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Archive pour la catégorie '1940-1949'

The Tell-Tale Heart (id.) – de Jules Dassin – 1941

Posté : 10 janvier, 2011 @ 5:24 dans 1940-1949, COURTS MÉTRAGES, DASSIN Jules, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

The Tell-Tale Heart

Un homme d’une trentaine d’années vit depuis toujours sous la coupe d’un vieillard tyrannique, qui l’a recueilli lorsqu’il avait 14 ans, et qui le considère comme un esclave, incapable de vivre seul. Totalement dépendant de lui, le jeune homme se laisse dominer et humilier depuis trop longtemps… Un soir, il entre dans la chambre du vieil homme et le tue. Mais le meurtre le hante, et les bruits de la maison lui rappellent sans cesse ceux que faisait son « maître » lorsqu’il était vivant.

C’est grâce à son travail, remarquable, sur ce court métrage (de 20 minutes) que Jules Dassin s’est fait remarquer par les producteurs, qui lui confieront dès l’année suivante les commandes de son premier long métrage, Nazi Agent. C’est incontestable : cette adaptation d’une nouvelle de Poe se distingue nettement des courts métrages de l’époque, souvent faits à la va-vite en guise de simples compléments de programme.

Dassin ne prend pas son sujet à la légère (un sujet qui évoque La Conscience vengeresse, le premier long de D.W. Griffith), loin de là, et signe un beau film d’atmosphère, qui évoque non seulement celle des œuvres de Poe, mais aussi les nouvelles fantastiques de Maupassant. C’est un petit chef d’œuvre à découvrir d’urgence.

The Tell-Tale Heart est proposé en bonus dans le beau coffret métal édité par Warner et regroupant L’Introuvable et ses six suites.

Mickey et le haricot magique (Mickey and the Beanstalk) – de Hamilton Luske et Bill Roberts – 1947

Posté : 10 janvier, 2011 @ 5:18 dans 1940-1949, COURTS MÉTRAGES, DESSINS ANIMÉS, DISNEY Walt, LUSKE Hamilton, ROBERTS Bill | Pas de commentaires »

Mickey et le haricot magique

… Et ça tombe bien (voir la notice précédente) puisque les fêtes de fin d’année et mon rôle de père de famille me font enchaîner avec ce Mickey et le Haricot magique, dont l’histoire est connue, et développée ici sans grande surprise. Pas grand-chose à dire sur ce petit dessin animé bien foutu, sans temps mort, mais sans grande originalité.

Il y a le plaisir de voir ensemble Mickey, Donald et Dingo, et surtout un face à face rigolo entre la souris et l’ogre perché dans son immense château, plutôt bien foutu. C’est sympa comme tout, mais c’est à réserver pour une soirée en famille.

La Griffe du Passé / Pendez-moi haut et court (Out of the Past) – de Jacques Tourneur – 1947

Posté : 23 décembre, 2010 @ 12:14 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DOUGLAS Kirk, MITCHUM Robert, TOURNEUR Jacques | Pas de commentaires »

La Griffe du passé

Après avoir réalisé quelques-uns des plus grands films d’angoisse de l’histoire (de La Féline à Vaudou), Tourneur junior aurait-il signé le plus grand des films noirs ? Out of the Past peut sans rougir prétendre à ce titre, malgré (ou en raison de) son apparent classicisme. Sur le papier, le film ne se démarque pas des dizaines d’autres qui sortaient sur les écrans depuis le début des années 40. On retrouve, sans en oublier aucun, tous les ingrédients du parfait film noir : la femme fatale, le détective intègre, une machination machiavélique, la petite bourgade tranquille, et même la voix off, qui rythme une partie du film.

Tourneur respecte à la lettre le cahier des charges, et ne raconte même pas son histoire au deuxième degré. Et pourtant, Out of the Past se démarque nettement de la plupart des autres films noirs de l’époque, par la beauté des images, par la qualité de ses dialogues et de l’interprétation, et par une construction plutôt originale, qui scinde le film en deux parties. La première est un flash-back dans lequel le héros, Jeff Bailey (Robert Mitchum) raconte à sa fiancée les événements qui l’ont poussé à se retirer, sous un faux nom, dans une petite ville. La seconde se déroule « en direct » sous nos yeux. L’une des grandes forces du film réside dans la rupture de ton très brutale entre ces deux parties : la première est d’une simplicité absolue, totalement linéaire, presque simpliste ; la seconde est nettement plus machiavélique et complexe, chaque personnage déployant des trésors d’imagination pour être le plus malin. La question n’est plus « à qui peut-on faire confiance ? », mais « qui sera le plus retors ? ».

Pas d’issue heureuse possible dans ce panier de crabes, où la douceur de la blonde Rhonda Fleming, seul élément d’innocence, s’apparente à un eden inaccessible, une sorte de fantasme irréaliste, auquel se raccroche un héros en quête de rédemption (comme Penelope Ann Miller pour Al Pacino dans L’Impasse, de Brian De Palma).

Quant à Jane Greer, à la fois sublime et inquiétante, elle est une femme fatale idéale : pas difficile d’imaginer qu’un homme puisse se laisser envoûter par une femme qui sait à ce point jouer avec les sentiments des autres. Le grand « méchant » du film apparaît à ses côtés presque comme une victime. Ce méchant, c’est Kirk Douglas, tout jeunôt, dans son deuxième rôle (après L’Emprise du Crime, de Lewis Milestone… pas mal, pour un début de carrière), dont les scènes avec Mitchum fonctionnent formidablement bien : une étrange complicité semble se lier entre les deux hommes, pourtant ennemis mortels.

Et puis il y a Mitchum, plus impassible que jamais, qui élève l’art de ne rien faire au rang de pratique géniale. Est-ce le plus nonchalant ou le plus sensible des acteurs ? Soixante ans après, le mystère demeure…

Echec à la Gestapo (All through the night) – de Vincent Sherman – 1942

Posté : 6 décembre, 2010 @ 2:50 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BOGART Humphrey, SHERMAN Vincent | Pas de commentaires »

Echec à la Gestapo

Tout ça pour un gâteau… Parce qu’il voulait manger son gâteau préféré, comme il le fait tous les jours, Bogart se retrouve embarqué dans une sombre affaire d’espionnage, et découvre bientôt l’existence d’un réseau de la 5ème Colonne, qui prépare un attentat retentissant en plein New York.

Nous sommes en 1942. Hollywood n’est pas encore tout à fait en guerre, mais les Allemands représentent déjà le méchant de prédilection, dans le cinéma de genre. Difficile, cependant, de parler de cinéma engagé, même si, comme beaucoup de films de cette époque, les producteurs ont sans doute la volonté ‘‘d’éveiller les consciences américaines’’. Vincent Sherman, solide homme à tout faire de la Warner, ne se prend pas au sérieux, mais signe un pur divertissement. Et un divertissement de haute lignée, une sorte de Mort aux trousses avant l’heure, la traversée de l’Amérique en moins : toute l’action du film se déroule à New York, et en une seule nuit.

Unité de lieu, unité de temps… on n’est toutefois moins proche de la tragédie shakespearienne que de la farce, dans ce film un brin parodique, où Bogart fait du Bogart (et le fait bien), mais au deuxième degré : difficile de prendre au sérieux cette histoire rocambolesque qui commence comme un jeu de piste pour retrouver un pâtissier disparu, pour se conclure au cœur d’une réunion secrète d’espions à la solde des nazis.

Sherman privilégie l’humour et le rythme, et ça fonctionne merveilleusement bien. Le film est un régal, un pur plaisir de spectateur, en particulier grâce à tous ces seconds rôles qui faisaient la richesse des films hollywoodiens de cette époque, et qui semblent tous s’être donnés rendez-vous ici : de l’indispensable et inquiétant Peter Lorre à la ‘‘mère idéale’’ Jane Darwell, en passant par William Demarest (pas un sourire, mais quelle présence !), Judith Anderson (aussi angoissante que dans Rebecca) ou Jackie Gleason (nouveau venu, embauché pour apporter une touche humoristique supplémentaire). Un film pas sérieux pour deux sous, mais franchement réjouissant.

L’Ombre de l’Introuvable (Shadow of the Thin Man) – de W.S. Van Dyke – 1941

Posté : 17 novembre, 2010 @ 3:53 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, VAN DYKE W.S. | Pas de commentaires »

L'Ombre de l'Introuvable

Quatrième volet des aventures de Nora et Nick Charles (et dernier réalisé par Van Dyke), L’Ombre de l’Introuvable est bien dans la continuité des trois précédents. Depuis le génial premier film (L’Introuvable, en 1934), l’effet de surprise a disparu, et l’acidité du ton s’est quelque peu émoussée, mais le couple Myrna Loy – William Powell fonctionne si bien que c’est avec un vrai bonheur qu’on les retrouve. Flanqués, cette fois, d’un enfant qui a bien grandi : le bébé du précédent film est devenu un garçonnet qui donne une ou deux scènes plutôt amusantes, mais dont les scénaristes ne tardent pas à se débarrasser pour revenir aux fondamentaux de la série : une comédie domestique sur fond d’intrigue policière.

Comme dans les précédents, pas de surprise : on se contrefiche totalement de cette intrigue, qu’on suit d’un œil plutôt distrait. Seuls nous intéressent les personnages et les situations, souvent plus drôles qu’inquiétantes, dans lesquels ils se retrouvent au cours de leur enquête. C’est une nouvelle fois le mélange des genres qui fait mouche, même si, cette fois, Van Dyke n’évite pas les temps morts. C’est quand il est dans les extrêmes qu’il est le plus convaincant : que ce soit l’humour (les Charles « escorté » par un policier de la route, qui les mène à une allure plus que modérée) ou les brusques accès de noirceur (la découverte du corps pendant au bout d’une corde, dans une scène très sombre, avec de très beaux jeux d’ombre).

Le film remplit donc parfaitement son cahier des charges, mais sans aller plus loin. A l’image de Nick Charles qui doit troquer ses cocktails contre un verre de lait, pour montrer l’exemple à son fils, la série commence sérieusement à s’embourgeoiser. Ça reste de l’excellent cinéma, mais de moins en moins politiquement incorrect.

Notons aussi que, après James Stewart dans le deuxième film (Nick, gentleman détective), c’est sa future partenaire de La Vie est belle, Donna Reed, qui apparaît dans ce quatrième opus.

Scandale à Paris (A Scandal in Paris) – de Douglas Sirk – 1946

Posté : 14 octobre, 2010 @ 1:06 dans 1940-1949, SIRK Douglas | Pas de commentaires »

Scandale à Paris (A Scandal in Paris) - de Douglas Sirk - 1946 dans 1940-1949 scandale-a-paris

C’est le troisième film américain de Douglas Sirk, et celui qu’il avouait préférer. Largement méconnu par rapport à ses grands mélos des années 50, cette version très romancée de la vie de Vidocq, ancien malfrats devenu le flic le plus célèbre de France, est un vrai bonheur. L’histoire est basée sur des faits authentiques, avec lesquels le scénario prend d’énormes libertés. Ce qui frappe dans ce film, c’est à quel point Sirk se moque de la vraisemblance. Mais son scénario, aussi invraisemblable soit-il avec ces énormes rebondissements, est transcendé par la réalisation de Sirk, qui donne un mouvement extraordinaire à son film.

Le ton est donné dès les premières minutes, avec deux mouvements de caméra magnifique, qui évoquent d’une manière aussi simple qu’intelligente la fuite du temps : la caméra s’arrête sur les barreaux d’une prison, et ce sont trente années qui passent ; elle s’arrête sur un arbre, et c’est une nuit de misère qui prend fin… Tout le film est comme ça, porté par le génie d’un cinéaste déjà au sommet, qui accumule les cadrages impossibles et sublimes (la scène du cimetière, où le héros choisit son nom d’emprunt, est un modèle), et s’amuse à aller aussi loin que possible dans l’excès. Excès de romantisme, excès de rebondissements… même la famille du « dragon », le compagnon de Vidocq, est parfaitement excessive, accumulation de « gueules » inimaginables, autour de l’inoubliable « patriarche » Vladimir Sokoloff.

Les seconds rôles sont d’ailleurs tous exceptionnels : le préfet de police Richet, que Vidocq délaissera de son poste, de sa femme et de sa fierté, est interprété par un Gene Lockhart formidable, mélange de fourberie et de faiblesse qui finissent par lui attirer la sympathie du public ; sa femme aussi, actrice arriviste et séductrice jouée par la magnifique Carole Landis… Et puis il y a surtout George Sanders, qui est un Vidocq mémorable. Sirk n’a jamais tari d’éloges sur le travail de l’acteur, mais il faut reconnaître que sa performance est extraordinaire : le flegme qui le caractérise est ici utilisé à merveille, faisant du personnage un être que l’on sent capable de tout, du pire comme du meilleur, de l’acte le plus méprisable (voler la famille qui l’accueille, voire un prêtre) comme du plus héroïque (risquer de perdre ce qu’il a pour rester honnête avec celle qu’il aime)…

La richesse du film semble visuellement infinie. On n’en dira pas plus, toutefois : l’unique version DVD disponible en France ne laisse qu’entrevoir cette richesse. Cette version propose une image indigne du support (de tout support, d’ailleurs : c’est de la qualité d’une mauvaise cassette vidéo que l’on aurait laissée traîner dans un coin pendant quinze ans). Seul le DVD édité par Kino aux Etats-Unis est de bonne qualité, mais il n’est disponible qu’en zone 1, et ne possède pas de sous-titres français. A moins d’être un cinéphile parfaitement bilingue, mieux vaut attendre une prochaine réédition, dans une version digne de ce nom…

L’Homme léopard (The Leopard Man) – de Jacques Tourneur – 1943

Posté : 7 octobre, 2010 @ 5:54 dans 1940-1949, TOURNEUR Jacques | Pas de commentaires »

L'Homme léopard (The Leopard Man) - de Jacques Tourneur - 1943 dans 1940-1949 lhomme-leopard-300x226

Dernier des trois films réalisés par Tourneur et produits par Val Lewton pour la RKO, The Leopard Man est le plus méconnu de la série, et aussi le seul à ne pas reposer sur un ressors fantastique. Le film n’est pourtant pas moins intéressant que La Féline et Vaudou, les deux précédents chef d’œuvre. Plus encore que dans les deux précédents films, Tourneur semble n’être intéressé que par la création d’une atmosphère angoissante. L’histoire, d’ailleurs, se résume en quelques lignes à peine : un léopard se sauve dans une petite ville, et peu après, des femmes commencent à se faire tuer. L’animal est-il le seul responsable ? L’intrigue n’est pas plus complexe que cela, et le film comprend relativement peu de personnages. L’Homme Leopard est un pur exercice de style, qui démontre une nouvelle fois l’immense talent de Tourneur.

Le film est surtout marqué par les trois séquences au cours desquelles des femmes se font tuer. Trois moments mémorables autours desquelles tout le récit est construit, même si les séquences de « transition » sont loin d’être inintéressantes. Même si, visuellement, elles sont moins impressionnantes que les trois scènes de mort, elles sont brillamment construites, avec toute la concision, la simplicité et l’efficacité dont le cinéaste sait faire preuve.

On est toutefois essentiellement marqué par la manière dont Tourneur filme, à chaque fois différemment, les morts des trois jeunes femmes. Loin de se répéter, ces moments sont d’une inventivité extrême, et reposent uniquement sur le génie du cinéaste : dans les trois cas, on ne voit qu’une jeune femme à l’écran. Dans un vaste terrain vague pour la première, dans un cimetière pour la deuxième, et dans les rues désertes de la ville pour la dernière. La manière dont Tourneur joue avec les ombres, les regards, et surtout l’invisible, est exceptionnelle. Comme dans La Féline, le cinéaste ne montre strictement rien des morts. Il étire le temps à l’extrême pour faire monter l’angoisse, puis la terreur, mais l’acte final se passe toujours hors champs (derrière une porte, ou derrière un mur)… Et le fait de ne rien voir (si ce n’est deux yeux qui brillent dans la nuit) renforce, évidemment, la trouille qu’inspire le film, et qui nous hante longtemps après.

Le titre le prouve : L’Homme léopard est à l’origine une opération commerciale, qui tente de surfer sur le succès de La Féline. Mais Tourneur a su en tirer une œuvre hypnotique et brillante, visuellement exceptionnelle. Le film se conclut d’ailleurs par une séquence étonnante et fascinante, étrange course poursuite autour d’un cortège funeste qui avance lentement dans le désert, dans une nuit où les nuages sont percés par la lumière du soleil levant. Ces images splendides restent gravées dans les esprits, et installent durablement un délicieux malaise. C’est du grand art…

Ça commence à Vera Cruz (The Big Steal) – de Don Siegel – 1949

Posté : 27 septembre, 2010 @ 7:54 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, MITCHUM Robert, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

Ça commence à Vera Cruz (The Big Steal) - de Don Siegel - 1949 dans * Films noirs (1935-1959) ca-commence-a-vera-cruz

A priori, il avait tout pour me plaire, ce film : un jeune Don Siegel derrière la caméra (c’est son troisième film), une histoire plutôt intrigante, Bob Mitchum dans le rôle principal, avec à ses côtés Jane Greer et face à lui ce bon gros William Bendix. Même le titre français sonnait bien à mes oreilles, et m’attirait depuis bien longtemps… Mais là, c’est une grosse déception. Pas une seconde je n’ai cru à cette histoire d’un officier accusé de vol, poursuivi par son supérieur ; le suspense ne fonctionne pas vraiment non plus ; et les rebondissements sont énormes et assez incroyables…

Bref, on ne s’ennuie pas vraiment : Mitchum est là, et sa désinvolture légendaire assure l’essentiel. Et puis Siegel, même jeunôt, connaît parfaitement son métier. Il parsème son film de poursuites et bagarres plutôt efficaces (celle du début notamment, entre Bob et Bendix, est assez réjouissante). De toute façon, pas le temps de s’ennuyer : le film est trop court pour cela. Mais on en sort avec un sentiment appuyé de frustration. On attendait autre chose de cette rencontre, unique, entre l’un des plus grands acteurs de films noirs, et un cinéaste qui allait devenir une référence du polar sec et violent des années 60 et 70.

Bon, allez, disons que je n’étais pas bien luné ce soir-là, et que le film n’est pas si mal… Sûr que je m’y recollerais dans quelque temps…

Traquenard (Trapped) – de Richard Fleischer – 1949

Posté : 8 septembre, 2010 @ 5:33 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Traquenard

Dans la vague des polars noirs hyper réalistes qui s’est développée dans les années 40, sans doute influencée par le roman noir, ce Traquenard atteint des sommets. Des sommets dans le côté « cinéma-vérité », d’abord : le film commence d’ailleurs réellement sous la forme d’un documentaire, consacré au Trésor Américain, avec voix off de circonstance et images tournées dans les bâtiments du Trésor (comme le T-Men d’Anthony Mann, tourné un an plus tôt). On comprend bien que ce long prologue pour le moins inattendu est un compromis accordé à l’administration américaine en échange d’un « soutien logistique ». M’est avis qu’il a dû y avoir des arrangements financiers, derrière tout ça… Qu’importe, d’ailleurs, ce prologue contribue à créer un climat de vérité assez bluffant.

Ecrit par Earl Fenton, scénariste d’autres polars de Fleischer (Sacré Printemps, et surtout L’Enigme du Chicago Express), mais aussi de 20 000 lieues sous les mers, Traquenard est une histoire de faux monnayeurs riche en rebondissements : la police relâche un détenu en le chargeant d’infiltrer un gang de faux-monnayeurs qu’il connaît bien. Le détenu accepte le marché, mais ne tarde pas à fausser compagnie au policier qui l’escorte.

Cette scène où le prisonnier, interprété par un Lloyd Bridges à contre-emploi (le papa de Jeff était plutôt un habitué des rôles de gentils garçons propres sur eux, à cette époque), échappe à son gardien, est l’une des plus marquantes du film : c’est une scène de bagarre à poings nus d’une rare brutalité, et inhabituellement longue. Comme souvent chez Fleischer, les coups échangés « font vrai » : quand on cogne, ça fait mal. Cette scène est d’autant plus marquante qu’elle se déroule dans une chambre d’hôtel plongée dans le noir, simplement éclairée par la lumière venant de la salle de bain d’à côté.

D’autres séquences tout aussi brutales et impressionnantes émaillent le film. Comme cette séquence dans la planque des faux monnayeurs, où Barbara Payton, « la » femme du film, est excellente : son regard affolé dans un plan très fugitif est inoubliable. La belle trouve ici le rôle le plus marquant d’une filmographie qui aurait dû être prestigieuse, mais qui a rapidement tourné court, après que Tom Neal (l’acteur de Détour) et Franchot Tone (l’inoubliable tueur des Mains qui tuent) se sont étripés pour elle. Suite à une terrible bagarre, Tone s’est même retrouvé 18 heures dans le coma. Les journaux se sont rués sur cette histoire, et la carrière de Barbara Payton ne s’en est jamais remise. L’actrice passera ensuite par la drogue, l’alcool et la prostitution avant de mourir à 40 ans.

Dans Traquenard, elle est magnifique. Elle a le charisme d’une grande star hollywoodienne, mais c’est aussi une excellente actrice, qui donne beaucoup de force et de relief à son personnage. Les autres comédiens sont également excellent, en particulier John Hoyt, lui aussi à contre-emploi : alors que l’aspect juvénile de Lloyd Bridges le destine plutôt aux jeunes premiers, le visage émacié et anguleux de Hoyt fait de lui un personnage naturellement inquiétant. Il est pourtant le flic sans peur et sans reproche du film…

Petit polar sympa et efficace, Traquenard est aussi un véritable exercice de style de Fleischer, en plein dans sa période noire, qui joue avec les ombres et les éclairages d’une manière époustouflante. Son style déjà parfaitement au point marque ce film fauché, mais très inventif. Et diablement efficace.

Tueur à gages (This Gun for hire) – de Frank Tuttle – 1942

Posté : 29 août, 2010 @ 4:39 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DE CARLO Yvonne, LAKE Veronica, TUTTLE Frank | Pas de commentaires »

Tueur à gages (This Gun for hire) - de Frank Tuttle - 1942 dans * Films noirs (1935-1959) tueur-a-gages

Il y a un petit détail, dans ce film, qui me remplit de bonheur, allez savoir pourquoi. Une petite scène où Veronica Lake découvre le vrai visage de son employeur, le gros Laird Cregar, lorsque ce dernier lui offre un bonbon à la menthe. C’est tout. Il n’y a rien de plus dans cette scène : juste la proposition de Cregar, puis le regard de Lake qui s’illumine… C’est naïf et daté évidemment : on n’imagine pas le méchant se trahir par un bonbon à la menthe, aujourd’hui. Eh bien c’est dommage ! Parce que cette naïveté faisait le charme de ces films noirs des années 40, qui, même s’ils étaient produits à la chaîne, gardent une fraîcheur incomparable. C’est un détail minime, infime, mais qui, allez savoir pourquoi, vraiment, m’a tiré un sourire de bien-être aussi large que la chevelure de Veronica Lake est blonde…

Il y a pourtant bien d’autres choses à dire sur cette excellente adaptation d’un (excellent) roman de Graham Greene. Dire, par exemple, que le personnage du tueur a très largement inspiré celui d’Alain Delon dans Le Samouraï : le début du film de Melville est un copier-coller de celui de Tuttle. On découvre ici le tueur (Ladd), seul dans un petit meublé, menant une vie sans joie et sans d’autre compagnie que celle d’un chat de gouttière (un oiseau en cage pour Delon). Le début de Tueur à gages est plus percutant encore, peut-être, marqué par un accès de violence du personnage de Ladd, qui frappe une femme de chambre sans retenue parce que cette dernière  avait donné un coup de pied au chat. En quelques images seulement, Tuttle introduit le personnage principal, dont on a déjà compris qu’il était un tueur à gages, coupé de la vie en société, violent et ému par les chats (et les enfants, comme on le verra dans la scène suivante), seuls êtres encore innocents à ses yeux. Bref, pas un rigolard.

On pourrait dire aussi que le film est historique. Pas parce qu’on y trouve le carton « introducing Alan Ladd » : l’acteur est déjà apparu dans de nombreux films depuis une dizaine d’années, et notamment celui d’un journaliste dans Citizen Kane. Mais parce qu’il marque la première rencontre de Ladd avec Veronica Lake, avec qui il tournera sept films (dont les chef d’œuvre La Clé de Verre et Le Dahlia Bleu). Et quelle rencontre : dans un train de nuit, où la belle surprend le dur en flagrant délit de chapardage. Dès le premier regard, l’alchimie est présente, totale : ces deux-là sont faits pour jouer les couples de cinéma. Elle, sublime mélange de force et de fragilité, que l’on sent capable de toutes les audaces, mais qui semble en même temps totalement inadaptée à la violence qui l’entoure. Lui, bloc de virilité absolue, au regard à la fois dur et étrangement enfantin.

Ils sont faits l’un pour l’autre, c’est une évidence. Et elle sera d’ailleurs l’ange qui lui permettra, sinon de se racheter (aussi charismatique soit-il, Raven, le personnage de Ladd est tout de même un tueur impitoyable, qui n’hésite pas à tuer des femmes innocentes de sang froid, ou de jeunes policiers qui cherchent à l’arrêter), au moins de connaître un état fugace d’apaisement (ah ! ce sourire d’Alan Ladd ! ne cherchez pas, il ne dure qu’une demi-seconde, et il n’y en a pas d’autres dans le film). Un baiser de Veronica Lake, même sur la joue, c’est peut-être bien une raison suffisante d’avoir vécu…

Le « couple » Veronica Lake/Alan Ladd (couple de rêve, mais le « vrai » couple du film est celui incarné par Veronica et le sympathique Robert Preston, qui jouera le pote de Ladd qui tourne mal dans l’excellent Smith le Taciturne) vampe littéralement le film, mais on pourrait dire aussi énormément de bien du travail réalisé par Frank Tuttle, qui réussi à instaurer un vrai climat dans son film, grâce à de nombreuses séquences mémorables : la scène d’ouverture, donc, mais aussi celle, moins spectaculaire mais tout aussi tendue de la première rencontre entre Alan Ladd et Laird Cregar. Ou encore la séquence où Ladd se cache dans une cabine téléphonique (mouais, là, franchement, pas bien malin…). Troublante aussi, cette scène où le tueur est sur le point d’abattre la belle… A vrai dire, on pourrait presque toutes les citer, jusqu’à cette formidable course-poursuite finale.

Tuttle signe là son chef d’œuvre sans aucun doute : il ne retrouvera jamais un tel état de grâce, et ne signera plus de films aussi mémorables. Curieuse coïncidence : en 1935, Tuttle avait réalisé une adaptation de La Clé de Verre, de Dashiell Hammett. Sept ans plus tard, juste après le tournage de Tueur à gages, c’est dans une nouvelle adaptation du roman que Veronika Lake et Alan Ladd allaient déjà se retrouver, cette fois devant la caméra de Stuart Heisler. Mais ça, ça fera l’objet d’une autre chronique.

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