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Archive pour la catégorie '1950-1959'

Alfred Hitchcock présente : Le Plongeon (Alfred Hitchcock presents : Dip in the pool) – d’Alfred Hitchcock – 1958

Posté : 16 mars, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente Le plongeon

Efficace mais anodin, ce 35e épisode de la saison 3, réalisé par le maître en personne. La logique de la série repose le plus souvent sur un switch final qui assomme ou surprend le spectateur. Cette fois-ci, ce switch semble être l’unique point d’intérêt d’Hitchcock, qui précède ce dénouement d’une histoire de pari perdu inutilement complexe, qui peine à vraiment intéresser.

Cette complexité inhabituelle chez le cinéaste, d’habitude toujours attentif à l’efficacité de son récit, étouffe un thème qui aurait pu être passionnant : celui du nouveau riche qui cherche maladroitement sa place dans la haute société, dans ce bateau qui traverse l’Atlantique. Surtout que le personnage, interprété par Keenan Wynn, est plutôt réussi.

La conclusion du film, cela dit, est assez réjouissante. Et si on la voit venir de loin, cela ne fait que renforcer le plaisir forcément un rien sadique qu’on y prend. Détail amusant : dans cette histoire où tout repose sur un cri de femme qui ne viendra pas, Hitchcock dirige brièvement celle qui fut la première scream queen du cinéma : Fay Wray, dans un rôle secondaire.

Les Misérables – de Jean-Paul Le Chanois – 1958

Posté : 13 mars, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, GABIN Jean, LE CHANOIS Jean-Paul | Pas de commentaires »

Les Misérables 1958

A revoir cette version, je peux confirmer ce que je pensais déjà : Raymond Bernard a sans doute réalisé la meilleure adaptation des Misérables. Vingt-cinq ans plus tard, Jean-Paul Le Chanois a les moyens de ses ambitions, un casting époustouflant, une histoire évidemment hors du commun. Et s’il ne lui manquait que le talent ?

Il n’a en tout cas pas celui de donner du souffle à ce film qui, plus il devrait être spectaculaire, plus il devient terne. S’il fallait un film pour démontrer que de grands moyens ne suffisent pas pour une reconstitution historique réussie, celui-ci serait parfait.

Dans les quelques séquences nécessitant de nombreux figurants, le problème est particulièrement flagrant. Les funérailles de Lamarque ou la bataille de Waterloo semblent n’exister que comme des tableaux immobiles auxquels Le Chanois est incapable de donner de la vie. Même les barricades de Paris, pourtant théâtres d’une véritable tragédie, semblent trop propres, trop lisses.

Il y a quand même du bon : dans les moments plus intimes, Le Chanois est nettement plus à l’aise. La mort d’Eponine, notamment, est joliment cadrée et très émouvante. Et la photographie de Jacques Natteau, si elle manque de cohérence, réserve quelques très beaux moments picturaux. Dans les séquences les plus intimes, toujours.

Et puis, heureusement, il y a le casting. Bourvil en Thénardier, ça a quand même de la gueule. Bernard Blier en Javert, c’est carrément enthousiasmant, tant il est touchant dans son jusqu’au-boutisme aveugle et ravageur. Et Jean Gabin en Jean Valjean ? Eh bien c’est une évidence, et la meilleure raison pour lequel le film, même s’il agace et déçoit, réussit à séduire malgré tout.

Il est non seulement formidable dans le rôle, mais il fait partie de ces acteurs qui savent donner du liant et de la consistance à un film, dès qu’il est à l’écran. Ils ne sont pas si nombreux dans ce cas, à pouvoir sauver n’importe quoi : il y a John Wayne, et une poignée d’autres. Lui rend évidente toute la complexité, toute la force et toute la fragilité de Jean Valjean. Rien que pour lui…

Le Fouet d’argent (The Silver Whip) – de Harmon Jones – 1953

Posté : 9 mars, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, JONES Harmon, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Fouet d'argent

Un western avec trois personnages principaux, ce n’est pas si courant. Trois héros auxquels le scénario apporte le même intérêt, trois hommes très différents, parfois antagonistes, mais liés par une même amitié dont on sent bien qu’elle sera plus forte que les épreuves : le jeunot Robert Wagner, et surtout les solides Rory Calhoun et Dale Robertson, deux gueules incontournables du western de série B des années 50.

Incidemment, c’est aussi la rencontre de deux mondes : Calhoun et Robertson incarnent tous deux un Ouest déjà révolu, conscients que leur univers est en pleine mutation, et que l’avenir se fera avec des jeunes comme Wagner. Cette modernité est particulièrement frappante avec la petite amie de ce dernier, que l’on découvre allongée sur un fauteuil, les jambes nues bien en évidence, belle jeune femme dont la liberté annonce d’autres temps.

Le film met bien en valeur la relation de ces trois hommes, personnalités complémentaires qui représentent à eux trois l’image du western. D’un côté ce jeune homme qui rêve d’aventures (et surtout de conduire une diligence) et de marcher sur les traces de ses aînés. De l’autre son protecteur (Robertson), qui voudra aller jusqu’au bout pour venger la mort de la femme qu’il aimait. Et puis le meilleur ami de ce dernier (Calhoun), shérif qui croit dur comme fer en la justice.

Harmon Jones, dont on avait déjà dit beaucoup de bien de La Cité des tueurs ou de 24 heures de terreur, deux autres westerns portés par Dale Robertson, excelle aussi à diriger ses seconds rôles, comme ce vieil homme qui cite constamment des poètes ou dramaturges.

Il y a aussi une très belle utilisation des décors de montagne lors de la séquence de traque, ou du relais de diligence lors de la fusillade. Dans les deux cas, il utilise chaque interstice, chaque espace entre deux barrières, ou entre deux rochers, pour renforcer la violence et le sentiment de danger. C’est d’une efficacité imparable, et en plus c’est esthétiquement une réussite. 

Alfred Hitchcock présente : L’inspecteur se met à table (Alfred Hitchcock presents : Lamb to the slaughter) – d’Alfred Hitchcock – 1958

Posté : 7 mars, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente L'Inspecteur se met à table

Et si les policiers mangeaient sans le savoir l’arme du crime sur lequel ils enquêtent ? Cette idée assez formidable est au cœur de ce film écrit par Roald Dahl, et mis en scène avec ironie par un Hitchcock très en forme. Cet épisode, le 28e de la saison 3, est d’ailleurs l’un des plus célèbres de la série anthologique.

Tout repose pourtant entièrement sur le twist final. Le crime lui-même, la manière dont il est maquillé, tout cela n’a pas grand-chose d’original. Mais Hitchcock réussit à faire d’un gigot qui cuit dans un four l’élément central de son film. L’action, d’ailleurs, dure très exactement le temps qu’il faut à ce gigot pour aller du congélateur à l’estomac des policiers…

La même année que Vertigo, Hitchcock retrouve pour l’occasion Barbara Bel Geddes, dans un rôle central cette fois, celui de la femme bafouée et finalement meurtrière. Elle est excellente dans ce personnage de fausse ingénue qui observe les enquêteurs avec un regard moins inquiet qu’amusé, et qui finit par éclater de rire dans un plan face caméra qui évoque curieusement le dernier plan d’un film à venir, pourtant radicalement différent : Psychose.

Soupçons : Pris au piège (Suspicion : Four o’clock) – d’Alfred Hitchcock – 1957

Posté : 6 mars, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Suspicion Four o'clock

Au milieu des années 50, entre deux films majeurs, Hitchcock trouve le temps de se passionner pour la télévision, alors en plein essor. Non content d’être le créateur, producteur, hôte et réalisateur occasionnel de la série Alfred Hitchcock presents, le cinéaste trouve le temps de créer une nouvelle série anthologique, constituée de films deux fois plus longs (45 minutes). Four o’clock, qu’il réalise lui-même, est l’épisode qui inaugure cette série.

Hitchcock, cette fois, n’apparaît pas comme il le fait dans Alfred Hitchcock présente, où il introduit le court-métrage par une intervention ouvertement décalée sans rapport avec l’histoire qui suit. Son absence à l’écran n’est pas anodine : même si l’esprit reste globalement le même, le second degré et l’humour qui se retrouvent régulièrement dans sa première série laissent place ici à une noirceur totale.

Porté par E.G. Marshall, seul à l’écran la plupart du temps, et filmé le plus souvent en gros plan, le film repose sur un suspense machiavélique : un homme qui s’apprête à tuer sa femme qu’il croit infidèle est attaché et bâillonné par des cambrioleurs dans sa cave, à côté de la bombe qui doit exploser à 16h précises… Le génie d’Hitchcock éclate lorsque l’heure fatidique approche : le montage frénétique, les plans de plus en plus rapprochés, les axes décalés… soulignent la terreur grandissante de Marshall.

Le film regorge de belles idées narratives : l’emplacement de voiture resté sec, les montres et horloges omniprésentes… Ces dernières occupent constamment une place de choix dans le cadre pour rappeler que le temps qui passe, pour le coup, est mortel (le personnage principal, d’ailleurs, est horloger).

Notons au passage l’apparition, dans le rôle d’un cambrioleur, de Harry Dean Stanton, alors à ses débuts : cette année-là, il fait aussi ses premiers pas au cinéma.

L’Aigle vole au soleil (The Wings of Eagles) – de John Ford – 1957

Posté : 2 mars, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, BOND Ward, FORD John, O'HARA Maureen, WAYNE John | Pas de commentaires »

L'Aigle vole au soleil

Pilote d’avion, officier de marine, auteur de romans et de pièces de théâtre (on lui doit Ceiling Zero notamment que Hawks portera à l’écran), scénariste à Hollywood… Frank W. « Spig » Wead a eu plusieurs vies. Il a bien connu John Ford aussi, pour qui il a signé les scripts de Air Mail et Les Sacrifiés. Ford qui lui rend un superbe hommage avec ce film, aussi riche et généreux que la vie de Wead a été bien remplie malgré sa brièveté (il est mort en 1947, à l’âge de 52 ans).

On sent bien que Ford est très attaché à ce personnage, que visiblement il admire et aime à la fois. A tel point qu’il se met (presque) en scène lui-même, confiant à son éternel complice Ward Bond le rôle d’un réalisateur d’Hollywood volontiers grande gueule et bougon, dont le bureau est rempli d’accessoires de westerns, et les murs recouverts de portraits d’acteurs, Tom Mix et Harry Carey trônant en bonne place. Autant dire que ce Ford-là a une saveur toute particulière.

A deux ou trois moments, on le sent d’ailleurs un peu bridé par son sujet, comme s’il ne voulait pas aller au bout des zones d’ombre de son personnage, préférant exhaler son patriotisme, sa sensibilité refoulée, son courage face au handicap qui le frappe, son sens du sacrifice aussi. Et pourquoi pas, d’ailleurs… Le film est certes inspiré de faits authentiques, mais il prend des libertés revendiquées avec son modèle. Ce qui intéresse Ford, c’est l’esprit de Spig, et de cette vie extraordinaire.

Cette vie permet à Ford de signer l’un de ses films les plus riches, passant d’un burlesque assumé comme un clin d’œil aux premiers films d’action et à leurs cascades improbables (cet hydravion qui traverse un hangar avant de finir sa course entre deux arbres, on jurerait l’avoir déjà vu en noir et blanc !), au drame de guerre tendu et sombre, en passant par la tragédie familiale. De longues séquences dans l’espace exigu d’un hôpital, à des morceaux de bravoure sur mer ou dans les airs.

