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Archive pour la catégorie '1960-1969'

Solo pour une blonde (The Girl Hunters) – de Roy Rowland – 1963

Posté : 26 août, 2011 @ 8:58 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, ROWLAND Roy | Pas de commentaires »

Solo pour une blonde

Curieuse idée que de confier le rôle de Mike Hammer, l’un des grands « privés » du polar hard-boiled américain, à son créateur : le romancier Mickey Spillane. C’est ce qu’on retient d’abord de cette série noire qui ressemble à beaucoup d’autres, mais c’est aussi le principal défaut du film. Spillane a sans doute une légitimité, au moins intellectuelle, à interpréter son propre héros, mais il n’a pas le charisme nécessaire pour le rôle, malgré sa stature physique assez impressionnante, et un sourire carnassier qui convainc de loin en loin.

Egalement scénariste du film, Spillane va jusqu’au bout de l’identification entre son personnage et lui-même (ce n’est pas un hasard si le film s’ouvre avec la mention « Mickey Spillane is Mike Hammer » et se referme sur « Mike Hammer is Mickey Spillane ») : il présente son détective comme une épave sortant la tête de l’eau après des années d’alcoolisme et de dérives, alors que lui-même sort d’une longue période d’inactivité noyée dans l’alcool lorsqu’il revient avec ce film, et une poignée de romans sortis au même moment.

Mais l’intrigue est complexe à l’excès, et Spillane scénariste ne fait rien pour aider le spectateur à s’y retrouver. Pour être honnête, il ne fait rien non plus pour se mettre en valeur : Hammer entre en scène alors qu’il est inconscient dans le caniveau, et se prend deux belles raclées dans les cinq premières minutes du film. Au fond du trou depuis la disparition de celle qu’il aime, visiblement des années auparavant, il reprend du service lorsqu’un homme sur le point de mourir lui affirme qu’elle est encore vivante, et a besoin de son aide.

Le film raconte sa quête pour dénouer le vrai du faux, et c’est bien difficile de trouver son chemin dans cet univers de suspicion et de violence, où les meilleurs amis du monde sont prêts à s’entretuer, où une veuve est une proie sexuelle facile, et où le premier New Yorkais interrogée est justement le voisin de l’homme que Hammer recherche.

Spillane se contrefiche du réalisme des situations : ce qui l’intéresse visiblement, c’est l’atmosphère. Et il faut rendre justice à Roy Rowland, cinéaste honnête et souvent inspiré, qui fait partie des oubliés de l’histoire du cinéma. Sa réalisation, dans un beau noir et blanc, est constamment inventive et d’une rugosité qui colle parfaitement à la violence des situations. Il tient la note juste jusqu’au dernier plan, qui laisse planer sur tout le film un parfum de cynisme sadique qui évoque le sourire carnassier de Ralph Meeker, l’inoubliable interprète de Hammer dans En quatrième vitesse¸ adaptation plus mémorable de l’œuvre de Spillane.

Tant qu’on a la santé – de Pierre Etaix – 1966

Posté : 23 mai, 2011 @ 10:13 dans 1960-1969, ETAIX Pierre | Pas de commentaires »

Tant qu'on a la santé

Après deux longs métrages formidables (Le Soupirant et Yoyo), Etaix revient très curieusement avec ce film à sketchs sans lien les uns avec les autres, et très inégal, qui avait d’ailleurs été mutilé par les producteurs à sa sortie : ces derniers avaient fait du personnage habituel d’Etaix le fil conducteur d’un long métrage totalement remonté. On ne dira rien de cette version du film, mais le montage voulu par Etaix figure sur le beau coffret DVD que lui consacre Arte.

Passons sur le générique, séduisant, qui se veut un hommage au spectacle vivant que le cinéaste n’a cessé de défendre (que ce soit dans Yoyo ou dans sa vie de clown de cirque). Le premier sketch est sans doute ce qu’Etaix a fait de pire sur grand écran. Il y joue un homme qui ne parvient pas à trouver le sommeil, et qui se plonge dans la lecture d’un roman d’horreur. La manière dont il exprime sa peur est assez drôle, et filmée de manière très inventive (le lecteur fait bouger la sur-couverture du livre, donnant ainsi l’impression que le vampire qui y figure prend vie). Mais Etaix s’amuse à illustrer ce qu’il lit par de longues séquences en noir et blanc, scènes d’horreur kitch et laides qui ressemblent à une mauvaise parodie des films de la Hammer, et qui gâchent toutes les bonnes idées autour du personnage d’Etaix.

