Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie '1940-1949'

C’est arrivé demain (It happened tomorrow) – de René Clair – 1944

Posté : 18 juin, 2022 @ 8:00 dans 1940-1949, CLAIR René, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

C'est arrivé demain

Alors qu’il s’apprête à fêter ses Noces d’Or, un vieux couple se remémore les événements incroyables qui leur sont arrivés bien des années plus tôt. Lui n’était qu’un tout jeune journaliste en ce XIXe siècle qui tirait à sa fin… Un jour, devant un vieil archiviste un peu étrange, il émit le rêve de connaître d’avance ce qu’il allait survenir. Le lendemain matin, il découvrit dans sa poche le journal du lendemain…

De cette histoire assez géniale, René Clair a tiré un petit bijou, plein de vie et de dynamisme. Un modèle de rythme et d’inventivité, qui trouve son apogée lorsque le héros lit dans le journal sa propre mort dans un hôtel. Dick Powell (formidable) déploie alors des tonnes d’énergie pour ne pas être là où il doit mourir. Sûr d’être invincible tant qu’il n’est pas dans cet hôtel, il se lance dans une course-poursuite extraordinaire, dans les rues, sur les toits… puis dans le hall de l’hôtel. C’est drôle, filant de gentils frissons amusés.

Dans le même registre, Clair réussit une bien amusante séquence de courses hippiques, où le héros se désespère de gagner immanquablement, parce que ses pari infaillibles confirment l’inéluctabilité de ce qu’il lit dans le journal, donc de sa propre mort.

Le charme immense du film vient surtout de la construction en un long flash-back, qui ajoute à cette histoire qui parle du futur proche un petit sentiment paradoxal de nostalgie. Et une vraie légèreté, puisqu’on sait d’emblée que cinquante ans d’amour attendent les deux jeunes héros.

Linda Darnell est charmante (et très vite très amoureuse), Jack Oakie est joyeusement grotesque, John Phillibert est attachant en « ange gardien »… A leur image, il règne sur le film une bienveillance et une grande tendresse. Voilà ce qu’on appelle un feel-good movie.

Le Démon des armes (Gun Crazy) – de Joseph H. Lewis – 1949

Posté : 15 juin, 2022 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, LEWIS Joseph H. | Pas de commentaires »

Le Démon des armes

Il a plutôt un bon fond, Bart, depuis qu’il est tout petit. Mais allez savoir pourquoi, il a toujours eu un penchant très appuyé pour les armes. Les lance-pierres quand il était gosse, puis la carabine que lui a offerte sa sœur, et puis les pistolets, qu’il ne pouvait s’offrir, et qu’il a fini par voler dans la vitrine d’un armurier. C’est la scène d’ouverture, d’une beauté et d’une puissance assez exceptionnelles.

Mais quand même, il a toujours un bon fond, Bart. Après la maison de correction, après l’armée, il retrouve ses amis d’enfance avec l’envie de s’installer, et de mener une vie normale et rangée. Mais il y a toujours cette passion des armes. Alors quand il rencontre la belle Annie Laurie, tireuse d’élite dans un cirque, c’est le coup de foudre, la rencontre de deux doubles qui s’attirent et qui ne tardent pas à prendre la route ensemble.

La belle ne le cache pas : « je ne suis pas bonne, je ne l’ai jamais été ». Mais lui s’en moque, et il se laisse entraîner dans une virée sans retour. Entre eux, c’est de la dynamite. Une passion dévorante et explosive. Littéralement. « We go together, Annie. I don’t know why. Maybe like guns and ammunition go together. »

Comme Phil Karlson, Joseph H. Lewis est un maître de la série B noire, brillant, mais que la postérité n’a pas élevé au niveau qu’il mérite. Gun Crazy est l’un de ses très, très grands films. La seule séquence d’ouverture suffit à confirmer définitivement le sens visuel du gars, la puissance de son style, complètement au service de la narration, de l’immersion du spectateur.

Lewis ralentit le rythme ou l’accélère en fonction des émotions, de l’excitation ou de la peur de ses personnages principaux, précurseurs de Bonnie et Clyde. Particulièrement de Bart, à qui John Dall (le cynique et morbide interprète de La Corde) apporte un mélange d’assurance, de fragilité et de fièvre. C’est son point de vue à lui que privilégie Lewis, faisant du personnage de Peggy Cummings, superbe, à la fois un symbole de la pureté de la jeunesse et de danger.

La séquence du braquage meurtrier est particulièrement réussie, parce que la caméra ne s’attarde que sur ce que Bart voit vraiment. La peur, le danger, la vitesse, l’excitation, mais pas la mort, qu’il ne découvre ou dont il n’accepte vraiment l’idée que bien plus tard, lorsqu’il a le temps de se poser des questions sur lui-même.

Tout est beau dans ce film serré et implacable, comme une spirale infernale ou comme un rêve éveillé qui conduit, comme il se doit, dans une sorte d’entre-deux baigné de brume, conclusion presque surnaturelle qui rapproche ce film noir du conte. Morbide et romantique.

L’Intrus (Intruder in the dust) – de Clarence Brown – 1949

Posté : 7 juin, 2022 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BROWN Clarence | Pas de commentaires »

L'Intrus

Formidable brûlot antiraciste que signe Clarence Brown, avec cette adaptation très réussie de Faulkner, tournée entièrement en décors réels, sur les lieux mêmes qui ont inspiré l’écrivain. L’Intrus est un grand film, et c’est dans les détails que ça se joue, plus que dans l’histoire elle-même, suspense assez convenu autour d’un noir accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis, et promis à un lynchage dans les règles par une foule très remontée.

Le coup de la masse hargneuse prête à tous les débordements, on nous l’a déjà fait souvent, de Furie à L’Etrange incident. L’Intrus s’inscrit dans cette (prestigieuse) lignée, avec une dimension raciale qui est tout sauf anecdotique. Clarence Brown filme la ségrégation et les difficiles rapports entre blancs et noirs avec une grande sensibilité, captant la frontière invisible qui freine les meilleures volontés.

C’est cette réconciliation difficile entre des citoyens aux histoires si différentes que met en scène le film, dans cette petite ville, dont les vrais habitants font de la figuration. Ce qui, le sachant, donne une dimension troublante aux scènes de foule, les regards semblant confirmer l’impossibilité du dialogue entre blancs et noirs. C’est dans ces regards que se trouve la force du film, dans ces visages captés par les phares d’une voiture à travers des portes entrebâillées, dans une phrase que ne prononce pas le faux coupable pour se disculper.

Ce faux coupable, c’est Juano Hernandez, acteur découvert chez Oscar Micheaux, et que l’on retrouvera peu après en partenaire de John Garfield dans l’excellent Trafic en haute mer (d’après To have and have not d’Hemingway, que Faulkner avait adapté une première fois pour Hawks, sous le titre Le Port de l’angoisse). Sa présence, taiseuse et un peu raide, a une force assez impressionnante.

Pas de grande star à l’affiche, mais une distribution parfaite, de Charles Kemper en meneur de foule à Porter Hall en patriarche fatigué, en passant par David Brian en avocat qui se demande pourquoi il n’arrive pas à communiquer avec le noir qu’il doit défendre. Et puis le trio de choc, qui aura seul le courage d’affronter la foule : un gamin (Claude Jarman Jr, le fils de John Wayne et Maureen O’Hara dans Rio Grande), un employé noir dépassé par les événements (Elzie Emanuel) et une vieille dame très digne (Elizabeth Patterson). Les voir tous les trois déterrer un cadavre en pleine nuit, effrayés par les bruits environnants, est un grand moment de cinéma.

Remorques – de Jean Grémillon – 1939-1941

Posté : 5 juin, 2022 @ 8:00 dans 1930-1939, 1940-1949, GABIN Jean, GRÉMILLON Jean | Pas de commentaires »

Remorques

Remorques marque la fin d’un cycle pour Gabin. Et quel cycle ! En cinq ans, l’acteur a enchaîné dix des plus grands chefs d’œuvre du cinéma français, série sans équivalent dans l’histoire. C’est la guerre qui y met un point final : le film est commencé avant la déclaration de guerre, et terminé bien après la débâcle. Le tournage chaotique ne se ressent en rien. Après Gueule d’amour, Grémillon offre à Gabin un nouveau monument, plus grand encore, plus impressionnant, plus tragique, plus beau.

La tragédie, ici, vient du plus profond des êtres. Et comme dans leur précédente collaboration, Gabin est un homme à l’apogée de sa vie, qui va se prendre un retour de bâton cruel en se confrontant à la réalité des autres. Le capitaine d’un remorqueur en haute mer, en l’occurrence, tel qu’on imagine Gabin : grand, beau, fort, imperturbable. Un socle, un bloc, celui sur qui se reposent son équipage aussi bien que sa femme. Jusqu’à ce que survienne l’impensable. Oh ! Rien de spectaculaire, non : une autre femme.

Sauf que cette femme-là apparaît dans une scène véritablement spectaculaire : un sauvetage en pleine mer, et en pleine tempête, dont Grémillon fait ressentir tout le danger et toute la vérité en jouant habilement avec des gros plans et des maquettes. Grand moment de cinéma d’aventures, où les embruns et la sueur se ressentent constamment.

Mais l’essentiel, bien sûr, est ailleurs : dans le regard de Gabin, paumé quand il se découvre aussi imparfait que ceux qu’il remettait à leur place quelques jours plus tôt seulement, parce que dans un tel équipage, on ne peut pas s’autoriser des faiblesses. Mais lui-même se retrouve tiraillé entre sa femme, Madeleine Renaud, et cette « sirène » sortie des flots, Michèle Morgan… Soudain, Gabin apparaît non plus comme un capitaine sûr de lui en toute circonstance, mais comme un homme, fatigué de sa vie de couple bien installé, et attiré par l’aventure d’une belle jeune femme.

Comme un symbole, ces deux femmes qui déchirent l’âme de Gabin sont interprétées par les deux actrices qui ont le plus marqué sa filmographie : Madeleine Renaud, co-vedette de trois de ses meilleurs films d’avant l’état de grâce (Le Tunnel, La Belle Marinière et Maria Chapdelaine), et Michèle Morgan, sa partenaire mythique du Quai des brumes (mais aussi de deux films plus méconnus, Le Récif de Corail et La Minute de Vérité). Leur présence à toutes les deux renforce encore la beauté intime et rude de ce joyau.

Anna Karénine (Anna Karenina) – de Julien Duvivier – 1948

Posté : 17 avril, 2022 @ 8:00 dans 1940-1949, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

Anna Karénine

Ils ne sont pas tellement nombreux à avoir été tendres avec cette adaptation du roman de Tolstoï, la troisième après celle avec Greta Garbo… et celle avec Greta Garbo. Julien Duvivier lui-même semble n’avoir pas gardé un très grand souvenir de cette nouvelle expérience internationale : une production britannique cette fois, après quelques films hollywoodiens pendant la guerre, et un bref retour en France avec l’un de ses chefs d’œuvre, Panique.

C’est une production britannique (d’Alexander Korda), mais ce Anna Karénine ressemble à s’y méprendre à l’un de ces grands mélodrames qui ont fait la gloire d’Hollywood. L’ambition de cette adaptation, l’ampleur de la mise en scène et de la reconstitution, la musique grandiose même… Tout contribue à faire du film l’une de ces grosses machines parfaitement huilées qui sont finalement plutôt l’œuvre d’un producteur que celle d’un réalisateur.

C’est en partie vrai, mais seulement en partie. Certes, il y a quelques passages dont on sent qu’ils pourraient être réalisés par à peu près n’importe quel habile cinéaste. Mais il y a aussi tous les autres, ces moments où l’intime s’impose dans un gigantisme de façade. C’est sans doute la patte de Duvivier : cet air russe qui résonne au loin, ce choix de ne filmer un prestigieux mariage que par une succession de gros plans sur des visages, cette manière qu’il a de faire surgir la passion amoureuse d’un pan d’ombre, ou d’un grand silence…

L’adaptation, signée Duvivier lui-même et Jean Anouilh, entre autres, est relativement fidèle à l’intrigue du roman de Tolstoï : Anna, femme d’un haut fonctionnaire de la Russie tsariste, tombe amoureuse d’un jeune officier qui l’aime en retour. Mais sa passion à elle est totale, irréfléchie, sans retour. Tout au bout, rien d’autre que la tragédie. Et cette tragédie donne lieu à une longue séquence finale d’une beauté sidérante, et déchirante, portée à la fois par l’incarnation troublante de Vivien Leigh, décidément sublime, et par la mise en scène très inspirée de Duvivier.

La manière dont il filme les trains et les gares tout au long du film dans une série de scènes clés est passionnante. Il utilise tous les outils du cinéma : plans larges ou très serrés, ombres profondes, neige de studio, et même des maquettes filmées en gros plan… C’est une beauté picturale saisissante, et c’est d’une efficacité absolue, parce que l’esthétique même de ces scènes adopte totalement le point de vue de l’héroïne : ses espoirs, ses passions, ses doutes et son désespoir.

L’École buissonnière – de Jean-Paul Le Chanois – 1949

Posté : 10 avril, 2022 @ 8:00 dans 1940-1949, LE CHANOIS Jean-Paul | Pas de commentaires »

L'Ecole buissonnière

Bernard Blier, jeune instituteur moderne nommé dans l’école d’un village de montagne, où les vieilles traditions sont très, très ancrées. Bernard Blier à l’époque où il tenait le haut de l’affiche, avant que lui-même comprenne que ces premiers rôles bien sages dans des films qui le sont tout autant ne lui permettraient pas de donner toute la mesure de son talent. Qui est immense, si si.

Et voilà qui résume le sentiment qui s’impose devant ce film à thèse, plaidoyer plein de bienveillance pour une école éveille les singularités de chacun, a contrario d’une école qui s’étrangle devant la moindre aspérité. Rien à dire sur ce message, qui devait être sensible à la sortie du film, mais qui ne fait plus guère débat aujourd’hui. Encore que… mais non.

Le film est charmant, aimable. Et comme l’instit Blier, il fait bien attention de ne laisser personne sur le bord de la route, ou du chemin de montagne, et surtout pas les rebelles du groupe, qui révéleront ce qu’ils ont de meilleur grâce au regard sans jugement du nouveau venu, qui bouleverse un ordre établi depuis des générations.

Jean-Paul Le Chanois filme les beaux paysages de montagne avec application. Bernard Blier a un capital sympathie indéniable, en plus d’un immense talent. L’École buissonnière se regarde donc avec un certain plaisir. Qui ne dure guère plus que les 110 minutes du métrage.

L’Oncle Harry (The Strange Affair of Uncle Harry) – de Robert Siodmak – 1945

Posté : 21 février, 2022 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, SIODMAK Robert | Pas de commentaires »

L'Oncle Harry

Entre Les Mains qui tuent et Les Tueurs, cet Oncle Harry n’est pas le film noir le plus connu de Siodmak, loin s’en faut. Pas le plus grand non plus, soyons franc : si réussi soit-il, si tendu soit-il, il n’a pas la puissance et la force visuelle des grands chefs d’œuvre américains du réalisateur. Mais quand même, si on occulte une fin probablement imposée, et qui semble même rajoutée in extremis pour calmer les ardeurs du code Hays sans soucis de cohérence, ce noir atypique est loin d’être anodin.

Les censeurs moralistes auraient d’ailleurs eu bien des raisons de pousser des cris devant cette histoire d’un vieux garçon issu d’une vieille famille, vivant dans une vieille maison, dans une vieille ville, entouré de ses deux sœurs et d’une bonne, dans une atmosphère étouffante. Ils auraient pu s’étrangler devant les rapports quasi-incestueux qu’entretient la plus jeune des sœurs avec ce grand frère qu’elle refuse de voir quitter le nid familial. Ou devant l’irruption de cette jeune femme trop libre qui revendique le droit de recevoir un homme dans sa chambre d’hôtel, à n’importe quelle heure…

Cette jeune femme, c’est Ella Raines, révélation des Mains qui tuent, et véritable rayon de soleil dans une vie bien terne : celle de « l’oncle Harry », héritier désargenté d’une vieille famille autrefois puissante, à qui il ne reste qu’une grande maison d’un autre temps, un nom, et les vestiges de traditions familiales. George Sanders est formidable dans ce rôle taillé pour lui, avec cette suavité, cette douce ironie et ce regard un peu triste qui le caractérisent. Un homme entre deux âges enfermé dans une relation castratrice avec la plus jeune de ses sœurs (Geraldine Fitzgerald), assez glaçante.

Siodmak a un talent fou pour filmer le sentiment d’enfermement. Sans jamais en faire trop, sans verser dans le sensationnalisme, juste par petites touches, il crée une atmosphère étouffante, pathétique et même menaçante, dont Sanders est une sorte de victime consentante, et qu’Ella Raines vient dynamiter. La manière dont cette dernière tient tête à la petite sœur Ellie, avec une insolente liberté, est réjouissante. La manière dont le personnage de Geraldine Fitzgerald encaisse est tout aussi remarquable, d’ailleurs.

Le film met en évidence la mesquinerie d’une petite ville où le ragot est une religion, et l’absurdité d’une vieille famille enfermée dans des principes d’un autre temps. Dommage, quand même, qu’il se termine sur cette fin dont je ne dirais rien : une mention dans le générique demande expressément au spectateur de ne pas la dévoiler. Alors…

Cette nuit et toujours (Tonight and every night) – de Victor Saville – 1945

Posté : 21 janvier, 2022 @ 8:00 dans 1940-1949, SAVILLE Victor | Pas de commentaires »

Cette nuit et toujours

Que voilà une heureuse surprise. De ce film musical, je n’attendais pas grand-chose d’autre qu’une poignée de numéros chantés et dansés, ce qui aurait déjà pu suffire à mon bonheur, étant assez fan de Rita Hayworth, et conscient que la belle était sur le point d’enchaîner (ou presque) ses deux plus grands films dans un tout autre genre : Gilda et La Dame de Shanghai.

Elle est, bien sûr, somptueuse, Rita Hayworth, à rendre n’importe quel personnage complètement dingue. Elle en séduit bien un ou deux dans ce film, hommage appuyé à un cabaret londonien n’ayant jamais fermé ses portes durant la guerre, pas même aux pires moments des bombardements.

Beau sujet, dont on pouvait craindre quand même qu’il se limite à une succession de numéros, avec un vague fil conducteur. C’est d’ailleurs ce que le début du film semble annoncer, avec la présence d’un photographe du magazine Life qui fait un reportage-prétexte dans les coulisses du théâtre. Le film est beaucoup plus que ça. Les numéros sont nombreux, et ils sont filmés dans leur intégralité, avec leur existence propre. Mais ils s’inscrivent dans un beau mouvement général, avec de vrais enjeux dramatiques.

Le film est séduisant, porté par les superbes couleurs du chef op Rudolph Maté, chaudes et cosy, comme l’appartement très londonien de l’amoureux joué par Lee Bowman. Il n’est pas parfait, non plus. On y trouve de jolis morceaux musicaux qui auraient mérité d’être filmées avec plus de vie, des seconds rôles à peine survolés, et quelques excitantes mais bizarrement à peine ébauchées.

Parmi les beaux moments, on retiendra la demande en mariage, et la manière dont la copine commence « I’ll be… » sans oser finir sa phrase en réalisant qu’elle parle à un prêtre… Un moment curieux, aussi, où le film musical se transforme brièvement en comédie musicale, où les personnages se mettent à chanter en coulisses, dans leur quotidien. C’est le moment où la frontière se lève entre la scène et la vie, où les comédiens décident de dormir sur place pour ne pas voir leurs nuits constamment écourtées par les alarmes.

La Fièvre du pétrole (Boom Town) – de Jack Conway – 1940

Posté : 11 janvier, 2022 @ 8:00 dans 1940-1949, CONWAY Jack, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Fièvre du pétrole

Spencer Tracy et Clark Gable qui se retrouvent quatre ans après San Francisco, qui plus entourés par Claudette Colbert et Heddy Lamar… Il est des affiches comme ça qui font franchement saliver d’envie. Boom Town n’est certes pas un chef d’œuvre : il tire parfois en longueur, et il manque la vision d’un grand cinéaste. Mais pas de quoi bouder son plaisir, qui est très grand : voilà un film d’aventures plutôt original et fort sympathique.

Il y a là tous les ingrédients pour une grande fresque romanesque et spectaculaire. Deux amis prospecteurs de pétrole, une femme entre deux, des fortunes qui se font et se défont, la civilisation qui prend peu à peu le pas sur l’Amérique des grands espaces… et cette soif de liberté, ce goût pour l’aventure vu comme une philosophie de vie. Un peu naïf, voire maladroit, oui, mais tellement sincère, et tellement réjouissant.

Le vétéran Jack Conway n’est pas un grand auteur, non, mais il est un artisan au savoir-faire indéniable, qui nous offre dans les premières scènes une vision impressionnantes et très originale de ces petites villes construites autour de la fièvre du pétrole, boueuses et grouillantes de monde. C’est dans ce décor qu’il introduit les deux personnages principaux, se croisant dans les rues recouvertes par une épaisse boue glissante, dont il tire tout le potentiel spectaculaire et comique.

Le film est particulièrement réussit quand il tient cet équilibre entre le grand spectacle et la légèreté. Quand, dans une séquence quasi-documentaire autour des pionniers du pétrole qui pompent, qui pompent, qui pompent, il filme Spencer Tracy se moquant allégrement des oreilles décollées de Clark Gable. Ou quand une scène de bagarre tourne à la farce, les deux amis mesurant leurs forces respectives à la distance à laquelle chacun d’entre eux envoie son adversaire au tapis.

Claudette Colbert, romanesque à souhait ; Spencer Tracy, noble comme il sait l’être ; Clark Gable, immense en aventurier obstiné ; et Heddy Lamar, d’une classe folle, qui renverse radicalement l’image de la femme fatale… Jack Conway tire le meilleur de ses acteurs, pour un film qui est avant tout une ode à l’amitié (même si la structure familiale est là, c’est la relation virile entre Tracy et Gable qui domine) et à l’esprit des pionniers: la course à la fortune vue non pas comme un but, mais comme comme un chemin, un art de vivre.

L’Aventure de Mme Muir (The Ghost and Mrs Muir) – de Joseph L. Mankiewicz – 1947

Posté : 26 décembre, 2021 @ 8:00 dans 1940-1949, FANTASTIQUE/SF, MANKIEWICZ Joseph L., TIERNEY Gene | Pas de commentaires »

L'Aventure de Mme Muir

The Ghost and Mrs Muir… Ou comment la magie du cinéma transforme une histoire toute en guimauve en sommet indémodable de délicatesse. Bien avant Demi Moore, Patrick Swayze et leur tour à poterie ruisselant de désir, Gene Tierney, Rex Harrison et un simple portrait accroché faisaient croire à une histoire d’amour entre un fantôme et une jeune femme bien vivante. Et procuraient une émotion qui ne perd rien de sa force, vision après vision.

Encore un tableau, serait-on tenter de dire, tant la filmographie de Gene Tierney semble indissociable de la peinture (dans Laura, mais aussi Le Château du Dragon…). Il faut dire que le visage de l’actrice, si pur soit-il, est habité par ce je ne sais quoi de douloureusement nostalgique, d’un passé mystérieux et inaccessible.

La manière dont ce tableau crée l’atmosphère ici est remarquable : en arrivant dans sa nouvelle maison surplombant la mer, Gene Tierney ouvre une porte donnant sur une pièce plongée dans l’obscurité, où un simple rayon de lumière éclaire un visage fantomatique, celui d’un tableau représentant un marin mort depuis longtemps, et dont la présence ne cessera d’habiter les lieux. Jusqu’à ce qu’il apparaisse réellement.

Nul besoin de trucage savant pour créer l’illusion. Il n’y en a d’ailleurs aucun, juste le pouvoir de la mise en scène, cette magie du cinéma qui suffit à faire comprendre en un plan que Rex Harrison n’est pas de ce monde, et à imposer ce constat comme une évidence, d’un naturel qui emporte tout. Ce sentiment d’évidence est de toutes les scènes, avec un Mankiewicz d’une délicatesse folle, à la mise en scène parfaitement fluide.

L’histoire, impossible, coule avec le naturel et l’évidence du destin en marche, flagrant dès la première séquence réjouissante : l’émancipation de Gene Tierney, jeune veuve qui quitte sa belle-mère et sa belle-sœur castratrices, avec lesquelles elle vit depuis un an. Gene Tierney est superbe, bien sûr. Et le film a la pureté et la beauté de ces contes d’enfance que l’on redécouvre à tout âge, avec le même bonheur.

12345...39
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr