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Archive pour la catégorie '1950-1959'

Horizons lointains (The Far Horizon) – de Rudolph Maté – 1955

Posté : 17 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, MATÉ Rudolph, WESTERNS | Pas de commentaires »

Horizons lointains 1955

Pas franchement enthousiasmante, cette adaptation d’un roman qui narre les aventures authentiques (mais romancées) de la fameuse expédition Lewis and Clark qui, en 1807, traversa les territoires inexplorés de l’Ouest et permit aux Etats-Unis de s’étendre jusqu’au Pacifique. L’aventure est grande, pleine de péripéties, avec cette éternelle confrontation de l’homme et d’une nature qui, souvent, est plus grande que lui.

Oui, sauf que la production semble ne pas avoir confiance en son sujet, pourtant historique. Pourquoi y avoir greffer une romance ? Non pas un triangle, mais un carré amoureux, maladroit et guère convaincant… Comme si cette aventure hors du commun ne se suffisait pas à elle-même. Le problème, c’est que la production manque cruellement d’ampleur, et semble prendre un malin plaisir à enchaîner les clichés les plus éculés.

L’aventure est historique ? Le film se contente d’en illustrer quelques épisodes plus ou moins marquants, sur un modèle sans surprise: une scène pour les difficultés liées à la géographie, une scène pour une attaque d’Indiens, une autre pour souligner les tensions entre les deux héros… L’aventure humaine est hors du commun? Les personnages interprétés par Fred McMurray et Charlton Heston sont la plupart du temps sans aspérité. Les paysages sont superbes, au moins ? Oui, mais filmés sans le moindre lyrisme.

Et on n’évoquera que brièvement le sort réservé aux pauvres Indiens, présentés de la manière la plus caricaturale qui soit, digne des petits westerns de série des années 30. Et Donna Reed a beau y mettre beaucoup de sincérité, de charme, et de fond de teint, on a un peu de mal à voir l’Indienne qui sommeille en elle.

Le film n’est pas totalement raté pour autant. Il y a bien quelques passages bien filmés. La fin surtout, assez belle, et quelques plans éparses qui rappellent que Rudolph Maté n’est pas un manchot, et qu’il nous a habitués à mieux. Les plus beaux : un plan très court et très joliment construit montrant un Indien perché sur une branche surplombant un paysage superbe ; et un autre, plus long, montrant Charlton Heston qui sort de l’eau en portant Donna Reed. Là, l’espace de quelques instants, la barrière semble s’effacer entre ces deux êtres de cultures différentes, et la nature environnante. Ce que le film aurait pu mettre bien mieux en avant.

Knock – de Guy Lefranc – 1951

Posté : 15 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, LEFRANC Guy | Pas de commentaires »

Knock 1951

Louis Jouvet est en roue libre dans ce rôle qu’il a joué un nombre incalculable de fois (1500, d’après wikipédia), et qui l’accompagne depuis près de trente ans : la pièce de Jules Romain avait été son premier gros succès personnel en 1923, et l’acteur avait fait ses débuts derrière la caméra avec une première adaptation en 1933. Autant dire qu’il connaît bien le personnage. Autant dire aussi qu’il n’avait peut-être plus grand-chose à lui apporter.

Surtout avec un réalisateur comme Guy Lefranc, qui n’a jamais rien fait d’aussi prestigieux que ce Knock. De fait, le petit plaisir que l’on prend tout de même repose à peu près uniquement sur les comédiens. Jouvet dans une quasi-caricature de lui-même, reste un acteur d’exception. Et face à lui, on trouve quelques seconds rôles dont le plaisir est communicatif. Pierre Renoir en pharmacien à la déontologie très ajustable, Pierre Bertin en instituteur dépassé, Jean Carmet en demi-idiot quasi-muet, et même Louis De Funès dans un tout petit rôle pas même crédité, qui se réjouit d’avoir perdu 100 grammes grâce au docteur miraculeux.

Mais le film se résume quand même, pour sa plus grande partie, à une succession de scènes plus ou moins attendues. Alors on attend avec une certaine impatience le célébrissime « ça vous chatouille ou ça vous gratouille? », qui arrive relativement tôt dans le film. Du coup, on n’attend plus grand-chose de la suite. D’autant moins que les meilleurs moments se situent au tout début : l’arrivée dans la petite ville du nouveau docteur (Knock-Jouvet) à qui son prédécesseur Parpalaid (Jean Brochard) tente de « survendre » le potentiel pour un médecin sérieux et ambitieux.

Tournée en décors naturels, cette première séquence est étonnante et séduisante, parce que cette campagne déserte qui entoure les personnages permet d’éviter l’impression de théâtre filmé, qui reviendra trop souvent par la suite. Bref, on se rattrape à ce qu’on peut, on ne s’ennuie pas (vraiment), et on salue la fidélité de Jouvet, qui fait quasiment ses adieux (il ne tournera plus qu’un seul film, tombé dans l’oubli) avec ce rôle qui l’a quasiment vu naître. La boucle est bouclée.

Les Nus et les morts (The Naked and the Dead) – de Raoul Walsh – 1958

Posté : 12 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

Les Nus et les morts

Walsh réussit là une très belle adaptation du roman de Norman Mailer. Un film de guerre à la trame assez classique : il est question d’une intervention militaire américaine sur l’une des îles du Pacifiques, en 1943, avec son lot d’actes de bravoure, et de sacrifiés. Mais d’emblée, les images quasiment monochromes sautent aux yeux : ce film de guerre-là ne ressemble pas tout à fait aux autres.

Pas, en tout cas, à ceux qu’a déjà tourné Walsh, souvent avec Errol Flynn. Ici, point de star, pas d’images glamours, pas d’héroïsme triomphant… Avec ce film à l’esthétique étonnante, où le vert est terne est omniprésent, Walsh échappe aux codes hollywoodiens habituels. Il signe une œuvre un peu poisseuse, au réalisme troublant, et aux personnages particulièrement passionnants.

A priori, les trois personnages principaux entrent pourtant dans des catégories bien précises. Il y a d’abord Cliff Robertson, le gentil idéaliste pas franchement lâche, mais un peu planqué quand même. Il y aussi Raymond Massey, grand officier aussi raide avec ses hommes qu’éclairé côté stratégies militaires. Il y a surtout Aldo Ray, un salaud de facho, qui prend un plaisir apparent à dessouder les Japs, exécutant les prisonniers et arrachant les dents en or de ses victimes.

Trois meneurs d’hommes radicalement différents, que l’on sait dès le premier regard si on va les aimer ou non. Sauf que Walsh ne filme pas simplement des hommes : il filme des hommes en tant de guerre, et ça change tout. Le personnage d’Aldo Ray est particulièrement trouble et passionnant : ce tueur à sang froid, manipulateur et autoritaire, qui n’hésite pas à envoyer son officier dans une embuscade pour reprendre la main, ce type qui écrase un oiseau blessé sans ciller… Il est aussi un sous-officier respecté par ses hommes, un soldat qui est toujours en première ligne, ne laissant personne prendre des risques que lui-même ne prendrait pas.

Deux petits flash-backs, qui arrivent un peu sans prévenir, éclairent aussi les différences entre les personnages : on y découvre Aldo Ray et Cliff Robertson dans leurs vies sentimentales respectives, le premier trompé par sa femme, le second entouré d’innombrables conquêtes. Des vies différentes, dont on ne sait pas grand-chose mais qui disent beaucoup de leurs personnalités et de leurs comportements. La confrontation de ces personnalités est passionnante, en particulier dans la dernière partie, lorsque Ray et Robertson sont obligés de cohabiter lors d’une quasi-mission suicide à l’intérieur des lignes.

Il y a un bémol quand même : la musique de Bernard Herrmann, par moments trop illustrative (la scène du serpent est gâchée par ces quelques notes qui disent d’une manière trop évidente « attention danger ! »). Mais The Naked and the Dead est l’un des meilleurs films de guerre de la décennie, un film qui bouscule, avec une grande intensité.

L’Affaire Maurizius – de Julien Duvivier – 1954

Posté : 8 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

L'Affaire Maurizius

Duvivier aurait-il eu besoin d’un peu de noirceur, après avoir enchaîné trois comédies (Don Camillo, sa suite et La Fête à Henriette ?). Le cinéaste renoue en tout cas avec le pessimisme de ses meilleurs films, pour ce film de procès pas comme les autres.

Pas comme les autres parce que l’action se déroule… 18 ans après le procès dont les causes et les effets irriguent le drame. Et quel drame : Daniel Gélin, jeune homme à l’avenir prometteur, croupit en prison depuis toutes ces années pour un crime dont rien ne dit qu’il l’a vraiment commis. D’ailleurs, le jeune fils de Charles Vanel est convaincu qu’il est innocent. C’est à cause de son père si le pauvre homme a passé près de la moitié de sa vie entre quatre murs, son père qui était substitut du procureur, et qui s’est fait un nom, une réputation et une fortune grâce à ce procès. Sauf que l’autre père, celui de Daniel Gélin, a lui aussi vu sa vie basculer avec ce procès. Et pas en bien…

Passionnant film de procès, qui ne parle que des effets d’une justice pour le coup un rien expéditive. La charge n’est pas légère, et la manière dont Charles Vanel balaye le problème d’un définitif « la justice est faillible » aurait sans doute mérité un peu plus de demi-teinte. Mais les rapports pères-fils sont montrés, eux, avec beaucoup de justesse, et beaucoup d’émotion. Et beaucoup de désespoir.
La construction du film est particulièrement habile, avec ces flash-backs qui se succèdent sans linéarité, sorte de patchwork d’événements qui finissent par s’assembler pour éclaircir le mystère, comme les pièces d’un grand puzzle. Duvivier soigne particulièrement ces flash-backs, donnant à chaque période une identité visuelle propre.

Toutes les scènes qui entourent le procès sont les plus réussies, un simple halo de lumière éclairant les seuls personnages dans un cadre sombre. Une belle manière d’illustrer les faits que ces passages nous sont racontés le plus souvent par la lecture de comptes-rendus imprécis, et non par les souvenirs directs des témoins.

Duvivier apporte le même soin à tous ses personnages. Et les plus riches ne sont pas forcément les plus importants. Dans un rôle un peu en retrait, celui de la victime, Madeleine Robinson est formidable en femme mûre ayant épousé un homme trop jeune pour elle. Quant à Anton Walbrook, il s’offre un grand écart déroutant, entre le jeune homme élégant à qui tout réussit, et l’homme vieilli et négligé, à la proximité insistante avec les fillettes et tous les jeunes hommes. Étonnant…

Les Vikings (The Vikings) – de Richard Fleischer – 1958

Posté : 5 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, CURTIS Tony, DOUGLAS Kirk, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Les Vikings

Mel Gibson rêve depuis des années de réaliser le film ultime sur les Vikings. Mais il ferait mieux de réviser sa cinéphilie : ce film ultime existe déjà, même qu’il s’appelle très sobrement Les Vikings, et que c’est l’excellent Richard Fleischer qui l’a réalisé il y presque 60 ans. Même qu’il y a Kirk Douglas et Tony Curtis en (demi-) frères ennemis là-dedans, que Janet Leigh y est sexy comme jamais, et que Ernest Borgnine y est un truculent et réjouissant chef Viking.

Voilà donc un très grand film d’aventures tourné en Cinemascope et dans un Technicolor magnifique : la photo, signée Jack Cardiff, est sublime, aussi bien dans les scènes intérieures de beuverie que dans les extérieurs en décors naturels, ou sur la mer baignée de brouillard. Mais Les Vikings est plus que ça. Les moyens conséquents dont Fleischer dispose permettent d’offrir une reconstitution d’une rare ambition, fascinante par sa précision, que ce soit pour filmer le quotidien du village Viking (dans des paysages à couper le souffle), ou la défense qui s’organise dans le château anglais assiégé.

Cette ambition n’écrase jamais Fleischer, qui se montre aussi à l’aise dans la superproduction que dans les séries B de ses débuts. Ici, il réussit constamment le plan juste et souvent inattendu : une contre-plongée sur le pont-levis qui se baisse, une plongée vertigineuse sur Kirk et Tont qui se battent au sommet du château, ou ce magnifique travelling filmant en gros plan les visages des Vikings prêts à affronter la mort… C’est du très grand cinéma hollywoodien, visuellement superbe.

Le scénario relève de la même ambition, avec cette histoire de deux ennemis qui découvrent trop tard qu’ils ont le même père. Les regards perdus des deux acteurs dans leur ultime scène ensemble sont inoubliables, image digne des plus grandes tragédies. Même l’histoire d’amour (avec un tendre baiser entre Janet et Tony que Jamie Lee doit se repasser en boucle) dépasse les conventions du genre, lors de cette scène où Janet Leigh laisse transparaître une attirance trouble pour la brute Einar, tout en clamant son amour pour Eric.

On la comprend bien d’ailleurs : face à un Tony Curtis un peu effacé derrière sa barbe, Kirk Douglas (également producteur et au sommet de sa carrière, entre Les Sentiers de la gloire et Le Dernier Train de Gun Hill) est extraordinaire d’intensité, inquiétant et séduisant à la fois. Un grand rôle, dans un grand film.

Le Grand Attentat (The Tall Target) – d’Anthony Mann – 1951

Posté : 27 septembre, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, MANN Anthony, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Grand Attentat

John Kennedy qui sauve le président Abraham Lincoln d’un attentat… On peut dire qu’il y a de l’ironie, bien involontaire bien sûr, derrière le pitch de ce Mann méconnu. Après avoir fait des débuts fulgurants dans le western (trois films formidables tournés en 1950 dont Winchester 73), le réalisateur reste dans l’Amérique du 19e siècle, avec de grandes figures westerniennes (Lincoln, le chemin de fer…), mais c’est bien un film noir qu’il signe. Ce sera même son tout dernier.

Et c’est, encore, un modèle de mise en scène et de précision que réussit Mann, bouclant en à peine une heure quinze un suspense exemplaire, qui avance à la vitesse de son train. Un bémol quand même : le noir et blanc signé Paul C. Vogel n’a pas la profondeur fascinante que donnait le chef op John Alton lorsque Mann enchaînait les chefs d’œuvre noirs.

Mais quel rythme ! Dans l’espace exigu du train, Mann signe un suspense que n’aurait pas renié Hitchcock, grand spécialiste du thriller sur rails (jusqu’au message écrit sur la buée d’une fenêtre, comme un clin d’œil à Une femme disparaît). Un espace clos qui donne tout son sel à une histoire aux rebondissements pour la plupart attendus.

Le scénario repose en grande partie sur la question d’identité et les faux semblants. Comment le flic John Kennedy peut-il prouver qu’il est bien celui qu’il prétend être ? Qui est ce mystérieux malade qui reste enfermé dans sa cabine ? Qui sont les traîtres et qui cherche à tuer Lincoln ?…

Pourtant, ce qui semble intéresser le plus Mann, c’est plutôt ce décor et ses contraintes. Tout le plaisir du film repose sur la manière dont Mann met son héros en mauvaise posture, devant faire preuve d’imagination pour l’en sortir. Le héros, c’est Dick Powell, acteur de comédies légères devenu sur le tard un formidable tough guy, dont la présence paraît aujourd’hui encore d’une étonnante modernité. En voiture !

L’Envers du paradis – d’Edmond T. Gréville – 1953

Posté : 14 septembre, 2017 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, GREVILLE Edmond T. | Pas de commentaires »

L'Envers du Paradis

Un véritable décor de carte postale, ce Ségnac, petit village perché dans les hauteurs de l’arrière-pays provencal. Le genre d’endroit que l’on estampille facilement « plus beau village de France », et où les artistes aiment se retirer et se laisser imprégner par l’atmosphère des lieux. Sur une porte, d’ailleurs, Jean Cocteau a laissé un dessin. Les gens d’ici affirment aussi que Picasso a passé quelques temps ici. Greta Garbo aussi, dans un autre domaine. Forcément, de tels visiteurs en font venir beaucoup d’autres, souvent moins talentueux, mais avec beaucoup de temps, et d’argent, à dépenser.

Ce n’est pourtant pas avec l’un de ces riches oisifs que l’on entre dans Ségnac (un nom d’emprunt à propos, le film ayant été intégralement tourné au Haut-de-Cagnes), mais avec un peintre venu de Paris. Un commissaire de la judiciaire, comme on l’apprendra bien plus tard, fuyant la capitale pour profiter de quelques jours de vacances, et attiré par ce décor de carte postale.

C’est lui qui nous sert de guide pour entrer dans la vieille ville, et pour rencontrer ses habitants d’un jour ou de toujours. Formidable construction, typique du style Gréville, qui nous plonge de plus en plus intimement et de plus en plus profondément dans le quotidien et les secrets plus ou moins bien cachés du village. Avant de reprendre une place centrale dans la dernière partie, le policier s’efface d’ailleurs presque totalement, comme si son rôle était terminé après avoir fait les présentations… Jusqu’au drame final, en tout cas.

Treize ans après Menaces, Gréville retrouve Erich Von Stroheim, très émouvant en homme solitaire et vieillissant fuyant un mystérieux passé, et cherchant un ultime rayon de soleil avec cette jeune fille à peine sortie de l’enfance, et dont il sait ce qu’elle-même ignore : qu’elle est condamnée par la maladie. C’est elle qui est au cœur de l’intrigue, et qui révèle ce qu’il y a de plus beau, ou de plus laid, chez les habitants du village.

Dans Menaces, Gréville révélait l’envers du décor d’un immeuble. Ici, c’est l’envers du décor d’un village entier qu’il présente, village dont sa caméra semble explorer le moindre recoin, avec virtuosité et une certaine fascination. Le contraste entre la beauté des lieux et ce qui s’y joue est troublant. Et le film est une réussite.

La Chaîne (The Defiant Ones) – de Stanley Kramer – 1958

Posté : 11 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, CURTIS Tony, KRAMER Stanley | Pas de commentaires »

La Chaîne

« Ils doivent être des millions, et aucun ne se comprend ! » Tony Curtis et Sidney Poitier, prisonniers en cavale enchaînés l’un à l’autre, parlent des animaux qui les entourent, mais on jurerait que c’est d’eux-mêmes qu’il s’agit en fait : deux hommes que tout oppose dans ce Sud des Etats-Unis où leur couleur de peau respective représente une barrière infranchissable entre eux.

Le racisme qu’ils affichent l’un comme l’autre est de circonstance, et ne souffre aucune explication, aucune justification. Ils se détestent tout simplement parce que l’un est blanc, et l’autre et noir. « Negro » ? Ce n’est même pas une insulte, juste une vérité absolue. « Et il n’y a rien que tu puisses y faire », lance Curtis. Dans des circonstances « normales », ces deux-là ne se seraient pas parlé. Dans des circonstances exceptionnelles, ils auraient pu d’entre-tuer.

Sauf que tous deux courent (au sens propre) pour leur liberté, poursuivis par des policiers et leurs chiens. Et que la chaîne qui les relie par le poignet les oblige à courir ensemble, à se reposer ensemble, à affronter ensemble les danger, et à s’entraider plutôt que s’entre-tuer, parce que la survie de l’un dépend de celle de l’autre, tout simplement.

Le dispositif est habile, et la mise en scène est parfaite. Plutôt que de surjouer la haine et le rejet de l’autre, Stanley Kramer préfère filmer les doutes qui naissent dans le regard de l’un et de l’autre. Les interrogations que l’on devine aussi : au fond, pourquoi devrait-on se haïr ? Si les hommes ne se comprennent pas, c’est peut-être simplement parce qu’ils ne se parlent pas.

Dans le rôle du « Negro », qui d’autre que Sidney Poitier ? L’acteur allait devenir le symbole hollywoodien de la cause noire, et sa filmographie est parsemée de films (souvent excellents) dénonçant le racisme. Du coup, c’est plutôt Tony Curtis qui surprend. Loin de ses rôles de jeunes premiers, il est d’une intensité assez impressionnante, tout en laissant sourdre une émotion à fleur de peau.

En contrepoint de leur course en avant, le groupe de policiers est lui aussi joliment écrit, du flic va-t-en guerre joué par Charles McGraw au shérif débonnaire interprété par Theodore Bikel, deux personnalités qui disent beaucoup du rapport à l’autre souvent difficile. Dans ce road movie sans route, on croise d’ailleurs beaucoup d’êtres profondément seuls, de cet ancien bagnard que joue Lon Chaney Jr, à la mère de famille désespérément en manque d’amour (Cara Williams).

Finalement, la chaîne qui unit nos deux fuyards ressemble presque au symbole d’un nouveau départ, tourné vers l’autre. Au-delà du suspense très efficace, une belle leçon de vie.

L’Enfer au-dessous de zéro (Hell below zero) – de Mark Robson – 1954

Posté : 28 août, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, ROBSON MARK | Pas de commentaires »

L'Enfer au-dessous de zéro

Mark Robson avait déjà fait preuve d’un vrai talent pour filmer la vie sur un bateau en mer, dans l’effrayant Vaisseau fantôme. Une décennie plus tard, le réalisateur confirme ce talent avec L’Enfer au-dessous de zéro, bon film d’aventure à l’intrigue classique, mais au décor exceptionnel : l’essentiel de l’action se déroule à bord d’un baleinier, ou dans les glaces de l’Antarctique.

