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Archive pour la catégorie '1950-1959'

Le Mur du son (The Sound Barrier) – de David Lean – 1952

Posté : 11 juin, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, LEAN David | Pas de commentaires »

Le Mur du son

David Lean qui s’enflamme pour l’univers des pilotes d’essai ? Le postulat semble improbable, tant on garde l’image d’un cinéaste dont les œuvres les plus célèbres sont portées par la lenteur. C’est oublier un peu vite que Lean n’a pas toujours été ce réalisateur des grandes fresques contemplatives, que ses débuts ont été marqués par l’univers pas si éloignés de la marine (Ceux qui servent en mer), et qu’il aimait aussi passer d’un univers à l’autre.

Entre deux formidables adaptations de Dickens (Oliver Twist et Great Expectations) et l’ère des grands voyages (inaugurée avec Vacances à Venise), Lean tourné une poignée de films un peu oubliés, mais qui confirment l’étendue de son talent, du dramatique Madeleine à la comédie Chaussure à son pied. Le Mur du son, le plus méconnu peut-être de ses films, est à la fois inattendu et très leanien.

La plus belle idée du film, c’est d’avoir privilégié le point de vue d’une femme (Ann Todd, déjà à l’affiche des Amants Passionnés et de Madeleine), fille, sœur et épouse de pilotes, qui ne comprend pas les motivations de ces hommes qu’elle aime pourtant. Ce regard perplexe (au mieux) donne un relief particulier aux relations entre le riche patriarche Ralph Richardson et son fiévreux beau-fils Nigel Patrick, tous deux excellents.

Ce n’est évidemment pas Top Gun, ce n’est pas non plus Les Ailes (référence incontournable du film d’aviation), mais les séquences aériennes sont particulièrement réussies. Sans grands effets spectaculaires, mais en choisissant de filmer les exploits aériens au plus prêt des visages, Lean crée habilement la tension, chaque séquence aérienne enrichissant la suivante.

Sans doute ces séquences ont-elles moins intéressées le cinéaste par elles-mêmes que par les thèmes qu’elles trimballent : l’obsession de pilotes qui mettent sciemment leur vie sur la balance pour être les premiers à franchir cette barrière du son, ultime saut dans l’inconnu pour ces pionniers tardifs de l’aéronautique. En tout cas jusqu’au prochain saut vers l’espace, que les dernières images annoncent comme une étape logique et incontournable, parce que l’homme est fait pour se confronter à l’inconnu. Et si ça, ce n’est pas un thème leanien…

L’équipée sauvage (The Wild One) – de László Benedek – 1953

Posté : 10 juin, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, BENEDEK Laszlo | Pas de commentaires »

L'Equipée sauvage

Ah ! Brando tout de cuir vêtu, les lunettes de soleil sur le nez, le cul sur sa moto… Une image 100 % mythique, de celles qui font la grandeur d’Hollywood. Fut un temps où des tas d’ados avec un poster du genre dans sa chambre, souvent sans même avoir vu le film, qui a toujours été considéré comme très inférieur aux grands chefs d’œuvre auxquels on associe le génie de Brando immédiatement, Un tramway nommé Désir et Sur les Quais.

L’équipée sauvage a été tourné à mi-chemin entre les deux films d’Elia Kazan. Et s’il n’a pas tout à fait la même puissance, le film est assez fort. Et loin de l’image assez stéréotypée à laquelle son imagerie tout-cuir le réduit trop facilement, il frappe surtout par la bienveillance de son regard. Qu’il filme les habitants de cette petite ville à l’ancienne très attachée à sa tranquillité, ou cette bande de motards un peu écervelés, László Benedek ne verse jamais dans le jugement facile, et encore moins dans le manichéisme primaire.

La relation entre Marlon Brando, chef de bande un peu fatigué, et Lee Marvin, frère ennemi d’une bande rivale, est réjouissante, et illustre bien la bienveillance et la justesse du regard de Benedek : ces deux là sont constamment prêts à s’entre-tuer, mais on sent pourtant tout aussi bien les sentiments fraternels et presque tendre qui les unissent.

Le film appartient à son époque. Deux ans avant La Fureur de Vivre, il symbolise une autre forme de la jeunesse mal dans sa peau et dans son Amérique. Il rappelle d’ailleurs que James Dean, qui incarne pour l’éternité cette jeunesse rebelle à l’autorité, est arrivé après Marlon Brando, pour qui il ne cachait pas son admiration. Brando, le gros dur qui ne sait pas laisser transparaître sa fragilité… La fin du film, sans parole, tout en regards, est un très joli moment de cinéma.

Ouragan sur le Caine (The Caine Mutiny) – d’Edward Dmytryk – 1954

Posté : 15 mai, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, BOGART Humphrey, DMYTRYK Edward | Pas de commentaires »

Ouragan sur le Caine

Les décisions d’un capitaine tyrannique et mentalement fragile incitent ses hommes à lui retirer le commandement de son bateau. Humphrey Bogart est très bien en figure autoritaire et paranoïaque, tantôt glaçant tantôt pathétique, variation moderne et assumée (avec citation explicite à l’appui) du capitaine Blye des Révoltés du Bounty. Efficace mais sans grande surprise, le film vaut d’ailleurs surtout pour son casting, formidable.

On oubliera quand même le falot Robert Francis, dont on a bien du mal à comprendre comment il peut plaire à ce point au personnage de May Wynn, fils à maman lui aussi pathétique à sa manière. Nettement plus intenses, deux personnages : celui de Fred McMurray, beau parleur, voire donneur de leçon, qui se heurte tardivement à la réalité bien concrète de ses paroles. Et son double négatif en quelque sorte : Van Johnson, second tempéré et très « by the book », qui lui assumera jusqu’au bout ses actes.

Entre eux deux, un avocat au regard à l’acuité parfaite… et amère, à qui José Ferrer, sobre et parfait, apporte une vraie profondeur, et une fin amère qui sonne juste. Ajoutons Tom Tully en capitaine borderline, Lee Marvin et Claude Akins en matelots bonnards, E.G. Marshall en procureur un peu raide… Une distribution quatre étoiles pour un film très prenant.

Pas un chef d’œuvre, non : les scènes de mouvements maritimes manquent de clarté, il manque aussi un brin d’intensité, voire un enjeu dramatique fort : en pleine guerre, on imaginerait autre chose qu’une simple tempête. Et puis la référence au Bounty est tellement évidente qu’elle en devient écrasante. Au-delà du plaisir que procurent les acteurs, le film a un côté un peu vain.

L’Air de Paris – de Marcel Carné – 1954

Posté : 14 mai, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, CARNÉ Marcel, GABIN Jean | Pas de commentaires »

L'Air de Paris

Quatre ans après La Marie du Port, et quinze ans après Le Jour se lève et Le Quai des brumes, Jean Gabin retrouve Marcel Carné pour la dernière fois de sa carrière, et pour le plus faiblard de leurs quatre films en communs. On est loin, bien sûr, des deux immenses chefs d’œuvre d’avant-guerre, mais loin aussi de leurs premières retrouvailles en 1950. L’Air de Paris manque cruellement de passion, ce qui est tout de même bien dommage pour un film qui ne parle que de ça.

Gabin, lui, est formidable dans un rôle tout en nuances, mine de rien : celui d’un entraîneur de boxe qui trouve dans un jeune paumé l’espoir qu’il a attendu toute sa vie, une graine de champion qu’il veut mener là où lui-même n’a pas réussi à se hisser. C’est Roland Lesaffre, que Gabin avait croisé sous les drapeaux, et qui sera le partenaire privilégié de Carné pendant vingt-cinq ans. Acteur pas franchement enthousiasmant, Lesaffre a pour lui un physique, qui donne une vraie force à ce personnage de jeune boxeur. Carné s’amuse à flirter avec un sous-texte homosexuel, filmant ce corps comme un idéal à atteindre, avec lequel l’épouse de l’entraîneur a bien du mal à rivaliser.

