Hurricane (The Hurricane) – de John Ford – 1937
Le film catastrophe n’est pas né avec La Tour infernale. Il y a même eu une grande vague (c’est un jeu de mots) du genre dans les années 30. Et à cette époque, la dite catastrophe était bien souvent la manifestation d’une colère divine, une manière radicale de laver l’humanité des péchés dans lesquels elle se perd. God bless America.
John Ford suit cette logique avec enthousiasme dans ce film méconnu et assez passionnant, tourné dans une période de sa carrière pleine de films méconnus et assez passionnants. Une époque, aussi, où Ford aborde régulièrement et avec assiduité le thème de l’injustice, de Quatre hommes et une prière (autre film méconnu et assez passionnant, déjà avec C. Aubrey Smith) à Je n’ai pas tué Lincoln (un peu moins méconnu et encore plus passionnant, avec John Carradine dans un rôle très similaire à celui qu’il tient ici).
The Hurricane condense toute la complexité de Ford, cinéaste profondément humaniste, qui pourfend le colonialisme, tout en adoptant un point de vue totalement occidental. Un paradoxe parfaitement assumé ici : la vision des autochtones, sur ces îles paradisiaques, est certes bourrée de clichés. Mais ces clichés sont ceux du regard occidental de Thomas Mitchell, alter ego du cinéaste, jusque dans sa propension à boire beaucoup.
Ce point de vue permet à Ford, à travers son film, de dénoncer une propension très forte de l’homme blanc à la domination, sans pour autant échapper à une vision folklorique et caricaturale de ces îles comme sorties de cartes postales. Le personnage de Thomas Mitchell n’est animé que par des sentiments nobles, mais il participe à la domination colonialiste, que symbolise un Raymond Massey quelque peu monobloc.
Imparfait sans doute, et assurément mineur dans l’œuvre immense de Ford, The Hurricane est pourtant prenant et émouvant, et boosté par quelques morceaux de bravoure remarquable : celle de l’évasion nocturne dans le port, et bien sûr la grande séquence catastrophe si attendue, spectaculaire, qui fait toujours son petit effet.