C’est d’ailleurs ce décor qui semble être la raison d’être du film, plus en tout cas que l’intrigue elle-même, qui donne lieu à un suspense efficace, mais traité sans grande passion : un marin embarque à bord d’un baleinier avec la fille d’un commandant mystérieusement disparu en mer, et tente de découvrir ce qui lui est arrivé.

L’histoire est surtout prétexte à filmer le quotidien à bord du bateau : de longs plans documentaires montrent même le travail des baleiniers, et leur difficile et dangereuse condition. Quant aux morceaux de bravoure, ils sont pour la plupart liés à ce décor original, jusqu’à une course-poursuite quasi-inédite sur la banquise du Pôle Sud.

Tout l’intérêt du film repose sur l’originalité de ce décor, et pas sur des personnages qui, pour la plupart, peinent à exister. Il est vrai que les acteurs, presque tous de second plan, n’ont pas la carrure pour un tel film. Joan Tetzel, que l’on avait déjà vue tenir un second rôle dans La Femme à l’écharpe pailletée de Siodmak, est ainsi très fade. Heureusement, il y a Alan Ladd, excellent comme (presque) toujours, particulièrement à l’aise dans ce rôle très physique.

L’Allée sanglante (Blood Alley) – de William Wellman – 1955

Posté : 22 août, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, WAYNE John, WELLMAN William A. | Pas de commentaires »

L'Allée sanglante

John Wayne a voulu ce film, tourné alors qu’Hollywood est en plein dans sa période exotique. Mais dès la scène d’ouverture, troublante et déroutante, on sent bien que l’ambition dépasse largement le simple effet de mode. On y découvre un Duke quasi-fou, se parlant à lui-même, ou plutôt à une amie imaginaire, dans une prison dont on ne sait pas comment il y est arrivé… ni même par quel miracle il finit par s’en échapper.

Etonnant John Wayne, qui joue avec son image comme il ne l’a pas si souvent fait, laissant entrevoir une faiblesse certes passagère, mais inhabituelle. Tout le début du film est magnifique, entre ces plans de solitude, puis le long voyage quasi-muet de notre héros qui a retrouvé sa liberté, et qui cohabite avec un Mike Mazurki formidable dans un rôle aussi taiseux que ceux qu’il joue d’habitude, mais pour une fois très attachant.

Tout n’est pas aussi réussi que ces dix premières minutes superbes, mais Wellman réussit un film d’aventures qui est constamment beau parce qu’il est bienveillant, et qu’il s’intéresse plus aux personnages qu’à l’action elle-même. Les plus beaux moments du film sont d’ailleurs ceux où il filme les visages au plus près, comme ce plan superbe sur les regards des villageois quittant l’endroit où ils ont toujours vécu.

Le film est inspiré d’une histoire vraie : dans la Chine communiste des années 50, les habitants d’un petit village tente de rejoindre Hong Kong à bord d’un bateau à aube qui va devoir remonter un fleuve jugé très dangereux. Une belle histoire, traitée avec beaucoup d’humanité, à l’image de ce beau moment où, pour économiser l’eau, les Chinois acceptent les uns après les autres de renoncer à leur sacro-saint thé, reversant le contenu de leurs minuscules tasses dans un seau qui finit par se remplir.

La charge anti-communiste, sans surprise, est un peu lourdement appuyée. Mais c’est bien l’aventure humaine qui intéresse Wellman, offrant de beaux rôles à ses acteurs. Aux hommes en tout cas, parce que la pauvre Lauren Bacall est la sacrifiée de l’histoire, réduite la plupart du temps à de la jolie figuration. A deux ou trois scènes près quand même, dont une belle course poursuite à travers les quais dévastés d’un ancien port.

Relativement économe en grandes scènes d’action, le film privilégie les moments d’intimité. Mais lorsque la violence fait irruption, elle est frappante : le meurtre de l’officier communiste est particulièrement violent, et cette bagarre dans la cabine du pilote est tout aussi brutale, mais vue uniquement à travers la fenêtre balayée par la pluie, et couverte par le bruit de la tempête en cours. L’une des très grandes scènes de violence du cinéma de Wellman.

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