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Archive pour la catégorie '1940-1949'

Le Val d’enfer – de Maurice Tourneur – 1943

Posté : 29 janvier, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Le Val d'enfer

Ah ! le travail ! Ah ! la famille ! Ah ! la patrie ! Et Dieu le bordel que peut amener une jeune étrangère ivre de liberté, dans une société masculine si bien ordonnée…

Le Val d’enfer est sans doute le plus discutable moralement de tous les films de la Continental, pour parler avec des termes mesurés. La firme allemande a donné naissance à une poignée de chefs d’oeuvre indiscutables, durant l’Occupation, évitant soigneusement de faire de ces films des armes de propagande. Là, pour une fois, ce constat est mis à mal.

Le « val d’enfer », c’est une vallée poussiéreuse et brûlante coupée du monde, où un homme entre deux âges a installé une mine à ciel ouvert. Il y vit avec ses vieux parents, et ses ouvriers réunis dans un même baraquement, pour la plupart sans femmes. Taiseux et rude, l’homme est aussi droit et fier. Juste, d’après tous ses proches, mais aussi intraitable avec son propre fils, qui a eu l’outrecuidance de sortir du droit de chemin, et qu’il refuse de pardonner.

La rencontre entre cet homme et cette jeune femme au passé difficile, fille d’un ami qui vient de mourir et qu’il recueille chez lui, et qui aspire simplement à vivre, pourrait être le point de départ d’un film noir à l’américaine. Le scénario en fait un contraste entre une vie droite de labeur et de devoirs, et une aspiration à la liberté qui tourne à la débauche. Douteux, pour le moins.

Pourtant. Est-ce la manière dont Tourneur filme les personnages dans leur environnement, hostile et marquant ? Est-ce l’interprétation de Ginette Leclerc, de Gabriel Gabrio (dans son tout dernier rôle, avant sa disparition prématurée), de Gabrielle Fontan et Edouard Delmont (magnifique couple de vieux) et de l’ensemble de la distribution, formidable ? En tout cas Le Val d’enfer est un film passionnant… et finalement assez beau. Humainement, le drame est d’une grande justesse, en partie parce que l’interprétation elle-même évite soigneusement les clichés et les types les plus courants du cinéma de cette époque.

Et puis il y a cette étrange figure d’ange vengeur, le mystérieux « Sauvage » (Georges Patrix), encore un taiseux, dont la distance sympathique finit par prendre une tournure presque démoniaque. Et c’est lui qui propulse le drame vers un revirement heureux pour (presque) tous les personnages. Mais à quel prix…

Youth runs wild (id.) – de Mark Robson – 1944

Posté : 19 janvier, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, ROBSON MARK | Pas de commentaires »

Youth runs wild

Pas inintéressant, mais franchement lénifiant, cette série B de propagande dont le message clairement affiché est à lui seul une originalité. En substance : les hommes sont partis à la guerre, les femmes travaillent pour la nation, et pendant ce temps, qui veille sur les jeunes, livrés à eux-mêmes et aux dangers de la société ? Hein ? Qui ?

Eh bien oui, pas grand-monde, et du coup l’Amérique des grandes villes se transforme en zone à risque pour tout mineur qui ose franchir les frontières rassurantes du foyer familial. Raconté comme ça, c’est un peu too much. Et ça l’est effectivement, mais d’une drôle de manière rassurante et finalement très politiquement correcte.

On a bien un bon fils de bonne famille qui se laisse embarquer par une bande de vauriens, mais ces vauriens ont bon cœur au fond. On a bien une fille mal aimée par ses parents qui finit par se faire la malle pour bosser comme entraîneuse dans un bar pour adultes, mais son amoureux est là qui guette, et les clients ont trop de respect pour les amours adolescentes pour venir mettre tout ça en danger.

Alors oui, les bons sentiments dominent d’une manière trop évidente, jusqu’aux dernières images à l’euphorie ahurissante : tous les drames traversés sont effacés par un soudain vent d’optimisme et des sourires rayonnants. C’est qu’en cette période de guerre, il ne s’agit pas de plomber le moral du spectateur…

Tout ça commençait pourtant par quelques promesses nettement plus sombres. Et plus convaincantes, disons-le. Le film s’ouvre ainsi sur un plan prémonitoire montrant un camion détruire un panneau incitant les voitures à faire attention aux enfants dans un quartier résidentiel. Et continue par le retour dans la maison familiale d’une jeune mère au regard triste, qui attend des nouvelles de son mari gravement blessé au front. Puis par les premiers signes de déscolarisation de l’enfant prodigue…

Même signé par le grand John Fante, le film reste sage, très sage. Même produite par Val Lewton et réalisée par Mark Robson (tandem à qui on doit des séries B nettement plus convaincantes, comme La 7e victime), cette petite production reste anonyme, trop. Le sujet méritait sans doute quelque chose de plus inconfortable que ce petit film sympathique et agréable. On aurait préféré choc et dérangeant.

Le Récupérateur de cadavres (The Body Snatcher) – de Robert Wise – 1945

Posté : 13 janvier, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, WISE Robert | Pas de commentaires »

Le Récupérateur de cadavres

Les débuts de Wise à la RKO, où il est lancé par le producteur Val Lewton, sont originaux et pleins de surprises, toujours intéressants, parfois enthousiasmants. Et ce Body Snatcher apparaît clairement comme son chef d’œuvre de jeunesse.

Une petite merveille, à vrai dire, adaptée par Philip McDonald d’une nouvelle de Robert Louis Stevenson (auteur à la mode à Hollywood, après le succès du Docteur Jekyll et Mr Hyde de Fleming), à l’atmosphère parfaitement angoissante. Dans le Edinbourgh de 1831, un médecin respecté fait travailler discrètement un homme inquiétant qui le fournit, pour ses recherches, en cadavres volés dans des cimetières. Jusqu’au jour où, les cimetières étant désormais trop bien gardés, il doit trouver ses cadavres ailleurs…

Wise, en bon élève de Lewton, privilégie les ambiances nocturnes dans ce film fort bien écrit, et porté par quelques acteurs remarquables. En tête d’affiche : Boris Karloff, à qui les ombres de la nuit vont particulièrement bien, qui lui renforcent les reliefs inquiétants d’un visage passionnant. Il est parfait, Karloff, dans un rôle mystérieux et plein de nuances, bien plus bavard que ceux auxquels il est habitué.

Karloff n’est pas vraiment le personnage principal du film, mais il est une sorte d’ange noir, ou de double négatif du médecin interprété par Henry Daniell, les deux hommes étant liés par un passé qui ne sera dévoilé que tardivement, et par une sorte de trajectoire inversée. Karloff, que l’on découvre affable et bienveillant, prenant soin de son cheval et d’une fillette handicapée, révélera douloureusement sa part d’ombre. Henry Daniell, homme hautain assez détestable, révélera lui une humanité trouble mais pleine de sensibilité. Deux destins inverses mais inexorablement liés.

Il en est deux autres qui sont inexorablement liés, dans l’histoire du cinéma d’épouvante, c’est Karloff et son ancien rival Bela Lugosi, deuxième dans l’ordre d’apparition au générique mais qui doit se contenter (comme souvent à cette époque) d’un petit rôle. Marquant, cela dit, en particulier grâce à un face-à-face mémorable et effrayant avec Karloff.

A l’image de cette séquence brutale, le film marque par la dureté de son atmosphère : ce premier meurtre hors-champs mais terrifiant, la mort du chien filmée en ombres chinoises, ou cette traumatisante chevauchée macabre et hallucinatoire qui vient clore le film. The Body Snatcher, film malin et efficace, est une réussite à tous les niveaux.

Mademoiselle Fifi (id.) – de Robert Wise – 1944

Posté : 12 janvier, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, WISE Robert | Pas de commentaires »

Mademoiselle Fifi

Après lui avoir permis de faire ses débuts derrière la caméra avec La Malédiction des Hommes-Chats, déjà à la RKO, le producteur Val Lewton confie cette adaptation d’une nouvelle de Maupassant au jeune Robert Wise, pour ce qui est donc son premier vrai film. Un film d’époque, certes, mais qui s’inscrit aussi dans l’effort de guerre auquel participe Hollywood en cette année 1944.

L’histoire se déroule en 1870, dans une France occupée par les Prusses. Point de départ idéal pour écrire des dialogues qui résonnent singulièrement aux oreilles d’occidentaux particulièrement attentifs à tout ce qui évoque la France occupée par les Prusses de 1944. Bref : toute ressemblance avec des faits qui se produiront 70 ans après l’époque de l’intrigue n’aurait rien de fortuite.

Il n’est donc question que du comportement de la France, et de tous les peuples opprimés du moment face à l’envahisseur germain. De courage et de fierté, symbolisés à la fois par le refus des prêtres de faire sonner la cloche du village tant que le pays ne se sera pas soulevé, et par la liberté totale et inspiratrice de la jeune Simone Simon (une autre protégée de Lewton, depuis La Féline).

Mademoiselle Fifi (le surnom donné au « méchant » du film, un sous-officier tyrannique au physique délicat qui a l’habitude d’utiliser la locution française « fi » par mépris) révèle le talent de Wise, qui sait installer une belle tension dans les scènes à huis-clos, les plus belles du film : en particulier celles se déroulant dans la voiture. Pour filmer les décors aussi, belle peinture de la province occupée qui privilégie l’évocation au réalisme.

Des décors qui peuvent d’ailleurs donner une impression de déjà vu. Parce qu’ils représentent assez bien la vision très cliché de la France d’alors vue d’Hollywood. Mais aussi parce que ce sont ceux du Quasimodo de Dieterle qui ont été recyclés : pour ce film, première tentative de s’affranchir de l’image de prince de l’épouvante que le triptyque magnifique de Tourneur (La Féline, Vaudou et L’Homme léopard) lui a collé, Lewton ne bénéficiait que d’un petit budget. Lui qui rêvait sans doute d’un nouveau Autant en emporte le vent a dû se contenter d’une série B pleine de charmes.

La Pièce maudite (The Brasher Doubloon) – de John Brahm – 1947

Posté : 10 janvier, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BRAHM John | Pas de commentaires »

La Pièce maudite

Philip Marlowe, une riche cliente, une jeune femme un peu dérangée, un mystérieux objet pour lequel des tas de gens semblent prêts à tuer, un homme de main patibulaire, un type menaçant plus pathétique que vraiment dangereux…

Autrement dit : vous prenez Le Grand Sommeil (gros succès sorti l’année précédente), vous y ajoutez une touche du Faucon maltais (gros succès sorti il n’y a pas si longtemps), vous mélangez, mais surtout pas trop, et vous obtenez La Pièce maudite, nouvelle adaptation d’un roman de Raymond Chandler avec son détective fétiche, la deuxième cette année-là avec La Dame du Lac, de et avec Robert Montgomery.

Et c’est un autre Montgomery qui se glisse dans les habits du détective cette fois : George de son prénom, nettement moins connu que Robert, pour une production nettement moins ambitieuse que l’expérience en caméra subjective de ce dernier. C’est une petite chose que signe là John Brahm, cinéaste qui venait de signer ses meilleurs films (de Jack l’Eventreur au Médaillon en passant par Hangover Square), mais qui semble déjà sur le point d’abdiquer.

Il y a bien quelques scènes très fortes, une poignée de plans intéressants : des visages patibulaires penchés sur une caméra subjective, une course poursuite assez brève dans des ruelles mal famées… Mais le film est en grande partie assez anonyme. Efficace, fluide et même passionnant, mais anonyme.

Et soigné, aussi : c’est même le premier terme qui vient à l’esprit. Brahm fait le boulot, et signe un film à intrigues qui remplit le cahier des charges en maintenant le suspense, en ménageant quelques rebondissements plus ou moins attendus, et en assurant une conclusion mouvementée. Il tient parfaitement le fil de son histoire, ne perdant jamais le spectateur en route… comme Hawks n’hésitait pas à le faire dans Le Grand Sommeil.

Lui, Hawks, privilégiait toujours le moment, la scène. Résultat : un classique indémodable, succession ininterrompue de scènes inoubliables qui touchent au mythe. Brahm fait le choix inverse, privilégiant la cohérence de l’ensemble. La prestation de George Montgomery s’inscrit parfaitement dans cette démarche. Montgomery n’est pas Bogart, et au moins n’essaie-t-il pas de le singer, livrant une interprétation modeste mais fidèle à l’esprit du personnage.

OK, on n’est pas dans le mythe. Mais ça n’empêche pas d’y prendre un vrai plaisir.

La femme du pionnier (Dakota) – de Joseph Kane – 1945

Posté : 5 janvier, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BOND Ward, KANE Joseph, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Femme du pionnier

Étrange western, qui commence comme une farce enlevée et plutôt très sympathique, pour se laisser tenter de plus en plus par le drame, voire la tragédie. Entre les deux, le réalisateur Joseph Kane se perd un peu en chemin, il faut le reconnaître.

Sur le papier, on a droit à une histoire assez classique : des hommes sans scrupules tentent de déposséder des fermiers de leurs terres, que le chemin de fer doit traverser. On y croise des méchants comme le western nous en a souvent donnés, d’autant plus familiers qu’ils sont interprétés par Ward Bond et Mike Mazursky. Mais aussi des fermiers bons et sacrifiés. Un héros droit et courageux : forcément, c’est John Wayne en personne. Et un vieux bougon comme caution humoristique : Walter Brennan, forccément.

Dès les premières scènes, pourtant, le film marque sa différence. Wayne y apparaît comme un homme marié (ce qui est déjà une particularité en soi), dont la femme (Vera Ralston, choix discutable) est une jeune héritière frondeuse, dont le père les chasse arme à la main. Pour rire et pour de faux, aurait-on envie de préciser, tant rien ne semble être pris au sérieux, dans cette première partie.

Formellement, c’est un peu approximatif : Joseph Kane n’est clairement pas le réalisateur le plus enthousiasmant de sa génération. Mais la légèreté et la liberté de ton font mouche. Et même si le scénario n’est pas totalement convainquant, ce film est suffisamment peuplé de gueules que l’on aime, et plein d’action, d’humour et de rebondissements en tous genres, que l’on se laisse volontiers entraîner par cette histoire improbable.

Passée la moitié du métrage, la tentation de la noirceur pose quand même problème. Kane n’écarte jamais totalement l’humour et la dérision, mais il glisse des moments d’une grande noirceur, comme l’assassinat d’un couple de fermiers. A force d’hésiter sur la direction à prendre, le film échoue à trouver un ton. Dommage : l’aspect comédie de mœurs est clairement le plus convainquant.

Criminal Court (id.) – de Robert Wise – 1946

Posté : 2 janvier, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, WISE Robert | Pas de commentaires »

Criminal Court

Robert Wise ne force pas son talent dans ce petit noir de jeunesse, assez anonyme dans sa forme, avec des images plutôt ternes. Dans le genre, Wise fera nettement mieux après ça (Le Coup de l’escalier)… mais pas que (La Ville enchaînée).

Cela étant dit, il y a quand même un rythme impeccable dans ce film court (une heure, à peine), basé sur un scénario original et particulièrement réussi : l’histoire d’un avocat habitué des effets de manche théâtraux, qui a tué accidentellement un caïd de la pègre, crime dont sa fiancée est accusée. Alors quand l’avocat se dénonce pour blanchir sa belle, personne ne le croit, tous observant avec un sourire narquois ce qu’ils pensent être un nouvel effet alambiqué de l’avocat.

Dans le rôle, Tom Conway est parfait. Son air contrit quand il comprend que c’est peine perdue, que son honnêteté et sa théâtralité lui reviennent comme un boomerang, et que même sa fiancée le regarde avec tendresse en pensant qu’il se sacrifie pour elle, est franchement réjouissant.

On peut regretter que cette petite production RKO n’ait pas choisi la voie du pur suspense : il y avait là un potentiel évident, qui n’est jamais vraiment exploité, même dans la scène du tribunal où le témoin manque de se faire dessouder, pur suspense trop rapidement expédié. Mais cette légèreté que le film choisit ne manque pas de charme, elle non plus.

La Septième Victime (The Seventh Victim) – de Mark Robson – 1943

Posté : 29 décembre, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, ROBSON MARK | Pas de commentaires »

La septième victime

Une jeune femme part à la recherche de sa sœur disparue au cœur de New York. Elle rencontre les hommes pour qui elle comptait, et découvre l’existence d’une secte satanique…

Après trois films réalisés par Jacques Tourneur, et autant de petits classiques du cinéma d’épouvante « fauché » (La Féline, Vaudou et L’Homme-Léopard, bien sûr), le producteur de la RKO Val Lewton donne sa chance à celui qui fut le monteur de ces trois petits bijoux : Mark Robson, qui fait là ses débuts derrière la caméra.

Des débuts encore timides, en tout cas effacés : la marque de Lewton plane constamment sur tous les moments forts du film. A commencer par une formidable séquence nocturne (évidemment) où une jeune femme tente d’échapper à la menace d’un homme à peine visible en utilisant l’obscurité qui l’entoure… Oui, du pur Lewton. Et devant la caméra de Robson comme auparavant devant celle de Tourneur, le résultat est absolument effrayant.

Autre grand moment : celui où un homme s’enfonce dans l’obscurité (encore) d’un couloir, et en ressort moribond. Que s’est-il passé dans l’intervalle ? Chez le Lewton de la RKO, on continue à privilégier le hors-champs, l’invisible, l’imagination. Autant d’armes fatales au service de l’effroi.

Entre ces grands moments, tout n’est pas aussi tendu, aussi passionnant. Reconnaissons quelques flottements, des personnages pas toujours formidablement dessinés, et un scénario par moments approximatifs. Mais la première partie est franchement intrigante, avec cette quête d’une sœur qui finit par apparaître tardivement. Là, c’est quasiment un autre film qui commence, et qui s’achève non pas sur une image (le hors champs, toujours), mais sur un son absolument glaçant.

Les Chevaliers du Texas (South of St. Louis) – de Ray Enright – 1949

Posté : 24 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, ENRIGHT Ray, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Chevaliers du Texas

Trois amis inséparables sont séparés par la guerre. Joli thème pour ce western imparfait mais plein de charmes signé par un petit spécialiste du genre : Ray Enright, solide artisan taillé pour donner du nerf aux scènes d’actions, et qui filme plutôt bien les moments en creux. Pas un grand, non : Enright peine ainsi à donner du corps aux nombreuses ellipses qui émaillent son récit, et qui sont pourtant autant de coups durs portés à la belle amitié de ces trois personnages.

Mais Enright sait tirer le meilleur des points forts de son scénario, en l’occurrence ses personnages. Un détail, déjà, donne un relief particulier à cette amitié entre les trois hommes, qui tous portent une petite clochette à leur éperon. Enright multiplie les plans serrés sur ces éperons, parfois proches les uns des autres, parfois isolés. Beau symbole aussi marquant visuellement que par la petite musique qui l’accompagne. Et qui donne une ultime fusillade magnifique.

Elle est d’autant plus belle que le film tient parfaitement son suspense. C’est suffisamment rare pour le souligner : l’issue de cette histoire reste incertaine jusqu’aux toutes dernières minutes du film, avec une tension extrême dans la dernière séquence, et une belle utilisation du gros plan sur le visage de Zachary Scott, face à ses amis Joel McCrea et Douglas Kennedy.

Cette scène est particulièrement réussie parce que Enright sait y mettre une grande tension, mais aussi parce que, comme dans toutes les scènes d’action qui émaillent le film, il utilise à merveille la profondeur de champs. Les décors de la ville ne sont pas uniquement importants au premier plan : ils le sont aussi tout au fond de l’image, où l’action est tout aussi forte. Cette manière de faire bouger les personnages dans la profondeur du cadre donne un rythme tout particulier à ces scènes d’action.

Un pur western d’hommes, ce South of St. Louis ? Pas tout à fait, non. Comme dans à peu près tous les westerns, les femmes sont volontiers laissés de côté : dès la première scène, la pauvre Dorothy Malone aura beau tout faire pour les retenir, elle ne pourra pas empêcher McCrea, Scott et Kennedy d’aller affronter le terrible Cottrell (très inspiré de Quantrill, comme son patronyme le laisse supposer).

Quant à Alexis Smith, dans le rôle de la chanteuse Rouge (c’est son surnom, en français dans le texte), elle semble destinée à jouer les éternelles laissées pour compte : un énième personnage de jeune femme légère condamnée à vivre cette vie de bars et d’hommes avinés. Sauf que le film lui offre une place inattendue, et centrale. Et même si McCrea est excellent, bien moins lisse que souvent, c’est elle qui a le rôle le plus fort de ce bon petit western.

Né pour tuer (Born to kill) – de Robert Wise – 1947

Posté : 16 décembre, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, WISE Robert | Pas de commentaires »

Né pour tuer

Une jeune femme découvre les cadavres d’un couple qui vient d’être assassiné, et décide de quitter la ville plutôt que d’alerter la police. Le même soir, elle a rencontré un homme étrange, inquiétant mais séduisant qu’elle retrouve bientôt, sans savoir que c’est lui le meurtrier…

Voilà une intrigue pleine de promesses pour ce petit film noir tourné pour la RKO par le jeunot Robert Wise, qui enchaînait alors les petites productions sympathiques à défaut d’être géniales. Ce noir-ci n’est pas plus génial que les autres: pas toujours tout à fait convainquant, le scénario enchaîne les approximations et les facilités.

Voir les deux personnages principaux contraints de se croiser et de se retrouver immanquablement pour la seule raison qu’ils sont dans la même ville (Reno d’abord, puis San Francisco, déjà de belles bourgades, pourtant) a quand même un petit côté foutage de gueule à peine dissimulé…

Mais il y a aussi une vraie originalité, voire une authentique méchanceté qui surprend et séduit, dans ce polar qui commence comme un suspense assez classique, pour se diriger vers quelque chose d’un peu différent, plus audacieux, moins correct, plus hargneux : une sorte de fascination du Mal qu’incarne parfaitement Claire Trevor, actrice décidément géniale, elle.

Il fallait une actrice comme elle pour que ça fonctionne, une actrice capable d’être douce et dure à la fois, romantique et dangereuse, victime et coupable. Une grande actrice, donc, à qui un grand réalisateur aurait pu réserver un écrin encore plus troublant et fascinant avec ce beau personnage.

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