Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie '1930-1939'

Liliom (id.) – de Frank Borzage – 1930

Posté : 22 mars, 2011 @ 4:09 dans 1930-1939, BORZAGE Frank, FANTASTIQUE/SF, FARRELL Charles | Pas de commentaires »

Liliom

Quatre ans avant Fritz Lang (lors de sa parenthèse française), l’immense Frank Borzage avait déjà porté à l’écran la pièce de Ferenc Molnar. C’est son troisième film parlant, et l’esthétique est encore celle de ses grands chef d’œuvre du muet (L’Heure suprême en tête), dont Liliom semble d’abord être une sorte de prolongement : les thèmes sont très proches (un homme et une femme s’aiment malgré ce qui les entoure, mais la violence et la mort menacent), les décors sont d’une grande beauté et presque caricaturaux, et Borzage souhaitait même reformer son couple mythique, qu’il avait déjà dirigé à trois reprises. Mais Janet Gaynor étant fâchée avec le studio, c’est l’inconnue Rose Hobart qui forme un couple aussi inattendu que passionnel, et forcément tragique, avec l’incontournable Charles Farrell.

Les récentes sorties DVD des éditions Carlotta sont là pour rappeler à quel point Farrell, que le grand public a totalement oublié aujourd’hui, fut un acteur incontournable de la fin du muet, et du tout début du parlant. Acteur fétiche de Borzage, il est aussi le héros de City Girl de Murnau, et tournait à l’époque pour des réalisateurs comme Howard Hawks, Raoul Walsh ou Victor Fleming. Et tout ça en quelques années seulement : son heure de gloire n’a vraiment duré que cinq ou six ans.

Ici, c’est lui qui interprète Liliom, ce bonimenteur de foire insouciant, qui a toutes les femmes à ses pieds. L’une d’elle, Julie, une toute jeune femme naïve et sans expérience, tombe éperdument amoureuse de lui. Lui s’amuse de son succès, et n’a pas la moindre envie de s’engager dans une vie de couple routinière. La patronne du manège pour lequel travaille Liliom est la première à se rendre compte que Julie n’est pas comme les autres. Elle aussi est amoureuse de Lilom, bien sûr, et la jalousie la pousse à le renvoyer. Tout le monde met en garde Julie contre Liliom, connu pour profiter de la faiblesse des femmes qui tombent sous son charme. Mais elle s’en fiche, elle l’aime ce Liliom, qu’elle sait être fait pour elle…

Il y a dans ce début de Liliom un passage très court et typiquement borzagien : alors que Julie regarde Liliom avec des yeux débordants d’amour, lui a son sourire habituellement dégagé qui se fige. Aucun commentaire, pas de musique sirupeuse… Un simple visage étonné, d’un homme qui réalise que lui aussi est amoureux, et que sa vie ne sera plus jamais comme avant, insouciante et aventureuse.

Trois mois après, d’ailleurs, on retrouve les deux amoureux vivant ensemble sous le même toit. La passion semble être loin, déjà : lui, sans emploi, passe ses journées affalé dans un fauteuil, pendant qu’elle trime du matin au soir. Liliom a tout, alors, du monstre d’égoïsme qu’on nous présentait. La vérité est bien plus complexe, bien sûr. Et chez Borzage, en particulier depuis L’Ange de la Rue, on sait que l’amour peut sortir les couples de toutes les impasses.

Mais Liliom n’est pas un film classique de Borzage. Il ne ressemble d’ailleurs à aucun autre film connu, et ceux qui ne l’ont jamais vu feraient mieux de ne pas lire la suite.

Parce qu’au bout d’une petite heure de film, Liliom meurt. Et cette fois, pas de miracle comme dans L’Heure suprême : Liliom est bel et bien mort et enterré. Et à partir de là, le ton du film change du tout au tout, et son esthétique aussi : c’est au voyage de Liliom que l’on assiste, voyage dans ce train qui conduit les âmes vers leur destination finale, train qui était annoncé sans qu’on s’en rende vraiment compte depuis le début du film (c’est à côté d’une voie ferrée que le vol fatidique auquel Liliom accepte de participer est organisé).

Surprenant, ce changement de ton aurait pu tomber dans le grand-guignol, mais il n’en est rien. Ces séquences sont d’une belle sobriété, ce qui fait que le film supporte franchement bien le poids des ans, ce qui est loin d’être toujours le cas pour des films abordant ce genre de sujets (l’au-delà ou l’onirisme).

Si Liliom gagne le droit de revenir sur terre, après dix ans de purgatoire, c’est parce que ses raisons sont totalement désintéressées. Tout ce qu’il veut, c’est faire quelque chose de bien pour sa fille, qu’il n’a jamais connue. Mais il n’y aura pas de happy-end artificiel ici, ni de deuxième chance. Juste trois êtres séparés par la mort, qui sont enfin en paix avec eux-mêmes…

Le Lien sacré (Made for each other) – de John Cromwell – 1939

Posté : 15 mars, 2011 @ 3:14 dans 1930-1939, BOND Ward, CROMWELL John, STEWART James | Pas de commentaires »

Le Lien sacré

Une comédie romantique de plus ? Pas vraiment : Le Lien sacré est même un film franchement atypique dans lequel on suit le quotidien d’un jeune couple (Carole Lombard et James Stewart, évidemment charmants) et ses difficultés à faire face aux petites contrariétés du quotidien. Dès la première image, un carton nous l’annonce : John Mason, notre « héros », n’est qu’un New Yorkais lambda parmi 7,5 millions d’autres individus tout aussi ordinaires. Et les contrariétés que lui et sa jeune femme, épousée en quelques jours lors d’un déplacement professionnel, rencontrent en s’installant, n’ont rien d’exceptionnel : un salaire trop juste pour s’installer dans une plus grande maison (celle-ci est tout à fait convenable), un travail trop prenant pour profiter de la vie et voyager, une belle-mère un peu acariâtre qui vit à demeure, et un bébé qui pousse les jeunes parents à s’interroger sur leur vie…

Rien que de très banal, donc, et c’est ça qui est beau, même si la fin du film est un peu gâchée par un rebondissement tragique très lacrymal et très efficace (ah on pleure et on a peur, c’est sûr), qui viendra régler comme par miracle toutes les difficultés de notre couple, mais qui du coup passe totalement à côté du vrai sujet de ce film par ailleurs très beau. Dans la dernière demi-heure, le film devient plus lyrique, plus extraordinaire, sans doute. Mais hélas, toutes les questions que soulevait le début du film : comment surmonter tous ces minuscules écueils qui, dans tous les couples, viennent contrarier la passion des premiers jours. « J’aurais dû garder cette poussière et la mettre dans un coffre », regrette le jeune mari, en faisant allusion à la poussière qu’il a retirée de l’œil de sa future femme, lors de leur première rencontre.

On sent bien que les scénaristes ont été bien en peine de mener leur sujet au bout. Après une première heure passionnante, ils ont recours à un rebondissement un peu facile, qui vient ruiner le bel équilibre que le film avait atteint. Dommage, surtout que le couple formé par les deux stars est vraiment réussi. Stewart est génial, comme toujours. Et Carole Lombard parvient magnifiquement à faire exister un personnage qui est pourtant souvent en retrait, mais auquel elle apporte une belle profondeur, et une dimension à la fois comique et tragique.

Dans un second rôle remarqué, on retrouve aussi l’excellent Charles Coburn, dans l’un de ses premiers rôles, à 65 ans, il interprète l’un de ses personnages qui feront sa réputation jusqu’à la fin des années 50 : celui d’un vieil homme un peu revêche au premier abord, mais qui laisse vite apparaître sa bonhomie…

The Great Library Misery (id.) – de Lloyd French – 1938

Posté : 26 février, 2011 @ 1:28 dans 1930-1939, COURTS MÉTRAGES, FRENCH Lloyd | Pas de commentaires »

The Great Library Misery

C’est un petit court métrage sans prétention, mais plutôt sympathique : l’histoire un peu kafkaïenne (mais traitée sur le mode humoristique) d’un homme qui veut emprunter un livre à la bibliothèque, mais qui se retrouve confronté à d’insoupçonnables écueils administratifs. Ce n’est évidemment pas très original, et le film ne fourmille pas de trouvailles comiques géniales, ça non. Mais Arthur Q. Bryan, acteur bonhomme dont la voix est plus célèbre que le nom ou le visage (il est passé à la postérité pour avoir donné sa voix à Elmer Fudd), rend son personnage très attachant.

L’histoire de cet homme à qui il faudra des mois de démarches absurdes pour obtenir une carte de bibliothèque qu’il perdra au bout de quelques secondes se suffit à elle-même. Mais le réalisateur Lloyd French l’intègre dans une autre histoire : celle d’un « club des grincheux » sans aucun intérêt, qui introduit et conclut ce court métrage.

All Girl Revue (id.) – de Lloyd French – 1939

Posté : 26 février, 2011 @ 11:27 dans 1930-1939, COURTS MÉTRAGES, FRENCH Lloyd | Pas de commentaires »

All girl revue

Un petit court métrage musical comme on en faisait des dizaines à l’époque, et sans grand intérêt, si ce n’est celui de mettre en vedette une future star : June Allyson. La jeune femme est charmante et chante plutôt bien, mais ni les chansons, ni les chorégraphies ne sortent des sentiers battus. La troupe des Harrison Sisters (connue à l’époque, paraît-il) se contentent d’aligner les numéros, qu’on suit avec un regard amusé, mais pas vraiment passionné…
Le film a quand même une particularité : la distribution est totalement féminine. June Allyson y interprète une jeune femme nommée maire d’une grande ville pour une journée (bah oui, on veut bien être féministe, mais pas tous les jours, quand même), qui doit accueillir une célèbre chanteuse qui arrive en train. Rien de plus, rien de moins…

Ce n’est évidemment pas un hasard : All Girl Revue a été tourné la même année que Femmes, le magnifique long métrage de Georges Cukor avec, lui aussi, un casting 100% féminin. Et quel casting, celui-là !

Les Fantastiques années 20 (The Roaring Twenties) – de Raoul Walsh – 1939

Posté : 25 février, 2011 @ 9:57 dans * Films de gangsters, * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, BOGART Humphrey, CAGNEY James, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

Les Fanfastiques années 20

1939 est souvent considéré comme la plus grande année qu’a connue Hollywood. Ce n’est sans doute pas un hasard : les grands cinéastes classiques ne sont jamais aussi inspirés que quand ils plongent dans les racines de l’Amérique. Et la menace nazie qui plane sur le monde cette année-là pousse les hommes de cinéma à revisiter le passé. C’est le cas pour John Ford, cette même année, avec Vers sa destinée ou Sur la Piste des Mohawks ; c’est le cas, bien sûr, pour Zanuck et Fleming avec Autant en emporte le vent ; et c’est aussi le cas pour Walsh, qui, sans remonter aussi loin dans le temps que Ford et Fleming, signe en cette fin de décennie l’un des plus beaux films sur la décennie précédente.

La première séquence, qui présente un monde à l’aube de la deuxième guerre mondiale, n’est pas anodine. Cette guerre marque la fin d’une période faite de hauts et de bas, et qui avait commencé avec la fin de la Grande Guerre. Comme un signe que l’évolution du pays est immanquablement marquée par les guerres. Comme un signe, aussi, que l’histoire est un éternel recommencement, et que le héros qu’on s’apprête à rencontrer alors qu’il est au plus bas, est condamné, à la toute fin, à retourner d’où il vient.

The Roaring Twenties est un film de gangsters, c’est même peut-être le plus beau de tous. Mais c’est aussi bien plus que cela. Parce qu’à travers le destin d’Eddie Bartlett, ancien soldat de la Grande Guerre devenu un laissé-pour-compte, qui devient l’un des rois de la Ville grâce à la Prohibition, et qui perdra tout après le krach boursier de 1929, c’est l’histoire de l’Amérique qui se dessine.

C’est aussi l’histoire récente de Hollywood qui clôt symboliquement un chapitre. La dernière scène, sublimissime chute sur les marches enneigées d’une église, marque doublement la fin d’une époque. Dans l’intrigue du film, c’est la fin des années 20 et de l’âge d’or des bootleggers que l’on voit ; mais c’est aussi à celle des années 30, et de l’époque bénie des grands films de gangsters, que l’on assiste. D’ailleurs, le petit et immense James Cagney restera dix ans sans interpréter un gangster : il fera son retour dans le genre avec le sublime-itou L’Enfer est à lui, du même Raoul Walsh.

Les deux films, d’ailleurs, n’ont pas grand-chose en commun (à part d’être géniaux). L’Enfer est à lui sera le portrait pathétique d’un malade mental ; Les Fantastiques années 20 raconte le parcours profondément humain d’un Américain moyen, qui symbolise toutes les vraies valeurs américaines.

Eddie Bartlett possède un sens de l’amitié et une vraie intégrité morale, qui séduit, d’ailleurs, le très beau personnage de Gladys George. A l’inverse, celui d’Humphrey Bogart (encore cantonné aux seconds rôles, mais qui accédera à la gloire éternelle dès l’année suivante) représente la face sombre de l’Amérique, sans valeur morale, comme un méchant de western. Les Fantastiques années 20 présente ainsi une fascinante galerie de personnages très marqués, et tous magnifiquement interprétés. Le film présente aussi, presque à la manière d’un documentaire, cette époque bénie pour les gangsters de la Prohibition, présentée sans doute possible comme une aberration par un Walsh qui a lui-même dû fréquenter assidûment les speak-easy. Y’a pas à dire, il n’y a rien de mieux que l’expérience pour donner de la vie à un film… Et celui-ci, chef d’œuvre absolu, n’en manque pas.

Thugs with dirty mugs (id.) – de Tex Avery – 1939

Posté : 25 février, 2011 @ 9:50 dans 1930-1939, AVERY Tex, COURTS MÉTRAGES, DESSINS ANIMÉS | Pas de commentaires »

Thugs with dirty mugs

C’est l’un des premiers grands films de Tex Avery, et tout son univers est déjà là. Ce cartoon est évidemment un hommage aux films de gangsters des années 30, et en particulier à Angels with dirty faces (Les Anges aux figures sales, tourné par Curtiz l’année précédente). On y retrouve d’ailleurs l’une des figures majeures du genre avec un personnage de chef de gang qui ressemble étrangement à Edward G. Robinson.

Le seul bémol que l’on peut donner à ce court métrage, c’est l’absence d’un vrai fil conducteur. Thugs with dirty mugs, aussi brillant soit-il, est une succession de gags, très drôles certes, mais sans réels rapports les uns avec les autres.

Mais on aurait vraiment tort de bouder son plaisir : les gags sont hilarants, pour la plupart. Et c’est dans ce film que l’on trouve la version la plus aboutie d’un truc que l’on reverra ailleurs, en moins bien : alors que l’action se poursuit à l’écran, on voit une ombre apparaître, comme si un spectateur se levait dans la salle. Ici, c’est même ce spectateur indélicat, pris à partie par le faux Robinson, qui permettra l’arrestation des gangsters…

Je n’ai pas tué Lincoln (The Prisoner of Shark Island) – de John Ford – 1936

Posté : 14 février, 2011 @ 11:31 dans 1930-1939, CARRADINE John, FORD John | Pas de commentaires »

Je n'ai pas tué Lincoln (The Prisoner of Shark Island) - de John Ford - 1936 dans 1930-1939 je-nai-pas-tue-lincoln

J’aime Ford plus qu’aucun autre cinéaste, et je dois dire que j’ai toujours eu un faible particulier pour ce Ford un peu méconnu, que je revois très régulièrement avec un plaisir qui ne se dément pas. C’est un film de commande, mais on y retrouve pourtant la plupart des obsessions de Ford, à commencer par cette manière qu’il a, en particulier dans les années 30, de parler de la grande histoire de l’Amérique par le biais d’un cinéma de genre purement populaire. Et puis il y a la figure de Lincoln, que Ford considérait comme le personnage le plus important de la construction de l’Amérique, qui est au cœur de trois de ses films (avec Le Cheval de Fer, et surtout Vers sa destinée), et qui apparaît dans la première séquence comme une figure quasi-christique.

Lincoln disparaît rapidement, et pour cause : le film raconte l’histoire d’un médecin accusé  d’avoir participé à son assassinat, assassinat par ailleurs magnifiquement filmé. Mais il est pourtant omniprésent durant tout le film, par l’intermédiaire du regard accusateur que les personnages portent continuellement sur le docteur Samuel A. Mudd.

Ford, d’ailleurs, s’inspire d’une histoire vraie : les grandes lignes de ce qui arrive au docteur Mudd dans le film sont authentiques (arrêté pour avoir soigné John Wilkes Booth dans sa fuite, il est condamné à l’exil à vie dans une île-prison, mais sera gracié cinq ans plus tard après avoir sauvé des centaines de gardiens et de prisonniers d’une épidémie de fièvre jaune). Le film ne laisse aucune ambiguïté : Mudd est bel et bien innocent, victime de la vindicte populaire et de l’inhumanité de la foule (à ce stade, on n’est pas si loin du Furie de Lang). Aucun doute sur son innocence, même si le personnage est à l’image de Ford : complexe. Présenté comme un homme bon et totalement désintéressé, il est aussi entouré de travailleurs noirs qui, même s’ils sont visiblement heureux de leur sort, ressemblent fort à des esclaves. De toute l’œuvre de Ford, ce docteur Mudd est peut-être le personnage le plus proche du cinéaste, tantôt présenté comme un réac, tantôt comme un défenseur des minorités, grand tueur d’Indiens (à l’écran) et réalisateur des Cheyennes… Un homme complexe et passionnant, tout comme ce personnage interprété par un Warner Baxter qui trouve là le rôle de sa vie.

Visuellement, le film est une splendeur : l’intérêt de Ford pour l’expressionnisme, qui était particulièrement visible dans Le Mouchard, l’année précédente, est toujours présent ici. Il le sera aussi dans Vers sa destinée, en 1939, qui sera consacré à la jeunesse de Lincoln, et qui prolonge l’esprit de ce film.

Le scénario, signé Nunally Johnson, est éblouissant, mélangeant avec un bonheur rare la grande et les petites histoires, les purs rebondissements et le portrait d’un pays en crise. Un portrait original, puisqu’il s’applique sur des laissés pour compte : une colonie pénitentiaire perdue au milieu du golfe du Mexique. Cette prison très esthétique est habitée par deux visages qui, plus que celui de Warner Baxter, hantent le film : celui de John Carradine, qui n’a jamais paru si blafard et émacié que dans ce personnage de gardien, et celui de Harry Carey, qui ajoute au film une pointe de nostalgie et lui donne une valeur toute particulière.

Carey et Ford avaient, à la fin des années 10, tourné ensemble des dizaines de westerns. The Prisonner of Shark Island est leur première collaboration depuis quinze ans. C’est aussi leur ultime film en commun. Et c’est l’une des très nombreuses raisons de considérer ce film comme l’un des plus beaux de la décennie. Si, si…

L’Adieu aux armes (A Farewell to arms) – de Frank Borzage – 1932

Posté : 14 février, 2011 @ 11:27 dans 1930-1939, BORZAGE Frank, COOPER Gary | Pas de commentaires »

L'Adieu aux armes

Frank Borzage pouvait-il passer à côté du roman d’Hemingway ? Sans doute pas : l’histoire semble avoir été écrite pour le réalisateur de L’Heure suprême et Lucky Star, deux films sublimes où l’amour dépassait tout, et sauvait les personnages des horreurs de la guerre. Les thèmes de L’Adieu aux armes ne sont vraiment pas éloignés. Pourtant, dès la première image, on voit bien que le Borzage de 1932 n’est plus tout à fait le même que celui qu’il était cinq ans plus tôt. En ouvrant son film sur un plan (magnifique) d’un cadavre reposant, tel le Dormeur du Val, dans un paysage grandiose, Borzage montre qu’il est peut-être un peu plus désenchanté qu’auparavant.

Je ne m’étendrai pas sur les qualités visuelles du film, qui m’ont l’air assez exceptionnelles, mais j’ai vu le film dans une édition DVD absolument calamiteuse (chez Aventi), qui ne permet d’en avoir qu’un jugement parcellaire, hélas… Mieux vaut guetter une autre édition.

En tout cas, le film est dans sa construction, vraiment remarquable, destin parallèle de deux êtres rapprochés par la guerre (lui est un jeune Américain engagé dans l’armée italienne ; elle est une infirmière militaire), et séparés par celle-ci… C’est d’ailleurs ce qui différencie d’abord L’Adieu aux armes de ses chef d’œuvre du muet cités plus tôt : ce couple-là, joliment interprété par Helen Hayes et Gary Cooper, n’est pas seulement séparé par la guerre. Il est aussi un produit de la guerre. Et le ton du film s’en trouve radicalement changé : l’amour est toujours le moteur incontournable des personnages, mais ce qui naît avec la guerre doit mourir avec elle…

Bref, on ne rigole pas des masses devant ce film porté par un Gary Cooper très jeune, et très bien. Il forme un duo pour le moins inattendu avec Adolphe Menjou, dans un rôle très, très éloigné de ceux d’éternel dandy qu’il interprétait durant le muet, notamment dans L’Opinion publique, le magnifique film de Chaplin.

La Piste des Géants (The Big Trail) – de Raoul Walsh – 1930

Posté : 14 février, 2011 @ 11:19 dans 1930-1939, BOND Ward, WALSH Raoul, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Piste des géants

Encore un Walsh de très haute tenue, que ce western hyper ambitieux, l’une des plus grosses productions des premières années du parlant. L’autre grand pionnier borgne de Hollywood (il a perdu son œil quelques mois seulement avant de tourner cette Piste des Géants, sur le tournage de In old Arizona) semble ici répondre à son confrère John Ford, qui avait dirigé un western tout aussi ambitieux et sur un thème comparable, à l’époque du muet : l’excellent Cheval de Fer. On pense souvent au film de Ford en voyant cet autre film consacré aux pionniers de l’Ouest américain. Ford lui-même signera avec Le Convoi des Braves un film très comparable à cette Piste des Géants. Et la boucle sera bouclée…

Toujours dans la filiation Walsh/Ford, il ne faut pas oublier que c’est dans ce film de Walsh que John Wayne, à qui Ford avait déjà confié quelques petits rôles, trouve son premier grand rôle. Rien que pour ça, le film a une valeur évidente. Mais il faut bien reconnaître : il est un peu jeunôt, le Duke, et il n’a pas encore la carrure qu’il gagnera au cours des années 40. Après ce coup d’éclat, la carrière de Wayne se résumera d’ailleurs à des westerns de série B (au mieux) très oubliables, qu’il enchaînera jusqu’à ce que Ford le lance pour de bon dans La Chevauchée fantastique, en 1939.

Ici, Wayne, manque un peu de profondeur, et même de charisme, ce qui est quand même un comble. Il n’y a pas grand-chose à lui reprocher cela dit, mais c’est vrai qu’il se laisse porter par le film, plus qu’il ne le porte vers le haut, comme il le fera au moment de sa grandeur, dans ses chef d’œuvre comme dans ses nanars…

Walsh, en tout cas, est très inspiré par cette grande épopée, cette histoire d’un groupe de colons qui traverse une bonne partie de l’Amérique encore vierge, dans le but de s’installer dans une vallée verdoyante qui apparaît comme un paradis presque inatteignable. Le cinéaste, comme Ford avant lui, signe une grande fresque vantant le pur esprit de l’Amérique : avec des hommes et des femmes prêts à laisser derrière eux leur petite vie pour participer à la construction du pays, et trouver leur place dans l’histoire.

La Piste des Géants, dans le fond, n’a rien de très original. Mais la forme, elle, est assez étonnante : après un début plutôt classique, la caravane se met en marche (et cela donne des images absolument magnifiques, plus calmes, mais tout aussi spectaculaires que la fameuse course de Trois Sublimes Canailles, de Ford). Et le film se transforme alors en une espèce de recueil qui, chapitre après chapitre, illustre tous les dangers rencontrés par la caravane, chaque chapitre étant introduit par un carton explicatif, comme au temps du muet.Tout y passe : l’attaque des Indiens, la longue marche dans le désert, la tempête de neige, la traversée d’un fleuve, le déluge… Mais le plus impressionnant est peut-être cette séquence au cours de laquelle les colons doivent faire descendre leurs chariots le long d’une falaise abrupte.

Il y a bien sûr un fil conducteur : personnage de Wayne recherche les assassins de son ami, dont on devine tout de suite qu’il s’agit du conducteur de la caravane et de son aide mexicain. Mais le suspense tourne court : ces deux « méchants » sont des lâches qui font tout pour ne pas affronter Wayne. Ils font d’ailleurs appel à un troisième larron, qui sera le rival de Wayne auprès de la belle du film (Marguerite Churchill). Mais là encore, Walsh se débarrassera vite de ce rival encombrant, pour se concentrer sur la belle aventure humaine, qui l’intéresse bien davantage. Et nous aussi, ça tombe bien…

La Femme et le Pantin (The Devil is a woman) – de Josef Von Sternberg – 1935

Posté : 31 janvier, 2011 @ 2:30 dans 1930-1939, DIETRICH Marlene, VON STERNBERG Josef | 1 commentaire »

La Femme et le pantin

C’est le dernier des sept films tournés par Marlene Dietrich sous la direction de son pygmalion Von Sternberg, et le plus étrange, aussi. Ça commence un peu comme dans un roman d’Hemingway : il ne manque que l’alcool dans cette magnifique séquence tournée au cœur d’une grande fête populaire, séquence filmée du point de vue d’un personnage masqué que l’on ne connaît pas encore, interprété par Cesar Romero. Sans dialogue, cette séquence est un modèle de mise en scène : elle montre d’une manière magistrale l’attirance qui naît entre un homme et une femme, simplement à travers les regards échangés au cœur de la foule. Au niveau de l’intention, c’est d’une simplicité totale. Au niveau de la réalisation, c’est sublime.

Curieusement, Von Sternberg enchaîne avec une scène de retrouvailles entre deux amis (Romero et Lionel Atwill) filmée assez platement, comme si seule la beauté de Marlene l’inspirait, et par un récit qui alterne les flash-backs et le temps présent. Cela donne un rythme déroutant, mais séduisant au film.

C’est aussi un film sur les faux-semblants, sur le mensonge, sur la tromperie, sur le désir. Où est la vérité, où est le mensonge de ce film, dont les deux tiers sont basés sur le récit du personnage de Lionel Atwill, qui présente la belle Marlene comme la pire des traînées, prête à jouer avec les sentiments qu’elle inspire pour son seul profit. La mère possessive existe-t-elle seulement ? Ce que le personnage nous raconte a-t-il une base de réalité ? On ne le saura pas, ce qui n’aide pas à cerner la personnalité de Marlene, certes belle à damner, mais aussi réelle qu’une illustration dans un beau livre. Son humanité, qui éclate à la fin du film, va à l’encontre de tout ce qu’on a appris sur elle jusqu’à présent.

Ce parti-pris est à la fois la force et la faiblesse du film. La force, parce qu’il exacerbe ce triangle amoureux par ailleurs assez banal, faisant du film un exercice de style manipulateur et mémorable. La faiblesse, parce qu’il est difficile de s’attacher aux personnages. Sauf peut-être à celui de Lionel Atwill, qui aurait pu être l’homme de trop de ce trio, le troisième larron qui contrarie l’idylle qui doit éclater entre les deux vrais héros, mais qui se révèle le personnage le plus profond, le plus émouvant, et le plus intéressant de ce film.

1...1819202122
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr