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Archive pour la catégorie '1960-1969'

100 dollars pour un shérif (True Grit) – de Henry Hathaway – 1969

Posté : 21 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, HATHAWAY Henry, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

100 dollars pour un shérif

John Wayne, tout colère, qui met la bride de son cheval dans la bouche et galope vers quatre bad guys, un fusil dans une main et un pistolet dans l’autre… Une image qui renforça un peu plus encore le mythe du Duke, aussi forte que sa première apparition dans Stagecoach trente ans plus tôt. Une image qui contribua aussi, sans doute, à lui valoir l’Oscar. Ça et les décennies d’oubli dont il avait fait l’objet jusqu’alors.

Il est excellent d’ailleurs, Wayne, parfait en bougon alcoolique (vraiment alcoolique pour le coup, pas juste capable d’avaler des tas de whisky sans frémir : il se met réellement misère, dans un état que les grandes stars du genre incarnaient bien peu souvent) et asocial. Grande performance d’un acteur qui accepte de bousculer son image si installée, littéralement habité par ce rôle.

En adaptant le roman de Charles Portis, le vieux briscard Hathaway a visiblement envie de dynamiter les codes du western. Il le fait partiellement, avec un ton original et une violence très percutante. La mort de Dennis Hopper (ce n’est pas un grand spoiler : a-t-il fini un film vivant à cette époque ?… ou après, d’ailleurs ?) est assez traumatisante.

Comme la fameuse scène du serpent d’ailleurs, même si le film d’Hathaway ne va pas au bout du traumatisme comme le feront les frères Coen dans leur remake. C’est bien là le pire défaut du film : la comparaison, inévitable, avec celui des Coen n’est jamais en sa faveur. Hathaway a des envies de rompre avec un certain classique, mais il reste constamment trop sage, faisant bien attention de ne pas dépasser certaines limites.

Les Coen seront nettement plus fous, plus intenses, plus rugueux, plus violents aussi. Reste un bon western, et un grand rôle pour John Wayne, qu’il reprendra d’ailleurs six ans plus tard dans Une bible et un fusil, cas unique dans sa carrière depuis la fin des années 30 (à la fin de sa période « B », il alors interprété huit fois le même rôle devant la caméra de George Sherman).

Tirez sur le pianiste – de François Truffaut – 1960

Posté : 10 novembre, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, TRUFFAUT François | Pas de commentaires »

Tirez sur le pianiste

« Peur… Peur ?… Merde, j’ai peur! » Filmé en gros plan, Charles Aznavour a sans doute là le plus beau plan de sa carrière d’acteur. Le plus intense, et celui où ses talents de comédiens, pas toujours bien servis par ailleurs, paraissent les plus éclatants. Ce petit homme discret, comme étranger au monde qui l’entoure, révèle une humanité à fleur de peau, et une détresse infinie.

La prestation d’Aznavour convient parfaitement au ton que Truffaut donne à son deuxième long métrage, son premier « noir » : une longue errance largement nocturne, sur une partition jazzy fascinante et d’une immense liberté. Ruptures de ton, faux rythmes, décalage entre le drame qui se noue et l’apparente légèreté des dialogues… Il fallait un phare pour ne pas se perdre, et Aznavour tient formidablement ce rôle, bien servi par des dialogues formidables (et l’utilisation fascinante d’une voix off qui semble être sa voix intérieure, mais qui n’est pas celle d’Aznavour).

Paradoxalement, c’est son apparente banalité qui fascine ici, la sensation constante qu’il est dépassé par les événements. Pas uniquement lorsqu’il est pisté par des gangsters d’ailleurs : dans un passage du long flash-back, où on découvre le passé de concertiste de ce petit pianiste au lourd secret, on le découvre trop petit dans son manteau, marchant dans un simple couloir où se joue son avenir, et qui semble prêt à le dévorer.

Aznavour n’a peut-être jamais été aussi bien que dans Tirez sur le pianiste ? Pas étonnant : c’est sans aucun doute son meilleur film, une merveille dans laquelle Truffaut confirme le style à la fois réaliste et littéraire des 400 coups, une caméra qui paraît capter sur le vif des moments de vie, alors que l’ensemble affirme une immense maîtrise. Parce que, avec cette liberté de ton qui le caractérise, Truffaut mène le spectateur exactement où il veut, créant des atmosphères puissantes.

Sûr de sa maîtrise, il se permet d’improbables digressions. Le film s’ouvre ainsi sur un homme (Albert Rémy, le « père » d’Antoine Doinel) fuyant des hommes qui le poursuivent dans les rues quasi désertes de la nuit parisienne, et prenant le temps de discuter de la vie avec un quidam rencontré par hasard (Alex Joffé, réalisateur pas franchement proche de la Nouvelle Vague, et acteur occasionnel au débit impossible).

Des parenthèses comme celles-là, il y en a plusieurs dans le film, qui enchaîne ces ruptures de ton inattendues. Dans la nuit, traversée à pied ou en voiture dans de longues séquences assez fascinantes, ce parti-pris renforce l’impression de voir un film fondamentalement jazzy. C’est en tout cas la nuit que Truffaut nous offre quelques scènes inoubliables : la marche silencieuse de Marie Dubois et Aznavour, qui tente maladroitement de lui saisir la main ; la longue route vers le « chalet »…

Seul bémol : un court plan de coupe qui montre une mère foudroyée après que son gangster de fils a juré sur la vie de sa mère qu’il portait un foulard en acier asiatique. Pour le coup, ce n’est pas dans le gag pur que Truffaut révèle toute l’étendue de son talent. Mais ne chipotons pas pour un plan qui ne dure que deux ou trois secondes : Tirez sur le pianiste est un chef d’oeuvre, souvent oublié dans la liste des grandes réussites trufaldiennes.

Startime : Incident at a corner (id.) – d’Alfred Hitchcock – 1960

Posté : 7 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, POLARS/NOIRS, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Incident at a corner

Après le succès de la série Alfred Hitchcock présente, Hitch a produit un autre programme anthologique, Alfred Hitchcock Hour, qui lui permettait de proposer des films plus longs que les 25 minutes de son premier show, et de développer des idées plus complexes que (généralement) un twist final.

Une ambition qui s’affirme déjà avec ce Incident at a corner, que le cinéaste a tourné pour une autre série anthologique, Startime, dont il n’était qu’un (prestigieux) invité, signant le 27e épisode de l’unique saison.

Incident at a corner n’a pas la maîtrise formelle de ses grands films. Mais il ne manque pas d’idées. Tout commence notamment par une même séquence filmée successivement sous trois angles différents, qui donnent à voir des éléments différents, des points de vue différents, sorte de condensé de l’art de la mise en scène : comment amener le spectateur à voir ce que le réalisateur veut lui montrer. Et uniquement ce qu’il veut montrer.

De ce simple incident (un vieil homme chargé de surveiller les abords d’une école qui met à l’amande une automobiliste n’ayant pas respecté un stop), tout un drame se met en place : le vieil homme est accusé de comportements inappropriés avec les petites filles, avant d’être renvoyé de l’école. Sa fille et son futur gendre seront les seuls à vouloir se battre pour réhabiliter son honneur.

Hitchcock y aborde le poids de la rumeur, et surtout le danger des jugements à l’emporte-pièce. Il le fait avec une certaine ironie, voire avec un authentique cynisme. Car ses « héros », joués par la fidèle Vera Miles et le terne George Peppard, qui se battent contre les jugements hâtifs dont le grand-père est victime, ont eux-mêmes une forte tendance répétitive à juger en trois secondes, et souvent à tort !

Le Vol du Phoenix (The Flight of the Phoenix) – de Robert Aldrich – 1965

Posté : 23 octobre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, ALDRICH Robert, STEWART James | Pas de commentaires »

Le Vol du Phoenix

Deux heures vingt, et pas une minute de gras dans ce huis clos en plein désert, absolument emballant. Robert Aldrich y confirme son talent pour filmer la violence des rapports humains, comme il le fait dans la plupart de ses films. Et comme pour Dirty Dozen, son film suivant également 100% masculin, il le fait en faisant se côtoyer des personnalités très fortes, dont le mélange est potentiellement explosif.

Cette fois, le décor n’est pas celui d’une guerre mondiale, ce qui fait quand même une sacré différence. On a donc un pilote d’avion vieillissant qui se targue d’avoir fait partie des pionniers de l’aviation (James Stewart, intense, mal aimable, formidable), qui doit convoyer une poignée de civils et de soldats à travers le désert libyen, et dont l’avion se crashe après avoir été pris dans une tempête de sable.

Loin du modèle classique du film catastrophe, Aldrich commence son film par le crash, séquence impressionnante et parfaitement tendue qui n’est que le prologue de ce qui va suivre. C’est dans la tension d’un danger impalpable qu’il prend le temps de présenter vraiment ses personnages, et d’en explorer les complexités.

Confrontés à la chaleur, à l’isolement, à la soif, au temps qui passe, à l’incertitude, voire aux menaces de bandits errants, les personnages révèlent à la fois leurs meilleurs côtés et leurs aspects les plus abjects. Entre un James Stewart mesquin et refermé sur lui-même, et un Hardy Krïuger dont l’autoritarisme réveille chez certains les souvenirs d’une guerre pas si lointaine… C’est l’être humain dans toute sa complexité que filme Aldrich.

Et quelle distribution, pour camper cette humanité : Richard Attenborough, Ernest Borgnine, Dan Duryea, Peter Finch, ou le frenchy Christian Marquand… Excellent directeur d’acteurs, Aldrich ne tombe jamais dans l’effet catalogue. Les affrontements constants entre ses personnages, la violence qui les oppose même parfois, et l’entraide qui finit par s’imposer autour de cet improbable projet de reconstruire un avion en plein désert… Tout ça est d’une justesse parfaite, et d’une grande intensité. Un pur plaisir.

La Vengeance aux deux visages (One-eyed Jacks) – de Marlon Brando – 1960

Posté : 18 octobre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, BRANDO Marlon, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Vengeance aux deux visages

Lorsqu’un grand acteur passe à la mise en scène, le résultat est rarement anodin, surtout lorsque l’expérience s’avère unique. Evidemment, tout le monde a en tête La Nuit du chasseur de Laughton. Et oublie généralement le film de Marlon Brando : un extraordinaire western à la fois brillant, captivant, original… et narcissique.

Le premier plan annonce immédiatement la singularité du film. Brando s’y filme en gros plan, mangeant une banane assis sur un comptoir. Le plan s’élargit, dévoilant le pistolet dans sa main jusqu’alors cachée, puis le hold-up en cours dans une banque, hold-up dont il est le principal protagoniste. Plan merveilleux, d’un acteur-réalisateur sûr de son charisme, de son talent et de sa beauté. Et il peut, le bougre.

Allongé au sommet d’une dune balayée par le vent, le regard assassin ou la sensibilité à fleur de peau, Brando dévore l’écran. Les états d’âme de son personnage donnent son rythme au film, complexe et mouvant comme un homme en plein doute. Plus qu’un film de vengeance, c’est l’histoire d’un homme qui se reconstruit, affronte ses démons pour mieux s’en débarrasser, et paye le prix de ses erreurs.

Brando filme comme il joue : jamais tout à fait comme les autres. Un bad guy s’apprête à lui tirer dans le dos ? Il se retourne dans un mouvement aussi improbable qu’animal, comme un serpent qui entourerait un poteau. Il filme un duel ? Il surgit derrière son ennemi au ras du sol. Une chevauchée ? Devant un inattendu paysage marin.

Visuellement splendide, le film repose aussi sur des personnages particulièrement complexes. Karl Malden, salaud pathétique hanté par ses actes. Katy Jurado, magnifique en femme de plus en plus consciente de la veulerie de son mari. Et Brando lui-même, authentique méchant qui s’humanise peu à peu. C’est d’une justesse totale, échappant constamment aux stéréotypes. Un film unique, dans tous les sens du terme.

MI5 demande protection (The Deadly Affair) – de Sidney Lumet – 1966

Posté : 29 septembre, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 1960-1969, LUMET Sidney | Pas de commentaires »

MI5 demande protection

Décidément plein de bonnes choses à découvrir, dans la filmographie très éclectique de Lumet : des pépites oubliées, souvent, dont cette adaptation d’un roman de John Le Carré fait clairement partie. Le Carré-Lumet : la rencontre entre ces deux-là donne un film sombre et brillamment retors.

Lumet fait sien le style du romancier. La complexité de l’intrigue est donc un prétexte pour plonger de plus en plus profondément dans la noirceur des personnages, pour se confronter à leurs démons et à leurs tourments, mais aussi pour découvrir le vide abyssal de leurs existences, enfermées par l’absurdité de ce monde de l’espionnage, loin, très loin des exploits des espions de cinéma.

Dans le genre, le personnage joué par James Mason est pas mal. « Maître espion » vivant sur le souvenir de ses glorieuses années de guerre (durant lesquelles ses actions avaient un sens évident et tangible), et transformé depuis en fonctionnaire sans cause à défendre. Sans même mentionner sa vie personnelle, tourmenté par une femme aimante mais volage (Harriet Anderson).

L’image monochrome, grise et froide, souligne parfaitement ces vies sans joies, sans espoirs et sans sens, sentiment renforcé par des cadrages serrés, donnant une impression constante d’étouffement.

Et ce ne sont pas les rencontres de Mason qui vont changer la donne : un ex flic vivant seul entouré d’animaux, une veuve rescapée des camps et abîmée par la vie (Simone Signoret, dans un très beau rôle), ou encore un père bigame et alcoolique… Il y a bien ce personnage d’espion très tactile qui appelle James Mason « dear », créant une fausse proximité qui ne fait que rajouter au trouble.

Le Sergent noir (Sergeant Rutledge) – de John Ford – 1960

Posté : 27 septembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, FORD John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Sergent noir

John ne s’est jamais vraiment engagé politiquement. Mais s’il y a un mot qui caractérise sa vision du cinéma, et de la vie telle qu’elle transparaît dans ses films, c’est l’humanisme. Ses films sont toujours du côté de l’humain. Cela va parfois avec un regard conservateur charmant mais border-line : dans ses comédies champêtres avec Will Rogers par exemple, le noir de service était le bon nègre tel qu’on le voyait dans cette Amérique d’un autre temps.

Avec Sergeant Rutledge, Ford se montre tel qu’il est : un grand pourfendeur des injustices. Il le sera encore avec le magistral Les Cheyennes, où il effacera tous les mauvais traitements qu’il a réservé aux Indiens au cours de ses précédents films. Ici, la notion de justice est même centrale puisque, comme dans Vers sa destinée, l’action se déroule au cours d’un procès.

C’est même ici toute l’action qui est racontée par les témoins de ce procès, dans des flash-backs joliment introduits par d’audacieux jeux de lumière. Visuellement plus modeste que The Searchers par exemple, le film confirme pourtant l’extraordinaire sens de l’image de Ford, qui compose de splendides images, à la fois dans Monument Valley et dans des décors de studios.

La scène nocturne du bivouac, avec Woody Strode se dressant dans la nuit, est magnifique. Comme la première apparition de l’acteur d’ailleurs, habituel second rôle de Ford à qui le cinéaste offre un très beau rôle de soldat noir (le seul personnage à donner son nom à un film de Ford, en VO, de toute sa carrière). Tout un symbole : un ancien esclave fier de faire partie de l’armée américaine, tout en n’étant dupe de rien.

« On est fou de se battre pour les blancs », lui lance un autre soldat noir mortellement blessé. « On se bat pour notre fierté », lui répond-il.

Et pour l’avenir, aussi. Si l’action se déroule en 1881, le film se projette ouvertement sur l’Amérique du 20e siècle. Lorsque Woody Strode évoque son émancipation, il reconnaît qu’il n’est pas libre… peut-être le sera-t-il un jour. Et quand son défenseur Jeffrey Hunter tente de défendre l’Ouest aux yeux de la belle Constance Towers (toujours formidable, même si son rôle est moins intéressant que dans The Horse Soldiers), il clame : « C’est un beau pays… Peut-être pas maintenant, mais il le sera un jour. »

Luke la main froide (Cool Hand Luke) – de Stuart Rosenberg – 1967

Posté : 23 septembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, NEWMAN Paul, ROSENBERG Stuart | Pas de commentaires »

Luke la main froide

Quinze ou vingt ans que je n’avais pas vu ce film, qui avait bercé ma prime cinéphilie. Et, bonheur ! Je le redécouvre avec la même émotion, et le même plaisir immense.

Cool Hand Luke est, définitivement, un film magnifique, et peut-être le plus beau rôle de Paul Newman. Le plus iconique en tout cas. Jamais sa cool attitude légendaire, cette nonchalance apparente cachant un mal-être évident, n’ont été aussi bien utilisés que dans ce petit chef-d’œuvre.

D’un strict point de vue visuel et de rythme, le film est une merveille. Stuart Rosenberg, en état de grâce, enchaîne les plans superbes, sublimant une nature immense et pourtant austère, parfait contrepoint à la situation des personnages.

Des prisonniers, donc, purgeant des peines très variées pour des méfaits très divers. Newman, lui, a décapité des parcmètres un soir de beuverie, espèce de double tragique de son personnage dans Cat on a hot tin roof. Un jeune homme désœuvré, perdu entre l’enfance et l’âge adulte, souffrant d’une jeunesse gâchée, et confrontée à la barrière cruelle des générations. « What we’ge got, here, is failure to communicate » : cette phrase lancée par le gardien en chef illustre bien cette barrière.

Parenthèse dans un film presque exclusivement masculin, la rencontre avec Arletta, la mère crevarde, est l’une des plus belles scènes de toute la filmographie de Newman, un moment absolument bouleversant qui vous tire des larmes qui n’en finissent plus de couler.

Il y a des tas de moments inoubliables, comme ça. L’incroyable scène du gobage des œufs, la sublime scène du deuil, l’affrontement homérique avec George Kennedy (formidable), brute qui réalise peu à peu l’absurdité de sa posture…

Autant de moments qui soulignent les difficultés du rapport à l’autorité, de la maturité… Ce personnage de Luke est inoubliable, symbole d’une certaine idée de la liberté, face à une société répressive et liberticide. Un acteur en état de grâce, dans un film magnifique.

Le Vent de la plaine (The Unforgiven) – de John Huston – 1960

Posté : 15 septembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, HUSTON John, LANCASTER Burt, MURPHY Audie, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Vent de la plaine

John Huston s’attaque au western, et cela donne un film magnifique et totalement atypique, parsemé de moments de pure grâce.

Un seul exemple : alors que les Indiens qui assiègent la maison des Zachary se mettent à jouer de leur flûte de guerre pour intimider leurs proies, ces derniers sortent un piano à queue, et la matriarche s’y assoit pour répondre…

Cette image de Lilian Gish jouant du piano dans l’obscurité, entourée par les silhouettes de Burt Lancaster, Audrey Hepburn et Doug McClure (formidable casting, avec aussi Audie Murphy, Charles Bickford ou John Saxon) est fascinante, et résume assez bien l’atmosphère du film : il y est question de famille, de grands espaces menaçants, de racines aussi. Surtout de racines : de celles que l’on reçoit et de celles que l’on choisit dans un pays où tout est à conquérir.

Huston n’est ni Ford, ni Hawks. Son western ne pouvait pas suivre un schéma classique. De fait, jusqu’à l’extraordinaire (et longue) séquence finale, superbement dramatique, le film est spectaculairement… dénué d’action, à l’exception de quelques rares et brèves émergences de la violence.

Ce sont les paysages, plats et verdoyants, qui dominent, ces grands espaces qui sont à la fois familiers et sources de menace. Fascinante aussi, l’apparition de ce vieil homme poussiéreux portant sabre, qui semble revenir de l’au-delà, et qui ramène avec lui un secret profondément enfoui dans l’inconscient collectif, brisant l’harmonie d’une collectivité naissante.

A la fois spectaculaire et intime, crépusculaire et porteur d’espoir, The Unforgiven est un western humain et humaniste. Magnifique.

Quand parle la poudre (Town Tamer) – de Lesley Selander – 1965

Posté : 14 septembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, SELANDER Lesley, WESTERNS | Pas de commentaires »

Quand parle la poudre

Un ancien shérif arrive dans une ville qu’il est chargé de débarrasser de la corruption, incarnée par celui qui a causé la mort de sa femme deux ans plus tôt.

Typiquement le point de départ classique qui a souvent donné d’excellents westerns bourrés d’idées originales et d’un rythme impeccable. Ce n’est clairement pas le cas de cette toute petite série B remarquablement dépourvue d’idée… et de rythme.

Il faut d’abord souligner le caractère exceptionnellement puéril des dialogues, qui enchaînent avec bravoure les poncifs et les phrases toutes faites. Et puis l’incapacité à peu près constante de Lesley Selander de donner du peps à ses scènes d’action.

On se réconforte un peu avec le casting : Dana Andrews, Bruce Cabot, Lon Chaney Jr, et pas mal de gueules qu’on aime bien… Voilà de quoi combler le vide du film, et tant pis si les personnages ne sont que des archétypes : seul le shérif, assassin de l’épouse du héros, sort des senties battus. C’est d’ailleurs, et de loin, le plus intéressant de tous.

Mais finalement, comme on ne vibre pas vraiment, que l’ébauche de romance ne marche pas, et qu’on sait bien où tout ça nous mène, on préfère s’en amuser : s’amuser de la doublure de Dana Andrews que Lesley Selander filme longuement dans chaque scène de bagarre, sans prendre la peine de dissimuler son visage. Ou s’amuser de voir les méchants tomber raides morts au moindre coup de feu, alors que les gentils survivent même criblés de balles.

C’est beau le second degré, même imaginaire…

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