Après une telle mise en bouche, on redoute un peu la suite, mais Etaix nous rattrape par le col, avec un court métrage qui rappelle la simplicité et le charme désuet (genre burlesque muet) de son premier long. On retrouve le personnage de citadin stoïque maladroit et malchanceux, interprété par Etaix, mais cette fois dans une salle de cinéma surpeuplée, où il tente de trouver une place. D’abord au pied de l’immense écran, puis derrière une colonne… En un quart-d’heure, Etaix illustre toutes les mésaventures que l’on peut rencontrer dans une salle de cinéma, dénonce le comportement des spectateurs et des ouvreuses. On retrouve le génie comique du comédien quand, se levant une poignée de secondes pour ramasser la glace qu’il vient de faire tomber, il se relève et réalise que sa place est occupée par un autre… Son air dépité suffit à faire mon bonheur. Hélas, ce court métrage se termine par un « film dans le film » parodique, pas du meilleur effet.

Le troisième court donne son titre au film, et présente une galerie de personnages stressés par les bruits omniprésents dans la ville, qui vont chacun consulter un médecin pour qui la suractivité est le mal du siècle, mais qui se révèle bien plus stressé que ses patients. On retrouve également l’esprit du Soupirant et surtout de Heureux Anniversaire, son deuxième court métrage. Ce sketch caustique et ouvertement burlesque, est sans conteste le meilleur des quatre que compte le film.

Changement de cadre et de style total pour le quatrième volet, qui quitte la ville pour la campagne, le noir et blanc des deux précédents sketchs (le premier était en couleurs) pour un curieux sépia. Un chasseur incapable de dénicher du gibier (Etaix lui-même), un vieux paysans qui tente d’installer une clôture, et un couple de citadins venus pique-niquer… et un chassé-croisé entre ces quatre personnages qui se croisent sans autre parole que la longue logorrhée de madame, épouse insupportable et étouffante. C’est drôle et bourré de gags qui évoquent les grands moments du duo Blake Edwards / Peter Sellers. Mais on se demande quand même ce que ce sketch vient faire ici…

L’Incroyable homme invisible (The Amazing Transparent Man) – de Edgar G. Ulmer – 1960

Posté : 21 mai, 2011 @ 7:52 dans 1960-1969, FANTASTIQUE/SF, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

L'Incroyable homme invisible

Un homme mystérieux organise l’évasion d’un braqueur de banque qu’il ne connaît pas. Il souhaite en faire le cobaye d’une machine inventée par un scientifique ayant travaillé malgré lui pour les nazis, et qui peut rendre invisible n’importe qui. Le commanditaire espère bien profiter de cette invention pour vider toutes les banques du pays…

Des histoires d’hommes invisibles, on en a vu des tonnes depuis le classique de James Whale (L’Homme invisible, 1933). Et celle-ci commence plutôt bien par une scène d’évasion à la fois classique, mais dépouillée et dense, qui laisse augurer du meilleur pour ce film à petit budget, dans lequel Ulmer semble alors retrouver l’inspiration visuelle qui était la sienne une quinzaine d’années plus tôt, à l’époque de Barbe-Bleue, ainsi que son goût pour la nuit, ses mystères et sa poésie morbide.

ais autant le dire tout de suite : le désenchantement n’est pas loin. Dès que le jour se lève sur le film (au sens propre), c’est-à-dire au bout d’à peine plus de cinq minutes, les illusions s’envolent. Mise en scène plan-plan, décors minimalistes jamais mis en valeurs, acteurs dénués de talent et de charisme, personnages mal dessinés (entre un génie du crime aux allures de promeneur du dimanche, et une brute mal dégrossie qui en rajoute des tonnes), et on en passe… Ulmer signe un film paresseux, qui devait déjà être ringard en 1960…

A la décharge du réalisateur, on peut arguer que le film a été tourné en une dizaine de jours seulement, et en même temps que Le Voyageur du Temps ; mais on rappellera que Schoedsack a tourné King Kong et La Chasse du Comte Zaroff en même temps, et que ça ne l’a pas empêché de signer deux chef d’œuvre intemporels. Ce qui, de toute évidence, est loin d’être le cas ici. On peut aussi ajouter que Ulmer a dû faire avec un budget ridicule ; mais on rappellera cette fois que ce genre de contraintes ne l’a pas empêché de réaliser Barbe-Bleue ou Détour… Bref, pas d’excuse pour le p’tit gars vieillissant qui, en fin de carrière, semble bien avoir perdu le cap.

Rien à sauver dans ce petit film fantastique ? Si, bien sûr : des trucages rigolos, et des scènes de laboratoire (dominées par des motifs triangulaires omniprésents, très futuristes à l’époque) qui peuvent amuser à condition d’accepter l’hypothèse d’un troisième ou d’un quatrième degré. Mais là, franchement, il faut y mettre du sien… On peut quand même reconnaître une vraie qualité au film : celle de ne durer que 58 minutes…

Le Diabolique Docteur Mabuse (Die 1000 Augen des Dr. Mabuse) – de Fritz Lang – 1960

Posté : 5 mai, 2011 @ 9:35 dans * Polars européens, 1960-1969, LANG Fritz | Pas de commentaires »

Le Diabolique Docteur Mabuse

Fritz Lang boucle la boucle en renouant avec sa personnification préférée du Mal : le docteur Mabuse, qui lui a inspiré deux chef d’œuvre absolus, l’un muet (Docteur Mabuse le joueur, en 1922), l’autre parlant (Le Testament du Docteur Mabuse, son ultime film allemand avant son départ précipité, en 1933). Près de trente ans plus tard, et après une série incroyable de grands films, Lang est revenu en Europe, et signe ce qui sera son ultime film.

Renouer avec Mabuse n’est pas un hasard : derrière l’influence « serial » de ces films, Lang a fait de cette série une métaphore gonflée et ouvertement politique des troubles de son époque. En 1922, c’était la misère et la violence de la République de Weimar ; en 1933, c’était évidemment la menace nazie… En 1960, l’Allemagne se reconstruit, certes, et la menace n’est plus aussi évidente, mais le pays est coupé en deux, et les tensions s’accentuent. Pourtant, la métaphore est moins évidente ici que dans les deux précédents films : Lang semble plutôt faire un retour sur sa propre œuvre.

Le premier crime du film (un homme est tué au volant de sa voiture par le passager d’une autre voiture) est d’ailleurs un copié-collé très fidèle d’une scène fameuse. Et Le Diabolique Docteur Mabuse est en quelque sorte un remake du Testament…, même si cette fois le vrai Mabuse est évidemment mort et enterré, et que le cadre est différents. Le personnage du policier, interprété ici par Curt Jurgens, ressemble ainsi étrangement à Lohmann, le commissaire joué par Otto Wernicke dans Le Testament… (et dans M le maudit). Toute ressemblance…

On retrouve aussi les codes du grand cinéma populaire d’autrefois, avec ce grand hôtel mystérieux autour duquel toutes les victimes du nouveau Mabuse semblent évoluer, et où chacun a quelque chose à cacher. Il y a cette jeune femme suicidaire (Dawn Addams, découverte dans Un Roi à New York), que sauve in extremis un richissime homme d’affaires, et que poursuit son mari tyrannique. Il y a cet assureur, trop jovial pour être tout à fait honnête. Il y a ce voyant aveugle qui évoque lui aussi d’autres personnages des précédents films. Il y a aussi quantité d’autres personnages dans cet hôtel qui n’est rien d’autres que le château hanté des vieux films à mystère.

Le film n’est pas aussi réussi que les deux précédents, certes. Esthétiquement, Lang n’est pas tout à fait aussi inspiré. Mais le cinéaste nous livre un film testament qui résume parfaitement son cinéma : à la fois populaire et d’une grande intelligence.

