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Archive pour la catégorie '1950-1959'

3 heures pour tuer (Three Hours to kill) – d’Alfred L. Werker – 1954

Posté : 27 janvier, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, WERKER Alfred, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Avec son air de ne pas faire grand-chose, Dana Andrews apporte toujours ce petit quelque chose de plus que je ne saurais pas définir, une sorte d’assurance selon laquelle le film, quel que soit son degrés de réussite, ne sera pas anodin. Ils ne sont pas si nombreux à avoir ce petit quelque chose : les plus grands en fait, dont Andrews fait bien partie. On l’aime dans le noir bien sûr, et Preminger n’y est pas pour rien, lui qui l’a dirigé dans une poignée de films inoubliables (et pas seulement Laura). Mais le western est un genre qui lui va également particulièrement bien.

Soyons clair : 3 heures pour tuer n’est pas du niveau de L’Etrange Incident, autre histoire de lynchage avec Andrews. Mais le film ne manque pas de qualités, et l’interprétation de l’acteur est peut-être la plus grande de toutes: il apporte le trouble et la pointe de mystère qu’il faut, à ce personnage de fugitif qui revient dans sa petite ville trois ans après l’avoir fuie, pour découvrir qui est l’auteur du meurtre dont il a été accusé à tort.

C’est presque un scénario de film noir, avec une introduction un peu mystérieuse, un long flash-back, et une enquête à hauts risques au cours de laquelle plusieurs suspects se dessinent. Une véritable enquête policière, ce qui n’est pas si courant dans le western, doublée d’une charge contre les sombres visages de la « foule » toujours prompte à juger, à condamner et à exécuter. Tout n’est pas d’une grande finesse dans cette charge, et la fin propose son lot de bons sentiments.

Mais Werker, réalisateur méconnu et souvent intéressant (c’est lui qui a signé l’excellent Il marchait dans la nuit, souvent attribué à Anthony Mann), utilise parfaitement les limites que son scénario lui impose : celles de la ville dont on ne sort presque pas, et surtout celles du temps, ces trois heures que Dana Andrews a devant lui pour démasquer celui qui lui a volé sa vie. Et le suspense tient parfaitement ses promesses.

Seul vrai regret : le second rôle dans lequel est cloîtré la formidable Donna Reed, actrice trop mal utilisée qui tient une place à part dans mon cœur de cinéphile depuis que, adolescent, je suis tombé raide dingue d’elle, comme James Stewart, en voyant La Vie est belle

* DVD très recommandable dans la collection Westerns de Légende de Sidonis/Calysta, avec l’habituelle présentation de Patrick Brion, et une évocation de la carrière de Dana Andrews par le même Patrick Brion.

Le Kimono pourpre (The Crimson Kimono) – de Samuel Fuller – 1959

Posté : 23 janvier, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, FULLER Samuel | Pas de commentaires »

Le Kimono pourpre (The Crimson Kimono) – de Samuel Fuller – 1959 dans * Films noirs (1935-1959) Le%20Kimono%20pourpre_zpsp4vm5zv3

Fasciné par le Japon, Samuel Fuller y avait tourné le formidable La Maison de Bambou. Avec ce Crimson Kimono, il creuse le même sillon, mais sur le sol américain, dans le Little Tokyo de Los Angeles. Une sorte de renversement de situation donc, mais où le cinéaste continue à confronter les deux cultures.

Avec plus d’ambiguïté encore, peut-être : du flic Américain de souche, ou de son partenaire et ami d’origine japonaise, lequel est le plus étranger dans ce quartier qui semble coupé du monde extérieur, comme un no man’s land fascinant. Ni vraiment le Japon, et plus non plus tout à fait Los Angeles.

Il y a un meurtre (qui ouvre le film par une séquence extraordinaire, d’une belle intensité, et qui pose d’emblée les bases visuelles, au noir et blanc quasi documentaire), une quête à hauts risques, et un rythme qui ne retombe jamais. Mais on sent bien que ce n’est pas le polar qui motive Fuller, mais l’ambiguïté des personnages et de leurs relations.

Plus le film avance, plus le polar laisse la place aux relations de plus en plus troubles entre les personnages, avec ce triangle amoureux qui permet de mettre à l’épreuve l’amitié de deux hommes, et qui fait la part belle à une réflexion ambitieuse et complexe sur le racisme et la loyauté.

En marge de ce triangle amoureux qui ne ressemble à aucun autre, il y a aussi le personnage, secondaire mais extraordinaire, joué par Anna Lee. En artiste vieillissante et alcoolique, l’actrice est magnifique, loin de l’image trop lisse qu’elle a parfois eue.

La Ville enchaînée (The Captive City) – de Robert Wise – 1952

Posté : 20 janvier, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, WISE Robert | Pas de commentaires »

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Avec The Set-up puis Odds against tomorrow, Robert Wise a signé des chefs d’œuvre du film noir, totalement ancrés dans une réalité sociale d’un réalisme poignant. The Captive City s’inscrit clairement dans cette lignée. Mais pas avec la même réussite, même si le film commence plutôt très bien.

Toute la première partie est passionnante, avec un récit parfaitement mené qui permet d’oublier l’esthétique très télévisuelle, avec ce noir et blanc lisse et sans aspérité, loin du grain fascinant de The Set-up.

Le film est même enthousiasmant lorsqu’il suit le héros interprété par John Forsythe, rédacteur en chef d’un journal local, entre ses reportages et les rotatives où il met la dernière main aux articles déjà prêts sur les plaques de plomb (oui, c’est une autre époque).

Surtout, ce début introduit un ton plein de promesses : en enquêtant sur la mort d’un homme, le journaliste découvre peu à peu la corruption qui règne dans la ville. Et en même temps, c’est toute la vie qu’il s’est construite dans cette ville dont il est devenu un membre éminent, qui est remise en cause.

Ces certitudes qui se fissurent, cette vie parfaite qui vole en éclat… Cela aurait pu donner lieu à un grand film tragique, ambigu et paranoïaque. Et par moments, c’est vrai que le film annonce les grands films parano qui auront la côte vingt ans plus tard. Mais cette belle idée n’est pas totalement exploitée, et le film se résume au final à un efficace thriller.

Efficace, mais plombé par deux personnes: John Forsythe d’abord, acteur à peu près aussi expressif qu’un bol de rillettes; et le sénateur anti-corruption Kefauver, qui apparaît dans son propre rôle pour conclure le film par un édifiant plaidoyer contre le jeu et les gangsters. Histoire de plomber totalement le thriller.

La Maison des Otages (Desperate Hours) – de William Wyler – 1955

Posté : 23 décembre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, BOGART Humphrey, WYLER William | Pas de commentaires »

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Un Wyler mineur, un Bogart mineur… Bref, on n’est pas dans les sommets du film noir, avec cette histoire de gangsters qui prennent en otage une honnête famille de la classe moyenne américaine, histoire dont Michael Cimino tournera un remake fidèle et inattendu trente-cinq ans plus tard. Dans le genre, et sur un thème similaire, on est quand même très loin de l’atmosphère étouffante et oppressante de Key Largo

Plutôt efficace, cela dit, avec un rythme qui ne baisse jamais. Mais outre l’esthétique trop proprette, sans aspérité, on regrette surtout l’absence de complexité des personnages, quels qu’ils soient. La famille d’otage est attachante, mais elle semble trop parfaite. Cimino lui-même en sera visiblement conscient, puisqu’il en fera une famille en crise sur le point d’éclater. Ce qui n’est pas du tout le cas ici.

Même linéarité pour Humphrey Bogart, qui interprète ici l’un de ces grands méchants tout d’un bloc qu’il enchaînait avant High Sierra (où son « méchant » était autrement plus complexe). Un pur salaud, sans la moindre ombre d’humanité. Ah si, quand même : une lueur fugitive lorsque son petit frère se fait la malle. Là, pour quelques instants, la carapace se fissure. Avant de se refermer aussi sec.

Ce petit frère pourrait être plus intéressant, mais il reste constamment en retrait, en tout cas jusqu’à sa fin, grotesque et magnifique. Le personnage du flic joué par l’excellent Arthur Keneddy aussi était plein de promesses : un détective intègre plongé au cœur d’une police bouffée par la connerie et le cynisme. La charge, d’ailleurs, est franchement lourdingue, dans la dernière partie, où le film se transforme tardivement en un plaidoyer contre les violences policières.

Le meilleur reste quand même les face-à-face entre le trio de gangsters et la famille, dans cette grande maison où tout semble tourner autour du hall d’entrée, comme si la vie se focalisait sur cette porte dissimulant le monde extérieur. Desperate Hours est alors un huis-clos efficace et passionnant. Et la fin est particulièrement réussie, Wyler opérant habilement un renversement du rapport de force entre ce père qui abandonne sa passivité, et ce bad guy qui perd inexorablement de sa superbe. Jusqu’à un final formidablement pathétique.

Un lion dans les rues (A Lion in the streets) – de Raoul Walsh – 1953

Posté : 22 décembre, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, CAGNEY James, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

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Les premières séquences ne trompent pas : c’est une bluette joyeuse et légère que nous offre Walsh avec cette curiosité, reconstitution en studios d’un Sud pauvre mais optimiste et chantant, où l’entraide et la solidarité sont omniprésents. A l’image de James Cagney, colporteur sans le sou qui séduit au premier regard une belle institutrice (Anne Francis) qu’il épouse aussi sec, et qui accepte avec le sourire de partager sa vie dans une masure où se croisent tous les paysans miséreux et leur chaleur exceptionnelle.

Une pure comédie hollywoodienne, donc. Vraiment ? A peine le couple est-il marié qu’un détail nous chiffonne : une simple phrase prononcée par un James Cagney plus entreprenant et plus chaleureux que jamais. Surpris par l’émotion de sa jeune épouse, qui trouve ses nouveaux amis merveilleux, il a cette réponse : « Tout le monde est merveilleux. Il suffit de savoir appuyer au bon endroit. C’est comme des instruments de musique, le tout est de savoir en jouer… »

Une réplique qui dérange dans cet optimisme béat, et qui sème les germes d’un trouble qui ne fera que croître. James Cagney n’est pas un salaud. C’est un homme plein d’amour et de conviction. Plein d’ambition aussi, et c’est l’ascension de cet homme que raconte le film. L’ascension d’un homme qui utilise l’exceptionnel don qu’il a de communiquer sa passion, d’entraîner les foules derrière lui.

Bien sûr, il va se perdre en route. Mais le film de Walsh va au-delà de ce thème assez classique de l’homme qui perd son âme sur le chemin de la réussite. En recréant en studio cet univers trop parfait, en faisant de son « héros » un tribun qui rassemble les foules et se fonde une sorte de culte sur le terreau de la religion, très présente, il signe mine de rien une critique d’une cruauté inattendue d’une certaine société américaine.

Les notions de religion, d’ambition politique et de sectarisme se mélangent. Avec son extraordinaire sens du récit, et avec une poignée de comédiens formidables (dont l’indispensable John McIntire) Walsh crée de toutes pièces un monde de rêve pour mieux en démonter les rouages, jusqu’à un final déchirant. Voilà une rareté à redécouvrir.

Thunder road (id.) – d’Arthur Ripley – 1958

Posté : 21 décembre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, MITCHUM Robert, RIPLEY Arthur D. | Pas de commentaires »

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Même s’il n’est pas totalement abouti, il y a une belle ambition et une atmosphère vraiment originale dans ce drôle de film noir, ultime réalisation d’un cinéaste qui n’aura signé qu’une poignée de longs métrages (dont le pas terrible L’Evadée). Celui-ci, d’ailleurs, est parfois attribué en partie à Robert Mitchum, star, producteur, auteur de l’histoire originale et co-auteur de la chanson principale.

L’acteur s’offre un rôle assez différent de son emploi habituel dans le genre : un chauffeur, ou plutôt un transporteur, chargé d’amener à bon port l’alcool fabriqué clandestinement par son père, et par ses aïeux depuis des générations. Un « métier » à hauts risques, dont il s’est promis de garder à bonne distance son petit frère, joué par… le fils de Mitchum.

Le fils de Mitchum qui interprète le frère de Mitchum ? A priori, il faut reconnaître que ça colle plutôt bien : ces deux-là ont clairement un air de famille, et la différence d’âge est évidente mais pas flagrante au point d’imposer le saut d’une génération. N’empêche : le simple fait de savoir qu’ils ne sont pas frères, mais père et fils, crée un sentiment bizarre qui pèse un peu sur leurs nombreuses scènes communes.

Cette curiosité mise à part, il y a une belle atmosphère dans ce film qui oscille constamment entre le film de genre et la peinture sociale d’une vallée oubliée par le progrès, dont les habitants cherchent à retenir les vieilles habitudes, contre l’irruption violente de l’ordre et de la modernité.

Ripley n’est pas un immense cinéaste, et tout n’est pas parfait dans son film. Les scènes de jour sont ainsi, pour la plupart, assez plates et molles. Mais dès que la nuit se fait à l’écran, il se produit une sorte de miracle. Comme si l’obscurité ôtait toute contrainte au réalisateur, qui s’autorise alors des pauses fascinantes et magnifiques.

Une série de gros plans à la lueur d’un feu lors d’un conciliabule sous haute tension. Un face-à-face romantique et lourd de présages lors d’une soirée pluvieuse. L’ultime regard de deux frères qui se savent à l’heure des adieux. Ou la vision lointaine d’une lente cohorte de voitures dont on ne voit que les phares allumées, et dont on sait qu’elles transportent ce qui reste de l’être aimé… Inégal et parfois maladroit, Thunder Road est surtout habité par ce genre de scènes belles et mélancoliques.

Le Maître du Monde / Tobor le grand (Tobor the Great) – de Lee Sholem – 1954

Posté : 20 décembre, 2016 @ 5:47 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, SHOLEM Lee | Pas de commentaires »

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Dans la grande série des nanars inspirés par la conquête de l’espace, celui-ci ferait presque figure de chef d’œuvre. Il se regarde en tout cas avec un vrai petit plaisir, peut-être parce qu’il privilégie un aspect feuilletonant au simple spectacle de SF : beaucoup de ces innombrables films tournés à cette époque sont largement centrés sur les effets spéciaux ou la découverte de l’espace ou de planètes inconnues, autant d’aspects qui ont généralement pris un sacré coup de vieux.

On ne ressent quasiment jamais cette impression dans Tobor the Great, qui reste constamment les pieds sur terre. D’ailleurs, la conquête de l’espace n’est finalement qu’un prétexte, assez rapidement évacué. L’intrigue, même si elle tourne autour d’un robot humanoïde conçu pour remplacer les hommes dans des vols habités, relève plus du suspense d’espionnage de la pure SF. Visiblement plus inspiré par la première partie de La Femme sur la Lune que par ses épisodes lunaires.

Soyons clair : on est à des années lumière du chef d’oeuvre de Fritz Lang. Lee Sholem n’a ni le sens du rythme, ni le génie esthétique du grand Lang. Mais son film garde constamment une certaine simplicité, une humilité qui le rend plutôt très sympathique. Et les personnages, assez consensuels et sans grande surprise, sont franchement attachants, à commencer par le gamin, personnage central dont la relation avec son scientifique de grand-père est l’un des meilleurs atouts du film.

Ça et le robot lui-même, grand truc de métal à qui le réalisateur cherche constamment à donner des expressions. Le résultat n’est pas toujours très convaincant, mais il a le mérite d’être rigolo. A ne pas prendre trop au sérieux, mais à ne pas mépriser non plus…

* Le film est le fleuron du nouveau coffret « Prestique » d’Artus Films baptisé « La guerre des robots », qui réunit quatre films des années 50 et 60 dans un très beau coffret avec livret, joliment illustré. Au programme également : Creation of the Humanoids, Objectif Terre et Cyborg 2087.

Le Désordre et la nuit – de Gilles Grangier – 1958

Posté : 7 décembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, GABIN Jean, GRANGIER Gilles | Pas de commentaires »

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Grangier réussit avec Le Désordre et la Nuit ce qu’il échouera à faire dans Maigret voit rouge : réaliser un polar jazzy, sorte de synthèse entre le polar à la française et le film noir, entre les ambiances envoûtantes du film de genre et un cinéma vérité en avance sur la Nouvelle Vague.

L’omniprésence de la musique dans ce Paris de la nuit donne un ton radicalement différent au genre, avec ces longs numéros de cabaret et ces gros plans fiévreux sur les musiciens, les danseurs ou les chanteuses (noirs). Loin de l’image de « cinéma de papa » que la Nouvelle Vague, justement, a injustement accolée à Grangier comme à quelques autres (qui gravitaient le plus souvent autour de Gabin), ce film permet en tout cas de tempérer ce jugement, un peu trop définitif et en tout état de cause franchement injuste.

Gabin, lui, est impeccable. Avec un bémol, quand même : le « personnage » Gabin est tellement fort, que la posture qu’il trimballe alors de film en film dépasse les talents immenses de l’acteur. Aussi parfait soit-il, on a quand même du mal à l’imaginer en flic alcoolo, craspouille et bordeline comme il nous est présenté. Le voir est un pur bonheur. Mais le film aurait sans doute été très différent avec un autre acteur, à l’image plus malléable que le « monstre Gabin ».

Avec En cas de malheur et Voici le temps des assassins, le film pourrait en tout cas conclure ce qui ressemble à un formidable triptyque, autour d’un même thème : Gabin l’homme mûr tombant amoureux d’une jeune femme trop jeune et trop femme. Trois films forts, aux tons et aux conclusions très différents, et où Gabin trouve finalement des rôles assez différents.

Il y a aussi le plaisir de retrouver Danielle Darrieux, l’une des rares actrice dont on peut se demander si le personnage est le symbole même de l’élégance, ou la plus grande des salopes…

Le film est aussi aussi par les excellents dialogues de Michel Audiard, du petit lait dans la bouche de Gabin : « Et après, qu’est-ce que ça fait un flic ? – ça téléphone, et ça rentre. »

Le Trésor des Collines rouges (Treasure of Ruby Hills) – de Frank McDonald – 1955

Posté : 2 décembre, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, McDONALD Frank, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Trésor des Collines rouges (Treasure of Ruby Hills) - de Frank McDonald - 1955 dans 1950-1959 Le%20Trsor%20des%20Collines%20rouges_zpsp8d3fe7l

Réalisateur prolifique, Frank McDonald n’a pas signé beaucoup de films franchement mémorables, souvent contraint par des budgets pour le moins étriqués. Ce petit western ne fait pas exception. Même s’il n’est pas dénué d’intérêt, il souffre quand même d’un manque flagrant de moyens, qui pousse le réalisateur à limiter les scènes tournées en décors naturels, et à privilégier les intérieurs.

Pourquoi pas d’ailleurs, sauf que le sujet ne s’y prête pas vraiment, et aurait mérité la mise en valeur de grands espaces que l’on ne fait qu’entrapercevoir (avec, au fond, ce qui ressemble fort à des poteaux électriques ou des antennes…). L’histoire, assez classique, reprend le thème souvent utilisé dans le genre des gros éleveurs qui se disputent la main-mise sur toute une région. Avec une belle idée, quasiment pas exploitée : l’arrivée du « héros » avec l’acte de propriété de la principale source d’eau de la région.

Dans ce rôle, Zachary Scott tranche plutôt radicalement avec les grandes figures westerniennes. Il est clairement un choix de série B, mais son charme étrange, sa dégaine un peu maladroite, et cette assurance qui ne convainc pas vraiment servent plutôt le personnage. Plus en tout cas que le scénario, approximatif et plein de trous, et la mise en scène souvent étrangement statique. C’est notamment le cas lors des rares fusillades, dont on finit par se demander si elles ne sont pas parodiques tant elles manquent d’entrain.

A une exception près quand même : le duel attendu entre Zachary Scott et Lee Van Cleef, qui prend le temps de terminer son verre de whisky avant de dégainer. Il fait bien… Il y a, comme ça, quelques petits moments qui sauvent le film de l’anonymat total, deux personnages féminins plutôt réussis, un vieux patron d’hôtel assez rigolo… Pas de quoi crier au génie, mais suffisant pour y prendre un peu de plaisir.

* DVD dans la collection « Les Grands Classiques du Western » (oui, c’est survendu !) chez Artus Films, avec une présentation érudite et intéressante par Georges Ramaïoli.

Voici le temps des assassins – de Julien Duvivier – 1956

Posté : 29 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DUVIVIER Julien, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Voici le temps des assassins - de Julien Duvivier - 1956 dans * Polars/noirs France Voici%20le%20temps%20des%20assassins_zpsioa1qd2x

Plus de dix ans après L’Imposteur, tourné lors de leur exil américain, et vingt ans après leurs inoubliables collaborations d’avant-guerre, Duvivier et Gabin se retrouvent une ultime fois pour ce qui est un nouveau sommet de noirceur, d’une extraordinaire cruauté.

Gabin est bien dans son personnage de l’époque: un homme mur et bien installé, à la gouaille toute parisienne. Un restaurateur cette fois, dont la vie se déroule au cœur des Halles. Un choix qui n’est pas anodin : de ce quartier populaire grouillant de vie (reconstitué en studio semble-t-il), Duvivier saisit des images fascinantes.

Dès les premières images, après une chanson originale qui met tout de suite dans l’ambiance, le contraste entre la nuit encore bien noire et l’activité omniprésente à l’écran, avec ces bouchers, ces maraîchers, et toute cette faune urbaine qui se démène au petit matin, crée une atmosphère particulière absolument passionnante. Duvivier donne le sentiment de faire partie de ce microcosme, et c’est l’une des grandes réussites du film.

L’autre réussite, c’est donc cette cruauté que l’on ressent constamment. Lorsque Gabin accueille avec froideur l’annonce de la mort de celle qui fut sa femme d’abord. Et puis dans les petits calculs de cette jeune femme qui pourrait être sa fille (Danièle Delorme), et dont on sent immédiatement sans vraiment la comprendre qu’elle est démoniaque. Le pauvre Gérard Blain en fera les frais. Mais personne n’en sortira vainqueur.

Surtout, Duvivier met en scène une galerie de femmes épouvantables, qui toutes gravitent autour de Châtelain, le traiteur interprété par Gabin. Trop généreux ? Trop humain ? Trop faible ? Ou simplement malchanceux ? C’est en tout cas une belle collection de monstres qui entoure cet homme si imposant, mais complètement manipulé.

Il y a le terrible visage d’ange de Danièle Delorme, garce magnifique et démoniaque. Il y a la mère de cette dernière, ancienne beauté totalement pathétique dans la déchéance (Lucienne Bogaert). Il y a encore la mère de Châtelain (Germaine Kerjean), monstre d’égoïsme absolument glaçant qui n’hésite pas à jouer du fouet dans une scène d’une brutalité extrême. Même la vieille Mme Jules (Gabrielle Fontan), figure attentive et censément protectrice, est une harpie assez terrible…

Quant aux hommes, en retrait la plupart du temps, manipulés ou jouisseurs, ils offrent quand ils sont mis en avant une vision guère glorieuse de l’humanité. Noir, cruel et pessimiste, un grand Duvivier.

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