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Archive pour la catégorie '1940-1949'

Cagliostro (Black Magic) – de Gregory Ratoff – 1949

Posté : 16 octobre, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, RATOFF Gregory | Pas de commentaires »

Cagliostro Welles

Ça commence avec une idée rigolote : Alexandre Dumas père raconte à Alexandre Dumas fils (joué par Raymond Burr, dans l’un de ses rares rôles de gentils, rôle qui se limite à une scène) le destin de ce Cagliostro qui le hante jour et nuit… Une idée qui, outre la scène d’introduction, permet surtout de justifier une voix off qui vient combler les lacunes du scénario, et qui est complètement oubliée en cours de route lorsque le scénario, justement, s’emballe.

L’écriture, donc, n’est pas le point fort de cette adaptation très libre du roman de Dumas, qui se concentre presque exclusivement sur les dons de guérisseur de Joseph Balsamo, transformé en magicien quasiment surnaturel, dont le regard hypnotiseur n’a rien à envier à celui du Dracula de Bela Lugosi. Sauf qu’ici, le personnage est interprété par Orson Welles. Qui en fait beaucoup, certes, mais plutôt beaucoup moins que dans ses pires moments de cabotinage.

Mais le personnage et ses « pouvoirs » sont tellement outrés qu’on a du mal à y croire vraiment. Surtout que les personnages historiques (Marie Antoinette, le futur Louis XVI) sont, eux, franchement caricaturaux. Mais il y a la beauté des images, et le souffle de la mise en scène. Et sur ces deux points, le film est une franche réussite.

Comme souvent pour les films (les plus réussis d’entre eux en tout cas) dans lesquels il apparaît, la paternité en est souvent accordée à Orson Welles. Ici, le film est signé Gregory Ratoff, uniquement, et un doute plane sur la participation de Welles. Mais le fait est que les images sont souvent magnifiques, avec des cadres profonds et dynamiques qui évoquent les deux Shakespeare (Macbeth puis Othello) qu’il tourne à cette époque.

Ces images, et le rythme trépidant donné à la plupart des scènes, font oublier le manque de liant de l’ensemble, ainsi que le scénario assez approximatif. Et qu’importe les libertés prises avec le roman original : ce Cagliostro là, même s’il n’est pas inoubliable, est un divertissement vif et réjouissant.

La Maison rouge (The Red House) – de Delmer Daves – 1947

Posté : 14 août, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DAVES Delmer | Pas de commentaires »

La Maison rouge

De Delmer Daves, on retient surtout ses formidables westerns, ainsi que son étrange Dark Passage avec un Bogart au visage bandé pendant une bonne partie du film. En oubliant d’autres pépites comme ce Red House aux images envoûtantes, quelque part entre Rebecca et Moonfleet.

Sans atteindre la réussite de ces deux classiques, le film de Daves s’inscrit dans une même thématique : comment mettre en images la perte de l’innocence. Cette question pourrait se résumer à une scène, superbe et terrifiante : la jeune Meg (Allene Roberts), visage de la pureté et de l’innocence baigné de lumière, qui nage vers Edward G. Robinson, silhouette massive et visage fermé, comme hanté par ses propres démons.

Daves filme merveilleusement les mystères qui entourent cette ferme perdue au milieu de la campagne, dans une imagerie digne de Mark Twain : un bois touffu et effrayant, un secret bien gardé, une orpheline qui ignore tout de ses origines, et un jeune homme qui débarque là et perd peu à peu ses illusions.

Il offre à Robinson l’un de ses grands rôles torturés, dont il se faisait une spécialité à l’époque (notamment chez Lang). Mais même en terrain connu, il est formidable. L’image de l’acteur se précipitant dans la nuit et la tempête, hurlant au jeune homme de ne pas traverser le bois, est tout simplement inoubliable.

Et si les autres acteurs n’ont clairement pas son charisme (à l’exception peut-être de Judith Anderson, un peu sous-utilisée hélas), Daves tire le meilleur de la jeunesse de Lon McAllister et de la pureté de Allene Roberts, comme de la beauté un peu hautaine de Julie London, la « mauvaise fille » de l’histoire.

Seules les scènes avec Rory Calhoun, acteur dont j’ai pourtant toujours apprécié la présence, déçoivent. Ses apparitions, coiffure impeccable et luisante, dans le bois, toujours aux aguets, toujours en attente, sonnent faux et ne convainquent jamais. Pour le reste, c’est que du bonheur, comme dirait l’autre.

Les Portes de la nuit – de Marcel Carné – 1946

Posté : 7 juillet, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, CARNÉ Marcel | Pas de commentaires »

Les Portes de la Nuit

Des personnages se croisent, s’aiment et souffrent, dans un quartier populaire au Nord de Paris… Marcel Carné nous referait-il le coup d’Hôtel du Nord ? Pour son dernier film scénarisé par Jacques Prévert, et après une série hallucinante de chefs d’œuvre intemporels, le réalisateur est effectivement en terrain connu, et ne prend pas des tonnes de risques.

Une légère frustration, même, qui vient de l’absence de surprise : on connaît le truc, et on sait que tout ça finira bien mal. Il y a quand même une originalité : le destin personnalité par ce clochard (joué par Jean Vilard) qui annonce ou guide les événements, comme dans ce joli plan où sa main se pose sur celle d’un jeune homme, poussant ce dernier à la bouger et à effleurer celle de la jeune femme qu’il n’osait pas aborder.

Omniprésent, servant de lien entre les personnages, il donne au film une consistance, et une sorte de tranquillité assez envoûtante. Mais pour le reste, le sentiment de déjà-vu empêche le film d’atteindre le niveau des chefs d’œuvre de Carné, malgré la belle musique de Kosma (et l’importance donnée à la chanson des « Feuilles mortes ») et les décors de Trauner (notamment la reconstitution de la station Barbès).

Quant au reste du casting, il est à la fois frustrant (le trop jeune Montand et Nathalie Nattier font un couple pas franchement emballant, et on ne peut qu’imaginer ce qu’aurait été le film avec Gabin et Marlene Dietrich, qui l’ont refusé) et séduisant : Carette, Pierre Brasseur, Saturnin Fabre et Reggianni incarnent (très bien) des personnages qu’ils connaissent bien.

Mais le plus passionnant dans Les Portes de la nuit, ce n’est pas ce réalisme poétique tant vanté, mais la vision que le film donne de ce Paris populaire de la libération, exsangue, affamé, miséreux, et où cohabitent les victimes et les salauds de la guerre. Une vision pas si courante dans le cinéma français, qui plus est contemporain de cette période où tout était à réapprendre.

Le Portrait de Jennie (Portrait of Jennie) – de William Dieterle – 1948

Posté : 6 juillet, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, DIETERLE William, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Le Portrait de Jennie

Un peintre un peu raté rencontre erre dans un Central Park comme hors du temps. Il y rencontre une gamine qu’il décide de peindre. A chaque fois qu’il la revoit, la jeune fille a grandi. Jusqu’à devenir une jeune femme dont il tombe éperdument amoureux.

On pense au Portrait de Dorian Gray bien sûr, avec cette histoire qui joue sur les rapports troublants entre l’art et le temps qui passe, avec ici de superbes paradoxes. Mais on pense davantage encore à Rebecca, et ce n’est évidemment pas un hasard : le film porte la marque de son producteur David O. Selznick, qui tente ici de retrouver la magie du film d’Hitchcock.

Et il n’est pas loin d’y arrive avec ce film romanesque, envoûtant et très ambitieux, où le fantastique n’est, cette fois, pas uniquement évoqué mais abordé frontalement. Qui est cette fillette qui semble sortir du passé et qui grandit à chaque retrouvaille ? Un miracle né de l’art du peintre ? Celui de l’amour ? Celui de son imagination ? Ou simplement une curiosité de l’espace-temps ?

Peu importe bien sûr. Tout est lié, et intimement encore : l’amour, l’art, la vie, l’inspiration de l’artiste… Le plus beau dans ce film, c’est la manière dont les doutes, les errances ou les tourments du peintre influent sur l’atmosphère, souvent feutrée et envoûtante. Dans le rôle du peintre, Joseph Cotten est, comme toujours, très bien, d’une sobriété parfaite, et en même d’une grande profondeur, toute en nuances à peine perceptibles.

Face à lui, Jennifer Jones, protégée de Selznick, est parfaite également, troublante même dans sa manière d’être crédible en gamine autant qu’en jeune femme à la beauté presque insolente. Et quels seconds rôles : Ethel Barrymore émouvante en vieille fille au regard bouleversant ; David Wayne en garagiste philosophe et bonhomme ; et même Lilian Gish qui fait une apparition bien sympathique dans le rôle d’une nonne.

Dieterle, qui avait déjà touché au genre avec le très réussi The Devil and Daniel Webster, signe une mise en scène constamment inspirée, y compris dans le final audacieux et spectaculaire, morceau de bravoure qui, malgré des effets spéciaux qui ont forcément pas mal vieilli, garde toute sa puissance émotionnelle et poétique.

La Dame d’onze heures – de Jean Devaivre – 1948

Posté : 8 mai, 2018 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, DEVAIVRE Jean | Pas de commentaires »

La dame d'onze heures

Dès la séquence d’ouverture, on sent qu’il y a chez Jean Devaivre la même ambition formelle que pour La Ferme des sept péchés, cette envie de bousculer un peu les codes du cinéma. Une volonté que l’on retrouve dans les flash-backs : lorsque la temporalité de l’histoire est bousculée, le point de vue différent est assumé, et les personnages se mettent à parler face caméra. Ce qui pourrait n’être qu’un détail, mais cela donne une vraie originalité au film.

Il ne s’agit pas pour autant de deux films jumeaux. Avec ce film rythmé et plein de vie, Devaivre livre un pur plaisir de cinéma. Crime, mystère, suspense, action, humour… Un film généreux et gourmand, sorte de version live de Tintin, dont certains plans semblent directement tirés (la scène où Paul Meurisse se fait tirer dessus devant une façade parisienne, la nuit dans le parc de la propriété…).

Le film est mené à 100 à l’heure (comme un Tintin) et regorge de rebondissements dont on se moque bien qu’ils soient improbables. D’autant plus que la distribution est éclatante : Pierre Renoir, Palau, ou encore Jean Tissier, qui se plaint de la campagne avec cette réplique définitive : « Ici les animaux sont crus ! »

La Ferme des sept péchés – de Jean Devaivre – 1949

Posté : 7 mai, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, DEVAIVRE Jean | Pas de commentaires »

La Ferme des sept péchés

Un rapide court d’histoire d’abord : Paul-Louis Courier, personnage central de La Ferme des sept péchés, a bien existé. Il était bien un pamphlétaire qui vivait retiré dans une ferme appelée la Chavonnière, au milieu d’une forêt devenue son refuge. Il a bien été révolté par des arrestations arbitraires survenues en pleine nuit dans la petite ville de Luynes en 1816. Et il est bien mort assassiné en 1825, dans des circonstances pleines de zones d’ombre.

Voilà pour le décor. Pour évoquer le destin et le parcours de cet homme, Jean Devaivre rompt radicalement avec les films historiques traditionnels. Son portrait prend la forme d’une enquête policière, menée par un juge d’instruction (truculent Palau) et le procureur de l’empereur (Pierre Renoir, toujours formidable) après la mort de Courier.

Les uns après les autres, tous ceux qui le côtoyaient témoignent. Autant de flash-backs qui présentent une vision forcément subjective de l’homme. Était-il un fervent défenseur des libertés ? Était-il un maître tyrannique et avare ? Était-il un protecteur attentif ? Était-il un mari jaloux ? Dans le rôle principal, Jacques Dumesnil réussit à rester le même tout en glissant des variations parfois à peine perceptibles à son personnage, selon qui est le narrateur. Il est parfait.

Pourtant, malgré la qualité du casting, La Ferme des sept péchés est avant tout un film de metteur en scène, où le réalisme des situations ne prend jamais le pas sur la force évocatrice des images et du montage. Parfois radicaux, souvent audacieux, les choix de Devaivre bousculent constamment. Dès les premières images, successions de plans où les protagonistes livrent face caméra ce qu’ils pensaient de la victime. Et jusqu’à la dernière, où le simplet du groupe tente désespérément de retenir les écrits de Courier qui s’envolent, littéralement et symboliquement.

De Devaivre, je ne connaissais jusqu’à présent que la réputation et l’incarnation qu’en proposait Jacques Gamblin dans le Laissez-passer de Tavernier. Sa découverte est une vraie révélation, même si tout n’y est pas parfait : la vision naturaliste du jeune simplet est un peu… simplette, et longuette. Mais l’ambition et la qualité de la mise en scène, de l’écriture et du montage, sont franchement réjouissantes.

Les Ruelles du malheur (Knock on Any Door) – de Nicholas Ray – 1949

Posté : 2 mai, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BOGART Humphrey, RAY Nicholas | Pas de commentaires »

Les Ruelles du malheur

« Vivre vite, mourir jeune et laisser un beau cadavre. » Une phrase entendue cent fois, et qu’on attribuerait volontiers à James Dean. Pourtant, ce n’est pas dans La Fureur de vivre, mais dans un film que Ray a tourné six ans plus tôt qu’on peut l’entendre, dans la bouche du tout jeune John Derek.

Beau gosse aux allures de gendre idéal, Derek n’est pas un acteur renversant. Mais il a eu la chance d’inspirer quelques grands cinéastes. C’est le cas ici, où son physique lisse et finalement assez peu expressif fait des merveilles. Qui est ce gamin sans grande personnalité, victime d’une naissance défavorable et d’un environnement difficile ? C’est toute la question que se posent les jurés dans ce film-enquête construit autour d’un procès pour meurtre.

Une construction plutôt efficace, qui associe habilement les codes du film de procès et ceux du film social. Humphrey Bogart jouant l’avocat qui défend Derek, en même temps que le principal témoin de sa vie et de sa déchéance, on comprend que la partie procès ait pris une importance peut-être plus grande qu’elle n’aurait dû. La dernière partie, d’ailleurs, se concentre uniquement sur la salle d’audience. Et le film perd un peu de sa force.

On a quand même droit à un beau plaidoyer de Bogart sur l’inégalité des hommes et l’injustice, plaidoyer qui résonne encore parfaitement aujourd’hui. Et il y a quelques détails formidables dans cette salle d’audience : la sueur sur le fauteuil du juge, les doutes qui s’instillent inexorablement sur les visages…

Mais c’est dans les flash-backs que le film est le plus réussi, parce que Ray y livre une vision hors du commun de la pauvreté et des rues mal fâmées, loin de tous les stéréotypes hollywoodiens. Ces ruelles sentent la crasse et l’inconfort, et sont peuplées d’êtres sans illusions, à l’image de ce vieux paumé sans âge qui se fait appeler « junior », surnom qui évoque immédiatement des rêves envolés et une jeunesse perdue.

Ciel rouge (Blood on the moon) – de Robert Wise – 1948

Posté : 17 avril, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, MITCHUM Robert, WESTERNS, WISE Robert | Pas de commentaires »

Ciel rouge

Mitchum dans un western, l’opposition de deux anciens amis, un bad guy qui se rachète… On est clairement en terrain connu dans ce film de Wise, première incursion du jeune cinéaste dans un genre qu’il ne revisitera que rarement (Les Rebelles de Fort Thorn en 1950, La Loi de la prairie en 1956).

Rien de révolutionnaire, donc, d’autant que le film manque un peu de rythme parfois. Mais Wise compense cette faiblesse par une psychologie très développée et assez complexe de ses personnages. Les doutes de Robert Mitchum, ses rapports avec son frère ennemi Robert Preston, ou la trahison familiale de « l’autre » sœur… Le film, sur ce point, renouvelle plutôt habilement une situation maintes fois déclinée dans le western.

Et puis quelques scènes tirent le film vers le haut. La belle séquence d’ouverture notamment, où l’on découvre Mitchum en cavalier solitaire voyageant sous une pluie battante, et dont la fatigue se lit sur le visage et les épaules tombantes. Les scènes d’action sont aussi particulièrement efficaces : une bagarre sèche et brutale dans un bal, ou le très original duel final.

Le film séduit aussi par sa distribution impeccable. Barbara Bel Geddes, Walter Brennan, Charles McGraw… Que des gueules qui ont ce don pour rendre chacune de leurs scènes marquantes. Le film leur doit beaucoup.

L’Ange et le mauvais garçon (Angel and the Badman) – de James Edward Grant – 1947

Posté : 9 avril, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, GRANT James Edward, WAYNE John, WESTERNS | 1 commentaire »

L'Ange et le mauvais garçon

Scénariste réputé (on lui devra de nombreux films avec John Wayne, dont son Alamo), James Edward Grant n »a réalisé que deux films, dont cet excellent western pacifique, charmant et très original.

La toute première image semble donner le ton : John Wayne déboule dans le champs de la caméra sur son cheval, se retourne, et tire sur ses poursuivants… C’est donc à un western tout en bruit et en fureur que l’on va assister. Raté : ces coups de feu pré-génériques sont les seuls que Duke tirera de tout le film.

Blessé, le voilà recueilli par une famille de quakers qui bannit la violence de sa vie, estimant que ce qui peut arriver de pire à un homme, c’est d’en tuer un autre et d’ainsi perdre son âme. Malgré la chaleur des parents et les beignets faits maison, il s’en ficherait sans doute, notre Duke, s’il n’y avait la fille de la maison, qui a la douceur piquante de Gail Russell.

Et elle n’a pas froid aux yeux, cette petite quaker, dont le franc parler et l’absence de détour réussissent à faire rougir cet aventurier de John Wayne, pourtant habitué à une vie de débauche et aux filles faciles. On la voit venir, la belle rédemption. Le drame aussi, avec ce salaud de Bruce Cabot qui est bien décidé à dessouder le repenti.

Charmant, donc, mais pas naïf pour autant : si on voit bien qui est le mauvais garçon, on a un sérieux doute sur la question de « l’ange » : est-ce réellement Gail Russell, et son sourire qui vous pousserait à accepter la mort sans rechigner ? Ou est-ce ce vieux briscard de Harry Carey, toujours impeccable en shérif qui semble constamment sortir de nulle part, le fusil à la main ?

La question est posée : Angel and the Badman n’est pas totalement aussi pacifique qu’il le prétend. C’est en tout cas une grande réussite, portée par des comédiens absolument réjouissants.

En marge de l’enquête (Dead Reckoning) – de John Cromwell – 1947

Posté : 3 avril, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BOGART Humphrey, CROMWELL John | Pas de commentaires »

En marge de l'enquête

A peu près zéro prise de risque cette fois, pour un Bogart qui recycle son image de justicier inflexible, avec laquelle il enchaînait les films immenses à cette époque. Son personnage n’est pas inintéressant, vétéran de la guerre qui cherche à venger la mort de son ami, et qui avance constamment dans le flou, sans jamais avoir le moindre pas d’avance sur le spectateur. Un parti-pris qui, pour le coup, le rend humain et vulnérable, ce dont on ne se plaindra pas.

Mais quand même, il y a une impression tenace de déjà-vu dans ce film noir qui se contente en grande partie de pomper les déjà grands classiques du genre. Il y a du Grand Sommeil dans la manière de complexifier l’intrigue et de s’interroger sur le rôle que joue la femme, forcément fatale (Lizabeth Scott, toujours excellente et envoûtante avec sa belle voix grave et traînante). Et pourquoi pas d’ailleurs : ce n’est pas le premier ni le dernier film à prendre modèle sur le chef d’œuvre de Hawks.

En revanche, les pillages à peine déguisés sont nettement moins pardonnables : la référence omniprésente à l’odeur de jasmin que ressasse Bogart tout au long du film rappelle furieusement le chèvrefeuille d’Assurance sur la mort. Et la réplique de Bogie qui s’apprête à lâcher celle qu’il aime (« Don’t you love me ? – That’s the tough part of it, but it will pass ») est un copié-collé éhonté du Faucon maltais.

Pas désagréable pour autant : Bogart assure le spectacle, en particulier dans son face-à-face avec l’homme de main joué par Marvin Miller. Il y a entre ces deux-là une tension dont on sent dès leur première rencontre qu’elle est explosive. Le film aurait cependant gagné à être dirigé par un réalisateur plus à l’aise avec le genre. John Cromwell fait le travail proprement, mais sans éclat.

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