construit, Etaix est prêt à passer aux longs métrages, et ça s’annonce passionnant…

Rupture – de Pierre Etaix et Jean-Claude Carrière – 1961

Posté : 11 novembre, 2010 @ 8:23 dans 1960-1969, CARRIÈRE Jean-Claude, COURTS MÉTRAGES, ETAIX Pierre | Pas de commentaires »

Rupture - de Pierre Etaix et Jean-Claude Carrière - 1961 dans 1960-1969 rupture

Clown, dessinateur, Pierre Etaix rêvait de cinéma. En trouvant en Jean-Claude Carrière le complice idéal pour donner forme à ses rêves, il passe à l’acte pour la première fois avec ce court métrage quasiment muet, qui ressuscite d’un coup (de maître) la grande époque du cinéma burlesque. Point de tarte à la crème, de coup sur la tête ou de belle à séduire dans ce petit chef d’œuvre. Point de nez rouge, non plus, mais Etaix est pourtant bel et bien dans la pure tradition du clown. Et dans un genre que très peu de cinéastes ont réellement abordé depuis l’invention du parlant : la comédie purement cinématographique, à opposer avec un comique du dialogue ou de la situation. Ici, tout passe par l’image, et c’est bon…

Le principe de ce film, écrit et réalisé à quatre mains, est d’une simplicité absolue : le personnage principal (Etaix) reçoit une lettre de sa fiancée, qui lui annonce qu’elle rompt avec lui. De rage, il décide de lui renvoyer sa photo, déchirée, par la poste.  Quoi de plus simple que d’écrire un petit mot, de le glisser dans une enveloppe, d’y écrire une adresse et d’y coller un timbre ? De cette situation on ne peut plus simple, Etaix tire un sommet de la comédie.

Clown génial, figure impassible à la Buster Keaton face aux catastrophes, Pierre Etaix est à mourir de rire dans ce film en dehors de toutes les modes, et donc indémodable. Jamais il n’appuie le trait, jamais il ne sort les grosses ficelles… il se contente d’enchaîner les petites catastrophes, et c’est d’une drôlerie absolue. Jusqu’à la chute (dans tous les sens du terme), aussi inattendue que terrible. Un chef d’œuvre.

Une fille et des fusils – de Claude Lelouch – 1964

Posté : 6 octobre, 2010 @ 6:36 dans 1960-1969, LELOUCH Claude | Pas de commentaires »

Une fille et des fusils - de Claude Lelouch - 1964 dans 1960-1969 une-fille-et-des-fusils

Oui, j’aime Claude Lelouch, et non, Lelouch n’a pas toujours été un grand cinéaste. Deux ans avant de trouver le public, la critique, son style, et en un mot la reconnaissance, avec Un Homme et une femme (chabadabada), le jeune cinéaste cherchait sa voie… et ne la trouvait pas. Avec Une fille et un fusil, il signe sans doute le plus « Nouvelle Vague » de ses films. Sauf que Lelouch est à peu près autant taillé pour la Nouvelle Vague que Steven Seagal pour le cinéma de David Lynch.

En filmant ces jeunes glandeurs attirés par le crime après avoir ingurgité des tas de mauvais films américains, on peut quand même se demander si Lelouch ne se moque pas gentiment de ses collègues d’alors, Jean-Luc Godard en tête. En fait, soit son film est une parodie gentillette des premiers Godard, en particulier A bout de souffle et Pierrot le fou, soit c’est un petit nanar pas vraiment sympathique, un brin ennuyeux, et franchement maladroit. Je penche pour la réponse B. La comparaison avec Godard (celui de cette époque, évidemment) est en tout cas incontournable : Lelouch va même jusqu’à citer le passage le plus célèbre du Mépris, le tournage d’une scène de film avec Brigitte Bardot, qu’il détourne ici pour en faire le ressort dramatique du film : l’enlèvement de « la star », sosie anonyme de BB.

