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Archive pour la catégorie '1930-1939'

L’Homme du jour – de Julien Duvivier – 1937

Posté : 6 novembre, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

L'Homme du jour

Une comédie musique portée par Maurice Chevalier ? Eh bien oui, et loin d’avoir vieilli, ou d’être une machine à la seule gloire de la star, c’est un film franchement enthousiasmant que signe Duvivier, pourtant dans un registre auquel il n’est pas habitué.

Chevalier y interprète un électricien qui rêve de devenir un chanteur de music-hall, persuadé de son talent. Ce n’est pourtant pas sur scène qu’il va trouver la chance de sa vie, mais dans les couloirs d’un hôpital, lorsqu’il va donner son sang pour sauver une grande diva, interprétée par Elvire Poposco, toute en auto-dérision.

Le film est d’ailleurs marqué par la présence de jolies seconds rôles féminins : celui de la mère, bienveillant regard posé sur l’ambition un peu puérile de son fils. Et surtout celui de la fleuriste, inattendu et mélancolique, superbe silhouette effacée, et finalement assez tristes.

Très séduisants aussi : les beaux morceaux musicaux, intégrés très naturellement à l’histoire, et mis en scène avec beaucoup d’originalité et de maîtrise : Duvivier donne à chacun de ces morceaux une vraie identité.

D’abord « Ma pomme », chantée par Maurice Chevalier devant un rideau d’eau, une séquence qui inspirera très ouvertement les créateurs de La Belle et la Bête de Disney, avec un hommage à Chevalier, le plus Américain des Français. Visuellement assez radical, la gouaille de la vedette fait le reste.

La dernière séquence est aussi très audacieuse, et très réussie. Le personnage joué par Maurice Chevalier rencontre, dans les coulisses d’un music-hall… le vrai Maurice Chevalier. Maurice Chevalier et Maurice Chevalier sur le même plan, qui écoutent tous deux un disque de Maurice Chevalier… Une scène qui dit bien l’ironie que porte Chevalier sur lui-même, et la liberté et l’audace que s’accorde Duvivier.

Même si cette audace n’est pas tangible du début à la fin, même si Duvivier n’évite pas quelques flottements, cette comédie superbement réalisée est une réussite majeure dans la filmographie de sa star.

Mariage incognito (Vivacious Lady) – de George Stevens – 1938

Posté : 2 novembre, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, STEVENS George, STEWART James | Pas de commentaires »

Mariage incognito

Ginger Rogers, James Stewart… Qu’importe la réussite du film, presque : ces deux seuls noms suffiraient à mon bonheur. Et comme le film est vraiment réjouissant… George Stevens n’est ni La Cava, ni Capra, ni Sturges (Preston), ni même McCarey. Il lui manque sans doute cette originalité, ce petit quelque chose en plus, qui ferait de lui l’un des grands spécialistes du genre. Mais il signe là une comédie au rythme impeccable, et franchement emballante par moments.

Le point de départ évoque un autre film avec Ginger Rogers, Primrose Path. Dans les deux films, tout commence idéalement, par le coup de foudre d’un homme et d’une femme très différents l’un de l’autre, qui se marient très vite, mais dont le bonheur sera contrarié par l’entourage. Ici, le problème vient du fait que ce couillon de James Stewart n’arrive pas à expliquer à ses riches parents qui attendent tant de lui qu’il s’est marié en douce, qui plus est avec une artiste de music-hall.

La comparaison entre les deux films ne va pas plus loin. Contrairement au film de Gregory La Cava, Vivacious Lady n’est absolument pas ancré dans un quelconque contexte social. On est ici dans la comédie la plus pure, et la plus dénuée de vrai drame. Des quiproquos et des portes qui claquent, plutôt que de l’angoisse et de la misère. Léger ? Oui, totalement, mais une légèreté portée par des acteurs qui savent transcender cette légèreté.

On a certes envie de le baffer, ce couillon de James, de trembler à ce point devant son père, Charles Coburn, dont on sait pourtant qu’il aboie plus qu’il ne mord vraiment. Mais il a cette manière si particulière d’être couillon, avec cette voix chevrotante et ces gestes maladroits. Et puis Ginger Rogers a ce regard si bienveillant qui fait tout oublier… Pas une femme effacée pour autant, loin de là : elle est notamment géniale dans une scène de baston irrésistible avec sa rivale, qui se termine par un direct en pleine face de beau-papa !

Tout ça se terminera exactement comme on s’y attend, bien sûr. Mais entre-temps, on aura eu droit à quelques scènes mémorables, notamment l’arrivée de l’épouse incognito dans la salle de classe de son professeur de mari. On la première cigarette partagée entre Ginger et sa belle-mère. Que voilà une petite chose pleine de charme…

Gribouille – de Marc Allégret – 1937

Posté : 29 octobre, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, ALLEGRET Marc | Pas de commentaires »

Gribouille

Gribouille commence là où beaucoup d’autres films se terminent : par une longue séquence de procès, celui de Michèle Morgan, jeune femme accusée de meurtre. Une victime de la société patriarcale, comme le cinéma français en proposait souvent à cette époque. Qu’elles soient physiques ou morales, les violences faites aux femmes étaient au cœur de nombreux films, contrairement aux idées reçues qu’on pourrait avoir : non, cette prise de conscience n’est pas née avec le mouvement metoo…

Michèle Morgan, donc, toute jeune et pas encore passée sur le Quai des brumes, mais déjà des yeux magnifiques et bouleversants, portant toute la tristesse du monde. Face à elle, Raimu, immense et tellement humain en juré très investi, jusqu’à prendre la pauvrette sous son aile en la faisant passer aux yeux de sa famille pour la fille d’un vieil ami perdu de vue.

C’est un beau film, tendre et cruel à la fois, que signe Allégret. Un film profondément optimiste, malgré tout, mais qui n’oublie rien de la violence des rapports humains. Le personnage de Carette illustre bien cette position : un type sympa et chaleureux a priori, mais avec des accès inquiétants. Tantôt drôle, tantôt glauque. A l’image du film, donc, où comédie et drame se renvoient constamment la balle.

Mais c’est la bonté qui l’emporte, devant la caméra d’Allégret. Avec autant de violence, mais moins de cynisme qu’un Decoin, le réalisateur filme des personnages qu’il aime visiblement sans réserve. Il y a notamment une tendresse énorme entre Raimu, ce commerçant tranquille et généreux, et sa femme, jouée par Jeanne Provost, dont le devenir du couple est une très jolie sous-intrigue.

On notera aussi la participation de Bernard Blier, dans l’un de ses tout premiers rôles, touchant en jeune amoureux que l’on voit troquer son vélo contre un tandem, avant de revenir rendre ce dernier, joli symbole d’un couple qui se fait et se défait…

Les Temps modernes (Modern Times) – de Charles Chaplin – 1936

Posté : 18 octobre, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, CHAPLIN Charles, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Les Temps modernes

Encore un classique, encore un chef d’œuvre, encore un film indémodable… Chaplin est décidément immense, et ce Modern Times, sorti cinq ans après City Lights, est une nouvelle démonstration éclatante de son génie, basé à la fois sur un sens unique du spectacle (aucun temps mort, aucune baisse de rythme), sur une inventivité folle, et sur une conscience absolue de la société qui l’entoure.

Parce que Chaplin a beau rester fidèle au muet, à peu près totalement disparu depuis presque une décennie, son film n’a rien de passéiste. Bien au contraire : chaque rebondissement, chaque gag, s’inscrit ouvertement dans cette rude période de la Grande Dépression. Modern Times est, de fait, l’un des films les plus graves de Chaplin. On rit bien sûr, franchement et par moments très forts, mais le rire est constamment teinté d’une trame sociale d’une grande force, qui place le film au niveau d’un Wild Boy of The Road ou du futur Raisins de la colère. Rien que ça.

Le génie de Chaplin est d’aborder un sujet aussi grave que la Grande Dépression sans se départir de ce sourire d’une élégance folle que son personnage arbore dans les situations les plus dures. La comédie pour dénoncer la déshumanisation… Que ce soit dans la séquence inaugurale du travail à la chaîne, avec les allers-retours constants de Charlot entre la prison et la « liberté », ou avec ces brèves périodes de travail qu’il enchaîne entre deux errements, Chaplin multiplie les gags rentrés dans l’histoire, tout en rendant dramatiquement tangible la souffrance des chômeurs et des laissés pour compte.

Le film brasse de nombreux sujets qui s’entremêlent dans un mouvement d’une cohérence totale. Et qui, tous, mettent en évidence les dérives de la modernité face à l’individu. Ce qui permet à Chaplin de régler une nouvelle fois ses comptes avec le cinéma parlant. On parle, dans Les Temps modernes, mais toujours par machines interposées, et toujours au détriment de vrais rapports humains. Et quand Charlot fait entendre sa voix, c’est en chantant une chanson inoubliable, dans une langue qu’il invente et qui ressemble à une sorte d’esperanto : loin de se plier aux exigences de son époque, Chaplin réaffirme sa foi dans un cinéma universel, qui dépasse la frontière de la langue.

Tout est visuel dans ce film, que l’on pourrait voir sans les intertitres sans qu’il perde de sa force. Chaplin y multiplie les trouvailles visuelles, qu’elles soient narratives (le drapeau qu’il ramasse et qui le fait passer pour le meneur d’une manifestation d’ouvriers) ou purement gagesques (la vertigineuse scène des patins à roulette, vingt ans après Charlot patine).

Ce qui frappe aussi, c’est l’optimisme qui se dégage du film, et qui doit sans doute beaucoup à son actrice principale, Paulette Goddard, que Chaplin filme en sauvageonne avec un regard amoureux. C’est qu’il est heureux, à l’époque des Temps modernes. Et ce bonheur se ressent plus que jamais, tout comme sa foi inébranlable en l’humanité. Grave, ancré dans la réalité, ce bijou est aussi euphorisant.

Battement de coeur – de Henri Decoin – 1939

Posté : 17 octobre, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, DECOIN Henri | Pas de commentaires »

Battement de cœur

Henri Decoin signe un film d’une grande liberté qui aborde mine de rien, et avec beaucoup de légèreté, quelques sujets graves. Celui des jeunes laissés pour comptes « récupérés » par des bandits qui profitent de leur faiblesse. Celui aussi de la vacuité de la diplomatie en cette période où la guerre menace.

Le contexte historique (on est en 1939) reste toujours à l’arrière-plan, à peine évoqué, mais il est bel et bien présent, au détour d’un journal que lisent les personnages, ou d’un dialogue : « Vous avez sauvé la paix mon ami ? » interroge la femme de l’ambassadeur.

L’histoire, pourtant, est toute en légèreté. Une jeune femme qui arrive à l’âge adulte avec le seul atout de sa jeunesse. Une mauvaise rencontre avec un maître voleur, qui en amène une autre plus enthousiasmante avec un diplomate jaloux, qui en amène une autres : celle, enfin, avec le coup de foudre.

Decoin trouve l’équilibre parfait entre l’apparente légèreté et la cruauté de certaines situations, avec un sens du rythme très lubitschien, référence incontournable tant l’héroïne est confrontée aux portes qui s’ouvrent et se ferment à son passage.

Délicieuse apparition de Darrieux, beauté sauvage irrésistible, dans une école de voleurs peuplée de seconds rôles réjouissants, dont Saturnin Fabre, ogresque en professeur pas comme les autres, et l’incontournable Julien Carette en brave voleur de fortune. Plus loin, on découvrira aussi Jean Tissier, en roue libre en parasite attachant.

Mais c’est Danielle Darrieux qui dévore littéralement l’écran. Au sommet, déjà, elle irradie tant pour sa sensualité que pour son romantisme, pour son innocence que pour son pouvoir comique. Une actrice immense, et irrésistible.

Avec le sourire – de Maurice Tourneur – 1936

Posté : 11 octobre, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Avec le sourire

Un arriviste sans le sou débarque à Paris, se fait embaucher dans un music-hall, et gravit les échelons les uns après les autres en faisant quelques « victimes » au passage. Mais avec le sourire, toujours.

Normal : c’est Maurice Chevalier, dont le sourire plus grand que nature a rarement été aussi bien utilité, et avec autant de lucidité : oui, son sourire est trop grand pour être sincère. Mais c’est ça que les gens veulent, et qui fait de lui une star, un homme que tout le monde aime, quels que soient les actes que cache ce sourire. C’est un fait, c’est aussi le sujet du film.

A l’inverse, le directeur bougon qui lui met le pied à l’étrier a beau avoir un cœur énorme, on ne retient de lui que la gueule d’enterrement qu’il tire en toutes circonstances.

C’est un film d’une étonnante lucidité que signe l’autre Maurice (Tourneur), qu’on n’attendait pas forcément dans le registre du film « Chevalier-ien ». Une comédie, forcément, et avec quelques passages chantés qui plus est. Loin, donc, de Justin de Marseille ou Samson, deux de ses récents films, nettement plus ancrés dans un réalisme assumé.

Ces quelques passages chantés valent ce qu’ils valent. La plupart ont un peu vieilli, certes. L’un, surtout, donne l’occasion à Chevalier de faire son numéro : lorsqu’il chante « Le chapeau de Zozo », en mimant les attitudes des différentes classes sociales. Un vrai show, comme la star en a le secret.

