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Archive pour la catégorie '1960-1969'

Hold-up au quart de seconde (Blueprint for robbery) – de Jerry Hopper – 1961

Posté : 2 février, 2018 @ 8:00 dans * Films de gangsters, * Polars US (1960-1979), 1960-1969, HOPPER Jerry | Pas de commentaires »

Hold-up au quart de seconde

D’un côté, le film de braquage, genre bien établi avec ses trois parties habituelles : la préparation, le casse et les conséquences. De l’autre, un autre genre en vogue à l’époque : le film d’archives de la police, avec son style quasi-documentaire. On prend les deux, on les mélange, et on obtient ce film sans grande surprise sur le fond, mais très efficace.

Réalisateur souvent excellent, Jerry Hopper réussit notamment quelques superbes scènes de suspense. La séquence, durant les préparatifs du casse, où le vieux « Pop » s’infiltre sur les lieux du futur braquage, est franchement haletante. Et des moments comme ça, il y en a plusieurs, qui contribuent à rendre le film si réussi.

L’autre atout, c’est justement ce personnage de Pop, particulièrement touchant et fort bien joué par J. Pat O’Malley. Tous les comédiens (uniquement des seconds couteaux) ne sont pas aussi convaincants, et la direction d’acteurs pêche un peu dans les moments en creux.

Autant dire que le film n’atteint jamais le niveau de Quand la ville dort, le modèle insurpassable du genre. Cette série B (C? D?) n’en est pas moins une sympathique surprise, efficace et réjouissante.

La Kermesse de l’Ouest (Paint your wagon) – de Joshua Logan – 1969

Posté : 15 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, EASTWOOD Clint (acteur), LOGAN Joshua, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Kermesse de l'Ouest

Sur le tournage de Paint your wagon, Clint Eastwood s’est juré d’être désormais son propre maître, et de prendre définitivement sa carrière en main. Plus question pour lui de renouveler une telle expérience, et de participer de nouveau à une telle débauche de moyens. Ce n’est pas tant le fait qu’il s’agit là d’un très gros budget qui pose problème : Clint lui-même tournera encore de grosses productions. C’est le fait que « débauche » et « moyens » sont ici totalement indissociables.

Y’a-t-il un seul plan « modeste » ? Une seule image qui semble ne pas avoir coûté une fortune ? Et que dire de cet extraordinaire décor de ville-champignon littéralement avalé dans une séquence hallucinante, variation sur le mode de la farce de Sodome et Gomorrhe… Et pourquoi pas après tout. Sauf que là, cette débauche de moyens (oui, j’insiste) n’est pas au service de la vision d’un cinéaste : elle EST la vision du cinéaste.

Le problème est flagrant dès les toutes premières images, qui montrent un convoi de chariot avançant à travers de grandes plaines. Une image classique du western, que Ford, pour ne citer que lui, a souvent filmé à sa manière frontale, au cœur de l’action. Joshua Logan, lui, multiplie les angles de prise de vue, place sa caméra devant, derrière, sur le côté, et même à bord d’un hélicoptère, comme si cette succession de points de vue allaient donner du rythme à cette introduction.

Mais de rythme, point l’ombre de la queue d’un, dans ce film par moments sympathique, voire amusant, mais constamment too much : trop tape-à-l’oeil, trop prétentieux, trop long aussi. Deux heures et demi pour un western musical aux enjeux dramatiques franchement anecdotiques… On est bien tenté d’abandonner la partie à deux ou trois reprises. Heureusement, une poignée de moments musicaux nous rattrapent par la manche, par leur douce mélancolie : la chanson de la pluie notamment, et surtout celle où Lee Marvin déambule dans la ville, pensant à sa liberté perdue.

« I’m an ex-citizen of nowhere. Sometimes, I get mighty home-sick. »

Dans ce joli moment mélancolique, la voix sourde de Marvin et son regard noir font des merveilles. Et comme si le fait d’avoir vraiment quelque chose à filmer lui ouvrait les yeux, Logan filme cette scène avec une simplicité qui tranche avec le reste du film. Une sorte de parenthèse douce-amère qui ne dure pas, cela dit…

Comme ne dure pas le regard mélancolique de Marvin, qui par ailleurs en fait des tonnes, reléguant ses co-stars au statut de faire-valoirs : Jean Seberg, pourtant fort jolie et surprenante en jeune femme bien décidée à fonder un foyer avec deux maris, et Clint Eastwood donc, qu’on ne verra plus jamais autant en retrait qu’ici. Ses moues offusquées ne trompent pas : on sent bien qu’il se demande ce qu’il fait là, avec son brushing impeccable et ses joues parfaitement rasées, à chanter (plutôt bien d’ailleurs, c’est qu’il a un beau filet de voix) des chansons ineptes :

« I talk to the trees, but they don’t listen to me… »

Ben non, ils n’écoutent pas…

Grands noms de la comédie musicale, Alan Jay Lerner et Fredeick Loewe ont le vent en poupe à cette époque : les films qu’ils ont eux-mêmes adaptés de leurs spectacles Gigi et My fair lady ont été des triomphes. Mais Paint your wagon n’avait pas connu le même succès sur scène. Le thème n’a pas la même force. Les numéros musicaux sont nettement moins emballants (et pourraient d’ailleurs quasiment tous être coupés du film sans qu’on perde quoi que ce soit à l’histoire). Bref… Si une bonne idée ne fait pas forcément un bon film, une mauvaise idée…

Le Village des damnés (Village of the damned) – de Wolf Rilla – 1960

Posté : 15 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, FANTASTIQUE/SF, RILLA Wolf | Pas de commentaires »

Le Village des damnés 1960

Ce petit classique du fantastique british prend le contre-pied total des films que la Hammer enchaînait à l’époque. Pas de vampires ni de monstres rampant ici, pour faire naître la peur. Pas non plus de jeux d’ombres ou d’images léchées et stylisées : Wolf Rilla joue à fond la carte du quotidien, dont surgirait l’horreur. Pour le meilleur, et aussi pour le moins bon.

Pour le meilleur parce qu’à l’horreur pure, le réalisateur préfère un malaise qui monte en puissance, et qui naît des choses les plus familières qui soit. Le cadre n’est d’ailleurs pas choisi par hasard : un village de la campagne anglaise, tellement banal qu’il en deviendrait presque anonyme, et où se croisent des hommes et des femmes qui n’ont rien d’exceptionnel.

C’est dans ce décor que survient le mystère : un jour, sans que rien ne l’explique, tous les êtres vivants dans ce village s’évanouissent durant des heures. A leur réveil, tout semble normal, mais les habitants découvrent bientôt que toutes les femmes en âge de procréer sont enceintes. Les enfants qui naissent, à la blondeur inquiétante, ne tardent pas à faire froid dans le dos…

Pour le moins bon aussi parce que, du fait de ce parti pris de familiarité, le film de Wolf Rilla est visuellement franchement terne, avec un noir et blanc sans profondeur qui ne joue pas en sa faveur. Mais ce manque de profondeur, déstabilisant dans les premières minutes, est vite compensé par un sens aigu du cadre, avec des compositions qui, au fur et à mesure que les enfants grandissent, deviennent d’une précision de plus en plus diabolique. L’angoisse naît en partie de la manière dont ces enfants se regroupent, comme un ensemble bien organisé face à l’ennemi.

Le film est plutôt efficace. Moins dans la terreur brute d’ailleurs (à l’exception de la dernière séquence, très forte) que dans la manière originale et plutôt osée d’aborder la paternité, comme un fléau qui menace la société toute entière. Quand le Mal pur prend l’apparence des petites têtes blondes d’une communauté a priori heureuse, rien ne va plus…

Opération Tonnerre (Thunderball) – de Terence Young – 1965

Posté : 14 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Espionnage, 1960-1969, James Bond | Pas de commentaires »

Opération Tonnerre

De ce quatrième Bond, tourné après Goldfinger, l’un des sommets de la franchise, j’avais surtout gardé le souvenir des longues séquences sous-marines, qui m’avaient profondément ennuyé. Surprise, alors que j’entreprend de familiariser mes enfants à l’histoire de 007 : les séquences sous-marines sont effectivement très longues, et très nombreuses. Mais elles sont aussi assez formidables, plus ambitieuses que dans aucun autre film de la saga, joliment éclairées, inventives, et parfaitement rythmées.

Après une séquence pré-générique un peu banale et, pour le coup, sans grande envergure, qui semble n’être tournée que pour montrer Sean Connery s’envolant grâce à un gadget improbable (qui a bel et bien été inventé depuis), une grande partie du film repose d’ailleurs sur les mystères et les dangers qui se cachent sous la surface de l’eau : la présence inquiétante des requins dans la piscine, ou encore cette avion caché sous l’eau, que Bond passe de longues séquences à chercher.

Bond, à propos, confirme son absence totale de génie ! Après avoir été constamment dépassé par les événements dans Goldfinger, il retrouve cette fois son rôle de sauveur du monde… grâce uniquement à un pur hasard. C’est en effet parce qu’il est en cure dans un centre de remise en forme qu’il peut remonter la piste jusqu’au grand méchant interprété par Adolfo Celi : comme le hasard fait bien les choses, cette clinique où 007 se repose est aussi celle que choisit le SPECTRE pour transformer physiquement l’un de ses agents en copie conforme d’un pilote qui doit transporter une bombe atomique.

Oui, c’est énorme. Evidemment, c’est énorme : on est dans James Bond. Mais comme dans tous les bons Bond, celui-ci trouve le parfait équilibre entre une intrigue qui sait aller trop loin avec panache, des scènes d’action spectaculaires (l’ultime séquence sous-marine surtout, une incroyable grande bataille particulièrement violente), et quelques passages plus sombres, où Bond apparaît plus humain. Cela donne d’ailleurs la meilleure scène du film (l’une des meilleures de toute l’ère pré-Daniel Craig) : acculé, puis blessé, l’espion est traqué dans la nuit au cœur d’un carnaval. Le film prend alors brièvement des allures de cinéma vérité, et la violence se fait plus crue, plus rude.

Presque vingt ans plus tard, lorsque Sean Connery retrouvera le rôle de Bond dans un film concurrent d’Octopussy, ce sera dans Jamais plus jamais, remake d’Opération Tonnerre, dont le producteur Kevin McClory avait acquis les droits.

Nevada Smith (id.) – de Henry Hathaway – 1966

Posté : 1 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, HATHAWAY Henry, WESTERNS | Pas de commentaires »

Nevada Smith

Curieux western que ce Nevada Smith porté par un Steve McQueen assez formidable… mais au moins deux fois trop vieux pour le rôle. Cette question de l’âge pose surtout problème dans les premières scènes, et il en a visiblement conscience, le pauvre Steve : pour tenter d’être crédible dans la peau d’un tout jeune homme inexpérimenté en tout, qui décide de retrouver seul les hommes qui ont tué ses parents, il minaude et prend des airs censés être enfantins. Le résultat est… étonnant.

C’est qu’il a 36 ans, quand même, et derrière lui déjà une solide collection de personnages virils et bien adultes. Avec un tel bagage, on a un peu de mal à voir en lui le puceau qui ne connaît rien de la vie. Heureusement, le film est une vraie fresque, dont l’action se déroule sur de longues années. Le temps pour le jeunot de s’aguerrir, de prendre de la consistance, et d’aller enfin comme un gant à l’acteur, qui révèle une belle intensité avec ce personnage tellement obsédé par la vengeance qu’il en vient à causer lui-même des drames.

Le film n’est pas seulement étonnant par le personnage que joue McQueen. Il l’est aussi par son ton, et par sa construction audacieuse, faite de longs épisodes quasiment indépendants les uns des autres. A chaque étape de son voyage, l’atmosphère change, le décor aussi, et les seconds rôles qui font l’entourage de Max Sand, qui deviendra le Nevada Smith du titre. Ce sont ces rencontres qui font aussi la richesse du film, chacune d’entre elles influant d’une manière ou d’une autre sur la personnalité du héros.

Plutôt inhabituel, aussi, de voir autant de bons samaritains croiser la route d’un personnage en quête de vengeance : à chaque étape, une âme charitable qui va avoir son importance dans la construction de cet homme. Et toutes ces rencontres permettent de croiser des tas d’acteurs formidables et de seconds couteaux qu’on aime : Karl Malden, Martin Landau et Arthur Kennedy dans les rôles des trois tueurs, mais aussi Brian Keith, Ted De Corsia, Pat Hingle ou Howard Da Silva.

Il y a la beauté des paysages aussi, et surtout, magnifiée par un superbe Cinemascope qui souligne constamment la place de Max dans cette nature qui peut être belle et hostile. Tourné dans des décors naturels, le film n’a pas à proprement parler un discours écologique, mais la manière dont Hathaway filme ces paysages est à elle seule une ode à une vie près de la nature.

Le film est une sorte de prequel du roman The Carpetbaggers de Harold Robbins, dont l’adaptation a été réalisée par Edward Dmytryk deux ans plus tôt (sous le titre français Les Ambitieux), avec Alan Ladd dans le rôle d’un Nevada Smith « adulte ». Le film commence avec la mort de Jonas Cord (joué par Leif Erickson), personnage qu’interprète Brian Keith dans Nevada Smith, sorte de père spirituel du héros.

L’Enfer est pour les héros (Hell is for heroes) – de Don Siegel – 1962

Posté : 20 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

L'Enfer est pour les héros

On ne peut pas dire que le film de guerre soit le genre de prédilection de Don Siegel : à l’époque surtout, le cinéaste oscille entre le western et le polar. L’Enfer est pour les héros est d’ailleurs tourné entre Les Rôdeurs de la plaine, sans doute le meilleur Elvis, et A bout portant, l’un des chefs d’œuvre de Siegel. Pourtant, avec ce film intense et sombre (dans tous les sens du terme), il marque le genre de son empreinte.

Ce qui frappe surtout dans ce film à l’histoire relativement classique, c’est l’incroyable économie de moyen. Si on fait excepte la dernière partie, bataille spectaculaire avec explosions et figurants en nombre, tout le film repose sur l’attente, le vide, et le noir qui entoure les personnages. La violence est là, omniprésente, mais comme une menace palpable mais invisible, la plupart du temps.

L’action se déroule en 1944, dans les Ardennes belges. Et c’est dans les ruines d’un village loin du front que l’on fait connaissance avec les personnages, soldats confrontés à l’attente et à l’ennui, et persuadés qu’ils en ont fini avec les combats. Et ça se poursuit quelques kilomètres plus loin, dans un paysage dénué de tout charme, une espèce de no man’s land où un minuscule groupe de soldats est chargé de garder la ligne face aux Allemands postés quelques centaines de mètres plus loin.

Mais quelle ligne ? Les restes d’un blockhaus, quelques trous creusés dans la terre, de rares arbres encore debout… Rien, ou presque, comme pour mieux souligner l’absurdité de cette violence qui, on le sait, finira par exploser. Un bunker quasiment vide d’un côté, un bunker lourdement armé de l’autre. Et entre deux : un espace d’autant plus inquiétant qu’il ne s’y passe strictement rien la plupart du temps.

Et quand il s’y passe quelque chose, on ne distingue que quelques ombres : celles de soldats allemands tapis là, celles des Américains qui rampent lentement et sans bruit… Parmi ces Américains : quelques figures habituelles du film de guerre, presque caricaturales. Et Steve McQueen, héros de guerre au regard sec et profond, comme âbimé par trop de visions d’horreur. Un homme que l’on découvre d’abord incapable de faire face aux simples moments de vie et de paix.

Deux ans seulement après Les 7 Mercenaires, McQueen est formidable dans un rôle aux antipodes de celui qui a fait de lui une star. Il retrouve d’ailleurs James Coburn, lui aussi excellent, et étonnamment sobre dans un rôle également très différent du « mercenaire » qu’il incarnait dans le film de Sturges.

Par la simplicité de sa narration, par son économie de moyen, par la modestie de ses enjeux dramatiques (quelques vies humaines, simplement…), L’Enfer est pour les héros dit beaucoup plus sur la guerre et ce qu’elle représente que la plupart des grosses productions du genre.

L’Ombre d’un géant (Cast a giant shadow) – de Melville Shavelson – 1966

Posté : 17 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, DOUGLAS Kirk, SHAVELSON Melville, WAYNE John | Pas de commentaires »

L'Ombre d'un géant

On sent bien que Melville Shavelson, scénariste et réalisateur dont j’avoue ne connaître aucun autre film, a pris à cœur cette grosse production consacrée à la naissance de l’Etat d’Israël, véritable hommage au courage du peuple juif. Cet engagement du cinéaste fait à la fois la force et la faiblesse du film. La force parce qu’on ne peut qu’être séduit par la sincérité du propos, et par le soin apporté à l’écriture et à la mise en scène, ample et souvent spectaculaire. La faiblesse parce qu’on sent aussi la crainte de ne pas être à la hauteur du sujet derrière l’extrême application, parfois, et ce désir d’être didactique tout en étant admiratif.

