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Archive pour la catégorie '1940-1949'

Memory of the Camps (id.) – de Sidney Bernstein (et Alfred Hitchcock) – 1945/1985

Posté : 19 février, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, 1980-1989, BERNSTEIN Sidney, DOCUMENTAIRE, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Memory of the camps

Des documentaires sur la Shoah et sur les camps de concentration, il y en a eu beaucoup. Celui-ci est sans doute l’un des plus traumatisants. A l’exception de la courte introduction, qui rappelle qu’Hitler a été élu par les Allemands, le film n’est constitué que d’images tournées par les armées Alliées lors de la libération des camps. Les troupes anglaises et américaines surtout, mais aussi par les Soviétiques à Dachau pour ce qui devait être la dernière bobine, aujourd’hui disparue.

Le film n’a jamais été exploité en salles. Il est même tombé dans l’oubli durant quatre décennies, avant que les bobines originales soient retrouvées, avec des documents indiquant ce que voulait en faire le producteur Sidney Bernstein. Ce dernier était alors le chef de la section cinéma des Forces Alliés à Londres, et c’est à lui qu’on a confié la « mise en valeur » des images tournées dans les camps. A l’époque, Bernstein et Alfred Hitchcock sont proches : les deux hommes souhaitent créer leur propre maison de production, à l’issue du contrat de Hitch avec Selznick. C’est donc tout naturellement que le réalisateur est impliqué dans ce projet.

Son rôle officiel est celui de « treatment advisor », un consultant qui n’a peut-être travaillé au projet qu’en amont. Quoi qu’il en soit, son apport au documentaire est décisif : c’est lui qui suggère à Bernstein de privilégier les très longs plans sans coupure, qui permettent de contextualiser l’horreur, de placer les corps des victimes et des survivants dans l’environnement des camps. Un choix radical qui contribue largement au sentiment d’horreur total que donne le film.

Les gros plans sur les visages dévastés, les milliers de corps décharnés que l’on déverse dans des fosses communes, la colère des survivants qui crient leurs haines à leurs anciens bourreaux forcés de « nettoyer » leurs atrocités (même avec une bande son partiellement perdue, les cris silencieux de ces femmes sont difficilement soutenables), la terrible mécanique de l’horreur mise en place pendant des années… Tout cela forme une vérité insupportable qui éclate sans fard, plein écran, mais sans complaisance non plus.

En 1985, Trevor Howard a enregistré un commentaire écrit en 1945. A l’époque de la réconciliation, sans doute n’aurait-il pas été écrit de la même manière. Au lendemain de la libération, il était non seulement question de dévoiler l’ampleur de l’horreur, mais aussi de mettre ceux qui n’ont rien dit devant leur responsabilité, à commencer par l’ensemble du peuple allemand : « Personne ne pouvait ignorer ce qui se passait », affirme-t-il.

Même 70 ans après, ces images restent en tout cas traumatisantes. Malgré tout ce qu’on a lu, entendu, vu… Difficile, encore, de comprendre l’ampleur de cette horreur.

LIVRE : Continental Films, cinéma français sous contrôle allemand – de Christine Leteux – 2017

Posté : 17 février, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, LIVRES | Pas de commentaires »

LIVRE Continental Films

Non contente d’animer un blog amoureux dédié au cinéma muet, Christine Leteux s’est aussi faite remarquer en signant une passionnante biographie de Maurice Tourneur. Et voilà que, dans le prolongement de son précédent livre, elle livre le premier recueil racontant l’histoire de la Continental, cette firme allemand qui produisait des films français, et dont Tourneur fut l’un des grands réalisateurs (notamment avec La Main du diable, classique du fantastique français).

Son livre suit grosso modo la chronologie de la firme, créée en 1940 et qui ne survit pas à la Libération de la France, mais en adoptant une construction par chapitres qui s’autorise quelques allers-retours dans le temps, toujours pour mieux appréhender l’atmosphère si particulière qui régnait au sein et autour de cette compagnie qui dominait alors le cinéma français. Surtout, c’est la figure d’Alfred Greven qui sert de fil conducteur au récit. Ce producteur allemand fut sans doute un proche du régime nazi, mais la personnalité complexe que révèle Christine Leteux est avant tout celle d’un fervent amoureux du cinéma, tellement coupé des réalités politiques et humaines de l’époque qu’il crut pouvoir rester en place après 1944…

Christine Leteux raconte comment la compagnie s’est créée dès octobre 1940 avec l’ambition de faire travailler les plus grands noms du cinéma français. Son incroyable travail de recherche l’a amenée à découvrir les dossiers d’épuration de nombreuses personnalités du cinéma, établis lors des enquêtes menées à partir de 1944, et qui sont des mines d’informations jusqu’alors inédites. Les témoignages qu’elle a ainsi pu retrouver, livrés quelques années à peine après les faits, permettent de redécouvrir cette période que l’on pensait connaître, et qu’elle débarrasse de pas mal d’idées reçues.

Prenons le fameux voyage à Berlin, dont on a pas mal reparlé à l’occasion de la mort de Danielle Darrieux. Beaucoup ont alors rappelé la position pour le moins ambiguë de la star féminine numéro un de l’époque. Mais Christine Leteux rappelle que la plupart de ceux qui ont participé à ce voyage en 1942 n’avait guère le choix, et que Danielle Darrieux n’a accepté de « jouer le jeu » que pour avoir l’occasion de voir son fiancé, le diplomate dominicain Porfirio Rubirosa, alors interné en Allemagne.

Christine Leteux livre un formidable travail de journaliste, dans le sens où elle ne tombe jamais dans la facilité de la condamnation ou de la glorification a priori. Seuls les faits l’intéressent, et c’est une peinture très nuancée et parfois surprenante du milieu du cinéma qui s’en dégage. Albert Préjean, qui fut du même voyage de 1942, apparaît ainsi comme un homme un peu coupé des réalités.

Quant à Pierre Fresnay, autre figure incontournable de la Continental est un homme bien plus complexe qu’on l’a dit : tout en travaillant sans rechigner pour les Allemands, et en louant l’action du Maréchal Pétain, il n’hésite pas à prendre la défense d’un jeune Juif dont il sauve probablement la vie. Son réalisateur de L’Assassin habite au 21, Clouzot, occupe lui aussi une place importante dans le livre. Quoi de plus normal : Clouzot fit ses débuts derrière la caméra pour la Continental, et signa le plus grand chef d’œuvre de cette période, Le Corbeau, film que certains Résistants lui reprochèrent longtemps.

Mais lui comme d’autres échappent à toute caricature : Christine Leteux rappelle que les cinéastes et comédiens qui ont tourné pour la Continental ont veillé à ce que leurs films ne soient jamais utilisés à des fins de propagande. C’est d’ailleurs l’une des idées reçues qui éclatent littéralement à la lecture du livre, et que la correspondance de Goebbels vient même confirmer.

Il y a bien quelques salauds, à commencer par le réalisateur Léo Joannon, sale type qui n’hésite pas à profiter de la situation pour voler un scénario. Christine Leteux évoque aussi l’hypocrisie d’un Fernandel qui refusera d’assumer ses choix à la Libération, et qu’un beau-frère assez abject rend plutôt antipathique. Il y a aussi les hommes et les femmes qui font tout pour ne pas tourner pour la Continental, comme Marcel Carné qui fut l’une des premières « prises » mais n’a tourné aucun film pour la firme, ou Henri Decoin qui cherchait à se défaire de son contrat.

Et puis il y a le cas Harry Baur, édifiant, terrifiant. Enrôlé malgré lui, victime d’a priori d’à peu près tous les côtés, le géant Harry Baur a été le héros du premier film Continental (L’Assassinat du Père Noël). Il en a été aussi la plus grande victime, lui qui mourra suite aux sévices reçus en détention. Sa mort a toujours été entourée d’un grand mystère. Sur la base des documents qu’elle a été parmi les premières à pouvoir étudier, Christine Leteux révèle la triste vérité, et la fin déchirante d’un monstre du cinéma.

C’est un livre absolument passionnant que signe Christine Leteux, formidablement documenté et toujours à hauteur d’hommes. La somme définitive sur l’une des périodes les plus étonnantes du cinéma français.

* « Continental Films, cinéma français sous contrôle allemand », de Christine Leteux, est publié dans la collection La Muse Celluloïd de La Tour Verte.

Le Journal tombe à 5 heures – de Georges Lacombe – 1942

Posté : 9 février, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, LACOMBE Georges | Pas de commentaires »

Le Journal tombe à cinq heures

Fresnay, Blier (avec des cheveux), Renoir (Pierre, le frère), Larquey, Roquevert (étonnamment sobre)… Le casting à lui seul mérite qu’on s’attarde sur ce film un peu méconnu et très mémorable consacré au grand métier de journaliste. Etant l’un de ceux-là, je peux l’affirmer : les temps ont changé. En bien ou en mal, d’ailleurs, mais une chose est sûre : cette vision-là du métier est formidablement cinégénique.

Le film de Georges Lacombe n’est jamais aussi passionnant que lorsque la caméra virevolte d’un poste à l’autre dans cette salle de rédaction grouillante de vie. Suivant des personnages survoltés, passant de l’un à l’autre, délaissant un chef de salle pour s’intéresser au gestionnaire, s’attardant sur la responsable du courrier du cœur, puis sur l’auteur des nécrologies… Lacombe filme un véritable bestiaire certes légèrement outrancier, mais pourtant criant de vérité.

Il y a du rythme dans ce film sans autre véritable fil conducteur que la rencontre explosive et forcément amoureuse in fine, entre une jeune débutante (Marie Déa) et un reporter vedette (Pierre Fresnay) sous le regard omniprésent, tout puissant et bienveillant du rédacteur en chef (Renoir). Le film est construit comme une succession d’épisodes indépendants les uns des autres, qui illustrent l’évolution de leurs rapports, et du regard que porte la jeune femme sur le métier.

Tout n’est d’ailleurs pas brillant dans ce métier, et la journaliste débutante apprend le sens du devoir de la même manière qu’elle apprend à manipuler et à s’asseoir sur ses principes. Cette succession d’épisodes aux tons très différents (un meeting aérien tragique, une rencontre très people avec une vedette, et un reportage à hauts risques sur un bateau-phare) pourrait manquer de cohérence. Mais Lacombe y apporte un rythme, une vie, qui servent de lien à l’ensemble.

Aussi à l’aise dans l’humour que dans le drame, Lacombe réussit également une dernière partie au suspense haletant. Un rien cynique, mais bienveillant, son film est un bel hommage à une certaine vision du journalisme. Et un pur plaisir de cinéma.

Picpus – de Richard Pottier – 1943

Posté : 3 février, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, Maigret, POTTIER Richard | Pas de commentaires »

Picpus

Une fois acté qu’Albert Préjean n’incarne pas le Maigret tel qu’on se l’imagine en lisant les romans de Simenon, il faut reconnaître que l’acteur, imposé à Richard Pottier par les dirigeants de la Continental, apporte une vision différente et séduisante du commissaire : plus dynamique, plus jeune, plus jeune. Moins massif, mais plus affûté physiquement que tous les autres interprètes du flic le plus célèbre de France.

L’acteur est impérial dans ce rôle, qu’il reprendra à deux reprises (pour les excellents Cécile est morte et Les Caves du Majestic). Son interprétation donne le ton du film, enlevé et plus brutal que la plupart des autres adaptations, à l’image de cette impressionnante bagarre finale.

Comme beaucoup de films de cette période, Picpus doit aussi beaucoup à ses seconds rôles, tous excellents, ces gueules qui dont la richesse de ce cinéma, de Noël Roquevert à Jean Tissier en passant par Pierre Palau et Antoine Balpêtré. Avec un petit coup de cœur pour André Gabriello, ce bon gros au débit impossible, qui s’amuse de sa propre opacité.

Ce personnage (l’inspecteur Lucas) incompréhensible illustre bien l’ironie avec laquelle Pottier filme l’intrigue un peu confuse. L’enquête n’est clairement qu’un prétexte pour enchaîner les scènes réjouissantes, entre noirceur et humour, et dans une belle atmosphère.

Les Passagers de la nuit (Dark Passage) – de Delmer Daves – 1947

Posté : 1 février, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BOGART Humphrey, DAVES Delmer | Pas de commentaires »

Les Passagers de la nuit

Troisième des quatre films tournés par le couple Bogart-Bacall, Les Passagers de la Nuit est le seul bancal dans le lot, loin en tout cas de l’aspect mythique des trois autres. Il ne manque pas de qualités ce film, il est même formidable par moments. Mais il y a une poignée de « mais » qui suivent, et qui pour la plupart repose sur un problème central.

Ce gros problème, c’est toute cette première partie filmée en caméra subjective, procédé qui n’a à peu près jamais vraiment fonctionné. Robert Montgomery l’utilisera pour filmer intégralement sa Dame du Lac cette même année, offrant une expérience tantôt fascinante tantôt pénible au spectateur. Delmer Daves ne l’utilise ici que partiellement, et pour une raison inhérente au scénario : Bogart y est un évadé qui va changer de visage pour passer inaperçu ; impossible donc de montrer son ancien visage.

Pourquoi pas, donc, surtout que Daves soigne ses cadrages subjectifs et n’envahit pas son film avec le procédé, qu’il n’utilise jamais de manière systématique. Mais on le sent contraint par ce choix esthétique, qui le prive en partie de la présence de Bogart. D’ailleurs, même lorsque Daves abandonne la caméra subjective, Bogart apparaît encore le visage couvert de bandelettes. Il faut à peu près une heure pour qu’enfin l’acteur soit réellement visible.

Et là, le film prend une nouvelle dimension. Qu’il ne tient d’ailleurs pas totalement sur la longueur. Le film est magnifique quand Bogart et Bacall sont face à face. Il y a alors une tendresse, un espoir qui domine la noirceur ambiante, et que l’on retrouve aussi avec quelques seconds rôles qui traversent le film : le chauffeur de taxi bien sûr, véritable ange gardien pour Bogart, mais aussi ce couple qui se forme dans le bus que veut prendre le héros vers la liberté.

Mais ces moments sont finalement assez rares. Le scénario emprunte des raccourcis qui font quand même tiquer un peu, et c’est le style de Daves qui permet de rattraper les errements de l’histoire avec un suspense fort bien maîtrisé, et ces rencontres fortuites et bienveillantes, inattendues dans le genre, qui sont clairement la signature du cinéaste.

Surtout, il y a le visage de Bogart, enfin visible, bouleversant comme jamais, parce qu’il est loin de ses habituels rôles de dur : c’est un homme qui semble laisser apparaître son amour. Et c’est très beau. Ce n’est clairement pas le plus grand Daves, ni le plus grand Bogart-Bacall. Mais c’est quand même franchement bien !

Danger Signal (id.) – de Robert Florey – 1945

Posté : 21 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, FLOREY Robert | Pas de commentaires »

Danger Signal

Zachary Scott, charmeur et beau parleur dont on sait dès la première image qu’il a causé la mort d’une femme, débarque dans une maison sans histoire, où il séduit tour à tour les deux filles de la famille. Manipulateur, il monte bientôt les uns contre les autres, et avance lentement ses pions, dévoilant peut à peu un objectif funeste.

Sur le thème de « l’ennemi est à l’intérieur », Florey signe un thriller très efficace, et surtout remarquablement construit. La manière dont le réalisateur français introduit ce personnage inquietant, et l’amène dans cette maison où se jouera le drame ; la manière dont il filme l’isolement grandissant de la jeune femme jouée par Faye Emerson dans sa propre maison… Il y a dans la mécanique narrative du film une précision que n’aurait pas reniée Fritz Lang, comme il n’aurait pas renié la vision que livre Florey du Mal.

Et même si les motivations de Scott ne sont pas totalement convaincantes, même si le personnage de la petite sœur reste un peu superficiel, même si le médecin joué par Bruce Bennett est une caution humoristique peut-être superflue… Danger Signal reste une belle surprise, un film noir franchement flippant et parfaitement tendu.

Goupi mains rouges – de Jacques Becker – 1943

Posté : 16 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, BECKER Jacques | Pas de commentaires »

Goupi mains rouges

Les Disparus de Saint-Agil en 1938, L’Assassinat du Père Noël en 1941… L’écrivain Pierre Véry a le vent en poupe à cette époque. Ses romans sont des best-sellers, leurs adaptations sont des chefs d’œuvre, et ce n’est pas celle-ci, qu’il a signée lui-même, qui fait exception : Goupi mains rouges est non seulement un film passionnant, mais c’est aussi celui qui a révélé le talent de Jacques Becker.

C’est aussi l’un des premiers qui présente une vision de la campagne et des paysans français aussi réaliste, authentique, attachante, et dénuée de tous les poncifs habituels. Dès les premières images, très belles, l’ambition de Becker est flagrante : le jeune cinéaste filme une campagne où la vie est rude, où les familles vivent encore en clans, et où les convoitises, les rancœurs et l’ennui sont constamment palpables.

Un monde à l’ancienne, qui contraste avec le microcosme parisien ou des grandes villes qui squatte le plus souvent les écrans, déjà à cette époque. Un contraste qu’aborde frontalement le film, avec ce personnage quasi-symbolique de « Monsieur » (à la campagne, tous ont surnom !), ce fils de paysan élevé loin de la campagne, qui rentre au pays après 25 ans passés dans la capitale, et dont l’arrivée s’accompagne d’une série de drames.

Le monde qu’il découvre est dur, parfois cruel. Les hommes et les femmes qu’il y rencontre sont des êtres fiers, pas facilement aimables, attachés à leur terre et à ce magot qu’ils recherchent depuis si longtemps. Mais ils ont aussi une noblesse qu’il faut du temps pour mettre à jour, tant leur aspect, leur comportement, et même leurs surnoms (« Mes sous », « Mains rouges », « L’empereur »…) semblent les réduire à de simples caractères.

Fernand Ledoux est ainsi formidable dans le rôle-titre, un personnage secondaire pourtant, taiseux bourru qui semble d’abord hostile, mais dont la sensibilité et la clairvoyance inattendue, ainsi que le regard qu’il porte sur ce monde, déjouent toute idée reçue. Et il y a Le Vigan aussi, faussement jovial, tristement pathétique, qui n’a peut-être jamais été aussi éblouissant et bouleversant que dans ce film. Tous les personnages sont à l’avenant d’ailleurs, d’une grande justesse, et jamais exactement ce qu’ils semblent être au premier abord.

La Malédiction des hommes-chats (The Curse of the Cat People) – de Robert Wise et Gunther von Fritsch – 1944

Posté : 9 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, FANTASTIQUE/SF, VON FRITSCH Gunther, WISE Robert | Pas de commentaires »

La Malediction des hommes-chats

La Féline avait été un film très rentable pour la RKO. En bon producteur, Val Lewton a donc l’idée d’en proposer une suite. Et qu’importe si le personnage de Simone Simon est mort à la fin du film, on va bien trouver un moyen de la faire revenir… Et puis il y a quelques autres personnages qui, eux, sont toujours bien vivants.

Cette Malédiction… a tout de la vraie mauvaise idée, mais le résultat est assez étonnant. D’abord, la peur n’est ici qu’un faux-semblant. Seules quelques plans ébauchent un début de suspense rapidement désamorcé : sans doute fallait-il une poignée d’images qui puissent permettre de boucler une bande annonce promettant de grands moments de trouille.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a tromperie sur la marchandise. The Curse… n’est pas un film sur la peur, si ce n’est la peur d’être seul. C’est un film sur l’enfance qui se cherche, sur la relation entre une enfant trop seule et son amie invisible. Et devinez qui est cette amie invisible !! Eh oui, Simone Simon, alias Irena, revenue des morts grâce à une bague magique, et surtout grâce à l’imagination de la fillette.

Deuxième tromperie sur la marchandise : annoncée en tête d’affiche, Simone Simon n’apparaît qu’à la mi-film, pour disparaître un petit quart d’heure plus tard. Entre-temps, on aura eu droit à une ébauche de maison-fantôme, à l’ébauche d’une femme vengeresse (incarnée par Elizabeth Russell, la fascinante « femme panthère » dans La Féline), à l’ébauche d’une fuite pleine de danger à travers les bois.

Il y a quelques pistes plutôt excitantes qui auraient pu faire de ce film une belle oeuvre sur l’enfance dans la lignée de La Nuit du Chasseur ou de Moonfleet : cette vision un peu triste d’une enfant qui se raccroche aux contes que son père lui racontait, la présence en filigrane de l’inquiétante légende de Sleepy Hollow… Mais outre les rapports père-fille très discutables d’un point de vue éducationnel, le film a le grand tort d’être la suite de La Féline, avec lequel il n’a décidément pas grand-chose en commun.

Les Enchaînés (Notorious) – d’Alfred Hitchcock – 1946

Posté : 7 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Les Enchaînés

Quasiment dès ses premiers pas derrière la caméra, Hitchcock a été un réalisateur d’exception, donnant au cinéma anglais une dimension qu’il n’avait pas, et signant de grands films dès son arrivée à Hollywood. Mais c’est peut-être avec Notorious qu’il signe son premier authentique immense chef d’œuvre, l’un des sommets du cinéma hitchcockien. Son film peut-être qui illustre le mieux l’une des clés de son cinéma: le « mcguffin ».

Le mcguffin, ce truc dont on ne sait pas exactement ce que c’est, dont on se fout totalement en fait, mais qui permet au suspense d’avancer, c’est en l’occurrence une étrange poudre noire, sans doute de l’uranium. Mais ce pourrait être la recette du Coca ou l’adresse du Père Noël, qu’importe… L’intérêt, c’est que cette poudre nous vaut une extraordinaire scène de suspense, dans la cave, et qu’elle justifie le comportement trouble du « héros », permettant à Hitch d’explorer une nouvelle fois, et de manière plus frontale que dans Soupçons, le côté sombre de Cary Grant.

Cary Grant, formidable en maître-espion froid et manipulateur, qui remise ses sentiments personnels très profondément et laisse celle qu’il aime se corrompre (Ingrid Bergman, superbe et très émouvante, qui trouve l’un de ses plus beaux rôles, parfait mélange de force et de fragilité). Malin, Hitchcock utilise l’habituelle distance de Grant, qui résonne ici avec une justesse et une cruauté sans équivalent.

Et puis tout sonne juste dans ce beau film d’amour et d’espionnage sur fond de fuite des Nazis en Amérique du Sud. Notorious, dont John Woo signera un quasi-remake avec son MI 2, est aussi célèbre pour la très longue scène du baiser, qu’Hitchcock entrecoupe de quelques lignes de dialogues pour passer les barrages de la censure, comme il le fera si souvent par la suite. D’une fluidité exemplaire, le film enchaîne les moments inoubliables, jusqu’à la séquence finale, qui se termine avec une lente marche vers ce qui ressemble fort désormais à un échafaud : les escaliers de la maison. Éblouissant.

Le Procès Paradine (The Paradine Case) – d’Alfred Hitchcock – 1947

Posté : 4 décembre, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Le Procès Paradine

Les procès ont souvent été importants dans les films d’Hitchcock, mais avec presque toujours une manière originale de simplement les évoquer, ou de n’en retenir que quelques fragments. Il n’était donc que justice qu’il consacre un film entier à l’appareil judiciaire. Et de fait, le titre n’est pas trompeur : le procès est bel et bien central dans ce beau film noir, paradoxalement quasiment dépourvu de suspense. En tant que genre, le « film de procès » est pourtant un grand pourvoyeur de frissons. Hitch, forcément, prend le contre-pied.

Il y a pourtant une vraie interrogation au cœur de ce procès : Mrs Paradine a-t-elle tué son mari ? Mais jamais le film ne devient un vrai thriller. Le vrai moteur d’Hitchcock ici, c’est le trouble amoureux que ressent Gregory Peck, amoureux (bien) marié, mais mystérieusement attiré par sa cliente au comportement si trouble. Un sujet très hitchcockien d’ailleurs : le personnage évoque la Joan Fontaine de Soupçons, ou encore le James Stewart de Sueurs froides.

Gregory Peck est très bien dans ce rôle de grand avocat dont la stature tremble. Mais malgré sa prestation impeccable, malgré la présence de l’ogre Charles Laughton (qui nous offre un extraordinaire numéro de vieux dégueulasse, précurseur d’Harvey Weinstein, dans une scène hallucinante de harcèlement « mine de rien »), ce sont les femmes qui captent l’écran dans ce film : c’est à elles que Hitchcock réservent les plus beaux gros plans, et ils sont nombreux ces gros plans, qui semblent aller chercher le trouble caché de ces femmes laissées dans l’ombre dans cet univers très masculin de la justice.

Dans le rôle de la femme méprisée de Laugton, Ethel Barrymore est magnifique et déchirante, à la fois soumise et terrorisée, mais aussi étrangement aimante. Dans le rôle de l’épouse si douce de Gregory Peck, Ann Todd est elle aussi parfaite : condamnée à rester derrière, elle est pourtant le personnage le plus fort, le plus digne de ce microcosme pas si idyllique.

Mais c’est Alida Valli qui a droit aux scènes les plus fortes : les images très fortes de son arrivée en prison, qui contrastent avec l’opulence de son ancienne vie (et de son avocat), et de nombreux gros plans que Hitch lui réserve. Excellent film noir, Le Procès Paradine reste d’ailleurs dans les esprits en grande partie pour ces gros plans, et particulièrement celui, fameux, du prétoire, lorsque la caméra, qui cadre le visage d’Alida Valli, capte l’entrée de Louis Jourdan derrière elle, et sa marche vers la barre des témoins. Un plan incroyable qui mériterait à lui seul de voir le film.

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