Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie '1950-1959'

Comment l’esprit vient aux femmes (Born yesterday) – de George Cukor – 1950

Posté : 21 septembre, 2021 @ 8:00 dans 1950-1959, CUKOR George | Pas de commentaires »

Comment l'esprit vient aux femmes

Hasard de la programmation (oui, enfin, de mes choix personnels et parfois mystérieux) : après La Leçon de piano, voici un autre chef d’œuvre farouchement féministe, autre portrait d’une femme bafouée qui apprend à affirmer sa liberté et son indépendance. Derrière la caméra, George Cukor, au sommet. Forcément, l’ambiance n’est pas la même que chez Jane Campion. Tourné quatre décennies plus tôt, cette adaptation d’une pièce à succès garde pourtant la même force, la même acuité de regard sur la domination et ses effets.

Et un Oscar amplement mérité pour Judy Holliday, irrésistible dans le rôle d’une ravissante idiote qui se complaît dans l’opulence d’une vie facile au côté de son truand milliardaire de fiancé (le grand Broderick Crawford), jusqu’à ce qu’un « coach de vie » (William Holden, rigolard et parfait) lui ouvre les yeux et l’esprit grâce à des livres et aux grands sites historiques de Washington. Grand plaidoyer pour la liberté telle que les pères fondateurs de l’Amérique l’ont rêvée.

Le film ne verse toutefois jamais dans l’Américanisme claironnant. Maître de la comédie de mœurs, Cukor signe une ode au libre-arbitre et à l’ouverture d’esprit par la culture, pas un plaidoyer idéologique ou politique. Il le fait en filmant l’évolution de Billie, le personnage joué par Judy Holliday, voix haut perchée, blondeur aveuglante et regard pas si vide. Il le fait aussi en faisant de William Holden une sorte de personnification du public…

Son personnage s’amuse comme nous, se révolte comme nous, tombe sous le charme de Billie comme noue… Plus qu’un acteur de l’intrigue, il est un observateur, souvent en retrait comme lorsqu’ils visitent le Capitole, lui se contentant d’assister un sourire aux lèvres aux révélations de la jeune femme. A sa lente et profonde transformation. Pas un changement radical d’ailleurs, mais une sorte d’éclosion à la manière d’un papillon qui apprendrait à voler de ses propres ailes.

C’est souvent très drôle (l’extraordinaire partie de carte, filmée en longs plans fixes et en temps réel), parfois franchement cruel, voire pathétique, à l’image du personnage de Broderick Crawford, un homme d’un autre temps, archaïque et volontiers violent, brute plus « anti-sociale » (pour reprendre l’un des termes appris par Billie) que franchement machiavélique. Sur un thème de la métamorphose qui annonce celui de My fair Lady, Cukor signe une merveille de la comédie féministe. Pas sa première, et pas la moindre.

Winchester ’73 (id.) – d’Anthony Mann – 1950

Posté : 15 septembre, 2021 @ 8:00 dans 1950-1959, MANN Anthony, STEWART James, WESTERNS, Wyatt Earp / Doc Holiday | Pas de commentaires »

Winchester 73

Glissons rapidement sur l’épisode « indien » de Winchester 73, sur un Rock Hudson un peu engoncé sous un faux nez et un maquillage pas franchement convaincant de Sioux. Etrange et courte séquence qui détonne même par ses transparences approximatives… Ce petit préambule pour souligner que Winchester 73 n’est pas un western parfait. Voilà pour les réserves. Pour le reste, Winchester 73 n’est peut-être pas un western parfait, donc. Mais c’est un grand, un très grand western.

Un western historique déjà, qui marque la première collaboration de James Stewart avec Anthony Mann, qui deviendrait son réalisateur de prédilection, et avec qui il tournerait surtout une série impressionnante de formidables westerns. Et qui contribue aussi à cette mutation du genre vers une atmosphère plus sombre, plus profonde aussi, en même temps qu’il contribue au renouveau de James Stewart, qui s’engageait alors dans une nouvelle partie de sa carrière plus axée sur des rôles tourmentés.

Le rôle qu’il tient dans Winchester 73 n’est pas si loin de celui qu’il tiendra dans L’Appât du même Mann. Il n’est pas encore totalement passé du côté obscur, et garde une certaine pureté. Mais il est déjà mû par la soif de vengeance. Une vengeance basée d’ailleurs sur un quasi-poncif du genre : l’opposition de deux frères radicalement opposés, qui se vouent une haine mortelle. Stewart et Stephen McNally, en l’occurrence.

De ce postulat de départ, le scénariste Borden Chase tire une merveille de construction, magnifiée par la mise en scène tendue et sèche de Mann. Un film qui suit une sorte de cercle fascinant, à travers le parcours d’une winchester 73, considérée comme l’arme la plus précise du monde, qui passe de main en main pour revenir à son premier propriétaire, et accomplir la vengeance qui ne cesse d’être différée.

Et quelles mains : celles de John McIntire, Dan Duryea, Rock Hudson, et même brièvement celles d’un tout jeune Tony Curtis. On croise aussi Shelley Winters, le précieux Millard Mitchell (grand second rôle oublié), Will Geer qui fait un truculent Wyatt Earp, et des tas de gueules incontournables du western. Mann est encore un nouveau venu dans le genre (la même année, il réalise Les Furies et La Porte du Diable), mais il en maîtrise déjà totalement les codes.

Il en magnifie aussi les situations, donnant une dimension incroyable à ses séquences de ville (superbe plan en plongée d’une brutalité extrême, vue de la chambre d’un hôtel), comme aux longs moments dans les vastes paysages. Il joue aussi avec le poids des grands mythes : l’apparition de Wyatt Earp bien sûr, mais aussi l’omniprésence dans les dialogues de la tuerie de Little Big Horn, comme un traumatisme qui annonce la fin d’une époque. Le thème central de tout bon western, finalement.

Brelan d’as – d’Henri Verneuil – 1952

Posté : 13 septembre, 2021 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, Maigret, VERNEUIL Henri | Pas de commentaires »

Brelan d'as

Monsieur Wens, Lemmy Caution et le commissaire Maigret : trois grands enquêteurs de la littérature policière, à l’affiche d’un même film. J’avoue que cette curiosité m’avait totalement échappé jusqu’à présent. Le projet, pourtant, est particulièrement séduisant. Le résultat l’est aussi, ne serait-ce que pour sa forme, déclaration d’amour à une certaine littérature populaire : la série noire, le polar, le thriller… Peu importe comment elle l’appelle, puisqu’elle brasse des univers très différents.

Le film s’ouvre donc sur une série de plans de Paris, où on découvre une employée du métro, un gamin, un vieil homme digne, un homme d’affaires… Tous plongés dans des lectures de la fameuse Série Noire de Gallimard, tandis qu’une voix off malicieuse ironise sur le caractère honteux de ce sous-genre. Avant d’introduire les trois héros que l’on s’apprête à voir en action : trois héros qui ont connu, connaissent ou vont connaître leur heure de gloire sur grand écran. Et qui ne se croisent pas hélas, dans cette succession de trois sketchs indépendants, que réalise le tout jeune Henri Verneuil d’après trois nouvelles.

Le principe, donc, est très sympathique. Les sketchs, eux, sont franchement inégaux, allant du médiocre à l’excellent. Allons y dans l’ordre…

C’est par un héros qui fut très populaire que commence le film : Monsieur Wens, l’enquêteur surdoué créé par S.A. Steeman, dont c’est l’une des dernières apparitions au cinéma après une demi-douzaine de films au cours de la décennie précédente. Pas que du bon, certes, mais le personnage reste mémorable pour l’interprétation qu’en donne Pierre Fresnay dans Le Dernier des Six et surtout L’Assassin habite au 21 (Pierre Jourdan dans Le Furet, aussi…). Pierre Fresnay à qui un clin d’œil amusant est réservé, par le biais d’une mystérieuse imitatrice.

Ici, c’est Raymond Rouleau qui interprète Wens, détective (et pas inspecteur cette fois) chargé de protéger une richissime femme, qui meurt quasiment sous ses yeux, lui-même devenant le parfait alibi de son mari, qui aurait fait un suspect idéal. Intrigue maline, rythme parfait, mélange de suspense et de légèreté pour une enquête prenante à défaut d’être renversante. Et un Rouleau parfait en Wens gentiment égocentré et franchement goujat.

Le segment central est, de loin, le plus faible : celui consacré à Lemmy Caution, héros de romans qui n’allait pas tarder à connaître une gloire cinématographique sous les traits d’Eddie Constantine, dans une bonne dizaine de longs métrages. Pour l’heure, il apparaît sous les traits de John Van Dreelen, acteur néerlandais trop lisse et pas bien convaincant en Américain mal dégrossi. Pas aidé par un scénario bâclé, une mise en scène paresseuse et des dialogues aberrant. Difficile de prendre du plaisir à cette traque à travers l’Europe.

Difficile même d’imaginer que c’est le même réalisateur, et les mêmes scénaristes, qui ont adapté une nouvelle de Simenon pour le dernier segment, un excellent Maigret à la fois rude et tendre, où le commissaire prend sous son aile un gamin témoin d’un meurtre mais enfermé dans un mensonge par peur des représailles. Verneuil, qui avait déjà adapté Simenon pour son précédent film, Le Fruit défendu (d’après Lettre à mon juge), apporte un soin particulier à ce troisième sketch, comme si, au fond, il n’avait tourné le film que pour celui-ci.

Michel Simon, pour son unique incarnation du commissaire, est formidable, balayant le souvenir d’Albert Préjean, et disputant le titre de meilleur Maigret à Pierre Renoir et Harry Baur (en attendant Gabin). Un Maigret fort, instinctif, mais aussi fragile et humain, que l’on découvre dépassé, angoissé, physiquement malade aussi, alité et houspillé par une Mme Maigret nettement moins docile qu’à l’accoutumée. Simon, sur le papier, est un Maigret discutable. A l’écran, il est une évidence. Et ce court métrage est une grande réussite. Pour lui, Brelan d’as mérite d’être redécouvert.

La Bête s’éveille (The Sleeping Tiger) – de Joseph Losey (sous le pseudonyme de Victor Hanbury) – 1954

Posté : 6 septembre, 2021 @ 8:00 dans * Polars européens, 1950-1959, LOSEY Joseph | Pas de commentaires »

La Bête s'éveille

Sur la liste noire du McCarthysme, Losey s’exile en Europe, où il continue à tourner sous divers pseudonymes. Son nom ne figure donc pas au générique de ce Sleeping Tiger, attribué à un « Victor Hanbury », mais bel et bien l’œuvre de Losey. C’est aussi le premier de ses cinq films avec Dirk Bogarde, à qui il offrira son rôle le plus marquant dans The Servant, presque dix ans plus tard.

Ce premier film anglais a une filiation évidente avec les films américains de Losey, particulièrement avec son M. Dans les deux cas, le cinéaste dissèque les rouages du mal, avec une approche psychologique qui peut sembler simpliste par moments, et sous le couvert d’un film de genre. Et c’est vrai qu’on peut reprocher au film une psychologie un peu facile, voire discutable. Ou considérer que les trois personnages principaux ne sont, en fait, que des manipulateurs.

Bogarde, donc, en jeune délinquant « recueilli » par un grand psy qu’il a tenté de braquer, et qui a préféré l’héberger pendant six mois pour l’étudier « dans un cadre favorable ». Le samaritain ensuite, scientifique d’une placidité à toute épreuve (Alexander Knox, le héros du Vaisseau fantôme, lui aussi sur la liste noire d’Hollywood). Et l’épouse de ce dernier, modèle de femme aimante et dévouée (Alexis Smith, l’amoureuse d’Errol Flynn dans Gentleman Jim).

Un équilibre parfait, dont Losey filme les failles qui apparaissent, et ne cessent de grandir, dans ce qui s’apparente à un grand jeu de massacre, cruel et sous tension. Losey est un maître pour installer une atmosphère angoissante, de plus en plus étouffante, jusqu’au point de rupture. Chacun des trois personnages aura le sien, à sa manière, dans une succession de paroxysmes assez glaçants.

Plus glaçants que réellement convaincants d’ailleurs. Mais pas sûr que le réalisme à tout prix soit la priorité de Losey, qui semble transformer la belle maison familiale en décor de film d’horreur gothique au fur et à mesure que le drame se met en place, comme un piège qui se refermerait sur les personnages. C’est finalement dans le plaisir du pur film de genre que The Sleeping Tiger prend toute sa dimension.

West Point : épisode White Fury (id.) – épisode réalisé par James Sheldon – 1957

Posté : 24 août, 2021 @ 8:00 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, EASTWOOD Clint (acteur), SHELDON James, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

West Point White Fury

On replonge dans les débuts de carrière de Clint Eastwood avec cet épisode d’une série anthologique tombée dans l’oubli (surtout en France, où elle n’a jamais été diffusée), dont les héros sont des élèves de la prestigieuse académie militaire de West Point. A chaque épisode des personnages nouveaux : seul le cadre reste le même, et encore.

Dans l’épisode qui nous intéresse ici, West Point n’apparaît qu’au tout début et à la toute fin. Deux cadets profitent d’une journée d’hiver de repos pour aller skier dans les montagnes voisines. Le père de l’un d’eux, un officier, s’écrase avec son petit avion devant leur nez, loin de tout secours. Les deux jeunes hommes réussiront à prévenir des secours en tripatouillant la radio endommagée, pour envoyer un signal en morse.

L’intrigue est simple, la réalisation est efficace… Pas de gras, pas d’ennui dans les quelque vingt-cinq minutes de cet épisode qu’on n’attendait pas si prenant. James Sheldon, réalisateur ayant fait toute sa carrière à la télévision, se montre même particulièrement inspiré à deux ou trois reprises : avec un panoramique étonnant partant des grandes étendues enneigées pour se terminer dans la chaleur d’une salle de restaurant, ou encore en faisant du climax une succession de très gros plans sur les yeux des deux cadets.

Sergio Leone n’a donc pas été le premier à remplir un écran avec le regard perçant de Clint Eastwood. Sept ans avant Pour une poignée de dollars, c’est James Sheldon qui l’a précédé, filmant le tout jeune Clint (27 ans) dans l’un des rôles principaux de ce White Fury : celui du pote du personnage principal (Jerome Courtland, ça parle à quelqu’un ?), fils du pilote joué par le charismatique Bruce Bennett.

Mais on ne voit que lui, Clint Eastwood. Parce que c’est Clint Eastwood bien sûr, et qu’on sait le destin qui attend cet acteur qui allait alors d’une panouille à l’autre. Mais pas seulement : comme souvent à cette époque formatrice, en tout cas lorsque la taille de ses rôles lui en donne l’occasion, on le sent très impliqué, s’investissant totalement dans ce rôle légèrement en retrait, aussi bien dans les scènes physiques à ski que dans les moments plus intimes de tension.

Après son joli rôle dans un épisode de la série Death Valley Days, quelques mois plus tôt, la télévision réussit décidément bien au jeune Clint Eastwood, qui trouve là des rôles sans doute plus formateurs et en tout cas plus consistants que ses quelques apparitions au cinéma…

Libre comme le vent (Saddle the wind) – de Robert Parrish (et John Sturges) – 1958

Posté : 17 août, 2021 @ 8:00 dans 1950-1959, PARRISH Robert, STURGES John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Libre comme le vent

Deux frères très différents qui finiront par s’affronter, une femme trop belle entre les deux, des barbelés qui viennent remettre en cause le principe des grands espaces ouverts, un grand propriétaire face à de petits fermiers, un gunman qui débarque en ville pour affronter le héros, auréolé d’une réputation de fine gâchette… Rarement un western aura brassé autant de thèmes si classiques avec une telle originalité.

Avec ce film, ramassé et d’une intensité folle, Parrish transcende littéralement le genre qu’il donne l’impression, sur le papier, de servir aveuglement. Tout, en fait, est surprenant, audacieux, fracassant. Le tueur qui débarque au début du film, joué par un Charles McGraw toujours parfait, étonnamment digne, et au destin totalement inattendu, presque grotesque. Le puissant propriétaire, dont le grand Donald Crisp fait une sorte d’incarnation de la justice et de la sagesse. Et puis ces deux frères si différents, campés par deux comédiens effectivement très différents : Robert Taylor, d’un classicisme instinctif, et John Cassavetes, très Actor’s studio.

D’emblée, Robert Parrish sème une espèce de trouble dans sa manière de mettre en scène le premier duel, comme un acte fondateur dont la violence ne cessera d’avoir des effets tragiques. Superbement réalisé, ce duel fait surtout éclater la dimension morale et désespérée de ce western, en apparence si classique, qui se révèle en fait être une véritable tragédie familiale. Tout, dans le comportement des deux frères comme dans la pure mise en scène de leur relation, semble annoncer le dénouement.

Parrish sème des petits cailloux, comme ça. Mais en nous faisant croire qu’il nous mène en terrain connu, il nous guide en fait dans un monde dont la violence a quelque chose de tristement banale. La figure du fermier vêtu de son uniforme de vainqueur nordiste, incarné par Royal Dano, est particulièrement forte, « vainqueur » dont la pauvre destinée renvoie directement à l’absurdité d’une guerre qui n’a en fait engendré que victimes et chaos.

Petite production d’une intensité folle, et vraiment ambitieux dans sa peinture de la violence et de ses effets. Sans rien dévoiler de la conclusion, disons simplement qu’elle est probablement unique dans l’histoire du western, et qu’elle confirme la profonde empathie que le cinéaste a pour ses personnages, et le dégoût profond qu’il témoigne à la violence, dont personne, jamais, ne sort vraiment vainqueur.

La Chevauchée de la vengeance (Ride Lonesome) – de Budd Boetticher – 1959

Posté : 2 juillet, 2021 @ 8:00 dans 1950-1959, BOETTICHER Budd, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Chevauchée de la vengeance

Une première scène, admirable de tension : affrontement simple et frontal de deux hommes dans un paysage de roches où la menace invisible est palpable, omniprésente, petit chef d’œuvre d’introduction, d’une efficacité absolue.

Une dernière image, superbe et apocalyptique, d’un homme seul devant un arbre en feu, au cœur d’une clairière vers laquelle toute l’action se dirigeait. L’image, dramatique et visuellement somptueuse, d’un destin qui s’accomplit…

Entre ces deux grands moments, à peine 1h10 d’un western épuré et radical, l’un des sommets de la collaboration entre Randolph Scott et Budd Boetticher. Scott tel qu’en lui-même, minéral et déterminé, hanté – encore – par la mort de son épouse des années plus tôt.

Une histoire de vengeance, donc, une nouvelle fois, qui vient troubler un schéma westernien que l’on croît connaître par cœur : celui du chasseur de prime traqué par le frère de sa proie, qui fait alliance de circonstance avec un rival qui finira par se retourner contre lui.

