Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie '1950-1959'

Red Planet Mars (id.) – de Harry Horner – 1952

Posté : 11 février, 2012 @ 12:30 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, HORNER Harry | Pas de commentaires »

Red Planet Mars

Dans la grande vague des films « martiens » des années 50, celui-ci fait figure de curiosité : pas un Martien, pas une fusée, pas même une image de la planète rouge à l’horizon, à l’exception d’une paire de « photos ». C’est le parti pris original et plutôt audacieux (surtout pour une production aussi modeste que celle-là) du film, qui tente de mettre en scène les effets qu’aurait un contact interplanétaire sur notre société.

Et le résultat est édifiant. En quelques semaines, le couple de scientifique qui a établi le contact avec les Martiens révolutionne totalement les équilibres du monde. Etonnant, mais pas très vraisemblable, hélas. Malgré l’évidente bonne volonté, et l’ambition du propos, le film tourne au préci-précha religieux, et à l’éternelle valorisation du modèle américain… en opposition avec le système soviétique, évidemment, guerre froide oblige.

Le couple de scientifique en question est d’ailleurs un couple typique d’Américains bien sous tous rapports (l’homme est joué par Peter Graves, bien avant Mission : Impossible, qui s’apprêtait à jouer dans le Stalag 17 de Billy Wilder), qui vivent en famille dans une maison coquette, avec un enfant bien élevé. Cette même maison où ils font leur recherche : ben oui, c’est dans leur maison particulière, vaguement gardée (après le premier contact seulement) par quelques militaires détachés, qu’ils mènent les expériences les plus importantes de l’histoire de l’humanité. Pensez donc : l’un des messages révèle même que notre Dieu était sans doute un Martien, venu apporter la bonne parole il y a deux mille ans.

Pourquoi pas, d’ailleurs, on a déjà vu ça ailleurs. Mais on se demande bien comment la découverte d’une telle supercherie (Dieu n’est qu’un extraterrestre !) peut entraîner un tel regain de mysticisme. Comme on se demande comment les messages délivrés par les Martiens peuvent entraîner la chute de tous nos modèles (et des Soviétiques) : apprendre que les Martiens vivent dix fois plus vieux que nous ne remet pas foncièrement en cause notre modèle de retraite, si ?

Qu’importe : ce nanar réalisé par un cinéaste plus ambitieux que talentueux se regarde tout de même avec un certain plaisir. Malgré le jeu assez catastrophique des acteurs, et le scénario pour le moins approximatif (on n’évoquera pas la qualité des dialogues), Harry Horner mène son sujet efficacement. A condition de ne pas être trop exigeant…

Le Grand Alibi (Stage Fright) – d’Alfred Hitchcock – 1950

Posté : 8 février, 2012 @ 4:53 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, DIETRICH Marlene, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Le Grand Alibi

Le rideau se lève, et Hitchcock nous plonge directement dans l’action : une voiture qui roule dans les rues d’un Londres en reconstruction, et à son bord, un homme (Richard Todd) qui raconte à sa fiancée (Jane Wyman) qu’il est accusé à tort du meurtre du mari de sa maîtresse, une actrice de théâtre renommée (Marlène Dietrich). C’est peut-être l’entrée en matière la plus rapide de toute l’œuvre américaine de Hitchcock (avec Sueurs froides), qui semble renouer avec le rythme de ses films anglais, dix ans après ses débuts à Hollywood.

Nostalgique Hitch ? Il en donne effectivement l’impression : Stage Fright est de tous ses films américains celui qui se rapproche le plus de l’esprit de ses débuts. Le décor londonien n’y est bien sûr pas pour rien, mais c’est surtout ce mélange de suspense et de comédie, qui avait marqué des films comme Jeune et Innocent ou Les 39 Marches, qui frappe ici. Frappants aussi : les seconds rôles très typés, qui semblent eux aussi sortis de la période anglaise d’Hitchcock (tout particulièrement le rôle du père de Jane Wyman, génialement interprété par un Alistair Sim irrésistible). Le flic, interprété par Michael Wilding, est lui aussi une réminiscence des héros de ses films des années 30 (il ressemble d’ailleurs étrangement à Michael Redgrave, le héros de Une Femme disparaît).

