Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie '1960-1969'

Les Communiants (Nattvardsgästerna) – d’Ingmar Bergman – 1963

Posté : 31 août, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, BERGMAN Ingmar | Pas de commentaires »

Les Communiants

Une petite communauté rurale dans la Suède reculée, un pasteur en pleine crise de foi après la mort de sa femme, de rares paroissiens qui cherchent en vain du réconfort auprès de lui… Ingmar Bergman signe là un film beau et radical, d’une épure totale, intense et bref, ramassé et pourtant généreux.

Loin du style visuel plus impressionniste de ses débuts, le cinéma prend le parti pris d’un vrai dépouillement visuel et narratif, pour mettre en images les tourments de cet homme qui souffre du silence assourdissant de ce Dieu qu’il a perdu en cours de route, et qui font de lui un homme froid mais conscient des ravages que provoque son égocentrisme.

Fidèle d’entre les fidèles de Bergman, Gunner Björnstrand est d’une intensité folle dans ce rôle peu aimable. D’emblée, le cinéaste souligne la vision détachée qu’il a de « ses » paroissiens lors d’une première séquence, superbe leçon de mise en scène : une messe, que Bergman filme avec une succession de plans fixes, cadrant tour à tour chacun des personnages de l’histoire. Des gros plans magnifiques pour les paroissiens en attente de quelque chose ; des plans larges et vides pour le pasteur, qui soulignent sa solitude et son absence de liens réels avec les autres.

Lors de cette séquence splendide, la caméra de Bergman suffit à faire ressentir les rapports entre tous ces personnages : les sentiments sans retour d’une Ingrid Thulin très émouvante, ou la posture de dépendance d’un Max Von Sydow qui cherche désespérément une épaule ou une oreille, que le pasteur ne pourra pas, ou ne voudra pas lui offrir.

Pas ou peu de mouvement de caméra dans ce film, mais une utilisation très intense de plans fixes, le plus souvent sur des visages. Il y a notamment cette scène particulièrement forte où le pasteur lit la longue lettre de l’institutrice qui l’aime : l’image traditionnelle de l’homme lisant le courrier est vite remplacé par un long plan fixe d’Ingrid Thulin disant sa lettre face caméra. Sept minutes sans esbroufe, sans autre « truc » de cinéma qu’un court plan de coupe en forme de flashback, mais qui procurent une émotion rare.

Un dollar entre les dents (Un Dollaro tra i denti) – de Luigi Vanzi (sous le pseudonyme Vance Lewis) – 1967

Posté : 23 juin, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, VANZI Luigi, WESTERNS | Pas de commentaires »

Un dollar entre les dents

Un étranger arrive dans une petite ville où sévit une bande de dangereux voleurs qu’il se met vite à dos, et décide de profiter de la situation pour s’enrichir. Bon sang, délivrez-moi d’un doute : ce spaghetti ne serait-il pas pompé sur le mégasuccès Pour une poignée de dollars ?! Remarquez, il n’est pas le seul : des dizaines de films sont tournés ces années-là, dans le sillon de Leone. Et celui-ci a au moins l’honnêteté (à moins que ce ne soit purement mercantile) d’annoncer la couleur dès le titre.

Il y a quand même au moins trois problèmes. D’abord, Tony Anthony n’est pas Clint Eastwood. Il a beau le singer, adopter un regard sombre et porter un poncho… Plus il s’inscrit dans la mouvance du grand Cint, plus l’acteur (américain) révèle ses limites. Qu’il n’exprime rien n’est pas un problème. Qu’il semble sur le point de pleurer à la première baffe est un peu plus problématique. La moue de Clint était intense, celle de Tony est assez rigolote. C’est sans doute le but, mais l’aspect parodique n’est pas bien convaincant.

La musique aussi, pompée sans vergogne sur celle de Morricone, le talent en moins. C’est que le film ne bénéficie pas d’un gros budget, et que cela se ressent sur plusieurs points. La musique, donc, mais aussi les décors extérieurs. Si le réalisateur se tire plutôt bien de ses intérieurs, il ne fait strictement rien de cette grande carrière à ciel ouvert qui revient à plusieurs reprises, sans grande cohérence, décor assez laid où on s’attend constamment à voir débouler un engin de chantier…

Et surtout, Luigi Vanzi n’est pas Sergio Leone. Il fait bien des efforts dans ses cadrages, sans doute poussé par la volonté de s’inspirer du maître. Mais sans le style de Leone, les scènes étirées à l’envi deviennent… eh bien des scènes trop longues, et ennuyeuses. Vanzi n’est pas Leone, mais il serait injuste de l’enterrer complètement. Son film n’est pas un chef d’œuvre, certes, mais il a tout de même quelques soudaines inspirations qui sauvent l’ensemble.

Des accès de violence, surtout. A commencer par cette première fusillade, dans un noir soudain et total, d’où ne sortent que les traînées lumineuses des coups de feu. Percutant. Le noir, d’ailleurs, réussi bien à Vanzi, qui réussit une courte mais belle scène : celle où l’étranger se faufile près du coffre, dans l’obscurité où des allumettes s »embrasent l’une après l’autre, révélant la présence des méchants dans un plan aussi fugace qu’impressionnant.

On peut aussi retenir un personnage inhabituel de méchante, femme forte et dominatrice dont la fin, mariage détonnant du sexe et de la mort, est aussi brutale qu’inattendue.

Échec en Europe, le film connaîtra un petit succès en Amérique, suffisant pour lui valoir deux suites.

The Intruder (id. / I hate your guts) – de Roger Corman – 1962

Posté : 17 juin, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, CORMAN Roger, POLARS/NOIRS | Pas de commentaires »

The Intruder

Début des années 1960. La loi dite de l’intégration impose un quota d’élèves noirs dans les établissements scolaires. Y compris à Caxton, petite ville rurale du Sud ségrégationniste, où l’arrivée d’un mystérieux jeune homme va révéler des haines qui ne demandaient qu’à exploser.

C’est une curiosité, restée inédite en salles chez nous jusqu’en 2018. C’est pourtant, peut-être (il m’en reste beaucoup à voir), le chef d’œuvre de Roger Corman, celui en tout cas dont il s’est toujours dit le plus fier, le seul aussi à avoir perdu de l’argent lors de sa sortie. Presque un fait d’armes en soit, pour ce Guy Roux du système hollywoodien.

Réputé pour ses tournages à l’économie, Corman reste d’ailleurs fidèle à sa règle. The Intruder est en grande partie tourné en décors réels, avec des figurants du cru (qui ne savaient pas exactement ce que serait le ton du film), parfois à l’arrache, au cœur de ce Sud du Sud où le sujet même du film reste très brûlant à l’époque du tournage.

Ce contexte, ces décors, ces gueules aussi, et cette caméra qui semble faire partie de la foule mais dont on sent qu’elle est prête à être évacuée au moindre problème… Tout cela donne au film une sorte d’urgence, une fièvre, et pour tout dire une force qu’on n’attendait pas vraiment dans un film de Corman. Mais The Intruder possède bel et bien une puissance hors du commun. Un courage indéniable aussi, si on remet la production dans son contexte.

Ce jeune homme par qui les troubles arrivent, c’est William Shatner, qui a déjà fait pas mal de choses au théâtre et à la télévision, mais qui tient ici son premier premier rôle d’envergure (quatre ans avant Star Trek). L’acteur n’est pas transcendant habituellement, mais il est parfait ici, en symbole dégueulasse de la haine et du populisme, qui manipule les habitants de cette petite ville avec un double langage et une gueule d’ange, qui révèlent ce qu’il y a de pire chez beaucoup. Mais aussi ce qu’il y a de meilleur chez certains.

Outre le courage indéniable d’aborder un tel sujet, Corman marque des points en évitant tout manichéisme trop facile, et en confrontant le spectateur à ses propres préjugés. Il y a le personnage du journaliste bien sûr, très beau, que l’on voit prendre conscience du Mal que représente la ségrégation, système qui lui a pourtant toujours semblé naturel.

Mais le plus inattendu, c’est celui du voisin de chambre, Griffin, le représentant joué par Leo Gordon. Un type mal dégrossi, lourdingue et un peu vulgaire, que l’on a vite faite de cataloguer en quelques minutes à peine. A tort, comme on finira par le découvrir : il est l’âme du film, la claque qu’on prend dans la gueule, celui qui, lorsqu’on prend plaisir à voir Shatner se noyer, nous fait prendre de la hauteur. Un grand personnage, pour un grand film.

