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Archive pour la catégorie '1950-1959'

Alfred Hitchcock présente : De retour à Noël (Alfred Hitchcocks presents : Back for Christmas) – d’Alfred Hitchcock – 1956

Posté : 21 février, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente Back for Christmas

C’est une histoire très classique que signe cette fois Hitchcock, avec l’un de ces twists finaux qui ont fait la réputation du show. La patte de Sir Alfred se retrouve plutôt du côté du flegme so british du personnage principal, joué par l’excellent John Williams, acteur hitchcockien vu dans La Main au collet et Le Crime était presque parfait. Son élégance, sa retenue et sa distinction font des merveilles dans ce rôle de mari qui prépare mine de rien le meurtre de sa femme.

Cet épisode (le 23e de la saison 1) repose avant tout sur sa prestation, et sur l’humour à froid qui entoure son personnage, qui est d’ailleurs de tous les plans. Et c’est toute la particularité de ce court métrage. On connaît les ficelles du show, et on se doute bien qu’un petit grain de sable (qu’une réflexion de la future victime annonce avec évidence) viendra contrarier le truc. Mais le plaisir de l’épisode tient à cette volonté d’Hitchcock de ne filmer à peu près que le visage de Williams, ses réactions, ou plutôt son absence manifeste de réaction.

Il fallait un comédien formidable pour que l’approche d’Hitchcock soit valable. Avec John Williams, elle tient toutes ses promesses.

Alfred Hitchcock présente : Accident (Alfred Hitchcocks presents : Breakdown) – d’Alfred Hitchcock – 1955

Posté : 20 février, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente Breakdown

La télévision a été plus qu’une simple récréation pour Hitchcock, dans les années 50. La preuve avec cet épisode méconnu (le 7e de la 1e saison) réalisé par ses propres soins, et qui est pour lui une nouvelle occasion d’expérimenter. D’abord par les fausses pistes : avec cette histoire d’un homme d’affaires inhumain qui met à la porte un comptable dans sa boîte depuis des décennies, on se dit qu’on se dirige tout droit vers une histoire de vengeance assez banales. Que nenni !

Car après quelques minutes, l’homme d’affaires en question a un accident. Et qu’à partir de là, le film est essentiellement composé d’un montage de gros plans fixes sur le visage de l’homme, totalement paralysé et incapable de bouger le moindre muscle. C’est Joseph Cotten, qui renoue avec l’univers hitchcockien six ans après Les Amants du Capricorne, et qui semble avoir pris vingt ans dans l’intervalle. Impeccable dans la première partie, c’est curieusement dans l’immobilité qu’il se révèle le plus intense.

Grâce à sa voix off en partie, qui révèle la terreur de cet homme qui observe ce qui l’entoure et qui réalise que tout le monde le croit mort, et qu’il risque d’être enterré vivant. Mais aussi grâce à ce visage prématurément vieilli (il a 50 ans et en paraît 15 de plus) qui colle parfaitement au caractère tragique et horrible de l’histoire. 

La Main au collet (To catch a thief) – d’Alfred Hitchcock – 1955

Posté : 13 février, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, HITCHCOCK Alfred, POLARS/NOIRS | Pas de commentaires »

La Main au collet

Peut-être est-ce à leurs films mineurs que l’on reconnaît les plus grands. La Main au collet n’a l’ambition ni de Fenêtre sur cour, ni de Sueurs froides. Mais la maîtrise d’Hitchcock y est telle que la moindre scène devient un grand moment de cinéma. Une fausse course-poursuite filmée à grands renforts de transparences devient un grand suspense. Un simple pique-nique dans une voiture devient un sommet érotique. De longs plans sur des toits déserts deviennent des moments d’angoisse…

Il y a Cary Grant, classe et irrésistible en ancien cambrioleur soupçonné par la police d’avoir « remis ça », et sur lequel Hitchcock, rigolard cette fois (contrairement à Soupçons, où les soupçons étaient sérieux), s’amuse à laisser planer un léger doute dans une poignée de scènes légères comme des bulles de champagnes : ses face-à-face avec l’agent des assurances interprété par John Williams sont particulièrement réjouissants.

Il y a Grace Kelly aussi, telle que seul Hitchcock l’a vue : derrière cette blondeur si douce et ce port si altier qui attireront l’œil du Prince voisin lors de ce tournage, lui met en valeur la jeune femme libre et hypersexuée, dont chaque regard respire le désir et un brin de provocation. Une interprète idéale pour Hitchcock, qui ne retrouvera jamais aucune actrice capable d’incarner si naturellement cette vision de la femme.

Il y a la Riviera enfin, le troisième personnage clé, ce décor de vacances qui joue un rôle si important dans le rythme et l’esthétique du film. Le drame, pour une fois, n’est quasiment jamais réellement sérieux, à de rares et courtes exceptions près. Comment pourrait-il l’être dans ce monde trop beau pour être vraiment vrai, où les riches vacanciers se font passer pour ce qu’ils ne sont pas, et portent des diamants auxquels ils ne tiennent pas.

Une récréation pour Hitchcock ? En quelque sorte, oui, une manière aussi de prendre l’air et de retrouver de grands paysages après les tournages en studios du Crime était presque parfait et de Fenêtre sur cour. La Main au collet vient clore en beauté son triptyque Grace Kelly. En associant le suspense à une légèreté, un humour et un vrai sens du mouvement, Hitchcock renoue aussi à un cinéma qui avait marqué sa période anglaise, et qu’il avait délaissé jusque là depuis son arrivée à Hollywood.

Chantons sous la pluie (Singin’ in the rain) – de Stanley Donen et Gene Kelly – 1952

Posté : 8 février, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, DONEN Stanley, KELLY Gene | Pas de commentaires »

Chantons sous la pluie

Il y a quelque chose du sentiment du devoir accompli lorsque vous êtes père, et que vos enfants se mettent à chanter « Good morning », « Make ‘em laugh » ou « Singin’ in the rain », quelques jours après que vous leur avez fait découvrir ce monument du feel-good movie, de la comédie musicale… du cinéma d’une manière générale. Et ce n’est pas l’un qui entraîne l’autre, non. Facile : j’ai trois garçons (5, 9 et 12 ans), et chacun d’eux a entonné, à un moment différent de la journée, l’une de ces trois chansons en essayant de refaire la chorégraphie (pour « Make ‘em laugh », peux pas dire que j’étais très tranquille…). Qu’est-ce que vous voulez… Ça me mettrait presque les larmes aux yeux, ça !

Qu’ajouter de plus, si ce n’est répéter comme tout le monde que Chantons sous la pluie est une merveille qui rend heureux et qui donne envie d’être léger et de niquer ses chaussures en nubuck. Souligner que c’est l’un des plus beaux films sur la révolution qu’a représenté l’arrivée du parlant à Hollywood. Constater que Gene Kelly est grand, parce qu’il a une présence incroyable, que ses numéros dansés sont exceptionnels, et qu’il a l’humilité de ne jamais écraser ses deux co-vedettes, Debbie Reynolds et Donald O’Connor. Ou dire que Chantons sous la pluie est peut-être la meilleure des comédies musicales parce qu’elle a une histoire forte, et que chaque chanson, chaque musique, donne lieu à une chorégraphie mémorable.

Il y a aussi l’autodérision de Gene Kelly, qui ridiculise gentiment le film de cape et d’épée dont il a lui-même été l’une des vedettes bondissantes dans sa très physique version des Trois mousquetaires, ouvertement inspirée par Douglas Fairbanks. Et puis l’audace de Kelly et Stanley Donen, d’avoir su intégrer des morceaux de « films dans le film », mais aussi cette incroyable (et longue) séquence qui semble sortie de l’imagination du personnage de Kelly, ébauche de film qui est filmée comme telle, avec ses décors conceptuels, ses couleurs vives, son aspect onirique, et les incroyables jambes de Cyd Charisse.

Un monument, donc, qui passe merveilleusement bien l’épreuve du temps.

Touchez pas au grisbi – de Jacques Becker – 1954

Posté : 30 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, BECKER Jacques, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Touchez pas au grisbi

Jacques Becker adapte Simonin, réinvente le polar français, et relance la carrière de Jean Gabin, en berne depuis le début de la guerre. Loin des rôles de prolétaires qu’il jouait dans ses chefs d’oeuvre des années 30, Gabin inaugure ici son personnage d’homme d’âge mur revenu de tout, un peu fatigué, qui ne le quittera plus qu’occasionnellement. Et il est magnifique, avec cette moue qui n’appartient qu’à lui, cet air d’avoir tout vu et de ne plus rien en avoir à foutre, cette envie manifeste de se poser, et d’arrêter de jouer au jeune qu’il n’est plus.

Avant-guerre, Gabin portait le poids du destin. Désormais, il porte le poids des ans. Et son interprétation tout en finesse épouse parfaitement le thème du film et l’approche de Becker, qui filme des mouvements trop appuyés, des déplacements, des tas de moments « en creux » comme ça qui montrent si bien la lassitude des personnages, et ces longs silences entre des personnages qui ont traversée des décennies côte à côte et qui s’aiment sans avoir à le dire ni à le montrer.

Avec une vision neuve des gangsters que l’on n’imaginerait pas dans le cinéma hollywoodien, et qui sonne très français : c’est aussi du pur Simonin, où le mot copain veut dire quelque chose. Cette scène où Max et Riton (René Dary) passent la nuit dans l’appartement du premier est merveilleuse : ces deux-là n’ont pas à se parler, ils se connaissent par cœur. Ils n’ont pas besoin de mots pour que leur intimité soit flagrante, dans leur manière de partager des biscottes, une salle de bain…

Plus qu’un film de gangster (qu’il est bien, avec tout le suspense et les séquences spectaculaires que cela implique), Touchez pas au grisbi est un superbe film mélancolique, le portrait d’un homme fatigué, magnifié par la superbe musique de Jean Wiener. C’est aussi le film qui révèle Jeanne Moreau et Lino Ventura (dans son tout premier rôle).

La dernière image, sobre et bouleversante. Gabin n’est plus tout à fait le même qu’avant la guerre. Mais il est toujours un comédien extraordinaire. Ce simple plan le prouve peut-être mieux que n’importe quel autre plan dans sa longue filmographie.

La Mission du commandant Lex (Springfield Riffle) – d’Andre De Toth – 1952

Posté : 29 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, COOPER Gary, DE TOTH Andre, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Mission du commandant Lex

De l’action, du suspense, du rythme… Andre De Toth ne s’embarrasse guère de psychologie pour ce western d’une efficacité imparable, qui ne repose que sur le rythme, le suspense et l’action. Même dans les rapports humains d’ailleurs, qui semblent résumés à leur forme la plus basique, le film réserve quelques beaux moments, comme lorsque Gary Cooper accepte avec douleur que sa femme le prenne pour un traître…

S’il n’est pas totalement révolutionnaire, le scénario est assez original : on est en pleine guerre de Sécession, et Gary Cooper y interprète un officier qui infiltre les rangs ennemis pour démasquer un traître, passant ainsi lui-même pour un traître aux yeux de tous ceux qu’il aime et qui le respectent, à commencer par son jeune fils, qu’on ne verra que brièvement à la fin, mais que le film utilise comme une sorte de fil rouge dramatique passionnant. Ce thème de la taupe n’est pas si courant dans le western.

Et c’est une grande réussite, et pas uniquement grâce à Gary Cooper, impérial : De Toth s’y connaît en cinéma d’action, et ne laisse jamais son récit perdre de son intensité, réussissant même quelques séquences franchement originales. La scène de l’évasion pour commencer, dont la pénombre tranche avec la lumière vive des scènes extérieures. Ou encore cette spectaculaire scène d’incendie, provoqué pour déloger les voleurs de chevaux. Il y a comme ça quelques moments qui frappent les esprits, dans ce western passionnant.

Le Souffle de la violence (The Violent Men) – de Rudolph Maté – 1954

Posté : 26 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, MATÉ Rudolph, STANWYCK Barbara, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Souffle de la violence

Il y a comme un air de déjà vu lorsque commence ce western : l’histoire de petits éleveurs tyrannisés par un grand propriétaire tout puissant, on a déjà vu ça cent fois. Et puis cette petite ville poussiéreuse avec ses rues bien alignées, ses escaliers de pilier, et son arbre central… En cherchant bien, on doit pouvoir trouver quelques dizaines de westerns qui y ont été tournés.

Drôle de film aussi, où deux des co-vedettes n’apparaissent qu’après plus de vingt minutes. Surtout que quand ces deux-là apparaissent, le film prend une toute autre dimension : Barbara Stanwyck et Edward G. Robinson (rien que ces deux noms-là accolés, ça renvoie à la grande histoire du cinéma !), en couple de propriétaires dont les actes violents semblent contredits par leur tendresse et leur douceur dans l’intimité. Mouais…

Il n’a pas un si mauvais fond, Robinson, homme tout puissant mais diminué par des jambes mortes. Un homme surtout manipulé par une femme ambitieuse et calculatrice. Ce n’est d’ailleurs pas la seule, dans ce western où les femmes sont loin d’être réduites aux rôles de faire-valoir qu’on leur réserve souvent dans le genre. Car si Robinson se fait balader par sa femme qui le trompe avec son propre frère (Brian Keith), Glenn Ford, dans le rôle du héros, n’est pas beaucoup plus malin : sa fiancée, elle, ne voit en lui que son billet pour quitter l’Ouest.

La réussite du film doit beaucoup à ces personnages, qui échappent constamment aux stéréotypes du western que l’on attend avec une telle histoire. Son originalité repose aussi sur la manière dont la violence est abordée. Là encore, jamais comme on l’attend : loin des fusillades frontales et spontanées habituelles, la « guerre » qui éclate prend des allures de véritable conflit. Le personnage de Glenn Ford, ancien officier, utilise les tactiques et ruses qu’il a sans doute découvertes sous les drapeaux, et ça change tout. Comme le duel final, totalement « dé-romantisé », prend un étonnant aspect réaliste.

La mise en scène de Rudolph Maté manque sans doute un peu de rythme, et le film n’évite pas certaines baisses de régime. Mais l’originalité du scénario fait la différence, et il faut mettre au crédit de Maté la beauté des images, tournées intégralement en extérieurs, et la profondeur de champs qui souligne constamment l’immensité de la nature.

Cette profondeur de champs donne en particulier une séquence formidable : après avoir laissé brûler son ranch, Glenn Ford attend avec ses hommes derrière des rochers, guettant l’arrivée de ses ennemis qui se rapprochent lentement. De ce plan fixe naît une tension formidable, qui annonce l’explosion de violence à venir.

Aventure dans le Grand Nord (Island in the sky) – de William A. Wellman – 1953

Posté : 14 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, WAYNE John, WELLMAN William A. | Pas de commentaires »

Aventure dans le Grand Nord

Un avion fait un atterrissage forcé dans le Grand Nord américain. Sans connaître leur position précise, sans pouvoir communiquer avec leur base, les aviateurs doivent organiser leur survie dans ce désert glacé, tandis que les secours se mettent en place.

Le titre français, un peu passe-partout, évoque curieusement un film d’aventures à la Raoul Walsh. Le titre original est à la fois plus beau, et plus conforme à ce qu’est réellement le film : la variante glaciale d’une histoire de naufragé des mers. L’exil forcé de ces naufragés est ainsi le double négatif d’une île perdue au milieu de l’océan : c’est sur un lac (gelé) perdu au milieu de l’immensité glacée que l’avion a fini sa course.

Wellman signe là un film forcément très personnel. Lui qui fit partie de la mythique escadrille Lafayette n’a cessé de revenir à ses amours pour l’aviation, avec des films qui, toujours, mettent en valeur l’extraordinaire camaraderie de ces hommes qui semblent tant partager. Cette camarederie est au cœur d’Island in the sky. Tout le film repose sur la profonde empathie qui rapproche tous ces pilotes.

Le naufragé Dooley (John Wayne, parfait dans un rôle passif auquel il n’est pas habitué) et ses sauveteurs McMullen, Willy ou Andy (James Arness, Andy Devine et Allyn Joslyn, radicalement différents et pourtant indissociables) ont beau ne jamais partager de scène, on sent constamment entre eux plus qu’un simple attachement : un véritable amour fraternel ou filial, qui est aussi celui de Wellman pour ces pilotes.

Mine de rien, Island in the sky est un film d’aventures assez gonflé, où Wellman ne filme quasiment que des personnages statiques. Assis derrière les commandes de leur avion ou le cul dans la neige, ils sont le plus souvent filmés face caméra. Pourtant, quel rythme durant ces presque deux heures de métrage. Dès la séquence d’ouverture, Wellman impose une tension qui ne retombe pas, cherchant à faire partager les angoisses, les peurs et les espoirs de ces personnages qui, pourtant, ne partagent pas leurs sentiments.

La voix off, très présente dans la première moitié, n’était d’ailleurs sans doute pas indispensable. La seule force du montage, et des gros plans sur les regards habités de ses acteurs, suffit à donner corps au drame qui se noue. Un grand cru pour Wellman.

L’Etrange Mr. Slade (Man in the Attic) – de Hugo Fregonese – 1953

Posté : 13 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, FREGONESE Hugo | Pas de commentaires »

L'Etrange Mr. Slade

On pourrait se demander à quoi bon adapter de nouveau le célèbre roman de Marie Belloc Lowndes, sans doute le plus célèbre des innombrables livres consacrés à Jack l’Eventreur : celui-ci avait déjà été porté à l’écran à plusieurs reprises, notamment par Hitchcock pour son premier classique (The Lodger, en 1927), puis par John Brahm pour un bijou d’angoisse (Jack l’Eventreur, en 1944).

Et puis dès les premières images, on est simplement emballé par l’atmosphère que crée Fregonese. Oh ! Rien de bien nouveau : les pavés humides de White Chapel, le fog londonien, les bruits de pas qui résonnent… Un décor familier filmé tellement souvent pour faire naître la frousse. Mais ça marche ! Et ce décor est tellement cinégénique !

Fregonese, cinéaste inégal, est ici à son meilleur. Deux ans après le formidable Quand les tambours s’arrêteront, il réitère le même genre de petit miracle : un petit film visiblement fauché, qui malgré une histoire assez attendue (la première partie, surtout, est très fidèle aux premières adaptations), marque les esprits par une tension constante, et qui exerce une sorte de fascination troublante. Bref, une grande réussite flippante (très) et dérangeante (un peu).

Jack Palance, c’est vrai, a la gueule de l’emploi. Effrayant, et pourtant très humain… Ce médecin mystérieux qui s’installe dans le grenier d’une famille sans histoire est-il le chercheur qu’il prétend être ? Ou est-il ce Jack l’Eventreur qui sévit depuis des mois dans un quartier populaire de Londres ? Comptez pas sur moi pour vous dire : le suspense, teinté d’émotion, tient toutes ses promesses.

Plus dure sera la chute (The harder they fall) – de Mark Robson – 1956

Posté : 10 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, BOGART Humphrey, ROBSON MARK | Pas de commentaires »

Plus dure sera la chute

Bogart tire sa révérence avec un rôle magnifique, qui met joyeusement à mal son image de dur à principes. Encore que « joyeusement » n’est sans doute pas le terme le mieux choisi. Dans ce beau film signé Mark Robson, il est en quelque sorte le double négatif du héros de Bas les masques : un journaliste sur le retour qui accepte, par appât du gain, de « passer de l’autre côté ».

Pour un journaliste, passer de l’autre côté signifie en gros abandonner ses idéaux d’indépendance et d’objectivité pour vendre sa plume à un produit, à un politique… en l’occurrence à un boxeur, que son manager a « importé » d’Amérique du Sud pour en faire une star du ring, à grands coups de combats truqués. Et il ne fait pas les choses à moitié, Bogie. Non seulement il passe effectivement de l’autre côté, mais il s’y vautre, piétinant les uns après les autres toutes ces choses auxquelles il a dû croire, dans d’autres temps.

Mais il le fait avec une certaine honnêteté intellectuelle, assumant constamment le côté abject de ses actes, qui font de lui le complice pas si passif du machiavélique manager, que joue Rod Steiger avec gourmandise. Entre Steiger et Bogart, rien de commun, ni dans la personnalité, ni dans le jeu d’acteur. Et cette opposition de style colle parfaitement à l’histoire, qui fait cohabiter deux hommes d’univers radicalement différents : le sournois sans scrupule (Steiger), et le cynique rongé par les siens (de scrupules : Bogie).

Le plus beau dans ce film, ce ne sont finalement pas les scènes de boxe, qui appuient un peu lourdement sur le côté toquard de la « vedette » naissante : seuls les derniers combats ont une vraie dimension dramatique, l’un pathétique montrant la triste fin d’un champion, l’autre déchirant montrant l’ultime regain de fierté d’un enfant au rêve brisé.

Attribué à Philip Yordan, d’après un roman de Budd Schulberg, le scénario n’épargne rien au monde de la boxe, peuplé de managers véreux et inhumains, et de spectateurs assoiffés de sang. Sur ce thème, Robson avait déjà signé Le Champion. Il va nettement plus loin ici, signant un film fort aux allures de film noir, où la violence et le danger sont omniprésents. De beaux adieux, pour le grand Bogie.

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