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Archive pour la catégorie '1950-1959'

Screen Directors Playhouse : Day is Done (id.) – de Frank Borzage – 1955

Posté : 24 octobre, 2010 @ 6:12 dans 1950-1959, BORZAGE Frank, COURTS MÉTRAGES, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Screen Directors Playhouse : Day is Done (id.) - de Frank Borzage - 1955 dans 1950-1959 screen-directors-playhouse-day-is-done

Mal compris à sa sortie, mal aimé pendant des décennies, Moonrise (Le Fils du Pendu) a mis un terme provisoire à la carrière du grand Borzage : il ne tournera plus rien pendant sept ans, jusqu’à un retour modeste par la case télévision : en quelques mois, il réalise trois courts métrages pour la série anthologique Screen Directors Playhouse, à laquelle de nombreux grands ont participé, de John Ford à William Dieterle en passant par Allan Dwan.

Celui-ci est le premier des trois. On y retrouve la vision éternellement anti-militariste de Borzage, qui raconte ici l’amitié naissante entre un « bleu » et un militaire aguerri, que tout oppose, mais qui se découvrent autour d’une même passion pour la musique. La musique qui adoucit les mœurs, et réveille l’humanité des soldats les plus endurcis ? Le trait est un peu forcé, mais ce court métrage est joliment filmé, et se regarde avec un vrai plaisir.

Borzage reviendra trois ans plus tard, avec trois ultimes longs métrages.

La Captive aux yeux clairs (The Big Sky) – de Howard Hawks – 1952

Posté : 12 octobre, 2010 @ 6:05 dans 1950-1959, DOUGLAS Kirk, HAWKS Howard, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Captive aux yeux clairs

Un groupe d’hommes en marche dans une contrée sauvage, des amitiés viriles qui se nouent à coups de poings, et qu’aucune femme ne parviendra à troubler… Pas de doute, on est bien chez Howard Hawks, et dans un grand cru du monsieur, même. Quatre ans après ses premiers pas dans le western, avec un Rivière rouge mémorable, Hawks reprend une trame similaire, pour sa deuxième incursion dans le genre. Au convoi de bétail du précédent film, succède ici un voyage en bateau, en remontant le fleuve jusqu’à des contrées encore inexplorées par l’homme blanc.

La Captive aux yeux clairs est LE film que Hawks consacre aux Indiens. Souvent plus intéressé par les rapports entre les membres d’une même communauté (ce qui est d’ailleurs en grande partie le cas, ici encore), le cinéaste signe une peinture étonnamment contrastée (pour l’époque) de la nation indienne. Non pas d’une seule tribu, d’ailleurs, mais de deux : celle de la « captive » du titre, les Pieds Noirs, peuple pacifique prêt à récompenser les bons blancs qui ont pris grand soin de leur fille, mais prêts aussi à se plier aux règles du commerce… Et puis celle des « méchants » Crows, peuple fier dont on ne tarde pas à comprendre qu’ils sont en fait manipulés par d’autres marchands, bien décidés à rester maître de leur territoire.

Le film présente une tendresse inattendue pour un film de Hawks. Les scènes d’action sont nombreuses, et parfois très impressionnantes (la bataille le long du fleuve, notamment), mais le ton du film reste la plupart du temps assez léger, voire badin. La rencontre des deux héros, pour commencer, semble sortie d’un film d’Errol Flynn ! Bondissants et bouillonnants de vie, les deux comparses écument les petites villes et leurs bars, enchaînant les verres et les bagarres, toujours prêts à en découdre et à séduire les belles locales…

Et puis le film s’installe réellement lorsque tout ce petit peuple embarque en toute discrétion sur le bateau qu’ils ne quitteront plus, dans une magnifique scène nocturne, baignée de brume. La Captive aux yeux clairs est bien un western, mais un western qui ne ressemble à aucun autre, où les pistes poussiéreuses et rythmées par le bruit des sabots, a cédé la place au rythme tranquille (la plupart du temps en tout cas) du fleuve, où les éclaireurs ont plutôt la belle vie : lorsqu’ils ne paraissent pas sur le pont du bateau, ils chassent dans les terres, alors que les hommes d’équipage suent sang et eau pour faire avancer le bateau. Faignants, va…

Et bien sûr, comme ce n’est jamais le petit laborieux qui a le beau rôle, qui donc va se disputer les faveurs de la belle Indienne, que transportent le bateau ? Les deux amis éclaireurs, interprétés par le jeune chien fou Dewey Martin et le plus sage Kirk Douglas. Malin, Hawks nous fait croire un moment qu’on est dans un triangle amoureux comme tant d’autres. Mais que nenni. La rivalité entre les deux hommes prendra une tournure très, très inattendue, et loin du romantisme auquel on a généralement droit. Leur relation, au début très simple, se charge peu à peu d’un curieux sentiment de nostalgie, comme si l’un et l’autre regrettait que les tournants de leur cœur viennent compliquer une amitié si limpide…

Cette nostalgie baigne tout le film, dont le rythme est la plupart du temps assez lent, Hawks ne manquant aucune occasion de filmer la grandeur de ses décors naturels. C’est beau la nature, c’est beau le cinéma, et qu’est-ce que c’est beau, ce film…

L’Enigme du Chicago Express (The Narrow Margin) – de Richard Fleischer – 1952

Posté : 22 septembre, 2010 @ 5:35 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

L'Enigme du Chicago Express

Allez savoir pourquoi, j’ai toujours beaucoup aimé les films se déroulant dans un train. Peut-être parce que j’aime les trains, tout simplement ; peut-être parce que filmer dans un espace aussi exigu demande aux réalisateurs des trésors d’inventivité… En tout cas, de Shanghai Express à Une Femme disparaît, ce sous-genre a donné quelques chef d’œuvre immortels. Richard Fleischer s’en tire lui aussi formidablement bien avec The Narrow Margin (le titre français est franchement pas terrible), petit bijou du film policier de l’époque, sec et nerveux comme on les aime.

Fleischer, qui s’était fait une spécialité de ces films noirs de séries B depuis ses débuts vers la fin des années 40, signe l’une de ses plus grandes réussites : il n’allait pas tarder à changer de registre, et à devenir un spécialiste des films à gros budgets (avec 20 000 lieues sous les mers, en 1954). Ici, il est au sommet de son inspiration, et mène son récit à un rythme étonnant, de la première à la dernière image. On lui a souvent reproché (à tort, à mon avis, même si quelques personnages sont traités par-dessus la jambe), mais Fleischer ne s’embarrasse pas de psychologie, pas plus qu’il ne perd de temps à présenter ses personnages, leurs motivations, leur passé… Pourquoi ils font ce qu’ils font ? Fleischer s’en fout : ils le font, c’est tout.

Le personnage principal du film, un flic bien décidé à escorter l’ex-femme d’un gangster jusqu’au tribunal où elle doit témoigner, représente bien cette vision du cinéma : le détective Brown (on sent bien qu’il n’a même pas voulu perdre son temps à essayer de trouver un nom original…) est prêt à affronter les pires dangers, et même à mourir s’il le faut pour remplir sa mission. Pas pour l’argent, ni pour la gloire, pas plus que pour la bonne cause. Non, juste parce que c’est son métier. Dans ce rôle, Charles McGraw est excellent : son physique rude et sa formidable voix grave font merveille pour ce personnage qui évoque, avant l’heure et sans second degré, le Clint Eastwood de L’Epreuve de Force : le gars n’est visiblement pas une lumière, mais il est d’une honnêteté et d’une détermination à toute épreuve.

Le film fourmille de bonnes idées et d’éclairs de génie, et ce dès les premières scènes : la mort du coéquipier de Brown, au début du film, est époustouflante. Dans l’espace déjà étroit d’un escalier, et dans une pénombre à peine trouée par quelques rais de lumière, Fleischer signe un petit chef d’œuvre de mise en scène et de découpage. Il rend tout de suite palpable l’étroitesse des lieues, dans cet escalier comme plus tard dans les couloirs ou les compartiments du tueur. Décidément, c’est dans la rigueur des petits budgets de ses années « film noir » que le talent de Fleischer a été le plus spectaculaire. Et dans ce film plus que dans tout autre.

Ici, le réalisateur privilégie toujours l’efficacité et le rythme (et quel rythme ! celui d’un train lancé à toute allure) à la crédibilité. Le scénario réserve quelques surprises auxquelles on a un peu de mal à croire, mais franchement, qu’importe : on prend un plaisir fou à suivre les va-et-vient incessants de ce petit flic livré à lui-même, qui tente désespérément de survivre et d’accomplir sa mission, comme un chien se débattrait pour garder la tête hors de l’eau au milieu d’une rivière. C’est court, c’est sec, c’est nerveux… et c’est tellement bon !