Schéma classique, mais western constamment surprenant, et étrangement apaisé, bienveillant, et optimiste malgré la noirceur et la violence du propos. Boetticher utilise ces personnages archétypaux et ces paysages si typiques du genre pour détourner les poncifs du western.

L’histoire de vengeance devient celle d’accomplissements personnels, un western humain, original, et passionnant.

Victor – de Claude Heymann – 1951

Posté : 1 juillet, 2021 @ 8:00 dans 1950-1959, GABIN Jean, HEYMANN Claude | Pas de commentaires »

Victor

Pas le plus prestigieux des films de Gabin, pas le meilleur non plus, loin de là. Ce Victor est même l’un des plus approximatifs de ces années d’après-guerre, par ailleurs nettement plus intéressantes que ce que l’acteur lui-même en disait.

Il fait d’ailleurs ce qu’il peut, Gabin, pour donner du poids à ce personnage qui en manque cruellement. Victor, brave homme qui sort de prison où il a purgé un an à la place de celui qu’il considère comme son meilleur ami, qui vit avec celle dont il croit être amoureux.

Ces deux là forment la seule originalité du film : Françoise Christophe (et sa voix à la Michèle Morgan) et Jacques Castellot, couple libre, voire libertin, dont l’avidité et la mesquinerie affichée cachent une vérité plus complexe.

La principale limite, c’est Claude Heymann, réalisateur et scénariste, qui adapte une pièce d’Henry Bernstein (l’auteur du Bonheur, de Samson ou du Messager) avec une nonchalance assez rare.

Les dialogues, notamment, sont d’une maladresse confondante, Gabin lui-même semblant mal à l’aise, surjouant parfois pour tenter de donner du naturel à des situations qui manquent.

Mal construit, le film manque d’intensité. Heymann foire les grands moments dramatiques, utilise maladroitement les ellipses, et fait de Brigitte Auber une sorte de potiche sans grand-chose à jouer.

Pas désagréable pour autant, Victor est une curiosité. Entre la douceur assez convenue de Brigitte Auber et la liberté très moderne d’une Françoise Christophe nettement plus complexe, le film est constamment le cul entre deux chaises.

En demi-teinte donc, ce Victor pas désagréable, une curiosité et un rôle plutôt attachant pour Gabin, dont la réplique finale (« C’est comme ça ! ») est assez réjouissante.

Le Vengeur agit au crépuscule (Decision at Sundown) – de Budd Boetticher – 1957

Posté : 6 avril, 2021 @ 8:00 dans 1950-1959, BOETTICHER Budd, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Vengeur agit au crépuscule

Troisième des sept films que Randolph Scott tourne avec Boetticher. Pas le plus connu, pas le plus réussi, pas le moins intéressant non plus. Mine de rien, le duo (Scott co-produit le film) bouscule allégrement les codes du western dans ce film aussi court (à peine 1h15) que surprenant.

On est pourtant dans un schéma qui paraît bien classique, une sorte de double inversé de Quatre étranges cavaliers, le chef d’œuvre de Dwan : les deux héros débarquent dans une petite ville le jour où l’homme qu’ils traquent doit se marier avec la jolie fille d’une grande famille.

Il y a de la vengeance dans l’air : comme souvent chez Boetticher, Scott incarne un homme hanté par son passé, dont la femme est morte de manière violente. Et on imagine bien que celui qu’il recherche depuis trois ans, et que joue John Carroll, n’est pas étranger à cette mort. Mais cette intrigue classique n’est là que pour mieux être détournée, voire éclater en morceaux.

Tout est absurde dans cette histoire : la pseudo attaque qui ouvre le film, au cours de laquelle le personnage de Scott attend longuement son partenaire qui tarde à apparaître ; son coup de sang idiot durant le mariage qui le pousse à se laisser encercler dans une étable où il passe les trois-quarts du film coupé de la ville et du drame ; la vengeance elle-même, sans vouloir en dire trop…

Le personnage de Scott n’est finalement qu’une idée, une sorte de caricature dont la superbe prend un sacré coup dans l’aile au contact de la réalité. En cela, la fin du film est franchement superbe, tournant le dos assez radicalement aux poncifs du genre. La prestation de Randolph Scott est alors aussi intense qu’émouvante. Celle de John Carroll, « méchant » bien surprenant, est peut-être la meilleure de sa carrière.

Sur le thème souvent emprunté de la collectivité qui renoue avec sa conscience perdue, Boetticher ne cesse de surprendre, met en scène un barman philosophe (« Si vous étiez barman depuis aussi longtemps que moi, vous ne vous feriez pas autant d’illusion sur les hommes »), ou un pasteur alcoolique… Surprenant, toujours, un petit western d’une vivacité folle.

Le Banni des îles (Outcast of the islands) – de Carol Reed – 1951

Posté : 4 avril, 2021 @ 8:00 dans 1950-1959, REED Carol | Pas de commentaires »

Le Banni des îles

Dans l’Asie colonisée de la fin du 19e siècle, un jouisseur britannique cynique et peu scrupuleux perd en quelques heures son job et son foyer. Il réussit à fuir la police qui le recherche en manipulant un capitaine de bateau, le seul homme qui lui ait jamais donné sa chance, et qui l’emmène jusqu’à une île inaccessible, par une voie maritime dont lui seul a le secret.

Après Le Troisième Homme, Carol Reed se sent visiblement en confiance, et plein d’ambition. Il porte son dévolu sur un roman de Joseph Conrad, et réaffirme son goût pour les immersions dans des décors inédits, pour un cinéma à visée ethnologique, qui ne sacrifie pas pour autant le récit et ses drames.

Le destin de ce « héros », sale type antipathique dont on a bien du mal à plaindre la déroute, est surtout l’occasion de confronter son regard d’occidental (celui du personnage comme celui du cinéaste) à une culture dont il ne connaît visiblement pas grand-chose, mais qu’il découvre avec une fascination manifeste, et dont il cherche à capter l’esprit avec des décors naturels pour l’essentiel, et de nombreux figurants hindous.

Ambitieux, le film n’est pourtant qu’à moitié réussi. Il semble même y avoir là deux films qui peinent à se comprendre. D’un côté, ces images fascinantes de la vie dans ce village sur le fleuve, avec de nombreux gros plans sur des gueules qui semblent surprises dans leur quotidien, comme des images volées à une société disparue. De l’autre, des compromis impardonnables pour un tel sujet, avec des acteurs européens lourdement maquillés pour jouer les personnages d’indigènes les plus importants. Gênant.

Une grosse erreur de casting, aussi : Ralph Richardson, qui fait un vieux loup de mer très carton-pâte avec son phrasé tout en outrances et en vibrato et un charisme réel mais théâtral, rompant brusquement et malheureusement avec la recherche de vérité du film. Dommage, parce que Trevor Howard, lui, est très bien dans le rôle principal, comme Robert Morlay, pathétique et inquiétant.

La confrontation de ces deux hommes, représentant deux aspects également détestables de l’arrogance coloniale européenne, colle elle parfaitement au propos du film, qui souligne derrière le drame humain la cohabitation impossible de deux cultures, deux civilisations qui ne se comprennent pas et, surtout, ne s’aiment pas.

Un peu le cul entre deux chaises, Carol Reed s’en tire avec les honneurs. Et faute de réussir un ensemble vraiment cohérent, il rappelle le temps que quelques séquences remarquablement construites qu’il peut être un cinéaste passionnant, comme lors de cette étreinte dans l’obscurité d’une cabane, troublée par l’irruption du vieil aveugle, scène visuellement splendide comme tout droit sortie d’un film noir. Ou la dernière séquence, sous la pluie, où le suspense et le pathétique atteignent des sommets…

12345...47
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr