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Archive pour la catégorie '1960-1969'

Pendez-les haut et court (Hang’em high) – de Ted Post – 1968

Posté : 16 avril, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, EASTWOOD Clint (acteur), POST Ted, WESTERNS | Pas de commentaires »

Pendez-les haut et court

Pendez-les haut et court est un film important, au moins pour Clint Eastwood. C’est le film qui marque son retour en Amérique après son escapade italienne, qui en a fait une star. C’est aussi le film qui marque le début de son indépendance, la naissance de sa société Malpaso, grâce à laquelle il occupe depuis plus de cinquante ans une place quasiment unique dans le système hollywoodien.

Qu’Eastwood choisisse un western pour ce nouveau départ n’est pas une surprise. Le genre en a fait une vedette de télé avec Rawhide, puis une star de cinéma avec Pour une poignée de dollars. Le choix du sujet l’est d’avantage. Eastwood y dévoile déjà une complexité sur laquelle beaucoup de critiques au jugement définitif se cassent encore les dents acérées. Pendez-les haut et court est à la fois un film de vengeance, et un plaidoyer assez fin contre la peine de mort.

Le film permet en tout cas à Eastwood de prendre ses distances avec le western spaghetti, genre qui aurait suffi à assurer sa fortune et sa gloire. Cette année-là, il a notamment refusé Il était une fois dans l’Ouest pour relancer sa carrière en Amérique. Le film de Ted Post n’a évidemment pas la force de celui de Leone, mais qui sait ce qu’Eastwood serait aujourd’hui s’il n’avait pas fait ce choix.

Pendez-les haut et court se situe entre deux époques : celle du western classique dont il reprend en partie l’esthétique, et celle d’un nouvel Hollywood que l’on pressent par moments, à travers quelques seconds rôles et une certaine profondeur de ton. Une espèce d’entre-deux qui tient plutôt ses promesses, même si formellement, Post n’évite pas les excès de l’époque, à commencer par une propension à user du zoom, effet assez malheureux ici.

Un entre-deux qui réussit bien à Eatwood acteur, qui retrouve le charisme incroyable de l’homme sans nom (même bien rasé) tout en annonçant la noirceur des personnages qu’il jouera notamment chez Don Siegel. Jed Cooper est un type bien, mais il n’accepte une étoile de marshall que pour retrouver ceux qui l’ont lynché et laissé pour mort.

Il y a constamment dans ce film le trouble de la frontière entre le bien et le mal, cette frontière trouble que symbolise la justice. Pat Hingle est étonnant dans le rôle d’un juge qui condamne à la potence avec la même autorité personnelle que le « capitaine » joué par Ed Begley a décidé de pendre Clint, qu’il soupçonnait de vol de bétail et de meurtre.

Quelle est la différence, au fond, entre ces deux personnages, si ce n’est cette robe noire et le tribunal qui sert de décor ? L’air las de ceux qui rendent la justice, peut-être, comme un mal nécessaire : Pat Hingle, ou le marshall fatigué que joue Ben Johnson. Le personnage d’Inger Stevens est en revanche nettement moins convainquant, caution féminine qui dévie le propos vers une réflexion un peu foireuse sur les effets de la violence.

Un, deux, trois (One, Two, Three) – de Billy Wilder – 1961

Posté : 5 avril, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, CAGNEY James, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Un deux trois

Une tornade, ce Wilder. Un rythme fou, un James Cagney constamment sous tension, qui hurle ses répliques et traverse les décors comme une furie, une avalanche de gags et de répliques très drôles… C’est la veine comique la plus effervescente de Wilder.

C’est aussi l’un de ses films où on ressent le plus l’influence de Lubitsch. Le rythme, donc, mais aussi les portes qui s’ouvrent et se referment, et que l’on franchit constamment, et la comédie qui s’empare de l’Histoire avec un grand H. Il y a du Ninotchka et du To be or not to be dans cette vision d’un Berlin coupé en deux.

Wilder a tourné une grande partie de son film sur place, entre Berlin-Est et Berlin-Ouest, avec des passages récurrents sous la porte de Brandebourg. Juste avant la poste des premiers barbelés, qui ont compliqué le tournage et que Wilder a pu intégrer dans un court prologue bien dans sa veine. Ce décor est le coeur du film, son principal moteur.

