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Archive pour la catégorie '1950-1959'

Allen in movieland (id.) – de Dick McDonough – 1955

Posté : 14 février, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, CURTIS Tony, EASTWOOD Clint (acteur), McDONOUGH Dick, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Allen in movieland

Voilà une curiosité dans la carrière de Clint Eastwood. 25 ans, sous contrat à la Universal depuis quelques mois, Clint venait alors de décrocher sa première panouille à l’écran dans La Revanche de la créature (sorti trois mois plus tôt dans les salles américaines). Et il fait ici sa toute première apparition télévisée, dans un programme destiné à promouvoir les dernières productions de la Universal.

Intéressant à plus d’un titre, ce programme démontre d’abord qu’à l’époque, on ne se contentait pas de diffuser les bandes annonces. Allen in movieland met en scène la vedette de télévision Steve Allen, vedette de la télévision, choisi pour incarner Benny Goodman dans un biopic, que l’on voit découvrir les studios dans une série de scènes humoristiques.

Il y croise de nombreuses vedettes maison : Tony Curtis qui répète des cascades de son nouveau film (Les Années sauvages), Audie Murphy qui évoque son film autobiographique L’Enfer des hommes, Piper Laurie qui pousse la chansonnette, ou encore Jeff Chandler. Ce dernier présente son dernier film (La Muraille d’or avec Jane Russell), prouve qu’il a un beau timbre de voix… et devient le premier à prononcer le nom de Clint Eastwood à l’écran !

Le narrateur du programme explique le fonctionnement du studio, et notamment la politique visant à prendre des jeunes talents sous contrats pour les former (et les avoir sous la main). C’est ce que connaît Clint à cette époque, et le voilà jouant les utilités auprès de deux autres jeunes acteurs (Rex Reason et Grant Williams) dans un court métrage adapté de Bright Victory.

Il y est d’ailleurs très bien, même si son rôle n’est qu’un contrepoint à ceux de ses deux comparses : un jeune soldat devenu aveugle qui s’en prend amèrement à l’officier qui tente de l’aider, sans réaliser que ce dernier a lui-même perdu la vue. Un simple observateur, à l’exception d’une réplique percutante qui « ouvre les yeux » du jeune soldat.

Comme un petit signe du destin : ce passage est suivi par un numéro dansant sur la musique de « That all black magic », chanson de Harold Arlen et Johnny Mercer que Clint Eastwood utilisera quelques décennies plus tard dans Minuit dans le jardin du bien et du mal (chantée alors par Kevin Spacey).

Et puis, pour ce grand amoureux de jazz, cette expérience a dû être marquante : dans la scène finale de Allen in movieland, tout le cast se réunit autour de Steve Allen et de Benny Goodman lui-même, qui se lancent dans un duo piano-clarinette. On y voit très clairement Clint Eastwood dodelinant de la tête et affichant un large sourire derrière l’épaule de Goodman. Classe.

Les Aventuriers du Far West : The Last Letter (Death Valley Days : The Last Letter) – série créée par Ruth Woodman – épisode réalisé par Stuart R. McGowan – 1956

Posté : 10 février, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, EASTWOOD Clint (acteur), McGOWAN Stuart R., TÉLÉVISION, WESTERNS, WOODMAN Ruth | Pas de commentaires »


Death Valley Days The Last Letter

Les débuts de Clint Eastwood ont décidément été plus satisfaisants à la télévision qu’au cinéma, où ses tout premiers rôles se limitent à de brèves apparitions le plus souvent sans consistances. En 1956, il a bien droit à son nom au générique et à d’avantage de scènes que d’habitude dans The First Travelling Saleslady, mais son personnage est un cliché souriant sur patte, rigolo mais totalement inconsistant.

Cette même année, il trouve son premier rôle intéressant dans cet épisode d’une série au long cours, commencée à la radio dès les années 30, anthologie racontant des épisodes plus ou moins authentiques et plus ou moins glorieux de la conquête de l’Ouest, vers la Californie. En l’occurrence : l’histoire d’Alexander Todd, chercheur d’or qui découvre qu’il est plus facile pour lui de faire fortune en créant un service postal entre les mineurs et San Francisco.

