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Chair de poule – de Julien Duvivier – 1963

Posté : 3 juillet, 2024 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

Chair de poule

On a un peu vite dit que la fin de carrière de Duvivier était décevante. Peut-être ce constat un peu trop facilement partagé a-t-il fait oublier quelques réussites. Ce Chair de poule, malgré un titre moche et une affiche ratée, en fait partie : avec cette adaptation d’un roman noir de James Hadley Chase, le cinéaste renoue avec une veine sombre qui lui va bien, et qui lui a inspiré quelques chefs d’œuvre, souvent avec Gabin en anti-héros marqué par le destin.

Vingt-cinq ans plus tôt, le rôle que tient ici Robert Hossein (excellent, d’ailleurs) serait sans doute revenu à l’interprète de La Bandera : qui d’autre, avant guerre, pour incarner ce genre de personnages dont on sait dès le début qu’ils sont promis à un sort funeste, que le hasard mène droit dans les bras d’une authentique femme fatale qui scelle son sort au premier regard.

Hossein, donc, évadé qui trouve refuge dans une station service au milieu de nulle part, où il se lie d’amitié avec le patron, homme jovial et vieillissant (George Wilson, jovial et attachant), marié à une femme trop jeune et trop belle (Catherine Rouvel). Oui, on croirait le postulat du Dernier Tournant et Le Facteur sonne toujours deux fois, les adaptations du roman de James M. Cain. Et on n’est clairement pas loin dans l’esprit.

Mais c’est bien d’un roman de Chase qu’il s’agit, auteur que Duvivier avait déjà adapté avec L’Homme à l’imperméable (nettement moins convaincant). De l’admirable première séquence, modèle de découpage et de mise en scène, à la conclusion sombre et ironique, cette histoire noire au possible inspire à Duvivier son dernier grand film, d’une richesse extrême jusque dans ses détails.

Une courte scène dans un HLM suffit à faire ressentir l’étouffement d’un personnage. L’effervescence d’un dimanche dans une cafétéria illustre la violence sexiste d’une société machiste… Et cette chaleur, la poussière, la culpabilité, la suspicion et le dégoût… que l’on ressent sans grand discours.

Duvivier n’est peut-être jamais aussi passionnant que quand il plonge dans les côtés les plus obscurs de l’âme humaine. Avec ce film noir, il s’épanouit comme rarement dans cette dernière partie de carrière. C’est brûlant et glaçant, et c’est une réussite majeure.

Un détail pour finir, intriguant : ce générique de début, à la manière de ceux, immuables, d’Ozu, qui mourra un mois après la sortie du film en salles. Curieux hasard, qui fait planer d’emblée et rétrospectivement une ombre de mort sur le film…

La Quatrième dimension (The Twilight Zone) – créée par Rod Serling – saison 1 – 1959/1960

Posté : 2 juillet, 2024 @ 8:00 dans 1950-1959, 1960-1969, ASHER William, BARE Richard L., BRAHM John, CLAXTON William F., COURTS MÉTRAGES, FANTASTIQUE/SF, FLOREY Robert, GANZER Alvin, HEYES Douglas, LEADER Anton, LEISEN Mitchell, LUPINO Ida (actrice), McDEARMON David Orrick, MEDFORD Don, MILES Vera, NELSON Ralph, PARRISH Robert, POST Ted, REISNER Allen, ROSENBERG Stuart, SERLING Rod, SMIGHT Jack, STEVENS Robert, TÉLÉVISION, WINSTON Ron | Pas de commentaires »

La Quatrième dimension 1 The Time Element

The Time Element (pilote)

* pilote : The Time Element (id.) – réalisé par Allen Reisner

Ce n’est pas encore tout à fait The Twilight Zone : le célèbre générique et la voix du créateur et scénariste Rod Serling sont encore absents. Mais The Time Element, diffusé dans le cadre du programme Westinghouse Desilu Playhouse, est considéré comme le pilote de la série. Ses qualités incontestables vont propulser le show, qui deviendra très vite l’une des plus éclatante réussites de l’histoire de la télévision.

Plus long qu’un épisode classique (près d’une heure ici), ce moyen métrage se base, comme beaucoup d’épisodes par la suite, sur un thème récurrent du cinéma fantastique, en l’occurrence le voyage dans le temps. Mais sur un mode inattendu : c’est lorsqu’il rêve que le personnage interprété par William Bendix est propulsé une quinzaine d’années en arrière, à la veille de l’attaque des Japonais sur Pearl Harbor, rêve récurrent qu’il raconte à un psychiatre, joué par Martin Balsam.

Les scènes dans lesquelles ce dernier apparaît ne sont pas les plus pertinentes : le film aurait sans doute gagné en intensité en se concentrant uniquement sur l’expérience de ce vétéran confronté à ce qu’il sait être une tragédie à venir. D’ailleurs, les allers-retours passé-présent sont de moins en moins nombreux, et l’intrigue se recentre de plus en plus sur la partie se déroulant en 1941. La plus passionnante, et la plus tendue.

* 1 : Solitude (Where is everybody ?) – réalisé par Robert Stevens

Le véritable « pilote » n’ayant pas été diffusé, c’est avec cet épisode que les spectateurs français ont découvert cette série mythique. Et d’emblée, tout ce qui fera le succès du show est déjà là : cette manière de faire naître l’angoisse de nulle part, de transformer le quotidien en cauchemar éveillé, sans grosses ficelles, sans gros moyens, juste avec des histoires intrigantes ou dérangeantes, et une mise en scène soignée.

Ce premier épisode se base sur un motif que l’on retrouvera au cours des saisons à venir : un homme, amnésique, se retrouve dans une ville dont tous les habitants semblent s’être évaporés. D’abord amusé, puis étonné, il réalise peu à peu l’horreur de sa situation. Le film doit d’ailleurs beaucoup à l’interprétation d’Earl Holloman, seul à l’écran la plupart du temps, et excellent.

La réussite repose aussi sur la manière dont le personnage est constamment contraint par les objets qui l’entourent, et qui l’enferment avec un sentiment grandissant de menace : un vélo qui le fait trébucher, une cabine téléphonique qui refuse de le faire sortir, une porte de prison qui semble vouloir le retenir, des présentoirs qui tournent sur eux-mêmes comme s’ils le dévoraient…

Avec sa conclusion trop explicative, Rod Serling, le créateur et scénariste du show, ne va pas au bout de la logique qui sera celle des épisodes et des saisons à venir, et fait un peu retomber la pression. Mais ce coup d’essai est pour le moins plein de promesses.

* 2 : Pour les anges (One for angels) – réalisé par Robert Parrish

Changement de ton avec cette variation tendre et gentiment cruelle sur le thème de la Mort qui vient chercher sa victime. La Grande Faucheuse est bien loin de l’intraitable incarnation du Septième Sceau, et a ici les traits avenants et compréhensifs et le costume impeccable de Murray Hamilton (qui sera le maire cynique des Dents de la mer). Quant à celui dont l’heure a sonné, c’est Ed Wynn, en vieux colporteur au grand cœur, qui pense avoir trouvé le truc infaillible pour sauver sa peau.

Sauf que tricher avec la Mort n’est pas sans conséquence. Et pour faire simple, il réalise bientôt que le sursis dont il dispose pourrait bien coûter la vie à une fillette. Au-delà de ses ressors plutôt rigolos (la Mort est transformée en acheteur compulsif par le bagout du vieil homme), le film parle du temps qui passe, de la trace que l’on laisse, et de l’acceptation de sa propre mort.

