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Archive pour la catégorie '1950-1959'

French Cancan – de Jean Renoir – 1954

Posté : 24 juin, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, GABIN Jean, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

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Dix-sept ans après La Bête humaine, le film marque les retrouvailles de Jean Gabin et Jean Renoir. Ce qui représente un événement en soi, mais les temps ont changé, après les triomphes des années 30. Renoir est revenu depuis peu des Etats-Unis où il a en partie échoué, et n’a plus l’aura qu’il avait avant-guerre. Quant à Gabin, lui aussi est à la recherche d’un second souffle, mais il vient de tourner Touchez pas au Grisbi, qui marquera sa renaissance.

D’ailleurs, French Cancan n’est un projet ni de Renoir, ni de Gabin. Les deux hommes sont mêmes des seconds choix de la production, remplaçant Yves Allégret et Charles Boyer (double – Ouf !). Sur le papier, le projet ne semblait pas franchement encourageant. Pourtant, le film est une merveille.

Dès le générique de début, la magie opère. Les noms en grandes lettres de Jean Renoir et Jean Gabin qui apparaissent, la musique de « La complainte de la butte » qui retentit (la sublime voix de Cora Vauclère en dévoilera les paroles plus tard dans le film)… Renoir donne vie au Paris du 19e siècle, celui d’un Montmartre où les bourgeois vont s’encanailler, et où un entrepreneur de spectacle sans le sou s’apprête à créer le Moulin Rouge sur les ruines d’un cabaret miteux.

C’est cette histoire que raconte le film, à travers le parcours d’une poignée de personnages gravitant autour de Danglard (Gabin), le créateur, le visionnaire, le découvreur de talent. Celui dont toute la vie ne tourne qu’autour du spectacle, et dont les coups de foudre sont autant romantiques que professionnels. Un obsessionnel, un passionné, « un seigneur » comme le répète la vieille mendiante, ancienne danseuse rattrapée par les limites de l’âge.

French Cancan est un film passionné, plein de vie, et ouvertement joyeux et optimisme. Mais il trimbale aussi une étonnante cruauté, à travers cette silhouette de mendiante qui revient comme un signe annonciateur de ce qui attend ces danseuses aujourd’hui sous les projecteurs. A travers aussi les relations amoureuses, qui semblent elles aussi condamner à jouer le jeu du spectacle. Et ceux qui refusent de jouer ce jeu, le riche prince et le pauvre boulanger, se transforment en héros tragiques qui ne trouvent pas leur place dans ce décor.

A propos de décor, ceux du film sont absolument magnifiques. C’est un Montmartre d’un autre temps qui revit à travers une poignée de lieux : un escalier étroit, une butte vaguement verdoyante, la devanture d’une boutique, une terrasse de café d’où les fidèles observent le quartier qui se transforme.

C’est aussi le portrait d’un homme habité par la soif de créer. Sans doute le personnage de Gabin est-il celui qui se rapproche le plus de la personnalité de Renoir.

L’Aigle et le vautour (The Eagle and the Hawk) – de Lewis R. Foster – 1950

Posté : 22 juin, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, FOSTER Lewis R., WESTERNS | Pas de commentaires »

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Voici un western relativement fauché, mais bourré de belles idées, à commencer par son tandem de héros : un Nordiste (Dennis O’Keefe) et un Sudiste (John Payne) amenés à travailler main dans la main pour découvrir ce qui se trame de l’autre côté de la frontière mexicaine, pendant que les Etats-Unis sont occupés à s’entre-déchirer. Plus que de faire se rencontrer deux partisans de camps opposés, c’est la manière dont ce tandem est mis en scène qui frappe, comment l’amitié naît entre ces deux hommes si différents. Une amitié qu’aucun des deux ne domine de quelque manière que ce soit, ce n’est pas si courant.

Cette drôle d’alchimie est parfaitement incarnée par deux acteurs que tout oppose également : O’Keefe ouvertement séducteur, voire suave ; et Payne, brut et animal. Entre ces deux-là, le courant passe immédiatement. Comme l’attirance sensuelle éclate dès la rencontre entre Payne et Rhonda Fleming, beau couple de cinéma que Dwan reformera notamment dans Slightly Scarlet. Ajoutons encore Thomas Gomez, étonnant mais très bien en général mexicain : le casting de cette petite production suffit à susciter l’envie.

Et il y a surtout tous ces détails qui parsèment le film et le tirent vers le haut : cet étonnant fétichisme des bottes qui conduit à plusieurs reprises le personnage d’O'Keefe à se retrouver en chaussettes, cette torture (qui me semble inédite dans un western) qui consiste à écarteler un homme attaché à des chevaux jusqu’à le démembrer (rien d’ouvertement gore, mais la seule évocation de la chose fait son petit effet), ou encore le running gag réjouissant autour des noms et de l’anonymat : « Smith ? On en a déjà trois… »

Et puis il y a la très belle photographie de James Wong Howe, avec ces magnifiques séquences nocturnes aux couleurs si chaudes et envoûtantes. Il faut dire que l’homme n’est pas un manchot : de Shangaï Express à Traître sur commande, sa carrière est jalonnée de grands films aux images sublimes. Lewis R. Foster en tire le meilleur, et c’est bien lorsque la photo est la plus spectaculaire que le film est le plus passionnant et le plus fort : lors des nombreuses scènes de nuit, et aussi lors d’un impressionnant duel dans les flammes.

Bref, que du bon dans ce western. Finalement, le seul point vraiment négatif, c’est la manière dont Rhonda Fleming, décidément magnifique, est réduite au rang de séduisant faire-valoir, caution féminine d’un film par ailleurs très masculin. Mais John Payne et Dennis O’Keefe, moi je kiffe.

La Belle Espionne (Sea Devils) – de Raoul Walsh – 1953

Posté : 2 mai, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, DE CARLO Yvonne, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

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De l’aventure, de la romance, du suspense… Bref, un pur plaisir de cinéma que nous offre Walsh, une vraie gourmandise qui pousse jusqu’à sa forme la plus épurée le film de genre. Le cinéaste ne s’embarrasse ni du contexte historique (la France napoléonienne en guerre), ni de complexité psychologique, ni même de vraisemblance : tout le mouvement du film est entièrement tourné vers le plaisir pur.

Et il y en a du mouvement, avec ces allers-retours incessants entre l’île de Guernesey et les côtes françaises, et avec ces personnages qui s’avancent avec aplomb et sans hésitation face au danger. C’est totalement invraisemblable? L’histoire d’amour entre la « belle espionne » Yvonne De Carlo et le rude contrebandier Rock Hudson est hautement improbable? Qu’importe: on y croit avec délectation, et on applaudit devant ce spectacle jubilatoire.

Du roman de Victor Hugo Les Travailleurs de la Mer, le scénariste Borden Chase n’a gardé que quelques bribes. Normal: l’intrigue elle-même n’est qu’un prétexte. Walsh est moins intéressé par son histoire que par la manière de la mettre en mouvement et en images, dans un Technicolor qui a rarement été à ce point flamboyant. Il faut dire que la décidément très belle Yvonne De Carlo multiplie les tenues différentes, et que ces dernières ont une constante : elles tranchent de fort belle manière avec ce crépuscule que Walsh filme si bien.

La Belle Espionne est d’une simplicité absolue. Cette histoire d’espionnage et de contre-espionnage autour de la figure de Napoléon (interprété par Gérard Oury !) aurait pu être complexe. Le film la résume à une série d’enjeux simplissimes : Rock Hudson doit conduire Yvonne De Carlo en France ; Rock Hudson veut ramener Yvonne De Carlo à Guernesey ; Yvonne De Carlo veut retourner en France…

Le cinéma est l’art du mouvement ? La Belle Espionne est la quintessence du cinéma d’aventure, dépouillé de toute fioriture et de tout ce qui n’est pas l’essentiel. Simple, jubilatoire, magnifique.

