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Archive pour la catégorie '1930-1939'

Fascination (Possessed) – de Clarence Brown – 1931

Posté : 26 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1930-1939, BROWN Clarence | Pas de commentaires »

Fascination

Ce n’est pas n’importe qui, Clarence Brown. Surtout connu pour être le réalisateur de quelques-uns des meilleurs films de Greta Garbo (parmi lesquels la version parlante d’Anna Karénine), Brown vaut bien plus que cela, et s’est imposé comme un cinéaste enthousiasmant de la fin du muet et du début du parlant.

Une scène, au début de ce Possessed, souligne à la fois l’ambition et la maîtrise narrative du réalisateur : la jeune héroïne jouée par Joan Crawford, qui se lamente de son sort d’ouvrière, découvre un nouveau monde en observant la vie des riches et de leurs employés à travers les fenêtres d’un train luxueux qui passe lentement devant elle. Un moment merveilleux et totalement inattendu.

Une jeune femme convoitée par un ami d’enfance qui préfère se tourner vers un homme plus fortuné… L’histoire semble avoir été vue mille fois, même en 1931. Mais Brown réinvente totalement ce triangle amoureux. Avec un ton original d’abord, mélange de gravité et de dérision, où l’humour et la cruauté ne sont jamais vraiment loin l’un de l’autre.

Et puis les personnages eux-mêmes sont loin des clichés attendus. L’ami de toujours (Wallace Ford, très bien) n’est pas le chevalier blanc que l’on croit. Quant au très riche et très séducteur Clark Gable, il est lui aussi plein de surprises. Et le couple qu’il forme bientôt avec Joan Crawford est formidablement beau et attachant. Tellement, même, que pendant une bonne partie du métrage, on se demanderait même presque quel est l’enjeu du film…

Presque, parce que l’étude de caractère est simplement belle, et le rythme donné par Brown absolument parfait. Possessed (drôle de titre, quand même) est en fait un vrai feel-good movie, une magnifique histoire d’amour aussi atypique que touchante.

Au nom de la loi – de Maurice Tourneur – 1931

Posté : 9 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Au nom de la loi

Revenu en France depuis l’avènement du parlant, Tourneur père s’est plutôt bien acclimaté aux méthodes de son pays natal. Comme Justin de Marseille, autre grande réussite de cette époque, Au nom de la loi, adaptation d’un roman policier, est un film dont l’audace et la splendeur visuelle rappellent les grandes heures de son œuvre muette.

Tourneur y filme des images sidérantes des bas-fonds de Paris et de lieux « interlopes » comme on disait alors, où la pègre se livre à ses basses besognes. Des lieux plein de dangers où on sent que la violence peut surgir de n’importe où. Une vision réaliste, mais pleine de belles idées de cinéma : ces chaussures qui bougent derrière un rideau, font froid dans le dos avant de révéler qu’elles sont en fait mues par… des chatons.

Il y a là une vision étonnante aussi des relations entre policiers et truands, d’une dureté qui frappe les esprits (les scènes de fusillades et d’empoignades sont d’une brutalité étonnante pour l’époque). Mais après un interrogatoire musclé et tendu, le flic Charles Vanel offre au suspect qu’il a durement cuisiné un verre de vin… Il y a une sorte de respect entre les uns et les autres, tous fréquentant les mêmes lieux, connaissant les mêmes personnes, et naviguant dans les mêmes eaux.

On ne trouvera d’ailleurs pas grand monde pour accuser ce jeune policier qui flirte avec la principale suspecte, quitte à oublier son devoir… Passionnant « polar », Au nom de la loi est aussi une formidable galerie de portraits souvent troubles. Un chef d’œuvre à redécouvrir.

Autant en emporte le vent (Gone with the wind) – de Victor Fleming – 1939

Posté : 30 octobre, 2016 @ 8:00 dans 1930-1939, BOND Ward, FLEMING Victor, WESTERNS | Pas de commentaires »

Autant en emporte le vent

Y a-t-il un film qui symbolise mieux que celui-ci ce que fut l’âge d’or d’Hollywood ? Sa démesure, son ambition, mais aussi sa capacité à transcender les émotions et, tout simplement, raconter des histoires. Deux séquences résument la richesse de ce film fleuve de plus de trois heures trente.

La première, c’est bien sûr le siège d’Atlanta, et l’incendie incroyablement spectaculaire auquel cherchent à échapper les héros, qui traversent dans leur chariot une ville plongée dans le chaos, où tout est mouvement et menace. Une séquence d’anthologie, avec des dizaines de figurants, des décors grandioses et une superbe lumière rouge dramatique.

La seconde en est l’antithèse : dans une petite pièce fermée, un groupe de femmes attend avec angoisse le retour de leurs hommes. Elles ne se parlent pas vraiment : l’une d’elles lit aux autres un roman de Dickens pour tromper leur anxiété. Rien de spectaculaire dans cette scène, rien de remarquable non plus dans ce décor presque austère, mais une tension palpable.

Ce monument du cinéma, c’est aussi la vision d’un homme, David O. Selznick, producteur et seul maître à bord. C’est lui qui a voulu cette adaptation du roman de Margaret Mitchell. C’est lui qui a choisi les acteurs, imposant le casting le plus couru de toute l’histoire du cinéma pour le rôle central de Scarlett O’Hara. C’est lui aussi qui a confié les rênes du projet à Victor Fleming.

Mais à quel point Fleming a-t-il su simposer sa marque ? Difficile à dire. Tourné à la même époque, son Docteur Jekyll et Mr. Hyde était une belle réussite, mais n’avait rien de comparable avec la flamboyance de Gone with the wind. Peu importe finalement. Ce qui compte, c’est le souffle de la mise en scène, la beauté des images.

On est loin du cinéma vérité qui sera en vogue quelques décennies plus tard : tourné en studio, le film est basé sur une perpétuelle recherche esthétique, avec des couleurs très marquées, et de superbes ombres chinoises se découpant sur des ciels dramatiques, la musique inoubliable de Max Steiner jouant bien fort. Et qu’est ce que c’est beau !

Gone with the Wind, c’est l’histoire d’un monde qui s’effondre (le Sud balayé par la guerre de Sécession), et d’un idéal qui cherche à surnager. C’est aussi l’histoire d’une femme amoureuse d’une idée qu’elle se fait de l’amour. Mais c’est surtout l’histoire d’un rendez-vous manqué entre deux êtres faits pour s’aimer. Scarlett O’Hara et Rhett Butler, deux égoïstes que les remous de l’Histoire vont révéler à eux-mêmes.

Elle, odieuse et terriblement humaine, capable des pires horreurs, prête à sacrifier le bonheur de sa sœur pour obtenir ce qu’elle veut, mais pourtant formidablement émouvante. Un superbe rôle pour Vivien Leigh, actrice intense et délicate qui ne cesse de m’émerveiller. Lui ? Un rustre, brutal, un rien vulgaire, et magnifique en même temps. Un rôle taillé pour Clark Gable, qui était d’ailleurs le seul choix de Selznick. Et qui a rarement été aussi bon qu’ici.

Autour d’eux, un idéal amoureux, donc, pour Scarlett : Ashley (Leslie Howard), l’image même de ce Sud balayé par la guerre, indéfiniment accroché à sa splendeur passée, un homme mou et indécis. Et puis un ange, Mélanie, d’une pureté et d’une bonté presque irréelle (et qui plus est avec la beauté de Olivia de Havilland). C’est d’ailleurs l’une des grandes forces du film : le casting formidable, qui compte aussi Thomas Mitchell dans le rôle du père, ou l’inoubliable Hattie McDaniel dans le rôle de Mamie, qui fit d’elle la première actrice noire oscarisée.

Bref, que des personnages qui semblent parfaitement à leur place. Et au milieu de tout ça, deux cygnes noirs (qui dansent dans une belle séance de bal en se moquant des regards inquisiteurs), définitivement faits l’un pour l’autre, mais qui ne s’épargnent rien. Car la grande histoire d’amour de ce monument du romanesque, c’est l’histoire d’un terrible échec, plein de cruauté et de douleurs, parsemé de déclarations d’amour à sens unique, et qui se conclue par un cinglant et magnifique « Frankly my dear, I don’t give a damn! »

Casier judiciaire (You and me) – de Fritz Lang – 1938

Posté : 29 octobre, 2016 @ 8:00 dans * Films de gangsters, 1930-1939, LANG Fritz, SIDNEY Sylvia | Pas de commentaires »

Casier judiciaire

Troisième film américain de Lang, et troisième (et dernière) collaboration avec Sylvia Sidney, sa belle actrice de Furie et J’ai le droit de vivre. La parenté entre ces trois films est assez évidente. Il y est à chaque fois question du regard des honnêtes gens sur ce qu’ils considèrent comme le Mal, et sur la difficulté pour ceux qui ont fauté d’avoir une seconde chance et de trouver sa place dans la société.

Pourtant, Casier judiciaire se distingue très clairement de ses précédents films. A vrai dire, il est assez unique dans la filmographie de Lang, qui s’aventure dans des eaux qu’il n’a quasiment jamais navigué. Car le ton est bien différent ici. Sans être une pure comédie qui fait rire, le film est quand nettement plus léger que à peu près tout ce que Lang a tourné avant ou après.

Il y a de la légèreté dans cette manière qu’il a de filmer le « gang » (au sein duquel on retrouve un tout jeune Robert Cummings, un Jack Pennick pour une fois pas chez Ford et pas muet, et quelques gueules qu’on aime bien : Roscoe Karns, Warren Hymer, ou le patibulaire Barton McLane. Un gang de pieds niquelés qui évoque moins les tueurs de Scarface que les attachants hors la loi de Up the River

Lang n’est sans doute pas un spécialiste de la comédie. Mais il semble vouloir explorer de nouvelles voies, parsemant notamment son film d’interludes musicaux écrits par Kurt Weill, le complice de Brecht. Pas étonnant que l’atmosphère se dirige parfois vers L’Opéra de Quatre Sous : l’utilisation de la musique et des chansons, la manière de filmer les bas-fonds où évolue la pègre, et le ton par moments beaucoup plus sombres tranchent avec la légèreté du ton général.

Le film n’est pas totalement abouti : Lang navigue ainsi entre plusieurs genres sans savoir vraiment sur quoi se concentrer. Sur cette histoire d’amour contrariée entre deux anciens détenus (Sidney et George Raft). Ou sur ce patron de grand magasin qui n’emploie que des repentis sortis de prisons (Harry Carey, forcément sympathique). Ou sur la tentation pour le héros de reprendre le chemin des cambriolages…

Mais la mise en scène de Lang est là, inventive et audacieuse, comme la séquence d’ouverture : une chanson dont l’air et les paroles conduisent la caméra vers la main prise en flagrant délit d’une cleptomane dans le magasin, belle manière d’introduire le personnage de Sylvia Sidney et ses grands yeux tristes. Ou le très joli plan des mains de Sylvia et George qui se frôlent tendrement dans un escalator. Ou encore la déclaration d’amour drôle et touchante par la fenêtre d’un bus.

Mais la plus belle scène du film est aussi la plus étonnante, la plus inattendue : l’un des interludes « musicaux », sans autre musique que de courtes phrases scandées par les membres du gang, qui se retrouvent le soir de Thanksgiving et se remémorent leurs années de prison. Transparences, flash-backs stylisés, ambiance envoûtante… Le temps d’une scène, Lang casse les codes traditionnels de narration, et laisse imaginer comment il aurait pu transcender la comédie musicale, un genre qu’il n’abordera jamais.

Franc jeu / La Folle Semaine (Gambling Lady) – d’Archie L. Mayo – 1934

Posté : 27 octobre, 2016 @ 8:00 dans * Pre-code, 1930-1939, MAYO Archie L., STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

Franc Jeu

Ah ! L’une de ces pépites pre-code pleines d’audaces que j’adore découvrir… Celle-ci est produite par la Warner. Et si le film reste relativement sage à première vue, en comparaison avec d’autres productions de cette période d’avant « le bon goût made in code Hays » (je pense à Safe in Hell, ou même au premier Thin Man), on y trouve quelques thèmes qui disparaîtront à peu près totalement du cinéma hollywoodien des décennies à venir.

Le premier événement moteur de Gambling Lady est quand même un suicide. Et si le héros évite la prison, c’est parce qu’il a passé la nuit avec sa maîtresse. Sans même parler du fait que le personnage principal, comme le titre l’indique, est une joueuse professionnelle. How chocking !

La joueuse, c’est Barbara Stanwyck, déjà une immense actrice, et déjà une grande vedette, qui incarne mieux que quiconque les femmes libres et modernes, qui s’imposent comme les égales des hommes. Loin d’être évident à cette époque (on rappelle que les femmes ne votaient pas en France, alors?). Elle est formidable, comme toujours, trouvant un équilibre parfait entre légèreté et gravité.

Autour d’elle, un beau casting très masculin : Joel McCrea encore une fois en fils de bonne famille, Pat O’Brien en sympathique amoureux éconduit, C. Aubrey Smith en beau-père très présent… et très enclin à porter des jugements définitifs et à changer d’avis dans la minute qui suit. On ne peut pas dire qu’il hérite du personnage le plus cohérent du film, mais sa seule présence a le don de rendre n’importe quelle scène chaleureuse.

Archie Mayo dirige tout ce petit monde comme il filmerait une pure comédie, avec un grand sens du rythme et en évacuant tout le superflu. Le résultat est un film acide-amer d’à peine une heure, franchement réjouissant.

Ninotchka (id.) – d’Ernst Lubitsch – 1939

Posté : 24 octobre, 2016 @ 8:00 dans 1930-1939, LUBITSCH Ernst | Pas de commentaires »

Ninotchka

« Garbo rit », disait la pub du film (pour Anna Christie, en 1930, c’était « Garbo parle » ; personne n’a pensé à « Garbo fait ses courses », ou « Garbo mange McDo » ?). Il était d’ailleurs temps qu’elle rit, la Divine : Ninotchka est à la fois sa toute première comédie, et son avant-dernier film.

Mais il lui faut du temps, pour rire, ce qu’elle fait dans une scène délicieuse, dans un petit restaurant. Et jusque là, elle est plutôt crispée, raide comme c’est pas permis en incarnation du stéréotype soviétique.

Le film de Lubitsch est à l’image de ce personnage de commissaire soviétique, envoyée à Paris pour superviser la mission de trois émissaires russes qui se laissent un peu trop griser par les joies du capitalisme : pas vraiment dans la nuance, mais drôle et léger.

Lubitsch a fait, et fera, beaucoup mieux. De L’Eventail de Lady Windermere à To be or not to be, sa filmographie est parsemée de chefs d’œuvre autrement plus fins et délicats que cette farce un rien trop caricaturale. Mais le plaisir de la comédie reste immense, et le couple improbable formé par la très soviétique Garbo avec le très capitaliste Melvyn Douglas fonctionne parfaitement.

Et si Lubitsch filme la Russie soviétique avec un certain sens du réalisme, et un regard critique évidente, sa vision des « paradis capitalistes » est aussi pleine d’ironie. Et finalement, eux non plus ne sortent pas grandis de l’humour cynique et piquant du cinéaste.

Les Conquérants (Dodge City) – de Michael Curtiz – 1939

Posté : 9 octobre, 2016 @ 8:00 dans 1930-1939, BOND Ward, CURTIZ Michael, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Conquérants

En 1939, tout change pour le western, cantonné depuis le début de la décennie à de modestes productions. John Ford redonne ses lettres de noblesse au genre, et la Warner fait de Dodge City l’un de ses films prestigieux avec des moyens immenses, un réalisateur prestigieux, et des stars de premier plan, Errol Flynn et Olivia de Havilland, le couple-vedette de plusieurs grands films d’aventures de la Warner.

Michael Curtiz a donc les moyens de ses ambitions pour ce grand western épique et intime à la fois. Les moyens et visiblement une vraie liberté. Le cinéaste signe non seulement l’une de ses mises en scènes les plus impressionnantes, mais il s’offre aussi, comme de petits plaisirs gourmands, une poignée de plans superbement cadrés et éclairés, véritables tableaux filmés qui exaltent l’harmonie entre l’homme et la nature, plans qui émaillent tout le long métrage.

Un chariot surplombant une vallée baignée dans la brume ; un groupe de cavaliers dont l’image se reflète dans une rivière paisible ; un couple s’éloignant au soleil couchant… Des images fugaces, mais d’une beauté renversante, qui donnent curieusement un ton unique à ce film au superbe Technicolor. Curtiz prouve avec ce film qu’il n’est pas juste l’habile faiseur que l’on présente souvent, mais qu’il peut être un véritable auteur, qui sait créer une intimité inattendue dans n’importe quelle circonstance. C’est notamment ce qu’il fait avec ses beaux plans entre Olivia et Errol filmés de l’intérieur d’un chariot en mouvement.

Si le film est aussi réussi, c’est aussi parce qu’il trouve le parfait équilibre entre l’intime et le spectaculaire : cette hallucinante bagarre de saloon est un moment de cinéma que l’on n’est pas prêt d’oublier, comme cette impressionnante fusillade dans un wagon en feu… Et aussi parce que Curtiz ose les vraies ruptures de ton, qui lui permettent de passer avec efficacité et élégance d’une scène de quasi-comédie à la mort forcément tragique d’un enfant. Gonflé, casse-gueule, et parfaitement réussi.

A propos de Nice – de Jean Vigo et Boris Kaufman – 1930

Posté : 15 septembre, 2016 @ 2:50 dans 1930-1939, COURTS MÉTRAGES, DOCUMENTAIRE, FILMS MUETS, KAUFMAN Boris, VIGO Jean | Pas de commentaires »

A propos de Nice

Premier film de Jean Vigo, ce montage virtuose d’images muettes tournées avec son complice Boris Kaufman dans les rues de Nice a été réalisé dans le cadre d’une série de films dédiés à plusieurs villes françaises. Au-delà de l’intérêt historique évident (on assiste bien aux premiers pas d’un cinéaste majeur – malgré sa très courte carrière), le film dévoile déjà le cynisme et la lucidité du jeune réalisateur.

Le film a, à première vue, un petit côté carte postale dont Vigo se joue habilement. Cette ville, il l’a découverte lors de son enfance difficile lorsque, malade, il avait été envoyé en cure dans le Sud de la France. La vision qu’il porte sur les riches oisifs qui peuplent les beaux quartiers niçois ne fait guère de doute : des contre-plongées cruelles soulignent les artifices de femmes vieillissantes trop fardées ; une série de plans successifs montre des hommes paressant sur des chaises.

Les images sont fortes, mais c’est surtout le montage qui donne le ton. Montage qui met en parallèle les riches s’abandonnant au soleil et les pauvres reclus dans des ruelles sales et privées de lumière ; ou encore une parade fleurie et festive, et le travail des petites gens qui cueillent ces mêmes fleurs en se cassant le dos. Pas toujours très délicat (surtout lorsqu’à un plan de fête répond le cortège d’un enterrement), mais diablement efficace.

Dans ce Nice, jamais les riches des cartes postales et les pauvres des bas-fonds ne se croisent. A une exception près : un plan fugitif dans lequel une femme se détourne avec un dégoût manifeste d’une mendiante qui s’approche de lui. Pas sûr que ce film soit un chant d’amour à Nice.

Monsieur Smith au Sénat (Mister Smith goes to Washington) – de Frank Capra – 1939

Posté : 11 avril, 2016 @ 8:00 dans 1930-1939, CAPRA Frank, STEWART James | Pas de commentaires »

Monsieur Smith au Sénat

Un jeune homme innocent et honnête affronte la corruption et le cynisme de politiciens aguerris dont il finira par éveiller les consciences… Ce pourrait être totalement naïf, et à vrai dire ça l’est bien un peu. Mais c’est surtout absolument magnifique, un pur bonheur que ce chef d’œuvre dans lequel Frank Capra résume parfaitement sa vision du monde et du cinéma.

Monsieur Smith (autrement dit, « monsieur tout le monde ») est un boy-scout. Vraiment. C’est aussi un homme qui croit profondément aux valeurs revendiquées par l’Amérique : cette liberté léguée par les pères fondateurs auxquels il rend un vibrant hommage dans ce film. « Il », c’est Smith, mais c’est Capra lui-même bien sûr, l’idéaliste pas si dupe que ça, l’humaniste qui sait au fond que le pouvoir des mots, si puissant soit-il, a ses limites.

Cette « feel good » comédie n’est pas si innocente qu’elle y paraît. Mine de rien, Capra y met en scène les limites du système politique, les compromissions, le cynisme, et les règles obscures qui sont les garantes de la démocratie. L’enjeu dramatique du film repose ainsi sur la capacité qu’a le jeune Sénateur Smith de rester debout et de garder la parole le plus longtemps possible…

Toute la dernière partie du film repose sur cet improbable suspense, a priori anti-spectaculaire au possible : un discours interminable… que Capra transforme en immense moment de cinéma. Il y a ces petits bonheurs : la voix tremblante de James Stewart, les regards crispés de Jean Arthur, la rondeur attachante de Thomas Mitchell, les sourires bienveillants de Harry Carey… Il y a surtout cet incroyable sens du rythme du cinéaste, qui donne l’impression d’un mouvement perpétuel alors même que les personnages ne quittent pas le Congrès.

Il n’y a sans doute que Capra pour réussir un tel film, pour rendre bouleversant l’affrontement à distance des grands médias téléguidés par le puissant Edward Arnold, et du petit journal amateur fabriqué avec les moyens du bord par une bande de gamins. Ou émouvante la découverte de Washington et de la statue de Lincoln par un Jeff Smith à peine sorti du giron maternel… Ou pour filmer la gêne de James Stewart face à une jolie fille en ne montrant que ses mains triturant maladroitement son chapeau.

Et si l’émotion est à ce point présente, c’est parce que Capra aime sincèrement ses personnages, qu’il filme avec une jolie bienveillance. Y compris le Sénateur joué par Claude Rains, héros déchu de l’innocent Jeff Smith, qui symbolise la traîtrise par rapport à l’héritage des pères fondateurs. Il y a ainsi une sorte de nostalgie de l’innocence qui baigne ce film pas si candide que ça. Une manière d’idéaliser la vie en gardant toute sa conscience. Du pur Capra, quoi…

* Ce chef d’œuvre fait partie de la collection de blue ray « Very Classics » éditée par Sony, dans de magnifiques éditions : un joli visuel, de passionnants bonus (notamment un commentaire audio et une évocation du film par le fils de Capra), et un livret de 25 pages.

Le Masque d’Or (The Mask of Fu Manchu) – de Charles Vidor et Charles Brabin – 1932

Posté : 28 mars, 2016 @ 8:00 dans 1930-1939, BRABIN Charles, FANTASTIQUE/SF, VIDOR Charles | Pas de commentaires »

Le Masque d'Or

Les Chinoiseries ont la côte dans le Hollywood de ces années 30, qui fera de Mr Wong, Mr Moto ou Charlie Chan des personnages très populaires. Sans oublier Fu Manchu bien sûr, génie du mal qui représente parfaitement la vision que ce cinéma-là avait des mystères asiatiques: l’imagerie des méchants bridés mangeurs d’enfants dont l’histoire s’est arrêtée avec la mort de Genghis Khan n’est pas loin…

Il y a de cette condescendance, voire de ce mépris dans ce Mask of Fu Manchu qu’il vaut mieux ne pas trop prendre au sérieux. D’abord parce qu’il ne l’est pas. Ensuite parce que, comme on dit de Tintin au Congo, faut remettre dans le contexte. Enfin parce que je suis toujours à me demander à quel degré le film a effectivement été tourné…

Une chose est sûre: les « héros », chargés par la couronne britannique de retrouver le tombeau de Genghis Khan avant le cruel Fu Manchu, ne sont guère sympathiques. Du genre à se moquer des vieilles croyances de ces pays de sauvages, qu’ils observent de leur piédestal de colons.

Face à eux, Fu Manchu a beau être un authentique sadique, adepte de la torture et des morts sophistiquées (c’est qu’il a de l’imagination, du plancher escamotable qui laisse apparaître des crocodiles à la cloche qui vous vrille les tympans…), il a le mérite d’être franc et droit dans ses bottes. On aurait presque de la sympathie pour lui et sa fille aussi belle que mystérieuse, et dont on sent qu’elle manque cruellement d’amour, au point de droguer le fiancé d’une autre pour vivre le grand frisson avec lui. Une variation sous acide de la vamp, en quelque sorte.

Bien sûr, pas question de confier ces personnages à des comédiens asiatiques, ou même vaguement bridés. Traditionnellement, à cette époque, ce sont de bons blancs qui interprètent les Asiatiques (comme les Noirs d’ailleurs). Et Boris Karloff, déjà expert es-maquillage, est plutôt très bien dans ce rôle foncièrement outré.

Plus surprenant peut-être: la prestation très sobre, voire effacée de Myrna Loy, qui sera nettement plus enthousiasmante dans The Thin Man, deux ans plus tard.
Tout cela étant dit, The Mask of Fu Manchu est un film très efficace. Irrégulier (le changement de réalisateur y est sans doute pour quelque chose, Charles Vidor quittant le tournage au bout de quelques jours), mais avec quelques moments d’anthologie, de belles séquences nocturnes, un vrai suspense, et un ton étonnamment brutal et cruel.

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