Comme dans ses « policiers » anglais, Hitchcock s’amuse aussi à insérer dans son film des passages qui n’ont strictement aucun intérêt pour l’intrigue (la drôle de scène de tir aux canards par exemples) mais qui, loin de casser le rythme du film, lui donne une légèreté bienvenue.

Quant à l’histoire elle-même, ainsi que la toile de fond, elles éviquent l’un des premiers films parlants de Hitchcock : Murder !, autre film policier se déroulant dans les coulisses d’un théâtre. Le monde du spectacle vivant a d’ailleurs souvent inspiré Hitchcock. Le personnage de comédienne joué par une Marlene Dietrich impériale s’inscrit dans la lignée d’autres personnages dans l’œuvre du cinéaste. Face à une telle personnalité, Jane Wyman s’en sort bien. Dans un rôle plus désuet, et plus effacé, elle est même formidable. Son mélange de fragilité et de volonté à toute épreuve lui permet d’exister au milieu de personnages a priori tous nettement plus marquants que le sien.

Méconnu, mal aimé, Stage Fright a souvent été critiqué par Hitchcock lui-même, qui disait que l’une des plus grandes erreurs de sa carrière était le faux flash-back de ce film, qui manipulait le spectateur en lui donnant de fausses informations. Pourtant, si Stage Fright a un défaut majeur, ce n’est pas celui-là : en faisant de son premier narrateur un imposteur, Hitchcock se montre même étonnamment moderne, cette méthode particulière étant devenue particulièrement répandue, ces derniers temps. Il faut s’y faire, ce qu’on voit à l’écran n’est plus forcément la réalité. Qu’elle qu’en soit la cause (mensonge, folie…), c’est même devenu une espère de sous-genre : de Usual Suspects à Shutter Island, les exemples sont innombrables. Hitchcock était simplement en avance sur son temps.

D’ailleurs, le rideau qui s’ouvre sur le générique de début (préfigurant le générique de Fenêtre sur cour) laisse déjà penser que le milieu du spectacle dans lequel l’intrigue se déroule n’est pas anodine : on est dans le faux-semblant, dans la représentation, et pas forcément dans la pure réalité. L’histoire que raconte le personnage de Richard Todd

La vraie erreur consiste par contre à faire de ce « faux » faux coupable un type aussi antipathique. Si le personnage de Cooper évoque les fêlures et la maladie mentale d’un Norman Bates (tout juste dix ans avant Psychose), Richard Todd se révèle l’antithèse d’Anthony Perkins, dont la douceur tranchait avec la face cachée. Todd en est bien loin, et son interprétation est froide et peu aimable. Si Hitchcock voulait brouiller les pistes, ses choix concernant ce personnage lui font rater sa cible. Il reste bien d’autres qualités au film…

Lost Continent (The Lost Continent) – de Sam Newfield – 1951

Posté : 8 février, 2012 @ 11:31 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, NEWFIELD Sam | Pas de commentaires »

Lost Continent

C’est un petit film fantastique bien sympathique qu’a réalisé là Sam Newfield. Spécialiste de la série Z, le réalisateur signe une production inhabituellement ambitieuse pour lui : on est ici dans la série C, voire même B, avec de grands décors (en carton pâte), des effets spéciaux, un crash d’avion, et même des dinosaures qui ne sont pas uniquement des iguanes filmés en gros plan. Bref, un vrai film d’aventure bien torché et mené sans le moindre temps mort.

Bien sûr, le film reste un nanar. Un nanar sympathique, mais un nanar quand même : le crash est filmé avec une maquette qui fait maquette, la montagne que les personnages doivent escalader fait carton pâte, et la forêt qu’ils traversent semblent sortir de Jardiland. Mais pour ceux que ces détails ne rebutent pas, il faut reconnaître à Newfield un vrai savoir-faire.

L’histoire n’est qu’un prétexte à enchaîner les situations les plus périlleuses : un missile s’est perdu sur une île mystérieuse, et une expédition constituée de militaires et de scientifiques est envoyée pour le retrouver. Ils y découvrent une terre hostile peuplée de dinosaures. Le film se contente d’éviter (adroitement) tous les temps morts, s’appuyant sur des personnages plutôt pas mal dessinés (pour des stéréotypes en tout cas).

Newfield a même le grand luxe de diriger César Romero, pas exactement la star du siècle, mais une vedette au charisme indiscutable, parfait en leader de l’expédition. Alors que la menace soviétique s’impose dans la conscience américaine, le film se permet même d’avoir un petit discours humaniste, avec un personnage de Russe dont tout le monde se méfie (y compris le spectateur) avant de dévoiler son véritable visage, beaucoup plus complexe et humain.

Pour autant, Lost Continent n’est pas un film qui se prend au sérieux. Sam Newfield filme simplement et efficacement une histoire pleine de rebondissements. En l’occurrence, on ne lui en demande pas plus.

Les Envahisseurs de la Planète Rouge / Les Envahisseurs de la Planète Mars (Invaders from Mars) – de William Cameron Menzies – 1953

Posté : 7 février, 2012 @ 7:16 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, MENZIES William Cameron | Pas de commentaires »

Les Envahisseurs de la planète rouge

Voilà un film de SF absolument indispensable ! Au 343ème degré, et à condition d’avoir ingurgité quelques boissons que l’on ne peut conseiller qu’avec modération, Invaders from Mars est un petit chef d’œuvre. Si, si ! Un bijou à faire passer Plan 9 from outer space de l’indispensable Ed Wood pour une œuvre cachée d’Orson Welles. Au programme de cette œuvre inoubliable : des extraterrestres en pyjama vert, un gamin qui court au ralenti pendant dix minutes, et l’armée américaine entière mobilisée avec des centaines de chars et des milliers de soldats à l’écran…

Vous avez senti l’ironie ? Bon, pourtant, le film commence plutôt bien : toute la première partie est même très réussie. Dans une maison isolée, le fils d’un scientifique assiste à l’atterrissage d’une soucoupe volante, qui disparaît sous le sable. Peu après, son père disparaît, avant de réapparaître avec un regard mauvais. D’autres habitants de la ville toute proche vont subir le même sort, et devenir des pions au service des « visiteurs ».

Mais après cette première partie, le film part littéralement en couilles. Le gentil scientifique, d’abord, passe des heures à expliquer d’où viennent les extraterrestres, ce dont on se fout complètement. Et puis ce qui apparaissait comme une idée intéressante (la soucoupe volante qui disparaît sous le sable) se révèle être un simple truc pour économiser de l’argent (plus besoin de montrer la soucoupe). Désespérément fauché, le film est tellement cheap qu’il en devient irrésistiblement drôle…

Vingt ans plus tôt, William Cameron Menzies (la star des chef décorateurs d’avant-guerre, du Voleur de Bagdad à Autant en emporte le vent) avait eu les moyens de ses ambitions lorsqu’il réalisait La Vie future, un film d’anticipation plutôt réussi. Il montre ici que sans budget, ses qualités de réalisateur sont bien plus discutables.

Pour donner un peu d’ampleur à son histoire, et illustrer la menace qui pèse sur le monde, il fait donc appel à toute l’armée américaine, en utilisant d’interminables stock shots (des images tirées d’autres films, ou de documentaires en l’occurrence). Alors oui, on voit plein de tanks, des trains, des bateaux, des soldats à l’entraînement… mais ces images viennent clairement d’ailleurs : le chef op n’a fait aucun effort pour essayer d’éclairer le film d’une manière réaliste et conforme aux stock shots. Et quand la fiction reprend réellement, l’armée US dans toute sa splendeur se transforme en trois pauvres soldats bouffis et un cul de camion.
Drôle ou pathétique ? Tout dépend de son degré d’alcoolémie…

Un peu plus tard, quand les gentils sont enfin entrés dans l’antre des aliens, c’est pour découvrir une enfilade de couloirs souterrains, et de grands figurants à la démarche de teletubbies, dans une espèce de pyjama en pilou vert trop large. Et comme le réalisateur n’a visiblement que des chutes limitées de pellicule, il place quatre ou cinq fois le même plan de course poursuite pour allonger la sauce, pensant que personne n’y verra rien à redire.

Tout ça, comme il se doit, se terminera pas une immense explosion (ben oui, un stock shot, encore), après que le gamin se soit sauvé trrrrrrèèèèèèèès longuement, courant au ralenti face caméra, et se remémorant (va savoir pourquoi) tout ce qui s’est passé depuis le début du film. Histoire d’utiliser une dernière fois les stock shots et de remontrer le pyjama en pilou.

Sérieusement, il faut le voir pour le croire…

La Femme à abattre (The Enforcer) – de Bretaigne Windust et Raoul Walsh – 1951

Posté : 30 janvier, 2012 @ 11:46 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, BOGART Humphrey, WALSH Raoul, WINDUST Bretaigne | 2 commentaires »

La Femme à abattre

Comment un réalisateur aussi obscur que Bretaigne Windust, qui n’a à son actif qu’une série de comédies à la pauvre réputation, a-t-il pu signer un polar aussi efficace et moderne que The Enforcer ? L’immense Raoul Walsh a apporté la réponse en en revendiquant la paternité, ce qu’on n’a aucun mal à croire, tant on sent derrière ce chef d’œuvre tendu et violent la patte du cinéaste de White Heat, autre polar qui, deux ans plus tôt, modernisait radicalement le genre.

La construction du film est formidable, avec une habile superposition de flash-backs qui permettent de concentrer l’action en une seule nuit, tout en résumant une très longue enquête criminelle. Et quelle enquête : le procureur Humphrey Bogart (d’une puissance inégalable) enquête sur d’étranges meurtres, et découvre peu à peu l’existence d’une véritable entreprise basée sur le crime, et dirigée par un mystérieux patron.

Le film commence en pleine nuit, avec l’arrivée sous bonne garde dans les locaux du tribunal de Rico, un gangster qui, le lendemain matin, doit témoigner à la barre et faire condamner son ancien patron. La première partie du film nous montre un Rico terrorisé par un chef à l’aura diabolique, qui préfigure avec près d’un demi-siècle d’avance le Keyser Soeze de Usual Suspects : il finira par se tuer (involontairement, certes) plutôt que d’affronter une vengeance bien pire que tout ce que la justice peut lui faire…

On ne sait alors rien des crimes commis auparavant. Et c’est en replongeant dans son dossier pour tenter d’en sortir le détail qui fera condamner le prisonnier, que le proc Bogart revit les grandes étapes de cette enquête hallucinante. Tranchant avec les grands films de gangster des années 30, ou avec le film noir des années 40, The Enforcer adopte un rythme et une surenchère de violence d’une incroyable modernité. Les meurtres se succèdent, la violence va crescendo, et la tension est hallucinante.

La construction en flash backs permet de doser parfaitement ces moments de tension et ces accès de violence, avec une brutalité constante et une absence totale de bons sentiments. Si les méchants sont vraiment méchants, ou totalement pathétiques, les « héros » n’ont rien de chevaliers blancs non plus. Pour obtenir ce qu’il veut, Bogie n’hésite pas à menacer de placer l’enfant d’un complice, ou à acculer un autre à se tuer, tandis que son bras droit menace de faire sauter la tête d’un prévenu… Elle est belle, la police !

Pas la moindre trace d’humour à l’horizon, et c’est une bonne chose : on sort du film haletant et les muscles noués. Même si la résolution de l’enquête est un peu tirée par les cheveux, la séquence finale tournée en extérieurs dans des rues bondées est un sommet de suspense et d’efficacité, grâce à un scénario malin, et surtout à une mise en scène et un montage hyper percutants…

Les deux mousquetaires (The Two Mouseketeers) – de Joseph Barbera et William Hanna – 1951

Posté : 26 janvier, 2012 @ 12:21 dans 1950-1959, BARBERA Joseph, COURTS MÉTRAGES, DESSINS ANIMÉS, HANNA William | Pas de commentaires »

Les deux mousquetaires

Au XVIIIème siècle, en France, Tom est garde du cardinal. Il est chargé de veiller sur la nourriture préparée pour un grand banquet. Mais la table attire la convoitise de Jerry et de son compagnon, le petit Nibbles, deux apprentis mousquetaires bien décidés à faire main basse sur ce festin miraculeux…

La série des Tom et Jerry est sans doute la plus récompensée de l’histoire du cinéma d’animation : cette parodie des Trois Mousquetaires fut, en 1952, le sixième épisode de la série à décrocher l’Oscar depuis 1944. L’année suivante, ce sera encore un Tom et Jerry (Johann Mouse) qui décrochera la statuette.

Ce Two Mouseketeers est aussi le premier de plusieurs épisodes dans lesquels le chat et la souris se retrouvent dans le Paris de Louis XIII. Sans autre rapport avec les aventures de D’Artagnan, ce court métrage n’est pas le plus inventif de la série, loin s’en faut.

Le Traître du Texas (Horizons West) – de Budd Boetticher – 1952

Posté : 25 janvier, 2012 @ 10:18 dans 1950-1959, BOETTICHER Budd, RYAN Robert, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Traître du Texas

La rivalité entre le gentil frère et le méchant frère est l’un des thèmes récurrents du western : le genre est pratiquement propice à ce type d’histoire, avec l’opposition classique entre la vie familiale et rangée (le travail au ranch) et la tentation de la grande vie facile (le banditisme). De La Vallée de la Vengeance de Richard Thorpe au Survivant des Monts lointains de James Neilson, cette opposition revient très régulièrement, avec des variations plus ou moins importantes. Le Traître du Texas, western « pre-Randolph Scott » de Budd Boetticher, fait peut-être figure de film de jeunesse dans sa filmographie, loin des films de la maturité qu’il tournera avec Scott, mais il aborde ce thème avec une sensibilité rare.

Résultat : ce petit western tourné pour la Universal est un film épatant, touchant, émouvant, et passionnant. La première grande idée est d’avoir inscrit cette histoire de guerre fratricide dans un contexte historique fort : l’après guerre civile. Les personnages principaux du film sont trois Sudistes de retour dans leur ville natale après des années de guerre : deux frères et le palefrenier travaillant dans leur ranch. Ils reviennent vaincus, mais heureux d’être en vie et de retrouver leurs racines. Tous, sauf le frère aîné, Robert Ryan. Pas un méchant homme, non : un type banal broyé par ces années sacrifiées pour rien, ou si peu. Un homme à qui les années passées sous le drapeau ont enlevé toute envie de retrouver une vie de labeur, où une génération de souffrances ne suffit pas à effacer toutes les dettes…

C’est l’autre grande idée du film : faire du « méchant » non pas un ambitieux sans scrupule, mais un homme aussi attachant qu’inquiétant, une victime de son époque. Le pire ennemi de ce fils d’un fermier modèle, ce n’est pas le riche propriétaire réellement sans scrupule (Raymond Burr, éternel salaud de cette époque) qui l’accule et le pousse à passer du mauvais côté de la barrière ; ce n’est pas non plus cette femme trop belle dont il tombe amoureux (Julie Adams, joli personnage très complexe) : c’est lui-même, frère et fils aimant, mais trop désireux de rattraper trop vite des années sacrifiées. Qu’importe les horreurs qu’il finit par commettre : jamais le personnage de Robert Ryan ne devient totalement antipathique. Pathétique, oui.

Face à Ryan, le personnage du petit frère, joué par Rock Hudson, paraît bien fade, mais le jeune acteur s’en tire avec les honneurs. Révélé la même année dans le Victime du Destin de Raoul Walsh, il retrouvera Boetticher l’année suivante avec L’Expédition du Fort King, autre western très réussi dans lequel il aura un rôle bien plus conséquent.

Alfred Hitchcock présente : Arthur (Alfred Hitchcock presents : Arthur) – d’Alfred Hitchcock – 1959

Posté : 20 janvier, 2012 @ 12:08 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente Arthur

Après le tournage de La Mort aux trousses (et alors qu’il préparait Psychose), Hitchcock fait une petite pause en tournant cet épisode original dans la forme, mais totalement dans l’esprit de la série. Arthur est le propriétaire d’une batterie de volailles qui tue sa femme et la fait disparaître. Bientôt soupçonné par la police, il fait preuve d’un sang froid étonnamment.

C’est Laurence Harvey qui interprète cet homme glacial et solitaire, que l’on voit d’abord s’adresser longuement au spectateur face caméra, évoquant avec un étrange sourire le crime qu’il a commis et pour lequel il n’éprouve pas l’ombre d’un remord.

Cette longue introduction face caméra fait toute l’originalité de ce court film, mais c’est aussi sa limite : le procédé, qui suit l’habituelle introduction d’Hitchcock lui-même (et qui n’est pas la plus inspirée de la série, loin s’en faut), fait sourire dans un premier temps, mais s’étire trop longuement.

La partie plus conventionnelle qui suit est plus passionnante. Elle est essentiellement basée sur des face-à-face très tendus : entre Arthur et sa femme (Hazel Court) d’abord, séquences dont on connaît d’avance l’issue fatale ; puis entre Arthur et son ami policier (joué par le jeune Patrick McNee, futur interprète de John Steed dans Chapeau melon et botte de cuir), troublant jeu du chat et de la souris.

So young, so bad (id.) – de Bernard Vorhaus (et Edgar G. Ulmer) – 1950

Posté : 20 janvier, 2012 @ 10:37 dans 1950-1959, ULMER Edgar G., VORHAUS Bernard | Pas de commentaires »

So young so bad

Edgar Ulmer a tourné quelques scènes de ce film signé Bernard Vorhaus, solide artisan qui a consacré sa carrière (brisée par le MacCarthysme) à la série B, voire Z. Difficile de déterminer ce que l’on doit à l’un et à l’autre, mais le résultat est une production certes fauchée et imparfaite, mais qui dégage une force inattendue pour l’époque, malgré des personnages parfois stéréotypés.

Encore auréolé de son rôle inoubliable dans Casablanca, Paul Henreid interprète ainsi un psychiatre idéaliste qui arrive dans un établissement fermé pour jeune femme difficile, et entreprend de régler les problèmes de chacune d’entre elles, l’une après l’autre. Il se heurte à des supérieurs qui gèrent l’établissement avec le seul souci de rentabilité, traitant les patientes avec brutalité et n’hésitant pas à les battre et à les humilier.

C’est un peu Le Cercle des poètes disparus avant l’heure, mais le film ne fait pas dans la dentelle : le psychiatre est très gentil, la doctoresse qui tombe sous son charme est très jolie, le chef d’établissement est très fourbe (jusqu’à l’extrême dans une séquence de procès tellement caricaturale qu’elle en devient pénible), et l’infirmière en chef est une matrone sadique qu’on croirait sortie d’un camp de concentration nazie…

Malgré ces personnages sans grand relief, le film est une vraie réussite, et va au fond de son sujet : condamner les conditions qui règnent dans ce type d’institution. Le film est ainsi émaillé de moments particulièrement durs et cruels : des séquences d’humiliation (hallucinante scène de punition à grand renfort de jets d’eau qui manquent de tuer l’une des patientes), qui conduisent parfois à la tragédie. Les personnages de jeunes femmes, jamais loin de la caricature elles non plus, mais curieusement très émouvantes.

C’est visiblement elles qui inspirent le plus les réalisateurs : leurs lourds passés dévoilés par bribes, leurs dépendances, leurs peurs, leurs colères sont au cœur du film. Les non-dits, aussi, comme ce lesbianisme qui tait son nom mais qui n’en est pas moins flagrant entre deux des patientes, ou l’attirance trouble entre une jolie jeune femme sans doute pas majeure et le psychiatre. Le film, allez savoir comment, a franchi le barrage de la censure en abordant tous ces thèmes, en montrant des scènes particulièrement osées, notamment un suicide d’une cruauté extrême.

Dur, troublant, le film devient aussi terriblement émouvant lorsque l’une des jeunes femmes laisse soudain tomber son masque de colère en prenant dans ses bras ce bébé dont elle ne voulait pas, l’accusant jusqu’à présent de tous ses problèmes… Malgré tous ses défauts (et ils sont nombreux), So young, so bad est un film passionnant et d’une puissance indéniable.

Sueurs froides (Vertigo) – d’Alfred Hitchcock – 1958

Posté : 19 janvier, 2012 @ 7:02 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HITCHCOCK Alfred, STEWART James | Pas de commentaires »

Sueurs froides

Rien à jeter, rien à critiquer, aucun superlatif à modérer en ce qui concerne ce chef d’œuvre absolu et ultime du grand Hitchcock, alors au sommet de sa gloire et de son génie (il allait enchaîner avec La Mort aux trousses, Psychose et Les Oiseaux… difficile de faire mieux). Pourtant, ce monument maintes fois copié (son influence se ressent constamment dans Basic Instinct, pour ne citer qu’un film) a été un échec commercial, et même critique, cinglant lors de sa sortie : il faudra la postérité pour en révéler l’infinie richesse, l’intelligence de la construction, et l’atmosphère presque onirique.

Hitchcock dirige James Stewart pour la quatrième fois, lui offrant le plus complexe de ses rôles : celui d’un ancien flic ayant démissionné après avoir causé involontairement la mort d’un autre policier. C’est alors qu’un vieil ami fait appel à lui pour lui demander de suivre sa femme : cette dernière a un comportement étrange, perdant par moments le contrôle d’elle-même, comme si une femme au destin tragique ayant vécu quelques décennies plus tôt prenait le contrôle de son esprit…

Hitchcock rompt avec son éternelle thématique du faux coupable, mais ne délaisse pas pour autant les faux semblants, bien au contraire : jusqu’à la toute dernière image, le cinéaste s’évertue à brouiller les pistes et à nous faire croire le contraire de ce qu’il nous montre. Et il le fait avec un style exceptionnel. Hitchcock est au sommet de son talent, et il fait preuve d’une maîtrise hallucinante de son art, enchaînant des scènes inoubliables, alternant plans larges sublimes et gros plans fascinants, réussissant même les plus beaux fondus-enchaînés de toute l’histoire du cinéma (lorsque James Stewart sort Kim Novak de l’eau).

Surtout, Hitchcock donne à son film un nombre incroyable de niveaux de lecture. Au premier degré, Vertigo est un formidable thriller basé sur la manipulation, une enquête obsessionnelle et fascinante dans les rues et les alentours d’un San Francisco transformé en décor fantasmé.

A cette intrigue hitchcockienne exceptionnelle s’ajoute le portrait d’un homme hanté par ses souvenirs qui, peu à peu, se dégage des événements traumatisants de son passé pour se laisser vamper par une beauté presque irréelle dont il tombe réellement amoureux après sa mort (une variation sur le même thème que Laura, de Preminger ?).

La mort, elle-même, est omniprésente dans le film, les liens les plus forts semblant se tisser au-delà de la tombe. La jeune femme « hantée » par le spectre de sa grand-mère, le détective qui sort la jeune femme des bras du fleuve mais n’en tombe réellement amoureux que lorsqu’elle meurt sous ses yeux. Pour les bienheureux qui n’ont pas encore vu le film, mieux vaut ne pas en dire plus, mais ces thèmes de la mort, de l’obsession et des faux-semblants restent étroitement liés jusqu’à la conclusion du film, aussi inattendue que terriblement sombre.

Dans la construction du scénario, dans l’approche visuelle (un voile troublant donne un sentiment irréel aux apparitions de la belle), dans la force avec laquelle Hitchcock rend perceptibles les obsessions de ses personnages, le film est une immense réussite, l’un des sommets de la carrière du cinéaste, et l’un des plus beaux films du monde, tout simplement.

C’est aussi l’un des plus grands rôles de James Stewart, qui est de toutes les scènes et que le spectateur voit sombrer de plus en plus profondément dans une obsession proche de la folie, dont on sait qu’il ne sortira jamais plus tout à fait, d’autant plus qu’Hitchcock, à mi-film, donne au spectateur une « clé » importante que Stewart lui-même n’aura pas avant la fin du métrage, lorsqu’il sera trop tard. Et qui donnera lieu à une ultime image d’une force inouïe, l’une des plus marquantes du cinéma hitchcockien.

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