La Femme aux maléfices (Born to be bad) – de Nicholas Ray – 1950

Posté : 30 avril, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, RAY Nicholas, RYAN Robert | Pas de commentaires »

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On la voit venir de loin, la Joan Fontaine, avec son air de sainte-nitouche et son petit sourire de chacal. Une authentique femme fatale dont on imagine dès sa première apparition qu’elle va semer le malheur sur son passage. Hélas, c’est bien là la plus grande faiblesse du film : sans doute Joan Fontaine a-t-elle été choisie (par Howard Hughues, qui venait de prendre le contrôle de la RKO) parce qu’elle est l’image même de la douceur et de la bonté. Mais alors, pourquoi avoir rendu d’emblée si évidentes les intentions de la fausse douce ?

L’actrice est irréprochable, apportant un heureux mélange de passion et de machiavélisme à un personnage pas si simple que cela. Mais le film aurait sans doute gagné à laisser planer le mystère plus longtemps sur la présence de cette louve dans la bergerie. C’est d’autant plus dommage que le pur film noir qui nous ai promis réserve bien des surprises, en jouant constamment sur la nuance des sentiments, et sans tomber dans le noir profond.

Nicholas Ray, encore jeune dans le métier (c’est son cinquième film, il n’a pas encore 40 ans), sait mettre en avant ces petits détails qui révèlent les failles des personnages et de leurs sentiments. La séquence où Joan Fontaine instille la suspicion dans le couple formé par Joan Leslie et Zacharie Scott est en cela formidable, parce que rien n’y est surjoué ou lourdement asséné.

Le cinéaste peut, c’est vrai, compter sur un casting exceptionnel, avec aussi Mel Ferrer, et surtout Robert Ryan, dont je continue à me demander s’il sait mieux que personne choisir les bons films, ou si c’est sa simple présence qui donne aux films dans lesquels il joue cette dimension si particulière. Encore une fois, il fait mieux que donner une épaisseur à son personnage d’amant éconduit : il crée une sorte de lien intangible entre tous les personnages de ce drame. Si le film est une réussite, c’est au moins en partie grâce à lui.

La Femme à l’écharpe pailletée (The File on Thelma Jordon) – de Robert Siodmak – 1950

Posté : 17 avril, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, SIODMAK Robert, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

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Robert Siodmak est décidément l’un des très grands lorsqu’il s’agit de créer une ambiance de film noir, de faire résonner mine de rien ces petits sons du destin en marche. Le cinéaste est alors au sommet : il vient de tourner le sublime Criss Cross. Pourtant, Thelma Jordon sera l’un de ses derniers films à Hollywood, avant son retour en Allemagne.

Le film n’est peut-être pas tout à fait à la hauteur de ses grands chefs d’œuvre (Les Tueurs ou La Proie, aussi) : il y a un côté un peu convenu à cette enième histoire du bon gars qui se fait manipuler par la femme fatale de service pour l’aider à accomplir ses sombres desseins. Dans le rôle de la poire, Wendell Corey (qui sera le flic, pote de James Stewart, dans Fenêtre sur cour). Dans celui de la belle vénéneuse, Barbara Stanwyck offre une variation plus nuancée et plus émouvante de son rôle de vamp absolu dans Double Indemnity.

Le film n’est peut-être pas le plus surprenant de la carrière de Siodmak, mais il confirme son talent exceptionnel, en particulier lors de la première partie, qui privilégie les scènes de nuit avec un travail remarquable sur les ombres et l’obscurité. La séquence du meurtre, surtout, est un modèle de tension, admirablement construite, d’autant plus impressionnante que la suite ne cessera d’y faire référence.

Suivent de longues scènes évoquant l’enquête, puis le procès. Une construction plutôt classique, donc, mais la beauté du film tient alors aux détails, à cette attention extrême que Siodmak semble porter au travail des enquêteurs, de la police scientifique, du procureur ou des avocats. Des petits riens parfois, comme ce flic occupé à relever une empreinte de pas dans la terre, ou une rangée de chapeaux accrochée près du box des jurés. Mais ces détails inhabituels donnent un certain réalisme qui renforce la dramaturgie de l’histoire.

Et puis si on n’est pas surpris de la prestation formidable de Barbara Stanwyck, jamais décevante, celle de Wendell Corey est nettement plus inattendue. Pour une fois premier rôle, il révèle de belles nuances. Son personnage, homme marié qui ne supporte plus l’omniprésence de son beau-père, est l’une des grandes réussites du film.

Belle mais dangereuse (She couldn’t say no) – de Lloyd Bacon – 1954

Posté : 13 avril, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, BACON Lloyd, MITCHUM Robert | Pas de commentaires »

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Charmant, bienveillant, et très Américain… Pour son tout dernier film (il mourra peu après), le vieux briscard Lloyd Bacon signe une comédie désarmante tant est est dénuée de tout rebondissement spectaculaire. Et c’est dans ce contexte inattendu mais séduisant que se retrouve le beau couple de Angel Face, classique du film noir réalisé deux ans plus tôt par Otto Preminger.

Revoici donc Bob Mitchum et Jean Simmons, aux antipodes du noir, révélant d’immenses dons pour la bluette. Lui en médecin de campagne totalement dépourvu d’ambition personnelle. Elle en richissime héritière qui arrive dans son village paumé de l’Amérique profonde avec la ferme intention de rembourse incognito ce qu’elle considère comme une dette : lorsqu’elle était enfant, les habitants de cette petite bourgade se sont mobilisés pour lui sauver la vie.

Sauf que la manière dont elle paye cette dette, à grands coups de cadeaux exubérants, ne fait que remettre en cause le bel équilibre de cette petite communauté parfaitement harmonieuse. Le message sous-jacent est évident, et évoque de nombreux classiques de la comédie américaine, Capra en tête : cette petite ville ironiquement baptisée Progress vit depuis toujours en marge du « progrès » et de son corollaire, l’argent, qui n’y a pas vraiment court. Ici, on troque, on laisse sa porte ouverte, on laisse les clients se servir leurs glaces au comptoir en plein milieu de la nuit… Bref, on ignore royalement le capitalisme et ses affres.

Jusqu’à l’arrivée de cette mystérieuse Mère Noël, en tout cas. Et devinez quoi ? Eh bien oui : il y a de la romance dans l’air. Rien d’original à l’horizon, donc ? Non, à part le rôle central joué par un poisson dans cette romance, et à part l’extrême bienveillance dont font preuve tous les personnages. Pourtant, Bacon évite toute mièvrerie, et signe un très joli conte moral, une ode à une vie simple et aux sentiment les plus purs. Un vrai feel-good movie, qui donne envie de boire un verre avec le grand Bob.

Le Soleil brille pour tout le monde (The Sun shines bright) – de John Ford – 1953

Posté : 9 avril, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, FORD John | Pas de commentaires »

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Dix-neuf ans après, Ford signe le remake de son beau Judge Priest. Drôle de choix, alors qu’il sort du triomphe de son Homme tranquille, de renouer avec un ton qui renvoie clairement à son cinéma des années 30, et en particulier au triptyque qu’il a tourné avec Will Rogers, son Priest originel : une plongée dans un Sud certes encore marqué par la guerre civile, mais aussi baigné dans une séduisante langueur.

En apparence, c’est le même film que refait Ford : avec le même décor de cette petite ville qui semble si tranquille, le même contexte de campagne électorale pour le bon juge, l’opposition entre les méthodes humaines et peu orthodoxes de ce dernier et le cynisme politique de son concurrent, la même toile de fond d’un couple improbable qui se forme, même choix du noir et blanc… jusqu’aux partitions de Stepin Fetchit et sa voix de crécelle, et de Francis Ford et son inséparable cruchon.

Pourtant, quelque chose a radicalement changé entre ces deux films. Dix-neuf ans séparent les deux tournages, mais surtout, quinze ans séparent l’action des deux longs métrages, celui-ci se déroulant au tout début du 20 siècle. Cela peut sembler peu de chose, mais l’effet est radical. La guerre, bien plus présente ici, renvoie les personnages non seulement à une époque fondatrice de leur existence, mais aussi à leur jeunesse perdue.

Ford évoque ainsi, avec humour et émotion, le destin des vétérans de guerre, qui font vivre le souvenir en dépit du temps qui passe. Quinze ans plus tôt, les vétérans étaient des héros auxquels on ne touchait pas. Désormais, ils sont considérés comme « des éclopés », qui imposent une vision dépassée de la société. Et pour Ford, la douce mélancolie des années 30 a laissé la place à une nostalgie cruelle, qui trouve son illustration la plus déchirante dans la toute dernière image, qui annonce celle, tout aussi cruelle, de La Prisonnière du désert.

Il y a par moments un côté un peu brouillon dans ce film, dû en grande partie au désintérêt dont Ford semble faire preuve pour le couple qui se forme. Dans le rôle du futur fiancé, John Russell (qui sera le sinistre marshall de Pale Rider) est d’ailleurs d’une fadeur rare dans son cinéma. Mais Charles Winninger est particulièrement émouvant dans le rôle de Priest, donnant au personnage une toute autre tonalité que dans le film de 1934.

Et puis il y a une séquence absolument magnifique : celle de l’enterrement de cette femme dont personne ne voulait plus, qui est pourtant revenue mourir dans sa ville natale. Un cortège funéraire traverse alors la ville, d’abord menée par un Judge Priest totalement seul, sous les rires narquois des bien pensants. Cortège qui s’agrandit peu à peu pour, bientôt, rassembler une grande partie de la ville, soudain ramenée à une humanité simplement décente. Ford, cinéaste humaniste…

L’Homme du Kentucky (The Kentuckian) – de Burt Lancaster – 1955

Posté : 3 avril, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, CARRADINE John, LANCASTER Burt, LANCASTER Burt, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Pour son premier film derrière la caméra, Burt Lancaster signe un western étonnant : une ode à la nature, étrangement économe en action, mais à la tension parfaitement maîtrisée. Un western sans chevaux aussi, avec ce personnage de père célibataire (qu’il interprète lui-même), qui traverse le pays sauvage à pied avec son fils et son chien, minuscule communauté en mouvement qui semble avoir trouvé un idéal dans cette vie de pionnier au contact avec la nature.

Comme souvent dans le western, le film parle de la fin d’un monde, ou plutôt de la fin d’un mode de vie. Mais le thème est particulièrement bien traité ici. L’arrivée du père et de son fils dans la « civilisation » remet en cause l’harmonie de leur relation. Elle implique l’irruption d’une femme, ou plutôt de deux femmes : la belle institutrice, symbole d’une vie sociale et de concessions visiblement tentante pour le père ; et la petite sauvageonne, plus conforme aux aspirations du fils.

A travers le choix entre ces deux femmes, toutes deux belles, aimantes et sincères, c’est de la nécessité de se plier aux règles de la société qu’il est question. Et dans sa manière d’aborder le sujet, Lancaster fait preuve d’une honnêteté absolue, ne tombant jamais dans le manichéisme, la nostalgie facile, ou la dénonciation aveugle de l’excès de règles. Son film est d’ailleurs, finalement, totalement bienveillant.

Il y a des salauds, bien sûr, à commencer par Walter Matthau, dont c’est le tout premier film, et qui se révèle d’emblée excellent en salopard intégral. Mais il y a surtout des sentiments purs, une simplicité et une sincérité qui se ressentent jusque dans la manière dont Lancaster filme les beaux décors naturels, dans la première partie. Une réussite qui fait regretter que l’acteur n’ait pas persévéré derrière la caméra : il ne récidivera que quasiment vingt ans plus tard avec Le Flic se rebiffe.

Les Aventures du Capitaine Wyatt (Distant Drums) – de Raoul Walsh – 1951

Posté : 2 avril, 2017 @ 12:52 dans 1950-1959, COOPER Gary, WALSH Raoul, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Ah, les Everglades et leurs labyrinthes de végétations et de marécages. Leur décor fascinant n’ont pas été si souvent utilisés au cinéma, malgré leur potentiel évident. Ce Distant Drums est d’ailleurs l’un des tout premiers à faire de cette région de Floride un élément central de l’action, quelques années avant le beau La Forêt interdite de Nicholas Ray. C’est en tout cas le premier « western » majeur à avoir ce décor (et la guerre contre les Indiens Seminoles) comme toile de fond.

Le film est aussi l’unique collaboration, aussi surprenant que cela puisse paraître, entre Raoul Walsh et Gary Cooper. La rencontre entre ces deux géants du cinéma d’aventure semblait pourtant évidente. Et elle tient plutôt bien ses promesses avec ce film certes imparfait, mais passionnant et admirablement tendu. Oui, comme toujours chez Walsh.

Imparfait, tout de même, parce que l’introduction est pour le moins maladroite, avec une utilisation approximative de transparence, qui donne la curieuse impression d’un film un peu figé. Surtout que la toute première apparition de Gary Cooper a tout de la caricature guère crédible. Heureusement, cette première impression disparaît au bout de quelques minutes seulement, avec l’extraordinaire attaque du fort, moment de bravoure merveilleusement filmée dans une nuit profonde et fascinante.

Tout l’art de Walsh se révèle enfin dans cette séquence d’anthologie, quasi-muette. La suite est à l’avenant, avec cette plongée au cœur des Everglades. Certes, Walsh échoue à rendre le décor réellement menaçant. La moiteur et les dangers de cet entrelacs de végétation et d’humidité ne sont pas toujours perceptibles, contrairement au film de Nicholas Ray qui, lui, privilégiera le tournage en décors naturels. Walsh, lui, use et abuse des transparences, avec plus ou moins d’efficacité.

Mais le rythme ne retombe jamais. Et Walsh, dans ce pur film d’aventures, s’offre une dernière partie tragique, violente et bouleversante originale et inattendue. Sans snober le happy end de rigueur, il s’autorise un ton assez radical, qui clôt joliment ce « eastern » passionnant.

Echec au hold-up (Appointment with danger) – de Lewis Allen- 1951

Posté : 12 mars, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, ALLEN Lewis | Pas de commentaires »

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Il y a une idée formidable au cœur de ce thriller : faire d’une religieuse la seule personne capable d’identifier un tueur, dont l’arrestation permettrait de démanteler un gang particulièrement violent. Et même si le film ne tient pas totalement ses promesses, cette seule idée suffit à faire d’Echec au hold-up une réussite originale dans le genre.

Surtout que cette belle idée n’est pas isolée : le scénario regorge de surprises, qui rendent mémorables certaines scènes. Comme ce dialogue joliment cynique, prononcé par la maîtresse du grand méchant : « Don’t thank me. Earl was good to me, I hope he’ll kill you ». Ou comme ce méchant a priori très classique, voire stéréotypé, mais qui réussit à vraiment exister le temps d’une scène (sa dernière), lorsqu’il se livre de manière totalement inattendu sur ce fils qui lui a été enlevé par sa mère, et dont il garde religieusement des chaussures d’enfant, coulées dans le bronze…

On sent bien que, avec son sujet, le film tend vers une approche humaniste du genre, qui tombe quand même un peu à plat la plupart du temps. La faute, sans doute, à une mise en scène qui n’évite ni les lenteurs, ni les approximations. Lewis Allen n’est certes pas un immense réalisateur, mais il réussit toutefois admirablement ses scènes d’action grâce à quelques fulgurances, comme cette scène de poursuite dans une gare, admirablement tendue. Et rapide, très rapide.

Et puis il y a toujours le plaisir de retrouver Alan Ladd qui, même sans en faire beaucoup, et même avec un personnage sans grande surprise, est toujours parfait. La relation qu’il entretient avec la religieuse, dont on sent que, dans d’autres circonstances, elle aurait pu être teintée de romantisme, est l’une des grandes réussites du film.

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