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Archive pour la catégorie '1930-1939'

Le Jour se lève – de Marcel Carné – 1939

Posté : 14 février, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, CARNÉ Marcel, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Le Jour se lève

Gabin, reclus dans sa chambre au sommet d’une tour d’habitation, observe la foule qui se masse pour assister à sa fin. Le regard embué, il se souvient des événements qui l’ont conduit là, vers ce que l’on pressent être ces derniers instants. Gabin, avant guerre, a souvent joué les prolétaires au destin tragique. Il atteint des sommets avec ce chef d’œuvre absolu, d’une beauté et d’une cruauté sidérantes.

Le film, signé par le tandem Prévert-Carné, doit aussi beaucoup aux superbes décors d’Alexandre Trauner (qui a eu l’idée de placer la chambre de Gabin au sommet d’une tour), et à la construction en longs flash-backs. Une construction tellement inhabituelle à l’époque (on est deux ans avant Citizen Kane) qu’un carton placé au début du film prévient les spectateurs de ce qu’ils vont voir.

Cette construction par épisodes souligne le poids du destin, qui prend des visages parfois inattendus. Celui, en l’occurrence, de la trop douce Jacqueline Laurent. Celui, surtout, de l’inoubliable Jules Berry, extraordinaire en salaud si commun. Mais Gabin est-il si innocent, lui qui se laisse manipuler par les événements comme par la vie (travaillant sans se plaindre dans des conditions qu’il sait être fatales pour sa santé), et qui balaye d’un revers de la main la possibilité de bonheur que lui apporte Arletty, autre figure tragique.

Le regard de Gabin, les grands gestes de Berry, la nudité d’Arletty, la rondeur bonhomme de Bernard Blier, la sympathie de la foule pour cet homme condamné… Le Jour se lève donne de l’humanité à la tragédie, de la grandeur à la modestie de ces hommes et de ces femmes. Les dialogues sont magnifiques (« Il vous ressemble, il a un œil gai, et l’autre un peu triste. » « C’est vrai qu’il me ressemble… »), Carné signe l’une de ses plus belles mises en scène (le mouvement de caméra qui monte vers le lieu du drame), et Gabin a rarement été aussi bouleversant. Incontournable, indispensable.

Bedside (id.) – de Robert Florey – 1934

Posté : 28 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Pre-code, 1930-1939, FLOREY Robert | Pas de commentaires »

Bedside

Touche-à-tout bourré de talent, Robert Florey signe un film médical, genre alors en vogue (on se souvient du très beau Night Nurse de Wellman, notamment). Warren William, excellent, y interprète un ancien étudiant en médecine, trop glandeur pour être allé au bout de ses études, qui se laisse convaincre par sa fiancée de reprendre sa dernière année pour passer son diplôme et pouvoir exercer. Pour ça, la belle lui a prêté la somme nécessaire. Sauf qu’avant même de poser ses fesses sur les bancs de l’école, l’apprenti docteur perd tout l’argent au jeu. Et ça, pas question de l’avouer…

On a donc un « héros » qui achète le diplôme d’un ex-toubib drogué, et s’installe sous un faux nom. Incapable d’établir un diagnostic, encore moins d’opérer qui que ce soit, mais franchement très bon dès qu’il s’agit de communication. Si bien qu’en peu de temps, le faux médecin devient, sans avoir touché le moindre patient (pour ça il compte sur son assistant, authentique médecin, joué par Donald Meek), une véritable star de la médecine à New York…

On est loin de Knock dans ce drame qui aborde un sujet grave : l’exercice illégal de la médecine. Plus largement, le film évoque l’impasse dans lequel s’engouffre le personnage de Warren William, enfermé dans une mécanique de mensonge et d’égocentrisme. On peut douter de la morale finale, mais Bedside est un film assez emballant, qui aurait été très différent s’il avait été tourné quelques mois plus tard : le code Hayes n’était pas encore appliqué avec rigueur, et on pouvait encore filmer une relation extra-conjugale, ou un ancien médecin accro à la morphine.

Ce dernier, joué par David Landau, a droit à une poignée de séquences étonnantes : lorsque la caméra, qui illustre son état de manque, le filme dans un gros plan qui déforme son visage, esthétique qui semble sortie d’un film d’épouvante. Le genre est également effleuré dans le laboratoire de Donald Meek, où l’acteur est filmé comme un savant fou travaillant à ressusciter les morts (avec des électrochocs, en fait). Une approche esthétique qui tranche avec le contexte réaliste de l’histoire, donnant un ton particulier au film.

La Dame en rouge / La Femme en rouge (The Woman in red) – de Robert Florey – 1935

Posté : 22 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1930-1939, FLOREY Robert, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

La Femme en rouge

Ah ! l’univers des propriétaires de chevaux. Bien sympas, ces riches oisifs, et souriants avec ça. Mais quand une simple palefrenière ose épouser le fils d’une famille de nouveaux riches, sur lequel sa patronne avait des vues, il ne faut pas longtemps pour que le vernis ne craque.

Dans les premières minutes pourtant, on craint d’assister à l’une de ces bluettes légères et bienveillantes dans la haute société. Mais non : le film de Florey n’épargne pas grand-chose à cette société de riches oisifs, à la fois hautains, manipulateurs, cyniques, revanchards… Bref, odieux. Et dans le rôle de la pétasse en chef, Genevieve Tobin est parfaite : plus elle est souriante (et elle l’est), plus elle est odieuse.

Mais sa cible préférée a du panache : c’est Barbara Stanwick, forcément formidable. En un regard, elle rappelle à quel point elle est une actrice géniale : alors qu’elle joue la légéreté face aux déclarations de son prétendant (Gene Raymond), elle réalise soudain que les mots d’amour qu’elle entend ne sont pas feints, et qu’elle-même est amoureuse. Cette prise de conscience, que Barbara Stanwick joue d’un simple regard, est magnifique.

Comme elle est magnifique quand elle comprend le scandale dont elle va inévitablement être victime lorsque tout part de travers sur le yacht où elle avait accepté de monter pour aider un ami ; ou quand elle se dresse enfin face au « clan » familial de son mari, des vieux types franchement détestables arc-boutés sur leurs fausses valeurs…

En à peine plus d’une heure, Florey boucle un film particulièrement riche, qui commence comme une simple romance avant de virer vers le mélodrame, pour se terminer par une longue séquence de procès. C’est fort bien réalisé, mené à un rythme impeccable, et il y a Barbara, ballottée d’un sentiment à l’autre. Une réussite, donc.

Le Coupable – de Raymond Bernard – 1937

Posté : 17 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1930-1939, BERNARD Raymond | Pas de commentaires »

Le Coupable

Eh bien me voilà en larmes, après avoir vu ce très beau film de Raymond Bernard, cinéaste alors au sommet. C’est pourtant un film très original, et même déroutant par moments, que signe le réalisateur des Croix de Bois. Un mélodrame au pitch incroyable, qui épouse tous les soubresauts et les bouleversements du début du 20e siècle), mais qui s’autorise quelques passages proches de la farce, pour le moins inattendus.

Jérôme (Pierre Blanchar) et son père autoritaire (Gabriel Signoret) qui avancent péniblement sur des patins pour ne pas salir le plancher est déjà une image étonnante dans un tel contexte dramatique. Mais le plus surprenant, c’est peut-être la longue séquence du procès, où l’émotion la plus rude et l’humour s’entremêlent avec une totale décomplexion, et un naturel désarmant.

Il n’y a pourtant pas franchement de quoi rire avec cette histoire d’un homme qui profite de la guerre pour abandonner la femme qu’il aime et qui attend un enfant de lui, et qui retrouve ce dernier des années après dans le box des accusés, lui-même étant le procureur général chargé de demander sa tête. Une histoire bien lourde, digne des pires mélos américains des années 50 (on n’est pas loin de celle de Madame X), et qui se révèle ici simplement magnifique.

Dès les premières images, le sens de la composition et du mouvement de Raymond Bernard sautent aux yeux. Le film est, visuellement aussi, très beau. Il est aussi parfaitement juste. Madeleine Ozeray, beauté tragique, est une superbe incarnation du bonheur perdu. Quant à Pierre Blanchar, à quelques trémolos près lors de sa grande plaidoirie, il est assez formidable en faux salaud plombé par sa propre faiblesse, toujours dans une belle réserve.

Le film témoigne d’une grande empathie pour ces personnages imparfaits, mais qui sont surtout victimes de règles trop rigides et inhumaines. La droiture très discutable du père de Jérôme, le centre pénitentiaire où grandit le gamin, l’impossibilité de se réinsérer dans une société arc-boutée sur ses principes, le ridicule d’experts auto-proclamés… Raymond Bernard n’épargne en revanche pas tous ceux qui représentent la société établie.

Tourné en plein Front Populaire (c’est même le premier tournage avec le nouveau code du travail, aux studios de Billancourt), le film penche ouvertement du côté des modestes, et de la liberté individuelle. Il lance même un appel plein d’humour mais vibrant pour le droit de vote des femmes, qui n’arrivera que dix ans plus tard.

L’Homme que j’ai tué (Broken Lullaby) – de Ernst Lubitsch – 1932

Posté : 6 décembre, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, LUBITSCH Ernst | Pas de commentaires »

L'Homme que j'ai tué

Film méconnu de Lubitsch, et film magnifique que cette adaptation de la pièce pacifiste de Maurice Rostand (dont François Ozon s’inspirera pour Frantz), que le cinéaste s’approprie totalement pour en faire une œuvre très personnelle. L’histoire commence le 11 novembre 1919, un an après la fin de la première guerre mondiale. Le film, lui, est tourné un an avant l’accession de Hitler au pouvoir. L’écho entre ces deux époques est évident : Lubitsch, juif allemand exilé aux Etats-Unis, porte un regard désabusé sur cette tradition de la haine qui survit à 9 millions de morts, et qui en annonce d’autres.

Contrairement à To be or not to be, Lubitsch n’aborde pas ce sujet brûlant sous l’angle de la comédie, même si la manière dont il filme les habitants de cette petite ville allemande a ce petit quelque chose, cette vivacité presque burlesque, qui rappelle les meilleures comédies du cinéaste. Mais la séquence d’ouverture, rapide et virtuose, donne un tout autre ton, notamment ce plan formidable montrant le glorieux défilé militaire du point de vue d’un vétéran amputé d’une jambe. Il y a d’emblée une succession de plans d’une incroyable puissance qui se répondent pour dire mieux que de longs dialogues l’état de la France victorieuse.

Et c’est ainsi qu’on découvre le « héros » : dans une église qui s’est vidée pour ne laisser qu’une forme discrète entre deux bancs. La caméra se rapproche, pour filmer en gros plans deux mains jointes en prière, celles d’un jeune homme hanté par le regard du soldat allemand qu’il a tué, et dont il décide d’aller voir les parents en Allemagne pour implorer leur pardon…

Comme souvent chez Lubitsch, les gros plans sont particulièrement importants dans ce film. C’est également par ses mains dignes et fatiguées que l’on découvre la mère du jeune Allemand tué. A l’inverse, c’est l’indécence du coquet qui remonte ses jambes de pantalon qui dit tout le ridicule et la mesquinerie de ce notable qui veut épouser Elsa, la jolie fiancée de l’Allemand mort dans les tranchées. Elsa, elle, tombera comme ses « beaux parents » sous le charme du Français, Paul, désormais incapable d’avouer son crime.

Déchirant et engagé, Broken Lullaby n’est jamais pesant ou sinistre. Et c’est bien un film plein de vie, qui parle de la mort, que signe Lubitsch. Un film plein d’idées géniales qui pourraient venir d’une comédie, comme cette marche romantique des amoureux à travers la ville, au son des « ding » des portes de magasins qui s’ouvrent les unes après les autres à leur passage, ou encore cet unijambiste qui se lève pour serrer la main du vieil homme qui en termine avec la haine dans un discours d’une justesse et d’une force rares : c’est le grand Lionel Barrymore, dans le rôle du père en deuil qui renoue avec la vie.

Ce retour à la vie se fait aussi en musique, dans une dernière scène totalement apaisée où la caméra de Lubitsch, désormais, se pose et reste fixée sur les vieux époux enfin réconciliés avec la vie. Un long plan dont la sérénité répond au fracas et à la virtuosité de la séquence d’ouverture. Il y a certes du cynisme derrière cette paix retrouvée, qui ne repose que sur un mensonge, mais il y a aussi le choix de l’espoir. Et c’est absolument magnifique.

The Count of the old town (Munkbrogreven) – de Edvin Adolphson et Sigurd Wallen – 1935

Posté : 14 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, ADOLPHSON Edvin, WALLEN Sigurd | Pas de commentaires »

The Count of the Old Town

C’est un film relativement important dans l’histoire du cinéma suédois. Pas tant pour ses qualités intrinsèques, que pour la présence d’une toute jeune demoiselle nommée Ingrid Bergman, qui fait ici ses premiers pas devant une caméra. Elle y est d’ailleurs charmante, souriant beaucoup et sans arrière-pensée face à l’amour qui se présente à elle sous les traits d’un homme mystérieux…

L’histoire se déroule dans la « vieille ville » de Stockholm, un quartier pas franchement mal famé, mais très populaire, devant la caméra des deux réalisateurs (qui tiennent aussi deux des rôles principaux) qui choisissent l’angle de la comédie. Certaines images, certaines situations, soulignent bien la précarité de ces hommes sans travail, qui trompent l’ennui dans l’alcool, qu’ils passent la plus grande partie de la journée à essayer de trouver, et de déguster à l’abri des regards de la police, omniprésente.

C’est dans ce contexte que débarque un étranger qui semble cacher un secret. Serait-ce le voleur de bijoux qui sévit depuis des mois ? C’est la question que se posent les habitants du quartier, sans trop se prendre la tête sur le sujet. Car l’étranger, en plus d’être un camarade franchement sympathique, semble distribuer les coups de pouce autour de lui : un tuyau gagnant sur une course pour l’un, un boulot stable pour l’autre… et l’amour pour Ingrid dont les grands yeux succombent dès le premier regard.

Tant pis pour la dimension sociale, qui ne va jamais bien loin : The Count of the old town est une œuvrette légère et agréable, à défaut d’être hilarante ou révolutionnaire. Et puis les images sont belles, avec un soin apporté à chaque plan, particulièrement bien construit. On sent que les réalisateurs se sont appliqués pour chacun de ces plans, sans réussir toutefois à créer une vraie fluidité. D’où l’impression, par moments, de feuilleter un storyboard plutôt que de regarder un film totalement abouti. Mais tout ça se voit avec un certain plaisir.

L’Assaut – de Pierre-Jean Ducis – 1936

Posté : 5 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, DUCIS Pierre-Jean | Pas de commentaires »

L'Assaut - Ducis

Pas inintéressant, mais pas enthousiasmant non plus ce petit film (par la durée en tout cas : à peine 1h10) adapté d’une pièce d’Henri Bernstein. « L’assaut », c’est celui de la meute, ces forces contraires qui apparaissent pour tenter de mettre à terre un homme qui a voulu s’élever au-dessus des autres, dixit l’homme en question : Charles Vanel, excellent comme toujours en député en pleine ascension qu’un article de presse vient diffamer.

C’est l’éternelle histoire du doute qui s’instille lorsqu’une accusation, même infondée, vient salir le plus honnête des hommes. Le doute qui circule sur les terrasses des bistrots où l’on commente l’affaire, mais aussi celui que le diffamé lit dans le regard de ses proches. Digne mais ébranlé, Charles Vanel apporte un mélange de force tranquille et de fragilité menacée à son personnage.

Mais c’est dans une sorte de parenthèse dans l’histoire qu’il se montre le plus émouvant : lorsque la jeune femme qu’il croyait destinée à son fils déclare son amour pour lui, homme vieillissant résigné depuis longtemps à vivre dans le souvenir de son épouse décédée depuis des années. Entre l’actrice Alice Field et lui se passe alors un très beau moment de cinéma, assez bouleversant.

Décidément très dans l’air du temps 80 ans et deux républiques après sa sortie, le film évoque aussi les rapports parfois troubles entre le monde politique et la presse, avec Alerme en patron de l’organe de presse officiel d’un parti politique, qui clame haut et fort une pseudo neutralité qui ne trompe personne.

The Silver Cord (id.) – de John Cromwell – 1933

Posté : 1 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, CROMWELL John | Pas de commentaires »

The Silver Cord

On sent bien que ce petit mélo pré-code est adapté d’une pièce de théâtre. A l’exception d’une première scène joliment naïve, qui nous présente le couple vedette formé par Irenne Dunne et Joel McCrea, toute l’action du film se déroule dans la grande demeure familiale de la maman de Joel, où ce dernier revient après deux ans d’absence pour présenter sa jeune épouse.

Pourtant, l’impression de théâtre filmé n’apparaît que de loin en loin. Car si la mise en scène de Cromwell est globalement très anonyme, il y a là un rythme imparable, et de beaux interprètes qui donnent une intensité remarquable au film. Les actrices, surtout, sont formidables : Irenne Dunne en femme moderne (pensez, elle est scientifique, mariée, et enceinte !) et volontaire, et Frances Dee en femme bafouée, aussi belle que bouleversante. C’est d’ailleurs sur le tournage de ce film, où elle interprète sa belle-sœur, que Frances Dee rencontre Joel McCrea, ces deux-là ne devant plus être séparé que par la mort.

Pour une fois, la romance est plus… romanesque sur le plateau qu’à l’écran. Parce que le film est d’une cruauté inattendue, avec des rôles masculins (McCrea et son frère, joué par Eric Linden) incroyablement dépourvus de caractères, totalement castrés par une mère dévorante, manipulatrice, tellement odieuse qu’elle en est réjouissante. C’est Laura Hope Crews, la « tante Pittypat » d’Autant en emporte le vent, absolument glaçante dès sa première apparition. Mais pas dans le registre habituel des méchantes belle-mères de cinéma : elle aborde des faux-semblants d’empathie, qui dissimulent (de plus en plus mal) une cruauté rare.

Voir un tel personnage de mère n’est pas si courant dans le cinéma américain, et le film n’atténue jamais le trait, jusqu’à un final qui laisse une sacrée amertume.

La Ruée (American Madness) – de Frank Capra – 1932

Posté : 28 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, CAPRA Frank | Pas de commentaires »

La Ruée

Le Capra de La Vie est belle s’annonce déjà clairement avec cette « comédie sociale », l’une des premières à aborder frontalement le thème de la Grande Dépression, dans laquelle l’Amérique était alors plongée. Elle le fait à la manière si typique de Capra : avec une sincérité, une bonté, et une foi en l’être humain qui flirteraient avec la naïveté si ce n’était pas aussi enthousiasmant.

Comme dans ses grands classiques à venir, Capra met en scène des idéalistes et des cyniques, qui s’affrontent sur l’hôtel de l’argent. A quoi sert-il cet argent ? A se faire fructifier, ou à tirer le meilleur de chacun ? C’est en gros la question que s’opposent les dirigeants de la banque au cœur du film. Et la question de savoir qui aura le dernier mot ne se pose pas vraiment. Walter Huston, banquier au grand cœur (il connaît chacun de ses employés par son prénom, c’est un signe), est un homme de foi.

Pas un mystique, non : Capra lui-même n’a rien d’un religieux. Mais un homme qui a foi en son prochain. Comme Capra, qui assène son message avec force : c’est l’individu qui pourra sortir le pays de sa torpeur, pas la masse, inhumaine et décérébrée. Il y a une scène notamment, qui résume bien ce que dit le film de l’être humain : ce moment où un ami du banquier au bord de la ruine, bientôt suivi par d’autres, traverse la foule en colère, comme à contre-courant, pour aller déposer son argent et faire ainsi un acte de foi.

Cette scène est visuellement et émotionnellement très forte, Capra y visualisant parfaitement l’opposition entre l’individu dans ce qu’il a de plus grand, et la masse dans ce qu’elle a de plus informe. Un thème que l’on retrouve dans une grande partie de son oeuvre. La Ruée n’a certes pas la perfection de ses grands films avec James Stewart ou Gary Cooper, mais il y a quelque chose de très beau à voir le réalisateur tracer ce sillon qu’il creusera film après film, avec une sincérité qui ne se démentira jamais.

Le film est court (moins d’une heure quinze) et mené à un rythme impressionnant. Et Capra y confirme une nouvelle fois son génie visuel, avec cette manière qu’il a de filmer la foule, mais aussi les grands espaces vides. La séquence du braquage est ainsi particulièrement réussie, avec ce halo de lumière qui met en valeur l’obscurité, et le danger qu’elle dissimule. Il y a aussi un moment absolument génial, qui relève à la fois du drame social et de la pure comédie : la propagation de la rumeur selon laquelle la banque est ruinée. Capra la visualise par une succession rapide de gros plans sur le principe du téléphone arabe. C’est drôle, inventif, et d’une remarquable rapidité. Du pur Capra, donc.

Zéro de conduite – de Jean Vigo – 1933

Posté : 20 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, VIGO Jean | Pas de commentaires »

Zéro de conduite

Après deux courts métrages documentaires muets, Jean Vigo passe à la fiction, mais pas encore tout à fait au long (pour ça, il faudra attendre son film suivant, et ultime, L’Atalante) : Zéro de conduite, qui marque clairement une date dans le cinéma français, n’excède pas les trois quarts d’heure.

Comme dans ses premières expériences derrière la caméra, Vigo continue à inventer un langage qui lui est propre, à la fois très ancré dans la réalité, et tellement expérimental qu’il en devient poétique. Tellement ancré dans la réalité, qu’il y a dans Zéro de conduite des aspects de cinéma vérité, et surtout, en germe, à peu près tout ce qui fera trente ans plus tard la Nouvelle Vague.

C’est ce mélange qui fait toute la singularité du cinéma de Vigo : cette impression de toucher la réalité des choses, dans une oeuvre formellement audacieuse, qui se permet toutes les expérimentations techniques, et toutes les dérives surréalistes.

Zéro de conduite est ainsi le portrait sans fard d’enfants quasiment surveillés, dans un internat aux règles trop strictes, voire castratrices. Mais on y voir aussi un surveillant (Jean Dasté), qui se met à imiter Charlot dans la cour sans raison véritable. Un ballon qui disparaît comme par magie. Ou encore, dans une séquence joliment poétique, un dessin qui s’anime sur une feuille de papier.

Dans le même temps, le film ose aborder des thèmes durs, parfois frontalement, parfois à mi-mots. L’un des professeurs est ainsi un être libidineux au comportement pour le moins suggestif, dont la manière de caresser la main ou la tête de l’un des élèves (visiblement une fillette, mais présentée comme un garçon) fait plus que simplement évoquer la pédophilie.

Cette jeunesse dont parle le film, avec des moments de légèreté feinte, s’apparente quasiment à une génération sacrifiée, privée des plaisirs enfantins par des adultes trop étouffants, et par l’extrême cruauté des rapports humains. Vigo a sans doute mis beaucoup de sa propre jeunesse difficile dans ce film, interdit pendant près de quinze ans : Zéro de conduite n’est sorti en salles qu’après la guerre, en 1946.

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