Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie '1940-1949'

Quelque part en France (Reunion in France) – de Jules Dassin – 1942

Posté : 20 février, 2017 @ 8:00 dans 1940-1949, CARRADINE John, DASSIN Jules, WAYNE John | Pas de commentaires »

Quelque part en France (Reunion in France) – de Jules Dassin - 1942 dans 1940-1949 Quelque%20part%20en%20France_zpsjvx3qj9d

A la veille de la déclaration de guerre, en France, une riche oisive regarde d’un œil amusé les « vrais gens » s’inquiéter de l’imminence du conflit, indifférente aux malheurs qui l’entoure, et lasse de voir les hommes ne plus penser qu’à leur pays et à l’armée… Mais lorsque la guerre arrive réellement, et les privations qui vont avec, la jeune femme descendue de son piédestal ouvre les yeux, et son cœur.

C’est beau comme un pur film de propagande, contribution très hollywoodienne à l’effort de guerre qui, forcément, glorifie la force de résistance du peuple français. Sorti du contexte (le film est tourné en 1942), on peut trouver ça un peu lourd, en tout cas sans nuance. Mais ce genre d’exercice a de quoi réveiller le patriote qui sommeille en tout cinéphile.

Surtout que Jules Dassin (cinéaste français qui était déjà installé aux Etats-Unis depuis longtemps, contrairement à Duvivier ou Renoir) sait donner un rythme impeccable à son récit, et que Joan Crawford est formidable. La star porte le film sur ses épaules, et son personnage est, de loin, le plus intéressant.

Un regret, quand même : plutôt que de raconter la transformation de cette femme superficielle en résistante au grand cœur, Dassin opte pour une audacieuse ellipse, qui nous prive de ce qui aurait sans doute été le plus passionnant : les premières désillusions de la riche Frenchy, sa découverte du quotidien des Français durant la débâche, les bombardements, les victimes civiles qui tombent sous ses yeux… Tout ça est résumé bien rapidement par une simple série d’images d’archives. Dommage, toute cette partie sacrifiée aurait mérité un film à elle seule. Qui aurait sans doute été bien peu stimulant pour le moral des troupes et des populations, en cette année 1942.

A la place, on a droit à une histoire sympathique mais un peu convenue d’espionnage et de résistance, un suspense très efficace avec un John Wayne encore tout jeune et un peu gauche (on est trois ans après Stagecoach, et il n’a pas encore cette stature définitive qu’il aura quelques années plus tard) en soldat américain perdu au cœur de la France occupée, et un John Carradine dans un rôle taillé sur mesure pour lui (le même, quasiment, que dans Hitler’s Madmen).

Le cahier des charges est certes strict. Mais Dassin en tire le meilleur. Son film, de pure propagande, n’en est pas moins passionnant, émaillé de rebondissements plus ou moins attendus et basé sur une belle idée plutôt bien traitée : opposer l’amour et le devoir en temps de guerre.

La Vie est belle (It’s a wonderful life) – de Frank Capra – 1946

Posté : 6 février, 2017 @ 8:00 dans 1940-1949, BOND Ward, CAPRA Frank, FANTASTIQUE/SF, STEWART James | Pas de commentaires »

La Vie est belle (It's a wonderful life) – de Frank Capra – 1946 dans 1940-1949 La%20Vie%20est%20belle_zpsa7lt5ujh

Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? La Vie est belle est une merveille, un film euphorisant, un pur bonheur de cinéma, l’un de ces chefs d’œuvre qui rendent immensément heureux, et qui vous réconcilient avec l’humanité. Bref, j’aime La Vie est belle, le film a changé ma vie de cinéphile, ma vie tout court.

Classique indémodable, diffusé chaque Noël à la télévision américaine (comme quoi ils n’ont pas si mauvais goût, les Ricains), sommet de la filmograpghie de Capra (qui ne s’en remettra jamais tout à fait), le film n’a rien perdu de son universalité. L’histoire ? Celle de George Bailey, jeune homme qui rêve de grands voyages mais se retrouve coincé dans la petite ville de Bedford Falls où il étouffe, mais où il doit perpétuer l’oeuvre de son père, bienfaiteur qui s’opposait au cynisme inhumain d’un tout puissant banquier.

La grande idée du film, celle dont on parle systématiquement, ne représente qu’une petite partie du métrage : au bout du rouleau, sur le point d’être enfermé pour avoir perdu l’argent des habitants, Bailey s’apprêt à se suicider. C’est là qu’un ange apparaît et lui montre à quoi ressemblerait le monde s’il n’existait pas…

Une idée géniale, qui ne suffit pas à dire la richesse de ce film, superbe de la première à la dernière image. Il y a d’abord la prestation de James Stewart, exceptionnelle, pleine de nuances et d’une intensité rare. Il faut voir son regard lorsque, sur le quai de la gare, il comprend que son frère ne reprendra pas l’entreprise familiale, et qu’il est condamné une fois encore à renfoncer à ses projets. Il faut le voir aussi se liquéfier d’amour (on le comprend) pour Donna Reed alors qu’ils se partagent un combiné de téléphone.

Donna Reed… C’est rien de dire que c’est le rôle de sa vie. Sa bienveillance naturelle, son sourire immense, peut-être le plus beau de l’histoire du cinéma, illuminent constamment le film de leur discrète présence. Lionel Barrymore en méchant très scroogien, Thomas Mitchell en oncle maladroit, Ward Bond en policier au grand cœur, Henry Travers en ange irrésistible, et même Gloria Grahame dans l’un de ces rôles qui lui vont si bien (une mauvaise fille au grand cœur)… Tous sont formidables.

On pourrait reprocher la naïveté du propos, voire la morale de l’histoire… On aurait tort : La Vie est belle est une merveille d’émotion pure, et un film qui réhabilite joyeusement la bienveillance et les plaisirs simples. Un film indispensable que, comme les Américains, on devrait tous voir au moins une fois par an.

Rendez-vous (The Shop around the corner) – d’Ernst Lubitsch – 1940

Posté : 3 février, 2017 @ 8:00 dans 1940-1949, LUBITSCH Ernst, STEWART James | Pas de commentaires »

Rendez-vous (The Shop around the corner) – d'Ernst Lubitsch - 1940 dans 1940-1949 Rendez-vous%20The%20Shop%20around%20the%20corner_zpslhyoif1u

Un petit miracle ce film, merveilleuse comédie romantique dans le Budapest des années 30. Un Budapest qui se limite à un magasin et à un coin de rue, reconstitués dans des décors somptueux de studio, qui suffisent à dévoiler la réalité de la société hongroise de l’époque.

C’est drôle, fin, enlevé et léger… Mais derrière le quotidien de cette maroquinerie dirigée par un M. Matushek extraordinairement bienveillant, quelques signes à peine esquissés laissent entrevoir la rudesse de l’époque, la crainte du chômage et du déclassement… C’est tout le génie de Lubitsch, celui-là même qui fera de To be or not to be une merveilleuse charge anti-Nazie.

Ici, c’est une histoire de famille et d’amour qu’il raconte. Une sorte de microcosme où plusieurs petites histoires s’emmêlent autour d’un superbe fil conducteur : la romance par correspondance qui unit sans qu’ils le sachent deux employés qui ne se supportent pas. Belle idée, qui donne lieu à des scènes aussi drôles qu’émouvantes, les deux émotions n’étant jamais bien loin chez Lubitsch.

James Stewart et Margaret Sullavan sont magnifiques, irrésistibles en amoureux contrariés. Mais c’est l’ensemble de la distribution qui est exceptionnelle devant la caméra de Lubitsch, avec une mention à Felix Bressart (Pirovitch), l’irrésistible compagnon, complice et compréhensif, qui parvient à faire naître l’émotion du moindre silence…

The Shop around the corner est un chef d’œuvre, un film qui rend simplement heureux, et amoureux de l’humanité.

Jeux dangereux (To be or not to be) – d’Ernst Lubitsch – 1942

Posté : 2 février, 2017 @ 8:00 dans 1940-1949, LUBITSCH Ernst | Pas de commentaires »

Jeux dangereux (To be or not to be) – d'Ernst Lubitsch - 1942 dans 1940-1949 Jeux%20dangereux%20To%20be%20or%20not%20to%20be_zpsbs0y0wj6

L’entrée en scène du faux Hitler qui lève la main droite en lançant le fameux “Heil myself” symbolise parfaitement l’esprit de ce pur bijou : To be or not to be s’évertue à ridiculiser la grandiloquence nazie, tout en étant un chant d’amour pour le théâtre et la comédie, la véritable nation d’un cinéaste déraciné.

To be or not to be (oublions son titre français tout pourri, que la postérité a justement balayé) est la quintessence du style Lubitsch, à commencer par la perfection du rythme, extraordinaire, tout en rebondissements et en portes qui claquent. Ces portes ont toujours été importantes dans le cinéma de Lubitsch (jusqu’à faire dire à Mary Pickford, sur le tournage de Rosita, qu’il ne s’intéresse qu’aux portes). Elles ne l’ont peut-être jamais été autant que dans ce film, où elles servent dans le même temps de moteur comique et de ressors de suspense.

Se moquer de l’horreur nazie avec cet esprit de vaudeville n’a pas valu une belle réputation au film à sa sortie. Le temps, heureusement, a réparer ce jugement initial, lui reconnaissant le statut d’immense chef d’œuvre, l’un des seuls films (en tout cas tournés au moment des faits) à réussir à vraiment faire rire sans édulcorer l’horreur nazie. Même s’il s’en moque, Lubitsch en filme les conséquences avec cet humanisme qui lui a si bien réussi avec The Shop around the corner.

Et puis il y a Carole Lombard, actrice magnifique dont la prestation éclipse sans mal celle de Jack Benny, et surtout celle de Robert Stack (sympathique mais transparent). C’est sans doute son plus grand rôle (et son dernier : ce p#** !! d’avion s’écrasera avant la sortie du film en salles), celui qui révèle le mieux la richesse de son jeu et ce naturel formidable qui lui permettent de faire flirter si harmonieusement drame et dérision.

Le Carrefour de la mort (Kiss of Death) – de Henri Hathaway – 1947

Posté : 16 janvier, 2017 @ 2:00 dans * Films de gangsters, * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HATHAWAY Henry | Pas de commentaires »

Le Carrefour de la mort (Kiss of Death) – de Henri Hathaway – 1947 dans * Films de gangsters Le%20Carrefour%20de%20la%20mort_zpsrh1zsiov

On ne retient souvent du film que la prestation hallucinée de Richard Widmark, dont c’est le premier film, et cette scène où, avec un sourire sadique, il balance une infirme attachée sur son fauteuil roulant du haut d’un escalier.

C’est vrai qu’elle est traumatisante cette scène, sommet inégalable de sadisme qui continue à garder toute sa puissance horrifique. Widmark y est glaçant, sa présence habitant constamment le film. On en oublierait presque que son rôle, certes central pour l’histoire, n’en est pas moins secondaire. Que sa prestation est tout de même un peu outrancière (il en fait des tonnes, et fera preuve de beaucoup plus de nuances dans ses grands rôles à venir.

On en oublierait presque, aussi, que Victor Mature tient le rôle principal, et qu’il est, lui, d’une sobriété et d’une intensité remarquables. L’acteur est alors dans sa grande période : celle de La Poursuite infernale et La Proie, deux chefs d’œuvre , deux grands rôles particulièrement riches. Comme celui-ci, magnifique repenti qui cherche désespérément le droit à une deuxième chance.

Hathaway signe là un formidable thriller psychologique, tenu de bout en bout, et avec quelques grands moments de pur suspense qui reposent essentiellement sur la manière exceptionnelle qu’a le cinéaste de jouer avec le temps, de le dilater, et de faire durer les moments d’attente : cette nuit interminable et oppressante dans la petite maison qui a soudain perdu le caractère rassurant qu’elle avait peu avant ; et l’extraordinaire séquence finale, modèle de mise en scène.

Sabotage à Berlin (Desperate Journey) – de Raoul Walsh – 1942

Posté : 23 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

Sabotage à Berlin (Desperate Journey) - de Raoul Walsh - 1942 dans 1940-1949 Sabotage%20agrave%20Berlin_zps5svb2tcq

Entre deux classiques (La Charge fantastique et Gentleman Jim), Raoul Walsh et Errol Flynn s’offrent une réjouissante récréation en forme d’effort de guerre.
Faut-il prendre au sérieux cette histoire d’aviateurs alliés qui se retrouvent derrière les lignes ennemis et multiplient les pieds de nez aux Allemands ? A l’occasion d’une scène, Walsh prouve que lui-même s’en amusait : en fuites, nos héros tombent en panne ; juste à ce moment, un camion de carburant passe devant eux…

La plupart des rebondissements sont aussi improbables que ceux-là. A commencer par la première évasion, pas plus sérieuse que les aventures de La 7e Compagnie. Ou le vol des uniformes allemands, les militaires passant à portée de main étant au bon nombre… et de la bonne corpulence. Ou encore la manière dont nos héros s’emparent d’un avion bombardier gardé par des dizaines d’hommes.

D’ailleurs, avec le personnage rigolard d’Alan Hale, ou même celui très décontracté joué par Ronald Reagan, Walsh donne le ton. Flynn lui-même affiche la plupart du temps un enthousiasme rafraîchissant. Mais le film n’est pas d’un seul bloc. Pour preuve, un autre personnage, plus complexe et plus sombre : celui joué par l’excellent Arthur Kennedy, le plus intense de tous, qui refuse de voir la guerre comme un terrain de jeu.

Il y a d’ailleurs dans ce Desperate Journey quelques moments d’une grande noirceur : la mort de plusieurs personnages importants, ou encore le dur destin de cette jeune Allemande qui lutte contre les Nazis, symbole pas si courant dans le cinéma hollywoodien de l’époque de cette population allemande qui n’a pas choisi la barbarie.

Mais avant tout, Desperate Journey est un film d’action et d’aventure. L’intrigue, finalement, semble ne servir que de liant entre les nombreuses scènes d’action : le crash de l’avion, la fuite par les toits, l’attaque de l’usine, ou encore l’extraordinaire course poursuite en voiture… Autant de séquences d’anthologie auxquelles Walsh donne un rythme et une intensité incroyables.

Desperate Journey est un voyage réjouissant qui ose toutes les ruptures de ton. Un pur plaisir de cinéma.

Allez coucher ailleurs (I was a male war bride) – de Howard Hawks – 1949

Posté : 13 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, HAWKS Howard | Pas de commentaires »

Allez coucher ailleurs (I was a male war bride) - de Howard Hawks - 1949 dans 1940-1949 Allez%20coucher%20ailleurs_zps1icmo2lb

On ne dira sans doute jamais assez ce que la comédie américaine doit à Cary Grant. Comme John Wayne avec le western, ou Humphrey Bogart avec le film noir, Grant a en quelque sorte donné ses lettres de noblesse au genre. Il a en tout cas imposé un style qui lui est propre, et qui fait qu’une comédie avec Cary Grant est un genre en soi, avec son propre univers, son propre rythme.

Et dans ce genre, les films que Grant a tourné avec Howard Hawks constituent un ensemble d’une cohérence rare. Cette comédie-ci n’est pas la plus connue du duo. Elle l’est beaucoup moins que les trois classiques qu’ils ont tournés ensemble entre 1938 et 1940 (L’Impossible monsieur bébé, Seuls les anges ont des ailes et La Dame du Vendredi), ou que celui qu’ils tourneront en 1952 (Chérie, je me sens rajeunir). Elle n’en est pas moins formidable.

On peut parler d’une « comédie du remariage », thème très en vogue à l’époque. Ou même de slapstick. Mais c’est surtout une comédie irrésistible et souvent noire estampillée Hawks/Grant. Un petit bonheur qui oscille entre burlesque et critique grinçante de l’administration et de l’armée américaines.

L’étrange titre original vient du clou du film : à la fin de la seconde guerre mondiale, les particularités administratives obligent un officier français (c’est Grant, oui, qu’on a évidemment du mal à imaginer en frenchy, mais qu’importe) à se déguiser en femme pour quitter l’Allemagne et accompagner sa jeune épouse américaine (Ann Sheridan, pétillante) aux Etats-Unis.

Cette séquence n’arrive toutefois qu’après une longue déambulation dans l’Allemagne administrée par les alliés, pleine de rebondissements souvent très drôles, mais entièrement centrée sur les rapports passionnels entre Ann Sheridan et Cary Grant. Le schéma est connu : ils ne se supportent pas, ils sont obligés de cohabiter, ils tombent amoureux… Mais le ton que Hawks donne à cette histoire d’amour est unique.

Les rapports habituels hommes-femmes sont ainsi constamment inversés, avec un Cary Grant qui accepte de bon gré une passivité inattendue. C’est drôle, c’est élégant, c’est fin et c’est parfois fou. De cette folie qui permet de passer d’un pur gag à un sommet de romantisme en quelques secondes, à l’image de cette course folle en side-car qui se termine au cœur d’une meule de foin. Irrésistible.

* DVD dans la collection Hollywood Legends (Fox, ESC éditions), avec une analyse par le critique Jacky Goldberg.

Le Corbeau – de Henri-Georges Clouzot – 1943

Posté : 12 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, CLOUZOT Henri-Georges | Pas de commentaires »

Le Corbeau - de Henri-Georges Clouzot - 1943 dans * Polars/noirs France Le%20Corbeau_zpsiwsugxj1

« Où est l’ombre ? Où est la lumière? » Quelle scène ! Quels dialogues ! Et quels acteurs ! Un Pierre Larquey exceptionnel, un Pierre Fresnay formidable… Personne n’est vraiment tout à fait ce qu’il semble être dans ce chef d’oeuvre intemporel, peut-être le meilleur film de la fameuse Continental, la firme dirigée par les Allemands durant l’occupation.

Avoir réalisé ce film, portrait d’une petite commune française rongée par la suspicion et la délation, a d’ailleurs valu bien des ennuis à Clouzot durant l’épuration. Pourtant, ce qui reste le plus hallucinant, c’est que les Allemands aient laissé faire le cinéaste : Le Corbeau est une dénonciation cruelle et sans détour des dénonciations anonymes et de la mesquinerie de cette France occupée.

En tout cas, les ennuis de Clouzot disent beaucoup du climat de la libération, et d’une certaine mauvaise conscience que le film pointe d’ailleurs du doigt. Cette communauté confrontée au même mal (des lettres de dénonciations anonymes qui semblent devoir toucher toute la population) pourrait faire front. Mais les accusations proférées réveillent les rancœurs et la suspicion, révélant moins sur ceux qu’elles concernent que sur ceux qui les entourent.

Visuellement formidable, avec ces fameux jeux sur l’ombre et la lumière ou ses inquiétantes scènes de foules, Le Corbeau est un film d’une grande cruauté émaillé de séquences inoubliables : la fuite déchirante de Marie Corbin, la silhouette de la mère voilée de noir qui s’éloigne dans la rue, la superbe colère de Germain (Fresnay) dans le bureau des notables bien pensants…

Clouzot est aussi un très grand directeur d’acteur. Fresnay a rarement été aussi intense, Larquey est exceptionnel, Noël Roquevert est excellent et cabotine moins qu’à l’accoutumée… Les femmes ne sont pas oubliées : Ginette Leclerc est superbement touchante, femme moderne qui compense son handicap physique par une sexualité débridée (en apparence en tout cas), et qui se révèle finalement la plus humaine de tous…

A travers son personnage, et celui de Fresnay, Clouzot ose aussi une vision audacieuse et très en avance du sexe, mais aussi de l’IVG. En plus d’être un grand, un très grand film noir dur, fascinant et sans concession.

Du sang sur la neige (Northern Pursuit) – de Raoul Walsh – 1943

Posté : 8 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

Du sang sur la neige (Northern Pursuit) - de Raoul Walsh - 1943 dans 1940-1949 Du%20sang%20sur%20la%20neige_zpswwjsorl8

Walsh est en pleine Flynn-mania lorsqu’il tourne ce thriller neigeux, nerveux et bourré d’action : de La Charge fantastique à Aventure en Birmanie, ce sont six films qu’ils tournent quasiment coup sur coup en à peine quatre ans (et sans compter La Rivière d’argent, qu’ils tourneront quelques années plus tard).

Celui-ci n’est pas le plus connu. Il n’est pas non plus le moins intéressant. Dès les premières images, on sent qu’il y a ici quelque chose de très familier, et en même temps de très atypique. L’histoire en rappelle d’autres (celle de Griffes jaunes par exemple), avec ce policier convaincu de sympathie pour l’ennemi, qui prend la fuite avec un officier nazi en passant aux yeux de tous pour un traître. Sauf que, bien sûr, il n’en est pas un…

Rien de très original de ce côté là, donc. Mais le décor, lui, change radicalement la donne : on n’est ni dans un western, ni dans un suspense urbain, ni même dans un film d’aventure traditionnel. Non, c’est dans la neige du grand Nord canadien que Walsh pose ses caméras. Enfin, plutôt dans un grand Nord reconstitué en studio : à l’exception de quelques séquences de ski qui n’ont rien à envier aux futurs James Bond, tout semble avoir été tourné bien au chaud en studios.

Ce qui, d’ailleurs, ne pose pas vraiment problème. Que ce soit pour la scène de l’avalanche ou celle du sous-marin brisant la glace, le film fait plutôt bien illusion. Et même si on a un peu de mal à voir un homme qui vient de marcher des jours dans la neige, derrière l’élégance très dandy de Flynn, cet environnement immense et plein de dangers donne un ton très original au film.

Il y a bien quelques rebondissements hautement improbables, comme l’irruption soudaine de la fiancée de notre héros, arrivée on ne sait trop comment dans la gueule du loup. Mais Walsh oscille efficacement entre l’humour (avec le personnage du beau-père écossais), la menace (beau personnage de traître interprété par l’excellent Gene Lockhart), la violence la plus sèche avec quelques exécutions sommaires qui font froid dans le dos, et même de l’action pure assez impressionnante, comme cette étonnante séquence finale dans l’avion.

Du sang sur la piste s’inscrit dans la grande tradition hollywoodienne du film de propagande anti-nazi. Sans grande délicatesse sans doute, mais avec un vrai sens du spectacle et une efficacité imparable.

Nous avons gagné ce soir (The Set-Up) – de Robert Wise – 1949

Posté : 4 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, RYAN Robert, WISE Robert | Pas de commentaires »

Nous avons gagné ce soir (The Set-Up) - de Robert Wise - 1949 dans * Films noirs (1935-1959) Nous%20avons%20gagneacute%20ce%20soir_zpsmgwh1lzy

Superbe film au noir et blanc somptueux, peinture glauque et sans concession d’un monde qui semble sans grand espoir : celui de la boxe et de ses petits combats minables qui se succèdent sans passion.

Robert Ryan, une nouvelle fois formidable, incarne l’un de ces boxeurs, un « vieux » de 35 ans qui enchaîne les défaites et qui ne parvient pas à raccrocher les gants. Un homme fatigué qui trimbale sa carcasse usée en rêvant vaguement d’une autre vie avec la femme qu’il aime.

Celle qu’il aime… Le film ne sort que rarement du gymnase où les boxeurs s’affrontent, et où elle n’a pas voulu se rendre ce soir-là. Pourtant, elle semble omniprésente, dans le regard angoissé de Ryan.

Pour parler de boxe, Robert Wise filme les gens : les boxeurs qui attendent dans « l’antichambre » où ils se préparent, et où certains rêvent de seconde chance ; mais aussi les spectateurs dans le public, habités par une rage insoupçonnable à première vue, comme cette dame digne qui se met à hurler « tue-le, tue-le », ou ce jeune homme qui n’a plus le moindre regard pour sa petite amie, ou cet autre qui avale toutes les cochonneries du monde au fil des combats.

Une véritable faune interlope, dont le « spécimen » le plus étonnant est un aveugle qui assiste au combat, accompagné par un ami qui lui décrit les coups, et qui vit les affrontements comme s’il était sur le ring. Qui est-il ? Wise laisse libre court à l’imagination du spectateur… Ici, le passé ne peut être qu’imaginé, et l’avenir semble bien incertain.

Non, ce n’est pas un chant d’amour pour la boxe. Rien de glorieux dans ce combat montré in extenso: quatre rounds de trois minutes âpres et d’une violence qui n’a rien de romantique. Et les regards désabusés des habitués ne laisse guère de place aux espoirs démesurés.

Mais Wise signe un pur film d’amour. Il y a quelque chose de tragique dans l’absence de cette jeune femme (Audrey Totter) qui n’assiste pas au combat de cet homme, et dans son errance nocturne. Comme il y a quelque chose de déchirant dans la manière dont lui, Ryan, scrute la salle pour tenter de la retrouver. Quant au suspense final, dans une poignée de séquences qui flirtent avec le film noir, il ne conduit que vers une violence libératrice, l’un des happy ends les plus douloureux et les plus émouvants qui soient…

12345...22
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr