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Archive pour la catégorie '1940-1949'

Le Poison (The Lost Week-End) – de Billy Wilder – 1945

Posté : 10 novembre, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Le Poison

Billy Wilder sort de Double Indemnity lorsqu’il signe ce Poison, et l’impact du film noir est encore bien palpable. Il n’est pas question de crime, ni de femme fatale, bien au contraire : le « héros » est un malade, pas un criminel, et le personnage féminin, passé le doute initial (et fugace), est l’incarnation même de la bienveillance. Mais Wilder utilise les codes du film noir, pour le portrait de cet homme rongé par l’alcoolisme.

Ray Milland (qui n’a pas volé son Oscar, tant son incarnation est intense) dissimule ses bouteilles comme s’il cachait l’arme d’un crime. Le même Ray Milland qui subtilise un sac à main pour dérober un billet qui lui permettra de se précipiter au bar. Ou redoublant d’inventivité pour tromper son entourage, toujours pour se saouler… Milland est constamment filmé comme un anti-héros de Noir.

Un personnage magnifique et pathétique, filmé avec simplicité et sensibilité. Le Poison est d’ailleurs l’un des films les plus simples, les plus dépouillés de Wilder. Les flash-backs éclairent le parcours du personnage, mais leur courte durée, et manière dont le cinéaste les amène, font que ces flash-backs ne rompent jamais le mouvement resserré du film, ce simple week-end de descente aux enfers.

Bref, c’est une merveille, aux antipodes des séries B (C ? D ?… Z ?) qu’on tournait à la chaîne dans les années 30 pour combattre le fléau de l’alcool, avec une grandiloquence souvent ridicule. Wilder, mine de rien, ne satanise pas, pas plus qu’il ne juge. Il signe simplement le portrait d’un homme, rongé par son addiction, mal dans sa peau et dans sa vie. Magnifique dans l’échec.

Boomerang ! (id.) – d’Elia Kazan – 1947

Posté : 8 novembre, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, KAZAN Elia | Pas de commentaires »

Boomerang

Le meurtre en pleine rue d’un prêtre réputé pour sa bonté, un coupable tout désigné, un procureur ambitieux, une opinion publique qui s’impatiente, une affaire qui devient politique… Elia Kazan s’empare du « film tiré des archives de… », ce sous-genre du polar des années 40 qui revenait sur des faits divers marquants pour mieux dire (souvent avec réussite) le rôle joué par les grandes institutions américaines.

Sauf qu’aucune institution ne sort vraiment grandi de ce film-enquête qui est surtout l’occasion pour Kazan de porter un regard d’une remarquable acuité, à la fois sur la presse tiraillée entre la déontologie journalistique et les intérêts de patrons peu scrupuleux, sur la population plus ou moins perméable aux infos, et sur le système judiciaire et ses interactions avec la sphère politique.

Avec ce film de genre, Kazan dénonce les affres de la société, mais aussi les tourments intérieurs de personnages jamais d’un seul bloc. Dana Andrews est impérial dans le rôle du procureur, doutant et s’interrogeant, tiraillé entre les difficultés de ce qu’il croit juste, et les facilités de tous les renoncements. Une nouvelle preuve éclatante de la grandeur de cet acteur trop souvent oublié parce qu’il semble ne rien faire.

Il est formidable, notamment dans ses face-à-face avec Lee J. Cobb, flic dont l’intégrité et les certitudes seront elles aussi ébranlées. Ces face-à-face sont fascinants, parce que les deux acteurs ont des styles qui paraissent irréconciliables : Andrews tout en intériorité, Cobb cabotinant avec une outrance toujours maîtrisée. Toujours formidable. Et entre eux deux se tisse une amitié contrariée, et une complémentarité, qui font beaucoup pour le film.

Ajoutons à ce beau casting Ed Begley en politicard pourri, Marl Malden dans un petit rôle de flic (non crédité), et Arthur Kennedy en coupable désigné. Film noir, film de procès, film social… Boomerang ! annonce les chefs d’œuvre à venir de Kazan.

Premier rendez-vous – de Henri Decoin – 1941

Posté : 3 novembre, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, DECOIN Henri | Pas de commentaires »

Premier rendez-vous

Après le beau Battement de cœur, Danielle Darrieux retrouve Henri Decoin, dont elle venait de se séparer, et cette fois sous la bannière de la Continental. Le film n’en est pas moins léger, drôle et irrésistible. C’est même, une nouvelle fois, l’une des grandes réussites de la comédie française. Une comédie pleine de charme et d’esprit, digne du cinéma de Lubitsch ou de celui de La Cava.

C’est aussi dans ce film, bien sûr, que Danielle Darrieux interprète « Le premier rendez-vous », l’une de ses plus belles chansons, superbe hymne amoureux qu’elle chante en deux temps : d’abord dans une version classique et séduisante, puis avec un swing très américain qui aurait été sans doute impossible quelques mois plus tard, après l’entrée en guerre des Etats-Unis.

La chanson est d’autant plus importante qu’elle évoque un premier rendez-vous qui, au fond, n’arrive jamais vraiment. Pas comme la jeune orpheline qu’interprète Danielle Darrieux l’imagine en tout cas, elle qui croit rencontrer un prince charmant en répondant à la petite annonce d’un mystérieux inconnu, et qui croise la route d’un homme de lettre brillant, mais vieillissant et pas très beau.

Ce dernier (Fernand Ledoux) affirme être l’ami de celui qui a vraiment correspondu avec la jeune femme (Louis Jourdan). Il n’y a bien qu’elle pour le croire, et pour ne pas comprendre très vite qu’on est dans une sorte de variation sur le thème de Cyrano de Bergerac. En plus contemporain et en plus léger. Et en remplaçant le contexte guerrier d’Edmond Rostand par celui plus innocent d’un collège de fils de riches (parmi lesquels un tout jeune Daniel Gélin).

Le rythme est enlevé, il n’est pas linéaire pour autant. Comme dans Battement de cœur déjà, Henri Decoin s’amuse à jouer sur les émotions du spectateur, n’hésitant pas à faire basculer son récit dans un semblant de film noir : l’arrivée de la jeune femme dans l’appartement de l’homme qu’elle vient de rencontrer distille ainsi une angoisse sourde, l’air égaré de Fernand Ledoux renforçant l’atmosphère soudain trouble.

Il y a d’ailleurs quelque chose d’étrangement hitchcockien dans cette comédie de Decoin. Une impression qui repose peut-être sur l’utilisation des maquettes pour les plans généraux (typiques de la période anglaise du Sir), ou plus généralement sur sa manière de filmer les intérieurs. En tout cas, une esthétique très soignée et très maîtrisée, qui rend grâce au talent des comédiens.

Une mention, d’ailleurs, à Jean Tissier, second rôle parfois un rien agaçant dans son éternel numéro de poseur volubile, qui trouve ici l’un de ses meilleurs rôles, irrésistible et touchant dans son rôle de vieux professeur dragueur et pas si léger qu’il n’en a l’air.

Primrose Path (id.) – de Gregory La Cava – 1940

Posté : 30 octobre, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, LA CAVA Gregory | Pas de commentaires »

Primrose Path

Le générique annonce la couleur, ou plutôt le son : cette musique lyrique et romanesque, ces envolées grandioses… C’est sûr, Primrose Path lorgne du côté d’Autant en emporte le vent, sorti quelques mois plus tôt. Sauf que pas du tout : ce curieux début est totalement trompeur. Qu’il soit imposé par les producteurs, ou une facétie suggérée par Gregory La Cava, ce générique annonce tout sauf ce qu’est vraiment le film : l’une de ces comédies bienveillantes dont le cinéaste a le secret.

Tout ça finit très bien : on le sent, on le sait, dès la rencontre entre Ginger Rogers et Joel McCrea. Il y a une telle fraîcheur, dans la manière dont le cinéaste filme le couple, une telle passion innocente, que rien de vraiment grave ne peut se produire entre ces deux-là.

Pourtant, le film fait plus que flirter avec le drame : le personnage du père alcoolique, ce mensonge par omission qui produit des quiproquos de plus en plus profonds, ou le contexte de misère particulièrement sordide…

Mais même dans ce contexte, on trouve un personnage aussi surprenant et loin des clichés que la mère, sans doute une escort qui vend ses charmes vieillissants pour nourrir sa famille, mais qui se révèle contre toute attente une femme bonne et une mère aimante. Un vrai beau personnage, qui donne une profondeur inattendue à ce film. Comme, à sa manière, Henry Travers, en ange gardien bienveillant (un rôle qu’il retrouvera, littéralement cette fois, dans La Vie est belle).

Il y a aussi, et surtout, le très joli couple formé par Joel McCrea (toujours impeccable) et Ginger Rogers, décidément magnifique actrice, aussi touchante lorsqu’elle est fragilisée que lorsqu’elle vit un bonheur totalement insouciant. Un vrai bonheur.

Le Bagarreur du Kentucky (The Fighting Kentuckian) – de George Waggner – 1949

Posté : 13 octobre, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, LAUREL et HARDY, WAGGNER George, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Bagarreur du Kentucky

Voilà un duo qui m’avait totalement échappé jusqu’à présent. Quoi, John Wayne a tourné un western avec Oliver Hardy ? Oui, celui-là même du tandem le plus drôle de l’histoire du cinéma. Et mieux : ces deux-là forment pour l’occasion un vrai duo, qui joue à fond sur l’opposition de leurs styles et de leurs personnalités. Deux questions très profondes se posent à moi. La première : mais comment une telle association, même très éphémère, a-t-elle pu m’échapper ? La seconde : mais pourquoi ?

Rien d’évident, quand même, à associer deux des silhouettes les plus mémorables du 7e art. Certes, aucun des deux n’est au sommet de sa carrière, mais quand même… John Wayne n’est pas encore tout à fait un mythe, et Oliver Hardy est en fin de carrière : il n’a plus rien tourné depuis quatre ans, et ne reformera son inoubliable duo avec Stan Laurel qu’une ultime fois, en 1951 (pour Atoll K, qu’ils viendront tourner en France). Mais drôle d’idée, vraiment.

Pour associer ces deux-là, il fallait une vraie direction, un vrai projet, plus abouti que simplement celui de placer ces deux personnages si forts côte à côte et de voir ce qui se passe. Et c’est bien l’impression qui se dégage le plus souvent, hélas. On l’aime bien, Hardy, et il y a une sorte d’excitation à l’idée de voir ce que cette association peut donner. Mais George Waggner ne sait visiblement pas quoi faire de la star comique, se contentant de le laisser faire son truc dans son coin, comme s’il s’attendait à voir débouler Laurel.

Ancien acteur (il a joué Buffalo Bill dans Le Cheval de fer, le monument de John Ford), ancien scénariste (il a écrit Les Ecumeurs de la mer et Chasseurs d’images pour John Wayne), George Waggner est un réalisateur discutable. Il y a de bonnes choses dans son film : de belles images pour commencer, ce qui n’est quand même pas rien. Waggner connaît son métier, et réussit quelques scènes mémorables (la mort de Beau notamment, le personnage interprété par Paul Fix, second rôle qu’on a toujours plaisir à retrouver).

On peut aussi souligner la voix off originale et quelques détails charmants qui donnent à ce western un ton relativement léger inattendu. Et un contexte original, avec la présence de soldats napoléoniens qui ont trouvé refuge en Amérique après Waterloo et la disgrâce de l’empereur. Mais il y a aussi pas mal de problèmes : un ton mal maîtrisé, un scénario très confus et franchement improbable, construit autour de la marche d’anciens soldats retournant vers leur Kentucky…

Un détail, aussi, qui gâche constamment le plaisir que l’on pourrait prendre : le son, d’une « propreté » déstabilisante. Un homme alpague la foule au milieu du brouhaha, et on a l’impression qu’il utilise un porte-voix. Les hommes du Kentucky marchent en chantant des chansons d’amitié virile, et la musique semble extérieure à la scène. Gênant.

Gênante aussi : la présence de Vera Ralston, actrice agaçante et à peu près mille fois moins charismatiques que le moindre second rôle (dont Marie Windsor qui, même mal servie, dévore l’écran). Un problème récurrent pour cette protégée (et épouse) de Herbert J. Yates, le patron de la Republic Pictures, que l’on avait déjà vue au côté de John Wayne dans La Femme du pionnier. Wayne qui, lui, est impeccable. Comme toujours.

L’Inspiratrice magnifique ou L’Impératrice magnifique (Magnificent Doll) – de Frank Borzage – 1946

Posté : 12 octobre, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

L'inspiratrice magnifique

Après la guerre d’indépendance américaine, une jeune femme de grande famille se voit contrainte d’épouser un homme qu’elle n’aime pas. Devenue veuve, elle sera convoitée par deux hommes. L’un deviendra président des Etats-Unis, l’autre un traître qui cherchera à créer le chaos pour régner sur l’Amérique… Oui, c’est too much, surtout pour un film qui n’excède pas 1h30. Sauf que ce too much là est inspiré par des faits authentiques, et que c’est le destin de Dolly Payne, qui deviendra Dolly Madison, l’épouse du 4e président, que raconte Borzage.

Certes, le cinéaste s’autorise autant de libertés que lorsqu’il filmait le destin contrarié de la belle-sœur de Napoléon dans Betsy, 10 ans plus tôt. Mais quand même, les grandes lignes sont à peu près authentiques, et ce n’est pas un, mais trois destins hors du commun que le film raconte. Oui, c’est trop. Et sans doute le film aurait-il gagné en cohérence en se concentrant sur un seul des personnages. Parce que oui, cette grande fresque historique et romantique trop ramassée manque un peu de cohérence. Pas de grands moments magiques comme Borzage en a le secret, cela dit…

Toute la première partie du film est ainsi absolument magnifique, et aurait mérité à elle seule un long métrage. Ginger Rogers y est remarquable en jeune femme trop innocente mariée contre son gré, et incapable de prendre de la distance avec ses images toutes faites de vie romantique, au point de passer à côté du grand amour. Borzage y est à son meilleur lorsqu’il filme le quotidien de ce couple qui a tout pour être heureux, si ce n’est cet aveuglement de la jeunesse que l’actrice incarne avec subtilité. Et il y a un souffle tragique bouleversant à la conclusion de cette première partie.

Le problème est que ce premier tiers semble totalement indépendant de la suite, qui ne manque cela dit pas non plus d’intérêt. Le film est alors inégal, avec quelques baisses de rythmes que l’on ne trouvait jamais à la grande époque de Borzage. Et Burgess Meredith reste un peu en retrait dans le rôle du futur président Madison, face à son rival joué par David Niven, au jeu plus spectaculaire. Mais Borzage réussit quelques très belles scènes lyriques (le dîner politique dans la pension par exemple), et Ginger Rogers est décidément une très belle actrice.

Ces deux constats sont particulièrement frappants lors de la grande scène finale, beau discours démocratique de la belle face à une foule très remontée, le genre de grande déclaration que l’on pourrait trouver dans un film de Capra. Mais la beauté, chez Borzage, tient moins aux discours qu’aux petits échanges entre les personnages. Et ce qui bouleverse dans cette dernière scène, ce n’est pas ce que dit Ginger Rogers, mais ce mouvement du corps qui la place face à l’homme de sa vie, et à ce regard qu’ils échangent et qui vous colle les larmes aux yeux. Là, c’est du grand Borzage…

L’Entraîneuse fatale (Manpower) – de Raoul Walsh – 1941

Posté : 22 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BOND Ward, DIETRICH Marlene, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

L'Entraîneuse fatale

Entre deux monuments incontournables (cette année-là, il signe aussi High Sierra, Strawberry Blonde et La Charge fantastique, bilan aussi impressionnant que celui de Ford en 1939), Walsh tourne ce Manpower qui ne manque pas d’intérêt non plus. Sans atteindre les sommets des trois autres, Walsh signe un film admirablement tenu, et d’une grande richesse.

A vrai dire, il y a même trois ou quatre films là-dedans. Un côté comédie entre hommes, avec ce groupe d’ouvriers chargés de réparer les lignes à haute tension, qui passe leur temps à se lancer des vannes, à s’engueuler et à se rabibocher. Un boulot très dangereux d’ailleurs, que nos bonshommes doivent le plus souvent réaliser dans des conditions extrêmes (pluie, orage, vent), et qui donne lieu à quelques scènes particulièrement spectaculaires, auxquelles Walsh donne un mélange de tension et de légèreté très réussi.

Et quel casting dans ce groupe d’hommes : autour de George Raft et Edward G. Robinson, on trouve Ward Bond, Alan Hale et quelques autres gueules qu’on aime bien, et qui s’amusent visiblement beaucoup à donner de la vie à leurs personnages, dans des moments d’amitié virile comme ce bon Raoul Walsh en a le secret. Du pur plaisir…

Mais cette légèreté apparente est constamment baignée dans une étrange atmosphère qui semble annoncer les drames à venir, et qui ne manquent pas. La gravité d’un ouvrier vieillissant qui pressent la tragédie en marche, ces rapports tendus avec une fille qu’il a délaissée et qu’il a retrouvée alors qu’elle était en prison, le quotidien de cette jeune femme obligée de jouer l’entraîneuse dans un bar mal fréquenté pour simplement vivre.

Cette jeune femme, c’est Marlene Dietrich, qui a de nouveau l’occasion de chanter (passage quasi-obligé pur elle), et qui excelle à faire de son personnage une fausse dure qui cherche à dissimuler ses fêlures et sa sensibilité derrière des abords revêches que ce couillon cynique de George Raft est bien le seul à prendre au sérieux. Mais malgré toutes les bonnes intentions de la belle, on sent vite que c’est le drame qu’elle va apporter dans cette petite équipe soudée, entre le couillon cynique et son pote Robinson, parfait dans son rôle de couillon naïf.

Entre le rire franc et la tragédie pure, Walsh joue un peu aux montagnes russes avec ce film. Mais le résultat, intense et réjouissant, ne laisse aucune place à la tiédeur ou à la facilité. Du pur plaisir, vraiment.

La Maison de la peur / Sherlock Holmes et la maison de la peur (House of Fear) – de Roy William Neill – 1945

Posté : 17 juillet, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, NEILL Roy William, Sherlock Holmes | Pas de commentaires »

La Maison de la peur

Dans la très longue série des Sherlock Holmes interprétée par Basil Rathbone et Nigel Bruce, celui-ci est une chouette réussite, un hommage original et savoureux aux films d’épouvante de la première heure (The Cat and the Canary en tête), et aux traditionnelles maisons hantées.

La Maison de la peur est aussi construit comme un clin d’œil aux fameux 10 petits nègres, dont il reprend la dramaturgie, dès la séquence d’ouverture particulièrement réussie, toute en voix off : une belle manière d’introduire en même temps le décor, les personnages, le mystère, et Holmes lui-même.

Le détective et son fidèle compagnon Watson arrivent donc dans une grande demeure où se réunissent les sept membres d’un club de vieux camarades, qui meurent mystérieusement les uns après les autres, le criminel ne laissant que des cadavres méconnaissables… et des pépins d’orange.

Le film a les défauts et les qualités de cette longue série : un rythme impeccable et une intrigue resserrée, le flegme réjouissant de Rathbnone, et le cabotinage de Nigel Bruce qui peut être agaçant mais se révèle ici très pertinent, parce qu’il est un contrepoint parfait à une atmosphère plutôt angoissante.

Il y a là quelques séquences inhabituelles de pure trouille, que Roy William Neill (réalisateur attitré de la saga) confronte à une pointe d’humour avec bonheur : en particulier lors de cette séquence nocturne très flippante durant laquelle Watson tente de garder bonne figure, où lorsqu’il se met à parler à une chouette…

Dixième des quatorze films de la série, et clairement l’une des meilleures réussites.

L’Etang tragique (Swamp Water) – de Jean Renoir – 1941

Posté : 11 juillet, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BOND Ward, CARRADINE John, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

L'Etang tragique

Il y a des réalisateurs français qui ont su s’adapter aussi bien, voire mieux que les Américains eux-même, au cinéma américain. Jean Renoir est de ceux-là, qui réussit dès son premier film en exil un grand film hollywoodien, maîtrisant d’emblée les codes, le langage, et l’atmosphère de son éphémère terre d’accueil.

L’Etang tragique n’est sans doute pas au niveau de La Bête humaine, ou de La Grande Illusion. Il n’empêche : c’est une vraie réussite, à la fois personnelle dans la manière qu’à Renoir de filmer l’homme dans son environnement, et très américain dans son utilisation des décors, dans le rythme qu’il donne au film, ou dans sa manière de filmer quelques-unes des gueules les plus passionnantes du cinéma américain de l’époque.

Walter Brennan, Walter Huston, Ward Bond, John Carradine, Eugene Pallette, Guinn Williams… Le casting du film ressemble à une liste quasi-complète des meilleurs seconds rôles hollywoodiens (tous bien servis qui plus est). S’ajoutent Anne Baxter en charmante sauvageonne, et Dana Andrews, décidément très grand, absolument formidable dans son rôle de jeune homme à peine entré dans l’âge adulte confronté pour la première fois à l’hostilité du monde.

Surtout, Renoir séduit dans sa manière d’utiliser ses incroyables décors naturels : les marais de Georgie, infestés d’alligators, de serpents et de moustiques. Ces marais hostiles tellement américains, Renoir les filme comme personne avant lui, et comme presque personne après lui : Nicholas Ray dans les Everglades peut-être (La Forêt interdite), ou Bertrand Tavernier, encore un Français, en Louisiane (Dans la brume électrique). A la rigueur Raoul Walsh dans les Everglades aussi (Les Aventures du Capitaine Wyatt).

Renoir, lui, associe assez génialement des images tournées en décors réels et d’autres filmées en studio. Sans doute moins réaliste visuellement que le Ray, son film réussit pourtant sans peine à faire ressentir le danger, la moiteur, et l’immensité désolée de ce décor hors du commun, ne serait-ce qu’à travers le visage suant de Walter Brennan, banni de la société qui vit là, seul, depuis des années, condamné à fuir les hommes qui l’ont condamné à mort.

Beau film noir, à la fois classique par son intrigue, tirée par les cheveux par son dénouement, mais puissant et passionnant du début à la fin. Aux Etats-Unis comme en France, Renoir filme les passions humaines, les soubresauts d’une micro-société. Avec ces décors-là, et avec ces acteurs-là, c’est du pur plaisir.

Le Voleur de bicyclette (Ladri di biciclette) – de Vittorio De Sica – 1948

Posté : 11 juin, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, DE SICA Vittorio | Pas de commentaires »

Le Voleur de bicyclette

Le regard de ce gosse… Bon sang, le regard de ce gosse ! C’est en miettes que l’on sort de ce film pourtant très pudique. Essoré, désespéré, révolté, et pour tout dire bouleversé. Dans ce grand film, sommet du néoréalisme italien, Vittorio De Sica réussit un pari improbable : faire d’un simple vélo le symbole d’une société qui va mal.

Ce vélo, qu’Antonio n’a pu sortir du Monts de Piété qu’en mettant au clou les draps familiaux, il en a un besoin absolu pour conserver ce job de colleur d’affiches qu’il a enfin trouvé après deux ans de chômage. Sans lui, c’est le retour à la misère, l’assurance de mourir de faim, sans perspective ni pour lui, ni pour sa femme, ni pour ce fils qui le regarde avec les yeux confiants de celui qui sait que son père ne peut pas échouer, quoi qu’il fasse.

Sauf que ce vélo, Antonio se le fait voler. Et que c’est tout son monde qui s’écroule, tout ce que la vie était sur le point de lui apporter. Alors il court à travers la ville, cette Rome si pleine de misères, de laideurs, de privations… et de vélos. Il erre dans la ville, flanqué de son fils aux grands yeux pleins d’amour. Ces grands yeux dans lesquels il finira par voir sa propre honte.

Ce qui frappe d’emblée dans le film, ce sont les décors, tristes, gris et lumineux à la fois. Et la manière dont De Sica les filme, dans un noir et blanc superbe qui baigne ce récit hyper réaliste d’une sorte de poésie envoûtante. Ce qui frappe ensuite, c’est la tension que le cinéaste crée autour de ce vélo, dont on devine très vite qu’il va disparaître. Alors il le place dans un coin du cadre, puis le cache, puis le filme de nouveau. Et c’est un suspense digne d’un film noir qui naît…

Mais on n’est pas dans le film noir (encore que…). On est dans la chronique sociale d’une Italie rongée par la pauvreté et le chômage. Lamberto Maggiorani, magnifique dans le rôle de ce père qui se bat pour sauver ses espoirs et sa dignité, est un peu le symbole de cette société, comme Henry Fonda est devenu celui de la Grande Dépression avec Les Raisins de la colère.

Le duo qu’il forme avec son fils de cinéma, joué par le tout jeune Enzo Staiola, évoque furieusement celui que formaient Chaplin et Jackie Coogan dans Le Kid. Dans les deux cas, père et fils sont liés face à l’adversité, et ont une relation quasi fusionnelle. Mais il y a ici, chez le père, des fragilités, des angoisses, et cette conscience que, contrairement au cinéma, tout ne s’arrange pas dans la vraie vie. Et ce regard, superbe et terrible.

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