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Archive pour la catégorie '1940-1949'

Sabotage à Berlin (Desperate Journey) – de Raoul Walsh – 1942

Posté : 23 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, WALSH Raoul | 1 commentaire »

Sabotage à Berlin

Entre deux classiques (La Charge fantastique et Gentleman Jim), Raoul Walsh et Errol Flynn s’offrent une réjouissante récréation en forme d’effort de guerre.
Faut-il prendre au sérieux cette histoire d’aviateurs alliés qui se retrouvent derrière les lignes ennemis et multiplient les pieds de nez aux Allemands ? A l’occasion d’une scène, Walsh prouve que lui-même s’en amusait : en fuites, nos héros tombent en panne ; juste à ce moment, un camion de carburant passe devant eux…

La plupart des rebondissements sont aussi improbables que ceux-là. A commencer par la première évasion, pas plus sérieuse que les aventures de La 7e Compagnie. Ou le vol des uniformes allemands, les militaires passant à portée de main étant au bon nombre… et de la bonne corpulence. Ou encore la manière dont nos héros s’emparent d’un avion bombardier gardé par des dizaines d’hommes.

D’ailleurs, avec le personnage rigolard d’Alan Hale, ou même celui très décontracté joué par Ronald Reagan, Walsh donne le ton. Flynn lui-même affiche la plupart du temps un enthousiasme rafraîchissant. Mais le film n’est pas d’un seul bloc. Pour preuve, un autre personnage, plus complexe et plus sombre : celui joué par l’excellent Arthur Kennedy, le plus intense de tous, qui refuse de voir la guerre comme un terrain de jeu.

Il y a d’ailleurs dans ce Desperate Journey quelques moments d’une grande noirceur : la mort de plusieurs personnages importants, ou encore le dur destin de cette jeune Allemande qui lutte contre les Nazis, symbole pas si courant dans le cinéma hollywoodien de l’époque de cette population allemande qui n’a pas choisi la barbarie.

Mais avant tout, Desperate Journey est un film d’action et d’aventure. L’intrigue, finalement, semble ne servir que de liant entre les nombreuses scènes d’action : le crash de l’avion, la fuite par les toits, l’attaque de l’usine, ou encore l’extraordinaire course poursuite en voiture… Autant de séquences d’anthologie auxquelles Walsh donne un rythme et une intensité incroyables.

Desperate Journey est un voyage réjouissant qui ose toutes les ruptures de ton. Un pur plaisir de cinéma.

Allez coucher ailleurs (I was a male war bride) – de Howard Hawks – 1949

Posté : 13 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, HAWKS Howard | Pas de commentaires »

Allez coucher ailleurs

On ne dira sans doute jamais assez ce que la comédie américaine doit à Cary Grant. Comme John Wayne avec le western, ou Humphrey Bogart avec le film noir, Grant a en quelque sorte donné ses lettres de noblesse au genre. Il a en tout cas imposé un style qui lui est propre, et qui fait qu’une comédie avec Cary Grant est un genre en soi, avec son propre univers, son propre rythme.

Et dans ce genre, les films que Grant a tourné avec Howard Hawks constituent un ensemble d’une cohérence rare. Cette comédie-ci n’est pas la plus connue du duo. Elle l’est beaucoup moins que les trois classiques qu’ils ont tournés ensemble entre 1938 et 1940 (L’Impossible monsieur bébé, Seuls les anges ont des ailes et La Dame du Vendredi), ou que celui qu’ils tourneront en 1952 (Chérie, je me sens rajeunir). Elle n’en est pas moins formidable.

On peut parler d’une « comédie du remariage », thème très en vogue à l’époque. Ou même de slapstick. Mais c’est surtout une comédie irrésistible et souvent noire estampillée Hawks/Grant. Un petit bonheur qui oscille entre burlesque et critique grinçante de l’administration et de l’armée américaines.

L’étrange titre original vient du clou du film : à la fin de la seconde guerre mondiale, les particularités administratives obligent un officier français (c’est Grant, oui, qu’on a évidemment du mal à imaginer en frenchy, mais qu’importe) à se déguiser en femme pour quitter l’Allemagne et accompagner sa jeune épouse américaine (Ann Sheridan, pétillante) aux Etats-Unis.

Cette séquence n’arrive toutefois qu’après une longue déambulation dans l’Allemagne administrée par les alliés, pleine de rebondissements souvent très drôles, mais entièrement centrée sur les rapports passionnels entre Ann Sheridan et Cary Grant. Le schéma est connu : ils ne se supportent pas, ils sont obligés de cohabiter, ils tombent amoureux… Mais le ton que Hawks donne à cette histoire d’amour est unique.

Les rapports habituels hommes-femmes sont ainsi constamment inversés, avec un Cary Grant qui accepte de bon gré une passivité inattendue. C’est drôle, c’est élégant, c’est fin et c’est parfois fou. De cette folie qui permet de passer d’un pur gag à un sommet de romantisme en quelques secondes, à l’image de cette course folle en side-car qui se termine au cœur d’une meule de foin. Irrésistible.

* DVD dans la collection Hollywood Legends (Fox, ESC éditions), avec une analyse par le critique Jacky Goldberg.

Le Corbeau – de Henri-Georges Clouzot – 1943

Posté : 12 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, CLOUZOT Henri-Georges | Pas de commentaires »

Le Corbeau

« Où est l’ombre ? Où est la lumière? » Quelle scène ! Quels dialogues ! Et quels acteurs ! Un Pierre Larquey exceptionnel, un Pierre Fresnay formidable… Personne n’est vraiment tout à fait ce qu’il semble être dans ce chef d’oeuvre intemporel, peut-être le meilleur film de la fameuse Continental, la firme dirigée par les Allemands durant l’occupation.

Avoir réalisé ce film, portrait d’une petite commune française rongée par la suspicion et la délation, a d’ailleurs valu bien des ennuis à Clouzot durant l’épuration. Pourtant, ce qui reste le plus hallucinant, c’est que les Allemands aient laissé faire le cinéaste : Le Corbeau est une dénonciation cruelle et sans détour des dénonciations anonymes et de la mesquinerie de cette France occupée.

En tout cas, les ennuis de Clouzot disent beaucoup du climat de la libération, et d’une certaine mauvaise conscience que le film pointe d’ailleurs du doigt. Cette communauté confrontée au même mal (des lettres de dénonciations anonymes qui semblent devoir toucher toute la population) pourrait faire front. Mais les accusations proférées réveillent les rancœurs et la suspicion, révélant moins sur ceux qu’elles concernent que sur ceux qui les entourent.

Visuellement formidable, avec ces fameux jeux sur l’ombre et la lumière ou ses inquiétantes scènes de foules, Le Corbeau est un film d’une grande cruauté émaillé de séquences inoubliables : la fuite déchirante de Marie Corbin, la silhouette de la mère voilée de noir qui s’éloigne dans la rue, la superbe colère de Germain (Fresnay) dans le bureau des notables bien pensants…

Clouzot est aussi un très grand directeur d’acteur. Fresnay a rarement été aussi intense, Larquey est exceptionnel, Noël Roquevert est excellent et cabotine moins qu’à l’accoutumée… Les femmes ne sont pas oubliées : Ginette Leclerc est superbement touchante, femme moderne qui compense son handicap physique par une sexualité débridée (en apparence en tout cas), et qui se révèle finalement la plus humaine de tous…

A travers son personnage, et celui de Fresnay, Clouzot ose aussi une vision audacieuse et très en avance du sexe, mais aussi de l’IVG. En plus d’être un grand, un très grand film noir dur, fascinant et sans concession.

Du sang sur la neige (Northern Pursuit) – de Raoul Walsh – 1943

Posté : 8 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

Du sang sur la neige

Walsh est en pleine Flynn-mania lorsqu’il tourne ce thriller neigeux, nerveux et bourré d’action : de La Charge fantastique à Aventure en Birmanie, ce sont six films qu’ils tournent quasiment coup sur coup en à peine quatre ans (et sans compter La Rivière d’argent, qu’ils tourneront quelques années plus tard).

Celui-ci n’est pas le plus connu. Il n’est pas non plus le moins intéressant. Dès les premières images, on sent qu’il y a ici quelque chose de très familier, et en même temps de très atypique. L’histoire en rappelle d’autres (celle de Griffes jaunes par exemple), avec ce policier convaincu de sympathie pour l’ennemi, qui prend la fuite avec un officier nazi en passant aux yeux de tous pour un traître. Sauf que, bien sûr, il n’en est pas un…

Rien de très original de ce côté là, donc. Mais le décor, lui, change radicalement la donne : on n’est ni dans un western, ni dans un suspense urbain, ni même dans un film d’aventure traditionnel. Non, c’est dans la neige du grand Nord canadien que Walsh pose ses caméras. Enfin, plutôt dans un grand Nord reconstitué en studio : à l’exception de quelques séquences de ski qui n’ont rien à envier aux futurs James Bond, tout semble avoir été tourné bien au chaud en studios.

Ce qui, d’ailleurs, ne pose pas vraiment problème. Que ce soit pour la scène de l’avalanche ou celle du sous-marin brisant la glace, le film fait plutôt bien illusion. Et même si on a un peu de mal à voir un homme qui vient de marcher des jours dans la neige, derrière l’élégance très dandy de Flynn, cet environnement immense et plein de dangers donne un ton très original au film.

Il y a bien quelques rebondissements hautement improbables, comme l’irruption soudaine de la fiancée de notre héros, arrivée on ne sait trop comment dans la gueule du loup. Mais Walsh oscille efficacement entre l’humour (avec le personnage du beau-père écossais), la menace (beau personnage de traître interprété par l’excellent Gene Lockhart), la violence la plus sèche avec quelques exécutions sommaires qui font froid dans le dos, et même de l’action pure assez impressionnante, comme cette étonnante séquence finale dans l’avion.

Du sang sur la piste s’inscrit dans la grande tradition hollywoodienne du film de propagande anti-nazi. Sans grande délicatesse sans doute, mais avec un vrai sens du spectacle et une efficacité imparable.

Nous avons gagné ce soir (The Set-Up) – de Robert Wise – 1949

Posté : 4 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, RYAN Robert, WISE Robert | Pas de commentaires »

Nous avons gagné ce soir

Superbe film au noir et blanc somptueux, peinture glauque et sans concession d’un monde qui semble sans grand espoir : celui de la boxe et de ses petits combats minables qui se succèdent sans passion.

Robert Ryan, une nouvelle fois formidable, incarne l’un de ces boxeurs, un « vieux » de 35 ans qui enchaîne les défaites et qui ne parvient pas à raccrocher les gants. Un homme fatigué qui trimbale sa carcasse usée en rêvant vaguement d’une autre vie avec la femme qu’il aime.

Celle qu’il aime… Le film ne sort que rarement du gymnase où les boxeurs s’affrontent, et où elle n’a pas voulu se rendre ce soir-là. Pourtant, elle semble omniprésente, dans le regard angoissé de Ryan.

Pour parler de boxe, Robert Wise filme les gens : les boxeurs qui attendent dans « l’antichambre » où ils se préparent, et où certains rêvent de seconde chance ; mais aussi les spectateurs dans le public, habités par une rage insoupçonnable à première vue, comme cette dame digne qui se met à hurler « tue-le, tue-le », ou ce jeune homme qui n’a plus le moindre regard pour sa petite amie, ou cet autre qui avale toutes les cochonneries du monde au fil des combats.

Une véritable faune interlope, dont le « spécimen » le plus étonnant est un aveugle qui assiste au combat, accompagné par un ami qui lui décrit les coups, et qui vit les affrontements comme s’il était sur le ring. Qui est-il ? Wise laisse libre court à l’imagination du spectateur… Ici, le passé ne peut être qu’imaginé, et l’avenir semble bien incertain.

Non, ce n’est pas un chant d’amour pour la boxe. Rien de glorieux dans ce combat montré in extenso: quatre rounds de trois minutes âpres et d’une violence qui n’a rien de romantique. Et les regards désabusés des habitués ne laisse guère de place aux espoirs démesurés.