La Quatrième dimension 1 Souvenir d'enfance

Souvenir d’enfance (Walking distance)

* 3 : La Seconde chance (Mr. Denton on Doomsday) – réalisé par Allen Reisner

Excellente variation sur le thème westernien du tireur rattrapé par sa réputation. Dan Duryea y est formidable dans le rôle d’un alcoolique pathétique hanté les morts dont il a été responsable par le passé, et torturé par un Martin Landau parfaitement odieux, tout de noir vêtu.

Comme dans l’épisode précédent, le fantastique prend la forme d’une apparition mystérieuse : celle d’un colporteur au regard affûté et au verbe rare nommé « Faith » (destin). Plus qu’un film sur la chance ou le destin, cet épisode très réussi est aussi une réflexion bienveillante sur le libre arbitre.

* 4 : Du succès au déclin (The Sixteen-millimeter Shrine) – réalisé par Mitchell Leisen

Une actrice, star déchue, vit recluse dans sa villa où elle passe ses journées à revoir ses vieux films. La parenté avec Sunset Boulevard est évidente, et parfaitement assumée. Ida Lupino, dans le rôle principal, est une sorte de double bouleversante de Norma Desmond, qui finirait par réaliser le fantasme du personnage imaginé par Billy Wilder.

Un plan, magnifique, résume bien la réussite de cet épisode : dans le salon obscur transformé en salle de projection, l’actrice surgit de derrière l’écran, comme si elle en sortait… La frontière entre le passé et le présent, la difficulté d’accepter le temps qui passe : tout est dans ce plan. Une nouvelle réussite, avec aussi Martin Balsam et Ted De Corsia.

* 5 : Souvenir d’enfance (Walking Distance) – réalisé par Robert Stevens

Voilà l’un des classiques qui ont fait la grandeur de Twilight Zone (et qui ont marqué mon enfance) : l’histoire d’un homme (Gig Young) qui fuit une vie qu’il trouve insupportable et se retrouve dans la petite ville où il a grandi et où il n’a plus mis les pieds depuis 20 ans… avant de réaliser qu’il est aussi revenu 20 ans en arrière, à l’époque de son enfance.

Délicieusement nostalgique, cet épisode est une merveille, qui illustre le désir de beaucoup de retrouver ses souvenirs d’enfance. Très émouvant, par moments franchement bouleversant (le dialogue final avec son père, le milk-shake à trois boules…), mais pas passéiste pour autant, Souvenir d’enfance fait partie des chefs d’œuvre de la série.

La Quatrième dimension 1 Question de temps

Question de temps (Time enough at last)

* 6 : Immortel, moi jamais ! (Escape Clause) – réalisé par Mitchell Leisen

Première petite déception pour cette série jusqu’ici impeccable. Pas que cette variation sur le thème de l’âme vendue au diable soit un ratage : son parti-pris est même plutôt rigolo, avec ce type odieux pour qui le monde entier tourne autour de sa petite personne. Mais le personnage (interprété par David Wayne) est totalement monolithique, sans l’once d’une fêlure dans la carapace. Difficile dans ces conditions de s’identifier, ou même de ressentir une quelconque émotion.

Mais l’histoire de cet homme qui acquiert l’immortalité sans trop savoir quoi en faire s’achève par l’un de ces twists dont Rod Serling a le secret. Et le diable a l’apparence bonhomme de l’excellent Thomas Gomez. Rien que pour ça…

* 7 : Le Solitaire (The Lonely) – réalisé par Jack Smight

Un homme condamné pour meurtre vit seul en exil sur un astéroïde à des milliers de kilomètres de la Terre. Un jour, l’officier qui le ravitaille lui apporte un robot qui ressemble trait pour trait à une femme de chair et d’os, avec des sensations et des émotions…

Fidèle à ses habitudes, la série rejette toute idée de spectaculaire : le décor est celui, banal, d’une région désertique, avec ses grands espaces, une petite cahute un peu minable, et même un vieux tacot qui ne roule pas. Au milieu, Jack Warden, excellent dans le rôle d’un homme rongé par la solitude, qui réapprend à vivre au contact de ce robot si humain.

Ce joli épisode très émouvant est une belle réflexion sur la nécessité de vivre en société, et sur la nature des sentiments. Très juste, et porté par la belle musique de Bernard Herrmann.

* 8 : Question de temps (Time enough at last) – réalisé par John Brahm

Voilà peut-être l’épisode qui m’a le plus marqué dans ma jeunesse. Et même sans la surprise du terrible rebondissement final, il faut reconnaître que ce petit bijou garde toute sa force. Et quelle interprétation de la part de Burgess Meredith, formidable en petit homme à lunettes amoureux fou des livres, contraint de lire en cachette pour éviter les remontrances de son patron et de sa femme (à ce propos, j’étais persuadé qu’on le voyait lire les étiquettes des bouteilles à table, alors qu’il ne fait que le mentionner).

En moins de trente minutes, John Brahm raconte le triste et banal quotidien de ce doux rêveur, et le confronte à l’apocalypse, faisant de lui le dernier homme sur terre. Son errance est alors déchirante, puis enthousiasmante, puis pathétique. Beau, émouvant, et d’une grande justesse : un petit chef d’œuvre.

La Quatrième Dimension 1 La Nuit du jugement

La Nuit du jugement (Judgment Night)

* 9 : La Poursuite du rêve (Perchance to dream) – réalisé par Robert Florey

Un homme arrive chez un psychiatre et lui explique qu’il est éveillé depuis près de quatre jours : s’il s’endort, il meurt… Un point de départ très intriguant pour cet épisode qui ne tient pas totalement ses promesses. Le propos est un peu confus, et part vers plusieurs directions différentes avant de se focaliser sur les mystères des rêves.

Cela dit, cet épisode illustre parfaitement l’économie de moyen propre à la série, qui sait créer une atmosphère d’angoisse à partir d’éléments du quotidien. Il offre aussi un beau rôle à l’excellent Richard Conte, face à un John Larch plus en retrait. Quant aux scènes de rêve, qui occupent une grande partie de la seconde moitié, elles sont à la fois sobres et joliment stylisées.

* 10 : La Nuit du jugement (Judgment Night) – réalisé par John Brahm

Un homme se réveille sur un bateau naviguant sans escorte en 1942, dans une mer infestée de sous-marins allemands… Qui est-il ? Comment est-il arrivé là ? Lui-même ne s’en souvient pas. Mais il a bientôt la certitude, de plus en plus précise, d’une catastrophe qui approche.

On retrouve le John Brahm de The Lodger dans cet épisode passionnant et particulièrement angoissant, avec ces images nocturnes baignés de brume. Comme dans ses films noirs des années 40, Brahm fait du brouillard le décor cinématographiquement idéal pour faire naître la peur : quoi de plus effrayant que ce qu’on ne peut pas voir ?

Une grande réussite, portée par l’interprétation habitée de Nehemiah Persoff. A noter l’apparition, dans un petit rôle, du futur John Steed de Chapeau melon, Patrick McNee.

* 11 : Les trois fantômes (And when the sky was opened) – réalisé par Douglas Heyes

Richard Matheson a imaginé une histoire particulièrement flippante pour cet épisode, réalisée très efficacement : trois astronautes survivent miraculeusement au crash de leur appareil. Peu après, l’un d’eux disparaît subitement, et c’est comme s’il n’avait jamais existé : seul l’un de ses camarades se souvient de lui.

C’est du pur Twilight Zone, un cauchemar éveillé dérangeant et réjouissant à la fois. Dans le rôle principal, Rod Taylor, futur adversaire des Oiseaux devant la caméra de Hitchcock, affronte ici une menace aussi angoissante, aussi mystérieuse, et nettement moins palpable.

La Quatrième Dimension 1 Quatre d'entre nous sont mourants

Quatre d’entre nous sont mourants (The four of us are dying)

* 12 : Je sais ce qu’il vous faut (What you need) – réalisé par Alvin Ganzer

Un vieux marchand ambulant a le don de voir l’avenir de ses clients, et sait d’avance ce dont ils ont vraiment besoin. Une jolie idée, qui donne lieu à une belle séquence d’introduction, pleine d’une bienveillance à la Capra : un ancien joueur de base-ball et une jeune femme solitaire se voient offrir grâce au vieil homme une seconde chance.

Mais le personnage principal est un sale type, qui voit rapidement le bénéfice qu’il peut tirer de ce don. La bienveillance disparaît alors pour laisser la place à un petit suspense, et surtout à un face-à-face ironique, et plus du tout bienveillant pour le coup. Une réussite, modeste et surprenante à la fois.

* 13 : Quatre d’entre nous sont mourants (The four of us are dying) – réalisé par John Brahm

Il suffit d’un plan pour se rendre compte que cet épisode-là est mis en scène par un grand cinéaste. Plan désaxé, néons omniprésents qui soulignent le poids de la grande ville… John Brahm, qui avait définitivement abandonné le cinéma pour la télévision, s’empare d’un scénario malin mais un peu bancal pour signer un petit film stylisé et fascinant.

L’idée est très originale : un homme a le don de changer de visage comme il le souhaite, et en profite pour prendre l’identité d’hommes décédés récemment. Mais les épisodes s’enchaînent sans qu’on y croit réellement. Brahm semble nettement plus intéressé par l’atmosphère que par l’histoire, et se montre particulièrement inspiré.

Les scènes en extérieurs, surtout, sont formidables, avec ces décors à la limite de l’expressionnisme, qui tranchent avec des intérieurs nettement plus sages et donnent au film un rythme et un esprit étonnants et séduisants.

* 14 : Troisième à partir du soleil (Third from the sun) – réalisé par Richard L. Bare

C’est sans doute le thème qui caractérise le mieux le show : la paranoïa autour de la bombe H, la peur de l’apocalypse… Dans cet épisode, ce thème est traité avec une simplicité de moyen et une efficacité brute qui forcent le respect. Soit : deux familles qui savent que le monde est sur le point d’être anéanti par l’arme nucléaire, et qui décident de partir vers une autre planète à bord d’un engin top secret…

La majeure partie du métrage se déroule à huis-clos dans un intérieur tout ce qu’il y a de plus classique : une simple maison de banlieue où la tension devient de plus en plus forte. Gros plans, contre-plongées, montage au cordeau… Richard Bare filme ses six personnages au plus près en mettant particulièrement en valeur les lourds silences, les non-dits inquiétants. Et quand il prend la route, c’est avec une série de plans hallucinés et désaxés sur une voiture en mouvement, irréels et pesants.

On en oublierait presque le twist final, aussi simple que réjouissant. Cet épisode est une leçon de mise en scène, ou comment réaliser un grand film d’angoissant avec zéro moyen.

La Quatrième Dimension 1 La Flèche dans le ciel

La Flèche dans le ciel (I shot an arrow into the air)

* 15 : La Flèche dans le ciel (I shot an arrow into the air) – réalisé par Stuart Rosenberg

Une fusée disparaît des radars quelques minutes après son lancement. Les survivants ignorent tout du lieu particulièrement hostile où ils se sont crashés, et tentent de s’organiser pour leur survie…

Il y a une idée particulièrement forte au cœur de cet épisode. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on la voit venir à des kilomètres, cette idée qui constitue le twist final et dont on ne dira donc rien ici. Le plus gênant, c’est que la manière n’est pas non plus à la hauteur. En tout cas pas vue par des yeux d’aujourd’hui : l’équipage et ses rites paraissent bien vieillots.

Reste quand même une dernière scène qui frappe par sa tension, alors que, justement, on a compris depuis longtemps la surprise finale qu’elle nous réserve.

* 16 : L’Auto-stoppeur (The Hitch-hiker) – réalisé par Alvin Ganzer

Une jeune automobiliste qui traverse les Etats-Unis échappe à un accident après qu’un de ses pneus a explosé. En reprenant la route, elle ne cesse de voir un mystérieux auto-stoppeur qui semble la suivre, voire la précéder…

Inger Stevens est formidable dans le rôle de cette jeune femme qui sombre dans une sorte de cauchemar éveillé, au bord de la folie. Un excellent épisode dont les premières minutes sont absolument glaçantes, et qui n’est gâché par moments que par une inutile voix off, qui sonne comme un aveu d’impuissance de la part d’un réalisateur pas sûr de la force de sa seule mise en scène.

Il a tort : L’Auto-stoppeur est un road-movie inquiétant dont les parti-pris (la simplicité, la forme, le décor) annoncent le Duel de Spielberg, grand fan de Twilight Zone (il co-réalisera l’adaptation cinéma, bien des années plus tard). Pas sûr que ce soit un simple hasard.

* 17 : La Fièvre du jeu (The Fever) – réalisé par Robert Florey

Un homme très droit, qui place la morale au-dessus de tout. Jusqu’à ce que sa femme gagne un week-end tout frais payé dans la capitale du péché. Las Vegas, dont la fièvre se résume ici à une unique salle de jeux, et surtout à une machine à sous, qui serait banale et anodine si elle ne tapait à ce point dans l’oeil de cet homme si droit, si moralisateur, et finalement si faible.

C’est une critique finalement elle aussi très morale du monde du jeu que signe Robert Florey, sur un scénario du maître des lieux Rod Serling. Jouer pour de l’argent, c’est mal. C’est flagrant, et franchement radical. Trop radical, trop brutal, pour être totalement convaincant, mais Everett Sloane, filmé en très gros plans suintants, est formidable dans le rôle principal. C’est la vision de son visage, de plus en plus proche et fiévreux, qui crée le malaise et l’angoisse.

La Quatrième Dimension Infanterie Platon

Infanterie « Platon » (The Purple Testament)

* 18 : Le Lâche (The Last Flight) – réalisé par William F. Claxton

The Last Flight ne tient que sur cinq minutes, les dernières : un paradoxe temporel assez vertigineux sur lequel on aurait bien du mal à mettre des mots. Essayons quand même : un pilote anglais de 1917, qui a atterri sur une base américaine en 1959, réalise qu’il doit repartir à son époque avant que n’atterrisse un officier qui fut son équipier 42 ans plus tôt, et que lui seul aurait pu sauver de la mort. S’il reste là à l’attendre, alors l’aura n’aura pas pu être sauvé.

Belle pirouette tardive, pour un épisode qui commence assez mollement, avec ce voyage dans le temps qui semble déjà bien éculé. Willam F. Claxton fait le job avec un métier indéniable, mais sans éclat, sans cette petite étincelle de mystère qui caractérise tant de moments de la série. Plaisant tout au plus jusqu’au final, qui nous laisse sur une impression nettement plus consistante. In fine.

* 19 : Infanterie « Platon » (The Purple Testament) – réalisé par Richard L. Bare

Un cauchemar comme on les aime dans Twilight Zone : simple et terrifiant à la fois, dépouillé et profondément humain. En l’occurrence le destin d’un officier américain en 1945, dans le Pacifique, qui sait juste en regardant les visages lesquels des soldats qui l’entourent vont mourir dans les batailles à venir. Idée formidable, traitement proche de l’épure, avec un simple halo de lumière qui éclaire les visages.

La force de ce bel épisode, puissant et marquant, réside dans le point de vue, qui ne quitte que rarement celui de l’officier en question. Si le rebondissement final est franchement attendu, tout ce qui précède est beau, car dénué d’effet facile : cet épisode est à hauteur d’homme, et c’est par le regard du personnage principal (William Reynolds) que tout passe : l’horreur, la peur, la fatalité… la résignation d’un homme qui côtoie la mort depuis trop longtemps.

* 20 : Requiem (Elegy) – réalisé par Douglas Heyes

Trois astronautes perdus dans l’espace, à cours de carburant, atterrissent sur une planète inconnue qui ressemble étrangement à la terre, mais où le temps semble s’être arrêté 200 ans plus tôt.

Episode assez banal et bancal. La série nous avait déjà fait le coup de l’ersatz de notre planète, en plus inspiré. Le scénario est plutôt mystérieux, et quelques plans tournant autour de la population figée sont assez beaux, l’apparition d’un Cecil Kellaway rigolard est réjouissante. Mais la réalisation de Douglas Heyes manque de folie, et la révélation finale a quelque chose d’approximatif, pas franchement convaincant.

La Quatrième Dimension s1e22 Les Monstres de Mapple Street

Les Monstres de Maple Street (The Monsters are due on Maple Street)

* 21 : Image dans un miroir (Mirror image) – réalisé par John Brahm

Grande réussite que ce nouvel épisode signé par l’excellent John Brahm, sommet d’angoisse pure. Vera Miles y est une jeune femme attendant un bus dans une gare routière par une nuit pluvieuse, et qui semble devenir folle lorsque ceux qu’elle croise lui répètent sans cesse qu’elle a fait des choses qu’elle ne se souvient pas avoir faites.

Un lieu unique et fermé, très peu de personnages, une économie de moyens absolue, et un scénario qui plonge de plus en plus profond dans les rouages de la folie. C’est du Twilight Zone comme on l’aime, cauchemardesque et surprenant, porté par une excellente Vera Miles, parfaite incarnation du trouble.

* 22 : Les Monstres de Maple Street (The Monsters are due on Maple Street) – réalisé par Ron Winston

Un classique. Et bien plus qu’un classique : un film qui reste d’une actualité glaçante, plus de soixante ans plus tard. Maple Street : un quartier résidentiel où tout le monde se connaît. Il suffit d’un événement inhabituel (un bruit étrange venu du ciel faisant penser à une météorite, suivi d’une coupure de courant généralisé) pour que la psychose s’installe.

Dans ce microcosme soudain déconnecté du monde, chacun commence à suspecter son voisin. De quoi ? En l’occurrence d’être un monstre venu d’une autre planète, mais ce pourrait être un terroriste, un complotiste… un communiste pourquoi pas ! Écrit par Rod Serling lui-même, cet épisode dépeint une Amérique sombrant dans la paranoïa. Forcément d’actualité dans cette époque dominée par la guerre froide. Mais si le film reste à ce point marquant, c’est parce qu’il donne le sentiment que rien n’a vraiment changé.

Claude Akins, sur le fil entre complotisme et comportement raisonnable, incarna la complexité de l’âme humaine, capable du pire même avec les meilleurs sentiments. C’est concis, tendu, percutant et glaçant. Un classique à la fois très ancré dans son époque, et intemporel. Un tour de force, donc.

* 23 : Un monde différent (A world of difference) – réalisé par Ted Post

La réalité n’est pas telle qu’on le croit. Voilà en gros comment on pourrait résumer la plupart des épisodes de Twilight Zone. Celui-ci adopte un regard nouveau sur ce principe de base, à la fois très original et d’une simplicité séduisante. Howard Duff y est un homme normal, qui arrive au bureau pour une journée parmi tant d’autres au boulot.

Tout est banal, quotidien, jusqu’à ce que cette journée de travail soit interrompue par un « Coupez ! » venu d’on ne sait où. Et le personnage principal réalise sans vraiment comprendre qu’il est sur un plateau de cinéma, et que celui qu’il croit être n’est que le personnage qu’il interprète dans un film en tournage.

On comprend à demi-mots : l’acteur est dans une mauvaise passe, harcelé par une ex-femme qui en veut à sa fortune. Et c’est dans la fiction qu’il se réfugie. On comprend tout ça, mais Twilight Zone choisit inévitablement la voie de la fable. La schizophrénie d’un homme devient le prétexte à un glissement fascinant entre la réalité et autre chose, qu’on peut qualifier de refuge, de folie, ou de réalité alternative. Qu’importe, c’est fascinant, et beau.

La Quatrième Dimension s1e24 Longue vie Walter Jameson

Longue vie, Walter Jameson (Long live Walter Jameson)

* 24 : Longue vie, Walter Jameson (Long live Walter Jameson) – réalisé par Anton Leader

Une petite université comme tant d’autres. Mais parmi les enseignants, un professeur d’histoire voit les étudiants affluer à ses cours, fascinés par son don pour évoquer les grands événements du passé comme s’il les avait vécus. Et pour cause…

Longue vie, Walter Jameson est le parfait exemple de ce qui fait la grandeur intemporelle de la série : cette capacité à rendre palpable le fantastique, avec une extraordinaire économie de moyens. Ici, rien d’autres, ou presque, qu’un face à face entre un homme vieillissant et un autre, dont les traits n’ont pas changé depuis des années.

Pas besoin de plus pour invoquer le thème de la vie éternelle, de l’immortalité. Un scénario remarquable et une mise en scène d’une parfaite fluidité suffisent à créer la profondeur, avec une simplicité manifeste. C’est du grand art.

* 25 : Tous les gens sont partout semblables (People are alike all over) – réalisé par Mitchell Leisen

Deux astronautes s’apprêtent à s’envoler pour Mars. L’un, un scientifique, est terrorisé. L’autre, plus expérimenté, se montre philosophe. Il a une théorie sur les habitants qu’ils risquent de trouver sur la planète rouge : où qu’ils soient, tous les gens se ressemblent. Bien sûr, il a raison…

Encore un épisode remarquable par sa simplicité et son efficacité. La première scène est déjà formidable : les deux astronautes, derrière un grillage, discutent de leurs peurs respectives en fixant la fusée qui va les emmener. Difficile de faire plus simple, et pourtant, on ressent pleinement la peur qui paralyse le personnage du scientifique, joué par Roddy McDowall.

Suit une ellipse de dingue, un condensé de peur paralysante, et un faux soulagement qui ouvre sur une angoisse diffuse… jusqu’à la révélation finale, totalement dans l’esprit de la série, d’une cruelle ironie. Oui, tous les gens sont partout semblables.

* 26 : Exécution (Execution) – réalisé par David Orrick McDearmon

Une entrée en matière particulièrement intrigante : dans l’Ouest sauvage, un tueur est condamné à mort après avoir commis un meurtre. A peine se retrouve-t-il pendu à une corde qu’il disparaît comme par magie… Une disparition figurée avec la traditionnelle économie de moyens de la série, par un plan sur l’ombre du pendu, qui s’efface pour ne laisser la place qu’à celle de la corde.

Scène suivante : nous sommes à New York, 80 ans plus tard, à l’époque contemporaine, donc. Le pendu se réveille face à un scientifique, qui lui annonce qu’il est le premier voyageur temporel. Bonne nouvelle : on ne s’embarrasse pas d’une quelconque justification. Le type a inventé une machine à remonter le temps. Point.

Pas de bol : sa « proie » est un tueur, qui découvre un futur invivable, plein de bruits et de mouvements. Une manière originale de porter un regard critique sur notre modernité, en quelque sorte. Mais là n’est pas l’essentiel : cet épisode est surtout marqué par une profonde et cruelle ironie, qui prend toute sa dimension lors de la scène finale, comme un écho à la scène d’ouverture, comme une parenthèse qui se referme.

La Quatrième Dimension s1e29 Cauchemar

Cauchemar (Nightmare as a child)

* 27 : Le Vœu magique (The big tall wish) – réalisé par Ron Winston

Un boxeur vieillissant observe son reflet dans le miroir, à quelques heures d’un combat qui pourrait marquer son retour. Il a 36 ans, quelques années de gloire derrière lui, beaucoup d’incertitude devant, et des tas de cicatrices sur le visage, comme autant de jalons d’une vie passée sur le ring.

Elle est belle et émouvante, cette image d’un homme qui se sait à la croisée des chemins, le regard chargé de souvenirs, et de la crainte de ce qui l’attend. Belle aussi, la relation qui unit ce boxeur vieillissant et solitaire, et le gamin de l’appartement voisin, son meilleur ami, son plus grand supporter. Un enfant qui croit encore en la force la magie, et qui y croit si fort que…

L’aspect fantastique est assez secondaire dans cet épisode, sensible et joliment nostalgique. Il y est surtout question d’innocence, d’enfance, et du difficile passage à l’âge adulte. Bel épisode sensible par le réalisateur d’un classique nettement plus paranoïaque de la série, Les Monstres de Mapple Street.

* 28 : Enfer ou paradis ? (A nice place to visit) – réalisé par John Brahm

Un cambrioleur est abattu par la police après avoir été surpris en pleine opération. Il se réveille auprès d’un homme étrange tout de blanc vêtu, qui lui offre tout l’argent qu’il souhaite, un appartement luxueux, de belles jeunes femmes… Il finit par comprendre qu’il est mort, et que tous ses souhaits deviennent réalité.

Tout cet épisode repose sur une idée : le sel de la vie, c’est l’incertitude. Le joueur qui est certain de gagner ne trouve plus de plaisir au jeu. Et c’est exactement ce constat que va faire tardivement ce bad guy, qui s’est un peu vite convaincu qu’il était au paradis. Une belle idée, mais qui reste très superficielle, insuffisante en tout cas pour en faire une vraie réussite.

* 29 : Cauchemar (Nightmare as a child) – réalisé par Alvin Ganzer

En rentrant à son appartement, une jeune femme souffrant d’amnésie rencontre une fillette étrangement grave. Peu après, un homme qui a connu sa mère assassinée sonne à sa porte…

Rod Serling signe lui-même le scénario de cet épisode assez flippant et complexe, dont on sent bien qu’il porte l’influence de Psychose, sortie à cette époque. L’inconscient de la jeune femme prend littéralement forme humaine, dans un subtil dialogue entre le passé et le présent.

Même si le rebondissement final n’est pas une surprise, l’intelligence du scénario, combiné à la concision inhérente au format de la série, fait de cet épisode un must méconnu.

La Quatrième Dimension s1e30 Arrêt à Willoughby

Arrêt à Willoughby (A stop at Willoughby)

* 30 : Arrêt à Willoughby (A stop at Willoughby) – réalisé par Robert Parrish

Un homme, qui n’aspire qu’à une vie sereine, ne supporte plus la pression que fait peser sur lui son patron, ou son ambitieuse femme. Dans le train qui l’emmène de son travail à sa maison, il fait un rêve récurrent : le train s’arrête dans une gare qui n’existe pas nommée Willoughby, à une époque révolue depuis longtemps. Et s’il descendait à Willoughby…

C’est une véritable merveille que cet épisode qui porte l’aspect mélancolique de la série à son apogée. Superbe scénario, mise en scène très inspirée… Nous voilà plongés dans l’esprit fatigué de cet homme qui étouffe, confronté à un monde, professionnel comme personnel, qui ne voit en lui que le rendement.

Cet arrêt imaginaire, ce rêve nostalgique d’un monde qui n’existe plus… La magie de La Quatrième Dimension rend évidemment tout miracle possible. Mais celui-ci est teinté d’une cruelle amertume. Surprenant jusqu’à la dernière seconde. Et magnifique.

* 31 : La Potion magique (The Chaser) – réalisé par Douglas Heyes

Un homme transi d’amour pour une femme qui ne le supporte pas… Une rencontre inattendue avec un « professeur » qui vend des potions comme un génie distribue des miracles… Et l’amour inconditionnel, absolu et éternel qui surgit comme par magie…

Cet épisode revisite le mythe du filtre d’amour un peu platement, mais avec une ironie bienvenue. Les scènes avec le jeune couple sont plutôt convenues, mais l’introduction autour d’un téléphone pris d’assaut est très efficace, et les apparitions du « génie » joué par le grand John McIntire sont particulièrement réussies, dans un décor quasi-surréaliste mémorable.

* 32 : Coup de trompette (A passage for trumpet) – réalisé par Don Medford

Un trompettiste qui a gâché son talent dans l’alcool décide d’en finir avec la vie et se jette sous un camion. Quand il se réveille, il réalise que personne ne le voit ou ne l’entend.

Raconté comme ça, ça ressemble à beaucoup d’autres épisodes. Pourtant, il se dégage de ce petit film écrit par Rod Serling lui-même une douce mélancolie et un amour de la vie qui en font une petite merveille.

Jack Klugman est particulièrement touchant dans le rôle de ce trompettiste incapable de saisir les beautés de l’existence. Et Don Medford signe une mise en scène très inspirée, dans des décors urbains de film noir (une allée sombre, un bar, le toit d’un immeuble) réduits à leur plus simple expression.

La Quatrième Dimension s1e34 Neuvième étage

Neuvième étage (The After Hours)

* 33 : Un original (Mr. Bevis) – réalisé par William Asher

Sale journée pour Mr Bevis qui, en l’espace d’une journée, perd son boulot, sa voiture et son appartement. Mais Mr Bevis peut compter sur son ange gardien, qui lui apparaît en pleine beuverie dans un bar, et qui répare tout ce bazar qu’est devenue la vie de cet homme jovial et original. Mais cela vaut-il vraiment la peine de changer ce que l’on est profondément ?

Question simple, pour un épisode joliment bienveillant, écrit par Rod Serling lui-même. Le personnage joué par Orson Bean est particulièrement attachant, et le large sourire de l’ange-gardien interprété par Henry Jones renforce la bonhomie de cet épisode léger et optimiste.

* 34 : Neuvième étage (The After hours) – réalisé par Douglas Heyes

La cliente d’un grand magasin se fait emmener vers un étrange neuvième étage, totalement désert à l’exception d’une vendeuse tout aussi mystérieuse. Or, il n’y a pas de neuvième étage dans ce magasin. Et la vendeuse ressemble étrangement à l’un des mannequins en cire utilisés pour présenter les vêtements…

Original cet épisode, d’abord plutôt angoissant, voire carrément flippant, puis presque poétique. Un joli mélange des genres qui trouve son apogée lors de la grande scène de révélation, lorsque les mannequins prennent tous vie dans l’étape déserté et plongé dans la pénombre.

* 35 : Le Champion (The mighty Casey) – réalisé par Alvin Ganzer et Robert Parrish

Un entraîneur de base-ball croit saisir la chance de sa vie quand un scientifique lui amène sa création : un robot à l’apparence humaine, qui a tout d’un champion. Sa réussite est miraculeuse, jusqu’à ce qu’on lui ajoute un cœur…

Pas fou, cet épisode qui ne repose que sur cette idée : le champion parfait serait celui qui n’aurait pas de cœur. Un peu léger, même pour tenir vingt-cinq minutes tendues. Ce n’est pas le cas, malgré la présence d’un Jack Warden dans son élément.

* 36 : Un monde à soi (A world of his own) – réalisé par Ralph Nelson

La première saison se termine par un épisode malin et plutôt léger, sur un thème récurrent de la série : les mystères de la création. En l’occurrence un écrivain qui mène une vie parfaite, entouré d’une épouse parfaite et d’une maîtresse parfaite… et mystérieuse.

La frontière entre la fiction et la réalité est au cœur de cette histoire qui porte en elle toutes les qualités du show : une idée forte, parfaitement utilisée dans une mise en scène simple et directe. Pas de grands effets : juste un lieu clos et un trio d’acteurs, dont l’impeccable Keenan Wynn.

Et Rod Serling lui-même, dans une apparition clin d’œil qui clôt idéalement cette première grande salve d’épisodes, qui recelait déjà un paquet de classiques…

L’Enfance d’Ivan (Ivanovo detstvo) – d’Andreï Tarkovski – 1962

Posté : 26 juin, 2024 @ 8:00 dans 1960-1969, TARKOVSKI Andreï | Pas de commentaires »

L'Enfance d'Ivan

Premier long métrage de Tarkovski… et première claque, immense, qui valut à son auteur un Lion d’Or bien mérité. Après plusieurs courts et moyens métrages, le réalisateur voulait savoir s’il était capable de tenir la distance sur un long, acceptant pour cela un film de commande. Tellement de commande que le tournage avait été commencé par un autre cinéaste, avant que ce dernier soit remercié.

Tarkovski a repris le projet au débotté, reprenant tout depuis le début, et apportant ses propres idées, y compris au niveau du scénario. C’est lui, notamment, qui a choisi de donner une telle importance aux rêves du jeune Ivan dans cette histoire d’une extrême simplicité, qui se déroule durant les combats entre les Soviétiques et les Nazis : Ivan, 12 ans, a perdu sa mère, tuée par les Allemands. Des soldats de l’armée rouge l’ont pris sous leur aile, lui insistant pour leur servir d’éclaireur…

Pas de flash-backs à proprement parler, mais des rêves, qui invoquent douloureusement une innocence détruite dans la violence… Ces scènes de rêve, et ce n’est pas si commun, sont absolument magnifiques. Elles ouvrent le film, et le referment avec un plan de grande liberté qui confirme ce que l’on ressent tout au long du film : Tarkovski, influencé par Bergman, l’est tout autant par le Truffaut des 400 coups

Comme ce dernier, Tarkovski réinvente réellement et profondément la représentation de l’enfance au cinéma. Son Ivan, que l’on découvre couvert de boue et de sueur, le regard dur et décidé, se comportant comme un adulte revenu de tout, n’a a priori rien d’attachant. Seuls ses rêves nous permettent de passer la façade de cette dureté, derrière laquelle est enfouie la douleur d’une enfance ravagée par la guerre.

La guerre, que Tarkovski cantonne essentiellement à six personnages : une femme disparue, une autre presque abstraite, trois hommes et autant de pères potentiels pour un enfant. Un enfant qui ne l’est que dans le regard des hommes qui l’entourent, et du spectateur, bouleversé par cette violence aveugle dont on ne voit que les effets, absurdes et désastreux…

L’Enfance d’Ivan est un film d’une force émotionnelle immense, et visuellement magnifique. Une splendeur, dont chaque plan est d’une richesse, d’une inventivité et d’une puissance inégalables. C’est lyrique, intime, intense, rempli de gros plans bouleversants et de travellings hallucinants comme celui, vertical, qui ouvre le film le long d’un tronc d’arbre qui semble ne jamais devoir finir.

Comme ces troncs innombrables qui barrent l’horizon dans les marais, où le petit groupe s’enfonce sous un ciel étoilé qui semble lui être inaccessible. Tarkovski voulait savoir s’il était capable de réaliser un film ? Il prouve qu’il est déjà un très grand maître, et le meilleur cinéaste soviétique de sa génération.

Devine qui vient dîner ? (Guess who’s coming to diner) – de Stanley Kramer – 1967

Posté : 24 juin, 2024 @ 8:00 dans 1960-1969, KRAMER Stanley | Pas de commentaires »

Devine qui vient dîner

Stanley Kramer est un cinéaste sincère, et très engagé. Un libéral, comme on dit aux Etats-Unis, dont les films sont des armes pour faire avancer le monde dans le bon sens. Bref, Stanley Kramer devait être un mec bien. Mais pas le réalisateur le plus enthousiasmant du monde, même s’il avait/a ses fans.

Son cinéma peut par moments être lourdement didactique. Il est dans Devine qui vient dîner ?, dénonciation très célébrée du racisme quotidien, un peu maladroit. Parce qu’à force de vouloir démontrer avec force les tares de ses contemporains, il ne réalise pas qu’il passe un peu à côté de sa cible.

Dans ce film, tourné à une époque où le mariage interracial est encore interdit dans plusieurs états américains, Kramer multiplie les effets pour souligner le trouble que provoque la découverte du ou de la fiancé(e), et de sa couleur de peau : les parents du personnage joué par Sidney Poitier ou ceux de Katharine Houghton (Katharine Hepburn et Spencer Tracy, quand même) ont à peu près la même réflexion atterrée…

Tous sont pourtant de braves gens, bien installés et ouvertement de gauche. La jeune fiancée, d’ailleurs, n’a pas même l’ombre d’un doute quant à l’accueil que ses parents si ouverts réserveront au brillant médecin à la réputation internationale dont elle est tombée amoureuse. Ah oui, parce qu’il est ça : un brillant médecin à la réputation internationale, et que ce détail qui devrait être sans importance, voire pas même mentionné, finit par obscurcir totalement le message.

Dans le cheminement mental de ce bon Spencer Tracy, patron de presse de gauche tellement bien qu’il est ami avec un prêtre alors qu’il n’est même pas croyant, la condition sociale du futur gendre a son importance. Facile d’être ouvert et d’affirmer dans un speech lénifiant que la couleur de peau n’est pas un sujet quand on a passé plus d’une heure à relativiser sa gêne en soulignant la réussite sociale dudit…

Autre petit problème, qui pèse assez lourdement aujourd’hui : la décision finale revient définitivement à l’homme, le seul chef de famille. Katharine Hepburn a beau être convaincue en quelques minutes par l’histoire d’amour (après un accueil qui en aurait refroidi plus d’un, quand même), elle se contente d’attendre avec anxiété la réaction de son mari, en bonne épouse qui ne s’est jamais rebellée. Avec ce film, l’antiracisme fait un minuscule pas. Pour le féminisme, il faudra attendre…

Cela étant dit, en flirtant avec la comédie, et en adoptant un rythme plein de vivacité, dans un décor de studio plein de charme (et cette vue improbable sur le Golden Gate, qui confirme qu’il est question du racisme dans un milieu très, très favorisé), Kramer fait les bons choix, et signe un film attachant et assez passionnant. Qui passe à côté de sa cible.

Milliardaire pour un jour (Pocketful of Miracles) – de Frank Capra – 1961

Posté : 16 juin, 2024 @ 8:00 dans 1960-1969, CAPRA Frank | Pas de commentaires »

Milliardaire pour un jour

Comme Fritz Lang l’année précédente, Frank Capra referme sa très riche filmographie en renouant avec un univers qui lui avait bien réussi en 1933 : le Docteur Mabuse pour Lang, Grande Dame d’un jour pour Capra, qui en signe un remake haut en couleurs, dans tous les sens du terme.

D’abord parce ce que les couleurs sont chaudes et éclatantes. Ensuite parce que les rebondissements et le rythme général sont d’une générosité assez folle, qui flirte avec l’univers d’un Lubitsch. Lubitsch et Lang : des références loin d’être évidentes quand on évoque Capra.

Bon : le point commun avec Lang repose à peu près exclusivement sur le hasard du remake ou de la suite tardif(ve). Mais l’ombre de Lubitsch semble bel et bien planer sur cette comédie de la haute société, dont l’effervescence et la rapidité ne ressemblent pas totalement à du Capra classique.

Ce petit décalage tient à un choix narratif, qui est aussi la plus grande limite du film : Capra opte pour le point de vue du personnage de Glenn Ford, sympathique bootleger à la croisée des chemins après la fin de la Prohibition, alors que celui qui importe vraiment est celui de Bette Davis, clodo qui se fait passer pour une dame de la haute société pour sa fille, qu’elle n’a pas vue depuis des années.

Le problème de Milliardaire d’un jour aurait été celui de Certains l’aiment chaud, si Wilder avait fait de George Raft un personnage central en reléguant Marylin à l’arrière plan. Bref, Capra donne souvent le sentiment de se tromper de film en passant à côté de l’essentiel, et c’est fort dommage.

Parce que les scènes avec Bette Davis sont magiques, dignes de ce que Capra a fait de mieux dans sa carrière. Un exemple : une scène, celle où Apple Annie (le personnage de clocharde joué par Davis) désespère de récupérer la lettre de sa fille, et dont la lecture lui procurera un choc immense… Cette scène, faussement légère, est d’une beauté saisissante, et remarquablement filmée par un cinéaste dont l’inspiration semble alors au sommet.

Il y a comme ça une demi-douzaine de très beaux moments dans Milliardaire pour un jour, tous tournant autour d’une Bette Davis habitée, et sobre. En retrait, même, presque reléguée à un rôle de faire valoir pour un Glenn Ford très impliqué, et très bien. Irréprochable, donc. D’ailleurs, j’aime bien Glenn Ford, capable de tout jouer, dans tous les genres et dans tous les registres, avec la même vérité.

Mais il a beau être très bien, son personnage et les enjeux dramatiques qu’il trimballe sont loin d’être aussi passionnants et profonds que ceux de Bette Davis. Et puis Capra échoue à donner une cohérence, un rythme commun, aux drames qui s’entremêlent. Son film, dont chaque scène est superbement mise en scène (dès l’ouverture, brillante), n’a pas l’unité et la fluidité de ses chefs d’œuvre. Le plaisir qu’on y prend est réel, et grand. Mais il est épisodique.

Le Dernier des Hommes, postface – de Jean Eustache – 1968

Posté : 10 juin, 2024 @ 8:00 dans 1960-1969, COURTS MÉTRAGES, DOCUMENTAIRE, EUSTACHE Jean, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Le dernier des hommes Postface

Suivre le fil de la filmographie de Jean Eustache promet d’être un chemin très sinueux, qui nous fait emprunter des voies inattendues. Après le moyen métrage dans la mouvance de la Nouvelle Vague, après le documentaire à la gloire d’une particularité de sa ville d’origine, voilà qu’Eustache filme ce qui serait aujourd’hui un bonus de DVD…

En l’occurrence : une conversation à trois cinéphiles (André S. Labarthe, le réalisateur Marc’O et Jean Domarchi qui accapare constamment la parole, coupant inlassablement ses deux comparses) autour du Dernier des Hommes. Et si cette petite demi-heure donne une furieuse envie de revoir le chef d’œuvre de Murnau, non seulement pour ce qui en est dit, mais aussi pour l’utilisation des extraits du film insérés dans la discussion, c’est ailleurs que se situe l’intérêt de ce document filmé.

Comme dans La Rosière de Pessac, Eustache, avec une mise en scène minimaliste (une caméra le plus souvent fixe, qui suit en gros plans les trois débatteurs assis autour d’une table) capte quelque chose de son époque : un certain verbe, une manière de cloper, une cinéphilie d’avant la VHS, une vision du monde aussi, où on n’hésite pas à décrire les Allemands comme un peuple glouton parce qu’inquietUne autre époque…

La Rosière de Pessac – de Jean Eustache – 1968

Posté : 6 juin, 2024 @ 8:00 dans 1960-1969, DOCUMENTAIRE, EUSTACHE Jean | Pas de commentaires »

La Rosière de Pessac

Printemps 1968. La jeunesse… Mais à Pessac, la ville d’où Jean Eustache est originaire, là où il décide de poser sa caméra pour un premier documentaire assez étonnant, après deux moyens métrages qui présentaient une jeunesse urbaine bien de son époque, celle de la France d’avant mai 68, donc.

Loin des « événement », dont on n’entend parler que par le prêche (très politique) d’un prêtre devant ses ouailles, Eustache filme une tradition ancestrale de Pessac : l’élection et le sacre de la « Rosière », une jeune femme choisie non pour ses attraits physiques, mais pour ses « qualités morales ».

Bref : une vierge, travailleuse et catholique. Une image traditionaliste qui tranche assez radicalement avec la jeunesse qui s’impose cette année-là, mais aussi avec l’image qu’en donnent alors les piliers de la Nouvelle Vague.

Pas d’ironie, pourtant, dans le regard d’Eustache. Il filme une France qu’on aurait un peu vite fait de balayer d’un revers de la main : celle d’un patriarcat assumé. « La mère s’occupe du ménage, évidemment », lance un conseiller municipal avec une évidence débonnaire et dénuée de tout cynisme. La femme, et la société, ont fait du chemin depuis…

En filmant longuement la réunion de désignation de la Rosière 68, puis la cérémonie elle-même, Eustache livre un témoignage assez fascinant d’un cérémonial hyper codé, d’une tradition d’un autre âge, mais qui a toujours ses équivalents en 2024. Comme le cérémonial électoral ressemble fort à celui qui prévaut encore dans beaucoup de petites communes.

Beau regard en tout cas, plein d’humanité et de bienveillance, qui tire le meilleur d’un dispositif technique réduit au minimum : une caméra frontale, pas de musique ajoutée, des scènes filmées dans la longueur… Simple, et pertinent.

Fin d’automne (Akibiyori) – de Yasujiro Ozu – 1960

Posté : 3 juin, 2024 @ 8:00 dans 1960-1969, OZU Yasujiro | Pas de commentaires »

Fin d'automne

Une jeune femme en âge de se marier vit toujours chez sa mère, veuve. Voilà une trame qui rappelle le très beau Printemps tardif, tourné plus de dix ans plus tôt. A ceci près qu’ici, ce n’est pas un père que la jeune femme peine à quitter, mais une mère, que joue la grande Setsuko Hara, celle-là même qui jouait la jeune femme dans Printemps tardif.

La parenté entre les deux films est forte. Et la présence dans les deux films de Setsuko Hara franchement troublante, comme si les deux films étaient les deux facettes d’une histoire qui se répète, une génération plus tard. Car s’il est question de marier la fille, le remariage de la mère est aussi dans l’air du temps…

C’est en tout cas ce que se sont mis dans la tête les trois amis du défunt père, qui furent tous trois amoureux de Setsuko dans sa jeunesse, et que cet amour d’autrefois continue à faire vibrer, comme d’éternels gamins rattrapés par un temps qu’ils n’ont pas vu venir.

On retrouve la douce nostalgie d’Ozu, mais avec une légèreté pleine d’optimisme, sans pour autant renier quoi que ce soit du sentiment d’inéluctabilité. L’émotion est donc là, immense et douce, mais il y a aussi un refus de s’apitoyer, une manière d’être comme en suspens, que soulignent ces reflets d’eau mouvante qui reviennent constamment au cours du film.

Ozu filme le temps qui a passé, et surtout ce qui reste : la beauté de Setsuko Hara, l’amitié de vieux compères, ces objets qui habitent la maison, même quand les occupants en sont partis…

Il filme aussi, d’une manière plus marquée que d’habitude, presque spectaculaire, les tiraillements de la société japonaise, entre tradition et modernité. Entre la maison de bois et les tenues traditionnelles qui sont comme les refuges d’une innocence en bout de course, et les grands immeubles de béton qui abritent le Japon laborieux.

Des thèmes classiques pour Ozu, mais dont il fait la base d’une comédie douce-amère où les sourires et l’émotion ne sont jamais loin. Et dont on ressort avec une boule au ventre et un large sourire. Ozu, une nouvelle fois, est grand.

Les Colts des Sept Mercenaires (Guns of the Magnificent Seven) – de Paul Wendkos – 1969

Posté : 25 mai, 2024 @ 8:00 dans 1960-1969, WENDKOS Paul, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Colts des Sept Mercenaires

Une fois posé comme certain le fait que le film originel de John Sturges est un classique indépassable en son genre, il ne faut pas être surpris que ses suites soient très en deçà. C’est donc un fait, et l’obsession des producteurs de remettre constamment le couvert avec le même postulat scénaristique n’arrange pas les choses.

On a donc, cette fois encore, le bon Chris qui réunit six autres mercenaires autour de lui pour venir en aide à de braves paysans persécutés par des hommes armés nettement plus méchants, et nettement plus armés. Mais il y a une bonne surprise : malgré le départ de Yul Bryner, qui fut le seul acteur rescapé de la première suite, et qui est ici remplacé assez étonnamment par George Kennedy, ces Colts… sont très nettement supérieurs au Retour….

Le précédent film, réalisé platement par Burt Kennedy, était au final un simple copié-collé des Sept Mercenaires, le rythme et le charme en moins, et le prestigieux casting en moins. Sans McQueen, sans Coburn, sans Bronson et sans les autres, une grande partie de l’intérêt avait disparu. Sur ce plan, le troisième opus fait très vaguement mieux. D’abord parce que Kennedy (George) est très bien, et puis parce que James Whitmore apporte une vraie nouveauté avec son personnage de vieux loup.

Côté casting, drôle d’idée, en revanche, de confier un nouveau rôle secondaire à Fernando Rey, déjà présent dans un tout autre rôle dans le précédent film. Un choix curieux qui a plutôt tendance à brouiller les pistes. Mais c’est un détail.

Côté rythme, Paul Wendkos fait sans problème oublier le mollasson Kennedy, tout en établissant définitivement les limites du genre : un bon film, c’est quand même avant tout un bon réalisateur. Et John Sturges est un excellent réalisateur. Le verdict est donc sans surprise : Les Colts… est un film dispensable, mais très sympathique, ce qui est déjà beaucoup mieux que Le Retour…Reste un quatrième film, pour conclure cette tétralogie.

Jules et Jim – de François Truffaut – 1962

Posté : 23 mai, 2024 @ 8:00 dans 1960-1969, TRUFFAUT François | Pas de commentaires »

Jules et Jim

Que j’ai aimé Jules et Jim ! Il y a bien des années, ce film fut ma porte d’entrée vers le cinéma de Truffaut, cristallisant tout à la fois sa soif de liberté, son goût pour les femmes passionnées, son amour de la littérature et du cinéma. Le revoir ne change pas grand-chose à l’idée que j’en avais gardé, à l’émotion qui m’en était resté.

Jules et Jim est un film déroutant, ou infiniment riche, selon la manière dont on le reçoit. Déroutant, parce que l’émotion, à vrai dire, n’y éclate jamais frontalement, malgré la puissance des sentiments. Il y a toujours l’approche littéraire, symbolisée par la fascinante voix-off, qui nous garde constamment à une certaine distance.

Si l’émotion n’éclate pas comme dans un mélo hollywoodien, elle infuse et s’installe durablement, comme une obsession. Cette même obsession, sans doute, qui a habité Truffaut à la lecture du roman d’Henri-Pierre Roché (dont il adaptera aussi Les Deux Anglaises et le Continent), faisant de Jules et Jim le film de ses rêves avant même qu’il ne passe derrière la caméra.

La beauté du film repose sur plusieurs niveaux. Le personnage de Catherine bien sûr, dont ses compagnons disent dès leurs premières rencontres qu’elle ne pourra jamais être heureuse, tant elle est attachée à la liberté et à la passion, à ces jeux de jeunesse qu’elle a vécus avec Jules et avec Jim, et qu’au fond elle ne cessera de vouloir retrouver. Le rôle d’une vie pour Jeanne Moreau, objet de fascination pour Truffaut.

L’amitié des deux hommes aussi, absolue mais heurtée par le sens de la vie et de l’histoire, par cette femme dont ils sont tous deux amoureux, et par la Grande Guerre qui les sépare : Jim/Henri Serre, le Français, et Jules/Oskar Werner, l’Autrichien, chacun craignant de tuer l’autre dans les tranchées. Derrière la légèreté de ton du film, il y a une profondeur et même une authentique gravité, qui dit beaucoup de l’impossibilité de vivre pleinement.

L’amour, l’amitié, l’honnêteté, l’impossibilité de tourner la page d’une jeunesse perdue… Jules et Jim est un film profond et riche, dont le cœur est cette fameuse chanson, Le Tourbillon de la vie, que la voix de Jeanne Moreau rend fascinante, une fausse bulle de légèreté dont l’air entraînant tranche avec l’insatisfaction et le trouble des paroles. Le film est comme cette chanson : envoûtant, troublant.

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