Tout n’est pas raté dans Une fille et des fusils : les acteurs sont bons, et c’est avec un certain plaisir que l’on retrouve Jean-Pierre Kalfon, Pierre Barouh ou Amidou. Et puis les comédiennes sont jolies : Janine Magnan et Yane Bary (la patronne du bistrot) sont particulièrement mises en valeur par la caméra de Lelouch qui, il y a plus de quarante-cinq ans, aimait déjà visiblement beaucoup les femmes…

La Femme infidèle – de Claude Chabrol – 1968

Posté : 19 août, 2010 @ 4:43 dans 1960-1969, CHABROL Claude | Pas de commentaires »

La Femme infidèle - de Claude Chabrol - 1968 dans 1960-1969 la-femme-infidele

Etrange… Ce bon vieux Chabrol m’avait laissé le souvenir d’une atmosphère un peu langoureuse, voire sulfureuse. Il n’en est rien. Stéphane Audran est belle à damner (comme toujours devant la caméra de son compagnon d’alors, qui la filme comme s’il la caressait), mais elle est bien le seul élément de séduction de ce film ostensiblement froid et austère. De cette époque-là, celle de ses grands classiques (il enchaîne avec Que la bête meure et Le Boucher), La Femme infidèle est sans doute le film qui rappelle le plus que Chabrol fut l’un des pères-fondateurs de la Nouvelle Vague. Il filme ses personnages avec beaucoup de distance et une absence totale de passion, ce qui peut paraître un peu déroutant pour une histoire qui tourne autour d’un crime passionnel.

Mais c’est cette austérité qui rend le film si troublant, et la critique de cette fameuse bourgeoisie de province (la grande obsession du cinéaste, avec la bouffe, de A double tour à La Fille coupée en deux) si puissante. En évitant consciencieusement tous les effets cinématographiques qui auraient pu rendre sa critique trop évidente, Chabrol nous montre une famille parfaite, qui mène une vie parfaite et sans histoire, dans une maison de campagne baignée de soleil et agréablement ombragée. Une famille modèle, quoi, mais qui fait froid dans le dos, comme font froid dans le dos les relations du père avec son fils, ou les déclarations d’amour de Michel Bouquet à Stéphane Audran. Rarement on aura entendu un « Je t’aime » déclamé avec une aussi flagrante absence de passion.

Parce qu’il est rapidement évident que ce qu’aime le personnage de Bouquet, c’est l’image qu’ils donnent du bonheur, plutôt que le bonheur lui-même. Incapable de passion, il voit dans le personnage de Maurice Ronet une menace qui pèse sur l’équilibre si parfait de sa vie, plutôt qu’un rival dans le cœur de sa belle épouse. La longue séquence du meurtre, et surtout de l’après-meurtre, montre bien le sang-froid naturel de cet homme incapable d’éprouver le moindre  sentiment, ou le moindre remords.

Bouquet est formidable. Mais Stéphane Audran l’est tout autant. Contrairement à son mari dans le film, elle laisse transparaître quelques bribes d’émotion tout au long du film. De pulsions de femme, aussi. Les larmes qu’elle se laisse aller à verser après avoir appris la mort de son amant relèvent d’ailleurs sans doute plus de la frustration de voir sa « soupape » disparaître, plutôt que de la douleur de perdre son amour. Au fond, son personnage tient tout autant à cette vie d’apparence que le couple a sans doute mis des années à construire. Lorsqu’elle comprend que son mari a tué son amant (mais ne l’a-t-elle pas su tout de suite ?), sa décision est naturellement prise : pas question de le dénoncer à la police. Cette histoire ancienne qu’elle a déjà oubliée n’a aucun poids face au vernis qui recouvre sa vie, et qui s’apprête pourtant à craquer.

Chabrol fera encore mieux (notamment avec Juste avant la Nuit, qui reformera trois ans plus tard le même couple Stéphane Audran-Michel Bouquet), mais en signant un film totalement dépassionné, il plonge le spectateur dans l’état d’esprit de ses personnages, et signe avec La Femme infidèle l’un de ses films les plus dérangeants.

La Taverne de l’Irlandais (Donovan’s Reef) – de John Ford – 1963

Posté : 15 août, 2010 @ 10:47 dans 1960-1969, FORD John, WAYNE John | Pas de commentaires »

La Taverne de l'Irlandais (Donovan's Reef) - de John Ford - 1963 dans 1960-1969 la-taverne-de-lirlandais

C’est une comédie gentiment désuète que Ford nous offre là. Visiblement décidé à ne rien prendre au sérieux dans ce film, le réalisateur tente de retrouver la légèreté et le charme de L’Homme tranquille. On n’ira pas jusqu’à dire qu’il y parvient totalement, mais après un premier quart d’heure un peu poussif, on finit par plonger avec une certaine délectation dans cet univers typiquement fordien, où les hommes aiment boire et se battre, même s’ils ne savent plus pourquoi ils s’opposent. Les bagarres constantes entre John Wayne et Lee Marvin (qui se retrouvent un an après L’Homme qui tua Liberty Valance) forment une sorte de fil conducteur assez réjouissant au film.

Ford, d’ailleurs, s’est intéressé bien d’avantage aux rapports entre les personnages qu’à l’histoire, à laquelle on ne croit pas une seconde : une jeune femme de Boston arrive sur une île paradisiaque pour tenter de prouver que son père, qui vit là et qu’elle n’a jamais vu, ne mène pas une vie « conforme aux bonnes mœurs de Boston ». Bien sûr, il lui suffira de rencontrer ses demi-frères et demi-sœurs, et surtout John Wayne, ancien soldat installé sur l’île depuis la fin de la guerre, pour tomber sous le charme des lieux et de ce mode de vie si différent du sien. Dès les premières minutes, on devine que la jeune femme (interprétée par Elizabeth Allen, charmante mais loin, très loin de la flamboyante Maureen O’Hara) succombera au charme de Wayne (qui reconnaissait lui-même qu’il était trop vieux pour le rôle, mais sa présence était indispensable pour convaincre les décideurs de produire le film).

On n’y croit pas vraiment, mais cela n’a pas d’importance. Ce joli film à l’ancienne permet à Ford de clamer qu’il est toujours le même, et qu’il a toujours cette âme d’Irlandais qui aime les amitiés viriles, les bagarres de saloon, et les hommes qui savent imposer leur force aux femmes. La fin du film est d’ailleurs curieusement proche de celle de L’Homme tranquille, et serait inimaginable aujourd’hui. Fatigué de la répartie et de l’aplomb d’Elizabeth Allen, John Wayne l’empoigne, la fesse vigoureusement, puis l’embrasse avec fougue. Tout Ford et tout Wayne, quoi…

John Ford a toujours aimé revisité ses propres films : Le Fils du Désert citait Trois Sublimes canailles ; Les deux Cavaliers était une relecture de La Prisonnière du Désert ; What Price Glory ? était le remake d’un muet de Walsh auquel il avait participé… Avec La Taverne de l’Irlandais, il reprend de nombreux éléments de Hurricane, un film un peu oublié qu’il a tourné en 1937 : mêmes décors, mêmes personnages, même déchaînement des éléments… Vingt-six ans plus tard, on retrouve même Dorothy Lamour, qui jouait l’héroïne de Hurricane, et qui interprète ici le rôle secondaire mais haut en couleurs de Miss Lafleur. Autre « guest » présent dans les deux films : l’Araner, le voilier adoré de Ford. Les deux films ont bien des points communs, mais sont aussi très différents : La Taverne de l’Irlandais est une pure comédie, qui présente une vision idyllique de l’île.

Visiblement, Ford avait envie de renouer avec un cinéma plus léger, et de retrouver l’atmosphère détendue de ses tournages passés. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé : tous les participants ont raconté à quel point le tournage a été heureux. C’est en tout cas une parenthèse colorée entre deux films majeurs (et sombres) : L’Homme qui tua Liberty Valance et Les Cheyennes. C’est aussi un ultime sursaut d’insouciance et de jeunesse pour un cinéaste vieillissant, qui ne tournera plus que deux films, et qui fait ici ses adieux cinématographiques à John Wayne, son complice depuis près de quarante ans.

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