Barbe Noire le pirate (Blackbeard the Pirate) – De Raoul Walsh – 1952

Posté : 22 septembre, 2010 @ 3:33 dans 1950-1959, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

Barbe Noire le pirate

Raoul Walsh a déjà fait des films de pirates plus passionnants que ce Barbe Noire le pirate pas toujours très convaincant : on est quand même un peu loin de ce chef d’œuvre absolu qu’est Capitaine Sans Peur, tourné l’année précédente. Mais bon, il a beau y faire, Raoul, il a toujours été totalement incapable de faire un mauvais film… Il est comme ça, Walsh, même quand il passe son temps à changer de pied, à hésiter entre le premier et le second degré, il s’en sort avec les honneurs. C’est exactement ce qui se passe ici, et malgré un scénario inutilement alambiqué : on a plutôt intérêt à ne pas manquer une ligne des panneaux d’explication, au tout début du film, si on veut comprendre ce que le héros recherche…

Le héros, d’ailleurs, n’est pas la plus grande réussite du film. Son interprète, le fadasse Keith Andes, n’a pas le charisme nécessaire pour faire le poids face à Barbe Noire, joué avec délectation par Robert Newton, qui fait de ce grand méchant mythique un personnage de dessin animé dont le rire tonitruant est hallucinant. Ses excès jubilatoires dévorent littéralement le film, qui repose largement sur ses larges épaules. Et aussi, il faut reconnaître, sur le joli minois de Linda Darnell qui, à 29 ans, et après une décennie magnifique, commençait déjà là son inexorable et fulgurant déclin.

Il y a dans Barbe Noire le pirate quelques belles scènes, comme celle très spectaculaire de l’abordage, réalisée avec beaucoup de moyens et le sens du rythme de Walsh ; ou encore la fin de Barbe Noire, qui semble là aussi tirée d’une bande dessinée… Mais la scène la plus étrange, la plus mémorable aussi, est celle du sosie de Barbe Noire, qui vient d’on ne sait où, et n’apparaît dans l’histoire que pour permettre un rebondissement inattendu. Vingt ou trente ans plus tôt, ce scénario surabondant et ces changements de ton incessants auraient fait un splendide serial. Walsh en tire un film très mineur dans sa filmographie. Mais un Walsh mineur, c’est quand même bien mieux qu’un Michael Bay majeur…

Le Voyage de la peur (The Hitch-Hiker) – de Ida Lupino – 1953

Posté : 29 août, 2010 @ 3:16 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, LUPINO Ida | Pas de commentaires »

Le Voyage de la peur

Soixante-dix minutes, pas une de plus : Ida Lupino, pour son unique incursion dans le film noir (derrière la caméra en tout cas, parce que devant, la belle est une habituée, de Une Femme dangereuse à La Femme aux cigarettes en passant par High Sierra), signe un film dépouillé, et tranchant comme une lame de rasoir. Aussi tranchant que le visage hallucinant du méchant interprété par un William Talman inoubliable, sorte d’incarnation du mal absolu, visage cauchemardesque orné d’un œil paralysé qui ne se ferme jamais… Un « détail » apparemment authentique (en tout cas d’après ce grand malade passionnant qu’est Stéphane Bourgoin, qui évoque le film dans un bonus du DVD édité chez Bach Films ; le film est en tout cas inspiré d’une histoire vraie, qui s’est déroulée au tout début des années 50), mais qui se révèle très cinématographique : il donne surtout lieu à une scène mémorables de nuit, durant laquelle les deux héros (Frank Lovejoy et surtout Edmond O’Brien, formidable) sont incapables de savoir si leur bourreau dort ou les observe… Une idée géniale formidablement utilisée.

L’histoire est très simple : deux hommes en virée prennent un inconnu en stop. Leur passager se révèle vite être un tueur en série que toutes les polices recherchent, et qui assassine froidement les automobilistes qui ont le malheur de s’arrêter… Ce contexte est exposé en quelques plans de nuit extraordinaires, au début du film, sans aucun dialogue et avec la caméra fixée sur les pieds du tueur. Une entrée en matière nerveuse et percutante, soulignée par la musique de Leith Stevens, compositeur surtout connu pour sa partition écrite pour The James Dean Story, le film de Robert Altman). Le film ne se pose un peu que lorsque le visage du tueur apparaît enfin, vision d’horreur sortant de l’ombre à l’arrière de la voiture des deux héros. Ce qui suit est un long huis-clos étouffant, dans des paysages de désert pourtant immenses.

