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Archive pour la catégorie '1960-1969'

Condamné à être pendu (Law of the Lawless) – de William F. Claxton – 1964

Posté : 17 mai, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, CLAXTON William F., DE CARLO Yvonne, WESTERNS | Pas de commentaires »

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On peut dire ce qu’on veut de ce petit western Paramount : mal fagoté, un peu naïf, filmé platement, plein de défauts, joué par des vedettes vieillissantes… Mais malgré tous ses défauts, il ne manque pas de charme. En grande partie grâce à ses acteurs d’ailleurs : même si leurs personnages ne sont pas exceptionnellement écrits, voire improbables, c’est toujours un plaisir de retrouver Bruce Cabot et William Bendix, le premier en tueur tiraillé par une envie de vie paisible, le second en shérif écœuré par l’injustice.

Surtout, il y a Yvonne De Carlo. Et ça, je dois avouer que ça suffit toujours à mon bonheur. Dix ans après La Belle Espionne, la quarantaine bien sonnée, les traits légèrement empâtés, elle rayonne toujours d’une beauté troublante, mélange d’érotisme et d’émotion à fleur de peau, de force et de fragilité. Elle n’a pas toujours été servie par les rôles les plus riches du western, et celui-ci n’est pas exempt de défauts. Mais son personnage évoque plutôt habilement le destin de ces femmes qu’un duel aux pistolets a fait veuves, habituelle silhouette d’arrière-plan qui se retrouve ici au cœur de l’intrigue.

Ce qui vaut d’ailleurs l’une des belles scènes du film : un simple dialogue autour d’une table de restaurant entre Yvonne De Carlo et Dale Robertson, ancien pistolero devenu juge, qui doit présider le procès d’un ami accusé de meurtre. Robertson aussi est impeccable. Vedette de seconde zone, il n’a jamais été un acteur particulièrement profond. Mais il a un charisme certain, et fait preuve d’une économie de moyen dans son jeu qui fait de son personnage une sorte d’ange qui annonce l’arrivée de la justice dans cet Ouest encore sauvage.

Cinéaste guère réputé, Claxton filme la plupart des scènes sans génie, et parfois même franchement maladroitement. Il réussit pourtant quelques scènes mémorables, notamment une fusillade suivie d’un affrontement à mains nus dont la violence, même si hors champs pour la majeure partie, est d’une brutalité rare dans le western américain de l’époque, sans doute déjà influencée par le western spaghetti qui explose cette même année (le générique du début évoque d’ailleurs clairement celui de Pour une poignée de dollars).

Et puis le film se termine par une séquence très attendue : celle de l’incontournable duel, annoncé dès les premières scènes. Mais l’affrontement, intense et parfaitement tendu, prend une dimension totalement inattendue, qui permet à ce western de se refermer en laissant une belle impression.

La Grande Vadrouille – de Gérard Oury – 1966

Posté : 10 mai, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, OURY Gérard | Pas de commentaires »

La Grande Vadrouille - de Gérard Oury - 1966 dans 1960-1969 La%20Grande%20Vadrouille_zpsafrtu7ag

Gérard Oury et Louis De Funès risquent fort de ne jamais être très présents sur ce blog. Mais La Grande Vadrouille, quand même, reste un sommet du cinéma populaire de l’époque. Et le couple que le comique grimaçant forme avec Bourvil mérite tout le bien qu’on a pu en dire depuis cinquante ans. Ces deux-là, dans ce contexte-là (la France de l’Occupation, pour les lecteurs qui n’auraient jamais eu accès à la télévision depuis leur enfance), représentent à la fois toute la mesquinerie et toute la générosité du Français moyen.

Comme dans La Traversée de Paris donc, première rencontre (brève) entre les deux acteurs, mais en ouvertement positif. D’ailleurs, si le film a eu un tel retentissement à sa sortie, c’est parce qu’il était sans doute le premier, vingt ans après la fin de la guerre, à traiter l’occupation sur le ton de l’humour et de la bienveillance. Les deux personnages principaux ne sont des « héros » que de circonstance, et les Allemands sont des méchants qui prêtent plutôt à sourire. Oury prend d’ailleurs bien soin de de tuer personne : « sa guerre » est plutôt une occasion de révéler ce que les hommes et les femmes ont de mieux.

Le meilleur, bien sûr, c’est alchimie entre les deux doubles inversés, Bourvil le modeste et généreux, et De Funès le colérique condescendant. Ces deux-là ne se ressemblent en rien, c’est la rencontre de deux mondes qui n’auraient jamais dû se croiser dans des circonstances normales. Mais quel plaisir de voir De Funès martyriser le pauvre Bourvil « parce que c’est comme ça ! », lui rappelant sans cesse leurs différences de classe, qui s’estompera à peine devant l’adversité.

On connaît La Grande Vadrouille par cœur, la scène des Bains Turcs (« Mais alors, you are French ! »), celle des ronflements, celle des vélos (« D’abord mes souliers, maintenant mon vélo ! »), ou celle des planeurs (« Y’a pas d’hélice hélas. » « C’est là qu’est l’os. »)… Et ça fonctionne toujours. Du cinéma populaire décomplexé et généreux, au rythme impeccable.

Trente minutes de sursis (The Slender Thread) – de Sydney Pollack – 1965

Posté : 21 avril, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, POLLACK Sydney | Pas de commentaires »

Trente minutes de sursis (The Slender Thread) - de Sydney Pollack - 1965 dans 1960-1969 Trente%20minutes%20de%20sursis_zpsg1xo9wmn

Souvent évoqué comme son premier long métrage, Propriété interdite a certes établi la réputation du jeune Sydney Pollack. Mais un an plus tôt, le jeune cinéaste (tout juste 30 ans au compteur) signait ce film déjà très maîtrisé, curieusement inspiré d’un fait divers découvert dans un magazine : un étudiant, bénévole dans un centre d’appel d’urgence, a parlé au téléphone pendant une heure à une femme qui venait d’avaler un tube entier de médicaments, tentant de la localiser avant qu’il ne soit trop tard.

Pour son premier film, Pollack n’affiche pas encore le cynisme qui sera le sien quelques années plus tard. Même avec l’histoire d’une femme qui se suicide, il parvient à être positif, soulignant la force de l’entraide et de la compréhension, à travers la relation entre cette femme (Anne Bancroft) et son interlocuteur (Sidney Poitier), qui refuse d’être indifférent à son sort.

Le film est raconté en temps réel, cette heure de discussion étant « allongée » de nombreux flash-backs qui éclairent peu à peu les raisons de se suicide. Ces flash-backs sont assez convenus, histoire plutôt banale d’un drame conjugal, qu’Anne Bancroft rend touchante sans réussir totalement à rendre palpable l’ampleur de son désespoir.

Le plus réussi, c’est le lien qui se crée entre ces deux êtres qui ne se rencontreront jamais, entre le jeune Poitier, étudiant plein de vie et d’insouciance, et cette voix sur laquelle il ne peut pas mettre un visage, mais dont il se soucie comme de son meilleur ami. Là, dans les limites strictes de cette pièce où se joue le drame à distance, Pollack fait preuve d’une vraie maîtrise, et d’un sens de la tension absolument parfait, utilisant aussi bien les changements d’angle que les regards silencieux et lourds de sens des seconds rôles (dont Telly Savalas).

Quand il sort de cette pièce, Pollack se laisse hélas aller à plusieurs tentations : celle d’être trop démonstratif (le film n’aurait-il pas été plus puissant s’il avait gardé le mystère sur cette femme ?), et celle de vouloir à tout prix être dans l’air du temps. La musique de Quincy Jones est très réussie, mais trop présente par moments. Et quelques scènes sont gâchées par un montage trop agressif. Des « erreurs de jeunesse » que Pollack ne renouvellera pas.

Frontière chinoise (7 women) – de John Ford – 1966

Posté : 18 avril, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, FORD John | Pas de commentaires »

Frontière chinoise (7 women) - de John Ford - 1966 dans 1960-1969 Frontire%20chinoise_zpsymtqdt0x

Etrange année, quand même, qui a vu deux des plus grands géants du 7e Art tourner leurs derniers films : Chaplin avec La Comtesse de Hong Kong, et Ford avec ce 7 women qui en a dérouté plus d’un à sa sortie, du côté du public comme de la critique. C’est pourtant sur une pure merveille que Ford termine sa carrière, lui qui, diminué physiquement, aurait pu s’arrêter sur un échec : celui de Young Cassidy dont il quittera le tournage après deux semaines seulement.

Heureusement, il lui restait suffisamment de santé, et d’envie, pour se lancer dans un projet qui semble pourtant loin de son cinéma : l’adaptation d’une nouvelle, l’histoire d’un petit groupe de femmes blanches qui vivent isolées dans une mission en Chine, loin de leur civilisation, et entourées de dangers. Une histoire de femmes ? C’est presque une première pour Ford qui a certes souvent filmé de beaux personnages de femmes, de la Frau Bernl de Four Sons à Maureen O’Hara dans tous ses films, mais souvent un peu en retrait par rapport aux hommes.

Ici, les hommes sont quasi-absents, et le titre original lui-même revendique l’ambition du réalisateur : il n’est question que de ces femmes, de ce qu’elles sont, de ce qu’elles ont abandonné pour venir vivre dans cette région chinoise hostile dominée par un terrifiant maître de guerre. Les dangers qu’elles rencontrent – l’épidémie de peste et l’attaque des bandits – ne sont que des révélateurs de ce que ces femmes vivent.

Et quelle galerie de personnages ! Une directrice qui dissimule mal derrière son autoritarisme et sa foi ses profondes névroses (Margaret Leighton, à la fois glaçante et pathétique) ; une vieille fille qui cherche un sens à sa vie ; une femme vieillissante qui n’est là que pour avoir suivi son mari, seul homme du groupe, et qui se retrouve enceinte dans cette contrée lointaine ; une toute jeune fille pleine d’espérances (Sue Lyon, la Lolita de Kubrick) ; ou encore une femme médecin dont la liberté va bousculer cet ordre bien établi (Anne Bancroft).

Les personnages sont des femmes qui ont renoncé à la société pour d’obscures raisons, des femmes confrontées à leurs propres choix, à leurs doutes, à leurs envies inassouvies. L’image de Margaret Leighton qui observe la jeunesse affolante de Sue Lyon est aussi osée qu’émouvante : envie-t-elle simplement sa jeunesse et son avenir ? ou lutte-t-elle contre une pulsion saphique qu’elle veut à tout prix contrôler ? A chacun son interprétation, mais le trouble du personnage crée un malaise profond.

Et Ford filme ce petit monde dans de belles couleurs un peu passées, et avec une grande délicatesse, à l’image de ce gros plan fixe et magnifique sur les visages d’Anne Bancroft et Eddie Albert qui observent les flammes au loin, annonciatrices du chaos qui s’approche. Ford aurait pu faire de ce film un grand film d’aventure exotique et spectaculaire. Il privilégie constamment les personnages et son huis clos, la caméra ne s’éloignant jamais de la mission.

Pas une seule faute de goût dans ce film (bon, Woody Strode est quand même très noir pour jouer un Chinois !), jusqu’à la conclusion, dont je ne dirai rien si ce n’est qu’elle est magnifique et bouleversante. Ford clôt son dernier film de fiction sur une ultime image sublime et rageuse. Un coup de poing, un adieu à la hauteur de sa filmographie hallucinante.

Alvarez Kelly (id.) – d’Edward Dmytryk – 1966

Posté : 10 mars, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, DMYTRYK Edward, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Dmytryk signe avec ce western au sujet original une grosse production ambitieuse, séduisante et imparfaite. Imparfaite parce que le ton est assez étrange, Dmytryk semblant ne pas réussir à faire son choix entre un drame de guerre sombre et désenchanté, et une légèreté dont il ne se dépare jamais vraiment. Il passe ainsi de séquences de combat violentes et tragiques, à une conclusion toute en humour portée par une voix off finale rigolarde.

Le film n’en est pas moins séduisant par son sujet (l’importance de fournir en nourriture les troupes au front), et surtout par son absence totale de manichéisme. Le « héros » de l’histoire, convoyeur de bétail, est ainsi un mercenaire capable de se vendre aux Nordistes comme aux Sudistes, et qui passe effectivement de l’un à l’autre sans sourciller, le film changeant alors tout simplement de point de vue.

Il y a bien des bons et des méchants dans ce western, mais pour une fois, la différence n’est pas une question de couleur d’uniforme. Rien que pour ça… Des innombrables films prenant la Guerre de Sécession comme toile de fonds, rares sont ceux qui prennent le parti… de ne pas prendre partie. Alvarez Kelly n’est ni pro-Sud, ni pro-Nord, simplement un film qui parle des hommes (et des femmes, avec deux personnages très intéressants) confrontés à leurs choix personnels en temps de guerre.

Et puis Dmytryk utilise plutôt bien les moyens conséquents qu’il a à sa disposition, et ce Cinemascope impressionnant qui nous vaut quelques moments spectaculaires mémorables, notamment dans les séquences de fuites et les scènes d’action : en particulier cette cavalcade insensée d’un troupeau de 2500 têtes qui fonce vers un pont étroit.

Rajoutez à ça deux grands acteurs, Richard Widmark et William Holden. Avec quand même une mention pour le second, dont le personnage cynique est nettement plus intéressant, une sorte de double inversée de celui qu’il tenait dans Les Cavaliers, le film de Ford auquel on pense forcément, tant Dmytryk semble s’en inspirer dans sa manière de filmer les cavaliers en marche dans ses grandes étendues.

La Chambre ardente – de Julien Duvivier – 1962

Posté : 8 mars, 2017 @ 8:03 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

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Jamais vraiment là où on l’attend, Duvivier signe un thriller très inspiré de l’ambiance baroque des films d’épouvante italiens de l’époque. Un château isolé, une mort mystérieuse, un cadavre qui disparaît, des nappes de brume qui semblent prendre vie, une cérémonie macabre dans une crypte mortuaire… Cette adaptation d’un roman de John Dickson Carr tient plus du film d’horreur que du polar, même si le fantastique n’est au final qu’apparence et faux semblants.

Encore que… Le film est construit sur un modèle cher à Agatha Christie : un meurtre mystérieux, et une poignée de personnages qui sont autant de suspects potentiels ayant un intérêt à voir la victime trépasser, à commencer par ses deux neveux (le survolté Claude Rich et le manipulateur Jean-Claude Brialy) qui attendent avec impatience et cynisme l’héritage du richissime tonton, un procédé dont Duvivier s’était déjà inspiré pour Marie-Octobre. Mais au milieu de ces personnages, il y a celui joué par Edith Scob, descendante d’une « sorcière » trahie et brûlée des siècles plus tôt par l’aïeul de la victime.

Voir Duvivier filmer un tel microcosme familial lourd de secrets n’a rien d’étonnant. Mais le voir flirter avec le fantastique, et mettre en scène un personnage visiblement habité par une sorte de malédiction familiale est nettement plus inattendu. L’association des deux est parfois bancale : aussi fascinant soit-il, le personnage d’Edith Scob paraît souvent un peu en décalage avec le reste du film. Mais elle contribue à l’atmosphère inquiétante et trouble du film.

Dès la séquence d’ouverture, « affrontement » de deux voitures lancées à toute vitesse sur les petites routes de la Forêt Noire, Duvivier installe une belle tension, et semble d’emblée opposer ses personnages les uns aux autres. Mais c’est quand il assume le plus ses envies de fantastique horrifique que son film est le plus réussi : lors des nombreuses scènes de nuit où il utilise tous les trucs du pur cinéma d’épouvante (l’obscurité, le vent dans les arbres, les bruits de pas dans la nuit…).

C’est le film d’un cinéaste qui aime son art, et qui profite de cette œuvre tardive pour rendre hommage à d’autres réalisateurs a priori très éloignés de son propre univers. En l’occurrence, on pense beaucoup à Mario Bava, dont le culte Masque du Démon était sorti l’année précédente. A Hitchcock aussi, à qui Duvivier emprunte la célèbre scène du verre de lait de Soupçons. Avec de telles références, pas étonnant que La Chambre ardente soit si effrayant.

Seuls sont les indomptés (Lonely are the brave) – de David Miller – 1962

Posté : 16 février, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, DOUGLAS Kirk, MILLER David, POLARS/NOIRS, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Un cowboy se réveille près de son cheval, dans un paysage désertique. Une première image classique de western. Mais alors qu’il selle son compagnon, un étrange bourdonnement se fait entendre, de plus en plus pressant. Le cowboy lève les yeux vers les premières lueurs du jour : trois avions de chasse passent dans le ciel.
A peu près tout est dit dans cette première scène sobre, au noir et blanc superbement granuleux. Seuls sont les indomptés est le portrait d’un homme perdu dans son époque, un cowboy qui n’envisage sa vie que libre et sans contrainte, sans attache, un authentique solitaire né 80 ans trop tard, interprété par Kirk Douglas, une nouvelle fois immense.

Il y a ainsi une très belle scène avec Gena Rowlands, femme dont on comprend qu’il l’a aimée, mais l’a poussée à épouser son meilleur ami. « Tu en voulais trop », lui rappelle-t-elle. « Je n’en voulais pas assez », corrige-t-il. « Je ne voulais pas de maison, ni de cuisine aménagée, je ne voulais que toi. »

Un homme qui ne se « rêve » pas en homme libre, mais qui va au bout de ce qu’il est, fulminant quand sa route croise des barbelés (un vieux thème du western classique), se faisant volontairement enfermée en prison pour aider son ami à s’évader… avant de réaliser que son ami, lui, a finalement accepté l’époque qui est la leur, et les règles et contraintes qui vont avec.

Seuls sont les indomptés n’est pas un film parfait : quelques rebondissements discutables, le personnage de brute un rien caricatural joué par George Kennedy, ou les apparitions, tout au long du film, d’un camionneur (Carroll O’Connor) dont on imagine bien vite qu’il représente une sorte de destin fatal, procédé téléphoné pas très heureux.

Mais il y a surtout la nostalgie d’une certaine Amérique, qui prend toute sa dimension dans la longue séquence de la traque, entre un Kirk Douglas qui retrouve un décor pur enfin digne de l’Ouest sauvage… perturbé par l’apparition d’un hélicoptère et de voitures, et un shérif nonchalant et fatigué (Walter Matthau, réjouissant), dont on ressent la sympathie qu’il a pour cet homme qui va au bout de ses passions. Le symbole magnifique d’une époque révolue où la liberté était la première des valeurs.

Sept secondes en enfer (Hour of the Gun) – de John Sturges – 1967

Posté : 11 décembre, 2016 @ 8:00 dans 1960-1969, RYAN Robert, STURGES John, WESTERNS, Wyatt Earp / Doc Holiday | Pas de commentaires »

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Le réalisateur du classique Règlement de comptes à OK Corral qui renoue avec le plus célèbre gunfight de l’histoire de l’Ouest. C’est une bien belle idée, d’autant plus que ce western-là commence exactement là où beaucoup d’autres s’arrêtent : par le fameux règlement de compte à O.K. Corral.

Sturges ne signe pas pour autant une suite de son classique : les acteurs sont différents, le ton est différent, la situation même est différente. D’ailleurs un carton l’annonce au début : c’est l’histoire véridique que l’on va découvrir. Bon… c’est vrai que ce genre de carton est là pour attester bien des versions radicalement différentes de la vie de Earp.

Un beau film, et surtout un beau personnage : le célèbre marshall Wyatt Earp, tiraillé entre sa soif de vengeance familiale, et ce sens du devoir et de la loi qu’il tente douloureusement de conserver. Un homme de l’Ouest pris en étau entre deux visions de la vie, deux époques aussi : celle de l’Ouest sauvage, et celle de l’Est qui représente la civilisation. Un thème archi rabâché dans le western, mais qui se renouvelle joliment ici, notamment avec cette figure du juge encore impuissant face à la violence, qui doit se résoudre à laisser en liberté ceux qu’il sait coupables. Mais le système est en place, le changement c’est pour bientôt.

Réussie aussi, l’amitié virile et touchante entre Holliday (Jason Robards, excellent mais très loin du personnage imposé par Kirk Douglas dans le classique de Sturges) et Earp (James Gardner, qui reprendra ce rôle 20 ans plus tard dans le malin Meurtre à Hollywood de Blake Edwards), qui atteint une sorte d’apogée nostalgique dans cet étonnante maison de repos du Colorado, où « Doc » va affronter son pire ennemi : lui-même, ses démons.

Le film privilégie l’attente et la psychologie des personnages. Mais Sturges y place de belles fulgurances dans l’action, avec cette violence sèche et brutale qui sort de n’importe où : un coup de feu à travers une fenêtre fermée dans le calme d’une salle de billard, un duel entre deux hommes fatigués (Robert Ryan, dans le rôle de Ike Clanton, est une nouvelle fois formidable).

Il y a pourtant quelque chose qui ne prend pas totalement dans ce film. Difficile de mettre le doigt sur ce « quelque chose », tant Sturges semble inspiré dans sa manière de mener l’action, de diriger ses comédiens… Malgré toutes ses qualités, malgré le vrai plaisir qu’on y prend, l’alchimie des grands westerns de Sturges ne se retrouve pas complètement.

Les Sept Mercenaires (The Magnificent Seven) – de John Sturges – 1960

Posté : 14 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1960-1969, STURGES John, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Un peu fâché avec la mode dévorante des remakes, je profite de la sortie en salles des Sept Mercenaires d’Antoine Fuqua pour revoir l’original de Sturges. Et oui, je sais, ce choix est très discutable, puisque cet « original » était déjà un remake, celui d’un chef d’œuvre du film de sabre signé Kurosawa. Mais reconnaissez que cette première version westernienne a, quand même, une classe folle.

John Sturges est au sommet de son art quand il filme ce petit classique westernien, totalement jouissif. On pourrait essayer de lui retirer tout mérite, et estimer que la réussite du film tient essentiellement à son casting impeccable. Jugez plutôt : Steve McQueen, Yul Brynner, James Coburn, Charles Bronson ou Robert Vaughn côté mercenaires… Eli Wallach côté grand méchant.

Et tout ce petit monde qui cabotine joyeusement, imposant à chacun des personnages une personnalité propre inoubliable. Dès la scène du corbillard, première rencontre des deux héros McQueen et Brynner, c’est à un véritable concours de cabotinage que se livrent les deux acteurs, mais un concours réjouissant, sans jamais écraser l’autre. Et à ce petit jeu, c’est Steve McQueen qui s’impose.

Coburn aussi est formidable, incroyable en lanceur de couteau quasi-muet, à la dégaine impossible. Quant à Robert Vaughn, plus en retrait, il incarne un personnage pour le moins inattendu, fine gâchette écrasée par la peur. Bronson, lui, est un dur au cœur tendre particulièrement touchant. Et Horst Buchholz, héritier désigné de Toshiro Mifune, il parvient à s’imposer en face d’aînés quand même très impressionnants.

Mais ne retenir que les acteurs serait injuste pour le réalisateur. Car Sturges sait donner une belle atmosphère à son film. Et il se révèle aussi à l’aise dans l’extraordinaire affrontement final, que dans la première demi-heure quasiment dénuée de toute action, où il ose instaurer un faux rythme pour mieux présenter ses personnages.

De la même manière, il y a du fond dans ce film d’action réjouissant. Une manière de filmer la violence pour mieux la dénoncer. Une manière aussi de mettre en valeur la vacuité d’une vie consacrée à la violence : face à l’arrogance de la jeunesse, Sturges met en scène des hommes murs confrontés à leur propre mal-être, sans rêve et sans avenir. Et c’est beau.

Les Eperons noirs (Black Spurs) – de R.G. Springsteen – 1965

Posté : 31 octobre, 2016 @ 8:00 dans 1960-1969, SPRINGSTEEN R.G., WESTERNS | Pas de commentaires »

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Plein de belles idées dans ce petit western de séries : un homme sans histoire se transforme en chasseur de primes ; un prêtre au passé trouble prêche en jouant des poings ; deux villes se disputent l’arrivée du chemin de fer ; un manipulateur fait naître le chaos dans une petite ville tranquille…

Et pourtant, on s’ennuie ferme devant un spectacle aussi terne. Réalisateur prolifique ces années-là, R.G. Springsteen a tourné des tas de westerns demeurés obscurs. A voir celui-ci, pas difficile de comprendre pourquoi : le gars n’a visiblement pas un talent démesuré, ni pour rythmer son récit, ni pour donner du relief à ses personnages, ni même pour filmer correctement les scènes d’actions.

Seuls passages plutôt réussis : les scènes de bar. Le chaos qui y règne réussit plutôt à Springsteen, qui sait qu’il peut se contenter de poser sa caméra au milieu de la foule, qui s’animera d’elle-même.

Pas grand-chose à sauver, donc, si ce n’est de belles idées et le rêve de ce qu’un grand cinéaste aurait pu en faire. On se console quand même avec une belle distribution de vieux briscards, franchement sur le retour : Rory Calhoun, Scott Brady, Bruce Cabot, et Linda Darnell dans son tout dernier rôle.

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