Alcoa Premiere : Tacle aux crampons (Alcoa Premiere Theater : Flashing Spikes) – de John Ford – 1962

Posté : 21 mars, 2011 @ 11:27 dans 1960-1969, FORD John, STEWART James, TÉLÉVISION, WAYNE John | Pas de commentaires »

Alcoa Theatre Tacle

C’est le dernier film réalisé par Ford pour la télévision. Le cinéaste n’a jamais fait le bégueule face au petit écran, pour lequel il a signé notamment un court métrage pour la série anthologique Screen Directors Playhouse (Rookie of the Year) et un épisode de la série western Wagon Train, dont la vedette était son acteur fétiche, Ward Bond. Flashing Spikes inaugurait la seconde saison de Alcoa Premiere Theater, un show présenté par Fred Astaire : chaque semaine, l’acteur introduisait un nouveau film de 52 minutes dans un décor approprié.

Curieusement, Flashing Spikes est l’occasion pour Ford de replonger dans l’univers du base ball, le sport national américain, qu’il n’avait vraiment abordé que dans Rookie of the Year, et jamais pour le grand écran. La comparaison ne s’arrête pas là : les deux films mettent tous les deux en scène un jeune joueur à l’avenir prometteur, une ancienne gloire du sport dont la carrière a été brisée par un scandale, et un journaliste qui joue un rôle important.

Le journaliste, ici, c’est Carleton Young, grand acteur fordien des dernières années, scribouillard haineux et détestable (mais Ford s’empresse de préciser que la plupart des journalistes sont des professionnels passionnés et sérieux !), spécialiste du base-ball qui déteste ce sport et ceux qui le pratiquent. Le moteur du film est sa volonté de ruiner la réputation d’un jeune joueur (Patrick Wayne, le fiston), en l’accusant de toucher des pots de vin, et de fricoter avec un ancien champion accusé de s’être lui-même laissé acheter.

Ce vieux briscard, c’est James Stewart, qui s’amuse à se vieillir en chaussant d’immenses lunettes, alors qu’il est déjà visiblement trop vieux pour le rôle. Mais c’est James Stewart, et il est forcément excellent, même si on ne croit à aucun moment en sa culpabilité.

Le récit est cousu de fil blanc, mais sa construction en un long flash back est assez audacieuse : il faut de longues minutes pour qu’on comprenne tous les tenants et aboutissants de cette histoire. Léger et plutôt inconséquent, ce film mineur dans l’immense œuvre fordienne se regarde avec un plaisir gourmand, succession de petits moments savoureux (comme cette apparition surprenante de John Wayne en sergent arbitre odieux d’une partie de base-ball improvisée en pleine guerre de Corée). Après le très sombre L’Homme qui tua Liberty Valance, Ford s’offre une parenthèse sur un thème et un ton bien plus légers. Savourons…

Tuer n’est pas jouer (I saw what you did) – de William Castle – 1965

Posté : 10 mars, 2011 @ 10:37 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, CASTLE William | Pas de commentaires »

Tuer n'est pas jouer

L’idée de départ était pleine de promesses : deux gamines s’amusent à téléphoner à des gens au hasard en leur disant « j’ai vu ce que vous avez fait, et je sais qui vous êtes »… jusqu’à ce qu’elles tombent, sans s’en rendre compte, sur un homme qui vient de tuer sauvagement sa femme. Rajouter à ça que les deux jeunes filles sont seules dans une grande maison perdue au milieu de nulle part, et tout semblait réuni pour un beau moment de trouille réjouissant.

Mais très vite, on voit bien que le film ne tiendra pas ses promesses. Visuellement déjà, la réalisation de William Castle, à qui on doit le pas terrible La Nuit de tous les mystères, se révèle totalement inintéressante, avec des images d’une laideur assez marquante malgré des décors baignés dans une brume de studio. Au point que le film semble avoir été tourné avec les moyens (financiers et techniques) d’un téléfilm de l’époque.

Difficile dans ces conditions de rentrer pleinement dans le film. Mais on se dit que la présence de John Ireland et de Joan Crawford (dans l’un de ses derniers rôles) permettra de s’immerger pleinement. Là encore, déception : l’ancienne interprète de Mildred Pearce (un chef d’œuvre de Curtiz tourné tout juste vingt ans plus tôt) n’apparaît qu’après une vingtaine de minutes, pour disparaître une demi-heure plus tard. Et à 60 ans passés, Joan Crawford tient un rôle qui, visiblement, n’est pas fait pour elle.

C’est pourtant elle qui apporte le plus de profondeur à son personnage : tous les autres sont dénués de toute nuance. Y compris celui de John Ireland, assez impressionnant, mais dans un rôle de méchant presque caricatural. Son riche passé de bad guy de cinéma le rend toutefois assez crédible dans l’ignominie, et on l’imagine sans peine trucider les jeunes filles (qui l’auraient d’ailleurs bien mérité, après leurs blagues ridicules et cruelles au téléphone !).

La présence de Crawford et Ireland, cependant, dessert ce qui aurait pu être l’ancêtre des « slashers » des années 70 et 80 : le film aurait gagné à adopter le seul point de vue des deux adolescentes, au lieu de mettre en avant les deux anciennes gloires, dont les personnages auraient été plus inquiétants s’ils avaient gardé tout leur mystère.

Seules les vingt dernières minutes parviennent à relever le niveau. Castle se concentre alors sur ce qui aurait dû être le cœur du film : un pur suspense qui fiche vraiment la trouille. Il était temps…

Wagon Train : The Colter Craven Story / Le Fond de la bouteille (The Colter Craven Story) – de John Ford – 1960

Posté : 9 mars, 2011 @ 10:41 dans 1960-1969, BOND Ward, CARRADINE John, COURTS MÉTRAGES, FORD John, TÉLÉVISION, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Wagon Train : The Colter Craven Story / Le Fond de la bouteille (The Colter Craven Story) - de John Ford - 1960 dans 1960-1969 wagon-train-the-colter-craven-story

Pas bégueule pour deux sous, Ford ne dédaignait pas la télévision, pour laquelle il a travaillé à plusieurs reprises à cette époque, se pliant volontiers aux contraintes du petit format (en durée et en terme d’écran), des budgets restreints, et du cadre bien défini des séries télévisées. Sa participation à la série western Wagon Train semblait doublement incontournable : parce que la série est très directement inspirée du Convoi des Braves, réalisé par Ford en 1950 ; et parce que le héros de cette série au long cours (283 épisodes, tout de même), le major Seth Adams, chef d’une caravane qui traverse les grandes étendues américaines, est interprété par le plus fordien des acteurs fordiens : Ward Bond.

The Colter Craven Story est d’ailleurs important dans la filmographie de Ford, puisque c’est la toute dernière fois que le réalisateur dirige Bond : l’acteur est emporté par un cancer le 5 novembre 1960, trois semaines avant la diffusion de l’épisode à la télévision américaine.

Mais l’intérêt de ce petit film très joliment réalisé dépasse largement le contexte émotionnel du tournage : The Colter Craven Story est un vrai film de Ford, et n’a rien de mineur dans sa filmographie.

On y retrouve un personnage qui l’a déjà influencé à plusieurs reprises : celui d’un médecin dont les talents sont gâchés par l’alcool (déjà vu dans Hurricane, La Chevauchée fantastique ou La Poursuite infernale). Ce médecin offre à l’excellent Carleton Young l’un de ses très grands rôles fordiens, un an après sa prestation inoubliable dans Les Cavaliers.

Les acteurs de Ford sont d’ailleurs omniprésents : outre Young et Bond, on croise ainsi Anna Lee (dans un très joli rôle), Ken Curtis (en fils à papa un peu con et très fougueux), Hank Worden, Mae Marsh, Jack Pennick (une nouvelle fois en uniforme), et même John Wayne dans une apparition très furtive (il interprète le rôle du général Sherman). Et puis il y a John Carradine, en despote local, qui marque ce court film de sa présence, le temps d’une unique scène.

Mais ce qu’il y a de plus enthousiasmant dans ce film, c’est la manière dont Ford contourne ouvertement la thématique qui lui est imposée. Sans la mettre totalement de côté, non : on a bien droit aux habituelles scènes de caravane de la série. Mais il ajoute à son récit principal un flash back assez improbable dont le héros n’est autre que le futur président des Etats-Unis, Ulysses S. Grant. Ford n’a jamais caché son désir de consacrer un film au personnage. Curieusement, c’est au cœur d’un énième épisode d’une série formatée qu’il concrétise ce souhait qui lui tenait tant à cœur…

Les Oiseaux (The Birds) – d’Alfred Hitchcock – 1963

Posté : 12 janvier, 2011 @ 9:52 dans 1960-1969, FANTASTIQUE/SF, HITCHCOCK Alfred | 1 commentaire »

Les Oiseaux

S’il y a un truc qu’on ne peut pas reprocher à Hitchcock, c’est de céder à la facilité, ou de se reposer sur ses lauriers. Après avoir traversé les Etats-Unis en technicolor dans La Mort aux trousses (un de ses plus grands chef d’œuvre), il a signé un thriller à petit budget et en noir et blanc avec Psychose (encore un grand film). Comment rebondir après ça ? Hitch change totalement de registre, avec ce qui sera son unique film pouvant être qualifié de « fantastique ». Et c’est, encore une fois, un immense film, qui fonctionne aussi bien dans les moments de terreur (vraiment terrifiants) que dans les passages plus intimes, passionnants.

Il faut quelques secondes à peine pour que l’atmosphère du film soit créée : une sorte de quiétude menacée, que symbolise joliment le minois souriant et mystérieux de ‘Tippi’ Hedren, en riche oisive peut-être pas si immature qu’elle le laisse croire. Dès la séquence de l’oisellerie, à San Francisco, la magie opère. La fluidité du rythme, la beauté des images, ça coule d’une manière fascinante, et on arrive dans un bien-être immense à Bodega Bay, ce petit port de pêche où l’on se sent si bien, paradis terrestre si proche, et pourtant si loin de la ruche de la grande ville. John Carpenter rendra d’ailleurs hommage au film en tournant son Fog dans les mêmes décors (et avec une héroïne hitchcockienne, la Janet Leigh de Psychose).

L’attaque soudaine de la mouette, au cœur de la baie, apparaît alors comme un subit coup de griffe sur un paysage sans ombre. Et les agressions qui suivront, de plus en plus violentes et impressionnantes, peuvent être vues comme une volonté des oiseaux de reprendre possession de ces lieux qui étaient à eux avant l’arrivée des humains. Le dernier plan, hallucinant, scellera leur victoire : après une série d’attaques sanglantes, ils seront des milliers à regarder les derniers humains quitter Bodega Bay.

Le film est parsemé de moments inoubliables, à l’image de ce dernier plan. Par exemple le passage où ‘Tippi’ Hedren attend la petite sœur de Rod Taylor (la petite Veronica Cartwright, qui s’en sortira tout aussi traumatisée, mais beaucoup plus morte, du film de Ridley Scott Alien) à la sortie de l’école, par exemple : le montage alterne les plans sur le visage de l’actrice, et d’autres sur une aire de jeux sur laquelle s’amassent un nombre de plus en plus important d’oiseaux. Ou les attaques terrifiantes sur des groupes d’enfants. Ou la découverte de la première victime, visage énucléé à peine entraperçu, mais inoubliable. Ou encore ce fameux plan aérien qui montre Bodega Bay rayé par une traîné de feu après l’explosion de la station service, alors que des mouettes semblent s’amuser du spectacle.

Comme toujours, Hitchcock accorde une attention folle aux plus petits des seconds rôles : le moindre d’entre eux prend une vraie dimension à l’écran.

Autre fait unique dans la carrière d’Hitchcock : c’est son seul film dans lequel ne figure pas la moindre note de musique. Après Psychose, c’est une manière pour Hitchcock de répondre à ceux (dont Bernard Herrmann lui-même) qui estimait que la scène de la douche devait tout à la musique. Ici, même si Herrmann a participé aux effets sonores, les images et le montage suffisent largement à provoquer l’effroi. Sans discussion possible.

Merlin l’enchanteur (The Sword in the stone) – de Wolfgang Reitherman – 1963

Posté : 12 janvier, 2011 @ 9:41 dans 1960-1969, DESSINS ANIMÉS, DISNEY Walt, REITHERMAN Wolfgang | Pas de commentaires »

Merlin l'enchanteur

C’est le dernier long métrage d’animation que le père Disney verra terminé (il mourra en 1966, avant l’achèvement du Livre de la jungle), et c’est un film d’une étonnante simplicité, qui renoue avec le charme et la modestie de Dumbo, sorti plus de vingt ans plus tôt, après une série de « grands dessins animés » flamboyants et plus spectaculaire.

Ce qui frappe le plus dans ce Merlin, c’est l’absence d’un grand méchant. Face à lui, le petit Arthur ne trouve guère qu’un beau-frère plus bête que méchant, un loup plus maladroit qu’effrayant, et une sorcière curieusement sympathique. Bref, c’est un long métrage bon enfant, sans grand suspense, si enjeu. D’ailleurs, Excalibur, la fameuse « épée dans la pierre » du titre originale, est pour le moins abordée avec légèreté : la séquence au cours de laquelle Arthur retire l’épée de son socle est traitée par-dessus la jambe, comme un passage obligé qui n’intéresse pas vraiment les auteurs du film.

Ce qui les intéressent plutôt, ce sont les possibilités offertes par la magie de Merlin : Arthur transformé en poisson, Arthur en écureuil, Arthur en oiseau… Le film est conçu comme une succession de passages qui pourraient presque être indépendants les uns des autres. C’est ce qui donne un certain charme au film, mais c’est aussi ce qui fait sa limite, et en fait un « mal aimé » parmi tous les longs métrages produits par tonton Walt.

Il y a aussi dans Merlin une faute de goût comme on en a rarement vu dans l’œuvre de Disney : l’enchanteur, fatigué du manque de confiance en soi du jeune Arthur, décide de partir pour Saint Trop, et revient en bermuda et chemise à fleurs… Mouais…

Yoyo – de Pierre Etaix – 1964

Posté : 17 novembre, 2010 @ 3:15 dans 1960-1969, ETAIX Pierre | Pas de commentaires »

Yoyo - de Pierre Etaix - 1964 dans 1960-1969 yoyo

Léger changement de ton pour Pierre Etaix, qui signe sans doute son film le plus personnel. Après Le Soupirant, c’est le deuxième long métrage du cinéaste, et curieusement le plus mélancolique, et le moins ouvertement drôle de ses films. C’est pourtant la passion d’Etaix pour les clowns (il en était lui-même un) qui est à l’origine de Yoyo. Le film raconte l’histoire d’un jeune clown qui a grandi dans le cirque, et qui devient, devenu adulte, l’un des clowns les plus populaires du monde. Il se sert de son succès pour racheter le château dans lequel vivait son richissime père avant de faire faillite en 1929, rêvant d’une vie fortunée alors même que son père a trouvé, dans le cirque, le bonheur que son argent ne lui avait jamais offert.

Ce sentiment de faire fausse piste est illustré d’une manière bouleversante dans une scène presque irréelle : alors qu’il fête sa réussite en organisant un réception très guindée dans son château, Yoyo voit ses parents, et la jeune artiste qu’il aime mais qu’il n’a jamais pris le temps de conquérir, arriver dans une roulotte de cirque. Dans cette scène, on ne voit jamais les parents, ni ne les entend. On ne voit que Yoyo dépité devant leur refus de prendre part à la fête… Cette scène étrange ouvre les yeux du clown devenu homme d’affaires, et qu’on verra enfourcher un éléphant, et s’enfoncer dans l’étang du château. Vers la liberté ?

Hommage mélancolique à un art qui appartient déjà au passé, Yoyo est aussi un vibrant hommage au cinéma que Pierre Etaix aime passionnément : celui de Keaton, et surtout de Chaplin. Alors que Le Soupirant évoquait la figure de Buster Keaton, Yoyo se situe d’avantage dans le sillon creusé par Chaplin, ce qui est surtout perceptible dans la première partie du film, qui se déroule entre 1925 et 1929. Depuis son premier court métrage (Rupture), Pierre Etaix s’inscrit dans la tradition du cinéma muet. Mais pour cette première partie de Yoyo, il va au bout de sa démarche, en faisant réellement du muet, avec cartons et bruitages. Et un personnage « bigger than life » qui aurait pu être interprété par Chaplin lui-même.

L’arrivée du parlant, qui correspond avec le krach boursier, donne le coup d’envoi du « vrai » film. L’un des hommages les plus sincères à l’art du cirque que le cinéma nous ait donné depuis… Le Cirque, de Chaplin.

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