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Archive pour la catégorie '1950-1959'

Règlement de comptes à O.K. Corral (Gunfight at the O.K. Corral) – de John Sturges – 1956

Posté : 18 avril, 2012 @ 10:07 dans 1950-1959, DOUGLAS Kirk, LANCASTER Burt, STURGES John, WESTERNS, Wyatt Earp / Doc Holiday | Pas de commentaires »

Réglement de comptes à OK Corral

Revoir ce classique de John Sturges après avoir redécouvert le sublime La Poursuite infernale de Ford est une mauvaise idée. Les deux films étant inspirés du même événement authentique (l’affrontement sanglant entre les frères Earp et le clan Clanton, maintes fois porté à l’écran), et la plupart des personnages étant les mêmes, difficile de ne pas comparer ces deux versions. Et sur tous les plans, la supériorité du film de Ford est écrasante.

Tourné moins de dix ans après, le film de Sturges adopte un style très différent. Loin du noir et blanc nostalgique du Ford, Sturges préfère des couleurs vives et automnales. Dans les deux cas, Wyatt Earp est un homme d’une autre époque, en décalage avec le monde en mouvement qui l’entoure. Chez Ford, ce décalage est une malédiction, Earp est condamné à rester seul. Chez Sturges, c’est le début d’autre chose : il y a un espoir et un avenir pour le héros. Moins sombre, mais aussi nettement moins émouvant.

Comme dans le film de Ford, le plus beau ici, c’est la relation entre le marshall Wyatt Earp et l’ancien bandit Doc Holiday, leur amitié qui dépasse la loi et toute logique. J’avais le souvenir d’une sorte d’apothéose dans la carrière commune de Kirk Douglas et Burt Lancaster… Mais là encore, la comparaison avec le duo Victor Mature/Henry Fonda n’est pas à l’avantage du film de Sturges. Les deux stars sont excellentes, cela dit : Lancaster est droit et inflexible comme il faut, et Douglas secoue parfaitement sa mèche quand il tousse. Mais leur relation est beaucoup plus convenue que dans le film de Ford.

Pourtant, Sturges fait du bon travail. En habile cinéaste qu’il est, il signe un western bourré d’action, de bagarres, de règlements de comptes et de jolies femmes (en particulier Rhonda Fleming, vue dans Deux rouquines dans la bagarre et décidément très belle). Et puis en choisissant d’être un tantinet plus fidèle à la véritable histoire que Ford (on n’est pas dans documentaire, quand même), Sturges signe un film curieusement plus romanesque et épique. Et le fameux règlement de comptes de O.K. Corral est très spectaculaire.

Parmi les curiosités du film, notons la participation du jeune Dennis Hopper. Tout juste sorti de La Fureur de vivre, qu’il a tourné l’année précédente avec James Dean, le jeune acteur tient un petit rôle (celui du plus jeune fils Clanton), mais peut-être le plus intéressant du film : un gamin qui n’adhère pas aux crimes de sa famille, mais qui réalise qu’il n’a pas d’autre choix que de se ranger au côté des siens. Son destin sera tragique, et traité sans concession…

Escadrille Lafayette (Lafayette Escadrille) – de William A. Wellman – 1958

Posté : 9 avril, 2012 @ 8:01 dans 1950-1959, EASTWOOD Clint (acteur), WELLMAN William A. | Pas de commentaires »

Lafayette Escadrille

William Wellman s’est souvent inspiré de son propre passé d’aviateur (notamment pour Wings, en 1929), mais jamais autant que dans ce Lafayette Escadrille, le plus autobiographique de tous ses films, comme s’il pressentait que ce serait son tout dernier long métrage. Ce n’est pas un hasard s’il offre à son fils, William Wellman Jr, un petit rôle discret, mais qui a son importance : celui d’un certain Bill Wellman Sr, jeune aviateur de la célèbre escadrille Lafayette qui observe les événements au cœur du film…

Les événements en question, ce sont les mésaventures d’un jeune apprenti-aviateur de la célèbre Escadrille Lafayette, durant la Grande Guerre, qui tombe amoureux d’une jeune prostituée parisienne et refuse l’autorité de son formateur (Marcel Dalio, dans un rôle stéréotypé et peu convaincant). Condamné pour acte de violence, il s’évade grâce à ses camarades et se réfugie dans la petite chambre de bonne de sa charmante fiancée qui s’est rachetée une conduite. Mais une nouvelle chance s’offrira à lui…