Quand les aigles attaquent (Where Eagles dare) – de Brian G. Hutton – 1969

Posté : 3 juin, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, EASTWOOD Clint (acteur), HUTTON Brian G. | Pas de commentaires »

Quand les aigles attaquent

Ça commence dans l’avion qui amène le commando sur les lieux de sa mission, et ça s’achève dans l’avion qui remmène les rescapés. Entre ces deux moments, pas le moindre bout de gras, pas le moindre temps mort. Pas la moindre tentative de développer une quelconque psychologie non plus d’ailleurs : du suspense, de l’action, de la tuerie, pendant près de deux heures et demi.

Entre la trilogie du dollar et L’Inspecteur Harry, Clint Eastwood est dans une sorte d’entre-deux. Une star déjà, qui partage ici l’affiche avec Richard Burton (derrière Burton, comme il sera derrière Lee Marvin pour La Kermesse de l’Ouest, et derrière Shirley MacLaine dans Sierra Torride), mais pas encore un mythe. Même si, mine de rien, sa manière de dessouder à lui seul toute une partie de l’armée allemande sera une pierre non négligeable dans la construction de ce mythe.

On ne voit d’ailleurs que Clint dans ce film explosif, grosse production comme il en tournera finalement peu dans sa carrière. Il n’a strictement rien à jouer ici : à peine sert-il la mâchoire entre deux fusillades, à peine prend-il le temps de sortir une poignée de dialogues sans grande importance. Mais il faut lui reconnaître un vrai talent pour incarner l’homme d’action dans ce qu’il a de plus élémentaire. De fait, il éclipse sans mal un Richard Burton un rien transparent.

Quand les aigles attaquent, c’est du bon cinéma bien bourrin à l’ancienne, une sorte de plaisir régressif qui renvoie votre humble serviteur à son adolescence, lorsque je n’attendais qu’une occasion de revoir ce film que je considérai comme un chef d’œuvre. Délire d’ado sans doute, mais on se doit de respecter ses propres souvenirs : OK, ce n’est pas un chef d’œuvre, mais Brian G. Hutton mène cette opération commando en pleine guerre mondiale avec un vrai sens du rythme, et une efficacité énorme.

C’est gros, jamais crédible, pas vraiment émouvant, mais ça en met plein les yeux, et ça se regarde avec un vrai plaisir gourmand. Que demander de plus ?

Six chevaux dans la plaine (Six black horses) – de Harry Keller – 1962

Posté : 26 mai, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, KELLER Harry, MURPHY Audie, WESTERNS | Pas de commentaires »

Six chevaux dans la plaine

Ce n’est pas parce qu’on n’a pas de moyens qu’on ne peut pas avoir d’ambitions. Ce western fauché n’en manque pas, pas plus qu’il ne manque d’intérêts…

De beaux décors naturels, trois acteurs qui se partagent seuls l’écran pendant une bonne partie du film… Il n’en faut pas plus à Harry Keller pour mener son film avec une efficacité indéniable. Pas de grands effets, ni de cascades spectaculaires : le film se limite en grande partie à l’avancée de ces deux hommes (Audie Murphy et Dan Duryea) qui escortent une jeune femme aux motivations mystérieuses à travers le territoire indien.

Parmi les aspects très réussis du film, il y a la manière dont Keller utilise ses décors, parfois les mêmes d’une scène à l’autre, mais avec un vrai sens de l’espace, particulièrement frappant dans les boyaux étroits des monts rocheux.

Et puis les rapports troubles entre les deux personnages principaux, amicaux et ambigus à la fois, et pour une fois vraiment complémentaires, sont particulièrement convaincants.

Une limite, quand même : Harry Keller n’est pas un excellent directeur d’acteurs. Malgré l’alchimie indéniable entre Murphy et Duryea, deux gueules qui connaissent leur métier, on sent ce dernier souvent mal à l’aise, pas dans le ton. Au contraire de Murphy, très bien comme souvent.

En revanche, évacuons vite la question Joan O’Brien, jolie plante qui se contente à près de faire ça : la jolie plante, y compris lors d’une séquence sous tension qu’elle gâche royalement, celle où un chef Indien veut l’échanger contre un cheval. Un cheval contre une jolie plante ?

Une poignée de plombs (Death of a Gunfighter) – de Don Siegel et Robert Totten (sous le pseudo d’Alan Smithee) – 1969

Posté : 23 mai, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, SIEGEL Don, SMITHEE Alan, TOTTEN Robert, WESTERNS | Pas de commentaires »

Une poignée de plombs

Une sorte de paradoxe : le premier film de cinéma signé Alan Smithee (ce pseudonyme « officiel » utilisé par les réalisateurs refusant d’assumer ce que les producteurs ont fait de leur travail) est un western très intéressant, et même franchement réussi.

Pas de désaveu véritable, d’ailleurs, derrière ce pseudonyme, mais le refus de deux réalisateurs d’endosser l’entière paternité d’un film clairement réalisé à quatre mains : Robert Totten, qui a commencé le tournage, et Don Siegel, qu’a fait venir Richard Widmark à mi-production, la star étant en désaccord avec le premier, et ayant visiblement un bon souvenir de Madigan, qu’il venait de tourner avec Siegel.

On ne rentrera pas dans le jeu du « à qui doit-on quoi » (d’abord parce que je n’en sais rien), mais Death of a gunfighter est un western qui renouvelle assez brillamment un motif récurrent du genre. Le titre original est d’ailleurs nettement plus approprié que celui, idiot, choisi par le distributeur français. Comme les courtes images pré-génériques, il annonce d’emblée le drame inéluctable qui se joue.

Widmark est un personnage tragique, énième version du shérif auréolé d’une réputation de violence, dont les bonnes âmes de la ville veulent se débarrasser : à la fois mauvaise conscience d’une société qui s’est bâtie sur la violence et le sang, et témoin d’un Ouest sauvage révolu, au tournant du 20e siècle.

Ce thème (le rapport ambigu de l’Amérique « moderne » avec la violence) a souvent inspiré le genre. Il y a ici une vraie particularité : l’absence d’élément extérieur. Pas de vrai méchant, ni de vraie menace qui pèse sur la ville, juste la volonté des notables de se débarrasser de ce shérif qui fut si utile, qui est devenu si encombrant.

Beau rôle pour Richard Widmark, homme traqué, perdu, mais droit, dont le regard émeut face aux morts qui s’amoncellent autour de lui, malgré lui.

Il y a bien quelques rares touches d’optimisme, mais souvent contrebalancées par la rudesse des sentiments. Comme cet homme, écœuré par le sort réservé au shérif, dont les « amis » stoppent l’élan en lui claquant sa judéité à la gueule.

Petit bémol : quelques effets musicaux douteux. Mais c’est un tableau sombre et cynique de l’Amérique que signent Siegel et Totten, assez radical et passionnant.

L’Homme sauvage (The Stalking Moon) – de Robert Mulligan – 1968

Posté : 2 mai, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, MULLIGAN Robert, WESTERNS | Pas de commentaires »

L'Homme sauvage

Robert Mulligan retrouve Gregory Peck, son Atticus Finch de To kill a mockinbird, pour un western d’une sécheresse percutante. Poussiéreux, rude, extrêmement peu bavard, le film bénéficie aussi d’une musique minimale qui sait disparaître durant de longs moments. De la même manière, la violence est, la plupart du temps, hors champs, et Mulligan s’attache à filmer le temps long, l’attente, pour mieux cerner la vérité de ses personnages et la tension, extrême.

Gregory Peck est un éclaireur de l’armée qui décide de retourner à la vie civile après quinze ans de service. Et qui accepte d’escorter sur sa route une jeune femme qui vient d’être libérée après avoir été enlevée par les Indiens dix ans plus tôt. Et avec elle son jeune fils, dont on devine bien vite (plus que le pauvre Peck) qu’il est le fils de cet Indien quasi-mythique dont le seul nom suffit à faire souffler un vent glacial sur n’importe quelle communauté.

C’est l’une des belles idées du film : faire du méchant un homme seul, dangereux, et invisible la plupart du temps. Un homme dont les massacres sont rapportés avec une telle terreur qu’il acquiert une dimension quasi démoniaque. Le film perd d’ailleurs un peu de sa force dès que cet Indien, Salvaje, pointe (tardivement) le bout de sa tunique.

Là où le film est le plus efficace, c’est justement dans la longue attente, à la fois sur le chemin puis dans la maison prise d’assaut. Comment combattre un ennemi qu’on ne voit pas ? Mulligan sait tirer le meilleur de ce postulat, en particulier lors de l’ultime « face à face » (les guillemets sont de rigueur, puisqu’on n’en voit qu’une, de face : celle d’un Peck mutique), étouffant suspense de près de vingt minutes.

Autre promesse (à peu près) tenue : la place de l’enfant, ce gamin dont on sent qu’il cherche sa place, entre la vie sauvage et meurtrière de son père, et l’avenir plus rangé et plus « civilisé » qui l’attend avec sa mère (jouée par Eva Marie-Saint, très bien en jeune femme réapprenant péniblement la vie en société, si restreinte soit cette société). Mulligan n’en rajoute pas sur le sujet, peut-être pas assez d’ailleurs. Mais au détour d’un geste troublant, d’une course stoppée dans son élan, il réussit à faire ressentir les hésitations de ce gamin coincé entre deux civilisations.

Ce sujet aurait sans doute pu, ou dû, être plus central. Mais à la psychologie des personnages, Mulligan privilégie la tension et le suspense. Avec une efficacité énorme, un vrai sens du paysage, et un Peck impeccable dans le genre « je sais que je fais une connerie, mais je la fais quand même ».

Sherlock Holmes contre Jack l’Eventreur (A study in terror) – de James Hill – 1965

Posté : 19 avril, 2019 @ 8:00 dans * Polars européens, 1960-1969, HILL James, Sherlock Holmes | Pas de commentaires »

Sherlock Holmes contre Jack l'Eventreur

Prenez un personnage (fictif) mythique de la culture populaire. Opposez-le à un monstre (bien réel) devenu figure mythique de la culture populaire. Confiez cette confrontation à un réalisateur sans grande envergure. Et vous obtenez un thriller appliqué qui remplit parfaitement son cahier des charges, sans jamais sortir de son cadre.

Soit, donc, les ruelles toutes en pavées (et bien trop propres) de White Chapel, quartier londonien condamné à être baigné dans la brume. Soit, aussi, des meurtres de prostitués qui s’enchaînent, et ces furtives images d’un tueur en vêtement long et sacoche à la main. Soit, encore, d’étranges accointances entre la haute bourgeoisie et les habitants de ce quartier mal famé. Voilà pour l’imagerie de Jack l’Eventreur.

Côté Sherlock Holmes, rien n’est oublié, ou presque (pas la moindre trace d’opium ou de quelque drogue que ce soit) : si la pipe, ni la redingote, ni les élémentaire mon cher Watson, ni bien sûr le fameux sens de l’observation et de la déduction du détective. Bien plus proche de l’imagerie liée aux précédentes (et nombreuses) adaptations ciné qu’à l’oeuvre de Conan Doyle.

On est donc en terrain connu, on se demande un peu pourquoi ces deux mythes ne se sont pas rencontrés plus tôt, on suit avec intérêt l’évolution de l’enquête, on soupçonne comme il se doit la plupart des personnages (y compris une jeune femme interprétée une charmante Judi Dench), on s’amuse à se faire gentiment peur… mais au fond on vit ce film comme on vivrait une sorte de jeu de rôle : en profitant du voyage sans jamais être vraiment surpris.

John Neville, futur Münchausen de Gilliam et futur « homme manucuré » de X-Files, joue pleinement le jeu de ce Holmes trop parfait pour être réellement crédible. Parfait donc, mais comme l’est un pastiche.

Le Trou – de Jacques Becker – 1960

Posté : 18 avril, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, BECKER Jacques | Pas de commentaires »

Le Trou

Dans la famille des grands cinéastes qui terminent leur carrière sur un chef d’œuvre, je demande Jacques Becker, cinéaste passionnant qui rompt, pour son ultime film (il mourra prématurément avant sa sortie), avec à peu près tout ce qu’il a fait auparavant, et avec à peu près tout ce que le genre du film d’évasion nous a habitués à voir…

Il s’agit bien d’un film d’évasion, inspiré d’ailleurs d’une histoire vraie : celle d’une poignée de prisonniers de la Santé parmi lesquels José Giovanni (qui en a tiré un livre, puis le scénario du Trou) et Roland Barbat. Ce dernier tient son propre rôle dans le film de Becker, apparaissant au générique sous le pseudonyme de Jean Keraudy. Une expérience d’acteur unique pour lui, mais dont il se sort avec une remarquable intensité.

Les acteurs sont d’ailleurs tous des débutants. Un choix revendiqué par Jacques Becker, qui voulait donner à son film un aspect très brut. Avec Le Trou, Becker ne signe pas pour autant un semi-documentaire : son film est très construit, avec un suspens souvent très tendu, et une dramatisation des rapports humains. Un vrai film de fiction, donc. Mais la forme frappe par sa radicalité.

Le plus marquant, ce sont ces interminables plans sur les détenus mangeant en silence, ou répétant inlassablement les mêmes gestes quotidiens. La répétition des gestes, des situations, des mots même : Becker souligne ainsi avec audace le poids du temps, cet ultime luxe dont disposent les prisonniers qui préparent leur évasion.

Combien de temps dure ce plan fixe qui cadre les mains des détenus burinant longuement (et bruyamment) le sol de leur cellule pour percer le béton et commencer leur tunnel ? De longues, très longues minutes, où la caméra ne montre rien d’autre que ces coups répétés, filmés en gros plans fixe. Et ces minutes sont d’une force dramatique hallucinante : il y a de la rage, de la volonté, de la peur, de la sueur… dans ces images.

Sans fard, sans artifice, Becker filme ces moments interminables. Et c’est l’humanité de ses personnages qui apparaît miraculeusement. D’un scénario on ne peut plus classique d’évasion, Jacques Becker signe un film immense, radical et passionnant. Un authentique chef d’œuvre.

Les Géants de l’Ouest (The Undefeated) – d’Andrew V. McLaglen – 1969

Posté : 11 mars, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, McLAGLEN Andrew V., WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Géants de l'Ouest

La guerre de Sécession vient de s’achever. Le Yankee John Wayne s’empresse de quitter l’armée pour partir avec ses amis à travers l’Ouest. Sur la route du Mexique, il croise le Sudiste Rock Hudson qui, lui, refuse de rendre les armes…

Beau scénario, construit sur d’incessants allers-retours entre la bande à John et la bande à Rock dans les grandes étendues encore sauvages, pleines de dangers. C’est l’histoire de deux groupes d’hommes (et de femmes) qui vont apprendre à revivre ensemble après des années passées à s’entre-tuer, bel éloge de la réconciliation qui a une vraie originalité, et une vraie efficacité.

Andrew V. McLaglen, fait tout pour s’inscrire dans la filiation de John Ford (qu’il connaissait depuis son enfance, en bon fils de Victor McLaglen), ne serait-ce qu’en dirigeant film après film les acteurs fétiches du génial borgne : Wayne bien sûr, mais aussi Ben Johnson (dans un très beau rôle), Harry Carey Jr, Pedro Armendariz ou John Agar. Et puis comme son éternel maître, McLaglen a le goût de l’emphase et des beaux paysages.

Il a de l’ambition, aussi. Dès la séquence d’ouverture, sa volonté est évidente de ne rien atténuer de l’horreur que fut la guerre, enchaînant les plans spectaculaires d’une rare violence : corps soufflés par des explosions, transpercés par des épées, éparpillés sur le sol… La guerre est une saloperie. On retrouve une même ampleur lorsqu’il filme au plus près l’impressionnant troupeau de chevaux convoyé par les anciens Nordistes.

On salue l’ambition, mais on constate l’évidence : McLaglen n’est pas Ford. Sa mise en scène manque de souffle, mais aussi de lyrisme. Et c’est dans une séquence aux antipodes de cette démesure affichée d’emblée qu’il se montre le plus convaincant. Dans la scène du brouillard sur les bords du Rio Grande. Là, dans une brume dense qui ne laisse voir que des détails, son film devient lui aussi plus dense, plus intense, et plus beau.

La suite est parfois plus convenue, mais McLaglen fait le job plutôt efficacement. Et ses deux « géants de l’Ouest », Wayne et Hudson, forment un tandem de frères ennemis aussi improbable que réjouissant.

12345...16
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr