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Archive pour la catégorie '1940-1949'

La Maison des étrangers (House of strangers) – de Joseph L. Manciewicz – 1949

Posté : 31 mars, 2021 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, MANKIEWICZ Joseph L. | Pas de commentaires »

La Maison des étrangers

Manciewicz filme une histoire de famille, et c’est d’une cruauté hallucinante ! Film formidable, autour d’un patriarche joué par Edward G. Robinson, qui dirige sont petit monde tel un monarque tout puissant. Immigrant venu d’Italie, qui a fait fortune aux Etats-Unis, et qui écrase de sa présence totalement égocentrée ses quatre fils, sa femme, et tout son entourage.

Le film est composé en grande partie d’un long flash-back raconté par l’un des fils, Max (Richard Conte, intense, parfait), tout juste sorti de prison où il a passé sept ans. Le patriarche est mort, lui est décidé à se venger de ses frères dont on ne sait d’abord pas de quoi ils sont coupables, et sa fiancée (Susan Hayward, superbe) n’aspire qu’à recommencer une autre vie avec lui.

C’est son point de vue à lui, Max, qu’adopte Manciewicz. Celui du fils dévoué, aimant. Le père est donc filmé comme un bienfaiteur à la Capra : un banquier qui prête de l’argent aux nécessiteux du quartier, toujours le sourire aux lèvres, jamais un coup de gueule… un ange, presque.

Ce point de vue très subjectif est passionnant, parce que les faits disent autre chose, et que ce décalage crée un malaise qui ne cesse de grandir, et dont le visage taiseux mais douloureux de la mère est un terrible révélateur. Un bienfaiteur, Edward G. Robinson ? Un usurier, qui pratique des intérêts exorbitants, un père castrateur qui humilie ces fils qui ne sont pas tels qu’ils devraient être. Un monstre qui, au fond, n’attise et ne fabrique que de la haine, et qui ne vit que pour lui-même.

Le titre lui-même révèle tardivement sa cruauté, lorsque la mère quitte brièvement sa réserve. Superbe personnage de femme sacrifiée, pourrissant dans le luxe. Manciewicz filme cette histoire de famille avec une intensité, une cruauté assez terribles. Une tension qui ne fait qu’augmenter, avec le sentiment constant de la tragédie en marche, au-delà de la mort. Prix d’interprétation à Cannes pour Robinson en 1949, remake westernien intéressant mais inférieur en 1954 (La Lance brisée), grande claque en 2021…

La Belle de San Francisco (Flame of Barbary Coast) – de Joseph Kane – 1945

Posté : 25 mars, 2021 @ 8:00 dans 1940-1949, KANE Joseph, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Belle de San Francisco

San Francisco, cité du jeu et du vice, « nettoyée » en 1906 par un tremblement de terre… On connaît l’histoire, elle a déjà donné lieu à l’un des premiers classiques du cinéma catastrophe, le bien nommé San Francisco de W.S. Van Dyle, avec Clark Gable. Le film de Joseph Kane, tourné dix ans plus tard, insiste nettement moins sur le côté « purificateur » et la dimension religieuse de la catastrophe. Le séisme, d’ailleurs, n’apparaît que tardivement et d’une manière étonnamment furtive.

Quelques minutes, à peine, qui servent surtout de moteur pour faire évoluer le curieux trio de personnages au cœur du film : John Wayne en cowboy du Montana, qui s’impose sur la Barbary Coast de San Francisco, le quartier du jeu, pour ravir la belle Ann Dvorak, chanteuse star du puissant patron des lieux : Joseph Schildkraut, parfait de charme et de cynisme.

Joseph Kane a des moyens limités : c’est une production Republic qui ne permet sans doute pas de s’attarder sur les séquences de destruction. Ceci explique peut-être cela, La Belle de San Francisco est en quelque sorte à San Francisco ce que Ouragan sur la Louisiane était à L’Incendie de Chicago. Avec dans les deux cas un John Wayne encore un peu minot en cowboy naïf confronté au cynisme de la grande ville.

Il est déjà très bien, dans un registre assez léger. Mais c’est Joseph Schildkraut qui séduit vraiment, en « méchant » suave qui donne un ton et une sensation de danger bien loin des clichés. Joseph Kane n’est pas le cinéaste le plus excitant du monde. Sa mise en scène est efficace mais manque parfois de souffle. Mais il a pour lui un excellent scénario de Borden Chase, qui joue habilement avec les codes du western.

On découvre ainsi John Wayne, chapeau sur la tête, et pieds nus face à l’océan. Les scènes de « saloon » deviennent de véritables morceaux de music-hall. Les bagarres tournent systématiquement court, tout comme les duels… Côté grande fresque, Kane montre ses limites. Sur la comédie humaine, en revanche, il fait mouche.

Le Colonel Chabert – de René Le Hénaff – 1943

Posté : 8 mars, 2021 @ 8:00 dans 1940-1949, LE HENAFF René | Pas de commentaires »

Le Colonel Chabert

Voilà ce qu’on appelle de la belle ouvrage. Du cinéma classique, dans tous les sens du terme, un rien académique, mais qui se regarde avec un plaisir authentique, et une boule au ventre.

Le film donne parfois l’impression d’être trop écrit, il manque un peu de vie à la mise en scène de René Le Hénaff. Mais il y a Raimu, et Raimu est grand. Il incarne parfaitement cet homme revenu d’outre-tombe : le colonel Chabert, héros napoléonien mort en héros… qui réapparaît des années plus tard, bien vivant, désormais encombrant, réclamant une place que personne n’est prêt à lui rendre.

C’est une nouvelle de Balzac, bien sûr, qui dit beaucoup de l’identité dans une société qui perd la notion d’individu (un thème décidément en vogue sur ce blog, après Monsieur Klein). Un récit fort et édifiant auquel René Le Hénaff s’applique à rendre justice. Même s’il le fait sans génie, et en ratant la fin, trop grandiloquente et pas assez convaincante, il le fait au moins avec sincérité.

De la belle ouvrage, vraiment, porté par un Raimu tour à tour mystérieux, inquiétant, puissant ou pathétique. Grand acteur, grand rôle, pour un film pas grand, mais appliqué et prenant.

Lumière d’été – de Jean Grémillon – 1943

Posté : 2 mars, 2021 @ 8:00 dans 1940-1949, GRÉMILLON Jean | Pas de commentaires »

Lumière d'été

Un décor presque idéal, un hôtel presque idyllique, une femme amoureuse presque heureuse… Les premières images de Lumière d’été sont des apparences, que Grémillon ne tarde pas à égratigner.

Oui, la montagne est belle tout autour, comme protectrice. Mais à y regarder de plus près, il n’y a là que roches et poussière, et ces barres rocheuses qui entourent le décor ressemblent à des murs qui obstruent tout horizon. Cet hôtel à la verrière majestueuse est constamment troublé par les explosions de la mine voisine. Et cet amant que la jeune femme attend tarde à venir. Pire : il finit par arriver, ivre et médiocre, génial Pierre Brasseur qui met à mal l’image du prince charmant.

L’arrivée de cette étrangère, jouée par Madeleine Robinson, cristallise tous les drames et révèle cette solitude insondable que chaque personnage porte au fond de lui. Une sorte de douleur sourde, et une incapacité à vivre en couple. Etrange hôtel qui a des allures d’Overlook (l’hôtel de Shining), un peu angoissant dans ce qu’il révèle des illusions perdues de chacun.

Ceux, surtout, de « Cricri », cette femme entre deux âges, qui a tout quitté un petit noble capricieux et manipulateur (Paul Bernard), et prête à tout pour le garder, refusant d’admettre la fin de ce qui ressemble à des derniers feux. Madeleine Renaud est sublime dans ce rôle pathétique d’une femme qui se raccroche à cette jeunesse insupportable qui s’enfuit déjà.

Le personnage du jeune homme qui ramène l’espoir serait bien anecdotique qu’il n’y avait la diction fascinante de Georges Marchal qui, à bien des égards, annonce avec vingt-cinq ans d’avance la Nouvelle Vague : cette manière si dénuée d’effets de dire les dialogues (très beaux) de Prévert.

Lumière d’été est un film superbe qui, en fait, n’appartient à aucun courant. Hors du temps, à la fois très moderne et très rétro, audacieux et radical dans sa peinture de l’humanité, et parsemé d’un humour d’un autre temps (Marcel Levesque, l’acteur des feuilletons de Feuillade, irrésistible en vieux bougon qui ne supporte rien), souvent ancré dans une profonde immobilité, mais avec de brusques mouvements : un impressionnant accident de voiture, une scène de bal ébouriffante et sous tension mais d’un réalisme étonnant, des ouvriers qui s’affairent avec un sens du détail sans esbroufe.

Ajoutons une musique fascinante qui semble parfois aller contre le drame… Lumière d’été, que Grémillon tourne après le sublime Remorques, est un film d’une richesse surprenante. Et beau, tout simplement.

Falbalas – de Jacques Becker – 1945

Posté : 23 février, 2021 @ 8:00 dans 1940-1949, BECKER Jacques | Pas de commentaires »

Falbalas

Pour son troisième long métrage, Jacques Becker nous plonge dans les coulisses de la haute couture, pour un drame amoureux tendu et passionnant, qui est aussi un film sur les affres de la création.

Raymond Rouleau, déjà héros de Dernier Atout, le premier film de Becker, est un couturier jouisseur, qui domine son univers de petites mains tel un coq dans sa basse-cour. Un type séduisant, aucun doute. Mais surtout trop occupé par son désir de tout maîtriser pour s’attacher à cette chose si imprévisible qu’est l’humain.

Dans un restaurant bondé, il agit comme s’il était seul au monde. Et c’est bien ainsi qu’il vit, totalement indifférent aux émotions qui l’entourent. Il est odieux, simplement, sans même y penser, traitant ses modèles comme des pantins dépourvus de vie propre.

Et quand il rompt avec une énième petite amie, il le fait sans un mot, accrochant une nouvelle robe dans sa penderie : une robe pour chaque ex, comme un collectionneur ayant fait une nouvelle acquisition et déjà tourné vers la prochaine. Et lorsque la jeune femme s’en va, c’est la robe qu’il regarde en lâchant, dans un soupir : « ce n’était pas laid »…

Un homme qui ne voit pas le mal qu’il fait autour de lui, les grands yeux perdus de celle qui ne peut l’oublier (Françoise Lugagne, très émouvante), ou celui désapprobateur mais protecteur de son assistante (la grande Gabrielle Dorziat), et que l’amour finira par perdre : celui de Micheline Presle, dont l’image finira par se confondre avec celle d’un mannequin artificiel, avec qui il pourra être le créateur tout puissant qu’il s’imagine être.

Beau et troublant film, qui séduit aussi et surtout pour la manière dont Becker filme les coulisses de la haute couture, sa caméra passant des grands salons aux ateliers où s’affairent les petites mains autour de leur cheffe Jeanne Fusier-Gir, très attachante. Il y a de la vie dans ces scènes, où chaque détail sonne juste.

Détails et précisions pour le décor, mais un contexte plus général dont Becker ne sait curieusement pas trop quoi faire. L’action se déroule durant l’été 1943, comme le mentionne clairement un billet écrit par le couturier. Mais aucune allusion n’est faite à l’occupation, si ce n’est le vélo comme mode de transport pour les sorties nocturnes. Une « omission » qui rend ce film, si précis et vrai par ailleurs, étonnamment flou sur le fond…

Les Desperados (The Desperadoes) – de Charles Vidor – 1943

Posté : 17 février, 2021 @ 8:00 dans 1940-1949, VIDOR Charles, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Desperados

« C’est le premier film en Technicolor de la Columbia », commente laconiquement Patrick Brion dans son encyclopédie du western, unique commentaire sur ce film à la fois bancal et classique, mais réservant quelques surprises. C’est surtout un western visuellement très réussi, magnifiquement éclairé dès la scène de braquage qui ouvre le film dans un beau clair-obscur.

L’histoire n’est pas renversante, ni neuve : un hors-la-loi qui cherche à se ranger arrive dans une petite ville, découvre que le shérif est un vieil ami qui fut son complice, et tous deux sont attirés par la même femme. Mais un braquage sanglant a eu lieu, et le nouveau venu fait un coupable idéal.

Classique, donc, mais un western porté par Glenn Ford et Randolph Scott, ça ne se refuse pas. Et Charles Vidor donne à cette rencontre une légèreté assez inhabituelle, transformant en scènes de comédie la plupart des moments dramatiques de l’histoire, en particulier grâce à la présence sympathique de Guynn Williams en sidekick adepte de la nitroglycérine.

Autre ressors comique : le patron du saloon, qui tente de garder calme et sourire en toute occasion, y compris lorsque les bagarres éclatent et que le matériel part en éclat autour de lui. Une telle légèreté affichée nous prive quand même d’un vrai suspense : peu importe la violence et la noirceur de certains aspects de l’intrigue, on sait bien que tout ça finira par un sourire.

Aux personnages de Ford et Scott, sympathiques mais un peu convenus, on peut quand même préférer celui de Claire Trevor, parfaite en patronne au grand cœur d’une maison de plaisir, et surtout celui d’Edgar Buchanan, qui campe le bon « oncle Willie », père aimant de la jeune amoureuse, et complice passif des vrais méchants. Un personnage trouble, complexe et attachant, franchement atypique.

Panique – de Julien Duvivier – 1946

Posté : 16 février, 2021 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

Panique

Pas du genre à se laisser déborder par le dépaysement, Duvivier. En exil aux Etats-Unis durant la guerre, il est l’un des réalisateurs français qui s’adaptent le mieux aux méthodes de travail américaines. De retour en France, il signe d’emblée l’un de ses plus grands films, si ce n’est le plus grand.

Un film immense en tout cas, tourné dans un décor superbe de quartier populaire qui évoque celui du Jour se lève. A ceci près que l’empathie de la foule dans le film de Carné laisse place ici à la pire illustration de la meute, cette foule mesquine et avide, prompte à juger et à condamner.

On a souvent fait de Duvivier un cinéaste pessimiste et sombre, une réputation à laquelle Panique n’est pas étranger. La vie semble si douce à première vue dans ce petit quartier populaire de Paris, où l’harmonie semble régner, et où tout le monde se connaît et s’apprécie. Mais Duvivier n’est pas tendre avec cette société de l’immédiat après-guerre.

Personne, ou presque, ne trouve grâce à ses yeux, dans cette adaptation très cruelle du roman de Simenon Les Fiançailles de Monsieur Hire. Il filme une France de la mauvaise conscience, incapable de comprendre un homme ouvertement en dehors des codes, en l’occurrence Michel Simon, extraordinaire et bouleversant dans le rôle de cet homme solitaire et mal aimable.

La scène où il affronte Alfred (Paul Bernard), ce dernier étant incapable de se tourner vers lui pour le fixer dans les yeux, est une image d’une force incroyable, comme cette terrible séquence dans les auto-tamponneuses, qui en dit déjà si long sur ce que l’effet de groupe peut avoir de déshumanisant. D’une intensité incroyable.

Duvivier donne de la vie à ce quartier qui se réveille avec la découverte d’un cadavre de femme. Il a une manière très simenonienne de mettre en place le drame, d’isoler peu à peu le personnage de Hire, de réduire l’espace de ce quartier d’abord ouvert, pour en faire un lieu étouffant, propice à l’explosion de la violence et à l’étouffement de l’individualité. Il fait monter la tension, jusqu’à cette fin terrifiante où tous les ressentiments, toute la mesquinerie de ce petit monde semblent converger.

Dans ce film superbe et cruel, Michel Simon trouve l’un de ses plus beaux rôles, celui d’un homme pointer du doigt parce qu’il ne répond pas à l’image qu’on attend d’un membre de la communauté : pas marié, pas d’enfant, taiseux… Et comment faire confiance à un homme qui consomme si peu de viande et qui se plaint qui plus est qu’il n’y avait pas assez de sang dans le morceau que le boucher lui a vendu la veille. Si un homme comme ça n’est pas un meurtrier…

Surtout que le vrai meurtrier, lui, est un homme charmant et affable, qui ne jure pas dans le décor. Et qu’il a pour lui une jeune femme qui semble si douce, Viviane Romance, magnifique garce qui réussit à faire apparaître un peu d’humanité derrière ce regard, lors des fiançailles les plus pathétiques du cinéma. Panique est un immense film noir, peut-être le sommet français du genre, un chef d’œuvre.

It’s your America (id.) – de John Ford – 1946

Posté : 30 janvier, 2021 @ 8:00 dans 1940-1949, COURTS MÉTRAGES, FORD John | Pas de commentaires »

It's your America

De 1942 à 1945, John Ford a consacré toute son énergie à l’effort de guerre de l’armée américaine, s’engageant physiquement dans le conflit et signant quelques documentaires marquant. Son retour à la fiction sera d’ailleurs une sorte d’aboutissement de cette période : Les Sacrifiés, le meilleur de ses films de guerre.

It’s your America est un film plus obscur, dont la paternité n’est pas absolument certaine. Le générique ne fait mention d’aucun réalisateur, le film n’est pas évoqué dans la précieuse biographie que consacre Joseph McBride à Ford… Mais ce court métrage est souvent attribué au cinéaste, ce qui paraît très raisonnable.

On retrouve le style du Ford de ces années là, sa manière de plonger ses personnages à moitié dans l’ombre, et de filmer les hommes entre eux, avec ce sens immédiat de la camaraderie. On retrouve aussi Preston Foster, que Ford avait dirigé dans Le Mouchard ou Révolte à Dublin.

Le film fait partie de ces œuvres qu’Hollywood enchaînait pendant et juste après la guerre, pour encourager le patriotisme des Américains. Une fiction, certes, mais avant tout une leçon de citoyenneté, très didactique, et très américaine.

Narrateur et personnage principal, Arthur Kennedy apparaît en soldat américain sur le point de rentrer chez lui après plusieurs années sur le front européen. Il raconte : comment il était un Américain comme tant d’autres, et comment la guerre l’a transformé.

Les séquences de flash-back s’enchaînent, c’est un peu grandiloquent, mais c’est aussi un modèle de construction : chaque étape évoque l’un des détails figurant sur une pièce d’un penny. Et à chaque fois, c’est une révélation pour le personnage de Kennedy, qui comprend peu à peu ce que c’est que l’Amérique, et la démocratie.

Johnny roi des gangsters (Johnny Eager) – de Mervyn LeRoy – 1942

Posté : 29 janvier, 2021 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, LeROY Mervyn | Pas de commentaires »

Johnny roi des gangsters

Après le sublime mélo La Valse dans l’ombre, Mervyn LeRoy change de registre, s’attaque au film noir, et offre un nouveau rôle en or à Robert Taylor : celui de Johnny Eager, ancien gangster qui s’est rangé des affaires depuis sa sortie de prison, menant désormais une tranquille vie de chauffeur de taxi.

C’est en tout cas ce qu’il fait croire : ce brave repenti n’a en fait rien renié de ce qu’il est. Dans l’ombre, il gère un vaste racket et règle ses problèmes de manière radicale. Sans sentiment. LeRoy a l’art de réussir de grands films sans y paraître. Johnny Eager commence un peu banalement, avant une brusque révélation. Mais ce n’est pas cette seule révélation qui fait basculer le film : plutôt la radicalité du changement de ton.

Robert Taylor, acteur souvent sous-estimé tant il semble ne pas faire grand-chose, est formidable dans ce rôle complexe. Parce qu’il lui faut peu pour incarner ces changements de ton, passer de la douceur du repenti au froid cynisme du « vrai » personnage. La violence est rare et sèche. Elle est surtout psychologique : Eager se livre à un jeu de massacre d’une cruauté rare, dont sont victimes aussi bien l’amoureuse jouée par une toute jeune Lana Turner que l’ami fidèle, Van Heflin, superbement pathétique en saoulard résigné.

Jeu de massacre autour du flamboyant Robert Taylor, qui ne perdra sa superbe qu’en découvrant tardivement l’humanité tapie au fond de lui. Pour la rédemption, on repassera. Dans ce monde, tout mène à la violence, et la dernière séquence claque d’une manière forte et brutale, comme s’il fallait expier toutes ses fautes en un même lieu. Percutant et intense, comme le sont les meilleurs films de LeRoy. Celui-ci en fait clairement partie.

Le Ciel peut attendre (Heaven can wait) – d’Ernst Lubitsch – 1943

Posté : 27 janvier, 2021 @ 8:00 dans 1940-1949, FANTASTIQUE/SF, LUBITSCH Ernst, TIERNEY Gene | 2 commentaires »

Le Ciel peut attendre

Un homme arrive aux portes de l’enfer, où il est sûr d’être admis après une vie qu’il estime avoir été pleine d’écarts. Il raconte quelques grandes étapes de cette vie au Diable, qui écoute avec un regard plein d’une tendresse amusée ce qui, au bout du compte, ressemble quand même beaucoup à une grande et belle histoire d’amour.

De cette introduction rigolarde et ironique, qui sert aussi de fil rouge au récit, Lubitsch retient moins la dimension fantastique qu’une occasion d’égratigner, comme il l’a souvent fait, le moralisme et le puritanisme tellement installés dans l’Amérique qui l’a adopté et dont il est devenu l’un des cinéastes les plus importants.

Il s’en sert aussi pour raconter cette histoire d’amour avec des ellipses audacieuses, qui lui donnent une dimension rarement vu : une histoire à l’échelle d’une vie. Il y a des drames, des grands événements, qui rythment cette vie, mais on n’en voit le plus souvent rien, ou si peu. En retrouvant les personnages systématiquement plusieurs années après, c’est l’effet du temps passé que l’on découvre.

Entre Gene Tierney et Don Ameche, Lubitsch saisit l’infinie tendresse, sous le regard bienveillant et roublard de Charles Coburn. Il n’est pas parfait, Don Ameche, tellement attaché à son idée de l’anticonformisme. Mais elle est si belle, Gene Tierney, avec ce regard si plein de liberté. D’ailleurs, a-t-elle été filmée aussi bien (en couleurs, en tout cas) ? On comprend que ce nigaud de Don Ameche soit prêt à se damner pour elle, et on comprend que ce bon bougre de Diable (Laird Cregar) soit si compréhensif…

Lubitsch a fait des films plus élégants, d’autres plus drôles, certains même plus inventifs. Mais il y a dans ce Heaven can wait une simplicité, une tendresse et une pureté qui vous emportent, toujours et encore.

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