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Archive pour la catégorie '1960-1969'

Les Géants de l’Ouest (The Undefeated) – d’Andrew V. McLaglen – 1969

Posté : 11 mars, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, McLAGLEN Andrew V., WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Géants de l'Ouest

La guerre de Sécession vient de s’achever. Le Yankee John Wayne s’empresse de quitter l’armée pour partir avec ses amis à travers l’Ouest. Sur la route du Mexique, il croise le Sudiste Rock Hudson qui, lui, refuse de rendre les armes…

Beau scénario, construit sur d’incessants allers-retours entre la bande à John et la bande à Rock dans les grandes étendues encore sauvages, pleines de dangers. C’est l’histoire de deux groupes d’hommes (et de femmes) qui vont apprendre à revivre ensemble après des années passées à s’entre-tuer, bel éloge de la réconciliation qui a une vraie originalité, et une vraie efficacité.

Andrew V. McLaglen, fait tout pour s’inscrire dans la filiation de John Ford (qu’il connaissait depuis son enfance, en bon fils de Victor McLaglen), ne serait-ce qu’en dirigeant film après film les acteurs fétiches du génial borgne : Wayne bien sûr, mais aussi Ben Johnson (dans un très beau rôle), Harry Carey Jr, Pedro Armendariz ou John Agar. Et puis comme son éternel maître, McLaglen a le goût de l’emphase et des beaux paysages.

Il a de l’ambition, aussi. Dès la séquence d’ouverture, sa volonté est évidente de ne rien atténuer de l’horreur que fut la guerre, enchaînant les plans spectaculaires d’une rare violence : corps soufflés par des explosions, transpercés par des épées, éparpillés sur le sol… La guerre est une saloperie. On retrouve une même ampleur lorsqu’il filme au plus près l’impressionnant troupeau de chevaux convoyé par les anciens Nordistes.

On salue l’ambition, mais on constate l’évidence : McLaglen n’est pas Ford. Sa mise en scène manque de souffle, mais aussi de lyrisme. Et c’est dans une séquence aux antipodes de cette démesure affichée d’emblée qu’il se montre le plus convaincant. Dans la scène du brouillard sur les bords du Rio Grande. Là, dans une brume dense qui ne laisse voir que des détails, son film devient lui aussi plus dense, plus intense, et plus beau.

La suite est parfois plus convenue, mais McLaglen fait le job plutôt efficacement. Et ses deux « géants de l’Ouest », Wayne et Hudson, forment un tandem de frères ennemis aussi improbable que réjouissant.

La Panthère rose ( The Pink Panther) – de Blake Edwards – 1963

Posté : 2 mars, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, EDWARDS Blake | Pas de commentaires »

La Panthère rose

Peter Sellers est un génie. Blake Edwards non. Ou alors ponctuellement, mais pas là, pas pour ce premier film d’une série interminable, qui occupera pourtant le réalisateur jusqu’à la fin de sa carrière, contraint par le succès immense de ce premier opus. Mais La Panthère rose n’est bien un film que partiellement génial, dont on retirerait volontiers une bonne moitié.

A vrai dire, toute la partie centrale, certes indispensable pour l’intrigue, mais comme l’intrigue n’a pas grand intérêt… A vrai dire, toutes les scènes dans lesquelles ne figure pas Peter Sellers, alias l’inspecteur Jacques Clouseau, policier français aussi persuadé d’avoir un flair hors du commun que maladroit et malchanceux, un type aussi touchant qu’irrésistible dont chaque mouvement est un gag, souvent très drôle…

La beauté de Claudia Cardinale et celle de Capucine aident à résister à la tentation de faire « avance rapide » dès qu’il n’est pas à l’écran, tant on se moque des aventures et des quiproquos de David Niven et Robert Wagner, tonton et neveu qui se découvrent une passion commune pour le vol de bijoux. Aussi classes et souriants l’un que l’autre, mais aussi dénué de surprise.

Le problème du film vient en faire du déséquilibre énorme entre le personnage de Clouseau et les autres, traités avec une absence étonnante d’ambition comique. Blake Edwards le comprendra lui-même, faisant de Peter Sellers la vraie star de ses films suivants. Avec raison, tant l’acteur est l’âme et la raison d’être du film, celui qui lui donne ce petit vent de folie qu’on aimerait voir se transformer en tempête.

Pour être honnête, il y a une scène où cette tempête semble s’approcher : cet extraordinaire ballet des voitures se croisant sans cesse autour d’un vieil homme impassible, qui voit débouler dans tous les sens des véhicules conduits par des gorilles, des hommes en uniforme, voire en armure… Là, l’espace de quelques minutes, le film annonce le ton fou et génial de La Party, le chef d’œuvre du tandem Edwards-Sellers.

Les Quatre Fils de Katie Elder (The Sons of Katie Elder) – de Henry Hathaway – 1965

Posté : 27 février, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, HATHAWAY Henry, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les quatre fils de Katie Elder

Sept ans après Rio Bravo, John Wayne et Dean Martin se retrouvent devant la caméra d’un autre spécialiste du western. Certes, Hathaway n’est pas tout à fait Hawks. Sûr, ces Fils de Katie Elder sont loin des aventures presque solitaires de John T. Chance. Mais quand même. Hathaway, c’est toujours bien. Et quand il y a le Duke dans les parages…

Et effectivement, il apporte ce petit quelque chose qui fait la différence, le Duke. Dès son apparition, silhouette lointaine qui surplombe discrètement une assemblée autour d’une tombe fraîche, il y a l’aura du gars qui plane littéralement sur le film. Il n’est alors qu’une petite silhouette à peine perceptible. Mais sa dégaine, ses vêtements même, les mêmes d’un western à l’autre, et cette impression qu’il dégage d’avoir tout vu, tout vécu, transforment d’emblée l’esprit de ces retrouvailles entre frères.

Quatre frères, donc (Wayne, Martin, Earl Holiman et Michael Anderson Jr), qui se retrouvent des années à l’occasion de l’enterrement de leur mère, apprenant par la même occasion que leur père a été abattu quelques mois plus tôt. Voilà donc une histoire de vengeance parfaitement dans la tradition. Sauf que non. Très vite, un ton singulier s’impose au film, une sorte de refus bienveillant de la violence.

En retrouvant la ville de leur enfance, ces aventuriers réalisent à quel point leur mère était appréciée, à quel point elle a toujours fait bonne figure, faisant le bien autour d’elle et clamant à qui voulait l’entendre que ses fils étaient de braves petits qui lui envoyaient régulièrement de quoi vivre confortablement. Il n’en est rien bien sûr : en découvrant la bonté de Katie Elder, cette figure omniprésente dont on ne verra pourtant que le cercueil, ses quatre fils comprennent peu à peu à quel point ils se sont dévoyés.

Joli western, sensible et pudique, habité de bout en bout par la présence d’un simple fauteuil à bascule, symbole de la mère disparu autant que des vraies valeurs défendues par le film. Hathaway ne signe pas pour autant une simple méditation familiale. Il peut ainsi compter sur la présence forcément décalée de George Kennedy et de Dennis Hopper, en méchants pas caricaturaux. Et entre la bagarre bien virile (et amusante) entre frères, et le guet-apens violent et spectaculaire sur le pont, le film possède son comptant de scènes d’action particulièrement réussies. Jusqu’à l’explosion finale, impressionnante et radicale.

La Bible (The Bible : in the beginning) – de John Huston – 1966

Posté : 1 janvier, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, FANTASTIQUE/SF, HUSTON John | Pas de commentaires »

La Bible

Il faut un certain courage pour passer les premières minutes du film, interminables. Du courage, ou l’envie profonde de voir ou revoir toute la filmographie de John Huston, entreprise pleine de récompenses enthousiasmantes, mais aussi de quelques écueils. Celui-ci n’est pas le moindre, en tout cas dans cette première partie assez imbuvable.

Avec La Bible, John Huston se lance dans un projet ambitieux, voire démesuré : porter à l’écran les différents chapitres de l’Ancien Testament, de la création du monde en sept jours au sacrifice d’Abraham en passant par la tentation d’Eve, la pomme et le serpent, Abel et Caïn, Noé, le déluge et son arche, Sodome et Gomorrhe, l’arrivée en Terre promise… Un projet titanesque pour une superproduction comme Dino de Laurentiis en avait le goût.

Le résultat est pour le moins problématique. Et le premier problème, c’est que cette première partie consacrée à la Genèse donne l’impression que ça été tourné en temps réel. Et sept jours, c’est long quand on s’ennuie. Et quand ce qu’on voit est d’une telle laideur. Attention : les images sont assez belles, mais Huston se contente alors de coller entre elles de belles vues de nature, soulignant lourdement leur pureté et leur caractère apaisant. On se croirait dans une boutique zen…

La suite est à peine moins agaçante, avec une esthétique new age qui domine dans toute la première partie. Et puis l’effet catalogue interdit une quelconque empathie pour aucun de ces personnages que l’on connaît, dont on connaît l’histoire, mais qui n’ont pas d’existence propre devant la caméra de Huston. Le film se résume alors à une spectaculaire illustration de la Bible, joliment mise en scène mais totalement désincarnée.

Finalement, c’est quand Huston lui-même apparaît sous la barbe de Noé que le film prend une ampleur nouvelle. Parce qu’il est impeccable, parce qu’il y prend un plaisir visible à se mettre en scène au côté de tous ces animaux, parce qu’il incarne vraiment son personnage, en lui apportant une ironie bienvenue, qui manquait à la première heure. Et parce qu’il prend le temps de développer un fil narratif, pour le coup convainquant, et au moins aussi bien que le gros truc interminable avec Russell Crowe.

Et puis le film retombe dans ses travers. Vient le repeuplement, figuré par une sorte de pyramide humaine stylisée mais un peu facile. Ça nous mène à la Tour de Babel, et là aussi c’est visuellement splendide et très impressionnant, mais désincarné et pour tout dire un peu chiant.

Enfin arrive George C. Scott qui interprète Abraham. Et là commence un nouveau film, dont on se dit qu’il aurait effectivement dû faire l’objet d’un film pour lui seul, tant il y a une cohérence dans l’esthétique et les enjeux narratifs autour du personnage. C’est la plus longue partie du film, la dernière, celle où Huston prend le plus le temps de développer les personnages, dont certains sont très beaux : celui d’Ava Gardner notamment, qui permet d’aborder très en avance le thème de la GPA.

De belles trouvailles visuelles aussi, comme la mise en scène de cet ange de Dieu aux trois visages, tous de Peter O’Toole, dont les apparitions sont assez poétiques. Mais aussi une manière de mettre en scène les aspects les plus problématiques de la Bible, comme une manière plutôt audacieuse d’évoquer le fanatisme religieux. Pas toujours passionnant, mais intéressant. C’est déjà ça.

Le Jeune Cassidy (Young Cassidy) – de John Ford et Jack Cardiff – 1965

Posté : 25 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, CARDIFF Jack, FORD John | Pas de commentaires »

Le Jeune Cassidy

Un film de John Ford réalisé par Jack Cardiff. C’est ainsi que le générique de début résume la paternité de ce film. Résumé un peu hâtif : Ford ne s’est pas contenté de préparer le tournage, il a bel et bien réalisé lui-même plusieurs scènes. Combien ? Le cinéaste minimisait sa participation, affirmant qu’il n’avait filmé que les scènes entre Rod Taylor et Julie Christie. De belles scènes d’ailleurs, sensuelles et pleines de vie.

Il semble en fait que la participation de Ford soit plus conséquente, et qu’il ait tourné toutes les scènes entre Cassidy et sa mère notamment, y compris celle, particulièrement forte et cruelle, autour du cercueil. Celle du bar aussi, où les frères Cassidy et des joueurs de croquet commencent une bagarre virile et fraternelle, totalement fidèle à « l’esprit irlandais » de Ford.

De la même manière, on jurerait que c’est lui qui a tourné les toutes premières minutes et d’autres passages qui évoquent furieusement un autre film irlandais de Ford, L’Homme tranquille. Il y a quelque chose de cet amour de la terre, dans Young Cassidy. Mais cet amour est nettement plus amer ici, puisque le destin de cet ouvrier qui veut devenir auteur s’inscrit dans la grande histoire : celle du Dublin des années 10 et 20, marqué par la révolte et par le sang.

Adapté du récit autobiographique du dramaturge Sean O’Casey, le film manque sans doute de cohérence. La faute, en partie, à la maladie de Ford qui l’obligea à céder sa place à Jack Cardiff. Ce dernier ne démérite pas : grand directeur de la photo, Cardiff est aussi un habile réalisateur. Mais son style n’est pas celui de Ford, d’où l’impression de passer par moments d’un film à l’autre.

Impression renforcée par la construction du film, dont l’histoire s’étend sur plus de dix ans à travers surtout deux époques : les prémices de la révolte, et les années qui suivent. Deux époques, et deux enjeux : la première évoque avec beaucoup de force et d’émotion les ravages de la misère et de l’oppression sur des êtres simples (terrible personnage de la sœur de Cassidy), quand la seconde se concentre sur les affres de la création d’un Cassidy devenu auteur incompris par son époque.

Les deux parties sont également réussies, mais semblent fonctionner indépendamment l’une de l’autre. Cela dit, même imparfait, même légèrement bancal, le film reste beau et fort. Et Rod Taylor, dans le rôle principal, se révèle un choix idéal (bien que secondaire : le rôle était promis à Sean Connery, avant que celui-ci ne devienne 007). Sa force brute et son regard clair font de Cassidy un personnage mémorable.

Un homme et une femme – de Claude Lelouch – 1966

Posté : 23 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, LELOUCH Claude | Pas de commentaires »

Un homme et une femme

Deauville, le rallye de Monte Carlo, Trintignant qui roule sous la pluie, Chabada (qui ne se chante pas Chabada d’ailleurs), le noir et blanc et la couleur, la voix de Pierre Barouh, le visage d’Anouk Aimé, ce visage si beau et si pur dont Lelouch ne cache pas les imperfections, et qui n’a pourtant sans doute jamais été aussi bien filmé…

Un homme et une femme est le plus beau film de Lelouch ? Voilà qui pourrait même mettre d’accord ceux qui ne supportent pas le romantisme exacerbé, les grands mouvements d’appareils, la grandiloquence diront certains, d’un cinéaste pourtant total. Son amour des acteurs, son sens du récit et du rythme, l’utilisation qu’il fait du montage et de la musique… Tout est cinéma dans le cinéma de Lelouch, parce que tout est passionné.

Ce n’est pas son premier film, mais c’est pourtant là que tout a vraiment commencé : là qu’il a trouvé son style, sur les planches de Deauville, auxquelles il reste intimement lié plus de cinquante ans plus tard, et qu’il filme comme personne. Magnifique image que cet homme et ce chien, tous deux abîmés, dont on observe les silhouettes en ombres chinoises claudiquant sur les planches au soleil couchant.

Ce sont deux êtres abîmés par la vie, comme cet homme et cette femme qui se trouvent et se découvrent entre Deauville et Paris, sur la route, sous la pluie. Une histoire simple, comme celles qui ont fait les plus beaux films de Lelouch : un homme, une femme, l’amour, la vie. Rien de plus, ou si peu. Tout est beau dans ce film, parce que Lelouch sait capter ces petits quelques choses qui donnent de la vie. Même les longues séquences automobiles sont prenantes, pour quelqu’un comme moi que la mécanique ennuie.

Lelouch emprunte à la Nouvelle Vague cette manière de déconstruire le récit, de casser les cadres, de filmer les personnages au plus près. Mais c’est bien un style très personnel qu’il met en place, avec une liberté totale et totalement maîtrisée, une manière envoûtante de passer de la couleur au noir et blanc, ou au sépia, et une superbe utilisation de la voix off.

Trintignant qui se demande ce qu’il doit faire en arrivant à Paris où il veut rejoindre celle qui lui a déclaré son amour par télégramme est un moment absolument magique à vous coller des frissons. L’étreinte de cet homme et de cette femme sera euphorisante. Et le regard d’Anouk Aimé soudain voilé par le souvenir de son mari disparu, déchirant. De grandes émotions, pures et intenses. Palme d’Or et Oscar du meilleur film étranger, Un homme et une femme est magnifique.

La Grande Combine (The Fortune Cookie) – de Billy Wilder – 1966

Posté : 15 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, WILDER Billy | Pas de commentaires »

La Grande Combine

On a tellement l’habitude de les voir l’un avec l’autre, comme les deux faces d’une même pièce, qu’on a du mal à imaginer qu’ils ne se sont pas toujours donnés la réplique. Pourtant, il y a bien eu une première, pour le couple Lemmon-Matthau. Et c’est Billy Wilder, en toute logique, qui l’a provoquée, lui qui avait déjà donné à Jack Lemmon quelques rôles mémorables depuis Certains l’aiment chaud.

Dire que l’alchimie fonctionne immédiatement est presque une évidence. Encore une fois : ces deux-là semblent avoir été faits l’un pour l’autre, la dureté cynique de l’un magnifiant la réserve romantique et timorée de l’autre. Et réciproquement. Wilder lui-même en est visiblement convaincu : il ne dirigera plus jamais Lemmon sans son nouveau complice.

La Grande Combine n’est pas la comédie la plus célèbre de Wilder. C’est pourtant un film assez passionnant, et visiblement très personnel. Le réalisateur y reprend ainsi, assez curieusement, des thèmes qui ont marqué ses grands films noirs. Le type impitoyable qui profite d’un homme physiquement coincé évoque sur un autre ton mais avec autant de cynisme le Kirk Douglas de Ace in the Hole. Quant à l’arnaque à l’assurance, c’est quasiment une marque déposée de Wilder depuis Double Indemnity

Le film a quelque chose de presque conceptuel, pour Wilder, qui ouvre et referme son récit sur l’immense pelouse ouverte d’un stade de football américain, pour ne quasiment jamais sortir de pièces fermées entre deux, dans une succession de séquences clairement divisées en seize chapitres, annoncés par autant de titres. Construction imparable pour un véritable festival de mensonges et de tromperies.

Léger ? Pas tant que ça bien sûr, tant Wilder maltraite ses personnages. Lemmon bien sûr, que son beau-fère convainc de se faire passer pour handicapé afin de toucher l’argent des assurances après un « accident de travail ». Cynique, Wilder base la plus belle des relations humaines du film sur la plus cruelle des tromperies : celle entre le faux handicapé et le footballeur star rongé par la culpabilité.

Quant aux femmes, elles sont au choix insignifiantes, horripilantes ou odieuses, surtout en tant qu’épouses. La notion même de mariage en prend un sacré coup. Celle de père aussi par la même occasion: Matthau qui lance à ses enfants qui font du skate dans les couloirs « Vous devriez aller jouer à ça sur l’autoroute » est une réplique aussi méchante qu’irrésistible.

Il est d’ailleurs formidable, Matthau, contrepoint parfait à la bonhomie un peu molle de Lemmon. Génial en avocat cynique et impitoyable, il décroche l’Oscar (du second rôle) pour cette première collaboration avec Lemmon et Wilder. Malgré l’insuccès du film, le couple se reformera deux ans plus tard (pour Drôle de couple, The Odd Couple, un triomphe), et ne se quittera plus jusqu’à la fin de leurs carrières à tous les deux, tournant ensemble une dizaine de films.

Le Goût du Saké (Sanma no aji) – de Yasujiro Ozu – 1962

Posté : 13 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, OZU Yasujiro | Pas de commentaires »

Le Goût du saké

Jusqu’au bout, Ozu sera resté fidèle aux thèmes qui hantent son cinéma depuis les années 20 : le contraste omniprésent entre la tradition et la modernité, avec l’arrivée de la culture américaine qui vient bouleverser ce Japon encore si attaché à cette tradition dans ce qu’elle a de plus séduisant, mais aussi de plus inhumain.

Dès les premières images, on retrouve dans Le Goût du Saké cette petite musique envoûtante qu’on aime tant chez Ozu. Cette douce mélancolie aussi, cette bienveillance de chaque instant, et cet acteur merveilleux, Chishu Ryu, que l’on a vu vieillir devant la caméra d’Ozu durant trois décennies.

Dans la vie de son personnage, petit employé modeste aux journées parfaitement réglées, comme dans le cinéma d’Ozu d’ailleurs, rien ne semble avoir changé depuis des décennies. Sauf que si, il y a ces petits détails parfois à peine perceptibles : cette fille qui a grandi sans qu’on s’en aperçoive vraiment, la retraite qui approche sans qu’on s’y soit préparé, ou encore cette modernité environnante qui, mine de rien, ont fait de cet homme et de sa maison à l’ancienne des sortes de fantômes d’un ancien temps.

Et lorsque les enfants quittent ces belles maisons traditionnelles, chaleureuses et accueillantes, c’est pour aller s’installer dans des tours de bétons post-guerre mondiale. Tout un symbole pour cet homme qui n’a pas pris le temps de mesurer le temps qui passe, et qui réalise qu’il est temps pour sa fille de trouver un mari, et pour lui de se retrouver seul. La fin d’une époque.

Alors évidemment, il y a de tristesse et de la mélancolie. Mais il y a aussi une pudeur et une élégance de chaque instant. Et une manière très personnelle pour Ozu de souligner la vie qui passe et que rien ne n’arrête par la multiplication de plans où la profondeur de champs est soulignée par des couloirs, des allées, des cadres dans le cadre. Visuellement, c’est magnifique. Beau et émouvant, un bien beau film pour clore une immense carrière.

Alfred Hitchcock présente : Haut les mains ! (Alfred Hitchcock presents : Bang ! You’re dead) – d’Alfred Hitchcock – 1961

Posté : 6 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente Bang you're dead

C’est le dernier épisode qu’Hitchcock réalise lui-même pour sa série (ou presque : il signera encore I saw the whole thing, moyen métrage tourné pour The Alfred Hitchcock Hour, le prolongement étendu d’Alfred Hitchcock présente), et cet ultime court métrage est un classique auquel il apporte un soin particulier.

Le casting n’est sans doute pas à la hauteur, et c’est finalement là (et dans la durée du métrage aussi) que se trouve la plus grande différence avec ses grandes réussites cinématographiques de l’époque. Bang ! You’re dead est en tout cas typique du style Hitchcock.

L’histoire est simple : un gamin trouve une arme qu’il prend pour un jouet, et se balade en ville en s’amusant à jouer au cow boy avec les passants. Suspense formidable et purement hitchcockien : le cinéaste filme l’insouciance des petites gens, le spectateur étant le seul à savoir la vérité.

C’est tendu à l’extrême, Hitchcock s’amuse à dilater le temps et enchaîne des scènes qui paraissent semblables (toujours basées sur la menace que représente l’arme), mais où des petits détails permettent pourtant de relancer constamment le suspense. Et tout ça se termine par une scène haletante parfaitement maîtrisée.

Evidemment, aurait-on envie d’ajouter. Hitchcock profite en tout cas de cet épisode pour s’engager clairement contre l’omniprésence des armes, ce qu’il confirme, sans ironie pour le coup, dans son message de conclusion. Et Hitchcock qui s’engage dans ses films, ce n’est pas si courant.

Alfred Hitchcock présente : Caracolade (Alfred Hitchcock presents : The Horse Player) – d’Alfred Hitchcock – 1961

Posté : 5 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente Caracolade

Hitchcock a décidément envie d’autre chose, dans cette saison six. Le second épisode qu’il réalise cette année-là s’éloigne lui aussi des crimes qui tournent mal, au profit d’un récit plus ironique, comme dans Le Manteau.

Ici, pas d’adultère, mais un prêtre tiraillé entre sa conscience et la nécessité de réunir la somme nécessaire pour faire réparer le toit de son église, qui n’arrête plus la pluie. Ce qui donne d’ailleurs une scène d’ouverture visuellement très réussie, et franchement étonnante : une messe est donnée, le prêtre et ses fidèles sont tournés, et un rideau de pluie occupe le premier plan.

Le prêtre en question, c’est Claude Rains, très bien, qu’Hitchcock retrouve quinze ans après Les Enchaînés. Et le tiraillement, c’est la tentation d’écouter les conseils de l’une de ses ouailles, qui gagne régulièrement aux courses de chevaux, depuis qu’il a eu l’idée de prier (littéralement) pour le bon cheval.

Anecdotique, bien sûr, mais cet épisode est plein d’esprit, et bénéficie d’un rythme impeccable. Sans oublier l’incontournable rebondissement final, où Hitchcock glisse son inimitable cynisme réjoui.

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