Le film est finalement trop dans l’hommage pour être tout à fait honnête, hélas. Aussi attachant soit-il, le film pêche par trop d’académisme et trop d’application, et manque probablement d’un peu de recul. Cela dit, ça fonctionne plutôt bien, comme une succession de moments forts souvent bien réalisés. Dans les transitions, la réussite est plus discutable, comme dans les quelques flash-backs assez calamiteux, dont le seul intérêt semble être d’étoffer le rôle tenu par John Wayne.

Wayne fait partie des « special appearances » du film, avec Yul Brynner et Frank Sinatra. Mais c’est Kirk Douglas qui tient le rôle principal : celui, bien réel, d’un ancien officier de l’armée américaine qui accepte de conseiller, puis d’unifier et de diriger la toute jeune armée israélienne. Excellent, comme toujours, l’ami Kirk incarne parfaitement ce mélange de force et de doutes qui caractérise son personnage.

D’ailleurs, le film n’est jamais aussi bon que quand il s’intéresse à lui, à la manière dont il s’éprend de la cause israélienne, coup de foudre personnifiée par une jeune et belle combattante (Senta Berger, qui lui ferait presque oublier l’épouse qu’il a laissée à New York, et qui est quand même interprétée par Angie Dickinson. Ces errements de cœur, l’évolution de la perception de « son » Amérique et de cette terre d’Israël qu’il découvre, sont les plus belles réussites de ce film imparfait mais à la sincérité séduisante.

La Diligence partira à l’aube (Stage to Thunder Rock) – de William F. Claxton – 1964

Posté : 16 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, CLAXTON William F., WESTERNS | Pas de commentaires »

La Diligence partira à l'aube

Les premières minutes font craindre le pire, pour ce petit western tardif qui réunit quelques anciennes vedettes de secondes zones : pas de rythme, une lumière vive et laide, des plans à la composition discutable (même s’il est difficile de juger honnêtement le film sur ce dernier point, la copie disponible ayant été recadrée en 4/3 comme tant d’autres films de cette époque). Bref, pas franchement enthousiasmant.

Il y a la distribution quand même : Scott Brady (qui semble avoir pris trente kilos au cours des dix dernières années, et souffle comme un âne dès qu’il a fait trois mètres), John Agar (toujours pas l’acteur le plus expressif de l’histoire du western), Lon Chaney Jr (toujours impeccable, lui) et Barry Sullivan (le réalisateur dans Les Ensorcelés) en shérif inflexible… D’accord, ce n’est pas l’affiche la plus impressionnante du monde, mais c’est plutôt sympa, ces réunions d’old-timers.

Surtout, il y a ces petits détails qui, peu à peu, tirent le film vers le haut. Le scénario, malin et pas franchement mis en valeur par la mise en scène de Claxton, les accumule, ces petits détails : un tueur à gages qui ne travaille que pour payer les soins de sa fillette aveugle, des Indiens qui traînent en espérant pouvoir s’installer dans une maison qui doit être désertée, une curieuse mère qui ne pense qu’à l’argent dont elle a besoin sans montrer la moindre affection pour ses enfants, ou ce père qui rattrape dans l’alcool tous les échecs de sa vie…

La particularité du film, plutôt rare pour un western au budget aussi modeste, c’est aussi le nombre de personnages importants : une famille de braqueurs, un shérif qui a arrêté l’un d’entre eux, le tueur à leurs trousses, un couple sur le point de perdre sa maison, leur fille ancienne prostituée qui se fait passer pour une enseignante… Et tout ce monde qui converge vers un relais de diligence, où ils doivent passer la nuit.

C’est là, lors de cette nuit passée dans le relais, que le film est le plus convainquant. A la lumière artificielle, la mise en scène de Claxton reprend du tonus. Et c’est dans ces moments d’attente, paradoxalement, que le film est le plus tonique, le plus passionnant. Et au final, La Diligence partira à l’aube mérite un bon satisfecit.

Goldfinger (id.) – de Guy Hamilton – 1964

Posté : 8 septembre, 2017 @ 8:00 dans * Espionnage, 1960-1969, HAMILTON Guy, James Bond | Pas de commentaires »

Goldfinger

La chanson de Shirley Bassey, le smoking sous la combinaison de plongée, la partie de golf, l’apparition d’Honor Blackman alias Pussy Galore, l’Aston Martin et son siège éjectable… C’est peut-être le Bond qui a fait entrer définitivement Bond dans la légende. L’un des meilleurs de la série en tout cas, voire LE meilleur de l’avant-Daniel Craig.

