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Archive pour la catégorie '1950-1959'

Capitaine sans peur (Captain Horatio Hornblower) – de Raoul Walsh – 1951

Posté : 22 novembre, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

Capitaine sans peur

On peut débattre et rétorquer que L’Aigle des mers ou Capitaine Blood, c’est aussi drôlement bien. J’en entends aussi clamer que Master and Commander calme tout le monde… Mais quand même, à le voir pour la première fois depuis bien longtemps, je le réaffirme et le crie haut et fort : Capitaine sans peur est le plus grand film d’aventure maritime de tous les temps. Et si ce titre doit être mis en balance, disons en fan évidemment totalement objectif de Raoul Walsh que je suis que ce serait avec le merveilleux La Belle espionne que ce serait…

Capitaine sans peur confirme en tout cas que Walsh est immense, et qu’il n’est jamais aussi bon que lorsqu’il s’agit de faire souffler un souffle épique constant sur un film où les moments d’attente sont aussi nombreux et importants que les morceaux de bravoure. Entre un Gregory Peck mutique, le regard fixé sur l’horizon, et une bataille navale mémorable, le film trouve un équilibre exceptionnel. En état de grâce qu’il est, Walsh, avec cette fluidité si parfaite qui est sa marque la plus impressionnante.

Dans le rôle d’Horatio Hornblower, Gregory Peck trouve l’un de ses plus grands rôles. Pas le plus complexe sans doute : malgré le mystère qui l’entoure dans toute la première partie, on sent d’emblée que ce visage si beau et si lisse ne cache pas de réelles zones d’ombre, mais une grandeur qu’il se refuse à afficher au grand jour. Mais quelle classe, quelle présence ! Et quel couple il forme avec Virginia Mayo, actrice magnifique qui doit décidément tous ses grands rôles (entre les westerns La Fille du désert et Une corde pour te pendre, elle est aussi la trouble compagne de Cagney dans L’Enfer est à lui… Que du bon).

Technicolor flamboyant, couchers de soleil somptueux, clairs-obscurs envoûtants, rebondissements en pagaille, ampleur des scènes d’action, profondeur des enjeux dramatiques… Capitaine sans peur est ce qu’on peut appeler un film profondément généreux, tourné pour le seul plaisir du spectateur. C’est l’apogée du grand cinéma d’aventure, le triomphe du système hollywoodien. J’arrête là, ou je risque de dégainer le terme « chef d’œuvre »…

La Lune s’est levée (Tsuki wa noborinu) – de Kinuyo Tanaka – 1955

Posté : 9 novembre, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, TANAKA Kinuyo | Pas de commentaires »

La Lune s'est levée

Lettre d’amour, le premier film de Kinuyo Tanaka en tant que réalisatrice, m’avait laissé à peu près dans le même état que son personnage principal, sous le choc d’une révélation magnifique dans le taxi qui l’emmenait vers celle qu’il aime… Autant dire qu’il me tardait de découvrir la suite de son œuvre. Avec La Lune s’est levée, le deuxième de ses six films derrière la caméra, la cinéaste va plus loin encore dans l’épure et la simplicité, pour une nouvelle merveille tout aussi aboutie.

Le film est clairement placé sous le parrainage d’Ozu, avec qui l’actrice Kinuyo Tanaka a plusieurs fois collaboré (de J’ai été diplômé, mais… aux Sœurs Munakata, une dizaine de films en commun depuis 1929, et Fleurs d’équinoxe suivra). C’est lui qui signe le scénario de La Lune s’est levée, dont le thème n’est pas sans rappelé celui du sublime Voyage à Tokyo tourné deux ans plus tôt. Le grand Chishu Ryu retrouve d’ailleurs ici un rôle assez similaire, quoi que plus en retrait.

Celui d’un père vieillissant et veuf, dont les filles sont en âge de voler de leurs propres ailes et de quitter la demeure familiale dans une petite ville paisible, pour créer leur propre destin dans le tumulte de Tokyo. Tokyo dont, pour le coup, on ne voit rien, même si son aura est omniprésente. Le film de Kinuyo Tanaka oppose bien ces deux modes de vie : l’effervescence d’une grande ville à la quiétude d’une ville de province. A ceci près que tout le film se déroule dans une sorte d’entre deux, comme si les quelques semaines durant lesquelles se déroule l’histoire étaient l’antichambre d’une autre existence.

Dès les premières scènes, la réalisatrice rend perceptible cet état d’entre-deux. Tous les personnages semblent être à l’aube de quelque chose : sur le point de partir, ou simplement de passage. Il y a quelque chose de l’atmosphère d’une fin d’été dans ces moments anodins, ces soirées qui s’étirent au clair de lune, et cette conscience soudaine que le temps est compté, que les occasions qui se présentent resteront uniques.

Le film se concentre sur trois sœurs, les trois filles de Chishu Ryu. L’aînée est une veuve qui n’ose espérer une seconde chance. La cadette affirme à qui veut l’entendre que le mariage ne l’intéresse pas. La benjamine, pleine de vie, est bien décidée à jouer les entremetteuses pour que son aînée et ce jeune homme qui l’a connue bien des années avant se déclarent leur flamme. En oubliant au passage ses propres sentiments pour un autre homme qui s’apprêtent à partir…

Ce thème de l’occasion qui ne se représentera plus, et du temps qui passe n’offrant que de rares parenthèses, est magnifiquement résumé lors de la rencontre arrangée au clair de lune entre la cadette et celui qui n’a jamais oublié leurs rencontres d’autrefois. « On a déjà vécu ce moment », lui souffle-t-il, avant d’ajouter : « J’étais aussi à la veille d’un départ ». C’est simple, sobre, délicat, et magnifique.

Magnifique aussi, la manière dont Kinuyo Tanaka filme les mouvements, cadrant une main qui en saisie une autre, un visage qui se dissimule, un regard qui se trouble, les détails de gestes traditionnels mille fois répétés. Il y a là une sorte de sérénité associée très intimement à une urgence absolue, et c’est, encore une fois, d’une très grande beauté.

Lettre d’amour (Koibumi) – de Kinuyo Tanaka – 1953

Posté : 6 novembre, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, TANAKA Kinuyo | Pas de commentaires »

Lettre d'amour

250 films à son actif entre le muet et les années 70, des collaborations régulières avec Naruse, Mizoguchi et la plupart des grands cinéastes japonais… Kinuyo Tanaka est l’une des plus grandes actrices de son pays, et l’une des très rares à être passé derrière la caméra durant cette période bénie pour le cinéma japonais. Lettre d’amour est le premier des six films qu’elle tourne entre 1953 et 1962, et c’est une merveille.

Comme souvent dans le cinéma japonais, il est question du passé, et de la trace qu’a laissé la seconde guerre mondiale sur le pays. Le héros, Reikichi, est un vétéran qui survit plus qu’il ne vit vraiment depuis la fin du conflit, vivotant au crochet de son jeune frère, hanté par le souvenir d’une femme qu’il aime depuis toujours mais qui a dû se marier à un autre. Apathique, hagard, il erre dans les ruelles étroites de Tokyo, ne s’aventurant guère en dehors de ce quartier à l’ancienne où il a trouvé un petit boulot grâce à un ami : il écrit des lettres d’amour pour des femmes désireuses de soutirer un peu d’argent aux Américains avec lesquels elles ont eu des aventures…

Kinuyo Tanaka filme ce quartier traditionnel non pas comme un refuge, mais comme un lieu coupé du vrai monde, en l’occurrence ce Japon définitivement gagné par le mode de vie occidental, des rues pleines de voitures, de bruits et de mouvements. Son personnage ne s’y aventure réellement qu’une fois, s’y précipitant comme on saute dans le vide, pour rattraper ce fantôme du passé qui lui est apparu.

Les retrouvailles entre Reikichi et Michiko, son amour perdu, sont d’une beauté renversante, merveille de douleur renfermée et d’un romantisme contrarié, avec cette lumière qui baigne la scène à la verticale, trop vive, comme les sentiments que ressentent les deux personnages. C’est beau et triste à la fois, c’est bouleversant. Bouleversant aussi, la bonté qui entoure Reikichi : ce frère et cet ami qui se démènent pour le sortir de sa torpeur, pour réparer ce qui peut l’être.

Intelligence de la mise en scène, intensité du récit, une émotion qui emporte tout… Lettre d’amour est un magnifique premier film, la naissance d’une cinéaste qui impose d’emblée un style bien à elle. C’est ce qu’on appelle une révélation.

X : l’inconnu / Docteur Adam contre l’inconnu (X : the unknown) – de Leslie Norman (et Joseph Losey) – 1956

Posté : 29 octobre, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, LOSEY Joseph, NORMAN Leslie | Pas de commentaires »

X l'inconnu

Dans la lignée de The Quatermass Experiment, X : the unknown surfe sur le thème très en vogue de la menace nucléaire. Sur le fond, le film n’apporte rien de bien neuf, si ce n’est une théorie forcément tirée par les cheveux qu’on oublie aussi vite que l’incontournable scientifique la sort à un public forcément convaincu à la première écoute. La croûte terrestre renfermerait une forme de pure énergie qui chercherait à sortir de là depuis des millions d’années. Et qui trouve justement le moyen de prendre l’air au lieu et au moment où des soldats s’entraînent à l’utilisation d’un compteur geiger. How convenient !

Hautement improbable, donc, mais Quatermass l’était tout autant, comme d’ailleurs beaucoup de petites productions Hammer de cette époque, ce qu’est le film de Leslie Norman. Ce dernier (qui sera un réalisateur récurrent de la série Le Saint) signe le film, mais ç’aurait pu (dû) être Joseph Losey. Déjà nettement plus aguerri (il a déjà réalisé le remake de M et La Bête s’éveille, notamment), Losey est aussi déjà blacklisté par pas mal d’anti-communistes. Ce fut semble-t-il le cas de Dean Jagger, l’interprète du scientifique, héros de ce film, qui aurait obtenu qu’il soit remplacé. Ce qui ne rend pas ce dernier très sympathique quand on y pense…

Et c’est bien dommage. Parce qu’à l’écran, il l’est franchement. En tout cas très charismatiques, le genre de scientifiques dont on sait qu’on peut compter sur eux pour sauver le monde en toutes circonstances. Jagger donne une sorte de colonne vertébrale à ce film qui trouve un bel équilibre entre le pur suspense et l’horreur, mais avec un flegme très british et un humour très présent qui contribue largement à rendre attachant le moindre des seconds rôles.

Comme ces soldats écossais à l’accent à couper au couteau (le film se passe en Ecosse) qui ne parlent que de leur envie d’aller prendre le thé, évoquant les horreurs qui se produisent avec un recul qui n’appartient qu’à ce fameux flegme britannique. L’humour n’est là que par petites touches, qui n’atténuent en rien l’intensité du suspense. Et de ce côté là aussi, le film est une réussite, à la fois très simple et direct dans sa facture, et d’une fluidité remarquable.

Peu d’effets spéciaux pour ce film, où le fantastique se cantonne le plus souvent à l’atmosphère, dans la grande tradition des films d’horreur fauchés et géniaux de Tourneur. Comme chez ce dernier, la découverte du « monstre » est repoussée à la toute dernière partie du film. Et sa représentation adopte un minimalisme qui fait mouche. Avant ça, de rares effets aussi fulgurants que marquants : la terre qui s’ouvre mystérieusement, un visage qui fond… De brefs moments d’horreur, qui renforcent la tension constante que maintient Norman. ET Losey ?

Samouraï, vol. 3 : La Voie de la Lumière (Miyamoto Musashi kanketsuhen : ketto Ganryujima) – de Hiroshi Inagaki – 1956

Posté : 22 octobre, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, INAGAKI Hiroshi | Pas de commentaires »

Samouraï 3 La voie de la lumière

Jusqu’au bout de sa trilogie, Hiroshi Inagaki aura réussi le double pari de rester cohérent avec son personnage et son univers, et de se renouveler constamment. Dans la forme, dans le rythme, dans l’interprétation de Toshiro Mifune, formidable, il semble y avoir un gouffre entre le premier film et cette conclusion. Mais c’est bien de l’évolution, lente et passionnante, d’un homme qu’il est question.

La voie de la lumière, ou de la sagesse… Musashi y est presque. Il a en tout cas tourné la page de la gloire facile, bien conscient qu’il n’y a rien à gagner à se battre pour rien. Ce qui ne l’empêche pas de relever le défi lancé par un autre grand bretteur, qui pourrait être un alter ego, un double, un ami… Les deux se respectent, connaissent leurs valeurs respectives. Mais chez les samouraïs, c’est une raison suffisante pour se battre à mort, plutôt que pour trinquer peinards autour d’une table basse.

Le film est entièrement construit autour de ce duel : parce qu’il est reporté à l’année suivante, et qu’une grande partie de l’intrigue se déroule durant ce laps de temps, où Musasho découvre le vrai sens de la vie, le goût de la terre. Toujours pas très doué avec les femmes : il ne sait faire ni avec la douce Otsu, au regard si fragile, ni avec la plus ambiguë Akemi, peut-être le personnage le plus fort, le plus déchirant de ce troisième film.

Formellement aussi, le film suit l’évolution de son héros, plus apaisé, avec des combats brefs et fulgurants qui viennent rompre l’harmonie des décors par de soudains éclats, comme ce spectaculaire incendie qui ramène soudain la violence au premier plan.

Et puis il y a le duel final, qui semble constamment repoussé, et qui arrive finalement entouré d’une tension extrême, comme si toute la trilogie ne tendait que vers ce moment. C’est peu de dire qu’il tient ses promesses. Au bord de l’eau, avec la lumière du soleil levant, et de beaux travellings au ras du sable, c’est un beau et grand moment de cinéma, qui clôt magnifiquement cette trilogie décidément parfaite.

* Voir aussi : La Légende de Musashi et Duel à Ichijoji

Samouraï, vol. 2 : Duel à Ichijôji (Zoku Miyamoto Musashi : Ichijôji no Kettô) – de Hiroshi Inagaki – 1955

Posté : 8 octobre, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, INAGAKI Hiroshi | 1 commentaire »

Duel à Ichijoji

Le ton a changé : Takezo lui-même, désormais appelé Musashi Miyamoto, est devenu un autre, moins chien fou, presque apaisé, mais pas encore sage. Il est plus posé en tout cas, et le rythme que donne Hiroshi Inagaki à cette première suite de La Légende de Musashi suit cette évolution : l’intrigue est plus resserrée, moins folle, mais tout aussi passionnante.

A vrai dire, cette intrigue se résume assez facilement à un affrontement, un duel que recherche le héros face au maître d’une école renommée, et que les élèves de ce dernier ne cessent de retarder en trompant Musashi. Rien de plus, rien de moins, ou presque. Au fil de ces rendez-vous manqués, sans en avoir l’air, Musashi verra ses certitudes éprouvées, modifiées, bouleversées.

Tous les combats, et ils sont nombreux, sont traités avec une inventivité et une science du mouvement absolument magnifique. L’histoire est violente bien sûr, avec des morts innombrables. Pourtant, tout le film repose sur l’attente, l’idée de cette violence, et pas sur sa représentation ou sa mise en image.

Très souvent d’ailleurs, cette violence est hors champs : c’est le cas du tout premier combat, à la tension extrême, tout en observation jusqu’à ce qu’un mouvement soudain pousse les deux protagonistes en dehors du champs de la caméra, juste le temps de frapper le coup mortel.

La violence peut même être littéralement effacée par une ellipse audacieuse : un autre combat, entre Musashi et le frère du maître qu’il veut affronter, n’est filmé que dans ses prémisses, avant que l’on découvre l’issue avec un plan du perdant amené mort à son frère.

Toshiro Mifune, moins chien fou mais toujours aussi intense, incarne parfaitement la dualité de cet homme désireux de s’élever au-dessus de la simple condition humaine en consacrant sa vie au sabre, et la femme qu’il aime, Otsu, petit minois de tragédienne décidément craquant.

Les femmes sont d’ailleurs très présentes autour de lui : trois prétendantes, qui apparaissent toutes comme des femmes martyrs victimes des désirs guerriers des hommes. Hiroshi Inagaki se montre en revanche nettement plus cruel avec les figures de mères. Il y en a deux, toutes deux horribles : l’une prête à pousser son fils au crime et à la tromperie, l’autre abandonnant sa fille après l’avoir poussée dans les bras et le lit d’un riche prétendant.

La vision de l’humanité n’est d’ailleurs guère reluisante, et tranche radicalement avec la nature qui, elle, semble plus belle et spectaculaire encore que dans le premier film. Moins hostile en tout cas, plus protectrice, jusqu’à devenir le décor d’un rêve éveillé qui ne peut durer. En tout cas pas avant le troisième et dernier film de la trilogie. Vite… la suite.

* Voir aussi La Légende de Musashi et La Voie de la lumière

Samouraï, vol. 1 : La Légende de Musashi (Miyamoti Musashi) – de Hiroshi Inagaki – 1954

Posté : 7 octobre, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, INAGAKI Hiroshi | Pas de commentaires »

La Légende de Musashi

C’est une sacrée année que vit Toshiro Mifune en 1954 : à peine sorti des Sept Samouraïs (un obscur petit film que je vous encourage à découvrir!), le voilà qui enchaîne avec ce premier volet d’une trilogie, adaptation d’un roman inspiré de la vie d’un célèbre guerrier japonais.

Ce premier volet s’inscrit déjà dans un vrai parcours, avec une évolution passionnante du personnage principal : Takezo, jeune villageois un peu fruste qui décide de partir faire la guerre pour pouvoir revenir chez lui couvert de gloire et entouré de serviteurs. Un jeune homme fougueux aussi, à qui Mifune apporte une intensité impressionnante, véritable boule d’énergie et de fureur qui ne demande qu’à exploser.

Mais le destin prend un malin plaisir à confronter Takezo à l’échec et à la frustration, à l’image de cette bataille filmée à l’économie, dont on ne voit guère qu’une déroute à laquelle notre héros assiste avec rage. Filmée à l’économie donc, mais impressionnante tout de même. Hiroshi Inagaki choisit le plus souvent des plans fixes et soigneusement composés, qui rappellent constamment la place de l’homme dans son environnement, nature splendide mais peu accueillante qu’il filme en décors naturels ou en studio avec la même recherche esthétique.

Des cadrages très travaillés, des couleurs puissantes qui marquent la rétine, une nature constituée d’obstacles omniprésents… Une splendeur, visuellement, qui ne cesse de se renouveler et d’évoluer au fil du voyage (physique et intérieur) de Takezo, au fil de ses rencontres avec un moine qui paraît bien cruel et inflexible d’abord, et au fil de sa relation avec la jolie Otsu, on assiste au passage de la révolte à la sagesse.

Formellement, c’est une splendeur, qui n’oublie jamais d’être spectaculaire : les scènes d’action, nombreuses et inventives, mettent parfaitement à profit l’impressionnante présence de Toshiro Mifune. Et c’est surtout beau et émouvant, premier acte passionnant d’une trilogie dont il me tarde désormais de voir la suite.

* Voir aussi Duel à Ichijoji et La Voie de la lumière

Lady Paname – de Henri Jeanson – 1950

Posté : 4 octobre, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, JEANSON Henri | Pas de commentaires »

Lady Paname

Immense dialoguiste, Henri Jeanson passe à la mise en scène avec ce Lady Paname. Ça peut faire peur : Michel Audiard, grisé par ses succès, se perdra en passant derrière la caméra, oubliant qu’un scénario, aussi génial puisse-t-il être, n’est pas grand-chose sans la vision d’un cinéaste. Mais surprise. Pour ce qui restera une expérience unique dans l’impressionnante filmographie de Jeanson, cette fantaisie prenant pour décor le Paris bohème des années 1920 est une vraie bulle de plaisir.

Les dialogues, bien sûr, sont brillants. C’est le moins qu’on pouvait attendre du scénariste des Amoureux sont seuls au monde, sommet de la collaboration entre Jeanson et Louis Jouvet. Mais formellement, le film est également très réussi. Presque parfait même, s’il n’y avait dans la première partie du film ce dialogue hostile platement filmé en une série brutale de champs-contrechamps entre Suzy Delair et Henry Guisol, ce compositeur qu’elle déteste si fortement que ça ne peut pas être autre chose que de l’amour.

Mais à part ce très court passage raté, un détail, Lady Paname est un film d’une maîtrise impressionnante. Oh ! Il n’a rien de tape à l’œil : le film est une bluette, une fantaisie, un tourbillon de vie et de passions où les destins se croisent et s’entrechoquent dans le décor fascinant des coulisses d’un music-hall autours desquelles tous les personnages évoluent.

A commencer par Suzy Delair donc, jeune chanteuse piquante et irrésistible, propulsée par le fruit du hasard (ou du destin) tête d’affiche, au même titre qu’un vieux beau touchant interprété par l’excellent Raymond Souplex. Et son « ange gardien », réjouissant Louis Jouvet, fidèle d’entre les fidèles de Jeanson, qui réussit à être extrêmement juste et fin en en faisant des tonnes, grandiose en jouisseur qui réussit à convaincre sa femme que c’est lui rendre hommage que de flirter avec une jeunette qui a la beauté de ses vingt ans.

C’est vif, joyeux, plein de vie, souvent drôle, avec une émotion qui surgit parfois sans qu’on s’y attende, comme lors de ce déchirant « Je ne t’aime pas » autour duquel tout semble s’arrêter, et où le cœur se serre soudain. Pas pour longtemps : rien ne peut être vraiment tragique dans ce Paris joliment fantasmé décidément plein de vie.

Le Testament du docteur Cordellier – de Jean Renoir – 1959

Posté : 30 septembre, 2022 @ 8:00 dans 1950-1959, FANTASTIQUE/SF, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

Le Testament du docteur Cordellier

Avec Le Testament du docteur Cordellier, Jean Renoir est l’un des premiers à gommer la frontière entre la télévision et le cinéma. Très en avance sur son temps donc. Trop, sans doute. Le film est en tout cas tourné pour le cinéma, mais dans des studios et avec des dispositifs habituellement utilisés par la télévision. Plusieurs caméras sont notamment utilisés simultanément pour un tournage plus rapide où les dialogues sont filmés sans coupure, les caméras captant les réactions des uns et des autres.

Cette particularité explique l’étonnante ouverture du film, où l’on voit Jean Renoir lui-même (incarnant Jean Renoir lui-même) arrivant dans un studio télé pour y introduire face caméra l’histoire extraordinaire de Cordellier. On peut aussi préférer y voir une sorte d’hommage au dispositif littéraire cher aux romans horrifiques de la fin du XIXe siècle : le journal intime, qui place le narrateur au cœur de l’intrigue.

Ce n’est pas tout à fait le cas ici, bien sûr : Renoir se contente d’apparaître dans l’introduction. Mais la manière d’introduire plusieurs flash-backs au cours du film participent de ce procédé narratif associé à un pan de la littérature duquel Cordellier se réclame.

Parce qu’il s’agit bien d’une adaptation libre de Docteur Jekyll et Mister Hyde que signe Renoir. Une nouvelle variation sur ce thème en tout cas, qui n’apporte pas grand-chose au mythe, si ce n’est une interprétation brillante de Jean-Louis Barrault, sobre en Cordellier et réjouissant (et méconnaissable) en Opale, le double maléfique.

Il faut dire que son interprétation tranche radicalement avec celle des autres acteurs, qui semblent totalement livrés à eux-mêmes, surjouant avec beaucoup de grands gestes et de bruits des dialogues sentencieux et lourdement symboliques qui sonnent constamment faux. D’autant plus faux que le procédé technique utilisé par Renoir semble lui interdire de maîtriser le rythme de son film.

Quelques passages sont assez réussis : la plupart des scènes extérieures, tournées dans les rues de Paris, les errances nocturnes d’Opale, quoi que frôlant la parodie, sont joliment intenses. Mais tout ça sonne la plupart du temps franchement faux. Pas convaincu, pour le moins, par cette tentative dont on peut au moins reconnaître l’audace.

The Teckman Mystery (id.) – de Wendy Toye – 1954

Posté : 5 août, 2022 @ 8:00 dans * Polars européens, 1950-1959, TOYE Wendy | Pas de commentaires »

 The Teckman Mystery.jpg - Photos

Je ne connaissais pas Wendy Toye, mais un rapide coup d’œil à sa biographie suffit à réaliser à quel point cette ancienne danseuse a eu une carrière étonnante. Chorégraphe, femme de théâtre, elle a aussi réalisé quelques films pour le cinéma, dont ce premier long métrage, qui révèle à la fois pas mal de limites et un esprit assez enthousiasmant.

Les limites reposent surtout sur la technique, la direction d’acteur, la réalisation pure. Là, il faut reconnaître que la réalisatrice représente assez bien tout ce qu’on peut trouver de lisse, voire de tiède, au cinéma anglais de cette période. C’est platement réalisé, avec de longs plans purement fonctionnels où une malencontreuse ombre apparaît, semblant suggérer l’imminence d’un danger… Mais non, c’était probablement un technicien mal placé.

Cette première impression s’estompe un peu au fur et à mesure que le personnage principal s’enfonce dans le mystère. Romancier à succès, il est chargé d’écrire la biographie d’un pilote mort dans l’explosion de son avion prototype. Enfin c’est ce que tout le monde affirme, mais l’enquête que mène le futur biographe ne tarde pas à faire émerger le doute.

Wendy Toye aussi, qui dirige tous ses seconds rôles comme s’ils étaient des traîtres. Ce qui a pour effet, au choix et selon le niveau de bienveillance qu’on veut garder : de poser les bases d’un thriller joliment paranoïaque, ou de lasser d’un faux suspense dont on sait bien qu’il ne mènera pas à une conclusion très dramatique. Il y a un peu de tout ça, et un doute qui subsiste sur le talent de ces seconds rôles, dont on se demande bien s’ils jouent le trouble… ou s’ils jouent mal.

Le jeu du héros-enquêteur, incarné par John Justin, ne laisse lui aucun doute sur l’intention toute entière tournée vers une certaine légèreté du film. Cet accent londonien surjoué, le flegme so british à toute épreuve (mais vraiment à toute épreuve), il affronte tous les dangers, toutes les morts, avec un détachement presque amusé qui donne le ton : sans brader le mystère, Wendy Toye ne le prend pas vraiment au sérieux.

Le résultat est en tout cas bien plaisant. Et même si le héros passe beaucoup de temps à boire et à proposer du brandy (à des proches ou de vagues connaissances qui eux passent beaucoup de temps à refuser le verre, parce qu’il est trop tôt pour eux), le film se regarde plutôt avec un thé ou un café sur une petite table recouverte d’un napperon. Et si la pluie tombe derrière la fenêtre, ça peut être encore mieux.

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