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Archive pour la catégorie '1950-1959'

La Loi du Silence (I confess) – d’Alfred Hitchcock – 1953

Posté : 24 février, 2012 @ 12:47 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

La Loi du silence

Film mal aimé du grand Hitch, tourné à l’aube de sa période d’état de grâce, La Loi du Silence est un bon film imparfait, basé sur une grande idée assez mal exploitée. Fait plutôt rare dans l’œuvre du cinéaste, le héros de La Loi du Silence n’est pas un monsieur tout le monde plongé dans une situation exceptionnelle mais un prêtre dont les règles de vie font de lui un coupable tout désigné. Un faux coupable, comme on en trouve des dizaines dans le cinéma hitchcockien, à cela près que celui-là ne fait rien pour tenter de s’innocenter…

Montgomery Clift, dans le rôle du prêtre, n’est ni formidable, ni mauvais. Il est juste là, dans un rôle tellement effacé qu’il en devient peu intéressant, et peu aimable. Ce prêtre qui cache une ancienne relation avec la femme d’un notable (rien de honteux pourtant : la liaison date d’avant les vœux du prêtre, et le mariage de la dame), reçoit un soir la confession de son homme de confiance, qui lui avoue avoir tué un homme. Secret de la confession oblige, le prêtre ne peut rien dire à la police, même quand lui-même devient le suspect numéro 1.

Que le tueur se soit déguisé en prêtre pour commettre son crime relève du mystère, mais qu’importe : ce genre de facilités scénaristiques émaillent la filmo du maître, sans que cela enlève quoi que ce soit à la réussite de ses films. Le vrai problème est qu’Hitchcock ne sait visiblement pas bien quoi faire de ce postulat de base pourtant très excitant : le prêtre doit-il rompre son serment, doit-il se taire et risquer lui-même la prison, ou envoyer devant la justice cet homme qui s’est confessé à lui ?

Dans toute la première moitié du film, la question est presque totalement évacuée, au profit de cette vieille liaison entre Monty et Anne Baxter. Cette intrigue « bis » est certes intéressante et riche en enjeux dramatiques, mais elle détourne le film de sa question centrale, qui ne revient que tardivement, et à laquelle aucune vraie réponse ne sera apportée : un rebondissement final spectaculaire mais un peu artificiel détourne l’attention et conclut le film sur une spirale maligne, mais frustrante.

Frustrante aussi, la prestation effacée de Monty Clift. Il est plutôt convaincant, et parfois émouvant, mais ses démons intérieurs passent à l’arrière plan face à des seconds rôles autrement plus gratifiants : celui d’Anne Baxter notamment, mais surtout de Karl Malden en flic intègre et persévérant totalement à côté de la plaque, et de O.E. Hasse en sacristain assassin malgré lui, mari aimant qui se laisse dévorer par une spirale du sang et du mensonge qui le pousse jusqu’à l’irréparable.

Heureusement, il y a la mise en scène d’Hitchcock, continuellement inventive et inspirée. Dans ce film imparfait, il s’amuse à adopter alternativement toute une série de points de vue différents, qui donnent chacun un éclairage différent aux scènes que l’on suit. C’est brillant, et visuellement d’une grande beauté, avec un jeu merveilleux sur les ombres et le hors-champs. Largement de quoi tenir en haleine.

Mort à l’arrivée (D.O.A.) – de Rudolph Maté – 1950

Posté : 23 février, 2012 @ 11:22 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, MATÉ Rudolph | Pas de commentaires »

Mort à l'arrivée

Grand chef opérateur, Rudolph Maté reste aussi dans l’histoire du cinéma pour avoir réalisé quelques films de série B dont celui-ci est le chef d’œuvre : un film noir passionnant et tortueux à souhait, dont la grande originalité ne repose pas sur l’intrigue à proprement parler (très classique), mais sur la construction. Le film s’ouvre en effet sur la marche décidée d’un homme (Edmond O’Brien, notre héros) qui traverse les longs couloirs d’un commissariat tandis que le générique défile, et qui trouve finalement le bureau des « homicides » où il signale un meurtre : le sien…

C’est un mort en sursis qui raconte l’histoire en un long flash-back dont l’issue est forcément fatale. Un homme qui, quelques jours plus tôt à peine, était un petit assureur sans histoire qui, avant de se laisser épouser par une jeune femme charmante mais un peu trop sage, a décidé d’aller s’encanailler dans une grande ville où il comptait bien se laisser aller à la débauche avec quelque beauté rencontrée au détour d’un bar.

Presque un enterrement de vie de jeune homme, donc… En une soirée, il croise un groupe de vendeurs en goguette, une vamp prête à coucher, et un mystérieux homme qui lui refile sans qu’il s’en rende compte une boisson empoissonnée. Et lorsqu’il se réveille, ce mal qui s’empare de lui lui semble être une simple gueule de bois. Sauf que cette gueule de bois se révèle être un empoisonnement fatal et incurable. Comme si, en sortant du droit de chemin le temps d’une soirée, ce monsieur tout le monde avait sacrifié toute la belle vie qui lui était promise.

Ce monsieur tout le monde à qui il ne reste que quelques heures à vivre va alors se transformer en ange vengeur, désireux de ne pas quitter cette terre sans savoir à qui il doit ce départ précipité. La réponse est forcément inattendue, et loin de la première impression. Dans cette course contre la montre, dont il sait qu’il ne pourra pas vraiment sortir vainqueur, O’Brien se découvre enfin lui-même : il comprend peu à peu le piège machiavélique dans lequel il est tombé bien malgré lui ; mais il réalise aussi le gâchis que représentent ses écarts d’un soir.

Cette quête effrénée et volontiers brutale ne sauvera personne. Mais elle rétablira un semblant de balance, et permettra à ce héros de s’élever au-dessus de ses mesquineries de simple mortel. Pas gai, mais hyper marquant…

Edmond O’Brien est ici l’une des grandes figures du film noir américain, genre dont D.O.A. est l’un des fleurons. Il fera d’ailleurs l’objet d’un remake réussi signé Annabel Jankel et Rocky Morton quarante ans plus tard, avec une intrigue totalement différente, mais le même procédé narratif (Dennis Quaid dans le rôle du condamné).

Fort Invincible (Only the Valiant) – de Gordon Douglas – 1951

Posté : 22 février, 2012 @ 10:49 dans 1950-1959, BOND Ward, DOUGLAS Gordon, WESTERNS | Pas de commentaires »

Fort Invincible (Only the Valiant) – de Gordon Douglas – 1951 dans 1950-1959 fort-invincible

Au sommet de sa gloire, Gregory Peck interprète l’un de ses personnages qu’il affectionnait à l’époque : un héros intègre prêt à sa sacrifier pour ce qu’il croit. Ce sens du devoir est le sujet même de ce western sympathique. Lieutenant de cavalerie durant les guerres indiennes, Peck passe pour un salaud lorsque, en obéissant aux ordres directs de son supérieur, il envoie à une mort certaine son ami, qui est aussi son rival dans le cœur de la belle Barbara Payton. Considéré comme un lâche et un traître, il encaisse, toujours par sens du devoir, et décide de prendre la tête d’un petit groupe qui devra tenir « Fort Invincible », un poste avancé stratégique et intenable. Une mission suicide dont la plupart ne sortiront pas vivants…

Beau western en noir et blanc, Fort Invincible est une belle réussite, en tout cas dans sa première partie : la manière dont Gordon Douglas filme la déchéance de cet officier mis au ban de la société à laquelle il est pourtant totalement dévoué, est d’une belle subtilité, et d’une grande efficacité. Le génie en moins, le réalisateur a plutôt bien assimilé le classicisme de John Ford, son sens du rythme et son goût pour les seconds rôles hauts en couleur.

La comparaison avec Ford n’est pas anodine, et pas seulement parce que Ward Bond, incontournable acteur fordien, tient l’un des rôles principaux. Gordon Douglas s’inscrit ouvertement dans la lignée du grand borgne. Lui qui a réalisé un remake de Stagecoach (La Diligence vers l’Ouest, 1966) s’inspire ici énormément de la trilogie de la cavalerie (Le Massacre de Fort Apache, La Charge héroïque, Rio Grande), que Ford venait de boucler.

On y retrouve, comme dans les films de Ford, une vision vivante et quotidienne de la vie dans les garnisons de cavalerie, mais aussi l’importance des femmes, même dans des rôles secondaires. Le problème, c’est que Barbara Payton a la grâce d’une patate tiède, et qu’elle est très, très loin de Shirley Temple (Le Massacre…) ou de Maureen O’Hara (Rio Grande).

Le problème aussi, c’est que n’est pas Ford qui veut, et que si Gordon Douglas est un bon élève, son talent n’effleure pas le génie du maître. Après une première partie tendue et palpitante, Douglas se perd un peu dans un affrontement interminable entre le petit groupe (style 12 Salopards avant l’heure) et les Indiens belliqueux. Dans cette dernière partie, Douglas confirme son talent dans les scènes d’action (heureusement nombreuses), mais révèle ses limites dans les tout aussi nombreux moments de calme.

On ne boude pas son plaisir : Gregory Peck est impérial, Ward Bond est un second rôle comme on n’en fait plus, et Barbara Payton est une patate tiède qui n’a droit qu’à une poignée de scènes bien suffisantes…

Le Crime était presque parfait (Dial M for Murder) – d’Alfred Hitchcock – 1954

Posté : 21 février, 2012 @ 1:11 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Le Crime était presque parfait (Dial M for Murder) – d’Alfred Hitchcock – 1954 dans * Films noirs (1935-1959) le-crime-etait-presque-parfait

Le Crime était presque parfait est un projet en apparence très mineur, dans la filmographie d’Hitchcock. Lui-même d’ailleurs ne s’en cachait pas : le film fait partie de ses projets tournés pour ne pas rester inactif alors qu’il n’avait sur le feu aucun projet plus personnel et enthousiasmant. C’est une habitude qu’il avait depuis ses débuts dans les années 20 : plutôt que d’attendre un hypothétique sujet excitant, mieux vaut s’emparer d’une pièce de théâtre à succès et la porter à l’écran.

C’est ce qu’il fait ici encore avec ce film effectivement théâtral dans sa construction, qui respecte l’unité de lieu presque à la lettre : seuls quelques plans de la rue (vus de l’appartement) et une courte scène dans un club pour gentlemen ouvrent la scène vers l’extérieur. Mais loin de tomber dans le piège du théâtre filmé, Hitchcock fait de cette contrainte une occasion de démontrer sa virtuosité : le film est aussi fluide que n’importe lequel de ses films (comme l’était d’ailleurs La Corde, autre adaptation théâtrale utilisant l’unité de temps et de lieu).

Hitchcock assume totalement et ouvertement cet aspect « théâtre film », construisant son film en deux actes clairement séparés… par un entracte indiqué par un panneau. Les deux actes sont aussi séparés par une séquence de procès extraordinairement elliptique. Innombrables dans ses films, les scènes de procès sont très souvent inattendues et brillantes : dans Frenzy, par exemple, la séquence se limite, idée géniale, à la porte battante du tribunal s’ouvrant et se fermant, ne laissant percevoir que le verdict. Ici, l’économie de moyen est tout aussi impressionnante : le procès se limite à un long gros plan fixe sur le visage de Grace Kelly, éclairé de couleurs différentes et ponctué par une voix off implacable. Rien de plus… et le résultat est l’un des « procès » les plus mémorables de toute l’œuvre hitchcockienne.

Mis à part cet intermède, tout le film se déroule dans un appartement cossu de Londres, avec un nombre limité de personnages : Ray Milland (formidable, comme toujours, dans ce qui est peut-être le plus célèbre de ses rôles), oisif aux goût de luxe décidé de faire assassiner sa femme (Grace Kelly, très jolie bien sûr) qu’il soupçonne de vouloir partir avec son amant romancier (Robert Cummings, qui fait le minimum dans le moins intéressant des rôles, et qui retrouve Hitchcock douze ans après Cinquième Colonne) et sa fortune ; s’y ajoutent l’assassin manipulé par le mari, et tué contre toute attente par l’épouse (Anthony Dawson), et le flic au flegme british et au flair de limier, interprété parle savoureux John Williams, lui aussi acteur hitchcockien (La Main au Collet).

L’exiguïté de son décor inspire Hitchcock, comme cela est toujours le cas pour les contraintes qu’il s’impose régulièrement (le canot de sauvetage de Lifeboat, les longs plans séquences de La Corde…). Le film est absolument brillant, et cela dès les premières images : en quelques plans muets d’une apparente simplicité, le cinéaste présente le trio de personnage. Premier plan : Grace Kelly et Ray Milland s’embrassent poliment, c’est un couple installé sans passion. Deuxième plan : Grace Kelly apprend dans le journal l’arrivée imminente d’un romancier et lève des yeux prudents vers Milland, on comprend qu’elle a une liaison secrète avec ce romancier. Troisième plan. Grace Kelly et Robert Cummings s’embrassent avec passion… C’est simple, intelligent, et formidable.

Mais le génie d’Hitchcock est tout aussi frappant dans les longues scènes de dialogue. Le film est d’une extraordinaire fluidité, et le suspense s’installe durablement, dans une atmosphère à la fois feutrée et inquiétante : le bonheur domestique est décidément rare dans le cinéma hitchcockien ! Variation sur le même thème que L’Inconnu du Nord-Express, Le Crime était presque parfait a été tourné pour être projeté en 3D. Une expérimentation qui restera sans suite pour Hitchcock, et qui n’a pas le moindre intérêt : en l’état, le film est un nouveau bijou.

King Dinosaure (id.) – de Bert I. Gordon – 1955

Posté : 16 février, 2012 @ 5:18 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, GORDON Bert I. | Pas de commentaires »

King Dinosaure

Soixante minutes montre en main. C’est la durée de ce long métrage qui aurait gagné à être encore réduit d’un bon quart… Les dix premières minutes, en tout cas, ne sont qu’un interminable montage de stock shots et d’une insupportable voix off qui explique, en substance, qu’une nouvelle planète est arrivée dans notre système solaire et qu’une expédition est envoyée pour l’explorer (voyez : ça tenait en une ligne l’explication, pas besoin de dix minutes !). Une introduction qui n’en finit pas, uniquement entrecoupée de quatre plans sans intérêt présentant les quatre membres de l’expédition (les quatre uniques acteurs du film), et qui donne l’impression que jamais le film ne commencera réellement.

Mais finalement, après avoir eu le temps de vider deux fois ma vessie (il faut bien quelques litres de bière pour tenir le coup), le « vrai » film commence. Et quel film ! Les premières images montrent la fusée qui a atterri sur la planète mystérieuse. Non… En fait, les premières images montrent une échelle descendant d’on ne sait où, au milieu d’une étendue d’herbes qui pourrait se situer au cœur du Vimeu Vert (c’est en Picardie, bande d’ignares).

Le réalisateur fait avec les moyens du bord, autant dire qu’il fait avec strictement rien : comme les combinaisons des astronautes ont sans doute été louées pour une heure, les personnages les enlèvent au bout de deux minutes. Comme le budget ne permet pas d’engager un décorateur, on filme une nature visiblement périurbaine et qui n’est sauvage que parce qu’on a récupéré des images de crocodiles et de serpents à insérer « habilement » dans le montage. Et comme les acteurs ne sont pas vraiment acteurs, ils jouent mal.

Ah j’allais oublier : pas d’argent non plus pour un scénariste, alors il n’y a pas vraiment d’histoire, encore moins de psychologie derrière ces quatre personnages censés être des scientifiques mais qui passent beaucoup de temps à folâtrer…

Mais comme on est en pleine vague du film de dinosaures, et que le film s’appelle King Dinosaure, alors les explorateurs tombent sur d’immenses bêtes préhistoriques. On n’a évidemment pas vraiment peur, mais reconnaissons tout de même qu’il y a quelques transparences plutôt réussies. C’est déjà ça.

Et comme ça ne dure qu’une heure, ça nous laisse le temps pour une nouvelle bière…

La Belle et le Clochard (Lady and the Tramp) – de Clyde Geronimi, Wilfred Jackson et Hamilton Luske – 1955

Posté : 13 février, 2012 @ 12:20 dans 1950-1959, DESSINS ANIMÉS, DISNEY Walt, GERONIMI Clyde, JACKSON Wilfred, LUSKE Hamilton | Pas de commentaires »

La Belle et le Clochard

Voilà sans doute le plus “normal” des grands classiques Disney : pas de sorcière, ni d’éléphant volant ou de pantin animé à l’horizon, juste une histoire d’amour qui pourrait être celle de n’importe quelle comédie romantique si les amoureux n’étaient un couple de chien. Pour le reste, le film respecte tous les codes du genre : un mâle des bas-quartiers ivre de liberté, qui s’éprend malgré lui d’une jeune femme ayant grandi dans un environnement bourgeois privilégié, le tout dans un décor de cartes postales…

S’il y a un film qui résume parfaitement le goût de Disney pour le modèle américain : ses familles qui sont autant de cocons bienveillants, le destin qui sourit aux audacieux, le sens de l’héroïsme et du sacrifice… c’est bien celui-là. Ce pourrait être lénifiant, et à vrai dire ça l’est bien un petit peu. On sent dès les premières images que ce sympathique bâtard, qui voit les maisons bourgeoises comme des prisons dont il veut se tenir éloigné pour profiter de la vie, finira par rentrer dans le rang, par amour pour la belle. Et forcément, c’est exactement ainsi que ça se termine.

Même si le message est lourdingue, le film s’avère charmant, même 57 années sa sortie. Par sa simplicité formelle et scénaristique, La Belle et le Clochard est un Disney réjouissant. A voir forcément en famille.

Chained for life (id.) – de Harry L. Fraser – 1951

Posté : 11 février, 2012 @ 5:10 dans 1950-1959, FRASER Harry L. | Pas de commentaires »

Chained for life

Avant de parler du film lui-même, je voudrais juste faire une petite critique à un éditeur que par ailleurs j’apprécie beaucoup (Bach Films, pour ne pas le citer) : n’y avait-il pas meilleur choix que ce Chained for life auquel Tod Browning n’a participé ni de près, ni de loin, pour compléter un coffret hommage au cinéaste de Freaks, coffret qui reste hautement recommandable (à se procurer sur le site Internet de l’éditeur) ? Dans un bonus du film, le critique et cinéphile Patrick Brion explique, en substance (ce ne sont pas ses mots exacts) que le film a été choisi justement parce que c’est une merde, et qu’il permet d’illustrer en négatif la sensibilité extrême de Browning, qui faisait de Freaks un chef d’œuvre, à partir d’un sujet comparable. Mouais…

Cela dit, le constat de Brion est correct. Près de vingt ans après Freaks, Chained for life est le seul autre film tourné par les sœurs Hilton, célèbres artistes de music-hall qui avaient la particularité d’être siamoises, collées par la hanche à une époque où les opérations de séparation n’avaient que peu de chance de réussir. Une sorte de variation sur le même thème que Freaks, donc, mais la comparaison entre les deux films est écrasante. Pas besoin, d’ailleurs, de comparer pour comprendre que Chained for life est un film calamiteux.

Réalisé par un spécialiste du cinéma bis, à qui on doit quelques-uns des westerns miteux que le jeune John Wayne a enchaînés dans les années 30, Chained for life est bien plus qu’un ratage (sur le fond et sur la forme) : c’est un film détestable. Sur le fond, il y a dans la manière de filmer les Hilton une complaisance qui met mal à l’aise. Sur la forme, Fraser, qui a pourtant derrière lui des dizaines de longs métrages (au mieux médiocres, c’est vrai) n’arrive jamais à donner le moindre souffle à son film, pauvre succession de plans sans intérêt. Côté direction d’acteurs, rien à sauver non plus : c’est tout simplement calamiteux.

Le seul intérêt pourrait résider dans la place conséquente donnée aux artistes de music hall qui peuplent le film. Mais leurs numéros, filmés in extenso, paraissent bien vieillots. C’est le dernier film d’un Harry L. Fraser qui ne laissera pas un grand vide dans le monde du cinéma…

Red Planet Mars (id.) – de Harry Horner – 1952

Posté : 11 février, 2012 @ 12:30 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, HORNER Harry | Pas de commentaires »

Red Planet Mars

Dans la grande vague des films « martiens » des années 50, celui-ci fait figure de curiosité : pas un Martien, pas une fusée, pas même une image de la planète rouge à l’horizon, à l’exception d’une paire de « photos ». C’est le parti pris original et plutôt audacieux (surtout pour une production aussi modeste que celle-là) du film, qui tente de mettre en scène les effets qu’aurait un contact interplanétaire sur notre société.

Et le résultat est édifiant. En quelques semaines, le couple de scientifique qui a établi le contact avec les Martiens révolutionne totalement les équilibres du monde. Etonnant, mais pas très vraisemblable, hélas. Malgré l’évidente bonne volonté, et l’ambition du propos, le film tourne au préci-précha religieux, et à l’éternelle valorisation du modèle américain… en opposition avec le système soviétique, évidemment, guerre froide oblige.

Le couple de scientifique en question est d’ailleurs un couple typique d’Américains bien sous tous rapports (l’homme est joué par Peter Graves, bien avant Mission : Impossible, qui s’apprêtait à jouer dans le Stalag 17 de Billy Wilder), qui vivent en famille dans une maison coquette, avec un enfant bien élevé. Cette même maison où ils font leur recherche : ben oui, c’est dans leur maison particulière, vaguement gardée (après le premier contact seulement) par quelques militaires détachés, qu’ils mènent les expériences les plus importantes de l’histoire de l’humanité. Pensez donc : l’un des messages révèle même que notre Dieu était sans doute un Martien, venu apporter la bonne parole il y a deux mille ans.

Pourquoi pas, d’ailleurs, on a déjà vu ça ailleurs. Mais on se demande bien comment la découverte d’une telle supercherie (Dieu n’est qu’un extraterrestre !) peut entraîner un tel regain de mysticisme. Comme on se demande comment les messages délivrés par les Martiens peuvent entraîner la chute de tous nos modèles (et des Soviétiques) : apprendre que les Martiens vivent dix fois plus vieux que nous ne remet pas foncièrement en cause notre modèle de retraite, si ?

Qu’importe : ce nanar réalisé par un cinéaste plus ambitieux que talentueux se regarde tout de même avec un certain plaisir. Malgré le jeu assez catastrophique des acteurs, et le scénario pour le moins approximatif (on n’évoquera pas la qualité des dialogues), Harry Horner mène son sujet efficacement. A condition de ne pas être trop exigeant…

Le Grand Alibi (Stage Fright) – d’Alfred Hitchcock – 1950

Posté : 8 février, 2012 @ 4:53 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, DIETRICH Marlene, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Le Grand Alibi

Le rideau se lève, et Hitchcock nous plonge directement dans l’action : une voiture qui roule dans les rues d’un Londres en reconstruction, et à son bord, un homme (Richard Todd) qui raconte à sa fiancée (Jane Wyman) qu’il est accusé à tort du meurtre du mari de sa maîtresse, une actrice de théâtre renommée (Marlène Dietrich). C’est peut-être l’entrée en matière la plus rapide de toute l’œuvre américaine de Hitchcock (avec Sueurs froides), qui semble renouer avec le rythme de ses films anglais, dix ans après ses débuts à Hollywood.

Nostalgique Hitch ? Il en donne effectivement l’impression : Stage Fright est de tous ses films américains celui qui se rapproche le plus de l’esprit de ses débuts. Le décor londonien n’y est bien sûr pas pour rien, mais c’est surtout ce mélange de suspense et de comédie, qui avait marqué des films comme Jeune et Innocent ou Les 39 Marches, qui frappe ici. Frappants aussi : les seconds rôles très typés, qui semblent eux aussi sortis de la période anglaise d’Hitchcock (tout particulièrement le rôle du père de Jane Wyman, génialement interprété par un Alistair Sim irrésistible). Le flic, interprété par Michael Wilding, est lui aussi une réminiscence des héros de ses films des années 30 (il ressemble d’ailleurs étrangement à Michael Redgrave, le héros de Une Femme disparaît).

Comme dans ses « policiers » anglais, Hitchcock s’amuse aussi à insérer dans son film des passages qui n’ont strictement aucun intérêt pour l’intrigue (la drôle de scène de tir aux canards par exemples) mais qui, loin de casser le rythme du film, lui donne une légèreté bienvenue.

Quant à l’histoire elle-même, ainsi que la toile de fond, elles éviquent l’un des premiers films parlants de Hitchcock : Murder !, autre film policier se déroulant dans les coulisses d’un théâtre. Le monde du spectacle vivant a d’ailleurs souvent inspiré Hitchcock. Le personnage de comédienne joué par une Marlene Dietrich impériale s’inscrit dans la lignée d’autres personnages dans l’œuvre du cinéaste. Face à une telle personnalité, Jane Wyman s’en sort bien. Dans un rôle plus désuet, et plus effacé, elle est même formidable. Son mélange de fragilité et de volonté à toute épreuve lui permet d’exister au milieu de personnages a priori tous nettement plus marquants que le sien.

Méconnu, mal aimé, Stage Fright a souvent été critiqué par Hitchcock lui-même, qui disait que l’une des plus grandes erreurs de sa carrière était le faux flash-back de ce film, qui manipulait le spectateur en lui donnant de fausses informations. Pourtant, si Stage Fright a un défaut majeur, ce n’est pas celui-là : en faisant de son premier narrateur un imposteur, Hitchcock se montre même étonnamment moderne, cette méthode particulière étant devenue particulièrement répandue, ces derniers temps. Il faut s’y faire, ce qu’on voit à l’écran n’est plus forcément la réalité. Qu’elle qu’en soit la cause (mensonge, folie…), c’est même devenu une espère de sous-genre : de Usual Suspects à Shutter Island, les exemples sont innombrables. Hitchcock était simplement en avance sur son temps.

D’ailleurs, le rideau qui s’ouvre sur le générique de début (préfigurant le générique de Fenêtre sur cour) laisse déjà penser que le milieu du spectacle dans lequel l’intrigue se déroule n’est pas anodine : on est dans le faux-semblant, dans la représentation, et pas forcément dans la pure réalité. L’histoire que raconte le personnage de Richard Todd

La vraie erreur consiste par contre à faire de ce « faux » faux coupable un type aussi antipathique. Si le personnage de Cooper évoque les fêlures et la maladie mentale d’un Norman Bates (tout juste dix ans avant Psychose), Richard Todd se révèle l’antithèse d’Anthony Perkins, dont la douceur tranchait avec la face cachée. Todd en est bien loin, et son interprétation est froide et peu aimable. Si Hitchcock voulait brouiller les pistes, ses choix concernant ce personnage lui font rater sa cible. Il reste bien d’autres qualités au film…

Lost Continent (The Lost Continent) – de Sam Newfield – 1951

Posté : 8 février, 2012 @ 11:31 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, NEWFIELD Sam | Pas de commentaires »

Lost Continent

C’est un petit film fantastique bien sympathique qu’a réalisé là Sam Newfield. Spécialiste de la série Z, le réalisateur signe une production inhabituellement ambitieuse pour lui : on est ici dans la série C, voire même B, avec de grands décors (en carton pâte), des effets spéciaux, un crash d’avion, et même des dinosaures qui ne sont pas uniquement des iguanes filmés en gros plan. Bref, un vrai film d’aventure bien torché et mené sans le moindre temps mort.

Bien sûr, le film reste un nanar. Un nanar sympathique, mais un nanar quand même : le crash est filmé avec une maquette qui fait maquette, la montagne que les personnages doivent escalader fait carton pâte, et la forêt qu’ils traversent semblent sortir de Jardiland. Mais pour ceux que ces détails ne rebutent pas, il faut reconnaître à Newfield un vrai savoir-faire.

L’histoire n’est qu’un prétexte à enchaîner les situations les plus périlleuses : un missile s’est perdu sur une île mystérieuse, et une expédition constituée de militaires et de scientifiques est envoyée pour le retrouver. Ils y découvrent une terre hostile peuplée de dinosaures. Le film se contente d’éviter (adroitement) tous les temps morts, s’appuyant sur des personnages plutôt pas mal dessinés (pour des stéréotypes en tout cas).

Newfield a même le grand luxe de diriger César Romero, pas exactement la star du siècle, mais une vedette au charisme indiscutable, parfait en leader de l’expédition. Alors que la menace soviétique s’impose dans la conscience américaine, le film se permet même d’avoir un petit discours humaniste, avec un personnage de Russe dont tout le monde se méfie (y compris le spectateur) avant de dévoiler son véritable visage, beaucoup plus complexe et humain.

Pour autant, Lost Continent n’est pas un film qui se prend au sérieux. Sam Newfield filme simplement et efficacement une histoire pleine de rebondissements. En l’occurrence, on ne lui en demande pas plus.

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