Ironique et spectaculaire, ce troisième Bond s’amuse déjà de sa propre image, avec d’improbables gadgets, des conquêtes en série pour notre espion préféré (et pas n’importe lesquelles), un tour du monde des cartes postales qui passe par le Big Ben de Londres, les montagnes de Suisse et les palaces de Miami Beach, et les apparitions rigolardes des habituels faire-valoir de Bond : M et Moneypenny dans leur numéro déjà habituel, Q très pince-sans-rire, et l’agent de la CIA Felix Leiter dans un rôle plus étoffé qu’à l’accoutumé.

Surtout, c’est le film pour lequel le réalisateur Guy Hamilton semble en état de grâce. Même s’il signera trois autres Bond (Les Diamants sont éternels et les deux meilleurs Moore, Vivre et laisser mourir et L’Homme au pistolet d’or), Hamilton n’est pas exactement le cinéaste le plus emballant du monde. Mais son Goldfinger est d’une fluidité exemplaire, avec un rythme impeccable, que ce soit dans les nombreux moments de bravoure ou dans les moments plus calmes comme ce formidable jeu de dupe au golf (c’est d’ailleurs en tournant cette longue séquence que Sean Connery est tombé amoureux du sport).

Et puis il y a Sean, impérial, la classe absolue, la virilité incarnée, le héros tellement supérieur à tous… Sauf qu’à bien y regarder, il est bien souvent dépassé par les événements, 007 : incapable de sauver de la mort deux charmantes sœurs, impuissant devant une bombe prête à exploser, et les mains liés lorsqu’il s’agit d’empêcher le meurtre de 60 000 personnes… La superbe qu’il affiche est même franchement mise à mal lors de l’affrontement mythique avec Gert Froebe / Goldfinger.

« Do you expect to talk ?
- No Mr. Bond, I expect you to die ! »

Réjouissant et ironique à souhait, un très grand Bond.

Le Clan des Siciliens – de Henri Verneuil – 1969

Posté : 5 septembre, 2017 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, GABIN Jean, VERNEUIL Henri | Pas de commentaires »

Le Clan des Siciliens

Gabin, Delon, Ventura… On pouvait craindre le pire de l’association de ces trois monstres du cinéma français, s’attendre à une simple formule pour créer l’événement. D’où la très agréable surprise à revoir ce petit classique du « cinéma de papa ».

D’accord, les trois stars sont en terrain connu, et se contentent de rejouer les personnages que l’on attend d’eux, sans surprise et sans éclat. Gabin, surtout, ronronne un peu en patriarche d’une famille de gangsters siciliens installés à Paris, abhorrant la violence. Oui, Gabin en Sicilien, déjà, ça n’aide pas à croire énormément au personnage…

Ventura en flic, ce n’est pas non plus une nouveauté. Mais son personnage, un peu en retrait, n’est pas inintéressant. Totalement débordé par les événements, il séduit même franchement par ses regards dépassés et fatigués, apportant une (petite) touche de légèreté à un film plutôt sombre et tendu par ailleurs.

Quant à Delon, il apporte beaucoup de nuances à un personnage mutique et inquiétant. Un sourire à peine ébauché à l’évocation d’un souvenir d’enfance, un regard plein de désir vers une femme trop facile par qui le malheur arrivera… Il réussit à rendre humain un homme qui semble a priori sans aspérité.

Mais Le Clan des Siciliens est moins un film de personnage qu’une remarquable mécanique scénaristique. Adapté (par Verneuil lui-même avec José Giovanni et Pierre Pelegri) d’un roman d’Auguste Le Breton, l’auteur de Razzia sur la chnouf, le film est un modèle de construction, où les personnages se croisent et participent constamment à une sorte de mouvement perpétuel, à l’image de Delon passant d’un véhicule à un autre dans cette scène au suspens imparable.

Et puis il y a la musique de Morricone (très réussie), un duel final très westernien (Verneuil multiplie d’ailleurs les clins d’œil à Vera Cruz), quelques excès de violence particulièrement marquants (la scène, courte et brutale, dans la chambre de la prostituée), et une ambition désinhibée qui fait plaisir dans le polar français de cette époque : le contraste entre le détournement réussi d’un avion au-dessus de New York et la banale histoire de tromperie donne au film une belle amertume.

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