Mais Wise signe un pur film d’amour. Il y a quelque chose de tragique dans l’absence de cette jeune femme (Audrey Totter) qui n’assiste pas au combat de cet homme, et dans son errance nocturne. Comme il y a quelque chose de déchirant dans la manière dont lui, Ryan, scrute la salle pour tenter de la retrouver. Quant au suspense final, dans une poignée de séquences qui flirtent avec le film noir, il ne conduit que vers une violence libératrice, l’un des happy ends les plus douloureux et les plus émouvants qui soient…

La Femme sur la plage (Woman on the Beach) – de Jean Renoir – 1947

Posté : 28 octobre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, RENOIR Jean, RYAN Robert | Pas de commentaires »

La Femme sur la plage

Contrairement à d’autres réfugiés français pendant l’occupation (Duvivier ou Gabin, par exemple), Jean Renoir n’a pas fait qu’un passage éclair à Hollywood : il s’y est installé longuement, prenant même la nationalité américaine. Il ne gardera pourtant pas un grand souvenir de cette période, marquée par ses difficultés à rentrer dans le moule hollywoodien.

On sent clairement ces difficultés dans Woman on the Beach, le dernier de ses films tournés sur le sol américain. Il y a bien quelques moments très beaux, comme cette tendresse soudaine qui rapproche Joan Bennett et son mari Charles Bickford au coin du feu, ou cette scène où Robert Ryan chevauche sur une plage baignée par la brume, comme dans un rêve éveillé. Mais il y a surtout une impression de maladresse, parfois presque gênante, qui se dégage de l’ensemble.

Renoir a pourtant participé au scénario (il est crédité, en tout cas). Mais l’évolution des personnages laisse par moments dubitatifs. On a en tout cas toutes les peines à s’attacher à ce triangle amoureux (pourtant interprété par de grands comédiens) qui semble annoncer un pur film noir.

Produit par la RKO, le film ressemble à effectivement à s’y méprendre à un film noir. Un anti-héros hanté par la guerre (Ryan), une femme que l’on devine fatale (Bennet), un mari aveugle (mais l’est-il vraiment ?) et gênant (Bickford)… Avec des personnages comme ceux-là, on voit venir le truc de loin. Et effectivement, Ryan va se décider à éliminer son rival. Sauf que ce n’est pas si simple…

Jouer avec les codes de ce genre si américain aurait pu inspirer Renoir. Mais le réalisateur semble constamment trop contraint, mal à l’aise avec des scènes et une atmosphère qu’on lui a sans doute imposés. Woman on the Beach est un film plutôt agréable, et qui ne manque pas d’un certain charme, par moments. Mais il était temps que Renoir se décide à quitter Hollywood, tout de même…

Je ne regrette rien de ma jeunesse (Waga seishun ni kuinashi) – d’Akira Kurosawa – 1946

Posté : 11 octobre, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, KUROSAWA Akira | Pas de commentaires »

Je ne regrette rien de ma jeunesse

Ce n’est pas encore tout à fait le Kurosawa des grands classiques, mais ce film de jeunesse est déjà l’œuvre d’un grand cinéaste. Un cinéaste d’une sensibilité extrême, aussi attentif aux destins de ses personnages qu’aux soubresauts de l’histoire : son film est l’un des premiers tournés après la défaite de 1945 de son pays, et l’histoire se déroule durant la période la plus tourmentée de l’époque récente, de 1933 à cette défaite qui signifie la liberté retrouvée.

Je ne regrette rien de ma jeunesse… Le titre est martelé comme un mantras, alors que le destin de cette jeune femme bousculée par les affres de l’histoire raconte, au contraire, toute la difficulté de se défaire de cette jeunesse si belle, et si encombrante.

La scène inaugurale, bucolique et lyrique, se termine de la manière la plus brutale qui soit, par l’irruption d’un cadavre sanglant dans un paysage idyllique où ne régnait que la joie. C’est la réalité de l’époque qui, subitement, arrache la jeune Yukie à l’insouciance de sa jeunesse.

Il lui faudra du temps pour faire son choix entre un avenir « calme et un peu ennuyeux » avec l’un de ses prétendants, ou une vie plus incertaine et aventureuse, plus intense et engagée aussi, avec celui qu’elle aime vraiment, mais vers qui elle ne se résout pas à se tourner…

Ce destin est rude, et c’est le cœur serré que l’on vit avec elle les malheurs de Yukie (magnifique Setsuko Hara). Mais ce n’est pas un mélo que filme Kurosawa, qui jamais ne s’apitoie sur ce sort et sur ce qui aurait pu advenir sans l’instauration de ce régime militaire, et sans la survenue de la guerre. Au contraire, c’est une naissance à la vie qu’il raconte, celle d’une jeune femme qui prend en main son propre destin, et celui de son pays. Un film plein d’espoir, paradoxalement…

L’Héritage de la chair (Pinky) – d’Elia Kazan (et John Ford) – 1949

Posté : 12 septembre, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, FORD John, KAZAN Elia | Pas de commentaires »

L'Héritage de la chair

Dix ans après Les Raisins de la colère, Pinky aurait dû marquer le retour du duo John Ford / Darryl Zanuck à un grand sujet social. Rendez-vous manqué pour le cinéaste, que le patron de la Fox a remplacé par Elia Kazan (qui venait de connaître un beau succès avec Le Mur invisible), après quelques jours de tournage.

Sur le papier pourtant, on aurait pu croire le sujet taillé pour Ford, dont l’humaniste simple colle souvent parfaitement avec les sujets sociaux, et qui a déjà plus d’une fois fait du Sud rural de l’Amérique le décor de ses films. Sauf que ce Sud-là, Ford en a souvent fait une sorte de charmante caricature, peuplé de gentils noirs bien dévoués et de bons blancs gentiment paternalistes. Et ce qui fonctionne parfaitement pour une bluette comme Judge Priest risque de sonner remarquablement faux pour un drame aussi dense que Pinky.

« Divergence de point de vue », selon l’expression consacrée… Difficile de dire qui a tourné quoi. Sans doute Ford a-t-il en quelque sorte donné le ton d’un film qui, visuellement, a l’intensité des Raisins de la colère. Quoi qu’il en soit, le choix de Kazan se révèle judicieux : le jeune réalisateur apporte une vision plus réaliste sans doute, pour cette formidable adaptation d’un roman acclamé, superbe réflexion sur le racisme et sur la difficulté de trouver sa place dans le monde.

La toute première séquence est sublime. Une jeune femme (Jeanne Crain, superbe), à la peau blanche, arrive dans une petite ville de noirs où la pauvreté est partout. Elle y retrouve sa grand-mère, noire, qui l’avait envoyé des années plus tôt étudier en ville. Elle qui a du sang noir mais l’apparence d’une blanche a découvert loin de ses racines la possibilité de vivre sans subir les discriminations. En retrouvant sa grand-mère, elle est soudain confrontée à ses propres choix passés et à venir, à ces racines qu’elle a si longtemps cachées…

Même si la fin se laisse deviner dès le premier quart d’heure, le film est une merveille, sensible et intelligent, qui n’élude pas les complexités des préjugés sociaux. Pinky gagner son procès contre de « vrais blancs » ? La joie est immédiatement contrariée par la conscience qu’a son avocat du mal que cette victoire pourtant juste va faire à cette communauté du Sud…

Et quelle interprétation ! Ce n’est pas si courant : c’est un trio de femmes (toutes trois nommées à l’Oscar) qui porte le film. Jeanne Crain donc, mais aussi la grande Ethel Barrymore et Ethel Waters. Dans le rôle de la grand-mère, cette dernière est bouleversante, bien loin des guignoleries de Stepin Fetchitt dans Judge Priest ou Steamboat round the bend.

La Fiancée contre remboursement (The Bride came C.O.D.) – de William Keighley – 1941

Posté : 17 juillet, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, CAGNEY James, KEIGHLEY William | Pas de commentaires »

La Fiancée contre remboursement

Voilà une charmante comédie, vive et rafraîchissante, que n’aurait pas renié Preston Sturges. Keighley, pourtant, n’a pas la réputation du réalisateur des Voyages de Sullivan. Son cinéma, parfois pataud, manque souvent un peu de rythme (pas quand il co-signe Les Aventures de Robin des Bois avec Michael Curtiz, c’est vrai). Pas ici : dès les premières séquences, urbaines, le ton est donné, et le rythme est, d’emblée, imparable.

C’est l’histoire d’une jeune mondaine (Bette Davis, craquante et à baffer, une vraie héroïne de comédie américaine), qui s’apprête à épouser un bellâtre gentiment ridicule (Jack Carson, parfait) qui répète à l’Amérique entière que sa belle fiancée est la plus chanceuse des femmes… Bref, un personnage à la psychologie pas bien complexe ! Mais le richissime papa de la belle (Eugene Pallette, toujours génial, rond et truculent) ne veut pas de ce mariage. Alors le pilote d’avion qui doit conduire le couple à Vegas où ils vont se marier (c’est James Cagney) décide d’enlever la jeune femme pour le compte du papa, contre une somme qui lui permettra de rembourser ses dettes. Mais l’avion fait un atterrissage forcé en plein désert californien…

Le pilote et la mondaine que tout oppose, y compris les circonstances, forcés de cohabiter en milieu hostile… La recette n’est pas neuve, mais Keighley la filme avec une joie et une dérision qui font constamment mouches. Comme le couple très improbable formé par la précieuse Bette Davis (qui passe le film à se retrouver le cul dans les cactus) et par le massif James Cagney (qui passe le film à martyriser les pauvres fesses de la belle).

On sait d’emblée comment tout ça va finir, mais qu’importe : The Bride came C.O.D. n’est pas un film à suspense. Tout le plaisir vient du plaisir communicatif de ces acteurs et de la manière. Tout est au service du rythme, dans cette fantaisie qui fait du bien. Et même les rares « gros » gags (le mécano qui allume son allumette sur l’aile d’un avion en rase-mottes) s’inscrivent parfaitement dans la fluidité du récit.

Une belle surprise, donc, que cette comédie qui se moque gentiment du mariage, avec ce drôle de héros qui séduit ses « proies » d’un soir en leur montrant des photos de gamins qu’il a « empruntés » à un ami, et cette sentence définitive d’un homme de loi : « L’un va se marier, l’autre va en prison. Ça fait beaucoup de points communs. » Réjouissant, vraiment…

La Vallée maudite (Gunfighters) – de George Waggner – 1947

Posté : 13 juillet, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, WAGGNER George, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Vallée maudite

Après avoir blessé l’un de ses amis qui voulait se mesurer à lui, un as de la gâchette décide de raccrocher le ceinturon pour mener une vie paisible dans un ranch. Mais la violence le rattrape bientôt… Voilà un sujet qui n’est pas neuf : les grands tireurs rattrapés par leur réputation ont été au cœur de quelques bons westerns comme Vengeance à l’aube ou La Cible humaine.

Celui-ci n’est pas tout à fait du même niveau, même si Waggner se montre particulièrement à l’aise lorsqu’il s’agit de filmer les séquences d’action. Il y a dans Gunfighters une formidable chevauchée au rythme trépidant et aux images magnifiques, qui se conclue par un étonnant saut de Randolph Scott (oui, de sa doublure) dans un ravin. Autre moment étonnant : une bagarre à pied nu entre Scott (sa doublure, toujours) et son adversaire qui s’étripent au sol entre les sabots de chevaux.

Au rayon des curiosités, il y a aussi le générique de début, qui nous plonge d’emblée dans l’action, avec des images muettes mais expressives qui permettent de planter le décor et le personnage principal. Et puis il y a Randolph Scott (pas la doublure, l’acteur), qui apporte une belle intensité et, oui, une vraie élégance à ce personnage qui cherche à fuir une violence qui ne cesse de le rattraper.

Mais il y a aussi, hélas, ces dialogues impossibles (« Une barrière infranchissable s’est dressée entre nous ! ») qui semblent tout droit sortis d’un mauvais soap opera, et ce scénario (d’après un roman de Zane Grey) qui prend bien soin d’éviter toute psychologie trop complexe. Trop souvent, le film se contente d’enchaîner les scènes en oubliant toute idée de mouvement ou même de logique.

Si bien que l’histoire, pourtant pleine de promesses avec ces deux sœurs si semblables et si différentes à la fois (Barbara Britton et Dorothy Hart), finit par désintéresser. Et qu’on se contente alors d’attendre la prochaine scène d’action. Là, le plaisir est intense.

* DVD dans la collection « Westerns de Légende » chez Sidonis/Calysta. En bonus : une présentation par Patrick Brion qui se contente essentiellement de mettre le film dans le contexte de l’époque.

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