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Les Sept Amoureuses (Seven Sweethearts) – de Frank Borzage – 1942

Posté : 6 mai, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

Les Sept Amoureuses

Il y a bien sûr des thématiques très fortes dans l’œuvre de Borzage (je ne reviens pas dessus, relisez donc les précédentes chroniques). Il y a aussi des cycles très cohérents, et parfois étonnants, comme ce très pointu duo de films évoquant le poids des traditions ancestrales sur fond de tulipes, que Seven Sweethearts forme avec The Vanishing Virginian.

N’ayant point (encore) vu ce dernier, je me garderais bien d’aller plus loin dans le parallèle. Le film qui nous intéresse ici s’inscrit aussi dans une veine plus large de Borzage : la fantaisie romantique qui met en valeur les talents vocaux de ses interprètes. Et comme souvent, si mignonnet soit le trémolo (et le petit nez retroussé, mais ça n’a rien à voir) de Kathryn Grayson, ces intermèdes chantés ne sont clairement pas ce qu’il y a de plus emballant.

On est d’abord frappé par la vision que donne Borzage de cette petite ville du Michigan, où les vieilles traditions hollandaises sont omniprésentes. Une vision de carte postale, que découvre un journaliste new yorkais (Van Helfin, très bien en faux cynique) venu couvrir la très populaire fête des tulipes, quelque part entre Brigadoon et le Punxsutawney d’Un jour sans fin.

Dès son arrivée en ville, il découvre les habitants se répondant en musique d’un bout de la place centrale à l’autre. L’un des musiciens (le truculent S. Z. Sakall) est aussi le propriétaire de l’hôtel du coin. Mais un hôtel sans enseigne (pour pouvoir choisir ses clients) et sans clé aux portes, où on peut rester des mois sans payer sa note, et où tous les employés sont des jeunes femmes séduisantes portant des prénoms de garçons : les filles du proprio, qui a toujours voulu avoir un garçon.

Souvent, Borzage utilise des décors au bord de la caricature pour mieux symboliser la violence de son époque. Ici, il est comme hors du temps, coupé des réalités du monde malgré quelques vagues références (« Les temps changent, les traditions doivent évoluer »). Pour le moins étonnant, mais charmant, au final. La touche Borzage est bien là : cette manière si personnelle de filmer l’intimité qui naît entre un homme et une femme.

Van Heflin tombe donc sous le charme de chacune des sept filles de la maison, avant de découvrir le vrai sentiment amoureux avec l’une d’elles. Sauf que le papa est arc-bouté sur ses traditions, qu’il n’est pas envisageable de marier l’une de ses filles avant l’aînée (et les prétendants attendent depuis des mois avec une impatience grandissante), et que l’aînée, une égoïste égotiste, voit dans ce nouveau venu un billet pour la gloire à New York.

Romance, quiproquos, rebondissements… et un charme indéniable pour ce Borzage mineur et sans grande surprise, mais tellement charmant. La Borzage touch…

Chagrin d’amour (Smilin’ through) – de Frank Borzage – 1941

Posté : 3 mai, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

Chagrin d'amour

Pour son premier film en couleur (si on excepte le Billy le Kid qu’il a commencé la même année, sans être crédité), Borzage signe un remake assez fidèle de deux films tournés par Sidney Franklin en 1922 (avec Norma Talmadge) et 1932 (avec Norma Shearer). L’utilisation du Technicolor est d’ailleurs loin d’être anodine : avec ses tons sombres et automnales, le film met joliment en images les troubles du cœur et de l’époque.

Le film est un remake, mais ce sont des thèmes très borzagiens que l’on y retrouve : l’amour par-delà la mort, la menace de la guerre, le coup de foudre, les débuts difficile d’un couple… Il y a aussi ces destins qui se répondent ou se répètent d’une génération à l’autre, déjà à l’œuvre dans The Circle par exemple. Bref : une histoire taillée sur mesure pour le grand Frank, qui signe d’ailleurs un fort joli mélodrame, plein de beaux moments en état de grâce.

C’est l’histoire d’une jeune femme élevée en Angleterre par un oncle hanté par la mort de sa jeune épouse, des décennies plus tôt. La nièce tombe amoureuse d’un Américain de retour sur la terre familiale, et dont on découvre qu’il est le fils du type qui a assassiné la femme du tonton. Autant dire que ce tonton, si bon soit-il, voit cette idylle d’un bien mauvais œil. Jusqu’au jour où le jeune amant part pour les tranchées…

Il y a là matière à un gros mélo bien lacrymal. Mais Borzage évite l’écueil avec sa délicatesse habituelle. La guerre, que le cinéaste évoque dans tant de films sans en montrer grand-chose, n’est ici qu’une menace à peine perceptible : les bruits de canons au loin, des vitres qui tremblent… Mais c’est une menace constante qui annonce guerre, morts, et séparations. Mais c’est hors champs que se joue cette guerre, dès le très beau plan du départ de Gene Raymond, l’acteur sortant du cadre et les carrés de lumière figurant la marche du train, beau clin d’œil au fameux plan de L’Opinion publique.

Le bémol, c’est le caractère musical du film. Comme d’autres Borzage avant lui (Song o’ my heart, ou les films qu’il a tournés avec Dick Powell, Flirtation Walk et Shipmates forever), celui-ci est fait pour mettre en valeur les talents vocaux de sa star. Jeanette MacDonald en l’occurrence, bonne actrice et bonne chanteuse, mais dont les airs un peu vieillots d’opérette et la voix cristalline de cantatrice finissent par lasser.

Entre deux chansons, heureusement, on retrouve la vérité des rapports humains : ceux si romantiques de la belle et de Gene Raymond (« It’s so wonderful : opening my eyes and seeing you »), les deux acteurs interprétant par ailleurs également les rôles de l’épouse assassinée et de son meurtrier dans un long flash-back. Mais aussi l’amitié entre le tonton (Brian Aherne) et le révérend du village (Ian Hunter) belle histoire d’une tendre fidélité entre deux hommes vieillissants.

Le Réfractaire (Billy the Kid) – de David Miller (et Frank Borzage) – 1941

Posté : 30 avril, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BORZAGE Frank, MILLER David, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Réfractaire

OK, le film n’est pas signé par Borzage, qui en a laissé les rênes en cours de route à David Miller, lui-même ayant d’autres obligations sur le feu. N’empêche : c’est lui qui est à l’origine du projet, lui qui a commencé le tournage, et ça a déjà son importance : ce Billy the Kid marque les retrouvailles (certes avortées) de Borzage avec le genre de ses débuts.

Il y a plusieurs éléments qui laissent penser que Borzage peut revendiquer au moins une partie de la paternité de ce film. Le choix de Robert Taylor (décidément très bon acteur) pour commencer, et surtout les liens d’amitié quasi-fraternels qui l’unissent au personnage de Brian Donlevy, excellent dans un rôle nettement plus tendre et complexe que ceux auxquels le western l’a souvent cantonné.

Une scène est particulièrement étonnante, se moquant ouvertement des conventions du genre : la première rencontre entre Taylor et Donlevy. Le premier a été embauché par un riche propriétaire (très méchant, Gene Lockhart) pour effrayer le bétail d’un autre riche propriétaire (très gentil, Ian Hunter). Lors d’une attaque de nuit, les deux hommes sont sur le point de s’entre-tuer lorsqu’ils se reconnaissent… Et alors que c’est un bordel pas possible autour d’eux, ces deux amis d’enfance oublient qu’ils sont dans deux camps opposés et se boivent un café, conscients que leur amitié prime, et que tout ça n’est qu’un boulot…

Cette séquence formidable donne le ton. Le film privilégie les rapports humains à l’action pure. D’ailleurs, les deux morts majeures se déroulent hors écran. Hors champs aussi : l’annonce de l’une de ces morts, dont on ressent pourtant toute la force avec cette image poignante des ombres s’arrêtant de danser derrière une fenêtre.

Le film prend des libertés énormes avec la vérité historique. Billy le Kid n’est d’ailleurs utilisé que pour ce que véhicule ce nom légendaire. L’âge souvent décrié de Robert Taylor (il a 30 ans) n’a ainsi aucune importance. Seule compte la formidable complicité mise à mal entre le Kid et son ami de toujours, baptisé Jim Sherwood dans le film, mais évidemment très inspiré de Pat Garrett.

Pour autant, Billy the Kid n’est ni une bluette, ni un film contemplatif, mais un beau western admirablement tendu, au rythme impeccable malgré des chevauchées filmées sur des transparences discutables. La mise en scène y est pour beaucoup, qui met superbement en valeur les paysages de Monument Valley notamment, avec une approche très différente de celle de Ford.

Cet aspect-là laisse penser que David Miller a lui aussi su mettre sa patte sur le film, lui qui saura si bien filmer l’Ouest plus très sauvage mais somptueux dans son chef d’œuvre, Seuls sont les indomptés. Il y a d’ailleurs quelques points communs entre le « réfractaire » joué par Taylor et le cow-boy perdu dans le 20e siècle que jouera Kirk Douglas.

Docteur Cyclope (Doctor Cyclops) – d’Ernest B. Schoedsack – 1940

Posté : 23 avril, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, FANTASTIQUE/SF, SCHOEDSACK Ernest B. | Pas de commentaires »

Docteur Cyclope

Sept ans après Les Chasses du Comte Zaroff et King Kong, Schoedsack signe une autre réussite, certes relativement mineure mais indéniable, sorte de lien improbable entre ses deux grands classiques, entre le fantastique et l’épouvante, entre le film de monstres et le film de savants fous.

Le « cyclope » du titre est de fait un savant visiblement franchement dérangé (Albert Dekker, toujours inquiétant), qui mène de mystérieuses expériences au cœur de la jungle amazonienne, et que rejoint bientôt un petit groupe de scientifiques : un savant quasiment aveugle, qui prend bientôt les allures d’un géant pour ses nouveaux compagnons, transformés en êtres miniatures.

Oui, parce qu’il est question d’un immense gisement de radium, et d’une découverte scientifique du genre de celles qui transforment les scientifiques en dieux. Mais qu’importe : à part l’usage quasiment inédit du Technicolor dans un genre plus habitué au noir et blanc (avec de beaux effets impressionnants qui font oublier les quelques tâches baveuses), l’unique intérêt du film réside dans la confrontation de ces hommes et femmes hauts de 25 centimètres avec leur ennemi et leur environnement hostile.

C’est la raison d’être du film, et le défi est formidablement relevé : entre transparences et décors géants, Schoedsack surmonte les contraintes insondables de son histoire sans jamais cherche ni la facilité, ni l’effet facile. Les trucages, qui restent impressionnants, sont constamment et entièrement au service du rythme et du récit.

On sent que ce sont les trucages qui se plient aux besoins de la narration, et pas la caméra qui répond aux contraintes des trucages, et ça fait toute la différence. Le film est ainsi d’une fluidité rare. Et même si Docteur Cyclope n’atteint pas les sommets des deux grands chefs d’œuvre de Schoedsack, il a tout d’une petite madeleine gourmande pour ceux qui, comme moi, l’ont découvert jeune, sans le revoir durant quelques décennies. Un petit plaisir pas coupable.

L’Appel des ailes (Flight Command) – de Frank Borzage – 1941

Posté : 21 avril, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

L'Appel des ailes

Borzage renoue avec ses films à la gloire de l’armée américaine, mais dans un genre très différent de Flirtation Walk ou Shipmates forever, ses deux films musicaux portés par Dick Powell. Disons que Flight Command, malgré les points communs évidents avec les deux précédents, d’un strict point de vue de l’histoire, est nettement plus conforme à « l’esprit Borzage ».

Un film romantique, donc, qui évoque l’intimité qui se crée entre un jeune pilote tout juste sorti de l’école, et la femme de son officier. Mais un film aussi, et surtout, sur le devoir, le courage et la fidélité. Édifiant, mais d’une efficacité imparable, grâce une nouvelle fois à la délicatesse infinie de Borzage, qui pourrait transformer n’importe quelle niaiserie en moment de grâce.

On est cela dit loin de la niaiserie. Même si le film fait figure d’aimable curiosité dans une filmographie alors surtout marquée par les chefs d’œuvre (son précédent film était The Mortal Storm), Borzage séduit avec cette histoire qui magnifie le sentiment fraternel de l’armée. Après Trois camarades et avant Billy the Kid, il offre à Robert Taylor un nouveau rôle en or.

Celui d’un jeune cadet donc, plein de fougue, frimeur, dragueur, fanfaron et un rien hautain, intégré dans la fameuse escadrille des Hell Cats dès sa sortie de l’école. Là, il commence par crasher son avion, avant de faire foirer une manœuvre aérienne et de semer le trouble dans le cœur de la jolie épouse du bon officier (la belle c’est Ruth Hussey, son mari Walter Pidgeon). Autant dire qu’il ne fait pas l’unanimité.

Le sentiment d’exclusion, le tiraillement entre le devoir et les sentiments, l’acte héroïque qui rachète tout… L’histoire est balisée, mais le scénario réserve des tas de petits moments savoureux (le crash inaugural) ou admirablement tendus, comme ces belles scènes aériennes. Même là, avec un budget visiblement conséquent et l’ampleur de son histoire, Borzage privilégie les personnages et l’intimité, en cadrant visages et regards. Sans pour autant sacrifier à l’aspect spectaculaire de son film.

Le Cargo maudit (Strange Cargo) – de Frank Borzage – 1940

Posté : 16 avril, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

Le Cargo maudit

Un prisonnier multiplie les tentatives pour s’évader du bagne de Guyane où il croupit, et rencontre une belle entraîneuse de cabaret… Clark Gable, brutal et mal rasé ; Joan Crawford, vénéneuse et impeccablement maquillée même au milieu des marécages…

Borzage renoue avec le cinéma d’aventures, genre qui a marqué ses débuts derrière la caméra, et qu’il avait déserté depuis une bonne quinzaine d’années. Une récréation dans l’œuvre du cinéaste ? Le signe d’une panne d’inspiration ? L’envie d’un cinéma moins personnel ? Les premières minutes laissent effectivement penser que Borzage est, pour le coup, un simple faiseur sur ce véhicule taillé pour le couple star, réuni pour la huitième (et dernière) fois.

Et puis non. Certes, Borzage remplit le cahier des charges du bon film d’aventures, avec ses personnages rudes, son couple glamour, son suspense et ses scènes d’action. Mais avec Strange Cargo, le cinéaste signe aussi son film le plus mystique. Le plus religieux, même. La bascule se fait après la première évasion de Gable, et la soudaine apparition du personnage de Cambreau, sorti d’on ne sait où pour prendre la place de l’évadé dans les rangs des prisonniers…

Qui est ce Cambreau ? Un homme, un ange, un diable ? Borzage ne laisse guère planer le doute, multipliant les références bibliques par la seule force des images : la lumière qui vient frapper son visage à plusieurs reprises semble venir du Ciel ; celle, ouvertement christique, de Cambreau dans l’eau, comme crucifié, enfonce le clou. Ian Hunter est l’interprète idéal de ce personnage inattendu, lui à qui Borzage confiera encore un rôle de quasi-Saint de Billy the Kid, puis de révérend dans Smilin’ through.

Borzage n’est pas le seul cinéaste américain à accorder une si grande place à la religion et à la foi, loin s’en faut. Mais lui est peut-être le seul à savoir le faire aussi frontalement sans jamais tomber dans la niaiserie, et même en touchant du doigt la pure beauté. Grâce à sa délicatesse infinie, et à sa manière de faire naître l’intimité entre ses personnages. C’est encore une fois l’une des grandes forces de ce film, notamment sur la longue séquence du bateau, où la mise en scène et les cadrages font naître les couples en les isolant.

Ou comment faire d’un film de série taillé pour un couple de stars une œuvre originale, belle et personnelle…

La Tempête qui tue (The Mortal Storm) – de Frank Borzage – 1940

Posté : 3 avril, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BOND Ward, BORZAGE Frank, STEWART James | Pas de commentaires »

The Mortal Storm

Encore un chef d’œuvre à mettre au crédit de Borzage, qui vit alors un second âge d’or de sa carrière, après celui de la fin du muet. Un Borzage très en phase avec les affres de son époque, qui conclut ici une sorte de trilogie informelle consacrée à la montée du nazisme en Allemagne, après Little Man, what now ? (où les premiers signes de haine et de totalitarisme se banalisaient) et Three Comrades (qui allait plus loin encore).

Sublime héroïne tragique de ces trois films, Margaret Sullavan est une nouvelle fois au cœur de The Mortal Storm, pour lequel Borzage fait un petit saut dans le temps. Nous voilà désormais en 1933, dans une petite ville du Sud de l’Allemagne que la proximité des montagnes semble devoir préserver des soubresauts de l’époque. Le film commence d’ailleurs comme une fable bienveillante, où le père de Margaret, professeur respecté et aimé de tous, fête joyeusement ses 60 ans entourés de ses proches.

Mais en plein repas d’anniversaire, la radio annonce l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Et là, un vent glacial semble sortir de la caméra de Borzage qui, sans en rajouter, filme la joie exhubérance des beaux-fils du prof (parmi lesquels Robert Stack) et d’un ami étudiant (Robert Young), et l’angoisse mutique d’un autre étudiant (James Stewart) et du vieux patriarche. Qui n’est pas exactement l’incarnation parfaite du bon Aryen.

Ce repas d’anniversaire flottera comme un fantôme terrible sur la suite des événements… Parce que les vœux d’harmonie perpétuelle ne tardent pas à voler en éclat, chez cette jeunesse qui découvre les bienfaits de l’intolérance et du totalitarisme, face à ce professeur qui découvre avec horreur l’échec généralisé de toutes les valeurs qu’il pensait avoir transmises à ses élèves.

En se concentrant sur ce microcosme comme coupé du monde, loin en tout cas des grands mouvements populaires de Berlin ou des inquiétudes du reste du monde, Borzage signe l’un des films anti-nazis les plus forts et les plus bouleversants qui soit. On n’est qu’en 1940, et l’Amérique reste encore très en retrait des événements qui se déroulent en Europe. The Mortal Storm est ainsi l’un des premiers films hollywoodiens à dénoncer le Nazisme avec autant d’acuité et d’engagement, évoquant déjà les camps et tout l’aveuglement meurtrier du régime nazi.

Peu de films ont décrit avec autant de force l’aliénation d’un pays, et les effets sur la vie d’individus balayés par cette « tempête » soufflée par la folie des hommes. Borzage entremêle l’intime et le spectaculaire, et fait naître l’horreur, la terreur et l’émotion de petits détails, d’un simple regard, d’une ombre sur un mur, ou de ce plan bouleversant des mains de Mme Breitner serrant la coupe de mariage, objet symbolique du film.

Il y a une vérité incroyable qui se dégage du film, et de ses personnages. Pas une faute de goût dans le choix des acteurs. Margaret Sullavan et James Stewart (le couple hongrois inoubliable de The Shop around the corner) forme un couple romantique et tragique. Ils sont tous les deux magnifiques.

Cette femme est mienne (I take this woman) – de W.S. Van Dyke (et Josef Von Sternberg, et Frank Borzage) – 1940

Posté : 1 avril, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BORZAGE Frank, VAN DYKE W.S., VON STERNBERG Josef | Pas de commentaires »

Cette femme est mienne

Une production chaotique, de multiples interruptions de tournage, une valse des réalisateurs : Von Sternberg débarqué, remplacé brièvement par Borzage, puis par W.S. Van Dyke qui signe le film, un couple d’acteurs qui semble ne pas s’être super bien entendu… I take this woman a toutes les raisons d’être un film bâtard et poussif. Ô miracle, il n’en est rien.

C’est même un très joli film que réussit… ce triumvirat informel. Et un film qui commence fort, avec Spencer Tracy qui met K.O. Hedy Lamar d’un coup de poing en pleine figure tout à fait volontaire, après deux minutes à peine ! Il faut dire que la belle, riche oisive plaquée par son amoureux, était sur le point de se jeter à l’eau, en pleine traversée de l’Atlantique. Il faut dire aussi que Spencer est toubib, et qu’il est donc bien placé pour savoir quand un bon coup de poing est l’unique solution pour calmer une hystérique.

Bien sûr, ces deux-là vont tomber amoureux. Et bien sûr, ces deux-là vivent dans des mondes radicalement différents : lui soigne les pauvres dans une clinique gratuite, et il est particulièrement heureux de sa situation. Elle cherche un sens à sa vie, elle va le trouver grâce à lui… Le thème est très borzagien, ce qui laisse penser que notre cinéaste préféré s’est investi un peu plus que ce qu’on veut bien dire dans la production. Le film s’inscrit d’ailleurs parfaitement dans sa filmographie : on y retrouve son romantisme, le naturel de ses histoires d’amour, mais aussi son refus du manichéisme.

Spencer Tracy aussi, que Borzage a déjà dirigé dans trois très beaux films, et qui est encore une fois formidable de naturel et d’intensité. Le couple qu’il forme avec Hedy Lamar, malgré les tensions sur le plateau, est irrésistible. Il faut dire que l’actrice est absolument magnifique dans ce rôle humble et presque en retrait. Il se dégage de ce couple comme une évidence que l’on retrouve dans tous les couples du cinéma de Borzage.

Et puis on croise Louis Calhern, Jack Carson ou Paul Cavanagh, et des tas de seconds rôles filmés avec une bienveillance réjouissante. Un pur plaisir, donc. Quand même… la dernière scène lorgne tellement ouvertement du côté de Frank Capra que ce final manque de naturel pour le coup, et que l’émotion qu’on en entend reste superficielle. Un simple bémol, rien de plus…

Le Cabaret des Etoiles (Stage Door Canteen) – de Frank Borzage – 1943

Posté : 30 mars, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

Stage Door Canteen

C’est tout Borzage ça : même quand il signe un film entièrement dédié à l’effort de guerre, il faut que son légendaire romantisme prenne le dessus et s’impose. Et voilà peut-être le plus conceptuel de tous les films d’efforts de guerre, film qui ne parle que de l’effort de guerre, et ne montre que des gens qui participent à l’effort de guerre… sans jamais rien montrer de cette guerre pourtant omniprésente dans l’esprit de tous.

Ce « cabaret des étoiles », c’est un lieu où tous les soldats en partance pour le front peuvent passer une soirée gratuitement, profitant du buffet à volonté et de spectacles sans rien débourser. Mieux : le tout Hollywood met la main à la pâte et consacre du temps à monter sur scène, ou à accueillir les clients, voire même à touiller la purée…

L’occasion de croiser des tas de célébrités oubliées, et d’autres moins comme George Raft, William Demarest, Jane Darwell, Judith Anderson, Harpo Marx, Johnny Weissmuler (qui se met torse-nu en cuisine), Ed Wynn, Merle Oberon ou la grande Katherine Hepburn, à qui on réserve in fine le beau rôle. L’occasion aussi d’enchaîner les morceaux musicaux, plus ou moins intéressants et plus ou moins oubliables.

L’essentiel est ailleurs : dans la capacité qu’a Borzage de transformer ses personnages en symboles de tous les jeunes soldats américains (ils s’appellent Texas, Dakota ou Oklahoma), tout en réussissant à leur donner une vraie profondeur. L’émotion naît ainsi lorsqu’un G.I., plateau repas à la main, se met à échanger les dialogues de Romeo et Juliette avec Katharine Cornell, qui fut une Juliette très remarquée dix ans plus tôt à Broadway. Ou quand un jeune homme cherche maladroitement à embrasser une femme pour la première fois…

Stage Door Canteen, c’est un show géant taillé pour booster le moral des troupes. Avec ses passages obligés : les Chinois et les Russes sont les alliés des Etats-Unis, on leur consacre donc une séquence à chacun. Pas grand-chose non plus sur la mort et la peur, la solidarité et la notion de groupe dominant tout. Mais Borzage ne prend pas son sujet à la légère. Sa caméra va au contact de ses personnages, au plus près, avec de beaux mouvements et des images fortes, comme ce gros plan sur un violoniste plein d’émotion, qui évoque curieusement Humoresque, premier gros succès authentiquement borzagien…

Laura (id.) – d’Otto Preminger – 1944

Posté : 14 mars, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, PREMINGER Otto, TIERNEY Gene | Pas de commentaires »

Laura

Bien sûr, il y a Gene Tierney, tellement belle et envoûtante qu’elle revient d’entre les morts par le seul désir du flic qui enquête sur son assassinat. Mais il y a aussi Dana Andrews, acteur tellement économe qu’on en oublierait presque qu’il est génial. Sa manière d’écouter, de donner la réplique, ou encore de créer une relation avec la domestique par quelques mots simples… sont autant de preuves de son exceptionnelle générosité d’acteur.

C’est un couple d’acteurs absolument merveilleux que filme Preminger dans ce classique, ce chef d’œuvre, bref ce monument du film noir qu’est Laura (un couple qu’il retrouvera dans le tout aussi beau Where the sidewalk ends). Un film sur lequel tout a été dit depuis longtemps, et qui continue à semer le trouble.

Que signifie vraiment cette apparition de Laura ? Elle ouvre la porte à toutes les interprétations, et c’est la force du film : Preminger ne referme aucune des portes que cette apparitions ouvre. Fantasme, rêve, ou rebondissement incroyable ? Il y a ce tableau qui fascine le policier, ce sommeil qui le gagne, et puis un simple mouvement de caméra qui donne au spectateur-cinéphile un indice troublant. Mais au fond, chacun peut voir dans Laura ce qu’il veut.

Bien sûr, on peut trouver que la manière dont la belle tombe sous le charme du flic, qui ne fait rien pour se rendre aimable, est un peu trop facile. Mais cela ne fait que renforcer le trouble. Et cette scène centrale de la réapparition n’est pas le seul élément troublant, quand on pense à la question du narrateur. Le point de vue est clairement celui de Dana Andrews. Pourtant, c’est la voix off de Waldo Lydecker, le protecteur de Laura (Clifton Webb, dans le rôle de sa vie), qui introduit le film. Alors ?…

Qu’elle soit le fantasme d’un flic ou la création d’un vieux beau, Laura est un personnage fascinant, jeune femme irrésistible ayant l’incroyable faculté de mal s’entourer, entre le lâche et minable fiancé Vincent Price, la froide tante Judith Anderson, et ce grand manipulateur qu’est Waldo. Quant au flic, volontiers brutal et refrénant ses accès de colère, est-il vraiment meilleur ?

Laura pose bien plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Mais ces questions prolongent durablement le plaisir immense que l’on prend devant ce film fascinant, terrible, effrayant aussi, avec une séquence finale formidable qui laisse haletant. Un chef d’œuvre, définitivement.

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