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Archive pour la catégorie '1940-1949'

La Femme sur la plage (Woman on the Beach) – de Jean Renoir – 1947

Posté : 28 octobre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, RENOIR Jean, RYAN Robert | Pas de commentaires »

La Femme sur la plage

Contrairement à d’autres réfugiés français pendant l’occupation (Duvivier ou Gabin, par exemple), Jean Renoir n’a pas fait qu’un passage éclair à Hollywood : il s’y est installé longuement, prenant même la nationalité américaine. Il ne gardera pourtant pas un grand souvenir de cette période, marquée par ses difficultés à rentrer dans le moule hollywoodien.

On sent clairement ces difficultés dans Woman on the Beach, le dernier de ses films tournés sur le sol américain. Il y a bien quelques moments très beaux, comme cette tendresse soudaine qui rapproche Joan Bennett et son mari Charles Bickford au coin du feu, ou cette scène où Robert Ryan chevauche sur une plage baignée par la brume, comme dans un rêve éveillé. Mais il y a surtout une impression de maladresse, parfois presque gênante, qui se dégage de l’ensemble.

Renoir a pourtant participé au scénario (il est crédité, en tout cas). Mais l’évolution des personnages laisse par moments dubitatifs. On a en tout cas toutes les peines à s’attacher à ce triangle amoureux (pourtant interprété par de grands comédiens) qui semble annoncer un pur film noir.

Produit par la RKO, le film ressemble à effectivement à s’y méprendre à un film noir. Un anti-héros hanté par la guerre (Ryan), une femme que l’on devine fatale (Bennet), un mari aveugle (mais l’est-il vraiment ?) et gênant (Bickford)… Avec des personnages comme ceux-là, on voit venir le truc de loin. Et effectivement, Ryan va se décider à éliminer son rival. Sauf que ce n’est pas si simple…

Jouer avec les codes de ce genre si américain aurait pu inspirer Renoir. Mais le réalisateur semble constamment trop contraint, mal à l’aise avec des scènes et une atmosphère qu’on lui a sans doute imposés. Woman on the Beach est un film plutôt agréable, et qui ne manque pas d’un certain charme, par moments. Mais il était temps que Renoir se décide à quitter Hollywood, tout de même…

Je ne regrette rien de ma jeunesse (Waga seishun ni kuinashi) – d’Akira Kurosawa – 1946

Posté : 11 octobre, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, KUROSAWA Akira | Pas de commentaires »

Je ne regrette rien de ma jeunesse

Ce n’est pas encore tout à fait le Kurosawa des grands classiques, mais ce film de jeunesse est déjà l’œuvre d’un grand cinéaste. Un cinéaste d’une sensibilité extrême, aussi attentif aux destins de ses personnages qu’aux soubresauts de l’histoire : son film est l’un des premiers tournés après la défaite de 1945 de son pays, et l’histoire se déroule durant la période la plus tourmentée de l’époque récente, de 1933 à cette défaite qui signifie la liberté retrouvée.

Je ne regrette rien de ma jeunesse… Le titre est martelé comme un mantras, alors que le destin de cette jeune femme bousculée par les affres de l’histoire raconte, au contraire, toute la difficulté de se défaire de cette jeunesse si belle, et si encombrante.

La scène inaugurale, bucolique et lyrique, se termine de la manière la plus brutale qui soit, par l’irruption d’un cadavre sanglant dans un paysage idyllique où ne régnait que la joie. C’est la réalité de l’époque qui, subitement, arrache la jeune Yukie à l’insouciance de sa jeunesse.

Il lui faudra du temps pour faire son choix entre un avenir « calme et un peu ennuyeux » avec l’un de ses prétendants, ou une vie plus incertaine et aventureuse, plus intense et engagée aussi, avec celui qu’elle aime vraiment, mais vers qui elle ne se résout pas à se tourner…

Ce destin est rude, et c’est le cœur serré que l’on vit avec elle les malheurs de Yukie (magnifique Setsuko Hara). Mais ce n’est pas un mélo que filme Kurosawa, qui jamais ne s’apitoie sur ce sort et sur ce qui aurait pu advenir sans l’instauration de ce régime militaire, et sans la survenue de la guerre. Au contraire, c’est une naissance à la vie qu’il raconte, celle d’une jeune femme qui prend en main son propre destin, et celui de son pays. Un film plein d’espoir, paradoxalement…

L’Héritage de la chair (Pinky) – d’Elia Kazan (et John Ford) – 1949

Posté : 12 septembre, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, FORD John, KAZAN Elia | Pas de commentaires »

L'Héritage de la chair

Dix ans après Les Raisins de la colère, Pinky aurait dû marquer le retour du duo John Ford / Darryl Zanuck à un grand sujet social. Rendez-vous manqué pour le cinéaste, que le patron de la Fox a remplacé par Elia Kazan (qui venait de connaître un beau succès avec Le Mur invisible), après quelques jours de tournage.

Sur le papier pourtant, on aurait pu croire le sujet taillé pour Ford, dont l’humaniste simple colle souvent parfaitement avec les sujets sociaux, et qui a déjà plus d’une fois fait du Sud rural de l’Amérique le décor de ses films. Sauf que ce Sud-là, Ford en a souvent fait une sorte de charmante caricature, peuplé de gentils noirs bien dévoués et de bons blancs gentiment paternalistes. Et ce qui fonctionne parfaitement pour une bluette comme Judge Priest risque de sonner remarquablement faux pour un drame aussi dense que Pinky.

« Divergence de point de vue », selon l’expression consacrée… Difficile de dire qui a tourné quoi. Sans doute Ford a-t-il en quelque sorte donné le ton d’un film qui, visuellement, a l’intensité des Raisins de la colère. Quoi qu’il en soit, le choix de Kazan se révèle judicieux : le jeune réalisateur apporte une vision plus réaliste sans doute, pour cette formidable adaptation d’un roman acclamé, superbe réflexion sur le racisme et sur la difficulté de trouver sa place dans le monde.

La toute première séquence est sublime. Une jeune femme (Jeanne Crain, superbe), à la peau blanche, arrive dans une petite ville de noirs où la pauvreté est partout. Elle y retrouve sa grand-mère, noire, qui l’avait envoyé des années plus tôt étudier en ville. Elle qui a du sang noir mais l’apparence d’une blanche a découvert loin de ses racines la possibilité de vivre sans subir les discriminations. En retrouvant sa grand-mère, elle est soudain confrontée à ses propres choix passés et à venir, à ces racines qu’elle a si longtemps cachées…

Même si la fin se laisse deviner dès le premier quart d’heure, le film est une merveille, sensible et intelligent, qui n’élude pas les complexités des préjugés sociaux. Pinky gagner son procès contre de « vrais blancs » ? La joie est immédiatement contrariée par la conscience qu’a son avocat du mal que cette victoire pourtant juste va faire à cette communauté du Sud…

Et quelle interprétation ! Ce n’est pas si courant : c’est un trio de femmes (toutes trois nommées à l’Oscar) qui porte le film. Jeanne Crain donc, mais aussi la grande Ethel Barrymore et Ethel Waters. Dans le rôle de la grand-mère, cette dernière est bouleversante, bien loin des guignoleries de Stepin Fetchitt dans Judge Priest ou Steamboat round the bend.

La Fiancée contre remboursement (The Bride came C.O.D.) – de William Keighley – 1941

Posté : 17 juillet, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, CAGNEY James, KEIGHLEY William | Pas de commentaires »

La Fiancée contre remboursement

Voilà une charmante comédie, vive et rafraîchissante, que n’aurait pas renié Preston Sturges. Keighley, pourtant, n’a pas la réputation du réalisateur des Voyages de Sullivan. Son cinéma, parfois pataud, manque souvent un peu de rythme (pas quand il co-signe Les Aventures de Robin des Bois avec Michael Curtiz, c’est vrai). Pas ici : dès les premières séquences, urbaines, le ton est donné, et le rythme est, d’emblée, imparable.

C’est l’histoire d’une jeune mondaine (Bette Davis, craquante et à baffer, une vraie héroïne de comédie américaine), qui s’apprête à épouser un bellâtre gentiment ridicule (Jack Carson, parfait) qui répète à l’Amérique entière que sa belle fiancée est la plus chanceuse des femmes… Bref, un personnage à la psychologie pas bien complexe ! Mais le richissime papa de la belle (Eugene Pallette, toujours génial, rond et truculent) ne veut pas de ce mariage. Alors le pilote d’avion qui doit conduire le couple à Vegas où ils vont se marier (c’est James Cagney) décide d’enlever la jeune femme pour le compte du papa, contre une somme qui lui permettra de rembourser ses dettes. Mais l’avion fait un atterrissage forcé en plein désert californien…

Le pilote et la mondaine que tout oppose, y compris les circonstances, forcés de cohabiter en milieu hostile… La recette n’est pas neuve, mais Keighley la filme avec une joie et une dérision qui font constamment mouches. Comme le couple très improbable formé par la précieuse Bette Davis (qui passe le film à se retrouver le cul dans les cactus) et par le massif James Cagney (qui passe le film à martyriser les pauvres fesses de la belle).

On sait d’emblée comment tout ça va finir, mais qu’importe : The Bride came C.O.D. n’est pas un film à suspense. Tout le plaisir vient du plaisir communicatif de ces acteurs et de la manière. Tout est au service du rythme, dans cette fantaisie qui fait du bien. Et même les rares « gros » gags (le mécano qui allume son allumette sur l’aile d’un avion en rase-mottes) s’inscrivent parfaitement dans la fluidité du récit.

Une belle surprise, donc, que cette comédie qui se moque gentiment du mariage, avec ce drôle de héros qui séduit ses « proies » d’un soir en leur montrant des photos de gamins qu’il a « empruntés » à un ami, et cette sentence définitive d’un homme de loi : « L’un va se marier, l’autre va en prison. Ça fait beaucoup de points communs. » Réjouissant, vraiment…

La Vallée maudite (Gunfighters) – de George Waggner – 1947

Posté : 13 juillet, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, WAGGNER George, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Vallée maudite

Après avoir blessé l’un de ses amis qui voulait se mesurer à lui, un as de la gâchette décide de raccrocher le ceinturon pour mener une vie paisible dans un ranch. Mais la violence le rattrape bientôt… Voilà un sujet qui n’est pas neuf : les grands tireurs rattrapés par leur réputation ont été au cœur de quelques bons westerns comme Vengeance à l’aube ou La Cible humaine.

Celui-ci n’est pas tout à fait du même niveau, même si Waggner se montre particulièrement à l’aise lorsqu’il s’agit de filmer les séquences d’action. Il y a dans Gunfighters une formidable chevauchée au rythme trépidant et aux images magnifiques, qui se conclue par un étonnant saut de Randolph Scott (oui, de sa doublure) dans un ravin. Autre moment étonnant : une bagarre à pied nu entre Scott (sa doublure, toujours) et son adversaire qui s’étripent au sol entre les sabots de chevaux.

Au rayon des curiosités, il y a aussi le générique de début, qui nous plonge d’emblée dans l’action, avec des images muettes mais expressives qui permettent de planter le décor et le personnage principal. Et puis il y a Randolph Scott (pas la doublure, l’acteur), qui apporte une belle intensité et, oui, une vraie élégance à ce personnage qui cherche à fuir une violence qui ne cesse de le rattraper.

Mais il y a aussi, hélas, ces dialogues impossibles (« Une barrière infranchissable s’est dressée entre nous ! ») qui semblent tout droit sortis d’un mauvais soap opera, et ce scénario (d’après un roman de Zane Grey) qui prend bien soin d’éviter toute psychologie trop complexe. Trop souvent, le film se contente d’enchaîner les scènes en oubliant toute idée de mouvement ou même de logique.

Si bien que l’histoire, pourtant pleine de promesses avec ces deux sœurs si semblables et si différentes à la fois (Barbara Britton et Dorothy Hart), finit par désintéresser. Et qu’on se contente alors d’attendre la prochaine scène d’action. Là, le plaisir est intense.

* DVD dans la collection « Westerns de Légende » chez Sidonis/Calysta. En bonus : une présentation par Patrick Brion qui se contente essentiellement de mettre le film dans le contexte de l’époque.

Du Sang dans la Sierra (Relentless) – de George Sherman – 1948

Posté : 19 mai, 2016 @ 1:26 dans 1940-1949, SHERMAN George, WESTERNS | Pas de commentaires »

Du sang dans la sierra

Dès la toute première scène, on sent que Sherman est dans une bonne veine avec ce western tourné non pas pour la Universal, mais pour la Columbia. Les premières images montrent une petite ville de l’Ouest comme tant d’autres, mais plongée dans la nuit, et balayée par une pluie battante. Que Sherman filme avec le sens du cadre et du rythme qu’il a dans ses meilleurs films.

Outre la météo, ce qui frappe aussi d’emblée, c’est la bienveillance des habitants que l’on retrouve dans un saloon chaleureux, et qui saluent avec joie la bonne chance de deux d’entre eux, qui viennent fêter (au champagne s’il vous plaît) la fortune qui vient de leur sourire dans la mine qu’ils exploitent dans un coin tenu secret… On sent venir la suite, et on n’y coupe pas : parmi ces habitants bienveillants, il en est un qui l’est nettement moins.

C’est un peu la limite du film : on sent constamment venir la suite. On la voit même arriver avec l’assurance de celui qui ne fera rien pour éviter les clichés. Mais la mise en scène de Sherman compense les facilités scénaristiques, et la minceur des personnages. On s’attend donc à ce que les deux mineurs fortunés se fassent dessouder, mais la scène où cela se produit effectivement est assez remarquable. Du meurtre, on n’aperçoit que les silhouettes des tueurs à travers la fenêtre salle d’une cabane.

Ce parti-pris, Sherman l’adopte à d’autres reprises dans ce western, décalant l’action hors caméra pour ne plus filmer que les ombres des protagonistes projetées sur un mur. L’effet n’est pas neuf (ah ! ce duel dans Les Aventures de Robin des Bois !), mais donne un vrai style à ce western plutôt sympathique, ou les belles idées inattendues compensent la pauvreté de la psychologie.

Le rôle central joué par le poulain est pour le moins original, et fonctionne parfaitement bien, donnant toutefois au film des airs de conte pour enfant, ce qu’il n’est pas foncièrement. En témoigne la sécheresse de la violence, et cet affrontement plus psychologique que physique pour le coup, à la fin du film.

Une autre surprise, c’est la présence dans le rôle principal de Robert Young, acteur que l’on a plus l’habitude de voir dans des drames urbains ou dans des comédies. Son sourire un poil trop blanc fait d’ailleurs craindre le pire dans les premières minutes. Mais l’acteur, à défaut d’être renversant, est sympathique et s’avère très à l’aise pour donner de la gravité à son personnage, accusé de meurtres qu’il n’a pas commis.

On peut ajouter de beaux extérieurs qui inspirent particulièrement Sherman, un passage inattendu (et assez déroutant) dans la neige, et un plan unique mais très beau d’un coucher de soleil magnifié par le très beau Technicolor. Un western mineur, certes, mais plein de petites pépites éparses.

* DVD dans l’incontournable collection Westerns de Légende, avec des présentations par Patrick Brion et Bertrand Tavernier, ce dernier se montrant étonnamment sévère avec le film.

L’Imposteur (The Impostor) – de Julien Duvivier – 1943

Posté : 30 avril, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DUVIVIER Julien, GABIN Jean | Pas de commentaires »

L'Imposteur

Dernier des films tournés par Duvivier lors de son exil hollywoodien durant l’Occupation (après deux films à sketchs, Six destins et Obsessions), L’Imposteur est l’occasion pour le cinéaste de retrouver son acteur fétiche Jean Gabin, lui aussi réfugié en Amérique, et un sujet qui n’est pas sans évoquer la noirceur de leurs films communs d’avant-guerre.

L’Imposteur est clairement un film de propagande, destiné à galvaniser l’opinion publique et à souligner, pas toujours très finement, que le conflit qui fait rage est l’affaire de tous. Mais le destin de ce condamné à mort qui s’évade lors d’un bombardement et prend l’identité d’un soldat, n’est pas si loin de celui du héros de La Bandera. C’est en tout cas une nouvelle fois un personnage hanté par le destin que campe un Gabin particulièrement intense.

Le style de Duvivier est là également, avec ses jeux d’ombres, ses gros plans dramatiques et la profondeur du noir et blanc. Avec une séquence d’ouverture qui semble sacrifier aux critères hollywoodiens : ces images très baroques et impressionnantes de l’explosion de la prison, où Gabin semble réduit au statut de jouet dans les mains d’un destin cynique et ironique.

La suite est assez convenue dans le fond : embarqué malgré lui pour l’Afrique avec d’autres soldats, coincé au milieu de nulle part avec pour mission de construire une piste d’atterrissage dans la brousse, il découvre peu à peu les vertus de l’armée, de la camaraderie et du sacrifice. Le sens du devoir aussi, même aussi loin de la ligne de front.

La moindre action, si anodine peut-elle sembler, peut participer efficacement à l’effort de guerre. Le message est limpide. Trop peut-être, et limite du coup l’impact de ce film par ailleurs assez passionnant. Mais il ne manque pas de belles idées. Comme ce Noël improvisé dans la fournaise africaine, ou le (petit) rôle joué par Ellen Drewe, en fiancé en deuil qui découvre la supercherie… Et qui ne cède à aucune facilité hollywoodienne.

Une curiosité qui vaut bien mieux que sa pauvre réputation.

Chien enragé (Nora inu) – d’Akira Kurosawa – 1949

Posté : 25 avril, 2016 @ 8:00 dans * Polars asiatiques, 1940-1949, KUROSAWA Akira | Pas de commentaires »

Chien enragé

Entre Chien enragé et L’Ange ivre, il y a une parenté évidente pour le jeune Kurosawa, qui reprend à la fois le même formidable duo d’acteurs (Toshiro Mifune et Takashi Shimura) et une thématique similaire, dans un Tokyo écrasé par la chaleur et marqué par le traumatisme de la guerre, et par la difficulté de se relever et de tirer un trait sur le passé.

Et comme pour L’Ange ivre, l’influence du théâtre se ressent. Moins pour le décor cette fois que pour la construction en trois actes très marqués, qui suivent un même mouvement mais avec des tons très différents…

La première est une plongée dans les bas-fonds de la ville par un jeune flic obsédé par l’idée de retrouver son arme, qu’on lui a volée durant un moment d’inattention. Mifune est un jeune homme qui semble d’un autre temps (« Il n’y a plus beaucoup de jeunes comme lui », lance d’ailleurs un personnage), obsédé par son honneur et par des codes qui contrastent avec l’américanisation de ce Japon d’après-guerre.

Dans le film, il est même le seul vestige d’un Japon qui a disparu sans qu’on s’en rende vraiment compte : les héritières des geishas sont devenues de simples entraîneuses, et la bière a remplacé le saké… L’influence de la culture américaine est omniprésente, balayant la tradition.

La deuxième partie est une sorte de buddy movie : le jeune flic tempétueux et torturé qui semble trouver refuge auprès de son aîné (Takashi Shimura). Le contraste entre le Japon traditionnel et l’occidentalisation prend alors une dimension supérieure encore, avec cette longue séquence, inattendue, dans un stade durant une partie de base-ball. L’arme est devenue le symbole de la culpabilisation du jeune flic.

La troisième partie est plus complexe. La culpabilité laisse la place à une troublante prise de conscience : le jeune flic réalise que celui qui a utilisé son arme pour commettre ses méfaits est une sorte de double inversé de lui-même. Même parcours humain, même allure (« un homme de 28 ans avec un costume blanc », d’après la description d’un témoin : exactement la sienne), mais un simple choix radicalement différent, qui fait toute la différence…

Ces trois parties également passionnantes rythment l’apprentissage de Mifune, marquée par l’atmosphère anxiogène et moite créée par Kurosawa, avec cette chaleur pesante et omniprésente. Au-delà du (formidable) polar, Chien enragé est une belle réflexion sur ce Japon d’après-guerre qui peine à se trouver, à travers la prise de conscience douloureuse de ce personnage fascinant.

* Superbe édition DVD chez Wild Side, avec quelques bonus filmés, et surtout un passionnant livret de 50 pages écrit par Charles Tesson, et magnifiquement illustré.

Gilda (id.) – de Charles Vidor – 1946

Posté : 22 avril, 2016 @ 2:37 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, VIDOR Charles | Pas de commentaires »

Gilda

De Gilda, la postérité a gardé le langoureux « striptease » de Rita Hayworth, qui chante Put the blame on mame en robe fuseau qui épouse ses formes généreuses. C’est là qu’elle retire ses longs gants de la manière la plus sensuelle qui soit, faisant croire au spectateur conquis qu’il s’agit là de son tout dernier vêtement. Mais cette image, certes troublante, n’est pas la seule…

Quelques minutes plus tôt, c’est dans le calme d’un bar fermé, sans fard et en s’accompagnant d’une guitare qu’elle entonnait la même chanson. Là, dans une quasi-intimité, Gilda-Rita laissait entrevoir son humanité en tombant (un peu) le masque. Elle est alors tout aussi sexy, et carrément bouleversante…

Si Gilda est aussi passionnant, ce n’est pas tant pour l’histoire finalement assez classique (un homme prêt à tout pour réussir retrouve la femme qu’il a tout fait pour oublier, mariée à celui à qui il doit tout), que pour cette manière si troublante de jouer avec les stéréotypes du genre.

Rita Hayworth est une vraie femme fatale. Et Glenn Ford est pur anti-héros marqué par le destin. Les deux scènes dans lesquelles leurs personnages sont introduits enfoncent d’emblée le clou. Lui d’abord, filmé à ras du sol, jouant aux dés avec un regard fiévreux. Elle ensuite, apparaissant soudain à l’écran en faisant voler ses cheveux dans une tenue que l’on devine légère :

« Are you decent, Gilda ?
- Me ? »

Sauf que… Entre ces deux-là, la logique de l’amour-haine est poussée à son paroxysme. Leur attirance, les jeux pervers auxquels ils se livrent, sont d’une cruauté assez terrible. Chacun à son tour passe du dramatique à l’odieux, jamais raccord. Une vraie tragédie en marche.

On peut regretter la fin, que l’on devine quelque peu improvisée et imposée par les producteurs. On peut aussi se dire que le film est allé suffisamment loin dans la cruauté pour nous accorder un peu de réconfort. Quoi qu’il en soit, Charles Vidor atteint ici un état de grâce que, à ma connaissance, il n’a jamais retrouvé dans sa carrière. Tragique, érotique et glaçant, Gilda est un film formidable, largement à la hauteur de sa réputation.

* Le film fait partie de la collection de blue ray « Very Classics » éditée par Sony, dans de magnifiques éditions : un joli visuel, de passionnants bonus, et un livret de 25 pages.

Intrigues en Orient (Background to Danger) – de Raoul Walsh – 1943

Posté : 10 avril, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

Intrigues en Orient

Un Américain en terre étrangère, pas si loin des ravages de la guerre, de la romance dans l’air, des agents au service des Nazis et des résistants, Sydney Greenstreet et Peter Lorre… Difficile de faire plus explicite, côté références : ce Background to Danger réalisé juste après la sortie de Casablanca est clairement pour la Warner un moyen de surfer sur le triomphe du film de Michael Curtiz.

Pour George Raft, qui avait refusé le rôle principal de Casablanca, c’est aussi une sorte de seconde chance. Et pour le spectateur, c’est surtout l’occasion de saluer son légendaire flair (il avait aussi dit non à High Sierra et Le Faucon maltais) : il y a un gouffre entre Bogart et Raft, et ce dernier plombe de sa présence sans relief ce film d’aventure par ailleurs plein de rythme et de rebondissement. Et le simple fait d’imaginer Bogart regardant Ingrid Bergman s’envoler relève du supplice…

Plus que l’intrigue tarabiscotée (il était temps que ce mot soit utilisé sur ce blog), c’est bien la présence de Raft qui fait de ce Walh mineur un Walsh… si mineur. Presque désagréable par moments, lorsque l’acteur se retrouve au cœur de l’écran.

Mais Walsh reste Walsh. Et même en mode mineur, son film regorge d’images mémorables, comme cette course-poursuite nocturne, ou ce brillant chassé-croisé autour d’un cadavre inattendu.

Et il y a les acteurs (les autres) : Brenda Marshall qui arrive à faire exister un personnage constamment dans l’ombre, ou Sydney Greenstreet toujours formidable, même si la suavité de son accent anglais ne fait pas de lui le candidat le plus naturel au rôle de Nazi en titre. Pas plus que Peter Lorre en agent russe, d’ailleurs. Mais c’est aussi tout le mérite de ce film, qui s’amuse à brouiller les pistes en se fichant royalement de la vraisemblance.

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