C’est Arletty, touchante en épouse délaissée par un mari qui ne se passionne plus que pour son jeune éphèbe. Quel couple, quand même : Arletty et Jean Gabin, si loin du Jour se lève, qui luttent contre la monotonie… Face à ce couple ancré dans le réel, où Gabin semble si solidement ancré, la romance entre le jeune boxeur et la belle femme du monde sonne comme une chimère…

Plein de bonnes intentions, le film ne tient pas toutes ses promesses hélas. Tout en saluant la prestation de Gabin, et quelques belles scènes, on se dit que Carné aurait mieux fait de rester fidèle au réalisme poétique d’avant-guerre, que le début du film semblait annoncer : sur fond noir, avant que le générique défile, la voix d’Yves Montand (lui-même qui avait remplacé Gabin dans Les Portes de la Nuit) entonne in extenso une chanson à la gloire de Paris. Entrée en matière étonnante et séduisante.

La Marque (Quatermass 2) – de Val Guest – 1957

Posté : 23 avril, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, GUEST Val | Pas de commentaires »

La Marque

Plus encore que le premier film, ce deuxième Quatermass s’impose comme l’un des modèles incontournables d’un John Carpenter, qui s’en inspirera beaucoup, particulièrement pour l’un de ses chefs d’œuvre, Invasion Los Angeles. Le film de Val Guest prend le même parti pris d’évoquer un « grand remplacement » en s’intéressant à un microcosme socialement très marqué. Carpenter ira plus loin et de manière plus frappante dans sa peinture d’une Amérique de déclassés. Mais déjà, c’est un milieu similaire que choisit Guest : un petit village anglais dont la cohésion est basée sur le plein emploi offert par une usine voisine.

Une usine aux secrets bien mystérieux, et bien inquiétants. Ce que ce « brave » Quatermass ne tardera pas à comprendre. Toujours interprété par Brian Donlevy, Quatermass n’a rien gagné en sympathie. Clairvoyant et courageux, il n’en reste pas moins un homme froid et cassant, totalement dénué du plus petit sens de l’humour. Un personnage revêche et mal aimable, que Donlevy ne fait rien pour humaniser.

La menace est encore plus palpable et plus directe que dans Le Monstre. L’approche n’est pas plus ouvertement spectaculaire pour autant. Il y a bien la séquence finale, monstrueuse au sens premier du terme. Et il y a une utilisation assez remarquable d’effets spéciaux rudimentaires, mais d’une efficacité folle. Mais la plupart du temps, la tension et la peur passent par les silences, le hors-champs et l’attente. Encerclés par le danger, les personnages principaux se contentent de tourner la manette d’une machine, sans aucun effet supplémentaire, et c’est totalement prenant.

Cette histoire de marque qui confirme que les personnages ont été infectés n’a rien d’unique : elle sera reprise à de multiples reprises au cinéma ou à la télévision. Elle est abordée ici avec une simplicité qui fait mouche. La simplicité : c’est ce qui frappe le plus dans ce film flippant et direct, qui reste l’une des références incontournables dans la série B paranoïaque. Le personnage de Quatermass reviendra pour un troisième long métrage dix ans plus tard dont le titre annonce des thèmes similaires (Les Monstres de l’espace), mais sans Brian Donlevy, et sans Val Guest.

Maggie (The ‘Maggie’) – d’Alexander Mackendrick – 1954

Posté : 21 avril, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, Mackendrick Alexander | Pas de commentaires »

Maggie

Une course poursuite au gré du courant, ou de la marée. Voilà à quoi se résume cette réjouissante comédie au prétexte délicieusement anodin. L’équipage d’un vieux rafiot promis au cimetière des bateaux profite d’un malentendu pour embarquer la cargaison d’un riche américain, qui ne tarde pas à comprendre la méprise et à partir à sa poursuite.

Rien de bien sérieux, donc, et on rit même franchement devant cette aventure maritime et fluviale qui ne s’éloigne jamais vraiment des côtes, et qui ne semble faite que d’allers et retours, l’avancée du bateau n’empêchant jamais les poursuivis et les poursuivants de se croiser et de se recroiser constamment, comme si l’embarcation n’arrivait jamais réellement à se détacher de la terre ferme.

Cette impression donne le ton du film, et le rythme de l’histoire. A l’image de ce départ précipité du « Maggie » (le nom du rafiot), stoppé quelques minutes plus tard à peine par la voûte du métro qui passe sous le port, trop haute pour permettre un passage à marée basse. Étonnante et irrésistible course tuée dans l’œuf. Toute la suite est à l’avenant, avec d’innombrables beuveries, et même une scène de braconnage qui vient troubler la navigation.

C’est drôle, parfois même décapant. Mais ce faux-rythme dit aussi beaucoup du décalage entre la frénésie des grandes machines américaines, et cette espèce de nonchalance d’une Ecosse traditionnelle qui résiste tant bien que mal. Entre les deux, Mackendrick, le réalisateur des plus fameuses comédies du cinéma britannique de l’époque (L’Homme au complet blanc, Tueur de dames), a fait son choix. Le magnat américain lui-même s’en rendra compte : derrière cette nonchalance qui ressemble à du détachement, il y a surtout du cœur, et une humanité folle.

Et derrière le rire, une ode à la simplicité et à la modestie. Irrésistible.

Le Monstre (The Quatermass Xperiment) – de Val Guest – 1955

Posté : 18 avril, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, GUEST Val | Pas de commentaires »

Le Monstre

Voilà bien longtemps (ça se compte en décennies) que j’avais envie de voir ce Quatermass Xperiment, première aventure au cinéma d’un personnage (le scientifique Bernard Quatermass) imaginé par le scénariste Nigel Kneale (d’abord pour la BBC), film auquel John Carpenter se référait régulièrement, le considérant comme l’une de ses influences majeures.

C’est aussi le film dont le succès a marqué le début de l’âge d’or de la Hammer. Et d’emblée, dès la première séquence, l’importance du film et sa singularité apparaissent avec fulgurance. Val Guest filme la campagne anglaise dans ce qu’elle a de plus banale : un couple s’ébat entre deux balles de foin, lorsqu’une mystérieuse et inquiétante lumière apparaît. En quelques images d’une simplicité radicale, gardant le plus longtemps possible hors champs la source du malaise, Guest fait se confronter l’insouciance du quotidien et la terreur de l’inconnu.

L’histoire n’est pas si loin des films de SF américains, qui jouent allégrement sur la peur communiste à cette époque. Quatermass y est un scientifique qui a envoyé une fusée transportant trois hommes dans l’espace, fusée qui revient avec un seul survivant physiquement et mentalement transformé, et d’où les deux autres semblent avoir été tout simplement effacés. La menace qui vient de l’espace, la crainte pour la survie de l’humanité… Rien de bien neuf, au fond.

Sauf que la menace en question repose moins sur un invasion à proprement parler que sur un phénomène physique qui relève plus de l’incident naturel. Elle est intérieure, larvée, intime et douloureuse. Ni gentils, ni méchants dans ce film où le sentiment d’étouffement ne cesse de croître. Le personnage principal lui-même, incarné par un Brian Donlevy tout en raideur butée, est franchement antipathique. Quant au flic Lomax joué par Jack Warner, il est aussi sympathique… que transparent.

Mais si le film est aussi passionnant, aussi tendu, c’est pour l’intelligence et l’intensité de sa mise en scène. Val Guest joue habilement avec les détails qui détonnent avec le contexte très réaliste. Une lumière dans le ciel donc, mais aussi une main boursouflée que l’on devine dans une poche, une traînée visqueuse sur le sol. Les gros effets sont rares, et c’est cette économie de moyen qui les rend plus percutants. Un petit modèle de mise en scène qui, malgré le côté un peu statique des scènes les plus dialoguées, reste d’une efficacité folle.

Identité judiciaire – de Hervé Bromberger – 1951

Posté : 13 avril, 2022 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, BROMBERGER Hervé | Pas de commentaires »

Identité judiciaire

Identité judiciaire est le film qui a en quelque sorte servi de « pilote » aux 5 dernières minutes. Raymond Souplex y interprète dans les deux cas un commissaire de police sagace et intègre. Identité judiciaire est surtout un grand polar, digne des grands films noirs américains. A la fois une peinture passionnante du quotidien des forces de l’ordre, et remarquable thriller.

On pourrait simplifier en coupant le film en deux grandes parties, clairement distinctes : la première largement consacrée au travail minutieux d’investigation, la seconde se résumant à un suspense particulièrement dense. C’est un peu vrai, mais le film de Bromberger joue en fait constamment sur les deux tableaux, mêlant intimement le film de genre plein de rythme et de brutalité, et la minutie d’une mise en scène presque anthropologique.

L’intrigue est finalement assez banale : la recherche d’un mystérieux criminel qui drogue de jeunes femmes dont plusieurs sont mortes. La révélation apparaît d’ailleurs vers la moitié du métrage. Beaucoup moins anodin, en revanche : la manière dont le travail de la police est filmé. Dans les détails, en longueur, en s’attardant sur les longs déplacements dans les couloirs du Quai des Orfèvres, sur le travail de la police scientifique, des graphologues, des chimistes, sur les laborieux interrogatoires.

C’est passionnant, et d’autant plus percutant que la vision très documentée du travail de la police n’est jamais déconnectée de l’humain. Les policiers sont des hommes, et le commissaire jongle entre ses obligations professionnelles et sa vie de famille. Humain et faillible, qui s’autorise un « salope » après avoir été rembarré par un témoin récalcitrant. Tout sonne authentique : les rapports entre les flics, l’affection pour les petits délinquants, les emportements trop vifs d’un commissaire frustré…

Le film s’ouvre et se referme sur deux séquences mémorables de traque dans la ville. Deux séquences très différentes l’une de l’autre, mais qui marquent par la précision et l’efficacité de la mise en scène. La première, la fuite tragique d’une jeune fille fugueuse, filmée avec une grande intensité dans les décors naturels de province. La dernière, course-poursuite sous haute tension dans les rues de Paris.

A chaque plan, ou presque, un détail donne du corps et de l’authenticité au récit. Parfois en arrière plan, comme cette épouse qui s’inquiète du sort de son mari enfermé au dépôt, ou la fouille au corps de jeunes femmes « ramassées » dans la rue. Brillant scénario, et brillants dialogues signés Jeansson. Et l’interprétation est impeccable. Raide et pas toujours aimable, Raymond Souplex est parfait. Suave et secret, Jean Debucourt trouve le rôle de sa vie.

La Dernière Chasse (The Last Hunt) – de Richard Brooks – 1956

Posté : 3 avril, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, BROOKS Richard, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Dernière Chasse

Premier des trois westerns réalisés par Richard Brooks (avant Les Professionnels dix ans plus tard et La Chevauchée sauvage vingt ans plus tard), celui-ci est réalisé en plein âge d’or du genre. Et déjà, la vision singulière du cinéaste fait de La Dernière Chasse un film à la fois simple dans la forme, et joliment ambition dans sa manière de mettre en scène des enjeux moraux.

A priori, c’est donc d’une simplicité extrême : deux aventuriers se rencontrent et décident de faire équipe. L’un est un ancien chasseur de bisons qui aspire à une vie sans odeur de sang, alors que les troupeaux ont quasiment disparu. L’autre est un sanguin qui le convainc de profiter avec lui des derniers bisons encore présents pour faire fortune. L’alliance d’un homme bon et réfléchi, et d’un autre impulsif et intolérant… pas vraiment révolutionnaire.

Mais il y a chez Brooks un refus presque viscéral de stigmatiser, ou de se laisser aller à des jugements trop hâtifs. Robert Taylor est ainsi formidablement touchant en sale type pathétique, dont on devine le mal-être derrière son comportement, et même ses crimes. Quant à Stewart Granger, impérial en chasseur vieillissant, il est aussi hanté par toutes les vies qu’il a enlevées, conscient d’avoir été un acteur de l’éradication des bisons.

Il y a aussi dans le film une manière passionnante, qui touche au sublime, de filmer la nature, et la place de l’homme dans l’équilibre spectaculaire mais fragile de ces grands espaces. Là aussi, il serait vain de chercher du manichéisme dans l’approche de Brooks, avec une nature grandiose et magnifique, mais aussi hostile, comme le prouve l’extraordinaire conclusion du duel incontournable, l’une des plus radicales du genre.

Le film est habité par une humanité rare, qui se joue dans des détails étonnants : ce cow-boy qui entre chez le barbier en accrochant son chapeau… et une poule au porte-manteau. Dans ce western spectral, Brooks filme les derniers feux d’un mode de vie : celui des « cow-boys » vivant dans la plaine, celui des Indiens, mourant de faim dans leurs misérables réserves, tandis que les bisons disparaissent à leur tour. Grand film.

Les Ailes de l’espérance (Battle Hymn) – de Douglas Sirk – 1956

Posté : 1 mars, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, SIRK Douglas | Pas de commentaires »

Les Ailes de l'espérance

Le cinéma de Douglas Sirk frappe avant tout pour transformer le mélodrame, parfois le plus outré, en sublimes moments de grâce. Cette fois pourtant, la magie n’opère pas tout à fait. Peut-être parce que Sirk est un peu corseté par une volonté manifeste de ne pas trahir les protagonistes de cette histoire vraie, et encore récente : l’intrigue se déroule en 1950, et elle est introduite par un authentique officier.

Peut-être aussi parce que Sirk, pour qui la rédemption a toujours été un thème essentiel, et proche du mysticisme, ne fait pas que flirter avec l’idée d’une puissance supérieure : dès le générique de début, le mélange de patriotisme et de religiosité est clairement affiché. Il le sera encore plus ouvertement dans une poignée de séquences dramatiques, où l’idée même de divin semble dédouaner les hommes de toutes leurs actions. Un peu dur à avaler pour un athée.

Pas un très grand Sirk, donc. Mais un Sirk tout de même. D’un strict point de vue esthétique, on est même du côté des grandes réussites du cinéaste, dont on retrouve les images chaudes et la manière de filmer ses personnages au plus près, tout en les plaçant dans de (beaux) décors naturels. Avec un personnage taillé sur mesure pour le fidèle Rock Hudson, toujours impeccable.

Il est ici tout en mesure, et terriblement émouvant dans le rôle d’un pilote hanté par un bombardement au cours duquel il a détruit par erreur un orphelinat et tué trente-sept enfants, lors de la seconde guerre mondiale en Allemagne. Nous sommes désormais en 1950, et après avoir en vain tenté de se racheter en devenant révérend, le voilà qui rempile pour devenir instructeur en Corée, où la guerre est déclarée.

Mais l’homme vit toujours avec le souvenir de ces orphelins morts, qui pèsent lourdement sur sa conscience. Alors quand la base est « prise d’assaut » par des orphelins coréens, il décide de les nourrir, puis d’improviser un orphelinat avec l’aide de deux Coréens qui acceptent sans trop réfléchir de tout abandonner pour son projet…

Une histoire vraie, donc, avec son lot de scènes très émouvantes. De petits riens parfois, comme le regard de cette jeune bénévole énamourée qui comprend que cet Américain est marié. Ou le gamin, Tchou, qui se jette dans les bras de cet homme qu’il n’est pas loin de considérer comme son père.

Il y a aussi quelques séquences de batailles aériennes plutôt bien troussées, à défaut d’être renversantes. Les débats moraux du héros sont assez passionnants, mais l’émotion reste quand même le plus souvent ténue, tant le poids du mysticisme vient simplifier le propos. Le film flirte avec un manichéisme un peu rudimentaire, dont Sirk n’est pas vraiment coutumier. D’un autre cinéaste, on applaudirait sans doute. Mais c’est Douglas Sirk, et on sort frustré de ne pas être plus ému.

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