C’est aussi l’élément qui fait de One, two, three autre chose que simplement une brillante comédie. Wilder prend un parti pris quand même assez rare dans le Hollywood de ces années-là : rire de la Guerre froide et de ses absurdités, se moquant autant des excès du communisme que de ceux du capitalisme.

Le point de vue est, quand même, très américanophile, mais avec un regard d’immigré, amusé et conscient des limites et des égarements de son pays d’adoption. Le « héros » James Cagney, symbole d’une Amérique conquérante, est un être autoritaire que sa femme appelle « Mein Führer »… Un symbole du capitalisme : il est le potentat local de Coca-Cola, occupé à trouver un accord de distribution avec trois émissaires russes pour s’implanter en URSS (trois personnages hauts en couleur, comme sortis de Ninotchka), tout en jonglant entre sa femme et sa maîtresse, et en s’occupant de la fille de son patron, qui s’amourache d’un jeune communiste plein d’illusions (Horst Buchholz).

Le clou du film, c’est la transformation de ce dernier en bon capitaliste, séquence totalement improbable sur le papier, mais que le rythme de la mise en scène et la vivacité des personnages rendent irrésistible. Plus le film avance, plus Wilder se moque de la crédibilité de son histoire. Seul compte le rythme, l’effet. Surtout ne pas ralentir, ne pas s’arrêter. Pas avant le mot fin, sur le visage drôlement horrifié de Cagney.

Presque une fin de carrière pour l’acteur, que l’on ne reverra que vingt ans plus tard dans Ragtime. Comme s’il avait tout donné devant la caméra de Wilder. On notera d’ailleurs au passage une menace au pamplemousse par Cagney, clin d’œil à L’Ennemi public, son premier gros succès trente ans plus tôt. Belle manière de boucler la boucle.

Première Victoire (In harm’s way) – d’Otto Preminger – 1965

Posté : 16 mars, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, DOUGLAS Kirk, PREMINGER Otto, WAYNE John | Pas de commentaires »

Première victoire

Preminger, période grands sujets… On a le droit de préférer le Preminger première manière, celui des films noirs époustouflants. Mais le gars a quand même un savoir faire indéniable, une manière de mettre en relief la grande histoire en s’attardant sur des drames plus intimes…

Il y a de ça dans Première victoire, sa version de l’entrée en guerre des Etats-Unis, à travers les destins d’une demi-douzaine de personnages. On peut reprocher quelques facilités au scénario, en particulier dans l’évolution de certains de ces personnages. Celui de Kirk Douglas, passionnant dans la première moitié du film, évolue ainsi d’une manière abrupte qui fait avancer le récit mais peine à convaincre. Un « glissement » à peine justifié par une remarque de Patricia Neal, la love interest de John Wayne.

Ah oui ! Parce que comme souvent dans les grands films de guerre de cette époque, la distribution est extraordinaire. Wayne, donc, en pivot du film, Douglas et Neal, mais aussi Burgess Meredith, Henry Fonda, Dana Andrews, George Kennedy, Brandon De Wilde (le gamin de Shane, qui a bien grandi), Tom Truyon, Caroll O’Connor, Franchot Tone… Rien qu’avec ce casting, l’intérêt du film est assuré.

Mais il y a bien d’autres raisons d’aimer Première victoire. Et, surprise dans une telle grosse production, ce sont les ellipses, nombreuses et spectaculaires, qui donnent un particulier à ce film fleuve, qui n’hésite pas à faire des sauts en avant de plusieurs mois, et à éviter de montrer des moments clés de l’histoire, en particulier « la » grande bataille tant attendue.

On a quand même droit à quelques spectaculaires scènes de batailles sur l’eau. Trois, au moins, avec des parti-pris chaque fois différents et des résultats plutôt variables. Parfaitement tendue pour l’attaque de la flotte japonaise par les petits croiseurs, un peu fouillie pour le carnage final, et franchement cheap pour la scène quasi-inaugurale : celle de l’attaque de Pearl Harbor.

Ce moment-clé de l’histoire (et de la guerre) arrive après une première partie magnifiquement mise en scène, avec une économie de moyens et et une montée en puissance dramatique imparable. Les quelques ploufs dans l’eau et les maquettes qui font pfout ne gâchent pas vraiment l’ensemble, mais entraînent quelques petits sourires narquois, au mieux. Gênant.

