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Archive pour la catégorie '1940-1949'

La Ville abandonnée / Nevada (Yellow Sky) – de William A. Wellman – 1948

Posté : 9 avril, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, WELLMAN William A., WESTERNS | Pas de commentaires »

La Ville abandonnée

Clint Eastwood a souvent reconnu ce qu’il devait à Wellman, cinéaste qui a influencé peut-être plus qu’aucun autre sa manière de faire des films. En voyant La Ville abandonnée (rebaptisé Nevada lors d’une ressortie en France), on comprend bien sur quoi repose cette filiation : sur une manière de « dégraisser » au maximum son film, sur l’importance des moments en creux où rien ne semble se passer mais où se situe pourtant l’essentiel, et aussi sur les ellipses et le hors-champs, d’une audace folle.

C’est fou ce qu’il peut se passer dans ce simple dialogue au clair de lune entre Gregory Peck et son « frère ennemi » Richard Widmark, dialogue dont la bienveillance apparente rend paradoxalement si frappant le drame qui se noue et son issue incontournable. Fou aussi à quel point la tension est forte lors de ses longs travellings qui précèdent le duel final, duel dont on ne verra que les éclats de lumière des coups de feu, la caméra restant à l’écart, loin du lieu du dénouement.

Ce western épuré n’est pas le plus grand chef d’œuvre de Wellman. Dans le genre, L’Etrange incident ou Convoi de femmes sont plus aboutis, plus importants, avec un rythme qui ne retombe jamais. Ici, il y a certes quelques baisses de tension, et Gregory Peck est sans doute trop beau, trop propre malgré sa barbe de huit jours et son allure crasseuse pour être totalement à sa place en bandit puant et bas du front.

Il est excellent cela dit, ne cherchant jamais à s’élever par rapport à ses complices : chef contesté d’une bande de braqueurs minables qui ne s’attaquent qu’à des banques sans la moindre protection. « On a l’impression de voler une tirelire », commente l’un d’entre eux après le braquage qui ouvre le film, formidable séquence magnifiquement filmée, aussi remarquable par sa mise en scène (et Peck, désabusé, qui ne prend pas même la peine de sortir son arme) que par le cadrage et la lumière, superbe.

Il n’y peut rien, Peck : malgré tous ses efforts, il a la gueule d’un héros. Et même si Wellman ne le met jamais en avant durant toute la première moitié du film, on sent bien qu’il finira par révéler son sens de la justice. La présence d’Anne Baxter, beauté pas classique et vraie grande actrice, n’y est pas pour rien, apparition miraculeuse dans cette ville fantôme où les braqueurs se sont réfugiés après avoir traversé le terrible désert de la mort.

Dans la première partie, Yellow Sky est un film de mouvement. De mouvement lent, certes, mais de mouvement tout de même. Mais à partir du moment où cette bande de bras cassés se retrouve, physiquement, le nez dans la poussière, tout n’est plus qu’attente et observation. Wellman filme ses personnages assis, allongés, affalés. Rarement debout, sauf en cas de menace ou de tension…

Dès que les personnages se lèvent, tout peut arriver. Cela donne un plan simple et sublime, après un baiser volé par Peck : un léger travelling suivant Anne Baxter qui s’éloigne, et qui s’arrête, se retourne et braque son arme. Rien de tape-à-l’œil dans ce plan d’une sobriété absolue, mais d’une force incroyable. La même puissance se retrouve d’ailleurs dans le plan où la jeune femme s’abandonne brièvement à la passion, dans un clair-obscur d’une profondeur magnifique.

Des moments comme ceux-là, il y en a beaucoup dans ce beau western qui, derrière la rudesse du cinéma wellmanien, dévoile aussi une touchante nostalgie. La plus belle scène ? Peut-être celle, étonnante, où Gregory Peck évoque maladroitement des anecdotes de sa jeunesse et le souvenir de ses parents pour faire comprendre que, au fond, il a un bon fond…

* Blue ray dans la collection Westerns de Légende de Sidonis/Calysta, avec une présentation par Bertrand Tavernier, et un passionnant documentaire d’une heure consacré à William « Wild Bill » Wellman.

L’Ange ivre (Yoidore tenshi) – d’Akira Kurosawa – 1948

Posté : 3 avril, 2016 @ 8:00 dans * Polars asiatiques, 1940-1949, KUROSAWA Akira | Pas de commentaires »

L'Ange ivre

Une nuit brûlante dans un quartier misérable de Tokyo. Un jeune homme arrive chez un médecin pour se faire soigner sa main blessée. C’est le caïd du quartier, l’arrogance de la jeunesse, la fierté mal placée, qui apprendra qu’il est malade de la tuberculose. Face à lui, un toubib vieillissant et crasseux, qui semble en avoir trop vu pour accepter ces codes d’honneur d’un autre temps qui ont conduit le pays à sa déchéance.

La scène se déroule dans une pièce à l’éclairage vif. Les personnages sont en sueurs, la porte et les fenêtres sont ouvertes et laissent entrer des accords de guitare, et on sent constamment l’omniprésence de cette misère qui est le quotidien dans ce quartier. A porté de mains presque, au centre de ce microcosme, une marre, puante et menaçante, où tous les déchets sont jetés…

En une simple séquence, dans un décor quasi-théâtral, Akira Kurosawa crée une extraordinaire atmosphère. Pas besoin de grands discours, ou de longues scènes démonstratives : ce simple décor, et la colère à fleur de peau du médecin et du jeune caïd suffisent pour évoquer ce Japon d’après-guerre, coincé dans ce cloaque par des réflexes ancestraux.

Film noir, drame humain… L’Ange ivre est souvent considéré comme le premier chef d’œuvre de Kurosawa. C’est en tout cas une merveille absolue, fascinant mélange d’expressionnisme et de réalisme: les jeux d’ombres contrastés contribuent à créer cette atmosphère fascinante, tandis que des séquences diurnes à la lumière aveuglante renvoient à une réalité sociale bien plus cruelle, avec ces gamins qui tuent le temps en jouant autour de cette marre dont la pollution rappelle le traumatisme nucléaire.

L’utilisation de la musique aussi est fascinante, avec ces airs de guitare qui annoncent l’arrivée d’un élément perturbateur, un ancien caïd tout droit sorti de prison qui vient rompre le fragile équilibre de ce quartier sans avenir. Les personnages naviguent entre la nostalgies de rêves déçus, et de vains espoirs de départ, ou se réfugient derrière des frusques de caïds qui ont tout de l’accessoire de films hollywoodiens. Mais tous paraissent prisonniers de leur environnement.

C’est aussi le premier film dans lequel Kurosawa dirige Toshiro Mifune, qui sera son acteur fétiche presque systématique jusqu’en 1965. Quasi débutant (c’est son troisième film), Mifune impose une présence magnétique à son personnage de caïd dont l’arrogance dissimule mal les blessures enfantines encore présentes. Ses rencontres avec le médecin interprété par un extraordinaire Takashi Shimura sont superbes.

Kurosawa filme leurs face-à-face comme des joutes, presque des combats de chiens. Tous deux se tournent autour, se reniflent et finissent par aboyer et se jeter sur l’autre, dans un éternel recommencement. Attirés l’un par l’autre comme si chacun était l’unique espoir de l’autre, tellement différents, et finalement tellement semblables, qu’ils se renvoient un reflet de leurs propres échecs.

Cet affrontement devient carrément génial lors d’une scène de bar, lorsque leur attirance et leur colère passe par de petits verres d’alcools qui ne cessent d’être balancés d’un revers de main, avant de revenir aussi sec. Un ballet aussi étrange que magnifique, qui en dit beaucoup sur leur incapacité à simplement se laisser aller.

L’immobilisme, le destin, la colère… Tous ces sentiments se dégagent de L’Ange ivre, film superbe à tous points de vue, et convergent lors d’une hallucinante séquence de duel, à la fois brutale et grotesque. Jusqu’à cette petite note d’espoir qui, in extremis, nous tire un petit sourire. Magnifique…

* DVD dans une très belle édition avec livre (passionnant et superbement illustré), documentaire sur Kurosawa et analyse du film par Jean Douchet, chez Wild Side Vidéo. L’éditeur consacre toute une collection aux « Années Toho » de Kurosawa.

Ton heure a sonné (Coroner Creek) – de Ray Enright – 1948

Posté : 1 avril, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, ENRIGHT Ray, WESTERNS | Pas de commentaires »

Ton heure a sonné

Randolph Scott traquant inlassablement l’homme responsable de la mort de sa fiancée, 18 mois plus tôt… Voilà un argument que n’aurait pas renié Budd Boetticher, futur réalisateur fétiche de Scott. Une décennie avant leur collaboration, ce western signé Ray Enright pose en quelques sortes les bases de ce que sera le personnage de l’acteur dans les années à venir : chez Boetticher, donc, mais aussi chez Andre De Toth avant ça.

Coroner Creek n’a sans doute pas la fulgurance des chefs d’oeuvre qu’enchaînera Scott à la fin de sa carrière. Tourné avec un procédé « Cinecolor » un peu pisseux, le film a un aspect très modeste la plupart du temps, Enright se contentant de faire le job, plutôt bien mais sans éclat. La plupart du temps…

Sauf que dans ce décor westernien assez confortable, bercé par une petite musique qui semble dire que le cinéaste ne prend pas tout ça très au sérieux, Enright nous assène des éclats de violence sidérants, et quelques trouvailles visuelles qui, tout à coup, bousculent le spectateur et le sort de sa légère léthargie…

Pas de grande effusion de sang à l’écran, ni d’images insupportables. Enright préfère jouer sur les ellipses, et ce dès la séquence d’ouverture, tuerie d’autant plus sauvage qu’on ne peut que la deviner à travers le visage trop calme d’une jeune femme dont on apprendra bientôt le terrible sort auquel elle a été confrontée.

Les scènes de violence ont toutes cette force sidérante, cette volonté du cinéaste de nous bousculer : Scott, la main broyée, qui réserve froidement le même sort à celui qui l’a mutilé ; le même Scott riant de voir son adversaire se brûler la main avec une poêle bouillante ; ou Scott, toujours, se servant d’un homme de main comme d’une protection contre le grand méchant, joué par George MacReady, qui vide son chargeur sur lui.

Ce cynisme, voire ce sadisme, est d’autant plus marquant qu’il survient dans un long métrage par ailleurs très sage, même si Enright ose y filmer un personnage de femme alcoolique, ce qui n’est pas si courant dans le cinéma hollywoodien de cette époque, spécialement dans le western.

Enright a-t-il volontairement soigné ce contraste à l’intérieur de son film ? Ou ne s’est-il simplement intéressé qu’aux séquences de violence ? Toujours est-il que, si bons soient les seconds rôles (Edgar Buchanan, Wallace Ford, Forrest Tucker… que du bon), et si malin soit le scénario, c’est bien cette violence que l’on retient, notamment celle de l’affrontement final, impressionnant concentré de trouvailles visuelles, fait de plongées et de contre-plongées, avec des points de vue et des hors champs inattendus, et une formidable utilisation du décor et des objets. Un petit chef d’œuvre à elle toute seule, cette scène…

* Le film est entrée dans la collection DVD « Westerns de légende » de Sidonis/Calysta, avec une courte présentation par Patrick Brion, et une autre beaucoup plus intime par Bertrand Tavernier.

Les Aventuriers du Désert (The Walking Hills) – de John Sturges – 1949

Posté : 27 mars, 2016 @ 6:15 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, STURGES John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Aventuriers du Désert

L’affiche, le titre (en VF et en VO), l’histoire… Pas de doute, Les Aventuriers du Désert est un vrai western, qui plus est réalisé par un habitué du genre (John Sturges) et interprété par l’une des grandes figures westerniennes (Randolph Scott). Mais, surprise : le film se déroule dans les années 1940, et commence comme un film noir, dans un décor qui évoque La Soif du Mal : une ville-frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, où se croisent des aventuriers, des voyageurs, ou encore un détective privé.

Mais ce film noir ne tarde pas à bifurquer vers le western pur et dur, lorsqu’un groupe très disparate se forme pour partir à la recherche d’un trésor au milieu du désert : une caisse d’or que transportait un chariot qui s’est égaré un siècle plus tôt… Une sorte de plongée dans le passé le plus mythique de l’Amérique : celui des pionniers.

Tous ces aventuriers abandonnent leurs particularités pour se lancer dans cette quête improbable, creusant inlassablement ce Désert de la Mort infini, dont Sturges utilise magnifiquement les paysages mouvants, ces dunes balayées par le vent et baignées de soleil. Un décor qui donne lieu à un superbe duel… à la pelle, d’un dynamisme stupéfiant.

Autre curiosité : les séquences de chansons qui viennent rythmer le film, superbes moments qui permettent de réhabiliter Josh White, chanteur de blues très en vogue à l’époque, et totalement oublié aujourd’hui, et dont il s’agit de quelques-unes des rares prestations filmées.

Le film est aussi assez passionnant par l’utilisation systématique qu’il fait des ellipses, laissant libre-cours à l’imagination du spectateur. Un parti-pris un peu gâché par un flash-back certes joliment filmé (de beaux plants d’Ella Raines sous la pluie), mais totalement inutiles.

Mais finalement, c’est une certaine nonchalance qui domine dans ce film. A l’image de Randolph Scott, étonnamment en retrait, qui se contente la plupart du temps de rester spectateur de l’action. Son personnage, si charismatique soit-il, ne prend jamais le pas sur les autres membres du groupe (parmi lesquels Edgar Buchanan, Arthur Kennedy et John Ireland). Plus étonnant encore : il se désintéresse la plupart du temps des enjeux dramatiques du groupe, pour aller s’occuper de sa jument et de son poulain. Curieux…

* DVD dans l’incontournable collection « Westerns de Légende » chez Sidonis/Calysta, avec une présentation par Patrick Brion.

Berlin Express (id.) – de Jacques Tourneur – 1949

Posté : 20 mars, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, RYAN Robert, TOURNEUR Jacques | Pas de commentaires »

Berlin Express

C’est le premier film tourné dans l’Allemagne d’après la guerre, et ce n’est pas anodin. La vision des ruines de Francfort et Berlin est impressionnante et apporte une dimension dramatique fascinante à ce film noir qui ne ressemble à aucun autre.

L’intrigue est pourtant assez classique, sorte de variation autour d’Une femme disparaît, l’un des derniers films anglais d’Hitchcock. Un train qui entre en pays (plus tout à fait) ennemi, un homme qui disparaît, et des passagers qui semblent les seuls à s’inquiéter de cette disparition. Un brillant mélange de suspense et d’espionnage, intensément divertissant mais qui en dit long sur son époque.

Jacques Tourneur ne sacrifie aucun de ces aspects. Son film est une passionnante enquête pleine de rebondissements feuilletonnants, et le cinéaste de La Féline sait y faire lorsqu’il s’agit de faire naître la peur d’un décor. Mais c’est le contexte, inédit, qui donne une grande partie de sa force au film: les ruines fantomatiques d’une Allemagne vaincue peuplée d’êtres en errance, de familles à la recherche de leurs proches, de gens que la folie de leurs dirigeants et l’humiliation de la défaite ont obligé à vivre dans la marge, privés pour certains de leur humanité.

Berlin Express est un portrait d’une force sidérante de cette Allemagne-là, dans laquelle il est difficile de tirer un trait sur ces années de Nazisme : à la fois pour les étrangers encore habités par la guerre, et pour ces Allemands confrontés au manque. C’est aussi un film qui oscille entre cynisme et espoir : autour de la jeune Allemande interprétée par Merle Oberon, le groupe qui se forme pour enquêter est constitué d’un Américain (Robert Ryan, formidable comme toujours), d’un Français, d’un Anglais et d’un Soviétique.

Les quatre vainqueurs, qui se sont partagés l’Allemagne dans cet immédiat après-guerre, poussés à unir leurs forces et à fraterniser… Le conflit mondial à peine terminé, et alors que la guerre froide n’en était pas encore une, Berlin Express est un film d’une grande lucidité, qui se permet une (petite) note d’optimisme. Nouveau chef d’œuvre, pour Tourneur.

L’Île des péchés oubliés (Isle of forgotten sins) – de Edgar G. Ulmer – 1943

Posté : 22 février, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, CARRADINE John, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

L'Île des péchés oubliés

Fort sympathique, ce petit nanar fauché et plutôt rigolo, une rareté que Ulmer tourne juste avant deux de ses films les plus connus, Barbe Bleue et Détour. On retrouve d’ailleurs l’acteur du premier, John Carradine, qui tient pour une fois le rôle du héros de service, un marin bagarreur qui se lance sur la piste d’un trésor enfoui au fond d’un lagon, avec son comparse et éternel adversaire.

Une chasse aux trésors, des bagarres bien viriles, des tas de jolis femmes, des îles paradisiaques… Le film est clairement à ne pas prendre au sérieux. Seul objectif de ce pur divertissement : le dépaysement. Et malgré son manque de moyens, qui limite l’effet-choc des grands moments de bravoure (comme cette séquence finale de tempête), Ulmer atteint plutôt son but.

Elles ont de la gueule, ces maquettes balottées par le vent. Et le cinéaste filme joliement ces scènes de nuit noire, dont la raison d’être est d’économiser sur les décors, mais qui créent une ambiance bien sympathique. Ulmer, qui a dû se contenter de budgets ridicules pour la majorité de ses films, en a toujours tiré le meilleur. C’est une nouvelle fois le cas ici…

A deux ou trois réserves près, quand même. Les effets caléidoscopiques des nuages sont assez étranges. Et la marionnette qui remplace John Carradine lors de ses descentes de scaphandrier a l’air… eh bien d’une marionnette vaguement articulée dont les mouvements de bras rappellent le Guignol de notre enfance. C’est charmant et assez drôle. Pas exactement l’effet voulu…

* Le film, très rare, est édité chez Artus Films, avec une qualité d’image pour le moins inégale: quelques plans semblent tirés d’une vieille VHS, tandis que d’autres ne sont disponibles qu’en VF. Quelques répliques en français viennent ainsi se glisser dans les dialogues originaux. Aucun bonus, si ce n’est des extraits ou bandes annonces des quatre films de la collection « Grands Classiques Hollywoodiens » (un titre un peu exagéré).

Le Sang de la Terre (Tap Roots) – de George Marshall – 1948

Posté : 19 février, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, BOND Ward, MARSHALL George, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Sang de la terre

Évacuons tout de suite la comparaison incontournable pour toute grande production évoquant l’irruption de la guerre de Sécession dans un grand domaine du Sud : oui, Le Sang de la Terre lorgne du côté de Autant en emporte le vent, non seulement pour son décor, mais aussi pour son couple vedette, une héritière au caractère bien trempé et un séducteur un rien cynique…

Voilà pour la comparaison. Mais ce beau western romanesque et spectaculaire vaut bien plus qu’un sous-quoi que ce soit. Ne serait-ce que pour son sujet, original et passionnant : dans le Sud sur le point de faire sécession, une vallée riche et paisible décide à son tour de faire sécession de l’état sécessionniste dont elle refuse d’épouser la cause et surtout la posture belliqueuse.

Plutôt rare de faire de ses héros des hommes et des femmes qui désirent plus que tout rester en dehors de l’histoire en marche. A vrai dire, le film ne va pas tout à fait au bout de ce sujet fort, restant surtout très évasif à propos de la condition des noirs qui travaillent dans cette vallée, et n’évoquant que subrepticement la question de l’esclavagisme.

Pourtant, la guerre civile prend un visage plus absurde que jamais avec cette vallée idyllique qui finit par voler en éclat à force de vouloir rester à l’écart, la lutte fratricide se résumant même à un affrontement totalement personnel et intime. Belle idée, qui trouve son épilogue lors d’une bataille d’une grande intensité au coeur des marais, superbe scène intense et tragique.

George Marshall n’est ni Raoul Walsh, ni Anthony Mann, mais il « fait le job » très efficacement, avec un sens du rythme parfait, et en réussissant toutes les grandes scènes clés du film. Souvent avec sobriété, comme lorsque le personnage de Van Heflin affronte du regard, sans un mot, la foule venue le lyncher. Ou lors de l’accident de cheval qui paralyse Susan Hayward, accident que l’on ne voit tout simplement pas.

Quant au casting, il est aussi improbable qu’impeccable, entre Van Heflin (dont la voix profonde donne une intensité rare à la moindre de ses répliques) et Susan Hayward (un rôle en or pour cette belle actrice mésestimée), entre Ward Bond (formidable en patriarche) et Boris Karloff (étonnant dans l’un de ses rares rôles totalement positifs), sans oublier l’incontournable Arthur Shields, une nouvelle fois en pasteur.

Bref, que du bon dans ce western épique et dramatique, qui offre un regard original sur les ravages de la guerre et l’impossible neutralité…

Le Pirate de Capri (The Pirates of Capri / I Pirati di Capri) – d’Edgar G. Ulmer – 1949

Posté : 14 février, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, ULMER Edgar G. | Pas de commentaires »

Le Pirate de Capri

Quelque part entre Le Signe de Zorro de Rouben Mamoulian et Le Livre noir d’Anthony Mann (sorti cette même année 1949)… Toujours inattendu, Edgar Ulmer signe un film d’aventures sur fond de révolution (italienne cette fois), avec pour personnage principal l’un de ces héros masqués vengeurs et justiciers (joué par Louis Hayward). Curieux cocktail qui, sur le fond n’apporte pas grand-chose : à part quelques belles idées de scénario (la reine obnubilée par le destin tragique de sa sœur Marie-Antoinette), rien de très original dans ce portrait d’un homme qui dissimule sa vraie nature (celle du héros masqué) sous des faux-semblants grotesques.

Mais dans la forme, cette relativement grosse production (énorme, même, si on la compare à la grande majorité des films d’Ulmer) est particulièrement riche et passionnante. Le réalisateur met à profit les moyens qu’il a à sa disposition, ses décors impressionnants, ses nombreux figurants, pour signer une suite de tableaux saisissants, grouillants de vie et lourds de menace.

Toutes les séquences dans le village des pirates sont ainsi exceptionnelles, avec ces gueules mises en valeurs par la lumière des torches, les vieux murs qui se dessinent dans la nuit et dont sortent femmes et enfants… On sent qu’Ulmer apporte une attention toute particulière au quotidien de ces petites gens qu’il a toujours affectionné. C’est peut-être ça qui définit le mieux ce cinéaste à la carrière incroyable et totalement inclassable: cette empathie pour les petits, les opprimés.

Ici, il se révèle aussi un excellent cinéaste d’action, avec une poignée de duels à l’épée magnifiquement filmées, l’impressionnante séquence du soulèvement populaire, et surtout une course-poursuite hallucinante sur les toits de Naples, avec ces silhouettes qui semblent volet à travers la ville. Malgré son histoire un rien convenue, voire maladroite par moments, Le Pirate des Capri est une grande réussite, formellement impressionnante, et à la tension remarquablement tenue.

* Une rareté que Artus Films, éditeur plus habitué à exhumer le cinéma bis européen, vient de sortir de l’oubli, tout comme un autre film d’Ulmer : L’Île des péchés oubliés.

Le Pénitencier du Colorado (Canon City) – de Crane Wilbur – 1948

Posté : 11 février, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, WILBUR Crane | Pas de commentaires »

Le Pénitencier du Colorado

Voilà un petit film noir qui pousse à l’extrême la logique alors très en vogue de la mise en valeur des administrations américaines. Sur le principe, on a eu droit à quelques petits bijoux, signés notamment Anthony Mann (T-Men, He walked by night…). Sans atteindre ces sommets, ce film méconnu de Crane Wilbur (quasiment inconnu pour moi : juste vu un sympathique court métrage, Swingtime in the movies) relève de la même ambition, et ne manque pas de qualités. Ce qui n’est sans doute pas un hasard : Wilbur est l’un des scénaristes de He walked by night, sorti la même année.

Il y a un autre point commun avec les films d’Anthony Mann : le chef opérateur, John Alton, qui met joliment à profit l’omniprésence des ombres dans la prison, et surtout l’aspect inquiétant et étouffant de la neige après l’évasion. Wilbur, cependant, n’est pas Mann. Et s’il fait le job en assurant une belle tension, il manque ce petit quelque chose qui sortirait le film de l’anonymat.

Le concept même du film représente sa principale limite : en voulant rester le plus possible du côté du réalisme, en filmant presque cliniquement les préparatifs de l’évasion, l’évasion elle-même, et surtout la traque qui s’ensuit, Wilbur se prive le plus souvent d’un grand enjeu dramatique. Sans doute le film aurait-il gagné à se concentrer davantage sur un seul évadé, le plus intéressant : celui joué par Scott Brady, condamné à vie et entraîné malgré lui dans l’évasion, alors qu’il s’accrochait à un très hypothèque espoir de libération, un jour ou l’autr…

Le film alterne le très bon (beaux rôles d’héroïnes donnés à deux vieilles dames, qui donnent lieu à deux superbes scènes de suspense) et l’agaçant, comme cette voix off trop présente et trop didactique qui se met à dialoguer avec les personnages. Des personnages dont on nous assure que certains sont joués par les ceux qui ont réellement pris part à cette chasse à l’homme, comme le chef du pénitencier, qui joue (pas mal d’ailleurs) son propre rôle.

Parce que le générique nous le dit longuement : le film est inspiré d’une histoire vraie, et tout ce qu’on voit est absolument conforme à la réalité. C’est quand le film s’évade de ce cinéma-vérité revendiqué qu’il est le plus passionnant. Quand Wilbur s’autorise à dramatiser son récit. C’est surtout le cas lorsque les évadés rencontrent des habitants et qu’entre eux se nouent des liens parfois inattendus. Là, le cinéma prend le pas sur le documentaire, et le film prend toute sa valeur.

* Plutôt habitué au cinéma bis européen, l’éditeur Artus inaugure une collection « Grands classiques du film noir » avec cette rareté, dans une version loin d’être impeccable mais tout à fait acceptable. Pas d’autre bonus qu’une bande annonce d’époque et quelques photos.

Les Trois mousquetaires (The Three Musketeers) – de George Sidney – 1948

Posté : 5 février, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, SIDNEY George | Pas de commentaires »

Les Trois mousquetaires

Gene Kelly s’échappe brièvement de la comédie musicale, mais reste le danseur acrobatique qu’il est avant tout. Sa manière de combattre à l’épée, de courir dans les ruelles humides de Paris, de séduire Constance, et même de regarder à travers la lame entrebaillée d’un plancher… Tout dans son jeu évoque la danse, dans cette adaptation assez fidèle du classique de Dumas.

On pouvait douter de la capacité de Kelly d’incarner D’Artagnan. Il est simplement éblouissant, donnant au film un rythme, une vitesse même qui colle parfaitement à l’esprit du récit. Grand spécialiste du genre (il fera encore mieux avec Scaramouche), George Sidney s’y connaît en terme de duels et de poursuites. Son style épouse parfaitement le dynamisme de sa star, pour offrir une adaptation respectueuse du roman, tout en étant 100% Hollywoodien.

Un divertissement de luxe, porté par une distribution éblouissante (Lana Turner en Milady, Vincent Price en Richelieu…) : voilà ce qu’est cette version des Trois Mousquetaires, sans doute la meilleure jamais tournée. Un film qui accumule les morceaux de bravoure (le duel « pour rire » qui scelle l’amitié entre D’Artagnan et les mousquetaires, le combat sur la plage…), mais pas seulement.

L’espace de quelques scènes (D’Artagnan suivant Constance dans la nuit parisienne…), Sidney révèle une gravité inattendue et une approche visuelle assez saisissante. Dans le ton non plus, le cinéaste n’évite pas les aspects les plus sombres du roman, au contraire. Van Heflin est ainsi un Athos tragique et bouleversant, qui parvient dans les passages les plus durs à voler la vedette au bondissant Gene Kelly. Jusqu’à l’exécution de Milady, séquence visuellement splendide et d’une puissance évocatrice assez sidérante.

Les Trois Mousquetaires est un pur divertissement hollywoodien ? Oui, mais pas que…

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