Ce personnage authentique est interprété par William Pullen, acteur aperçu (si on cherche bien) dans Eve et Victime du Destin, et qui campe un Todd particulièrement peu attachant. Deuxième au générique, Clint Eastwood, tout jeune et légère moustache, est, de loin, le personnage le plus intéressant de l’épisode : un mineur solitaire et taciturne, qui a perdu goût à la vie et refuse d’adhérer au service postal.

Et il est très bien, le jeunôt Clint, très émouvant dans le rôle de ce pionnier malheureux au bord de la dépression, à qui le réalisateur réserve les deux plus beaux moments : des gros plans sur son visage résigné et fatigué, qui révèlent déjà l’intensité de sa présence. Bien plus en tout cas que les panouilles qu’il a eu l’occasion de faire sur grand écran jusque là.

Je suis un aventurier (The Far Country) – d’Anthony Mann – 1954

Posté : 1 février, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, MANN Anthony, STEWART James, WESTERNS | Pas de commentaires »

Je suis un aventurier

S’il y a une constante dans les westerns du duo James Stewart-Anthony Mann, c’est bien l’importance qu’y prend la nature. Qu’elle que soit la manière dont elle s’inscrit dans le film, d’ailleurs. Et The Far country est, en cela, aux antipodes de The Naked Spur, western dépouillé à l’intrigue resserrée.

Cette fois, Mann fait le choix du grand spectacle, des grands espaces, mais aussi d’une intrigue volontairement lâche. A vrai dire, toute la première moitié est même quasiment privée de vrai fil narratif : la caméra de Mann semble errer dans ce Nord sauvage au hasard des rencontres, des choix et des mésaventures de son héros, aventurier faussement en quête de fortune.

Faussement, parce qu’on sent bien que l’aventure est un but en elle-même, et qu’il ne partage pas le besoin de son fidèle acolyte (le plus grand geignard de l’histoire du western, Walter Brennan) de se retirer dans un petit ranch bien tranquille, malgré la clochette qui l’accompagne partout : cette clochette fixée à sa selle dont il dit à qui veut l’entendre qu’il l’accrochera à la porte de sa maison… plus tard.

James Stewart est une nouvelle fois immense dans cette déambulation fascinante dans ce « far country », l’Alaska de 1896, dernier bastion sauvage où la société et l’ordre restent à construire. Tout un symbole, pour ces éternels aventuriers de l’Ouest sauvage, espèce en voie de disparition forcée de monter vers le Nord pour échapper à la civilisation déjà ordonnée. Ici, la loi est encore autoproclamée : elle prend les traits de John McIntire, génial en faux juge odieux et roublard.

Paysages grandioses, couleurs magnifiques, rythme incroyable… Nouvelle grande réussite pour Anthony Mann, à qui on pardonne volontiers le côté un peu cheap du troupeau censé être énorme mais qui se limite à l’écran à une quinzaine de bêtes égarées. Bizarre, mais jamais au point de gâcher l’immense plaisir que procure ce western indispensable. Comme tous les autres du tandem, qui chaque fois réussit à se réinventer pour signer un jalon majeur du genre.

Highway Patrol : Motorcycle A (id.) – épisode réalisé par Lambert Hillyer – 1956

Posté : 30 janvier, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, EASTWOOD Clint (acteur), HILLYER Lambert, POLARS/NOIRS, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Highway Patrol Motorcycle A

Clint Eastwood a tourné face à Broderick Crawford. Juste ça, ça mérite que l’on jette un œil à cet épisode d’une série télé totalement oubliée aujourd’hui : Highway Patrol, show totalement à la gloire des forces de l’ordre, dans la lignée (mais en plus policée) des polars de série B des années 40, genre où Anthony Mann ou Richard Fleischer ont fait des débuts très remarqués.

On n’est clairement pas à ce niveau là : Highway Patrol est tout juste sympathique, grâce surtout à la présence décidément toujours marquante de son acteur principal, Broderick Crawford donc, voix grave et profonde qu’on écoute sans moufter, tant le gars dégage une autorité naturelle. Sympathique, mais aussi anonyme dans sa mise en scène, et modeste dans son propos.

Si on en parle ici, c’est donc parce que le jeune Clint Eastwood, entre deux apparitions sans envergure sur grand écran, tient ici un second rôle un peu plus consistant : celui d’un motard en blouson de cuir victime de la hargne d’un patron de bar, bien décidé à débarrasser sa petite ville de la présence des bikers, qu’il accuse de tous les maux de la terre depuis qu’une bande à motos à mis la ville à sac, estropiant par la même occasion sa femme.

Sauf que Clint et son pote sont des motards sympas qui ne voulaient que manger un morceau. Et sauf que la mesquinerie du cafetier va se terminer en drame. Heureusement, Broderick Crawford et les flics de la Highway Patrol ne sont pas dupes, et ils vont remettre les choses à leur place en moins de trente minutes : le temps que dure cet épisode.

Ce n’est pas inoubliable, loin s’en faut, mais c’est une (petite) étape dans la carrière de Clint…

Passage interdit (Untamed Frontier) – de Hugo Fregonese – 1952

Posté : 17 janvier, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, FREGONESE Hugo, WESTERNS | Pas de commentaires »

Passage interdit

Un western signé Hugo Fregonese : l’assurance d’un bon film avec son lot de surprises et une vraie tension. Pas manqué : ce Passage interdit a beau cumuler les thèmes les plus courants du genre, il le fait avec ce petit quelque chose qui fait la différence. Et avec style, et efficacité.

On a donc droit à l’éternelle opposition de deux faux frères dont le plus légitime est aussi le plus odieux (Scott Brady, impeccable face à un Joseph Cotten plus marmoréen que jamais). Et aussi l’opposition d’une grande famille de propriétaires terriens face à de modestes éleveurs qui réclament leurs droits à la terre.

Bref, rien de bien original a priori, sauf que toute l’intrigue est racontée du point de vue de la puissante famille, donc des méchants pour faire simple. Et que simple parti-pris met franchement à mal la notion de bons et de méchants.

Et pour ça, la prestation de Cotten est à peu près idéale. Fermé, désagréable, obtus… c’est ainsi qu’il apparaît dans la première partie du film, où il ne fait que quelques apparitions, dans l’ombre du flamboyant Scott Brady. L’image même du sale type, en fait, dont on découvre tardivement l’humanité quand la caméra se focalise plus longuement sur lui.

En révélatrice de ce changement, et en fil rouge de l’histoire, Shelley Winters est elle aussi parfaite, à la fois victime et femme forte, le trait d’union entre une Clementine et une Chihuahua en quelques sortes (revoyez La Poursuite infernale !).

Fregonese n’oublie ni la violence, ni la cruauté des sentiments, à travers des relations « familiales » sous haute tension : entre les deux cousins, entre le père et son fils, et surtout entre le mari et la femme. Drôle de mariage et drôle de famille parfaite, amers, cruels et cyniques, dont on sent que la possible harmonie retrouvée passe obligatoirement par la mort.

Retour à Glennascaul (Return to Glennascaul) – de Hilton Edwards – 1953

Posté : 14 janvier, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, EDWARDS Hilton, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Retour à Glennascaul

Une curiosité : profitant de l’une des innombrables interruptions du tournage d’Othello, dans lequel ils interprètent respectivement Brabantio et Iago, Hilton Edwards et Micheál Mac Liammóir produisent ce court métrage que le premier réalise, et qui évoque « a story that is told in Dublin », une histoire de fantômes bien sûr, comme on les aime dans ces terres celtiques.

Les deux hommes, fondateurs du Gate Theater à Dublin, sont parmi les artistes plus respectés d’Irlande à cette époque. Mais si ce court métrage est si remarquable, cela est surtout dû à la présence d’Orson Welles lui-même, qui joue avec délectation le jeu de la mise en abyme : cette histoire de fantômes est racontée en flash-backs, par un automobiliste en panne que Welles, sorti du plateau de son Othello, prend en stop.

Cette introduction permet de filmer les coulisses de ce tournage épique. Sans en dévoiler grand-chose d’ailleurs : le plateau est d’avantage évoqué que réellement montré, avec de superbes images presque expressionnistes qui portent clairement la marque de Welles. A-t-il participé à la mise en scène de ce petit film ? Officiellement, non, mais on jurerait qu’il a au minimum inspiré très ouvertement Hilton Edwards.

Le « style Orson Welles » revient constamment au cours du film, mais avec une pointe d’ironie qui vient contrebalancer la légère angoisse qui pointe le bout de son nez. Il y a aussi une belle utilisation de cette petite musique lancinante qui contribue à donner son ton particulier au film. Et puis la voix off, omniprésente, d’Orson Welles, qui se présente d’une manière que les auditeurs de l’époque connaissaient bien : « Ladies and gentlemen, this is your obedient servant… »

Le Rouge est mis – de Gilles Grangier – 1957

Posté : 6 janvier, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, GABIN Jean, GRANGIER Gilles | Pas de commentaires »

Le Rouge est mis

Gabin en braqueur à l’apparence bourgeoise, Lino Ventura en petite frappe dangereuse, Annie Girardot en jeune femme fatale, Paul Frankeur en comparse un peu lâche, Marcel Bozzufi en petit frère encombrant… On est en terrain connu avec ce polar adapté par lui-même d’un roman d’Auguste Le Breton, dont on sait d’emblée qu’il se terminera mal.

Rien de surprenant ? Au contraire. Il y a dans ce film des tas de détails que la caméra de Grangier sait admirablement capter, et qui donnent un ton différent, original, à cet excellent polar. Un bref passage dans un marché populaire plein de vie, une discussion inattendue autour d’actions qui montent ou qui baissent, ou encore une scène totalement inutile avec des cyclistes du dimanche que Gabin regarde partir avec une bienveillance un rien nostalgique…

Il y a de la vie dans Le Rouge est mis. Un savoir faire évident, une efficacité imparable, mais surtout de la vie, que l’on ressent dans chaque scène, et qui a pour effet de renforcer les émotions. Lors du braquage qui ouvre le film, le sentiment de danger est ainsi palpable, sentiment plus fort encore lors de la course poursuite avec les motards de la police. Les face-à-face entre Girardot et Bozzuffi sont elles aussi très fortes, dans un tout autre registre. Jusqu’à la séquence finale, haletante, désespérée et forcément tragique.

Quant à Gabin, il est formidable. A la fois totalement lui-même tel qu’on se l’imagine, et toujours un peu différent : une manière d’être à la fois dur, voire dénué d’empathie, mais aussi humain voire fragile. Il faut voir son regard surpris après s’être pris une giffle par sa mère, ou son regard implorant lorsqu’il rattrape enfin Ventura dans la dernière séquence. Toujours grand, Gabin. Et devant la caméra de Grangier, c’est du bonheur.

La Cuisine des anges (We’re no angels) – de Micharl Curtiz – 1955

Posté : 28 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, BOGART Humphrey, CURTIZ Michael | Pas de commentaires »

La Cuisine des anges

Bogart qui retrouve son réalisateur de Casablanca ? Chouette… Et puis son personnage est un déraciné, prisonnier évadé sur l’île du Diable, loin de son pays. De là à faire le parallèle avec ce chef d’œuvre indémodable, ou avec Le Port de l’angoisse de Hawks, il n’y a qu’un pas qu’on aurait bien envie de franchir allègrement, malgré les couleurs vivres qui surprennent la rétine dès les premières images.

Mais très vite, on réalise qu’on ne va pas le franchir, ce pas. Et que La Cuisine des anges est aussi loin que possible de l’ambiance « noire » que l’on pouvait imaginer d’une nouvelle collaboration entre les deux hommes. Bogart est un évadé, certes, qui ne pense qu’à retrouver sa vie d’antan en tuant ceux qui peuvent se mettre sur son chemin. Mais il ne faut pas bien longtemps pour comprendre qu’il ne dessoudera pas grand-monde. Pas vraiment, en tout cas.

Le voilà donc flanqué de deux comparses improbables. Humphrey Bogart, Aldo Ray, Peter Ustinov… Qui donc a pu avoir l’idée de réunir ces trois-là, si différents, si incompatibles même ? Leur association désarçonne un temps. Et finit par devenir la plus belle qualité du film. Entre ces trois-là que tout oppose, il se produit ce quelque chose qu’il faut bien appeler « alchimie », qui fait que le film fonctionne parfaitement. Il faut dire qu’ils sont omniprésents, et indissociables, ces trois-là.

Des évadés de l’île du Diable, donc, qui trouvent refuge dans un magasin qu’ils pensent dévaliser, mais dont ils s’attachent aux propriétaires bienveillants, joués par Joan Bennett et Leo G. Carroll (quel couple !), dont la bonté et la gentillesse leur ouvrent les cœurs. Bienveillance au programme, donc ? Oui, mais avec une belle touche de cynisme, et avec un humour volontiers grinçant.

Drôle d’esprit de Noël, quand même, pour cette comédie assez inspirée, qui fait des trois bagnards une sorte de réplique des rois mages, ou plutôt des parodies d’anges bienfaisants. Dans la filmographie de Curtiz comme dans celle de Bogart (ou même dans la longue liste de leurs collaborations), ce film-ci fait figure de bluette anodine. Cette adaptation d’une pièce à succès ne manque en tout cas ni de charme, ni de rythme.

Les Frères Rico (The Brothers Rico) – de Phil Karlson – 1957

Posté : 21 décembre, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, KARLSON Phil | Pas de commentaires »

Les Frères Rico

Encore une petite merveille à mettre au crédit de Phil Karlson, décidément l’un des plus grands auteurs de « noirs » des années 50. Celui-ci est l’adaptation d’un roman « américain » de Simenon. Totalement passé inaperçu à sa sortie, quasiment oublié depuis, ou en tout cas très largement méprisé, Les Frères Rico fait pourtant partie des très grandes réussites du film noir, du film de gangster, du film d’angoisse, et du genre « adapté de Georges Simenon ».

OK, il y a les deux dernières minutes, tellement en rupture avec tout ce qui précède qu’il paraît évident qu’elles ont été imposées par la production. Mais qu’importe ce final très discutable : ce qui précède, tout ce qui précède, est un sommet d’angoisse, et la brillante démonstration que Karlson fait partie des grands auteurs oubliés du cinéma de genre.

Au cœur du film, il y a l’un des frères Rico, joué par Richard Conte dans l’un de ses meilleurs rôles. Un homme marié sur le point d’adopter un enfant, et dont on comprend vite qu’il a un passé avec la mafia. Un passé qui finit par le rattraper lorsque le parrain de la mafia, qu’il considère comme un père de substitution, lui demande de retrouver son jeune frère, dont la disparition fait peser sur lui d’inquiétants soupçons chez d’autres chefs mafieux.

Entre Rico et son « parrain », il y a une relation de confiance, et une affection familiale. Croit-il. Parce qu’après une première partie pleine de bienveillance et même de légèreté, mais sur laquelle planait déjà un curieux sentiment de menace, impalpable, Karlson et ses scénaristes (parmi lesquels Dalton Trumbo, non crédité) ont leur premier coup de génie : donner au spectateur une longueur d’avance qui fait toute la différence, en montrant le vrai visage du parrain.

Et la quête de Richard Conte qui part à la recherche de son frère à travers les Etats-Unis se transforme en un sommet d’angoisse, avec la tragédie annoncée et cette vision paranoïaque d’un pays où le danger semble soudain omniprésent, prenant l’apparence troublante de rencontres impromptues, et répétées. A chacune de ses étapes, Conte/Rico est confronté au même trouble : ces visages souriants et affables qui, mine de rien, resserrent les uns après les autres la menace sur lui.

Il y a bien sûr quelque chose de la Chasse aux Sorcières (dont Trumbo fut l’une des victimes à Hollywood) dans cette vision cauchemardesque de l’Amérique, qui nous fait passer de la légèreté des premières scènes à un climat d’authentique film noir, avec ruelles obscures et ombres profondes, jusqu’à la tragédie elle-même, séquence bouleversante d’une puissance narrative et émotionnelle rare. Et qu’importe la fin, encore une fois, je ne suis pas prêt d’oublier ces frères Rico…

Casque d’or – de Jacques Becker – 1952

Posté : 9 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, BECKER Jacques | Pas de commentaires »

Casque d'or

Becker est grand, et Casque d’or est un chef d’œuvre. Voilà, ça c’est dit. Rien d’original dans ce constat bien sûr : ce film fait partie des, quoi… dix classiques indémodables inlassablement cités parmi les plus grandes réussites du cinéma français. Eh bien oui. Sans aller jusqu’à l’idée d’établir un top 10, un top 3, un top 50, ou quelque classement que ce soit, oui, Casque d’or est un chef d’œuvre.

Une superbe histoire d’amour, une tragédie bouleversante, un grand film noir, le portrait fascinant des bas-fonds parisiens de la fin du 19e siècle… C’est tout ça à la fois, Casque d’or : un film tellement riche que, franchement, je ne sais pas par quoi commencer. Par le plus évident ? Le couple que forme Simone Signoret et Serge Reggiani ? Un chef d’oeuvre à lui seul, ce couple, dont la complicité passe constamment par les regards plutôt que par les paroles.

« Tu m’aimes ? » lui glisse-t-elle alors qu’ils assistent à un mariage dans une église. Son silence à lui est tellement éloquent qu’il en devient la plus belle des déclarations d’amour. Comme ces sourires qu’ils esquissent chacun de leur côté après que leur première baiser a été interrompu par la jeune promise de Manda… belle scène où l’alchimie presque magique qui réunit ces deux-là ferait presque oublier le terrain vague glauque et désolé dans lequel elle se déroule.

Le décor : les rues mal pavées et mal famées de Montmartre, où viennent s’encanailler de riches désœuvrés pendant que les « autochtones » s’occupent de leurs trafics. On est en 1952, et la manière dont Becker filme ces personnages, dans ces décors, est extraordinaires. Toujours à hauteur d’hommes, sans jamais chercher à embellir la réalité : le film s’inspire d’un faits divers bien réel, il trouve ses racines dans la violence et le sang. Et ça se sent.

Les acteurs sont formidables : Raymond Bussières, Claude Dauphin, et le moindre second rôle. Il y a le phrasé, le pseudo sens de l’honneur, la fausse camaraderie. Il y a surtout la manipulation, l’humiliation, et violence des sentiments et des actes. Les gifles que se prend Casque d’or, et la fierté que la jeune femme tente d’arborer malgré tout. La mort, aussi, réelle et brutale.

Centrale, la séquence du bistrot où se noue le drame est d’une puissance narrative incroyable. Becker y soigne tout autant la reconstitution, d’une précision impressionnante, que la tension, grandissante et étouffante. Visuellement c’est une splendeur. Et l’effet que procure cette explosion de violence, repoussée depuis si longtemps, ne retombe pas.

Il faut aussi évoquer la beauté presque irréelle de cette parenthèse à Joinville, dont la lumière quasi-divine semble droit sortie d’un rêve. Et puis la beauté simple de l’amitié qui lie Reggiani et Bussières. Et le final bien sûr, traumatisant et inoubliable, qui donne à Simone Signoret l’un des plus beaux (si ce n’est le plus beau) plan de sa carrière. Oui, Casque d’or est un chef d’oeuvre.

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