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Archive pour la catégorie '1940-1949'

Né pour tuer (Born to kill) – de Robert Wise – 1947

Posté : 16 décembre, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, WISE Robert | Pas de commentaires »

Né pour tuer

Une jeune femme découvre les cadavres d’un couple qui vient d’être assassiné, et décide de quitter la ville plutôt que d’alerter la police. Le même soir, elle a rencontré un homme étrange, inquiétant mais séduisant qu’elle retrouve bientôt, sans savoir que c’est lui le meurtrier…

Voilà une intrigue pleine de promesses pour ce petit film noir tourné pour la RKO par le jeunot Robert Wise, qui enchaînait alors les petites productions sympathiques à défaut d’être géniales. Ce noir-ci n’est pas plus génial que les autres: pas toujours tout à fait convainquant, le scénario enchaîne les approximations et les facilités.

Voir les deux personnages principaux contraints de se croiser et de se retrouver immanquablement pour la seule raison qu’ils sont dans la même ville (Reno d’abord, puis San Francisco, déjà de belles bourgades, pourtant) a quand même un petit côté foutage de gueule à peine dissimulé…

Mais il y a aussi une vraie originalité, voire une authentique méchanceté qui surprend et séduit, dans ce polar qui commence comme un suspense assez classique, pour se diriger vers quelque chose d’un peu différent, plus audacieux, moins correct, plus hargneux : une sorte de fascination du Mal qu’incarne parfaitement Claire Trevor, actrice décidément géniale, elle.

Il fallait une actrice comme elle pour que ça fonctionne, une actrice capable d’être douce et dure à la fois, romantique et dangereuse, victime et coupable. Une grande actrice, donc, à qui un grand réalisateur aurait pu réserver un écrin encore plus troublant et fascinant avec ce beau personnage.

Ceux qui servent en mer (In which we serve) – de Noel Coward et David Lean – 1942

Posté : 11 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, COWARD Noel, LEAN David | Pas de commentaires »

Ceux qui servent en mer

Soit les producteurs tenaient à mettre en valeur le nom de Noel Coward, soit c’est ce dernier qui a un melon à la Delon des grandes années. Parce qu’à en croire le générique, il a absolument tout fait sur ce film, Coward. Il écrit bien sûr, mais il produit aussi, il compose la musique, il réalise, et il joue même le rôle principal.

Nous voilà donc prévenus : si le film reste dans l’histoire comme étant le premier d’un certain David Lean, il reste avant tout l’œuvre de Noel Coward. C’est effectivement largement le cas, tant il semble que le célèbre dramaturge ait voulu tout maîtriser. La mise en scène aussi ? Pas si simple, quand même : Coward ne s’y est d’ailleurs jamais réessayé, et le film fait preuve d’une maîtrise impressionnante.

De là à imaginer que Lean, déjà monteur très réputé, ait assuré l’essentiel du travail de réalisation, il n’y a qu’un pas que je me garderai bien de franchir. Mais le fait est là : des images magnifiques, des gros plans sur des visages émouvants parce que plein de rides, de sueurs et de crasses… Visuellement, Ceux qui servent en mer est une merveille qui respire la vie, la peur et la mort. Avec de formidables séquences de batailles où le bruit et la fureur passent essentiellement par ces gros plans, par des détails qui relèvent du pur langage cinématographique.

La construction du film est clairement, elle, l’oeuvre de Coward, avec cette construction en flash-backs particulièrement réussie, qui donne du corps à chacun des personnages. Des personnages très forts, auxquels l’atmosphère du film rend parfaitement hommage : ce flegme très anglais que l’on ressent constamment, cette pudeur qui retient l’émotion, la gardant sur le fil jusqu’aux dernières minutes. Là, en quelques secondes, la garde est baissée, l’émotion éclate, et c’est splendide.

Quel que soit son rôle exact, David Lean trouve déjà avec ce film l’un de ses thèmes de prédilection : l’importance du décor, souvent considéré comme un personnage à part entière, voire même le plus important. C’est particulièrement frappant avec ce premier film, avec ce bateau de guerre à qui les marins donnent un nom de femme, et que les épouses considèrent comme une rivale avec laquelle elles ne peuvent pas rivaliser.

Bon voyage – d’Alfred Hitchcock – 1944

Posté : 2 décembre, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 1940-1949, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Bon voyage Hitchcock

Après Aventure malgache, Hitchcock continue son effort de guerre à Londres avec des comédiens français, et signe cette fois un authentique bijou. Comme son précédent court métrage, celui-ci est constitué de longs flash-backs. Mais la construction est ici plus linéaire, plus simple, donnant un suspense très efficace, superbement réalisé.

Visuellement et thématiquement, Bon voyage évoque les grandes réussites d’Hitchcock du début des années 40, Correspondant 17 ou Cinquième colonne. Ici aussi les dangers de la guerre son évoqués sous le prisme de l’espionnage et des faux-semblants. Et ici aussi, le cinéaste soigne particulièrement ses ambiances en jouant constamment sur l’obscurité, et les ombres profondes de décors très soignés.

La séquence de la cave est l’une des plus réussie, sans qu’il y ait pourtant rien d’ouvertement spectaculaire : une simple rencontre dans un lieu où un drame s’est joué, et dont Hitchcock parvient à nous faire ressentir instantanément la menace. En choisissant de ne jamais filmer les déplacements de ses personnages, prisonniers de guerre qui cherchent à quitter la France occupée, Hitchcock concentre son action sur une poignée de moments clés, laissant volontairement des blancs et autant d’interrogations et d’interprétations possibles.

Sombre et intense, Bon voyage est au final très éloigné de son « film jumeau », Aventure malgache, dont il est souvent indissociable. Toute trace de légèreté a disparu, et l’optimisme un peu naïf n’est plus de mise ici. Hitchcock nous offre même l’une des scènes de meurtre les plus marquantes de sa filmographie. Une scène pourtant simple, mais où le cinéaste diffère la mise à mort juste le temps de la rendre traumatisante : « Je ne vous ferais pas attendre, laissons seulement l’auto s’éloigner. » Déchirant.

Sahara (id.) – de Zoltan Korda – 1943

Posté : 13 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, BOGART Humphrey, KORDA Zoltan | Pas de commentaires »

Sahara

En plein dans sa période « privés », Bogart troque l’imperméable et le chapeau contre l’uniforme et la casquette, et ça lui va plutôt bien. Intense et tout en nuances, il est le pivot de cet excellent film de guerre méconnu. Tourné après l’entrée en guerre des Etats-Unis, le film ne se cantonne pas au patriotisme habituel, mais marque surtout pour l’importance qu’il donne à la rencontre des cultures.

Bogart y est un officier perdu au milieu du Sahara avec son char et ses hommes, qui rencontre des soldats venus d’Angleterre, de France, d’Amérique du Sud ou d’Amérique du Sud, et même de l’Italie mussolinienne. Des catholiques, des juifs, des musulmans… Tous apprenant à se connaître et à s’apprécier, découvrant que ce qui les rapproche est nettement plus important que ce qui les éloigne.

Un film ouvertement humaniste, c’est déjà beau en soit. Et comme tout ça bénéficie d’une superbe photo en noir et blanc de Rudolph Maté, et d’une mise en scène particulièrement inspirée, que c’est raconté sous le couvert du film d’aventure plein de rythme et de rebondissement, le plaisir est total.

Bien sûr, il y a l’ennemi commun, sans surprise : le Nazi, qui a au moins cet avantage de mettre tout le monde d’accord, même si le film évite le manichéisme anti-allemand primaire. Et puis la soif, que l’on finit par ressentir en même temps que les personnages. Un film à voir une bière à la main, donc…

Co-écrit par Philip McDonald, romancier et scénariste (on lui doit l’adaptation de Rebecca notamment), Sahara s’inscrit dans une lignée de films de guerre en plein désert dont La Patrouille perdue, de Ford, est l’un des fleurons. La parenté entre les deux films n’est pas anodine, puisque le film de Ford était adapté d’un roman signé… Philip McDonald.

Quelques années plus tard, son scénario sera transposé assez fidèlement dans l’univers du western, dans l’excellent Le Sabre et la flèche d’Andre De Toth (qui a été réalisateur de seconde équipe sur Sahara) avec Lloyd Bridges dans un second rôle, Lloyd qui est également à l’affiche de Sahara. Rien ne se perd, tout se recycle à Hollywood, parfois pour le meilleur.

Le Mariage de Chiffon – de Claude Autant-Lara – 1942

Posté : 12 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, AUTANT-LARA Claude | Pas de commentaires »

Le Mariage de Chiffon

Que voilà un charmant vaudeville, plein d’esprit et de rythme, beau mélange de légèreté et d’une douce nostalgie.

Léger comme le personnage de Chiffon (Odette Joyeux), jeune fille libre qui s’amuse de l’effet qu’elle fait sur un homme rencontré par hasard tout en dissimulant un amour pour son oncle par alliance.

Doucement nostalgique comme celui du colonel (André Luguet), officier et séducteur vieillissant qui rêve un avenir avec la jeune fille tout en n’étant pas dupe de ses charmes sur le déclin.

Et plein de vie, comme cet oncle (Jacques Dumesnil) qui décide de vivre pleinement sa passion pour l’aviation, qui en fera un pionnier dans le domaine.

Autant-Lara n’est pas Lubitsch, c’est un fait : il lui manque un peu d’élégance, et pas mal de vivacité. N’empêche, on pense furieusement au maître du genre, tant le Français joue avec cette idée de rythme, et surtout ces portes qui s’ouvrent et se referment constamment.

La séquence des chaussures, dans le couloir de l’hôtel, est particulièrement frappante : tout y est question d’ouvertures et de fermetures, et de ce qui se passe dans l’entre-deux. Purement lubitschien, et franchement réjouissant devant la caméra d’un Autant-Lara inspiré comme jamais.

Le plaisir est renforcé par les acteurs, tous « épatants » comme on disait alors. Larquey, Le Vigan, Blier, Raymond Bussières, Louis Seigner. Des seigneurs, dans un film vif et pétillant, comme un bon champagne. Et il me semble bien avoir déjà écrit un truc dans le genre pour un Lubitsch…

La Fille du désert (Colorado Territory) – de Raoul Walsh – 1949

Posté : 4 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, WALSH Raoul, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Fille du désert

Drôle d’idée, quand même, de faire un auto-remake westernien de High Sierra, son chef d’œuvre du film noir dont le final avait justement des allures de western. Ce n’est clairement pas le plus ambitieux des films de Walsh, et voilà à peu près la pire vacherie qu’on puisse dire de ce western, assez exemplaire si on réussit à éviter la comparaison avec son modèle.

Le rythme est impeccable. Evidemment, aurait-on envie d’ajouter, tant cette question de rythme est une caractéristique incontournable du cinéma de Walsh. Le cinéaste réussit une nouvelle fois à trouver l’équilibre parfait entre l’humain et l’action, avec en particulier des personnages féminins aussi enthousiasmants qu’inattendus : Virginia Mayo (qui soutient plutôt bien la comparaison avec Ida Lupino) et surtout la grande Dorothy Malone, dans un rôle secondaire, mais passionnant.

Quant à Joel McCrea, il est toujours très bien et très sympathique. Trop sans doute : on a quand même du mal à croire à son personnage de bandit. Trop gentil, trop lisse, on s’attend presque pendant toute la première partie à apprendre qu’il est un policier sous couverture. Bogart avait un côté nettement plus dangereux qui, pour le coup, manque cruellement ici.

Mais Walsh émaille son film de petits moments originaux et surprenants : Virginia Mayo qui opère Joel McCrea blessé (plutôt rare dans le western), ou encore l’idée rigolote de menotter le poignet d’un bandit à la cheville d’un autre, qui donne une légèreté inattendue à une séquence qui ne l’était pas forcément.

Il excelle aussi dans les séquences d’action, franchement exceptionnelles : l’attaque de la diligence, et surtout celle du train, deux grands moments formidablement réalisés. Deux moments qui bénéficient du la présence de cascadeurs impressionnants, qui donnent une pêche incroyable au film.

Surtout, le film est marqué par d’impressionnants décors de villes fantômes qui s’élèvent au milieu du désert. Qui s’élèvent littéralement, puisque l’une est indiquée « au-delà de la montagne », et l’autre est carrément accrochée à un immense rocher. L’apparition de la belle Virginia Mayo au milieu des ruines abandonnées, au milieu de nulle part, est l’un des moments les plus étonnants et, oui, spectaculaires, de ce film au final magnifique.

Aventure malgache (id.) – d’Alfred Hitchcock – 1944

Posté : 1 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Aventure malgache

Dans la longue série des ponts que l’on peut dresser entre les filmographies de Fritz Lang et d’Alfred Hitchcock, il y en a que j’avais complètement oublié : tous les deux ont tourné des films en langue française. Pas tout à fait dans le même contexte, certes, mais quand même. Pour Lang, c’était après son départ d’Allemagne et avant son arrivée à Hollywood. Pour Hitchcock, cela s’est passé au bercail (en Angleterre, donc), dans le cadre de sa participation à l’effort de guerre.

L’engagement d’Hitchcock est moins spectaculaire que celui de Capra ou de Ford, pierres angulaires de la machine de guerre hollywoodienne. Mais entre Lifeboat et Spellbound, l’homme a tout de même consacré une année à participer de plus ou moins près à la réalisation de documentaires, et de deux courts films de propagande : Aventure malgache et Bon voyage, deux courts métrages produits par le ministère de l’information britannique.

Leur principale particularité est de mettre en scène des comédiens français réfugiés à Londres. Dans Aventure malgache, il est évidemment question de mettre en valeur l’esprit héroïque français. L’esprit colonial aussi, en l’occurrence, mais c’est une question que Hitchcock n’aborde pas frontalement. Ce n’était juste pas le sujet, ni le bon timing, dirons-nous. Le cinéaste profite plutôt de son histoire pour rendre également hommage à ces comédiens français à Londres, qui sont à la fois les interprètes et les héros de son film.

La construction est plutôt habite : dans les coulisses d’un théâtre londonien, vers 1944, un comédien, avocat dans le « civil », raconte à ses compagnons une histoire dont il a été le témoin et le principal personnage en 1940, histoire qui se dévoile sous nos yeux lors de longs flash-backs. Et c’est rythmé et bien foutu, à défaut d’être génial.

Hitchcock fait de l’affrontement entre le résistant Clarusse et le Vichyste Michel un face-à-face plus truculent que réellement inquiétant : dans un film de propagande, il ne s’agit pas de trop mettre l’accent sur les dangers et la mort qui menace. D’où l’impression d’assister à une représentation, plutôt qu’à un drame ancré dans le réel.

Mais le film aborde aussi un thème un peu plus original : celui du « moindre mal » que représenterait un débarquement anglais. En gros, les colons préfèrent être à genoux devant l’Angleterre que sous le joug des Allemands ou des Japonais. Bien sûr, les dernières images, destinées à booster le moral des Français, vient balayer ces craintes. En revanche, pas un mot sur les Malgaches eux-mêmes, observateurs bien sages et bien effacés.

La Maison de la 92e rue (The House on 92nd Street) – de Henry Hathaway – 1945

Posté : 31 octobre, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HATHAWAY Henry | Pas de commentaires »

La Maison de la 92e rue

Dans la longue série des films « tirés des archives secrètes »… du FBI en l’occurrence, présenté comme le premier et le plus grand défenseur de l’Amérique dans ce qu’elle a de plus noble. Et du monde libre en général, tant qu’on y est.

Le film est tourné avant la fin de la guerre, « et n’aurait pas pu l’être avant que la premier bombe soit lâchée sur le Japon », nous assure-t-on lors de l’introduction. Effort de guerre oblige, on n’est pas franchement dans la mesure. Loin en tout cas de l’image que le « bureau » véhiculera quelques années plus tard à peine.

Hathaway s’est plus d’une fois collé à ce genre qui revendique un aspect très documentaire, en devenant même l’un des grands spécialistes avec des classiques comme Appelez Nord 777. Sauf que La Maison de la 92e rue a une contrainte supplémentaire, en cette période de guerre : il doit être patriotique et bien mettre en valeur ces héros de l’ombre. D’où une voix off très présente et très didactique qui rend la première partie un peu pénible à force de vanter les mérites du FBI.

Hathaway s’en sort nettement mieux lorsqu’on lui lâche la bride, lorsque la voix off et les images d’archives (très présentes également au début) s’effacent enfin pour laisse l’intrigue se développer : l’histoire d’un Américain recruté par les Nazis pour aider la 5e colonne à se développer sur le sol états-uniens, et qui est en fait un agent double au service des Alliés.

Lorsque l’éloge du FBI cède la place au film de genre, Hathaway signe quelques séquences joliment tendues, notamment un final explosif mené à 100 à l’heure. Un film tardivement emballant, donc, même si la première partie ne manque pas totalement d’intérêt. L’un d’eux étant la toute première apparition du jeunôt E.G. Marshall. C’est déjà ça.

13, rue Madeleine (id.) – de Henry Hathaway – 1946

Posté : 28 octobre, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 1940-1949, CAGNEY James, HATHAWAY Henry | Pas de commentaires »

13 rue Madeleine

Tous les grands cinéastes hollywoodiens (les moins grands aussi d’ailleurs) ont participé à l’effort de guerre à leur manière, en signant toute une série de films de propagandes, films de guerre et d’espionnage très patriotiques, dont beaucoup sont aussi de belles réussites. Hathaway a joué le jeu lui aussi. Et même si la guerre est terminée lorsqu’il entame le tournage de ce 13, rue Madeleine, le film s’inscrit dans cette droite lignée.

Plutôt que de sensibiliser l’opinion publique, il s’agit plutôt ici de saluer le dévouement et le sacrifice de tous ces hommes qui se sont battus dans l’ombre pour battre l’armée nazie. Les services de renseignements américains en l’occurrence, à qui le film est explicitement dédié. Mais pas seulement : le film rend également un bel hommage aux résistants français, notamment à travers le beau personnage du maire d’un petit village interprété par Sam Jaffe.

Oui, parce que malgré la présence d’Annabelle dans le rôle d’une espionne française (logique jusque là), Hathaway ne s’embarrasse pas des problèmes de nationalité ou de langage. Français, Anglais, Allemands, Américains, tout le monde parle français, ce qui règle pas mal de problèmes, notamment lorsqu’un jeune agent qui fait ses débuts sur le terrain doit se faire passer pour un Français né et élevé à Carcassone. Où chacun a l’accent américain, bien sûr.

Cela dit, cette facilité n’est pas une rareté dans le cinéma américain d’alors… Et si elle nuit à la crédibilité de quelques séquences, elle n’enlève pas grand-chose à la force du film, qui tient autant à son scénario retors qu’à ses parti-pris esthétiques. Sur le fond d’abord, il est question d’agents doubles, de fausses informations, et d’une guerre qui se joue autant sur ce que l’on sait ou croit savoir que sur ce que l’on fait. Un jeu de dupes passionnant entre James Cagney et Richard Conte, tous deux excellents.

Et dans la forme, 13, rue Madeleine annonce les « films noirs documentaires » dont Hathaway signera quelques pépites (à commencer par Appelez Nord 777, encore avec Richard Conte). Le générique de début affiche d’ailleurs d’emblée cette volonté de coller au plus près à la réalité de ces hommes de l’ombre, en affirmant que le film a été tourné sur les lieux mêmes de l’action.

Au Havre, donc, dans ce bâtiment de la rue Madeleine qui servait de QG à la Gestapo ? Eh bien non : les séquences normandes du film ont en fait été tournées au Québec. L’aspect documentaire est en fait surtout frappant dans la première partie, très détaillée, sur l’entraînement des agents. La partie française, elle, se rapproche d’avantage du pur film de genre, efficace et réjouissant.

Notons au passage les brèves apparitions des tout jeunes E.G. Marshall et Karl Malden, tous deux dans l’un de leurs premiers films.

Les Démons de la liberté (Brute Force) – de Jules Dassin – 1947

Posté : 27 octobre, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DASSIN Jules, DE CARLO Yvonne, LANCASTER Burt | Pas de commentaires »

Les Démons de la liberté

Jules Dassin et Richard Brooks sont des humanistes. Ce qui, pour un cinéaste et un scénariste, est magnifique : leurs personnages, forcés à cohabiter dans la prison où ils purgent leurs peines, sont d’une superbe humanité. Mais ce qui a, en l’occurrence, un effet secondaire qu’il faut accepter : ils ne font pas vraiment dans la demi-mesure.

Dans cette prison où croupissent Burt Lancaster et ses potes, tous les prisonniers sont donc des braves types, victimes d’une société inhumaine tout juste bonne à casser les individualités. Et les salauds, ce sont les gardiens de prison, qui privent les braves types de leur liberté. Un postulat que l’on retrouvera dans d’innombrables films de prison, créant même un sous-genre sur ce modèle quasi-immuable.

C’est d’ailleurs frappant de voir à quel point Les Démons de la Liberté a influencé très directement quelques classiques du genre, à commencer par L’Evadé d’Alcatraz, dont quelques séquences semblent sortir directement du film de Dassin. Et puis on n’en veut pas trop à Dassin d’être à ce point manichéen : son méchant gardien en chef est interprété par Hume Cronyn, qui n’a pas forcément le physique de l’emploi, et qui est formidable.

Formidable aussi : Burt Lancaster, tout en colère retenue, sorte de liant entre tous ces personnages hantés par leur passé. Le film est bourré de belles idées, notamment cette photo de femme qui semble irréelle, et qui représente, pour les prisonniers, une sorte de porte d’entrée vers leurs propres souvenirs « de l’extérieur », tous liés à des femmes forcément.

Ce qui donne une série de courts flash-backs dans lesquels apparaissent ces femmes (parmi lesquelles Yvonne De Carlo, décidément magnifique), toutes très émouvantes, qui habitent l’ensemble du film malgré la brièveté de leurs apparitions. C’est d’ailleurs l’une des forces du film : la capacité de Dassin à rendre marquant le moindre rôle, parfois grâce à un simple détail (ce prisonnier qui passe son temps à chanter par exemple).

Visuellement, c’est magnifique, tout en cadrages dynamiques et dans un superbe noir et blanc. Mais c’est surtout la dureté du don qui marque les esprits. La brutalité des matons bien sûr, mais pas seulement. Parce que le manichéisme affiché n’empêche pas tout : chez les prisonniers, il y a des traîtres, des mouchards, ou simplement des hommes moins courageux que d’autres. Et le soupçon finit par se répandre. Le film est sorti en 1947, alors que la Chasse aux sorcières s’installait à Hollywood. Sans doute pas anodin.

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