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Archive pour la catégorie '1950-1959'

La Vallée de la poudre (The Sheepman) – de George Marshall – 1958

Posté : 1 mai, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, MARSHALL George, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Vallée de la poudre

Étrange d’écrire ça à propos d’un réalisateur qui a dirigé Laurel et Hardy ou W.C. Fields, mais la légèreté ne convient pas vraiment à George Marshall. Dans ce western en tout cas, auquel il essaye vainement de donner un rythme de comédie.

L’idée est belle, et Glenn Ford fait des efforts bien louables pour donner du peps à son personnage, renouvelant ainsi la figure de l’étranger qui débarque dans une ville qui lui est hostile. Pour faire sa place, lui estime que la meilleure solution est de s’en prendre aux plus costauds des environs, histoire que tout le monde sache qu’il n’est pas question de lui faire peur.

Cela donne une première séquence originale, mais jamais complètement crédible. Ford fait ce qu’il peut, et le fait plutôt très bien, avec un vrai dynamisme. Mais la mise en scène de Marshall peine à suivre le mouvement. Et puis en dehors du personnage principal, les seconds rôles sont tout de même très archétypaux.

Ce qui l’est moins, tout de même, c’est l’idée centrale du scénario. Si le héros débarque en faisant le coup de poing, c’est pour habituer la ville à ce qu’il leur amène : un troupeau de moutons dans un pays où le bovin est roi, et où l’ovin est vu comme un animal nuisible qui ruine les pâturages et pollue les cours d’eau.

Pour le reste, on est en terrain connu : deux anciens partenaires (Glenn Ford et Leslie Nielsen) s’affrontent, et se disputent une jolie jeune femme (Shirley MacLaine, dont le caractère sauvage est rapidement dompté par le scénario).

Formellement, c’est plutôt réussi, si ce n’est la propension malheureuse de Marshall à user et abuser de transparences assez laides qui cassent le rythme. Surtout, le film échoue à trouver son équilibre entre comédie et drame, et c’est dans l’action que Marshall se montre le plus à l’aise. C’est d’ailleurs dans la dernière partie, lorsqu’il laisse l’humour de côté, qu’il est le plus percutant, jusqu’à un final original et parfaitement tendu.

Le Dénonciateur (Captain Carey, USA) – de Mitchell Leisen – 1950

Posté : 23 avril, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, LEISEN Mitchell | Pas de commentaires »

Le Dénonciateur

Du suspense, de l’action, et zéro prise de tête. Mitchell Leisen signe un chouette film de genre qui n’a strictement aucune autre ambition que de faire passer un bon moment. Mission réussie, avec une histoire taillée sur mesure pour Alan Ladd, et son éternel personnage de redresseur de torts.

Ici, il est un ancien agent de l’OSS dont la dernière mission en Italie, durant la guerre, s’est terminée en tragédie à cause d’un mystérieux traître. Il y a perdu trois ans de sa vie, et sa fiancée italienne, tuée dans l’opération. Enfin, c’est ce qu’il croit, parce que lorsqu’il revient sur les lieux pour se venger, après la guerre, il retrouve sa belle, bien vivante, et bien mariée…

En bon film hollywoodien, Le Dénonciateur montre une Italie de carte postale, qui se résume essentiellement à un palace sur une île au milieu d’un lac, et à un village hors du temps. On en sourit dans la première scène, avec ces clairs de lune, ces chanteurs de rue, et ces ruelles charmantes si caricaturales. Et puis on se laisse entraîner, justement, par le charme imparable du truc.

Et puis le scénario est habile, et sait garder ses secrets jusqu’au bout. Mitchell Leisen emballe tout ça avec une grande efficacité, signant notamment quelques séquences d’action franchement percutantes. Que du bon !

Ecrit dans le ciel (The High and the Mighty) – de William A. Wellman – 1954

Posté : 12 avril, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, WAYNE John, WELLMAN William A. | Pas de commentaires »

Ecrit dans le ciel

Il y a là tous les ingrédients du film catastrophe traditionnel : un mode de transport en commun (en l’occurrence un avion qui survole le Pacifique), des personnages très différents, une longue première partie qui prend le temps de présenter les petits drames de chacun, et le drame qui survient alors que personne ne s’y attend.

Enfin, personne sauf le spectateur, parce qu’on ne peut pas dire que Wellman y aille avec le dos de la cuillère, pour le coup. Cinéaste d’une efficacité imparable, et souvent surprenant, Wellman assume cette fois tous les poncifs du genre, annonçant un peu lourdement et trèèès longtemps le drame à venir, et accumulant les personnages clichés.

Ce n’est d’ailleurs pas si grave : ce défaut est quasiment inhérent au genre du film catastrophe, qui semble impliquer la cohabitation de personnages très typés et opposés les uns aux autres, comme s’il y avait un cahier des charges à remplir impérativement. En cela, le film n’est ni meilleur ni pire qu’un autre. Mais Wellman fait preuve d’une étonnante maladresse dans cette première partie, qui manque de ce rythme qui marque généralement le cinéma de Wellman.

On pourrait se consoler avec John Wayne, tête d’affiche dans le rôle du co-pilote marqué par un drame personnel. Mais Duke est curieusement en retrait dans cette longue première partie, se contentant la plupart du temps d’assister aux débats, en silence. Heureusement, Wayne reprend une place centrale après le drame (un incident mécanique qui menace l’avion et ses passagers).

Là, enfin, dans cette seconde partie tardive, Wellman sort de sa torpeur, et le drame gagne en intensité. Les personnages existent enfin, avec notamment un joli rôle pour Claire Trevor. Mais il faut attendre la toute dernière scène pour trouver le plus beau moment de ce long film (près de 2 heures 30) : le face-à-face silencieux et totalement dénué d’effusion de ces professionnels de l’aéronautique, à qui Wellman rend un nouveau tribut. Pas le plus enthousiasmant, mais tout de même sincère.

Les Conquérants de Carson City (Carson City) – d’Andre De Toth – 1952

Posté : 10 avril, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, DE TOTH Andre, WESTERNS | 1 commentaire »

Les Conquérants de Carson City

Un braquage de diligence dont les victimes sont conviés à un pique-nique au champagne pendant que les voleurs font leur affaire… Voilà un début qui donne le ton. Carson City est un western qui renouvelle habilement (et joyeusement) des motifs très courants du genre.

Le film s’inscrit ainsi dans la longue lignée des westerns racontant la construction du chemin de fer, un sous-genre particulièrement riche en pépites. Celui-ci en est clairement une, moins pour son intrigue principale un peu convenue (un notable bien sous tous rapports qui sabote le chantier et dérobe l’or des mineurs) que pour les grandes séquences d’action et de suspense qu’il nous réserve.

Le plus beaux moments ? Un éboulement qui emprisonne une poignée d’hommes dans un tunnel en construction, incitant tous les ouvriers et toute la population, pour partie hostile au chemin de fer pourtant, à unir leur force pour terminer le tunnel au plus vite et libérer les malheureux. Une longue séquence tendue et visuellement très belle (un beau travail sur la lumière et l’obscurité), comme une parenthèse étonnante au milieu du film.

Dans un tout autre registre, on a aussi droit à une scène de meurtre assez étouffante, dans le décor très inquiétant d’une mine abandonnée. Et puis l’inévitable duel entre le méchant Raymond Massey et le héros Randolph Scott (impérial), dans un décor rocheux particulièrement bien utilisé, que n’aurait pas renié le Anthony Mann de L’Appât (film postérieur, à propos).

Pas une baisse de régime, ni dans le rythme ni dans le fourmillement de belle idées. L’histoire d’amour et la rivalité entre frères ne sont peut-être pas très originales, elles. Mais pas de quoi gâcher le plaisir que l’on prend devant cet excellent western.

L’Homme à l’affût (The Sniper) – de Edward Dmytryk – 1952

Posté : 5 avril, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, DMYTRYK Edward | Pas de commentaires »

L'Homme à l'affût

Le tueur en série est, au cinéma, un personnage à peu près aussi vieux que le cinéma lui-même. Mais à une époque où le film noir est marqué par un réalisme de plus en plus poussé, The Sniper marque une étape importante dans l’histoire du genre. Tourné dans sa plus grande partie du point de vue du tueur, le film est criant de vérité à tous points de vue.

La plus belle idée est de montrer la naissance du tueur. Ce personnage de petit chauffeur solitaire et sans envergure, à qui personne ne prête réellement attention, est d’autant plus troublant qu’il est d’une banalité confondante. Arthur Franz est, il est vrai, parfait pour incarner cette banalité et cette transparence, cet homme tellement anodin que ses appels au secours successifs, avant son passage à l’acte, se heurtent à un mur d’indifférence.

Et par la même occasion, c’est la responsabilité collective qui apparaît en filigrane. Sans doute pas anodin de la part d’un cinéaste (Dmytryk donc) qui venait de faire son retour à Hollywood après un exil en Angleterre : il faisait partie des fameux « Dix d’Hollywood » et a fini par donner les noms de plusieurs de ses camarades, lors de la Chasse aux Sorcières.

Le film est âpre et réaliste, notamment dans sa représentation de la violence, toujours brutale et soudaine, fauchant les victimes dans des moments de totale insouciance. Dmytryk excelle aussi à filmer San Francisco, en faisant le lieu de tous les possibles et de tous les dangers.

L’enquête elle-même, menée par un flic vieillissant interprété par Adolphe Menjou, est moins convaincante, reposant sur un travail psychologique discutable, mais assez typique de l’époque. Du coup, le film perd un peu de sa puissance en cours de route, après une première moitié éblouissante. Mais il reste passionnant jusqu’au bout, jusqu’à la dernière image, très belle, gros plan d’un visage en larmes.

Le Retour de la créature (Revenge of the creature) – de Jack Arnold – 1955

Posté : 30 mars, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, ARNOLD Jack, EASTWOOD Clint (acteur), FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Le Retour de la créature 1

Voilà une suite (de L’Etrange créature du lac noir) qui serait pas loin d’être inutile si la scène la plus inutile ne l’avait pas fait entrée dans l’histoire : une scène rigolote ou ridicule, au choix, dans laquelle un jeune laborantin, l’air gentiment niais, soupçonne un chat d’avoir boulotté une souris, avant de retrouver cette dernière dans sa poche. Ce jeune homme très propre sur lui, qui disparaît aussi vite qu’il était apparu (30 secondes, pas plus), c’est Clint Eastwood, pas encore 25 ans, dans sa toute première apparition à l’écran.

Jack Arnold (qui le dirigera de nouveau quelques mois plus tard et guère plus longtemps dans Tarantula) ne croyait d’ailleurs pas à cette scène, qu’il ne voulait même pas tourner : c’est le producteur William Alland, également auteur de l’histoire, qui a insisté pour faire travailler le jeune acteur, alors sous contrat depuis six mois à la Universal. A quoi ça tient, une carrière…

A quoi ça tient aussi la pérennité d’un film. Parce qu’au-delà de cette apparition anecdotique, cette suite n’a pas grand intérêt. L’idée de base n’est pourtant pas mauvaise : en capturant la créature du premier film et en l’amenant en Amérique, la parenté avec le King Kong de 1933, déjà flagrante dans L’Etrange créature du lac noir, est cette fois complète.

Le Retour de la créature 2

Mais Jack Arnold se montre cette fois nettement moins inspiré. Il y a bien quelques éclats : le bref plan de la créature entraînant un oiseau sous l’eau, ou encore le massacre particulièrement brutal de deux jeunes hommes. Mais trop rares pour que le sentiment de vacuité ne s’impose rapidement. Surtout que John Agar est décidément un acteur pénible et sans charisme, qui fait immédiatement regretter le Richard Carlson du premier film, qui n’avait pourtant pas laissé un souvenir impérissable.

Arnold ne sait pas vraiment quoi faire de son sujet, et échoue cette fois à faire vraiment peur. Il a d’ailleurs tellement conscience de tourner en rond, qu’après avoir intégré d’interminables numéros de dauphins dressés, il finit par nous refaire le coup de la nageuse qui n’a pas conscience du danger qui la guette, mettant cette fois non pas un, mais deux personnages en scène.

Le film est aussi mal aimable parce que ses personnages sont des stéréotypes de la maltraitance animale. A tel point qu’on n’est pas loin de prendre fait et cause pour la créature. On n’est en tout cas pas mécontent de la voir se rebeller, semer la terreur et prendre le large. Le film s’emballe alors. Un tout petit peu, et tardivement.

L’Etrange créature du lac noir (Creature from the black lagoon) – de Jack Arnold – 1954

Posté : 29 mars, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, ARNOLD Jack, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

L'Etrange créature du lac noir

Petit classique de la série B fantastique, genre auquel Jack Arnold a donné ses lettres de noblesse dans les années 50, comme John Carpenter le fera deux ou trois décennies plus tard. Toutes proportions gardées (ne serait-ce que pour le manque de moyens), Creature from the black lagoon se situe à mi-chemin entre King Kong et Les Dents de la mer. Au moins chronologiquement.

Dans sa construction, le film s’inspire clairement du classique de Shoedsack/Cooper. Dans le rythme, aussi, impeccable et implacable, et dans ce décor exotique qui participe pleinement à l’angoisse qui finit par devenir étouffant. On ricane bien un peu dans la première partie: autant le singe géant, animé image par image, avait de la gueule en 1933, autant ce comédien en costume de latex qui agite sa main de monstre derrière les comédiens a un côté kitsch franchement rigolo.

Mais voilà, Arnold est un excellent réalisateur. Et sa manière d’utiliser les séquences sous-marines et de jouer avec le danger invisible que les personnages ne soupçonnent pas encore est absolument formidable. C’est là que se trouve la paternité évidente avec le chef d’œuvre de Spielberg, qui a sans doute vu le film des dizaines de fois avant de tourner le sien.

La scène où les scientifiques tentent de lever un filet dans lequel le monstre s’est retrouvé coincé a été reprise quasiment telle quelle par Spielberg pour Jaws. Et il y a, évidemment, ce long passage où la jeune héroïne nage dans le lagon, ignorant le monstre qui se trouve juste sous elle. Étirée à l’envi, cette séquence traumatisante n’a rien perdu de sa force horrifique, et a elle aussi été reprise par Spielberg.

L’intrigue est, elle, hautement improbable. Et qu’importe qu’on croit ou non à cette histoire de main de monstre découverte dans la roche du fin fond de l’Amazonie. Seul compte le plaisir de se faire peur, d’écouter les cris perçants de Julia Adams (scream queen dans la lignée de Fay Wray), ou de s’émouvoir pour ce monstre étrangement humain qui, comme Kong, ne demandait rien à personne.

A l’ombre des potences (Run for cover) – de Nicholas Ray – 1955

Posté : 28 mars, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, CAGNEY James, RAY Nicholas, WESTERNS | Pas de commentaires »

A l'ombre des potences

Après Johnny Guitare, Nicholas Ray reste dans le western, et signe un très beau film intime, qui n’oublie pas de remplir le cahier des charges en matières d’action : on a droit à quelques fusillades, coups de poing et chevauchées particulièrement intenses. Mais la violence est autant psychologique que physique. Et quand elle est physique, elle est brève et cinglante.

Ray s’intéresse vraiment à la psychologie de ses personnages, ce qui est déjà remarquable. Mais surtout, il évite soigneusement tous les poncifs du genre, tous les rebondissements attendus. On a pourtant là les ingrédients d’un western classique : un cavalier solitaire au passé mystérieux (James Cagney, parfait), qui arrive dans une petite ville pas si tranquille et qui prend sous son aile un jeune homme un peu paumé qui cherche sa place dans la société.

Le choix de John Derek, gueule d’ange au visage innocent, est formidable. Pas qu’il soit l’acteur le plus renversant du monde, mais on lui confierait le bouton de la bombe H, tant il respire la bonté et la bienveillance. Et puis, s’il déconnais, on lui accorderait sans doute même une seconde chance…

Le film est entièrement basé sur la relation entre ces deux-là, entre le gamin qui enchaîne les erreurs, et ce vieux briscard de Cagney qui ne cesse de lui renouveler sa confiance, lui-même cherchant à rester fidèle à ses principes et à ses convictions, quoi qu’il se passe.

Il est question de seconde chance donc, mais aussi de jugement et de bienveillance, sentiment finalement rarement à l’honneur dans le western. Et qui donne quelques moments magnifiques, comme la longue séquence de la demande en mariage, huis clos superbement photographié et très économe en dialogues, entre Cagney, sa promise (la Suédoise Vivecas Lindfords, parfaite et pleine de vie) et le père de cette dernière (Jean Hersholt, présence intense et chaleureuse). Là, la délicatesse de Ray atteint des sommets.

Mais Ray sait aussi être lyrique dans sa manière de filmer ses personnages dans des paysages époustouflants, tantôt séduisant, tantôt inquiétants. Malgré toutes ses qualités, et elles sont nombreuses, Run for cover fait partie des films les plus méconnus de Ray. Bien injuste…

Pour que vivent les hommes (Not as a stranger) – de Stanley Kramer – 1955

Posté : 26 mars, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, KRAMER Stanley, MITCHUM Robert | Pas de commentaires »

Pour que vivent les hommes

Les mélodrames médicaux : un genre en soi qui promet son lot de larmes faciles et de bons sentiments, que ce soit dans la littérature ou au cinéma. N’y allons pas par quatre chemins : Stanley Kramer se vautre franchement dans ces deux pièges, et livre l’un de ces grands films prestigieux aussi aseptisés qu’un bloc chirurgical.

Ce qui sauve le film, au final, c’est la seule raison que l’on avait de vouloir le regarder : son superbe casting. Robert Mitchum, Frank Sinatra et Lee Marvin (dans un tout petit rôle, certes), côte à côte sur les bancs d’une fac de médecine, déjà, ça a de la gueule. Quand le prof s’appelle Broderick Crawford, et qu’une infirmière a le doux visage d’Olivia De Havilland (qui fait de grands efforts pour s’enlaidir et pour maîtriser l’accent suédois), alors là…

Dans la deuxième partie, Bob est devenu médecin et a épousé Olivia. Pour des mauvaises raisons, parce qu’au fond, c’est un sale type à qui il manque un cœur, comme lui a dit son alcoolique de père, joué par Lon Chaney Jr : « Il ne suffit pas d’avoir un cerveau, il faut avoir un cœur. » C’est dire la profondeur des dialogues, heureusement étouffés par une musique dramatique particulièrement présente.

Pas grave : même lorsque le film change de décor, le casting reste trois étoiles. Marvin et Crawford disparaissent ? Charles Bickford apporte une truculence franchement bienvenue, et Gloria Grahame sème le trouble avec cette élégance de la luxure qui n’appartient qu’à elle. Simplement, était-il vraiment nécessaire de symboliser lourdement le passage à l’acte de Bob et Gloria (très jolie scène, d’ailleurs, tout en ellipse) par cette image d’un cheval libéré de son enclos ?

Oui, ce sont bien les acteurs qui assurent l’intérêt. Malgré tous les ratés de ce film trop propre et trop attendu, ils sont formidables. Mention à Bickford et Graham donc, mais aussi à Sinatra, à qui revient peut-être le plus beau moment du film, parce que rien n’y est trop explicite pour une fois : celui où l’étudiant insouciant qu’il était est confronté pour la première fois à des vrais patients. Sa prise de conscience de ce qu’est sa responsabilité, simple et sobre, est particulièrement réussie.

La Madone des sleepings – de Henri Diamant-Berger – 1955

Posté : 21 mars, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, DIAMANT-BERGER Henri | Pas de commentaires »

La Madone des sleepings

Entre espionnage, romance, aventure et comédie… C’est un curieux mélange que propose Diamant-Berger dans cette adaptation d’un roman de Maurice Debrocka qui a connu un énorme succès en librairie à l’époque. Le résultat étonne, n’enthousiasme pas toujours franchement, mais séduit aussi par moments. En demi-teinte, donc, comme on dit.

Le plus réussi, c’est le personnage central de Diane, la « madone » (« parce que je ressemble à un ange… enfin c’est ce qu’on dit ») des « sleepings » (parce qu’elle ne voyage que dans des trains de nuit, des sleeping cars) interprétée par Gisèle Pascale. Une femme belle et intrigante, jeune veuve qui flirte avec l’espionnage et se laisse séduire par un ambitieux qui tente de la violer.

Le personnage contribue largement à donner au film cette sensation de liberté rafraîchissante, et assez inhabituel dans le cinéma français des années 50. A mettre au crédit du film, il y a aussi les ruptures de ton continuels (jusqu’à passer, vers la mi-film, d’une intrigue urbaine élégante à un pur film d’aventures exotiques), l’utilisation audacieuse de la construction en flash-backs, ou encore ce réjouissant jeu de masques, où personne n’est jamais vraiment ce qu’il prétend être.

On ne peut pas décemment condamner un film où l’héroïne s’amourache d’un homme qui a voulu la violer, avant de sauter avec lui d’un avion en vol pour échapper à un guet-apens, et de partir vers un avenir plein d’aventures sur un beau cheval blanc. Certes. N’empêche, on suit ces multiples rebondissement avec un petit plaisir non feint, mais aussi avec la sensation d’assister à un grand n’importe quoi un peu vain, avec qui plus est de sérieuses baisses de rythme.

On remarque aussi Erich Von Stroheim dans un rôle sur mesure, et sans surprise. Pas totalement convainquant dans ce qui sera son ultime apparition sur grand écran. Pour le coup, si le film a un point commun avec les grandes réussites de Stroheim trente ans plus tôt, c’est cette liberté de ton. Rien de plus.

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