Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie '1940-1949'

L’Entraîneuse fatale (Manpower) – de Raoul Walsh – 1941

Posté : 22 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BOND Ward, DIETRICH Marlene, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

L'Entraîneuse fatale

Entre deux monuments incontournables (cette année-là, il signe aussi High Sierra, Strawberry Blonde et La Charge fantastique, bilan aussi impressionnant que celui de Ford en 1939), Walsh tourne ce Manpower qui ne manque pas d’intérêt non plus. Sans atteindre les sommets des trois autres, Walsh signe un film admirablement tenu, et d’une grande richesse.

A vrai dire, il y a même trois ou quatre films là-dedans. Un côté comédie entre hommes, avec ce groupe d’ouvriers chargés de réparer les lignes à haute tension, qui passe leur temps à se lancer des vannes, à s’engueuler et à se rabibocher. Un boulot très dangereux d’ailleurs, que nos bonshommes doivent le plus souvent réaliser dans des conditions extrêmes (pluie, orage, vent), et qui donne lieu à quelques scènes particulièrement spectaculaires, auxquelles Walsh donne un mélange de tension et de légèreté très réussi.

Et quel casting dans ce groupe d’hommes : autour de George Raft et Edward G. Robinson, on trouve Ward Bond, Alan Hale et quelques autres gueules qu’on aime bien, et qui s’amusent visiblement beaucoup à donner de la vie à leurs personnages, dans des moments d’amitié virile comme ce bon Raoul Walsh en a le secret. Du pur plaisir…

Mais cette légèreté apparente est constamment baignée dans une étrange atmosphère qui semble annoncer les drames à venir, et qui ne manquent pas. La gravité d’un ouvrier vieillissant qui pressent la tragédie en marche, ces rapports tendus avec une fille qu’il a délaissée et qu’il a retrouvée alors qu’elle était en prison, le quotidien de cette jeune femme obligée de jouer l’entraîneuse dans un bar mal fréquenté pour simplement vivre.

Cette jeune femme, c’est Marlene Dietrich, qui a de nouveau l’occasion de chanter (passage quasi-obligé pur elle), et qui excelle à faire de son personnage une fausse dure qui cherche à dissimuler ses fêlures et sa sensibilité derrière des abords revêches que ce couillon cynique de George Raft est bien le seul à prendre au sérieux. Mais malgré toutes les bonnes intentions de la belle, on sent vite que c’est le drame qu’elle va apporter dans cette petite équipe soudée, entre le couillon cynique et son pote Robinson, parfait dans son rôle de couillon naïf.

Entre le rire franc et la tragédie pure, Walsh joue un peu aux montagnes russes avec ce film. Mais le résultat, intense et réjouissant, ne laisse aucune place à la tiédeur ou à la facilité. Du pur plaisir, vraiment.

La Maison de la peur / Sherlock Holmes et la maison de la peur (House of Fear) – de Roy William Neill – 1945

Posté : 17 juillet, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, NEILL Roy William, Sherlock Holmes | Pas de commentaires »

La Maison de la peur

Dans la très longue série des Sherlock Holmes interprétée par Basil Rathbone et Nigel Bruce, celui-ci est une chouette réussite, un hommage original et savoureux aux films d’épouvante de la première heure (The Cat and the Canary en tête), et aux traditionnelles maisons hantées.

La Maison de la peur est aussi construit comme un clin d’œil aux fameux 10 petits nègres, dont il reprend la dramaturgie, dès la séquence d’ouverture particulièrement réussie, toute en voix off : une belle manière d’introduire en même temps le décor, les personnages, le mystère, et Holmes lui-même.

Le détective et son fidèle compagnon Watson arrivent donc dans une grande demeure où se réunissent les sept membres d’un club de vieux camarades, qui meurent mystérieusement les uns après les autres, le criminel ne laissant que des cadavres méconnaissables… et des pépins d’orange.

Le film a les défauts et les qualités de cette longue série : un rythme impeccable et une intrigue resserrée, le flegme réjouissant de Rathbnone, et le cabotinage de Nigel Bruce qui peut être agaçant mais se révèle ici très pertinent, parce qu’il est un contrepoint parfait à une atmosphère plutôt angoissante.

Il y a là quelques séquences inhabituelles de pure trouille, que Roy William Neill (réalisateur attitré de la saga) confronte à une pointe d’humour avec bonheur : en particulier lors de cette séquence nocturne très flippante durant laquelle Watson tente de garder bonne figure, où lorsqu’il se met à parler à une chouette…

Dixième des quatorze films de la série, et clairement l’une des meilleures réussites.

L’Etang tragique (Swamp Water) – de Jean Renoir – 1941

Posté : 11 juillet, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BOND Ward, CARRADINE John, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

L'Etang tragique

Il y a des réalisateurs français qui ont su s’adapter aussi bien, voire mieux que les Américains eux-même, au cinéma américain. Jean Renoir est de ceux-là, qui réussit dès son premier film en exil un grand film hollywoodien, maîtrisant d’emblée les codes, le langage, et l’atmosphère de son éphémère terre d’accueil.

L’Etang tragique n’est sans doute pas au niveau de La Bête humaine, ou de La Grande Illusion. Il n’empêche : c’est une vraie réussite, à la fois personnelle dans la manière qu’à Renoir de filmer l’homme dans son environnement, et très américain dans son utilisation des décors, dans le rythme qu’il donne au film, ou dans sa manière de filmer quelques-unes des gueules les plus passionnantes du cinéma américain de l’époque.

Walter Brennan, Walter Huston, Ward Bond, John Carradine, Eugene Pallette, Guinn Williams… Le casting du film ressemble à une liste quasi-complète des meilleurs seconds rôles hollywoodiens (tous bien servis qui plus est). S’ajoutent Anne Baxter en charmante sauvageonne, et Dana Andrews, décidément très grand, absolument formidable dans son rôle de jeune homme à peine entré dans l’âge adulte confronté pour la première fois à l’hostilité du monde.

Surtout, Renoir séduit dans sa manière d’utiliser ses incroyables décors naturels : les marais de Georgie, infestés d’alligators, de serpents et de moustiques. Ces marais hostiles tellement américains, Renoir les filme comme personne avant lui, et comme presque personne après lui : Nicholas Ray dans les Everglades peut-être (La Forêt interdite), ou Bertrand Tavernier, encore un Français, en Louisiane (Dans la brume électrique). A la rigueur Raoul Walsh dans les Everglades aussi (Les Aventures du Capitaine Wyatt).

Renoir, lui, associe assez génialement des images tournées en décors réels et d’autres filmées en studio. Sans doute moins réaliste visuellement que le Ray, son film réussit pourtant sans peine à faire ressentir le danger, la moiteur, et l’immensité désolée de ce décor hors du commun, ne serait-ce qu’à travers le visage suant de Walter Brennan, banni de la société qui vit là, seul, depuis des années, condamné à fuir les hommes qui l’ont condamné à mort.

Beau film noir, à la fois classique par son intrigue, tirée par les cheveux par son dénouement, mais puissant et passionnant du début à la fin. Aux Etats-Unis comme en France, Renoir filme les passions humaines, les soubresauts d’une micro-société. Avec ces décors-là, et avec ces acteurs-là, c’est du pur plaisir.

Le Voleur de bicyclette (Ladri di biciclette) – de Vittorio De Sica – 1948

Posté : 11 juin, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, DE SICA Vittorio | Pas de commentaires »

Le Voleur de bicyclette

Le regard de ce gosse… Bon sang, le regard de ce gosse ! C’est en miettes que l’on sort de ce film pourtant très pudique. Essoré, désespéré, révolté, et pour tout dire bouleversé. Dans ce grand film, sommet du néoréalisme italien, Vittorio De Sica réussit un pari improbable : faire d’un simple vélo le symbole d’une société qui va mal.

Ce vélo, qu’Antonio n’a pu sortir du Monts de Piété qu’en mettant au clou les draps familiaux, il en a un besoin absolu pour conserver ce job de colleur d’affiches qu’il a enfin trouvé après deux ans de chômage. Sans lui, c’est le retour à la misère, l’assurance de mourir de faim, sans perspective ni pour lui, ni pour sa femme, ni pour ce fils qui le regarde avec les yeux confiants de celui qui sait que son père ne peut pas échouer, quoi qu’il fasse.

Sauf que ce vélo, Antonio se le fait voler. Et que c’est tout son monde qui s’écroule, tout ce que la vie était sur le point de lui apporter. Alors il court à travers la ville, cette Rome si pleine de misères, de laideurs, de privations… et de vélos. Il erre dans la ville, flanqué de son fils aux grands yeux pleins d’amour. Ces grands yeux dans lesquels il finira par voir sa propre honte.

Ce qui frappe d’emblée dans le film, ce sont les décors, tristes, gris et lumineux à la fois. Et la manière dont De Sica les filme, dans un noir et blanc superbe qui baigne ce récit hyper réaliste d’une sorte de poésie envoûtante. Ce qui frappe ensuite, c’est la tension que le cinéaste crée autour de ce vélo, dont on devine très vite qu’il va disparaître. Alors il le place dans un coin du cadre, puis le cache, puis le filme de nouveau. Et c’est un suspense digne d’un film noir qui naît…

Mais on n’est pas dans le film noir (encore que…). On est dans la chronique sociale d’une Italie rongée par la pauvreté et le chômage. Lamberto Maggiorani, magnifique dans le rôle de ce père qui se bat pour sauver ses espoirs et sa dignité, est un peu le symbole de cette société, comme Henry Fonda est devenu celui de la Grande Dépression avec Les Raisins de la colère.

Le duo qu’il forme avec son fils de cinéma, joué par le tout jeune Enzo Staiola, évoque furieusement celui que formaient Chaplin et Jackie Coogan dans Le Kid. Dans les deux cas, père et fils sont liés face à l’adversité, et ont une relation quasi fusionnelle. Mais il y a ici, chez le père, des fragilités, des angoisses, et cette conscience que, contrairement au cinéma, tout ne s’arrange pas dans la vraie vie. Et ce regard, superbe et terrible.

L’Emprise du crime (The Strange Love of Martha Ivers) – de Lewis Milestone – 1946

Posté : 10 juin, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DOUGLAS Kirk, MILESTONE Lewis, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

L'Emprise du crime

« Don’t look back… Don’t ever look back. » La dernière réplique résume assez bien ce très beau film noir, dans lequel la nostalgie est quelque chose de franchement cruel.

Tout commence en 1928. Martha Ivers, jeune nièce de la toute puissante maîtresse d’Iverstown (jouée par la grande Judith Anderson), ne rêve que de fuir sa prison dorée avec Sam, fils de personne. Rattrapée alors qu’elle embarquait dans un train, elle finit par tuer sa tante devant un autre ami, Walter, alors que Sam s’est enfuie. Dix-huit ans plus tard, ce dernier revient à Iverstown…

En revenant (par hasard) dans la ville de son enfance, Sam pensait simplement renouer avec des souvenirs de jeunesse. Il retrouve les amis avec lesquels il a grandi mariés, riches et puissants, mais misérablement malheureux. Elle, autoritaire et froide comme l’était sa tante. Lui, pathétique avec ses faux airs de gamins pleurnichard qui se noie dans l’alcool du matin au soir pour oublier qu’il n’est qu’une poupée entre les mains de sa femme.

Et c’est un magnifique trio d’acteurs que filme Lewis Milestone. Barbara Stanwyck, immense comme elle l’a souvent été. Van Heflin (Sam), parfait dans le rôle du brave gars, droit et intègre. Et Kirk Douglas, dans son tout premier rôle, et déjà formidable en sale type tellement pathétique qu’il en devient touchant. Plus Lizabeth Scott, également quasi-débutante, très bien en ex-taularde qui croit enfin saisir une chance d’être heureuse.

C’est avant tout un film de personnages prisonniers de leur passé. Pas Van Heflin, le seul à avoir su partir à temps. Mais ses amis d’enfance, qui vivent depuis toujours dans le décor d’un drame, prisonniers de leurs crimes et de leurs souvenirs. Lewis Milestone filme parfaitement le sentiment de gâchis de ces vies basées sur des mensonges.

Et s’il utilise les codes du film noir, s’il crée un vrai suspense et quelques moments de grande tension, son film est avant tout l’histoire d’un homme qui ne se retourne pas et qui apprend à une jeune femme paumée à en faire de même, et d’un autre couple condamné à constamment se retourner, et donc sans avenir.

Il y a là des tas de grands moments de cinéma. La rencontre entre Van Heflin et Lizabeth Scott, sur les perrons d’une maison qui l’a vu naître (lui) et qui l’a mise à la porte (elle) : c’était l’époque où les couples se formaient autour d’une cigarette, et c’était visuellement magique. Les retrouvailles entre Van Heflin et Kirk Douglas, sommet de faux-cuterie. La froideur glaçante de Barbara Stanwyck au sommet de l’escalier…

Rien à jeter en fait, dans ce film cruel et lumineux à la fois, superbe confrontation de deux couples que tout oppose, l’un des sommets de la carrière de Milestone, sans aucun doute.

Pavillon noir (The Spanish Main) – de Frank Borzage – 1945

Posté : 5 juin, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BORZAGE Frank, O'HARA Maureen | Pas de commentaires »

Pavillon noir

Une porte qui se referme et qui suggère que l’amour des deux héros, enfin, va être consommé… Un joli plan borzagien qui rappelle in extremis que c’est bel et bien le plus romantique des grands cinéastes hollywoodiens qui signe ce film de pirate. Chouette, bondissant, et bourré de rebondissements, ce film de pirate, mais clairement pas le plus personnel des Borzage. Difficile ici de trouver sa patte, d’habitude si visible.

Mais on ne boude pas son plaisir : il y a dans Pavillon noir absolument tout ce qu’on attend d’un film de pirate. A vrai dire, il y a même beaucoup de chose que l’on a déjà vu dans d’autres films de pirates. Reconnaissons que l’histoire, si passionnante soit-elle, n’est pas la plus originale qui soit. Un honnête capitaine humilié par un tyran local devient le plus redouté des pirates, et enlève la jeune femme que doit épouser son ennemi, et dont il tombe amoureux.

On se croirait dans un film d’Errol Flynn, et la comparaison n’est pas fortuite : Borzage lorgne très clairement vers les premiers succès du roi de l’aventure. L’Aigle des mers, bien sûr, mais aussi Robin des Bois, pour un duel dans un escalier qui doit beaucoup au film de Curtiz. Jeux d’ombre compris. Mais ce n’est pas Flynn : c’est Paul Henreid qui défouraille, dans une volonté d’échapper à l’image qui lui colle à la peau depuis Casablanca.

Il est très bien Henreid : plein d’énergie et avec un charme canaille qui lui va bien, même s’il reste dans l’ombre de ce que Flynn a apporté au genre, justement. Le couple qu’il forme avec Maureen O’Hara est ce qu’il y a de plus beau dans ce film. Plus que les jolies maquettes, qui sont jolies mais qui font maquettes. Plus que les scènes d’action, hyper efficaces (belles séquences d’abordage, brutales et impressionnantes).

C’est ce couple improbable qui séduit le plus, grâce à la vitalité explosive de Maureen O’Hara surtout. C’est elle qui a suggéré à la RKO de confier le film à Borzage. Son succès boostera sa carrière. Selon la petite histoire, c’est en visitant le plateau de Pavillon noir que Ford se serait décidé définitivement à refaire appel à l’actrice (qu’il avait déjà dirigée dans Qu’elle était verte ma vallée) pour L’Homme tranquille.

La Sœur de son valet (His butler’s Sister) – de Frank Borzage – 1943

Posté : 2 juin, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

La Sœur de son valet

Borzage reste dans sa veine musicale, et la première scène ne présage rien de particulièrement enthousiasmant. Dans un train, deux charmantes écervelées tapent à la porte d’un compartiment. Lorsque son occupant ouvre, elles se lancent dans un numéro chanté tout sucré et très joyeux: le voyageur, qui n’avait rien demandé, est un célèbre compositeur dont toutes les apprenties chanteuses espèrent obtenir les faveurs.

C’est Franchot Tone, loin de son rôle mémorable des Trois Camarades, mais dont la nonchalance lasse fait des merveilles dès cette première scène. De quoi espérer que la suite soit d’avantage basée sur les personnages que sur les prouesses vocales des interprètes. Elle l’est effectivement, même si le joli grain de voix de Deanna Durbin est bien mis en valeur tout au long du film.

Deanna Durbin dont l’apparition donne un soudain coup de peps au film. Dans le train toujours, la caméra la suit dans la travée centrale des wagons qu’elle traverse, tous les passagers se retournant à son passage, et le spectateur ne la voyant que de dos. Une manière pour Borzage de mettre en évidence, sans même la montrer vraiment, le charisme étincelant du personnage, ressors comique de plusieurs scènes à suivre.

Et c’est alors une réjouissante comédie romantique qui commence, avec cette histoire d’une apprentie chanteuse qui débarque chez son demi-frère qu’elle croit richissime (Pat O’Brien), mais qui se révèle être le majordome du célèbre compositeur qu’elle pensait rencontrer dans le train. Comme quoi le hasard fait bien les choses. Sauf que, bien sûr, rien ne se passera comme elle le pense.

Ces deux-là finiront-ils ensemble ? Evidemment oui, aucun suspense là-dessus. Mais comme toujours chez Borzage, on sait que l’amour ne pourra éclater et se réaliser que quand les barrières sociales et l’ascendant de l’un sur l’autre auront disparu. Tout le sel repose sur la manière dont cela va se produire. Et la manière, ici, est splendide.

A cette époque, les films de Borzage paraissent souvent en deçà de ses grands chefs d’œuvre. Avec His butler’s sister, le cinéaste renoue avec son génie pour créer un mouvement qui conduit inexorablement vers des torrents d’émotion, sur lesquels le film se referme.

D’ici là, quel rythme. Un rythme qui repose sur la précision de la mise en scène, sur des cadres magnifiques, sur des intermèdes musicaux qui trouvent parfaitement leur place dans l’histoire (avec notamment une scène très émouvante dans un café russe, où Deanna Durbin entonne une belle chanson folklorique, celle-là même qui a inspiré ses Deux guitares à Charles Aznavour)… et sur les dialogues en tant qu’éléments sonores de l’ensemble.

L’humour repose en effet peu sur les mots eux-mêmes : d’avantage sur la musique qu’ils produisent. Borzage s’en amuse ainsi joyeusement lors de l’un des premiers échanges entre la sœur et le frère, où chaque réplique est soit coupée, soit incompréhensible. Et tout ça donne à la scène un rythme irrésistible.

Au passage, Borzage égratigne aussi le monde du spectacle, avec un étonnant personnage de producteur libidineux, mais encore relativement sympathique. Autre époque, autre vision…

Bien sûr, cette bluette n’a pas la portée et la force de Seventh hour ou The Mortal Storm. Les thèmes abordés ici n’ont pas la même gravité, et l’issue du film ne fait, dès les premières minutes, aucun doute. Mais le plaisir que cette bluette procure est grand, et l’émotion lorsque le mot fin apparaît est immense…

Je vous ai toujours aimé (I’ve always loved you) – de Frank Borzage – 1946

Posté : 29 mai, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

Je vous ai toujours aimé

Borden Chase au scénario (adaptant sa propre nouvelle), Rubinstein au piano… Borzage a des collaborateurs de poids pour cette romance sur fond musical, qui reprend des tas de thèmes typiques de son œuvre : la passion amoureuse, la vie simple opposée au luxe, les motifs qui se répètent de génération en génération…

Un grand maître (Philip Dorn) prend son aile une jeune pianiste douée (Catherine McLeod). L’élève finit par dépasser le maître, tout en tombant amoureuse de lui. Mais le maître supporte mal la concurrence, et la flanque à la porte. Elle épouse son ami d’enfance, les années passent.

C’est à vrai dire un mélo qui pourrait être bien poussif, s’il n’y avait cette fameuse patte de Borzage, qui tire de cette histoire assez banale quelques scènes magnifiques, des moments de pure beauté, et une vérité des sentiments qui fait oublier les limites de ses acteurs (ne cherchez pas, ils n’ont jamais été aussi bien ailleurs).

Il y a bien le sympathique Felix Bressart, dans le rôle du père de Catherine McLeod, ou Maria Ouspenskaya dans celui de Babouchka, la grand-mère du maître, mais c’est bien la caméra de Borzage, discrète et délicate, qui fait la beauté de ces personnages et de leurs rapports compliqués : sa manière de surprendre un regard, un geste, un silence.

Et puis c’est peut-être le film « musical » de Borzage où la musique est le mieux utilisée, la plus touchante. Souvent, les passages chantés ou joués de ses films servent à mettre en valeur leurs interprètes. Ici, la musique (de Rachmaninoff surtout) est entièrement au service de la dramaturgie.

Il n’y a qu’à voir la très longue scène du concert au Carnegie Hall : pas une parenthèse, non, mais le cœur même du film, où tout se joue à l’écran en une dizaine de minutes d’un cinéma total et magnifique. Quasiment sans un mot (à l’exception soudaine d’une voix off, inutile), Borzage saisit là les sentiments les plus profonds de tous ses personnages. C’est brillant, et terriblement cruel.

D’une grande délicatesse, jusque dans sa manière de mettre en scène la mort, comme une chose naturelle et presque heureuse, cette œuvre méconnue de Borzage est un long et beau mouvement musical au final beau, et déroutant.

La Cité sans voiles (The Naked City) – de Jules Dassin – 1948

Posté : 22 mai, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DASSIN Jules | Pas de commentaires »

La Cité sans voiles

Immense film, l’un des meilleurs « docu-polars » des années 40. Voilà, tout est dit : Jules Dassin signe un chef d’œuvre, sorte de testament magnifique pour le producteur Mark Hellinger, mort juste avant la sortie du film.

C’est lui, Mark Hellinger, qui est à l’origine de ce projet, qu’il voulait être le portrait le plus fidèle possible de New York. C’est lui aussi qui assure la voix off, génialement utilisée, qui rythme l’ensemble de l’enquête.

Enquête passionnante d’ailleurs : celle d’une brigade de policiers qui tente de résoudre le meurtre mystérieux d’une jeune mannequin, retrouvée morte noyée sur son lit. Une enquête dont le film fait une sorte de prétexte pour plonger au cœur de la Big Apple, et dans le quotidien de quelques-uns de ses habitants, filmés au plus près.

Fascinantes images, dont certaines sont effectivement « volées » par des caméras cachées dans les rues, à la fois hyper-réalistes et somptueuses. Au réalisme et au naturalisme de son récit, Dassin ne sacrifie jamais l’esthétisme : son film est d’une beauté formelle assez renversante.

La réussite du film repose aussi sur les personnages, qui sortent tous des stéréotypes habituels. A commencer par le flic en charge de l’enquête, qu’incarne un inattendu génial Barry Fitzgerald (le Michaleen de L’Homme tranquille), d’habitude plutôt cantonné aux seconds rôles.

Et quel rythme ! Dassin filme l’enquête avec ses hauts, ses bas, ses temps morts, ses brusques accélérations… C’est d’une vivacité de chaque instant, beau mouvement irrégulier qui mène inexorablement vers une ultime course-poursuite, inoubliable.

Le film s’ouvre et se referme sur des images saisissantes de New York, jamais vues, jamais comme ça en tout cas. Entre les deux, un grand moment de cinéma. Chef d’œuvre, définitivement…

Les Sept Amoureuses (Seven Sweethearts) – de Frank Borzage – 1942

Posté : 6 mai, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

Les Sept Amoureuses

Il y a bien sûr des thématiques très fortes dans l’œuvre de Borzage (je ne reviens pas dessus, relisez donc les précédentes chroniques). Il y a aussi des cycles très cohérents, et parfois étonnants, comme ce très pointu duo de films évoquant le poids des traditions ancestrales sur fond de tulipes, que Seven Sweethearts forme avec The Vanishing Virginian.

N’ayant point (encore) vu ce dernier, je me garderais bien d’aller plus loin dans le parallèle. Le film qui nous intéresse ici s’inscrit aussi dans une veine plus large de Borzage : la fantaisie romantique qui met en valeur les talents vocaux de ses interprètes. Et comme souvent, si mignonnet soit le trémolo (et le petit nez retroussé, mais ça n’a rien à voir) de Kathryn Grayson, ces intermèdes chantés ne sont clairement pas ce qu’il y a de plus emballant.

On est d’abord frappé par la vision que donne Borzage de cette petite ville du Michigan, où les vieilles traditions hollandaises sont omniprésentes. Une vision de carte postale, que découvre un journaliste new yorkais (Van Helfin, très bien en faux cynique) venu couvrir la très populaire fête des tulipes, quelque part entre Brigadoon et le Punxsutawney d’Un jour sans fin.

Dès son arrivée en ville, il découvre les habitants se répondant en musique d’un bout de la place centrale à l’autre. L’un des musiciens (le truculent S. Z. Sakall) est aussi le propriétaire de l’hôtel du coin. Mais un hôtel sans enseigne (pour pouvoir choisir ses clients) et sans clé aux portes, où on peut rester des mois sans payer sa note, et où tous les employés sont des jeunes femmes séduisantes portant des prénoms de garçons : les filles du proprio, qui a toujours voulu avoir un garçon.

Souvent, Borzage utilise des décors au bord de la caricature pour mieux symboliser la violence de son époque. Ici, il est comme hors du temps, coupé des réalités du monde malgré quelques vagues références (« Les temps changent, les traditions doivent évoluer »). Pour le moins étonnant, mais charmant, au final. La touche Borzage est bien là : cette manière si personnelle de filmer l’intimité qui naît entre un homme et une femme.

Van Heflin tombe donc sous le charme de chacune des sept filles de la maison, avant de découvrir le vrai sentiment amoureux avec l’une d’elles. Sauf que le papa est arc-bouté sur ses traditions, qu’il n’est pas envisageable de marier l’une de ses filles avant l’aînée (et les prétendants attendent depuis des mois avec une impatience grandissante), et que l’aînée, une égoïste égotiste, voit dans ce nouveau venu un billet pour la gloire à New York.

Romance, quiproquos, rebondissements… et un charme indéniable pour ce Borzage mineur et sans grande surprise, mais tellement charmant. La Borzage touch…

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