Mais cette réserve n’est qu’u détail. Malgré ses quelques faiblesses, Première Victoire fait partie des réussites du genre. Et Preminger sait lui donner un ton très particulier et très intime. Ce bel hommage à la navy est à la fois vibrant et enthousiasmant, mais pas bêtement énamouré. Devant la caméra de Preminger, la frontière entre la victoire et la défaite est bien fragile. Et la violence a toujours un goût amer…

Les Tontons flingueurs – de Georges Lautner – 1963

Posté : 9 mars, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, LAUTNER Georges | Pas de commentaires »

Les Tontons flingueurs

On a à peu près tout dit sur ce Lautner là. Qu’il fait partie pour toujours des films cultes du cinéma français, que les dialogues d’Audiard sont inoubliables, que les acteurs atteignent des sommets, mais aussi que c’est du bon vieux cinéma de papa. Tout ça est vrai.

Du cinéma de papa, donc, parce que même si le rythme est plutôt plus soutenu que dans mon souvenir, la mise en scène de Lautner reste tout de même très fonctionnelle. Et les scènes « d’action », sans être ennuyeuses, n’ont pas un grand intérêt.
L’intrigue non plus d’ailleurs, n’a pas d’intérêt. Franchement, qui se soucie de qui est le traître ? Qui s’intéresse vraiment à l’histoire d’amour entre Patricia et son précieux prétendant ? Et qui se pose la question de l’avenir de Fernand ? Va-t-il s’installer à Paris ou retrouver son entreprise pépère à Montauban ?

On s’en fiche royalement, parce que les personnages n’existent pas. Ni Fernand, ni Raoul, ni le notaire, ni les autres… La seule chose qui existe, ce sont les acteurs, et le plaisir énorme qu’ils prennent à dire les dialogues d’Audiard. Ventura, Blier, Blanche, Dalban, Rich… Même Jean Lefebvre est assez génial avec cette gueule d’ahuri constamment surpris de voir son frère (Blier) s’en prendre plein la tronche (« en pleine paix ! »).

Un sommet bien sûr : la beuverie mémorable dans la cuisine autour du paquet de « grisby », avec les cinq acteurs principaux qui vident des bouteilles de tords-boyaux, « du costaud » avec « un goût de pomme ». Et l’air outré de Lino Ventura et Francis Blanche lorsque Patricia (Sabine Sinjen) les accuse d’être complètement saouls : « On a rien bu… » assure le premier. « Du jus de pomme », s’insurge le second.

Un film ? A peine : un écrin royal pour des dialogues et des comédiens réjouissants.

M. Hobbs prend des vacances (Mr. Hobbs Takes a Vacation) – de Henry Koster – 1962

Posté : 4 mars, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, KOSTER Henry, O'HARA Maureen, STEWART James | Pas de commentaires »

M Hobbs prend des vacances

Petite chose sans grande ambition, sans prétention, mais avec un charme énorme. Charme qui repose évidemment, et largement, sur son couple vedette : Maureen O’Hara et James Stewart, deux grands acteurs fordiens, irrésistibles dans cette comédie de famille et de vacances, aussi inconséquente que séduisante.

M. et Mme Hobbs ont devant eux un mois entier de vacances. Lui aimerait qu’ils le passent en couple. Elle préfère réunir dans une vieille maison au bord de la mer tous leurs (grands) enfants, leurs conjoints respectifs, et leurs affreux rejetons. Peut-être la dernière occasion qu’ils auront de réunir toute la famille sous un même toit.

Cette comédie d’Henry Koster est sans doute le film qu’il faut voir quand nos enfants grandissent et s’apprêtent à vivre leur vie. A la fois comme une sorte de guide du grand-parent idéal, blindé face à toutes les contrariétés. Mais aussi pour rappeler que, peut-être, non seulement la vie continue, mais elle recommence d’une certaine façon.

Rien ne leur est épargné, aux Hobbs : ni une plomberie récalcitrante, ni des visiteurs envahissants, ni les inquiétudes habituelles des parents, ni même une cuisinière acariâtre… Autant d’épisodes qui donnent des moments souvent drôles. De l’émotion, aussi : on retiendra notamment la sortie en mer du papa avec son plus jeune fils, où le danger, bien réel, ne sert qu’à renforcer joliment les liens entre père et fils, autour de quelque chose de tangible, loin des écrans de télévision qui isolent (déjà en 1962).

Mais quelles que soient les circonstances, quelle que soit l’adversité, il reste ce couple : James Stewart, modèle de patience et de bienveillance, et Maureen O’Hara, grand-mère idéale dont l’abattage et la beauté éclipsent toutes les jeunettes de ce bord de mère. C’est une comédie charmante et bien innocente, à laquelle ces deux immenses acteurs donnent une belle dimension.

Sur la piste des Apaches (Apache uprising) – de R.G. Springsteen – 1965

Posté : 11 janvier, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, SPRINGSTEEN R.G., WESTERNS | Pas de commentaires »

Sur la piste des Apaches

La légèreté avec laquelle les Indiens sont dégommés à la chaîne dans les premières minutes sont assez trompeuses. Oui, les Indiens ont, plutôt, le mauvais rôle, mais un dialogue, tout simple, entre deux blancs remet quand même les choses à leur place :

« Comment se débrouillaient-ils, ces Indiens, avant qu’on arrive ?
- Sans doute mieux que maintenant. »

Sur la piste des Apaches est un petit western sans grande ambition, série B avec des gueules qu’on aime bien (Rory Calhoun, Arthur Hunnicutt, Lon Chaney Jr…), des méchants caricaturaux (John Russell, Deforest Kelly), et une Corinne Calvet pas mal du tout. Une petite chose sans conséquence basée sur un scénario assez convenu : un voyage en diligence, des bandits qui prennent les voyageurs en otages, des Indiens sur le chemin de la guerre…

Mais tout ça est mené sans temps mort, et sans génie apparent. Cela dit, le film a été taillé à la serpe pour la diffusion télé d’autrefois, et il ne reste plus qu’une version pan&scannée qui ne rend sans doute pas justice à la mise en scène, qui semble par moments assez inspirée : des mouvements de caméra, du cadrage dynamique, qu’on ne peut que deviner, le Techniscope original étant réduit de moitié.

Tourné en 1965, le film est à la fois classique et sous influence de Sergio Leone (pour l’utilisation de la musique et quelques gros plans) et d’Anthony Mann (pour les décors naturels, en particulier dans la dernière séquence). Mais R.G. Springsteen évite les comparaisons qui seraient trop peu flatteuses, en prenant un parti-pris étonnant : la violence est, le plus souvent, hors champs. Elle n’en est que plus frappante.

Samedi soir, dimanche matin (Saturday night and sunday morning) – de Karel Reisz – 1960

Posté : 14 octobre, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, REISZ Karel | Pas de commentaires »

Samedi soir, dimanche matin

Il n’y a pas que la Nouvelle Vague dans la vie. En 1960, c’est le cinéma du monde entier qui se pose des questions, et qui se tourne ouvertement vers une société elle aussi en pleine mutation. En Angleterre, c’est Karel Reisz qui bouscule les règles d’une production alors pas franchement passionnante.

L’adaptation (par lui-même) du roman d’Allan Sillitoe (peut-on traduire ce patronyme ?) a tout du manifeste cinématographique. Le succès du film va en tout cas engranger toute une descendance, disons de cinéma du réel.

C’est une chronique simple et modeste, dépouillée d’à peu près tous les atours romantiques (et romanesques) du cinéma, l’histoire d’un jeune ouvrier de Nottingham sans perspective, qui vit toujours chez ses parents, compte les heures de travail qui le séparent de ses week-ends, week-ends immanquablement décevants, gaspillés à vider des pintes de bière, ou à coucher avec une femme mariée, moins par passion que pour tromper son mal-être.

Et puis un jour, il s’éprend d’une jeune femme dont la beauté pure semble presque déplacée dans ce film où tout est terne (au mieux), voire franchement laid. Laids, les décors : Karel Reisz fait bien attention de ne jamais filmer le moindre décor séduisant, qu’il s’agisse des abords de l’usine, des pubs, ou même de la « nature » dans laquelle les personnages se réfugient. Laids aussi, les loisirs du jeune anti-héros : le sexe comme l’alcool, tout est fait avec excès, et sans passion.

Karel Reisz a beau tirer un trait sur les habitudes du cinéma de papa, il n’en oublie pas pour autant de faire, vraiment, du cinéma, soignant ses cadres et confiant la lumière à l’indispensable Freddie Francis (le futur chef op d’Elephant Man, qui n’allait pas tarder à passer lui-même derrière la caméra). Et puis c’est ce film qui a révélé le talent d’Albert Finney, parfait dans le rôle de ce jeune ouvrier pas vraiment sympathique. Rien que pour ça…

Les Communiants (Nattvardsgästerna) – d’Ingmar Bergman – 1963

Posté : 31 août, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, BERGMAN Ingmar | Pas de commentaires »

Les Communiants

Une petite communauté rurale dans la Suède reculée, un pasteur en pleine crise de foi après la mort de sa femme, de rares paroissiens qui cherchent en vain du réconfort auprès de lui… Ingmar Bergman signe là un film beau et radical, d’une épure totale, intense et bref, ramassé et pourtant généreux.

Loin du style visuel plus impressionniste de ses débuts, le cinéma prend le parti pris d’un vrai dépouillement visuel et narratif, pour mettre en images les tourments de cet homme qui souffre du silence assourdissant de ce Dieu qu’il a perdu en cours de route, et qui font de lui un homme froid mais conscient des ravages que provoque son égocentrisme.

Fidèle d’entre les fidèles de Bergman, Gunner Björnstrand est d’une intensité folle dans ce rôle peu aimable. D’emblée, le cinéaste souligne la vision détachée qu’il a de « ses » paroissiens lors d’une première séquence, superbe leçon de mise en scène : une messe, que Bergman filme avec une succession de plans fixes, cadrant tour à tour chacun des personnages de l’histoire. Des gros plans magnifiques pour les paroissiens en attente de quelque chose ; des plans larges et vides pour le pasteur, qui soulignent sa solitude et son absence de liens réels avec les autres.

Lors de cette séquence splendide, la caméra de Bergman suffit à faire ressentir les rapports entre tous ces personnages : les sentiments sans retour d’une Ingrid Thulin très émouvante, ou la posture de dépendance d’un Max Von Sydow qui cherche désespérément une épaule ou une oreille, que le pasteur ne pourra pas, ou ne voudra pas lui offrir.

Pas ou peu de mouvement de caméra dans ce film, mais une utilisation très intense de plans fixes, le plus souvent sur des visages. Il y a notamment cette scène particulièrement forte où le pasteur lit la longue lettre de l’institutrice qui l’aime : l’image traditionnelle de l’homme lisant le courrier est vite remplacé par un long plan fixe d’Ingrid Thulin disant sa lettre face caméra. Sept minutes sans esbroufe, sans autre « truc » de cinéma qu’un court plan de coupe en forme de flashback, mais qui procurent une émotion rare.

Un dollar entre les dents (Un Dollaro tra i denti) – de Luigi Vanzi (sous le pseudonyme Vance Lewis) – 1967

Posté : 23 juin, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, VANZI Luigi, WESTERNS | Pas de commentaires »

Un dollar entre les dents

Un étranger arrive dans une petite ville où sévit une bande de dangereux voleurs qu’il se met vite à dos, et décide de profiter de la situation pour s’enrichir. Bon sang, délivrez-moi d’un doute : ce spaghetti ne serait-il pas pompé sur le mégasuccès Pour une poignée de dollars ?! Remarquez, il n’est pas le seul : des dizaines de films sont tournés ces années-là, dans le sillon de Leone. Et celui-ci a au moins l’honnêteté (à moins que ce ne soit purement mercantile) d’annoncer la couleur dès le titre.

Il y a quand même au moins trois problèmes. D’abord, Tony Anthony n’est pas Clint Eastwood. Il a beau le singer, adopter un regard sombre et porter un poncho… Plus il s’inscrit dans la mouvance du grand Cint, plus l’acteur (américain) révèle ses limites. Qu’il n’exprime rien n’est pas un problème. Qu’il semble sur le point de pleurer à la première baffe est un peu plus problématique. La moue de Clint était intense, celle de Tony est assez rigolote. C’est sans doute le but, mais l’aspect parodique n’est pas bien convaincant.

La musique aussi, pompée sans vergogne sur celle de Morricone, le talent en moins. C’est que le film ne bénéficie pas d’un gros budget, et que cela se ressent sur plusieurs points. La musique, donc, mais aussi les décors extérieurs. Si le réalisateur se tire plutôt bien de ses intérieurs, il ne fait strictement rien de cette grande carrière à ciel ouvert qui revient à plusieurs reprises, sans grande cohérence, décor assez laid où on s’attend constamment à voir débouler un engin de chantier…

Et surtout, Luigi Vanzi n’est pas Sergio Leone. Il fait bien des efforts dans ses cadrages, sans doute poussé par la volonté de s’inspirer du maître. Mais sans le style de Leone, les scènes étirées à l’envi deviennent… eh bien des scènes trop longues, et ennuyeuses. Vanzi n’est pas Leone, mais il serait injuste de l’enterrer complètement. Son film n’est pas un chef d’œuvre, certes, mais il a tout de même quelques soudaines inspirations qui sauvent l’ensemble.

Des accès de violence, surtout. A commencer par cette première fusillade, dans un noir soudain et total, d’où ne sortent que les traînées lumineuses des coups de feu. Percutant. Le noir, d’ailleurs, réussi bien à Vanzi, qui réussit une courte mais belle scène : celle où l’étranger se faufile près du coffre, dans l’obscurité où des allumettes s »embrasent l’une après l’autre, révélant la présence des méchants dans un plan aussi fugace qu’impressionnant.

On peut aussi retenir un personnage inhabituel de méchante, femme forte et dominatrice dont la fin, mariage détonnant du sexe et de la mort, est aussi brutale qu’inattendue.

Échec en Europe, le film connaîtra un petit succès en Amérique, suffisant pour lui valoir deux suites.

The Intruder (id. / I hate your guts) – de Roger Corman – 1962

Posté : 17 juin, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, CORMAN Roger, POLARS/NOIRS | Pas de commentaires »

The Intruder

Début des années 1960. La loi dite de l’intégration impose un quota d’élèves noirs dans les établissements scolaires. Y compris à Caxton, petite ville rurale du Sud ségrégationniste, où l’arrivée d’un mystérieux jeune homme va révéler des haines qui ne demandaient qu’à exploser.

C’est une curiosité, restée inédite en salles chez nous jusqu’en 2018. C’est pourtant, peut-être (il m’en reste beaucoup à voir), le chef d’œuvre de Roger Corman, celui en tout cas dont il s’est toujours dit le plus fier, le seul aussi à avoir perdu de l’argent lors de sa sortie. Presque un fait d’armes en soit, pour ce Guy Roux du système hollywoodien.

Réputé pour ses tournages à l’économie, Corman reste d’ailleurs fidèle à sa règle. The Intruder est en grande partie tourné en décors réels, avec des figurants du cru (qui ne savaient pas exactement ce que serait le ton du film), parfois à l’arrache, au cœur de ce Sud du Sud où le sujet même du film reste très brûlant à l’époque du tournage.

Ce contexte, ces décors, ces gueules aussi, et cette caméra qui semble faire partie de la foule mais dont on sent qu’elle est prête à être évacuée au moindre problème… Tout cela donne au film une sorte d’urgence, une fièvre, et pour tout dire une force qu’on n’attendait pas vraiment dans un film de Corman. Mais The Intruder possède bel et bien une puissance hors du commun. Un courage indéniable aussi, si on remet la production dans son contexte.

Ce jeune homme par qui les troubles arrivent, c’est William Shatner, qui a déjà fait pas mal de choses au théâtre et à la télévision, mais qui tient ici son premier premier rôle d’envergure (quatre ans avant Star Trek). L’acteur n’est pas transcendant habituellement, mais il est parfait ici, en symbole dégueulasse de la haine et du populisme, qui manipule les habitants de cette petite ville avec un double langage et une gueule d’ange, qui révèlent ce qu’il y a de pire chez beaucoup. Mais aussi ce qu’il y a de meilleur chez certains.

Outre le courage indéniable d’aborder un tel sujet, Corman marque des points en évitant tout manichéisme trop facile, et en confrontant le spectateur à ses propres préjugés. Il y a le personnage du journaliste bien sûr, très beau, que l’on voit prendre conscience du Mal que représente la ségrégation, système qui lui a pourtant toujours semblé naturel.

Mais le plus inattendu, c’est celui du voisin de chambre, Griffin, le représentant joué par Leo Gordon. Un type mal dégrossi, lourdingue et un peu vulgaire, que l’on a vite faite de cataloguer en quelques minutes à peine. A tort, comme on finira par le découvrir : il est l’âme du film, la claque qu’on prend dans la gueule, celui qui, lorsqu’on prend plaisir à voir Shatner se noyer, nous fait prendre de la hauteur. Un grand personnage, pour un grand film.

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