Lafayette Escadrille est un film mineur dans l’immense carrière de Wellman. Mais il y a dans ce film une sincérité qui touche au cœur : celle d’un vieil homme qui se penche sur son passé et boucle une boucle commencée plus de quarante ans plus tôt. D’ailleurs, on sent Wellman bien moins inspiré par la romance du film que par la camaraderie qui unit les jeunes aviateurs. Le plus beau moment du film ne se passe ni dans cette petite chambre de bonne, ni même dans les airs (il y a pourtant des scènes de combats aériens assez impressionnants), mais dans l’obscurité d’un dortoir : tous les apprentis aviateurs sont allongés, côte à côte, la caméra passant de l’un à l’autre tandis qu’une voix off (celle de Bill Wellman) dévoile leur destin, pour la plupart fatal. Chacun d’eux, endormi, semble reposer dans son linceul…

Ce moment de grâce mérite à lui seul que l’on voit le film, même si le reste n’est franchement pas au niveau. Si Wellman met beaucoup de passion dans sa peinture de l’univers très masculin des aviateurs (ce qui donne quelques scènes tantôt drôles, tantôt émouvantes), il se montre bien moins inspiré par son charmant couple formé par le falot Tab Hunter et par la frenchie Etchika Choureau. Un couple loin d’égaler les grands couples de l’Âge d’Or d’Hollywood, âge d’or dont la fin coïncide à peu près avec ce film.

Le film représente d’ailleurs l’unique lien tangible entre un tout jeune Clint Eastwood et le grand Hollywood classique qui ne cessera de l’inspirer dans ses propres réalisations. Sans grande expérience, Clint a 27 ans et trouve ici l’un de ses rôles les plus « visibles » de ses premières années. Très présent à l’écran dans la première moitié du film, il se contente toutefois de faire de la figuration, dans le rôle d’un grand dadais au regard un peu vide qui sait très bien se placer dans l’axe de la caméra derrière le héros. Sans doute aurait-il aimé un rôle un peu plus conséquent pour son unique collaboration avec un grand maître hollywoodien, mais tout de même…

Not of this Earth (id.) – de Roger Corman – 1957

Posté : 6 avril, 2012 @ 11:52 dans 1950-1959, CORMAN Roger, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Not of this Earth

Tout jeune réalisateur, Roger Corman était déjà le roi de la débrouille. Ce film d’invasion extraterrestre n’a pas dû coûter beaucoup plus que le prix de la pellicule. Seuls et uniques effets spéciaux : des lentilles blanches qui prouvent que les aliens (qui se résument à un quinquagénaire en apparence très normal, brièvement rejoint par une jeune femme… en apparence très normale) ne sont pas comme nous. Ah ! Et aussi un effet sonore très flippant qui prouve que la simple vue d’un alien peut être très dangereux.

Et pour cause : le quinqua très normal, qui vit dans une grande maison bourgeoise, version moderne du manoir hanté, est un extraterrestre ayant pour mission d’utiliser l’humanité comme un réservoir à sang pour sauver son propre peuple… ou d’éradiquer la race humaine si sa mission échoue… brrr…

Corman n’a pas de moyen, mais il a des idées. Il fait de son extraterrestre une version contemporaine du comte Dracula, qui tue des jeunes gens (au début en tout cas, pour appâter le spectateur avec de la chair fraîche, parce qu’au bout de quelques bobines, il finit par prendre tout ce qui lui tombe sous la main sans faire le difficile) pour récupérer leur sang, et vit dans une grande bâtisse dont les grands volumes et la cave inquiétants pourraient être une variation autour du château des Carpathes.

Budget serré, Corman filme beaucoup de plans extérieurs, dans ce quartier résidentiel aux longues allées dallées que le réalisateur filme avec de longs travellings qui évoquent avec vingt ans d’avance ceux, magnifiques, filmés par John Carpenter dans Halloween.

Corman sait raconter une histoire, et la pauvreté des moyens n’est pas vraiment un problème. Mais l’inanité du propos est tel que, après une première demi-heure plutôt haletante, la seconde moitié devient franchement poussive. On veut bien être bienveillant, mais pas trop longtemps… Sympa tout de même, mais au trente-sixième degré.

Côte 465 (Men in War) – d’Anthony Mann – 1957

Posté : 2 avril, 2012 @ 2:21 dans 1950-1959, MANN Anthony, RYAN Robert | Pas de commentaires »

Côte 465

« Dieu nous protège ! C’est des types comme toi qui gagneront cette fois. »

Attention, chef d’œuvre ! Mann n’est pas seulement l’un des plus grands auteurs du film noir et du western, il a aussi à son actif l’un des plus grands films de guerre de l’histoire du cinéma. De la guerre elle-même, on ne voit pourtant pas grand-chose dans ce Côte 465 qui se déroule en pleine guerre de Corée : une série d’explosions, des coups de feu dont les auteurs sont invisibles, de rares silhouettes de soldats coréens…

La toute première scène donne le ton : on découvre un bataillon de 17 soldats américains totalement isolés, sans moyen de transport, arrivés là on ne sait comment. La nature est belle et calme, et le groupe s’accorde un moment de repos. L’un d’eux, surtout, semble parfaitement calme, profondément endormi. Apaisé. Mais lorsque l’un de ses frères d’arme s’approche, il découvre… deux trous rouges au côté droit ? Presque : une plaie béante dans le dos.

Dans cette ouverture particulièrement forte, tout ce qui fait la richesse de ce film sublime est déjà là. Avec cet ennemi quasiment invisible qui se confond avec une nature belle et apaisante, on prend toute la mesure de l’absurdité de la guerre. Bien avant Terrence Malick, qui en fera le sujet (et le style) de ses films, Mann illustre merveilleusement cette violence absurde que l’homme s’inflige et inflige à son environnement. Côte 465 préfigure, avec quarante ans d’avance, La Ligne rouge

A vrai dire, ce bijou intemporel est la matrice de nombreux (grands) films de guerre à venir. Outre Malick, Steven Spielberg (Il faut sauver le soldat Ryan) ou Clint Eastwood (Mémoires de nos pères) se sont clairement inspirés de ce film.

Elevé à la bonne école de la RKO et de la Eagle Lion, Mann sait tirer le meilleur d’un budget minuscule. Il l’a prouvé dans les années 40 avec ses films noirs. Ici, Mann filme au plus près ses acteurs, dans une nature qui semble si familière, et avec une intelligence de chaque instant. Ils ne sont pas si nombreux les cinéastes qui ont su aussi bien filmer la solitude des soldats pris dans une guerre qui n’a rien de commun avec ce qu’ils sont, avec leur vie. Absurde : c’est le sentiment de ces hommes qui se savent condamnés à mourir loin de ceux qu’ils aiment, et de ce qui est leur véritable environnement.

Constamment tourné vers les personnages et leurs émotions, Mann filme des hommes qui se battent pour garder ce qui leur reste d’humanité. « Dieu nous protège ! C’est des types comme toi qui gagneront cette fois », lance un Robert Ryan qui perd ses dernières illusions après avoir vu Aldo Ray sauver la vie de ses hommes en abattant froidement des ennemis que lui-même aurait épargnés.

Ryan, qui trouve l’un de ses meilleurs rôles, est un héros magnifiquement désabusé. L’antagonisme qui se crée entre ce personnage d’officier humaniste, et le sous-officier à la gâchette facile, annonce une nouvelle ère dans le cinéma américain. Le mythe du héros absolu et sans tâche a vécu. L’Amérique n’est plus ce pays qui gagne toutes ses guerres. Désormais, le doute et le cynisme sont bien présents, dans ce cinéma américain qui se penche sur sa propre histoire, basée sur l’humanisme et la cruauté.

• Le film est disponible chez Wild Side Video dans une très belle édition (également disponible dans un indispensable coffret de six films de Michael Mann). En bonus : une analyse du film assez passionnante par Jean-Claude Missiaen, cinéaste ayant bien connu Mann.

Capitaine Mystère (Captain Lightfoot) – de Douglas Sirk – 1955

Posté : 22 mars, 2012 @ 4:04 dans 1950-1959, SIRK Douglas | Pas de commentaires »

Capitaine Mystère (Captain Lightfoot) – de Douglas Sirk – 1955 dans 1950-1959 capitaine-mystere

On a trop tendance à réduire Sirk à ses mélos. Certes sublimes, ces films ne doivent pas faire oublier que le cinéaste a à son actif quelques trop rares films d’aventure, comme ce Captain Lightfoot, méconnu et réjouissant, film d’une vigueur rare dont l’énergie communicative crève l’écran.

A quoi doit-on la fraîcheur du film ? Au cinemascope utilisé à merveille par Sirk ? Au technicolor flamboyant ? A un Rock Hudson éclatant de santé et de dynamisme ? Au tournage en Irlande, loin des studios hollywoodiens, et aux décors naturels magnifiques ? Aux seconds rôles « locaux » qui donnent à ce film de genre un aspect « terroir » rafraîchissant ? Sans doute à tous ces éléments à la fois. Une chose semble acquise : Sirk a pris un plaisir fou à tourner ces aventures, et ce plaisir est l’essence même d’un film qui ne se prend jamais au sérieux.

Rock Hudson interprète un jeune Irlandais impulsif et impétueux du début du XIXème siècle, membre de l’un de ces comités révolutionnaires qui étaient omniprésents alors, et dont il regrette l’immobilisme. Recherché par les polices de l’occupant anglais, il se réfugie à Dublin, où un homme le prend sous son aile. Il ne sait pas encore qu’il s’agit du capitaine Thunderbolt (Jeff Morrow), le principal héros de la révolution en marche. A ses côtés, il gagnera en maturité, saura canaliser son énergie, et trouvera l’amour avec la fille de son mentor, interprétée par Barbara Rush, une habituée du cinéma de Sirk qui la filme très joliment.

Scène particulièrement marquante : une fessée mémorable qu’administre vigoureusement Hudson à Rush, et qui déclenche semble-t-il un sentiment amoureux irrépressible chez la jeune femme. Allez comprendre… Mais mine de rien, cette incroyable fessée donne le ton d’un film qui respecte tous les codes du film d’aventure (l’attaque d’un château, l’évasion d’une prison, les course-poursuites, les bagarres… rien ne manque), tout en s’en amusant ouvertement. Captain Lightfoot n’est jamais loin de la comédie pure, même si la tension dramatique n’est pas prise à la légère.

Ainsi, le château à assiéger a tout d’une résidence de villégiature, la rivière sauvage où notre héros manque de se noyer ressemble d’avantage à un cours d’eau tranquille qu’à la rivière sans retour du film de Preminger, les méchants sont volontiers caricaturaux, et les coups ne sont jamais fatals…

Mais même lorsqu’il signe un pur divertissement familial et bourré d’action, Sirk est un immense cinéaste. Chacun de ses plans est admirable, que ce soit dans les séquences d’action ou dans les moments de calme. Les décors irlandais sont utilisés à merveille : la manière dont Sirk filme Hudson devant ces enfilades de maisons blanches, ou dans ces champs entrecoupés de murets de pierres, est d’une beauté incroyable. Plus encore que dans ses autres films, Sirk laisse libre cours à son imagination concernant l’utilisation de cadres dans le cadre, procédé omniprésent ici, et qu’il utilise avec une intelligence extrême (Hudson sortant Barbara Rush du cadre étroit de paravent pour enfin l’embrasser…).

Avec cette parenthèse flamboyante dans son cycle de mélodrame (le film est tourné entre Le Secret magnifique et Tout ce que le ciel permet, deux chef d’œuvre avec Rock Hudson), Sirk réussit un pari difficile : associer un pur de plaisir de spectateur à une superbe démonstration de génie cinématographique.

La Rue de la Mort (Side Street) – d’Anthony Mann – 1950

Posté : 17 mars, 2012 @ 10:01 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, MANN Anthony | Pas de commentaires »

La Rue de la mort

Dernier film noir d’Anthony Mann avant son grand cycle consacré au western, La Rue de la Mort marque une rupture de style assez marquante avec ses précédents chef d’œuvre du genre. Comme pour Incident de frontière, le cinéaste adopte un style quasi-documentaire avec un tournage en extérieur, et une image épurée, moins âpre et stylisée. Mais ici, il va plus loin encore. Avec un nouveau chef opérateur (Joseph Ruttenberg remplaçant le grand John Alton), Mann signe un film presque clinique, sur la descente aux enfers d’un jeune homme incapable de trouver sa place dans une ville aussi vampirisante que New York.

La Big Apple tient un rôle primordial dans ce film qui, ce n’est pas un hasard, commence par d’impressionnants plans aériens de la ville. Le poids de cette mégalopole se fait continuellement sentir, et c’est parce qu’il ne peut se résoudre à n’être qu’une minuscule partie de ce tout gigantesque que notre jeune héros va frôler la tragédie…

Jeune facteur sans le sou, Farley Granger rêve en grand. Il veut le meilleur pour son épouse (Cathy O’Donnell, déjà sa partenaire dans Les Amants de la Nuit de Nicholas Ray) et leur futur enfant. Alors un jour, il vole une enveloppe qu’il croit contenir quelques billets. Mais ce sont 30 000 dollars qu’il vient de dérober, et il ignore encore que cet argent appartient à un gang de kidnappeurs et de tueurs. Poursuivi par les gangsters, poursuivi par la police, poursuivi par sa mauvaise conscience, il ne fera que de mauvais choix, refusant de se rendre à des policiers tout prêts à le croire, et faisant confiance à un barman qui s’empressera de le trahir…

L’intrigue est clairement celle d’un film noir, et Farley Granger est une figure inoubliable du genre. On est constamment tiraillé entre l’envie de baffer ou de prendre dans ses bras ce type immature, définitivement trop modeste et fragile pour faire le poids face à un environnement aussi oppressant que le sien. D’ailleurs, le film a bien des points communs avec les grands films noirs stylisés de Mann, le réalisateur adoptant une nouvelle fois une voix off qui présente l’histoire comme une affaire parmi d’autres que la police a à traiter (c’était déjà le cas pour La Brigade du Suicide, par exemple).

La grande différence ici est la manière dont Mann utilise la ville. D’innombrables plans en contre-plongée font des buildings de grandes murailles omniprésentes ; l’intimité est un luxe que Farley Granger est bien incapable de s’offrir (y compris sur les toits des immeubles ou dans sa propre chambre) ; le danger semble aussi présent dans les rues ensoleillées et gorgées de monde que dans les ruelles étroites et sombres…

Et puis il y a cette incroyable course poursuite finale, tournée également en décors naturels, dans les rues soudain désertes de Manhattan. Mann utilise à merveille les grandes façades des immeubles pour accentuer l’impact de ses images. Haletante et impressionnante, cette préfigure les grandes course-poursuites à venir : celles de French Connection ou de Bullitt, pour ne citer que les plus fameuses.

La Loi du Silence (I confess) – d’Alfred Hitchcock – 1953

Posté : 24 février, 2012 @ 12:47 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

La Loi du silence

Film mal aimé du grand Hitch, tourné à l’aube de sa période d’état de grâce, La Loi du Silence est un bon film imparfait, basé sur une grande idée assez mal exploitée. Fait plutôt rare dans l’œuvre du cinéaste, le héros de La Loi du Silence n’est pas un monsieur tout le monde plongé dans une situation exceptionnelle mais un prêtre dont les règles de vie font de lui un coupable tout désigné. Un faux coupable, comme on en trouve des dizaines dans le cinéma hitchcockien, à cela près que celui-là ne fait rien pour tenter de s’innocenter…

Montgomery Clift, dans le rôle du prêtre, n’est ni formidable, ni mauvais. Il est juste là, dans un rôle tellement effacé qu’il en devient peu intéressant, et peu aimable. Ce prêtre qui cache une ancienne relation avec la femme d’un notable (rien de honteux pourtant : la liaison date d’avant les vœux du prêtre, et le mariage de la dame), reçoit un soir la confession de son homme de confiance, qui lui avoue avoir tué un homme. Secret de la confession oblige, le prêtre ne peut rien dire à la police, même quand lui-même devient le suspect numéro 1.

Que le tueur se soit déguisé en prêtre pour commettre son crime relève du mystère, mais qu’importe : ce genre de facilités scénaristiques émaillent la filmo du maître, sans que cela enlève quoi que ce soit à la réussite de ses films. Le vrai problème est qu’Hitchcock ne sait visiblement pas bien quoi faire de ce postulat de base pourtant très excitant : le prêtre doit-il rompre son serment, doit-il se taire et risquer lui-même la prison, ou envoyer devant la justice cet homme qui s’est confessé à lui ?

Dans toute la première moitié du film, la question est presque totalement évacuée, au profit de cette vieille liaison entre Monty et Anne Baxter. Cette intrigue « bis » est certes intéressante et riche en enjeux dramatiques, mais elle détourne le film de sa question centrale, qui ne revient que tardivement, et à laquelle aucune vraie réponse ne sera apportée : un rebondissement final spectaculaire mais un peu artificiel détourne l’attention et conclut le film sur une spirale maligne, mais frustrante.

Frustrante aussi, la prestation effacée de Monty Clift. Il est plutôt convaincant, et parfois émouvant, mais ses démons intérieurs passent à l’arrière plan face à des seconds rôles autrement plus gratifiants : celui d’Anne Baxter notamment, mais surtout de Karl Malden en flic intègre et persévérant totalement à côté de la plaque, et de O.E. Hasse en sacristain assassin malgré lui, mari aimant qui se laisse dévorer par une spirale du sang et du mensonge qui le pousse jusqu’à l’irréparable.

Heureusement, il y a la mise en scène d’Hitchcock, continuellement inventive et inspirée. Dans ce film imparfait, il s’amuse à adopter alternativement toute une série de points de vue différents, qui donnent chacun un éclairage différent aux scènes que l’on suit. C’est brillant, et visuellement d’une grande beauté, avec un jeu merveilleux sur les ombres et le hors-champs. Largement de quoi tenir en haleine.

Mort à l’arrivée (D.O.A.) – de Rudolph Maté – 1950

Posté : 23 février, 2012 @ 11:22 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, MATÉ Rudolph | Pas de commentaires »

Mort à l'arrivée

Grand chef opérateur, Rudolph Maté reste aussi dans l’histoire du cinéma pour avoir réalisé quelques films de série B dont celui-ci est le chef d’œuvre : un film noir passionnant et tortueux à souhait, dont la grande originalité ne repose pas sur l’intrigue à proprement parler (très classique), mais sur la construction. Le film s’ouvre en effet sur la marche décidée d’un homme (Edmond O’Brien, notre héros) qui traverse les longs couloirs d’un commissariat tandis que le générique défile, et qui trouve finalement le bureau des « homicides » où il signale un meurtre : le sien…

C’est un mort en sursis qui raconte l’histoire en un long flash-back dont l’issue est forcément fatale. Un homme qui, quelques jours plus tôt à peine, était un petit assureur sans histoire qui, avant de se laisser épouser par une jeune femme charmante mais un peu trop sage, a décidé d’aller s’encanailler dans une grande ville où il comptait bien se laisser aller à la débauche avec quelque beauté rencontrée au détour d’un bar.

Presque un enterrement de vie de jeune homme, donc… En une soirée, il croise un groupe de vendeurs en goguette, une vamp prête à coucher, et un mystérieux homme qui lui refile sans qu’il s’en rende compte une boisson empoissonnée. Et lorsqu’il se réveille, ce mal qui s’empare de lui lui semble être une simple gueule de bois. Sauf que cette gueule de bois se révèle être un empoisonnement fatal et incurable. Comme si, en sortant du droit de chemin le temps d’une soirée, ce monsieur tout le monde avait sacrifié toute la belle vie qui lui était promise.

Ce monsieur tout le monde à qui il ne reste que quelques heures à vivre va alors se transformer en ange vengeur, désireux de ne pas quitter cette terre sans savoir à qui il doit ce départ précipité. La réponse est forcément inattendue, et loin de la première impression. Dans cette course contre la montre, dont il sait qu’il ne pourra pas vraiment sortir vainqueur, O’Brien se découvre enfin lui-même : il comprend peu à peu le piège machiavélique dans lequel il est tombé bien malgré lui ; mais il réalise aussi le gâchis que représentent ses écarts d’un soir.

Cette quête effrénée et volontiers brutale ne sauvera personne. Mais elle rétablira un semblant de balance, et permettra à ce héros de s’élever au-dessus de ses mesquineries de simple mortel. Pas gai, mais hyper marquant…

Edmond O’Brien est ici l’une des grandes figures du film noir américain, genre dont D.O.A. est l’un des fleurons. Il fera d’ailleurs l’objet d’un remake réussi signé Annabel Jankel et Rocky Morton quarante ans plus tard, avec une intrigue totalement différente, mais le même procédé narratif (Dennis Quaid dans le rôle du condamné).

Fort Invincible (Only the Valiant) – de Gordon Douglas – 1951

Posté : 22 février, 2012 @ 10:49 dans 1950-1959, BOND Ward, DOUGLAS Gordon, WESTERNS | Pas de commentaires »

Fort Invincible (Only the Valiant) – de Gordon Douglas – 1951 dans 1950-1959 fort-invincible

Au sommet de sa gloire, Gregory Peck interprète l’un de ses personnages qu’il affectionnait à l’époque : un héros intègre prêt à sa sacrifier pour ce qu’il croit. Ce sens du devoir est le sujet même de ce western sympathique. Lieutenant de cavalerie durant les guerres indiennes, Peck passe pour un salaud lorsque, en obéissant aux ordres directs de son supérieur, il envoie à une mort certaine son ami, qui est aussi son rival dans le cœur de la belle Barbara Payton. Considéré comme un lâche et un traître, il encaisse, toujours par sens du devoir, et décide de prendre la tête d’un petit groupe qui devra tenir « Fort Invincible », un poste avancé stratégique et intenable. Une mission suicide dont la plupart ne sortiront pas vivants…

Beau western en noir et blanc, Fort Invincible est une belle réussite, en tout cas dans sa première partie : la manière dont Gordon Douglas filme la déchéance de cet officier mis au ban de la société à laquelle il est pourtant totalement dévoué, est d’une belle subtilité, et d’une grande efficacité. Le génie en moins, le réalisateur a plutôt bien assimilé le classicisme de John Ford, son sens du rythme et son goût pour les seconds rôles hauts en couleur.

La comparaison avec Ford n’est pas anodine, et pas seulement parce que Ward Bond, incontournable acteur fordien, tient l’un des rôles principaux. Gordon Douglas s’inscrit ouvertement dans la lignée du grand borgne. Lui qui a réalisé un remake de Stagecoach (La Diligence vers l’Ouest, 1966) s’inspire ici énormément de la trilogie de la cavalerie (Le Massacre de Fort Apache, La Charge héroïque, Rio Grande), que Ford venait de boucler.

On y retrouve, comme dans les films de Ford, une vision vivante et quotidienne de la vie dans les garnisons de cavalerie, mais aussi l’importance des femmes, même dans des rôles secondaires. Le problème, c’est que Barbara Payton a la grâce d’une patate tiède, et qu’elle est très, très loin de Shirley Temple (Le Massacre…) ou de Maureen O’Hara (Rio Grande).

Le problème aussi, c’est que n’est pas Ford qui veut, et que si Gordon Douglas est un bon élève, son talent n’effleure pas le génie du maître. Après une première partie tendue et palpitante, Douglas se perd un peu dans un affrontement interminable entre le petit groupe (style 12 Salopards avant l’heure) et les Indiens belliqueux. Dans cette dernière partie, Douglas confirme son talent dans les scènes d’action (heureusement nombreuses), mais révèle ses limites dans les tout aussi nombreux moments de calme.

On ne boude pas son plaisir : Gregory Peck est impérial, Ward Bond est un second rôle comme on n’en fait plus, et Barbara Payton est une patate tiède qui n’a droit qu’à une poignée de scènes bien suffisantes…

Le Crime était presque parfait (Dial M for Murder) – d’Alfred Hitchcock – 1954

Posté : 21 février, 2012 @ 1:11 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Le Crime était presque parfait (Dial M for Murder) – d’Alfred Hitchcock – 1954 dans * Films noirs (1935-1959) le-crime-etait-presque-parfait

Le Crime était presque parfait est un projet en apparence très mineur, dans la filmographie d’Hitchcock. Lui-même d’ailleurs ne s’en cachait pas : le film fait partie de ses projets tournés pour ne pas rester inactif alors qu’il n’avait sur le feu aucun projet plus personnel et enthousiasmant. C’est une habitude qu’il avait depuis ses débuts dans les années 20 : plutôt que d’attendre un hypothétique sujet excitant, mieux vaut s’emparer d’une pièce de théâtre à succès et la porter à l’écran.

C’est ce qu’il fait ici encore avec ce film effectivement théâtral dans sa construction, qui respecte l’unité de lieu presque à la lettre : seuls quelques plans de la rue (vus de l’appartement) et une courte scène dans un club pour gentlemen ouvrent la scène vers l’extérieur. Mais loin de tomber dans le piège du théâtre filmé, Hitchcock fait de cette contrainte une occasion de démontrer sa virtuosité : le film est aussi fluide que n’importe lequel de ses films (comme l’était d’ailleurs La Corde, autre adaptation théâtrale utilisant l’unité de temps et de lieu).

Hitchcock assume totalement et ouvertement cet aspect « théâtre film », construisant son film en deux actes clairement séparés… par un entracte indiqué par un panneau. Les deux actes sont aussi séparés par une séquence de procès extraordinairement elliptique. Innombrables dans ses films, les scènes de procès sont très souvent inattendues et brillantes : dans Frenzy, par exemple, la séquence se limite, idée géniale, à la porte battante du tribunal s’ouvrant et se fermant, ne laissant percevoir que le verdict. Ici, l’économie de moyen est tout aussi impressionnante : le procès se limite à un long gros plan fixe sur le visage de Grace Kelly, éclairé de couleurs différentes et ponctué par une voix off implacable. Rien de plus… et le résultat est l’un des « procès » les plus mémorables de toute l’œuvre hitchcockienne.

Mis à part cet intermède, tout le film se déroule dans un appartement cossu de Londres, avec un nombre limité de personnages : Ray Milland (formidable, comme toujours, dans ce qui est peut-être le plus célèbre de ses rôles), oisif aux goût de luxe décidé de faire assassiner sa femme (Grace Kelly, très jolie bien sûr) qu’il soupçonne de vouloir partir avec son amant romancier (Robert Cummings, qui fait le minimum dans le moins intéressant des rôles, et qui retrouve Hitchcock douze ans après Cinquième Colonne) et sa fortune ; s’y ajoutent l’assassin manipulé par le mari, et tué contre toute attente par l’épouse (Anthony Dawson), et le flic au flegme british et au flair de limier, interprété parle savoureux John Williams, lui aussi acteur hitchcockien (La Main au Collet).

L’exiguïté de son décor inspire Hitchcock, comme cela est toujours le cas pour les contraintes qu’il s’impose régulièrement (le canot de sauvetage de Lifeboat, les longs plans séquences de La Corde…). Le film est absolument brillant, et cela dès les premières images : en quelques plans muets d’une apparente simplicité, le cinéaste présente le trio de personnage. Premier plan : Grace Kelly et Ray Milland s’embrassent poliment, c’est un couple installé sans passion. Deuxième plan : Grace Kelly apprend dans le journal l’arrivée imminente d’un romancier et lève des yeux prudents vers Milland, on comprend qu’elle a une liaison secrète avec ce romancier. Troisième plan. Grace Kelly et Robert Cummings s’embrassent avec passion… C’est simple, intelligent, et formidable.

Mais le génie d’Hitchcock est tout aussi frappant dans les longues scènes de dialogue. Le film est d’une extraordinaire fluidité, et le suspense s’installe durablement, dans une atmosphère à la fois feutrée et inquiétante : le bonheur domestique est décidément rare dans le cinéma hitchcockien ! Variation sur le même thème que L’Inconnu du Nord-Express, Le Crime était presque parfait a été tourné pour être projeté en 3D. Une expérimentation qui restera sans suite pour Hitchcock, et qui n’a pas le moindre intérêt : en l’état, le film est un nouveau bijou.

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