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Archive pour la catégorie '1960-1969'

La Bible (The Bible : in the beginning) – de John Huston – 1966

Posté : 1 janvier, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, FANTASTIQUE/SF, HUSTON John | Pas de commentaires »

La Bible

Il faut un certain courage pour passer les premières minutes du film, interminables. Du courage, ou l’envie profonde de voir ou revoir toute la filmographie de John Huston, entreprise pleine de récompenses enthousiasmantes, mais aussi de quelques écueils. Celui-ci n’est pas le moindre, en tout cas dans cette première partie assez imbuvable.

Avec La Bible, John Huston se lance dans un projet ambitieux, voire démesuré : porter à l’écran les différents chapitres de l’Ancien Testament, de la création du monde en sept jours au sacrifice d’Abraham en passant par la tentation d’Eve, la pomme et le serpent, Abel et Caïn, Noé, le déluge et son arche, Sodome et Gomorrhe, l’arrivée en Terre promise… Un projet titanesque pour une superproduction comme Dino de Laurentiis en avait le goût.

Le résultat est pour le moins problématique. Et le premier problème, c’est que cette première partie consacrée à la Genèse donne l’impression que ça été tourné en temps réel. Et sept jours, c’est long quand on s’ennuie. Et quand ce qu’on voit est d’une telle laideur. Attention : les images sont assez belles, mais Huston se contente alors de coller entre elles de belles vues de nature, soulignant lourdement leur pureté et leur caractère apaisant. On se croirait dans une boutique zen…

La suite est à peine moins agaçante, avec une esthétique new age qui domine dans toute la première partie. Et puis l’effet catalogue interdit une quelconque empathie pour aucun de ces personnages que l’on connaît, dont on connaît l’histoire, mais qui n’ont pas d’existence propre devant la caméra de Huston. Le film se résume alors à une spectaculaire illustration de la Bible, joliment mise en scène mais totalement désincarnée.

Finalement, c’est quand Huston lui-même apparaît sous la barbe de Noé que le film prend une ampleur nouvelle. Parce qu’il est impeccable, parce qu’il y prend un plaisir visible à se mettre en scène au côté de tous ces animaux, parce qu’il incarne vraiment son personnage, en lui apportant une ironie bienvenue, qui manquait à la première heure. Et parce qu’il prend le temps de développer un fil narratif, pour le coup convainquant, et au moins aussi bien que le gros truc interminable avec Russell Crowe.

Et puis le film retombe dans ses travers. Vient le repeuplement, figuré par une sorte de pyramide humaine stylisée mais un peu facile. Ça nous mène à la Tour de Babel, et là aussi c’est visuellement splendide et très impressionnant, mais désincarné et pour tout dire un peu chiant.

Enfin arrive George C. Scott qui interprète Abraham. Et là commence un nouveau film, dont on se dit qu’il aurait effectivement dû faire l’objet d’un film pour lui seul, tant il y a une cohérence dans l’esthétique et les enjeux narratifs autour du personnage. C’est la plus longue partie du film, la dernière, celle où Huston prend le plus le temps de développer les personnages, dont certains sont très beaux : celui d’Ava Gardner notamment, qui permet d’aborder très en avance le thème de la GPA.

De belles trouvailles visuelles aussi, comme la mise en scène de cet ange de Dieu aux trois visages, tous de Peter O’Toole, dont les apparitions sont assez poétiques. Mais aussi une manière de mettre en scène les aspects les plus problématiques de la Bible, comme une manière plutôt audacieuse d’évoquer le fanatisme religieux. Pas toujours passionnant, mais intéressant. C’est déjà ça.

Le Jeune Cassidy (Young Cassidy) – de John Ford et Jack Cardiff – 1965

Posté : 25 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, CARDIFF Jack, FORD John | Pas de commentaires »

Le Jeune Cassidy

Un film de John Ford réalisé par Jack Cardiff. C’est ainsi que le générique de début résume la paternité de ce film. Résumé un peu hâtif : Ford ne s’est pas contenté de préparer le tournage, il a bel et bien réalisé lui-même plusieurs scènes. Combien ? Le cinéaste minimisait sa participation, affirmant qu’il n’avait filmé que les scènes entre Rod Taylor et Julie Christie. De belles scènes d’ailleurs, sensuelles et pleines de vie.

Il semble en fait que la participation de Ford soit plus conséquente, et qu’il ait tourné toutes les scènes entre Cassidy et sa mère notamment, y compris celle, particulièrement forte et cruelle, autour du cercueil. Celle du bar aussi, où les frères Cassidy et des joueurs de croquet commencent une bagarre virile et fraternelle, totalement fidèle à « l’esprit irlandais » de Ford.

De la même manière, on jurerait que c’est lui qui a tourné les toutes premières minutes et d’autres passages qui évoquent furieusement un autre film irlandais de Ford, L’Homme tranquille. Il y a quelque chose de cet amour de la terre, dans Young Cassidy. Mais cet amour est nettement plus amer ici, puisque le destin de cet ouvrier qui veut devenir auteur s’inscrit dans la grande histoire : celle du Dublin des années 10 et 20, marqué par la révolte et par le sang.

Adapté du récit autobiographique du dramaturge Sean O’Casey, le film manque sans doute de cohérence. La faute, en partie, à la maladie de Ford qui l’obligea à céder sa place à Jack Cardiff. Ce dernier ne démérite pas : grand directeur de la photo, Cardiff est aussi un habile réalisateur. Mais son style n’est pas celui de Ford, d’où l’impression de passer par moments d’un film à l’autre.

Impression renforcée par la construction du film, dont l’histoire s’étend sur plus de dix ans à travers surtout deux époques : les prémices de la révolte, et les années qui suivent. Deux époques, et deux enjeux : la première évoque avec beaucoup de force et d’émotion les ravages de la misère et de l’oppression sur des êtres simples (terrible personnage de la sœur de Cassidy), quand la seconde se concentre sur les affres de la création d’un Cassidy devenu auteur incompris par son époque.

Les deux parties sont également réussies, mais semblent fonctionner indépendamment l’une de l’autre. Cela dit, même imparfait, même légèrement bancal, le film reste beau et fort. Et Rod Taylor, dans le rôle principal, se révèle un choix idéal (bien que secondaire : le rôle était promis à Sean Connery, avant que celui-ci ne devienne 007). Sa force brute et son regard clair font de Cassidy un personnage mémorable.

Un homme et une femme – de Claude Lelouch – 1966

Posté : 23 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, LELOUCH Claude | Pas de commentaires »

Un homme et une femme

Deauville, le rallye de Monte Carlo, Trintignant qui roule sous la pluie, Chabada (qui ne se chante pas Chabada d’ailleurs), le noir et blanc et la couleur, la voix de Pierre Barouh, le visage d’Anouk Aimé, ce visage si beau et si pur dont Lelouch ne cache pas les imperfections, et qui n’a pourtant sans doute jamais été aussi bien filmé…

Un homme et une femme est le plus beau film de Lelouch ? Voilà qui pourrait même mettre d’accord ceux qui ne supportent pas le romantisme exacerbé, les grands mouvements d’appareils, la grandiloquence diront certains, d’un cinéaste pourtant total. Son amour des acteurs, son sens du récit et du rythme, l’utilisation qu’il fait du montage et de la musique… Tout est cinéma dans le cinéma de Lelouch, parce que tout est passionné.

Ce n’est pas son premier film, mais c’est pourtant là que tout a vraiment commencé : là qu’il a trouvé son style, sur les planches de Deauville, auxquelles il reste intimement lié plus de cinquante ans plus tard, et qu’il filme comme personne. Magnifique image que cet homme et ce chien, tous deux abîmés, dont on observe les silhouettes en ombres chinoises claudiquant sur les planches au soleil couchant.

Ce sont deux êtres abîmés par la vie, comme cet homme et cette femme qui se trouvent et se découvrent entre Deauville et Paris, sur la route, sous la pluie. Une histoire simple, comme celles qui ont fait les plus beaux films de Lelouch : un homme, une femme, l’amour, la vie. Rien de plus, ou si peu. Tout est beau dans ce film, parce que Lelouch sait capter ces petits quelques choses qui donnent de la vie. Même les longues séquences automobiles sont prenantes, pour quelqu’un comme moi que la mécanique ennuie.

Lelouch emprunte à la Nouvelle Vague cette manière de déconstruire le récit, de casser les cadres, de filmer les personnages au plus près. Mais c’est bien un style très personnel qu’il met en place, avec une liberté totale et totalement maîtrisée, une manière envoûtante de passer de la couleur au noir et blanc, ou au sépia, et une superbe utilisation de la voix off.

Trintignant qui se demande ce qu’il doit faire en arrivant à Paris où il veut rejoindre celle qui lui a déclaré son amour par télégramme est un moment absolument magique à vous coller des frissons. L’étreinte de cet homme et de cette femme sera euphorisante. Et le regard d’Anouk Aimé soudain voilé par le souvenir de son mari disparu, déchirant. De grandes émotions, pures et intenses. Palme d’Or et Oscar du meilleur film étranger, Un homme et une femme est magnifique.

La Grande Combine (The Fortune Cookie) – de Billy Wilder – 1966

Posté : 15 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, WILDER Billy | Pas de commentaires »

La Grande Combine

On a tellement l’habitude de les voir l’un avec l’autre, comme les deux faces d’une même pièce, qu’on a du mal à imaginer qu’ils ne se sont pas toujours donnés la réplique. Pourtant, il y a bien eu une première, pour le couple Lemmon-Matthau. Et c’est Billy Wilder, en toute logique, qui l’a provoquée, lui qui avait déjà donné à Jack Lemmon quelques rôles mémorables depuis Certains l’aiment chaud.

Dire que l’alchimie fonctionne immédiatement est presque une évidence. Encore une fois : ces deux-là semblent avoir été faits l’un pour l’autre, la dureté cynique de l’un magnifiant la réserve romantique et timorée de l’autre. Et réciproquement. Wilder lui-même en est visiblement convaincu : il ne dirigera plus jamais Lemmon sans son nouveau complice.

La Grande Combine n’est pas la comédie la plus célèbre de Wilder. C’est pourtant un film assez passionnant, et visiblement très personnel. Le réalisateur y reprend ainsi, assez curieusement, des thèmes qui ont marqué ses grands films noirs. Le type impitoyable qui profite d’un homme physiquement coincé évoque sur un autre ton mais avec autant de cynisme le Kirk Douglas de Ace in the Hole. Quant à l’arnaque à l’assurance, c’est quasiment une marque déposée de Wilder depuis Double Indemnity

Le film a quelque chose de presque conceptuel, pour Wilder, qui ouvre et referme son récit sur l’immense pelouse ouverte d’un stade de football américain, pour ne quasiment jamais sortir de pièces fermées entre deux, dans une succession de séquences clairement divisées en seize chapitres, annoncés par autant de titres. Construction imparable pour un véritable festival de mensonges et de tromperies.

Léger ? Pas tant que ça bien sûr, tant Wilder maltraite ses personnages. Lemmon bien sûr, que son beau-fère convainc de se faire passer pour handicapé afin de toucher l’argent des assurances après un « accident de travail ». Cynique, Wilder base la plus belle des relations humaines du film sur la plus cruelle des tromperies : celle entre le faux handicapé et le footballeur star rongé par la culpabilité.

Quant aux femmes, elles sont au choix insignifiantes, horripilantes ou odieuses, surtout en tant qu’épouses. La notion même de mariage en prend un sacré coup. Celle de père aussi par la même occasion: Matthau qui lance à ses enfants qui font du skate dans les couloirs « Vous devriez aller jouer à ça sur l’autoroute » est une réplique aussi méchante qu’irrésistible.

Il est d’ailleurs formidable, Matthau, contrepoint parfait à la bonhomie un peu molle de Lemmon. Génial en avocat cynique et impitoyable, il décroche l’Oscar (du second rôle) pour cette première collaboration avec Lemmon et Wilder. Malgré l’insuccès du film, le couple se reformera deux ans plus tard (pour Drôle de couple, The Odd Couple, un triomphe), et ne se quittera plus jusqu’à la fin de leurs carrières à tous les deux, tournant ensemble une dizaine de films.

Le Goût du Saké (Sanma no aji) – de Yasujiro Ozu – 1962

Posté : 13 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, OZU Yasujiro | Pas de commentaires »

Le Goût du saké

Jusqu’au bout, Ozu sera resté fidèle aux thèmes qui hantent son cinéma depuis les années 20 : le contraste omniprésent entre la tradition et la modernité, avec l’arrivée de la culture américaine qui vient bouleverser ce Japon encore si attaché à cette tradition dans ce qu’elle a de plus séduisant, mais aussi de plus inhumain.

Dès les premières images, on retrouve dans Le Goût du Saké cette petite musique envoûtante qu’on aime tant chez Ozu. Cette douce mélancolie aussi, cette bienveillance de chaque instant, et cet acteur merveilleux, Chishu Ryu, que l’on a vu vieillir devant la caméra d’Ozu durant trois décennies.

Dans la vie de son personnage, petit employé modeste aux journées parfaitement réglées, comme dans le cinéma d’Ozu d’ailleurs, rien ne semble avoir changé depuis des décennies. Sauf que si, il y a ces petits détails parfois à peine perceptibles : cette fille qui a grandi sans qu’on s’en aperçoive vraiment, la retraite qui approche sans qu’on s’y soit préparé, ou encore cette modernité environnante qui, mine de rien, ont fait de cet homme et de sa maison à l’ancienne des sortes de fantômes d’un ancien temps.

Et lorsque les enfants quittent ces belles maisons traditionnelles, chaleureuses et accueillantes, c’est pour aller s’installer dans des tours de bétons post-guerre mondiale. Tout un symbole pour cet homme qui n’a pas pris le temps de mesurer le temps qui passe, et qui réalise qu’il est temps pour sa fille de trouver un mari, et pour lui de se retrouver seul. La fin d’une époque.

Alors évidemment, il y a de tristesse et de la mélancolie. Mais il y a aussi une pudeur et une élégance de chaque instant. Et une manière très personnelle pour Ozu de souligner la vie qui passe et que rien ne n’arrête par la multiplication de plans où la profondeur de champs est soulignée par des couloirs, des allées, des cadres dans le cadre. Visuellement, c’est magnifique. Beau et émouvant, un bien beau film pour clore une immense carrière.

Alfred Hitchcock présente : Haut les mains ! (Alfred Hitchcock presents : Bang ! You’re dead) – d’Alfred Hitchcock – 1961

Posté : 6 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente Bang you're dead

C’est le dernier épisode qu’Hitchcock réalise lui-même pour sa série (ou presque : il signera encore I saw the whole thing, moyen métrage tourné pour The Alfred Hitchcock Hour, le prolongement étendu d’Alfred Hitchcock présente), et cet ultime court métrage est un classique auquel il apporte un soin particulier.

Le casting n’est sans doute pas à la hauteur, et c’est finalement là (et dans la durée du métrage aussi) que se trouve la plus grande différence avec ses grandes réussites cinématographiques de l’époque. Bang ! You’re dead est en tout cas typique du style Hitchcock.

L’histoire est simple : un gamin trouve une arme qu’il prend pour un jouet, et se balade en ville en s’amusant à jouer au cow boy avec les passants. Suspense formidable et purement hitchcockien : le cinéaste filme l’insouciance des petites gens, le spectateur étant le seul à savoir la vérité.

C’est tendu à l’extrême, Hitchcock s’amuse à dilater le temps et enchaîne des scènes qui paraissent semblables (toujours basées sur la menace que représente l’arme), mais où des petits détails permettent pourtant de relancer constamment le suspense. Et tout ça se termine par une scène haletante parfaitement maîtrisée.

Evidemment, aurait-on envie d’ajouter. Hitchcock profite en tout cas de cet épisode pour s’engager clairement contre l’omniprésence des armes, ce qu’il confirme, sans ironie pour le coup, dans son message de conclusion. Et Hitchcock qui s’engage dans ses films, ce n’est pas si courant.

Alfred Hitchcock présente : Caracolade (Alfred Hitchcock presents : The Horse Player) – d’Alfred Hitchcock – 1961

Posté : 5 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente Caracolade

Hitchcock a décidément envie d’autre chose, dans cette saison six. Le second épisode qu’il réalise cette année-là s’éloigne lui aussi des crimes qui tournent mal, au profit d’un récit plus ironique, comme dans Le Manteau.

Ici, pas d’adultère, mais un prêtre tiraillé entre sa conscience et la nécessité de réunir la somme nécessaire pour faire réparer le toit de son église, qui n’arrête plus la pluie. Ce qui donne d’ailleurs une scène d’ouverture visuellement très réussie, et franchement étonnante : une messe est donnée, le prêtre et ses fidèles sont tournés, et un rideau de pluie occupe le premier plan.

Le prêtre en question, c’est Claude Rains, très bien, qu’Hitchcock retrouve quinze ans après Les Enchaînés. Et le tiraillement, c’est la tentation d’écouter les conseils de l’une de ses ouailles, qui gagne régulièrement aux courses de chevaux, depuis qu’il a eu l’idée de prier (littéralement) pour le bon cheval.

Anecdotique, bien sûr, mais cet épisode est plein d’esprit, et bénéficie d’un rythme impeccable. Sans oublier l’incontournable rebondissement final, où Hitchcock glisse son inimitable cynisme réjoui.

Alfred Hitchcock présente : Le Manteau (Alfred Hitchcock presents : Mrs Bixby and the colonel’s coat) – d’Alfred Hitchcock – 1960

Posté : 4 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente Le Manteau

Premier épisode de la sixième saison de la série, ce petit film basé sur une histoire de Roald Dahl est une perle. Point de crime à l’horizon, pour une fois, mais une ironie un rien cynique qui sied particulièrement à Hitchcock.

Un Hitchcock qui s’éclate visiblement : on le sent dès son introduction, simple et réjouissante, dans laquelle il fait déjà preuve de beaucoup d’ironie pour aborder la place incontournable du sponsor pour un tel show.

Son plaisir jubilatoire se ressent également dès la première image du court métrage lui-même : un gros plan sur une bouche ouverte dans laquelle un dentiste est au travail. La manière dont Hitchcock cadre ce plan, et cette fraiseuse plongée dans une bouche béante, se révèle presque aussi douloureuse que la fameuse scène de torture de Marathon Man !

Pourtant, les enjeux sont nettement moins dramatiques ici. Il est question d’adultère et de tromperie, rien de plus. Brillamment écrit, réalisé avec un merveilleux sens du cadre et du rythme, Le Manteau est l’une des réussites les plus oubliées de la série. Peut-être à cause de sa légèreté inattendue. Mais cette légèreté n’est peut-être pas si évidente…

La Nuit des généraux (The Night of the Generals) – d’Anatole Litvak – 1967

Posté : 29 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, LITVAK Anatole | Pas de commentaires »

La Nuit des généraux

Ça commence très fort, avec une scène pleine de promesse : un meurtre est commis, mais il n’est filmé que par le strict point de vue d’un type qui se cache dans les toilettes d’un immeuble miteux, et ne voit à peu près rien. Cette économie de moyen inattendue dans une production de cette ampleur laisse présager le meilleur.

La suite est nettement moins convaincante. Visiblement dépassé par l’ampleur de son sujet, Litvak semble ne jamais vraiment savoir comment articuler la grande Histoire et la petite. Ce meurtre sauvage d’une prostituée, commis par un général dont on ignore l’identité dans Varsovie sous le joug des Nazis, est pourtant un bon point de départ. Et le personnage de détective joué par Omar Sharif est séduisant : Allemand bien décidé à ne pas laisser ce meurtre impuni, alors que tant de massacres sont commis au quotidien.

Il y a des tas de moments forts, à commencer par la destruction spectaculaire d’un quartier de Varsovie. Il y a aussi des personnages très réussis, avec un parti pris assez rare dans le genre : presque tous (à l’exception de Philippe Noiret, dans un rôle pas emballant) sont des officiers allemands, tiraillés entre leur devoir d’obéissance, leur devoir moral, et la volonté de ne pas être les grands perdants de cette grande histoire qu’est la guerre.

Plein de promesses, donc. Mais on sent rapidement qu’il y a un truc qui cloche. Dans sa manière, surtout, d’utiliser un système de flash-backs à la Citizen Kane dont il ne sait quoi faire, système qui apparaît tardivement (avec le personnage de Noiret justement), qui qui est abandonné aussi vite.

Sur le papier, cette enquête policière sur fond de guerre est passionnante. Mais le choc n’a jamais lieu, comme si Litvak ne savait pas vraiment quel film il faisait : un film de guerre, un polar, le portrait d’une nation sur le point d’imploser ? Le suspense ne fonctionne pas vraiment parce que l’identité du tueur est évidente. La psychologie est discutable aussi, à l’image de cette scène face au tableau de Van Gogh, avec un Peter O’Toole qui en fait trop pour être vraiment crédible.

Mais le plus gênant ne serait-il pas l’accent anglais d’Allemands qui ne parlent que la langue de Shakespeare, alors que les Français (Noiret en tête) parlent, eux, bien français. Et quand on voit Pierre Mondy apparaître dans le rôle d’un soldat allemand, doublé par un comédien anglais, alors oui, on a du mal à prendre tout ça au sérieux.

La Nuit des généraux ne fonctionne que par moments, dans quelques scènes réussies. Comme cette apparition chantée de Juliette Gréco, dans une tentative assez séduisante de renouer avec l’atmosphère des films des années 30 ou 40. Pour le reste, le film a tout du rendez-vous raté.

100 dollars pour un shérif (True Grit) – de Henry Hathaway – 1969

Posté : 21 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, HATHAWAY Henry, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

100 dollars pour un shérif

John Wayne, tout colère, qui met la bride de son cheval dans la bouche et galope vers quatre bad guys, un fusil dans une main et un pistolet dans l’autre… Une image qui renforça un peu plus encore le mythe du Duke, aussi forte que sa première apparition dans Stagecoach trente ans plus tôt. Une image qui contribua aussi, sans doute, à lui valoir l’Oscar. Ça et les décennies d’oubli dont il avait fait l’objet jusqu’alors.

Il est excellent d’ailleurs, Wayne, parfait en bougon alcoolique (vraiment alcoolique pour le coup, pas juste capable d’avaler des tas de whisky sans frémir : il se met réellement misère, dans un état que les grandes stars du genre incarnaient bien peu souvent) et asocial. Grande performance d’un acteur qui accepte de bousculer son image si installée, littéralement habité par ce rôle.

En adaptant le roman de Charles Portis, le vieux briscard Hathaway a visiblement envie de dynamiter les codes du western. Il le fait partiellement, avec un ton original et une violence très percutante. La mort de Dennis Hopper (ce n’est pas un grand spoiler : a-t-il fini un film vivant à cette époque ?… ou après, d’ailleurs ?) est assez traumatisante.

Comme la fameuse scène du serpent d’ailleurs, même si le film d’Hathaway ne va pas au bout du traumatisme comme le feront les frères Coen dans leur remake. C’est bien là le pire défaut du film : la comparaison, inévitable, avec celui des Coen n’est jamais en sa faveur. Hathaway a des envies de rompre avec un certain classique, mais il reste constamment trop sage, faisant bien attention de ne pas dépasser certaines limites.

Les Coen seront nettement plus fous, plus intenses, plus rugueux, plus violents aussi. Reste un bon western, et un grand rôle pour John Wayne, qu’il reprendra d’ailleurs six ans plus tard dans Une bible et un fusil, cas unique dans sa carrière depuis la fin des années 30 (à la fin de sa période « B », il alors interprété huit fois le même rôle devant la caméra de George Sherman).

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