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Archive pour la catégorie '1930-1939'

Courrier Sud – de Pierre Billon – 1936

Posté : 19 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, BILLON Pierre | Pas de commentaires »

Courrier Sud

Ce n’est pas le premier film adapté de Saint-Exupéry (Vol de Nuit est sorti en 1933). Ce n’est pas non plus la première fois que Saint-Ex participe personnellement à un projet cinématographique (il a écrit le scénario original de Anne-Marie, film de Raymonde Bernard). En revanche, c’est la première fois que l’écrivain adapte lui-même l’un de ses romans. C’est à lui aussi qu’on doit les très beaux dialogues du film.

Courrier Sud s’inscrit dans une grande tradition du cinéma français. Une double tradition, même : celle des “films africains”, typique de ce “bon temps des Colonies” où, déjà, il semble qu’on n’était pas totalement dupe. Il y a bien des méchants sauvages, mais les gentils blancs chargés de défendre des déserts pleins de rien, ont quelque chose de profondément pathétique : notons d’ailleurs le beau personnage de Raymond Aimos en chef de fort, seul blanc échoué là, à des centaines de kilomètres de la première ville.

Autre tradition : celle de la glorification des pionniers de l’aviation bien sûr, dont Saint-Ex était : ceux qui risquaient leur vie pour acheminer le courrier et ouvrir une voie aérienne en des temps troubles, et avec une mécanique encore balbutiante. En 1936, c’est déjà un autre temps, comme le dit Saint-Ex en voix off dans l’introduction, mais un temps qui remontait alors à une dizaine d’années seulement, et auquel Joseph Kessel a consacré des pages magnifiques dans sa biographie de Mermoz.

Le héros, c’est Pierre Richard-Willm, sorte d’ancêtre de Lambert Wilson : même phrasé, même port altier, même nez solide. Un pionnier de l’aviation, donc, qui assure le transport du courrier sur la côte Ouest de l’Afrique, et qui n’attend qu’une chose: pouvoir passer quelques jours à Paris auprès de sa maîtresse. Sauf que son cousin, qui a accepté de le remplacer pour son dernier vol, s’est écrasé quelque part, et qu’il est introuvable depuis…

Il est beaucoup question du sens devoir et du sacrifice de ces hommes, véritables figures tragiques. Le film dit aussi beaucoup de la place de la femme dans cette société là, comme si les pionniers de l’aviation devaient ouvrir la voie aussi à l’émancipation des femmes. Et l’aventure est aussi trouble et dangereuse que celle des pilotes, comme le souligne la manière dont Charles Vanel, impressionnant et glaçant, « dresse » sa femme à la fin du film. Ou le personnage même de cette femme enfant, qui vit autant avec l’espoir d’une existence plus belle, que dans le regret de son enfance envolée. La figure du pilote ressemble alors presque à un fantasme enfantin.

Un beau film, passionnante et d’une remarquable fluidité, bien de son époque, mais d’une lucidité qui continue à frapper 80 ans plus tard…

Gibraltar – de Fedor Ozep – 1938

Posté : 18 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Espionnage, 1930-1939, OZEP Fedor | Pas de commentaires »

Gibraltar

Des bateaux anglais explosent au large de Gibraltar pour une raison inconnue. Un agent britannique est chargé d’en découvrir la cause, sauf qu’il est arrêté pour trahison. Vraiment ? Cette histoire assez classique d’agent double dans une Europe à l’aube de la guerre est un faux suspense auquel Ozep ne croit pas vraiment, et qu’il évacue très vite : l’officier n’a trahi qu’en façade, pour mieux intégrer l’association d’espions à la solde d’une puissance étrangère malfaisante, association dirigée par Erich Von Stroheim.

Un Von Stroheim très impliqué (ce qui est quand même loin d’être toujours le cas). L’ancien génie reconverti dans la panouille est excellent, apportant une pointe d’humanité à son rôle de grand méchant. Les adieux qu’il fait à sa belle, qu’il laisse partir par amour pour elle, sont particulièrement beaux.

Il est en tout cas à la fois plus intense et plus contrasté que le héros incarné par Roger Duchesne, assez fade, et pas seulement en comparaison. Un personnage dont on se demande même comment il peut rendre aveugles à ce point les deux femmes du film : la « vraie » fiancée pas si confiante jouée par Yvette Lebon, et surtout la danseuse exotique qu’incarne Viviane Romance, espionne amoureuse dont l’ultime scène est assez magnifique. C’est à elle que l’on doit d’ailleurs l’un des moments les plus originaux du film, que n’aurait pas renié Hitchcock : alors qu’elle est sur scène pour son numéro de danse, elle communique en plein spectacle en délivrant ses messages en morses avec ses castagnettes. Un message qui prend des allures tragiques dans son dernier numéro.

Le meilleur, ce sont les partis pris souvent extrêmes de Fedor Ozep. Sans doute contraint par son budget, il filme constamment les à-côtés, ou les coulisses. Du drame inaugural du film, on ne voit ainsi qu’une discussion très amicale dans les antres d’un bateau, entre deux machinistes à propos d’une souris, avant l’explosion d’une maquette qui ressemble furieusement… à une maquette (encore une influence du sieur Hitchcok ?). Pourtant, cette simplicité et cette économie de moyen renforce l’émotion.

C’est le cas aussi lors du sabotage suivant. Du bateau qui coule avec ses 2000 hommes à bord, on ne verra rien, on n’entendra rien, si ce n’est les messages échangés en morses et à distance. Et ça fonctionne : la tension est alors extrême.

Murder on a Bridle Path (id.) – de Edward Killy et William Hamilton – 1936

Posté : 7 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, HAMILTON William, KILLY Edward, POLARS/NOIRS | Pas de commentaires »

Murder on a bridle path

Edna May Oliver ayant quitté la RKO, c’est Helen Broderick qui reprend le tailleur strict de l’instit/détective Hildegarde Withers, toujours flanquée du flic Oscar Piper/James Gleason. Moins dans la dérision, moins dans l’excès, l’actrice interprète cette pseudo Sherlock Holmes beaucoup plus au premier degré. Pas sûr qu’on y gagne vraiment.

Le film perd de fait en humour décalé, même si on a droit à quelques répliques savoureuses (« So the murderer was in jail at the time of the murder ! »). Et le personnage rentre un peu dans le rang. Pour le reste, ce quatrième film de la série respecte scrupuleusement le cahier des charges, avec son lot de fausses pistes et de rebondissements inattendus.

Des deux réalisateurs, difficile de savoir qui a tourné quelles scènes. Le fait est que tout n’est pas du même niveau, avec quelques séquences sans grand relief, et d’autres plus mémorables, comme la scène d’ouverture, qui joue d’emblée avec les faux semblants avec ce personnage dont on croit qu’il va sortir une arme, mais ne brandit qu’un billet. Ou le gros plan très inquiétant sur le visage du tueur, visage fou dont la fureur est soulignée par un jeu d’ombres qui rappelle les classiques du film d’horreur. Pas mal, pour une telle série B.

* Voir aussi : Murder on a blackboard et Murder on a honeymoon.

Murder on a honeymoon (id.) – de Lloyd Corrigan – 1935

Posté : 6 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, CORRIGAN Lloyd, POLARS/NOIRS | Pas de commentaires »

Murder on a honeymoon

Hildegarde Withers, vieille fille un peu guindée, institutrice désœuvrée, et détective à ses heures, prend l’avion pour des vacances sans doute méritées. Guess what : à l’atterrissage, on découvre que l’un des passagers est mort, assassiné sans doute. Mais par qui ?

Edna May Oliver incarne pour la troisième fois, la dernière, le personnage créé par Stuart Palmer. Et comme toujours (on se souvient de Murder on a blackboard), c’est elle le principal intérêt de ce pu whodunit. Elle, sa truculence, son physique improbable et sa manière d’occuper l’espace, et le duo qu’elle forme avec Oscar Piper, le policier que joue James Gleason dans tous les films de la série.

Pur whodunit, donc, qui ne s’embarrasse pas de quelque problème de psychologie : il n’y en a aucune trace, juste le plaisir de dénouer le vrai du faux, d’aller d’une fausse piste à une autre, pour résoudre l’énigme au tout dernier moment. Et forcément, c’est du côté du coupable le plus improbable qu’il faut chercher.

Pas de grande surprise, donc, dans ce scénario co-écrit par Robert Benchley (comédien plutôt drôle qui n’apparaît pourtant pas à l’écran), mais une légèreté qui fait mouche, et un rythme impeccable.

* Voir aussi : Murder on a blackboard et Murder on a Bridle Path.

Rockabye (id.) – de George Cukor – 1932

Posté : 4 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Pre-code, 1930-1939, CUKOR George | Pas de commentaires »

Rockabye

Un Cukor première période, séduisant mais sans surprise : l’un de ces films pre-code qui racontent l’histoire tragique d’une jeune femme que le destin et la société n’épargnent pas. On a vu ça souvent (y compris cette même année, avec le très beau Amour défendu de Capra), et celui-ci n’est pas le plus inoubliable de tous. Pas le pire non plus d’ailleurs : Constance Bennett y est très bien en jeune comédienne dont la liberté affichée lui attire les foudres des bien-pensants, en l’occurrence des responsables d’un orphelinat qui lui retirent la garde d’une fillette qu’elle voulait adopter.

C’est le début de nombreux malheurs, tous basés sur l’illusion du bonheur à portée de main (notamment avec le toujours sympathique Joel McCrea), mais qui manquent d’un lien. Le film fonctionne bien, grâce à ce beau personnage de femme sacrificielle, mais le scénario échoue à trouver un vrai fil conducteur autre que ses malheurs qui s’accumulent.

Restent de très beaux moments indépendants les uns des autres, comme ce craquant « I like you » avec les jolis yeux de biche de Constance qui dévorent l’écran. Ou ce réjouissant personnage de mère alcoolique et faussement indigne (joué par Jobyna Holland, grande dame du théâtre) typique de cette période d’avant l’application du code Hayes. Des petits moments épars qui suffisent à assurer le plaisir.

On a arrêté Sherlock Holmes / On a tué Sherlock Holmes (Der Mann, der Sherlock Holmes war) – de Karl Hartl – 1937

Posté : 2 octobre, 2017 @ 8:00 dans * Polars européens, 1930-1939, HARTL Karl, Sherlock Holmes | Pas de commentaires »

On a arrêté Sherlock Holmes

Par une nuit pluvieuse, deux hommes arrêtent un train, y montent et s’y font passer pour Sherlock Holmes et le docteur Watson. Bientôt, la réputation du célèbre détective les précède où qu’ils aillent…

Le pitch de cette production UFA est étonnant, et tient plutôt bien ses promesses. Bavard, trop sans doute, le film ne manque en tout cas pas de charme, avec son mélange séduisant de suspense, de comédie, d’action (avec une spectaculaire scène de bagarre dans un entrepôt où chaque accessoire semble être utilisé) et même de film musical avec une chanson qu’entonnent soudain nos deux héros, dans un moment franchement réjouissant.

Cette production allemande est un pur divertissement qui échappe à peu près à toute lecture politique, en tout cas à tout esprit de propagande nazien Goebbels ayant à l’époque la main sur la UFA, et utilisant les films plus prestigieux comme des outils au service du Parti. Ce faux Sherlock Holmes n’est pas de ceux-là. La présence de la vedette Hans Albers l’atteste : cet anti-Nazi très populaire était l’un des rares acteurs à pouvoir refuser les films dont le message ne lui plaisait pas.

Le film est loin de ce contexte lourd, même si on peut y voir, en grattant bien, une critique amusée et un rien cynique d’institutions qui se font berner par des petits escrocs. C’est surtout un joyeux film de genre, décomplexé et frôlant avec délice le n’importe quoi.

Qu’importe les excès et les invraisemblances (et entendre Holmes et Watson parler allemand n’est pas la moindre) pourvu qu’il y ait du plaisir. Et plaisir il y a, de la première scène sous la pluie jusqu’à la conclusion, simulacre de procès et vrai spectacle.

Taris, roi de l’eau / La Natation par Jean Taris – de Jean Vigo – 1931

Posté : 19 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, COURTS MÉTRAGES, DOCUMENTAIRE, VIGO Jean | Pas de commentaires »

Taris roi de l'eau

Avant de passer au presque long métrage avec son Zéro de conduite, Jean Vigo signe ce petit documentaire d’à peine dix minutes consacré au champion de natation Jean Tarif, qu’il filme lors de ses entraînements et met en scène pour présenter ses techniques de nage.

Ce court métrage serait anecdotique si Vigo n’y utilisait pas à peu près toutes les possibilités de l’art cinématographique, avec des innovations formelles et techniques qui, aujourd’hui encore, continuent à fasciner.
Gros plans, ralentis, marche arrière, surimpressions… Toutes les techniques sont bonnes pour plonger le spectateur, littéralement, dans le bain de la piscine où le film a été tourné, au plus près d’un homme totalement à l’aise dans l’élément liquide.

Franchement, les explications de Taris concernant le crawl n’ont pas le moindre intérêt. Mais la beauté formelle des images et l’enchaînement des plan a quelque chose de poétique et d’hypnotisant.

Murder on a blackboard (id.) – de George Archainbaud – 1934

Posté : 9 septembre, 2017 @ 8:00 dans * Pre-code, 1930-1939, ARCHAINBAUD George | Pas de commentaires »

Murder on a blackboard

Hildegarde Withers est tombée dans un oubli à peu près total aujourd’hui. Mais cette institutrice vieille fille au caractère bien trempé qui résout des meurtres avec un inspecteur de police un peu dépassé par les événements a connu son heure de gloire dans les années 30. D’abord dans une série d’histoires criminelles écrites par Stuart Palmer et publiées dans des magazines populaires puis en romans, puis au cinéma dans une série de six films à la RKO.

Toute une époque : celle des whodunit, et des détectives amateurs que l’on retrouvait dans d’innombrables films, souvent dans de petites productions qui n’excèdent généralement les 75 minutes, avec des héros récurrents. Les ancêtres des séries télé, en quelque sorte. Ces héros-ci ne manquent pas de charme, tandem très improbable porté par deux comédiens qui semblent prendre beaucoup de plaisir à leurs joutes verbales.

Murder on a blackboard est le deuxième des six films de cette série initiée en 1932 par The Penguin Book Murder. On y retrouve James Gleason, impeccable dans le rôle de l’inspecteur Oscar Piper (rôle qu’il tient dans les six films), et surtout Edna May Oliver, actrice irrésistible au physique impossible, visage chevalin, long corps dégingandé et sourire narquois. Elle ne jouera que dans les trois premiers films, jusqu’à son départ de la RKO (après Murder on a honeymoon, elle sera remplacée par Helen Broderick, puis par Zasu Pitts).

Moteur véritable de l’enquête, et principal argument humoristique du film, c’est elle qui donne son ton et son rythme à cette série B fauchée (aucune musique en bande son) mais sympathique et pleine de petits détails typiques de cette période « pre-code » : la manière dont le corps de la victime est traité, et surtout l’omniprésence de la polygamie dans cette comédie de mœurs où la notion de couple est pour le moins originale.

* Voir aussi : Murder on a honeymoon et Murder on a Bridle Path.

New York – Miami (It happened one night) – de Frank Capra – 1934

Posté : 1 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, BOND Ward, CAPRA Frank | Pas de commentaires »

New York Miami

Premier triomphe absolu pour Capra, qui en connaîtra d’autres, et dont le film est le tout premier à décrocher les cinq Oscars majeurs (film, réal, scénar, acteur et actrice). Il restera d’ailleurs le seul dans cette catégorie pendant plus de quarante ans, jusqu’à Vol au-dessus d’un nid de coucou (puis Le Silence des Agneaux). Dans une période particulièrement riche pour le cinéaste, qui peaufine son style et enrichit son univers film après film, celui-ci frappe pourtant par son extrême simplicité, et même par une certaine modestie.

La plupart des films de Capra sont basés sur un postulat de départ très fort. Ici, le cinéaste utilise un modèle déjà presque éculé de la comédie romantique : une riche héritière en cavale rencontre un type modeste et droit. Cela se passe dans un bus, et forcément, ces deux-là passent leur temps à s’engueuler, forcés de cohabiter après s’être retrouvés sans le sou. L’issue de l’histoire ne fait aucun doute, et Capra sait mieux que quiconque filmer ces ébauches de sourire et ces regards en coin qui annoncent la romance à venir. Mais ce qui fait tout le sel de It happened one night, ce n’est pas le terminus du voyage, c’est le voyage lui-même.

Pas la moindre fausse note dans ce monument indépassable de la « rom com ». L’alchimie est parfaite entre une Claudette Colbert irrésistible en jeune femme trop gâtée qui découvre les contraintes du quotidien, et Clark Gable dans l’un de ses premiers très grands rôles, un peu macho, un peu grande gueule, et très noble au bout du compte. Ce couple improbable est le moteur de ce road movie délicieux, qui respecte les règles du genre tout en surprenant constamment.

Capra réussit à donner un beau mouvement à son film, tout en s’offrant d’innombrables pauses, à l’image de cette chanson qu’improvisent les passagers du bus en pleine nuit. Un moment de partage et de joie comme seul Capra sait les mettre en scène, et qui annonce ses grands classiques avec James Stewart. Il a aussi cette incroyable sensibilité pour filmer les sentiments : ce plan quasi-obscur de Claudette Colbert de dos, faisant face à ce mur de couverture qui la sépare de celui qu’elle aime sans le dire, est d’une beauté renversante.

Comédie libre et réjouissante, le film a profondément marqué le genre, lançant la mode de la Screwball Comedy. Un vrai classique, quoi…

Amour défendu (Forbidden) – de Frank Capra – 1932

Posté : 23 août, 2017 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, CAPRA Frank, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

Amour défendu

Capra signe un vrai mélo, ce qui n’est pas si courant dans une filmographie quand même dominée par l’optimiste et le feel-good. Cette fois, il s’inscrit dans une veine ouvertement plombante, avec un film qui pourrait facilement être too much, trop triste, trop négatif, trop larmoyant…

Mais il y a Barbara Stanwyck, et ça change tout. Pas que l’actrice soit l’unique raison de la réussite du film : Capra y confirme son extrême délicatesse, et son talent pour créer de la vie dans chaque scène. Mais Stanwyck est décidément une actrice géniale, et ici tout particulièrement. D’un rôle pas facile, elle fait un personnage inoubliable, une femme martyr qu’elle ne tire jamais vers la tragédie trop facile, femme courage qui choisit, en dépit de toutes les épreuves, de mettre de la générosité et une certaine dose de légéreté dans sa vie…

La limite, en revanche, c’est le personnage masculin. Adolphe Menjou, en avocat marié qui choisit de cacher son idylle avec Barbara Stanwyck, est très bien. Mais le personnage est un lâche. Et même, pour tout dire, un sale con, qui regarde sans mot dire la femme qu’il aime renoncer à l’enfant qu’elle a eu avec lui dans le plus grand secret. Là, à ce moment précis, on le rouerait bien de coups, ce grand avocat qui clame dès qu’il en a l’occasion qu’il veut “bien faire”. Raté.

Du coup, on la bafferait bien aussi, la pauvre Barabara Stanwyck (oui, je suis d’une humeur violente), parce que quand même, il faut une bonne dose de bêtise pour s’affliger autant de malheurs sans y être forcée, et ce même si ses raisons sont louables. Et surtout, on reste un peu en marge de l’émotion qui devrait nous étreindre, tant le sacrifice de cette femme est immense.

Pourtant, le film est passionnant, parce que Capra s’y montre une nouvelle fois un cinéaste formellement fascinant (la scène bucolique des premières minutes, la manière dont il filme l’effervescence d’une salle de rédaction…), et d’une grande audace. Comment les ligues de vertues de l’époque ont-elles accueilli cette scène où la jeune Barbara Stanwyck, à la recherche du grand amour, dévisage tous les hommes présents autour d’elle comme si elle faisait son marché ? Ou, bien plus tard, la brutalité avec laquelle elle “exécute” l’homme qui menace ce pourquoi elle se sacrifie ?

Capra et Stanwyck, c’est l’une des grandes rencontres du cinéma. Ce tandem est bien ce qui fait le prix de ce Forbidden imparfait, et pourtant indispensable.

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