Ida Lupino, star d’Hollywood depuis 1940, rêvait d’indépendance, et a fondé sa propre société de production avec son compagnon Collier Young, avec l’objectif de remettre le réalisateur au cœur du processus de création cinématographique. C’est au sein de cette société qu’elle a réalisé tous ses films, débarrassée des contraintes imposées par les studios. Le Voyage de la Peur est sans doute le moins engagé de ses films (c’est sa seule incursion dans le cinéma de genre, la réalisatrice optant généralement pour des thèmes sociaux à contre-courant). C’est aussi le seul de ses films sans personnage féminin à l’écran (même si la présence des épouses des deux héros est importante dans leur comportement et leurs choix), Lupino s’étant fait une spécialité des personnages de femmes blessées.

A part dans sa filmographie, le film est pourtant représentatif de son approche sans concession du cinéma, et de sa recherche de la liberté artistique. Dur et violent, ce métrage est certes court, mais il est éprouvant : la menace est toujours palpable sur la tête des deux « héros », personnages de messieurs tout le monde, hommes mariés vaguement tentés de s’encanailler, mais retenus par des valeurs matrimoniales assez rares dans le cinéma de genre. Ces deux hommes tranquilles ne sont pas des héros quand le film commence, et ils ne le sont pas plus lorsqu’il se termine.

La fin, aussi, est formidable. Après une petite chute de tension au début du dernier tiers, la conclusion du film est une nouvelle fois loin des conventions habituelles du genre. Tournée dans une nuit profonde, où on devine parfois l’action plus qu’on ne la voit, cette conclusion révèle en quelques plans seulement une fêlure profonde chez tous les personnages, et même une humanité inattendue chez ce méchant qui semblait jusqu’alors dénué de tout sentiment.

Victime du Destin (The Lawless Breed) – de Raoul Walsh – 1953

Posté : 23 août, 2010 @ 1:38 dans 1950-1959, WALSH Raoul, WESTERNS | Pas de commentaires »

Victime du destin

La lecture du formidable roman de James Carlos Blake, L’Homme aux pistolets, m’a donné envie de revoir ce western du grand Walsh, lui aussi inspiré de la vie de John Wesley Hardin, l’un de ces grands hors-la-loi qui ont fait la mythologie de l’Ouest américain. La comparaison est un peu déroutante… Le roman (écrit en 2002) est un portrait tout en nuances de Hardin, qui multiplie les points de vue, et laisse délibérément des zones d’ombre. C’est aussi une peinture particulièrement réaliste de l’Amérique de la deuxième moitié du XIXème siècle, cadre de vie hors norme pour une vie hors du commun.

Le film, prétendument adapté de l’autobiographie écrite par Hardin lors de son long séjour en prison, n’a quant à lui qu’un très lointain rapport avec la réalité. Le hors-la-loi est devenu un jeune homme (interprété par Rock Hudson, qui porte pour la première fois un film important sur ses épaules) qui n’aspire qu’à vivre une existence tranquille dans une ferme, mais qu’un concours de circonstances transforme en ennemi public. Comme il le clame à longueur de film, « je n’ai jamais tiré sur quiconque n’avait pas essayé de me tuer d’abord ». Une « victime du destin », quoi, pour reprendre le titre français.

Toute la première partie, qui retrace la longue « carrière » de hors-la-loi de Hardin, prend énormément de liberté avec la vérité historique, ne reprenant que quelques éléments véridiques (la cohabitation difficile avec un père pasteur qui désapprouve le goût du jeune Wes pour le jeu), parfois en les sortant de leur contexte (comme la séquence, plutôt rare dans un western, des courses de chevaux). L’emprisonnement de Hardin (qui représente pourtant près de la moitié de sa vie !) est même totalement éclipsé : on ne verra pas une image de l’intérieur de la prison, et pas un mot ne sera dit sur les conditions dans lesquelles il a purgé sa longue peine. Quant à la partie finale, dans laquelle il retrouve sa femme et son jeune fils dans la ferme, elle est en opposition totale avec l’existence réelle du hors-la-loi.

En fait, Walsh et ses scénaristes (Bernard Gordon et William Alland, le producteur de L’Etrange créature du Lac Noir) n’ont retenu de John Wesley Hardin que le mythe qu’il représente, et l’aura qu’il dégageait, et faisait de lui la cible idéale des jeunes « gunfighters » en quête de gloire (comme Gregory Peck dans le magnifique film d’Henry King, La Cible humaine). En fait, Walsh est moins intéressé par le long chemin criminel de son héros que par la rencontre entre ce personnage vieillissant et assagi, et son fils aussi bouillant que lui au même âge. C’est, et de loin, la partie la plus passionnante du film : cette magnifique séquence au cours de laquelle Hardin arrive chez lui, et voit pour la première fois son fils, désormais un jeune homme, vous noue la gorge à tous les coups. Rock Hudson la joue avec un mélange d’intensité et de retenue assez remarquable. Je pense qu’on a tendance à sous-évaluer les qualités de cet acteur, qui a signé quelques prestations remarquables, chez Walsh notamment, et surtout dans les films de Sirk, dont il n’allait pas tarder à devenir le comédien fétiche.

Le film tout entier semble ne se diriger que vers la scène suivant ce retour : le premier face à face entre l’homme et son fils, la sensation qu’a l’ancien hors-la-loi de se revoir lui-même (avec un effet de surimpression très réussi, sur le visage affolé de Hudson), et cette certitude, alors, que son fils va suivre le même chemin que lui, faire les mêmes erreurs que lui… Certitude qui le pousse à agir envers son fils comme l’avait fait son propre père avec lui. Cette séquence est sans doute la plus importante du film, et elle est parfaitement maîtrisée. Bien sûr, on peut penser que l’histoire aurait eu plus d’impact sans l’incroyable happy-end purement hollywoodien, mais qu’importe : Walsh a signé un western certes mineur dans sa carrière, mais original et passionnant.

Stalag 17 (id.) – de Billy Wilder – 1953

Posté : 15 août, 2010 @ 5:59 dans 1950-1959, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Stalag 17 (id.) - de Billy Wilder - 1953 dans 1950-1959 stalag-17

Le film d’évasion est un genre en soi, qui donne parfois des œuvres très belles. Stalag 17 fait partie de ces réussites, sans doute plus proche de La Grande Illusion que de La Grande Evasion : le film de Wilder est bien davantage la chronique d’un groupe d’hommes condamnés à vivre entre eux en vase clos, que l’histoire héroïque de soldats prêts à tout pour s’évader. En guise de héros, on n’a que des hommes « normaux », dont les moindres relents d’héroïsmes sont torpillés par un comportement désespérément commun. Si l’officier est torturé, c’est parce que son compagnon n’a pu s’empêcher de se vanter de ses exploits ; si les évasions échouent, c’est parce que les prisonniers ne savent pas garder leur langue ; si le personnage de William Holden manque de se faire lyncher, c’est à cause d’un jugement « au faciès », on ne peut plus courant.

Stalag 17 est l’unique film de guerre de Wilder (avec Les Cinq Secrets du Désert, une charmante œuvre de jeunesse tombée dans l’oubli), mais la guerre n’y a que peu d’importance (on n’en verra rien, d’ailleurs) : le film, quasiment dénué de tout humour (ce qui est plutôt rare dans l’œuvre de Wilder), est bien plus une étude de mœurs, d’une grande justesse et parfois terriblement émouvante. Le bref sursaut de lucidité de ce jeune prisonnier, plongé dans une sorte de catatonie permanente, est bouleversant. Tout comme cette grosse brute qui ne rêve que d’obtenir un rancard avec Betty Page, et qui s’imagine un instant dansant avec elle.

Le suspense est également très réussi. Parce que, même si un doute persiste pendant une grande partie du film, on imagine bien que William Holden n’est pas le traitre que ses co-détenus pensent. On se doute bien, aussi, que c’est lui qui finira par démasquer le vrai coupable. Holden a obtenu un Oscar pour sa prestation, et il faut bien reconnaître qu’il est bluffant. Totalement en retrait pendant le premier tiers du film, il subit simplement les événements dans réagir, affichant parfois une suffisance et un mépris qui le rendent même assez antipathique. Mais au fur et à mesure que le ressentiment grandit autour de lui, son visage et son attitude trahissent toutes sortes d’état : la colère, la méfiance, la peur, la panique même. C’est un grand numéro que nous livre l’acteur.

Face à lui, tous les comédiens sont excellents. On retrouve avec plaisir un tout jeune Peter Graves, qui n’est pas encore devenu le Jim Phelps de la série Mission : Impossible. On est aussi surpris de voir le cinéaste Otto Preminger interpréter avec sadisme (et beaucoup de conviction) le chef de camp. On est affligé, enfin, de se souvenir que ce film sombre et sérieux a inspiré une série télévisée plus proche de Benny Hill que du drame de guerre : Papa Schultz. Pas sûr que Wilder ait apprécié outre mesure…

Les Cavaliers (The Horse Soldiers) – de John Ford – 1959

Posté : 13 août, 2010 @ 6:30 dans 1950-1959, FORD John, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Cavaliers (The Horse Soldiers) - de John Ford - 1959 dans 1950-1959 les-cavaliers

Les Cavaliers a été, au moins pendant un temps (celui de mon adolescence), l’un des Ford les plus diffusés à la télévision. Et pourtant, j’ai l’impression que c’est l’un des plus mal compris. Parfois méprisé, souvent traité avec indifférence, ce western tardif, le premier tourné par Ford après La Prisonnière du Désert, souffre sans doute de la comparaison avec ce qui reste l’un des films les plus riches et aboutis du cinéaste. Mais il n’est définitivement pas le film va-t-en-guerre sans imagination qu’on nous présente trop souvent. Et non, John Wayne n’interprète pas comme on l’a un peu trop vite décrété un héros sans faille toujours prêt à faire le coup de feu. A vrai dire, la vérité me semble être totalement opposée avec ces jugements…

Bien sûr, The Horse Soldiers est avant tout un film d’aventures, avec ce qu’il faut de cavalcades, de fusillades, de suspense, de rebondissements et d’humour. Bref, un vrai film grand public qui n’a rien perdu de son efficacité, un demi siècle après sa sortie. Mais le film, qui marque aussi les retrouvailles de Ford avec la cavalerie après sa fameuse trilogie (Le Massacre de Fort Apache, La Charge héroïque et Rio Grande), possède aussi un sous-texte qui apparaît clairement dans de nombreuses séquences : c’est une charge contre l’idiotie et l’aveuglement de nombreux chefs de guerre. A bien des égards, le film apparaît comme une œuvre antimilitariste, ce qui en fait un film atypique de la part d’un cinéaste qui s’est personnellement engagé sur le front, durant la Seconde Guerre Mondiale et la guerre de Corée.

Et le personnage de Wayne lui-même ne cache pas son écœurement face aux sacrifices inutiles dus à des batailles imbéciles imposées par des stratèges planqués loin du front. La grande scène de bataille dans les rues de la ville est particulièrement marquante. John  Wayne est à l’opposée de tout ce qu’on a dit de lui pour ce film, et apparaît comme un spectateur impuissant dans ce qui est pourtant le moment fort du film. Il serait peut-être temps de réévaluer ce film qui n’est sans doute pas un Ford mineur.

Le film possède une gravité assez inattendue dans ce genre de production, et le sentiment étrange qu’il laisse à la fin n’est sans doute pas une volonté pure du cinéaste. C’est sur le tournage des Cavaliers qu’un des cascadeurs a trouvé la mort, plongeant Ford dans la dépression et l’alcool, et le poussant à ne pas tourner la grande bataille qui devait clore le film. Cet incident tragique est à l’origine de cette fin abrupte que l’on connaît, qui en a laissé plus d’un sur sa fin, mais qui me semble convenir parfaitement à ce que dit le film.

N’oublions pas, tout de même, que Les Cavaliers est aussi un vrai film de divertissement, avec un face à face assez musclé entre Wayne et William Holden, et un atout charme qui n’en manque pas : Constance Towers, en sympathisante sudiste, apporte une grande énergie et beaucoup d’humour au film. Mais l’innocence et l’insouciance qu’elle incarne pendant la majeure partie du film ne survivront pas aux horreurs de la guerre. Non, Les Cavaliers n’est pas le petit western sans ambition que l’on croit…

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