Ford se permet aussi d’audacieuses ellipses pour raconter en moins de deux heures vingt-cinq ans de cette vie bien remplie. Avec, comme un fil conducteur, les amours contrariés de Spig et de sa femme. Pour que ce « liant » soit efficace, il fallait un couple qui tienne la route. Qui d’autre, pour Ford, que John Wayne et Maureen O’Hara ? Sur un tout autre registre que L’Homme tranquille, ces deux-là forment un couple magnifique encore une fois. Entre eux, au-delà de toute caricature possible, il y a quelque chose de grand et de bouleversant qui se passe.

Montagne rouge (Red Mountain) – de William Dieterle (et John Farrow) – 1951

Posté : 1 mars, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, DIETERLE William, FARROW John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Montagne rouge

Des tas de bonnes idées, quelques très beaux moments, un scénario bancal et des dialogues impossibles. Ce western imparfait a au moins le mérite de l’originalité. Pas dans les dialogues, donc, qui accumulent les poncifs et les grandes tirades patriotiques. Pas non plus pour la psychologie des personnages, franchement discutables. Mais pour les situations inattendues et une certaine ambition dans la mise en scène.

Le film renouvelle ainsi le thème éternel de la rivalité amoureuse. Lisbeth Scott est ainsi ballottée entre son fiancé Arthur Kennedy et celui qui est à la source de leurs ennuis : Alan Ladd. Ce dernier brouille les pistes, dans la première partie. Après avoir sauvé Kennedy du lynchage, on découvre qu’il est le responsable du meurtre pour lequel son nouveau compagnon a été condamné sans procès. Avant d’apprendre qu’il est un soldat sudiste sur le point de rejoindre la bande sanguinaire de Quantrill (joué par John Ireland).

Toujours impec, Ladd forme un beau duo antagoniste avec Arthur Kennedy (acteur parfait), constamment sur le point de s’entre-tuer, mais dont on devine l’amitié qui aurait pu les lier s’il n’y avait cette violence omniprésente… et la belle Lisbeth entre eux. Toute la première partie joue constamment sur le renversement des situations : l’un passe de sauveur à geôlier, l’autre de la reconnaissance à la haine… Et puis il y a Lisbeth Scott, donc, femme forte qui a bien des égards domine l’action, loin des personnages habituels de femmes dans les westerns.

Alfred Hitchcock présente : De retour à Noël (Alfred Hitchcocks presents : Back for Christmas) – d’Alfred Hitchcock – 1956

Posté : 21 février, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente Back for Christmas

C’est une histoire très classique que signe cette fois Hitchcock, avec l’un de ces twists finaux qui ont fait la réputation du show. La patte de Sir Alfred se retrouve plutôt du côté du flegme so british du personnage principal, joué par l’excellent John Williams, acteur hitchcockien vu dans La Main au collet et Le Crime était presque parfait. Son élégance, sa retenue et sa distinction font des merveilles dans ce rôle de mari qui prépare mine de rien le meurtre de sa femme.

Cet épisode (le 23e de la saison 1) repose avant tout sur sa prestation, et sur l’humour à froid qui entoure son personnage, qui est d’ailleurs de tous les plans. Et c’est toute la particularité de ce court métrage. On connaît les ficelles du show, et on se doute bien qu’un petit grain de sable (qu’une réflexion de la future victime annonce avec évidence) viendra contrarier le truc. Mais le plaisir de l’épisode tient à cette volonté d’Hitchcock de ne filmer à peu près que le visage de Williams, ses réactions, ou plutôt son absence manifeste de réaction.

Il fallait un comédien formidable pour que l’approche d’Hitchcock soit valable. Avec John Williams, elle tient toutes ses promesses.

Alfred Hitchcock présente : Accident (Alfred Hitchcocks presents : Breakdown) – d’Alfred Hitchcock – 1955

Posté : 20 février, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente Breakdown

La télévision a été plus qu’une simple récréation pour Hitchcock, dans les années 50. La preuve avec cet épisode méconnu (le 7e de la 1e saison) réalisé par ses propres soins, et qui est pour lui une nouvelle occasion d’expérimenter. D’abord par les fausses pistes : avec cette histoire d’un homme d’affaires inhumain qui met à la porte un comptable dans sa boîte depuis des décennies, on se dit qu’on se dirige tout droit vers une histoire de vengeance assez banales. Que nenni !

Car après quelques minutes, l’homme d’affaires en question a un accident. Et qu’à partir de là, le film est essentiellement composé d’un montage de gros plans fixes sur le visage de l’homme, totalement paralysé et incapable de bouger le moindre muscle. C’est Joseph Cotten, qui renoue avec l’univers hitchcockien six ans après Les Amants du Capricorne, et qui semble avoir pris vingt ans dans l’intervalle. Impeccable dans la première partie, c’est curieusement dans l’immobilité qu’il se révèle le plus intense.

Grâce à sa voix off en partie, qui révèle la terreur de cet homme qui observe ce qui l’entoure et qui réalise que tout le monde le croit mort, et qu’il risque d’être enterré vivant. Mais aussi grâce à ce visage prématurément vieilli (il a 50 ans et en paraît 15 de plus) qui colle parfaitement au caractère tragique et horrible de l’histoire. 

La Main au collet (To catch a thief) – d’Alfred Hitchcock – 1955

Posté : 13 février, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, HITCHCOCK Alfred, POLARS/NOIRS | Pas de commentaires »

La Main au collet

Peut-être est-ce à leurs films mineurs que l’on reconnaît les plus grands. La Main au collet n’a l’ambition ni de Fenêtre sur cour, ni de Sueurs froides. Mais la maîtrise d’Hitchcock y est telle que la moindre scène devient un grand moment de cinéma. Une fausse course-poursuite filmée à grands renforts de transparences devient un grand suspense. Un simple pique-nique dans une voiture devient un sommet érotique. De longs plans sur des toits déserts deviennent des moments d’angoisse…

Il y a Cary Grant, classe et irrésistible en ancien cambrioleur soupçonné par la police d’avoir « remis ça », et sur lequel Hitchcock, rigolard cette fois (contrairement à Soupçons, où les soupçons étaient sérieux), s’amuse à laisser planer un léger doute dans une poignée de scènes légères comme des bulles de champagnes : ses face-à-face avec l’agent des assurances interprété par John Williams sont particulièrement réjouissants.

Il y a Grace Kelly aussi, telle que seul Hitchcock l’a vue : derrière cette blondeur si douce et ce port si altier qui attireront l’œil du Prince voisin lors de ce tournage, lui met en valeur la jeune femme libre et hypersexuée, dont chaque regard respire le désir et un brin de provocation. Une interprète idéale pour Hitchcock, qui ne retrouvera jamais aucune actrice capable d’incarner si naturellement cette vision de la femme.

Il y a la Riviera enfin, le troisième personnage clé, ce décor de vacances qui joue un rôle si important dans le rythme et l’esthétique du film. Le drame, pour une fois, n’est quasiment jamais réellement sérieux, à de rares et courtes exceptions près. Comment pourrait-il l’être dans ce monde trop beau pour être vraiment vrai, où les riches vacanciers se font passer pour ce qu’ils ne sont pas, et portent des diamants auxquels ils ne tiennent pas.

Une récréation pour Hitchcock ? En quelque sorte, oui, une manière aussi de prendre l’air et de retrouver de grands paysages après les tournages en studios du Crime était presque parfait et de Fenêtre sur cour. La Main au collet vient clore en beauté son triptyque Grace Kelly. En associant le suspense à une légèreté, un humour et un vrai sens du mouvement, Hitchcock renoue aussi à un cinéma qui avait marqué sa période anglaise, et qu’il avait délaissé jusque là depuis son arrivée à Hollywood.

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