Le film vaut autant pour cette fausse légèreté affichée que pour son cynisme profond, les deux aspects étant si étroitement liés qu’ils créent un sentiment de malaise totalement inattendu dans ce genre. Une comédie, oui, mais joyeusement méchante, à la fois dans les situations et les dialogues.

Brillants, par moments, les dialogues, comme celui-ci, lancé par le directeur trop honnête à son horrible femme : « Puisque, malgré ton âge, tu as encore ta mère, va donc la voir. » Avant d’ajouter, en aparté : « Et dire que je ne l’ai jamais trompée… C’est inimaginable ! »

Les Lumières de la Ville (City Lights) – de Charles Chaplin – 1931

Posté : 10 octobre, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, CHAPLIN Charles, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Les Lumières de la ville

On a tout dit sur ce film lumineux, classique indémodable, chef d’œuvre absolu, sommet de la carrière de Chaplin (qui en compte d’autres, des sommets). Et ne comptez pas sur moi pour ne pas crier avec la foule, parce que, oui, Les Lumières de la ville est un film merveilleux.

Il y a bien sûr la beauté foudroyante de son dernier plan, le plus beau peut-être de Chaplin, peut-être aussi le plus beau gros plan sur un regard d’homme de toute l’histoire du cinéma. Après l’avoir vu dix fois (quinze fois ?), et même en me préparant et en me disant que, cette fois, je ne verserai pas ma larme, eh bien si, l’émotion jaillit encore, aussi pure et aussi intense.

Il y a aussi l’intelligence de la mise en scène, cette perfection du langage cinématographique dans ce qu’il a de plus pur, ce refus affiché par Chaplin de céder aux sirènes du parlant auxquelles tout le monde, pourtant, a répondu depuis plusieurs années déjà. Pas Chaplin, pour qui le parlant marque la fin de l’universalité du cinéma. Il le disait : si Charlot parlait anglais, il ne représenterait plus qu’une partie des laissés-pour-compte. Or, son personnage n’est pas Américain, ni Anglais, il est universel. Chaplin enterrera d’ailleurs Charlot définitivement avant de tourner son premier vrai film totalement parlant : ce sera Monsieur Verdoux… en 1947, vingt ans après Le Chanteur de jazz !

Pour l’heure, et comme il le fera d’avantage encore avec son film suivant Les Temps Modernes, Chaplin reste fidèle au muet tout en ironisant sur le parlant. Car Chaplin n’est pas réfractaire au progrès : son film est sonore, ce qui lui permet de se moquer des dialogues grésillants des films de l’époque lors de la scène inaugurale, discours grotesques et inintelligibles lors de l’inauguration d’une statue. On ne comprend rien de ce que disent ces hommes de pouvoir fats et arrogants. Mais on comprend tout des mimiques et de la gestuelle de Charlot qui apparaît sous le drap recouvrant la statue, étrange et réjouissant lever de rideau.

Refusant toutes les facilités qu’offre le parlant, Chaplin s’est cassé la tête pendant des mois pour trouver l’idée grâce à laquelle son histoire fonctionne : comment la jolie vendeuse de fleurs aveugle en arrive-t-elle à croire que Charlot est un homme riche ? La solution est géniale, parce qu’elle paraît d’une simplicité et d’une évidence absolues, totalement cohérente avec ce qu’est le personnage, avec sa liberté, avec son refus des conventions et des barrières qu’impose la société.

Génie de la mise en scène, Chaplin s’autorise aussi ici des mouvements de caméra comme il en a finalement peu utilisés. L’hilarante séquence de la boîte de nuit en est un bon exemple. Chaplin cinéaste y révèle un dynamisme surprenant… Et les séquences s’enchaînent avec la même inventivité et la même efficacité. Que ce soit dans la comédie pure (la scène du combat de boxe) ou dans le drame (la sortie pathétique de prison, avec un Charlot soudain privé de sa canne et de son plastron, donc de sa dignité), le film est une merveille, optimiste et lucide à la fois. Eh bien oui, un chef d’œuvre.

Si j’étais le patron – de Richard Pottier – 1934

Posté : 30 août, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, POTTIER Richard | Pas de commentaires »

Si j'étais le patron

Futur réalisateur, entre autres réussites, de deux bons Maigret (Picpus et Les Caves du Majestic, tous deux avec Albert Préjean), Richard Pottier fait ses débuts derrière la caméra avec cette comédie sociale délicieuse, mais nettement plus comédie que sociale. Un film, en tout cas, qui aborde dès 1934 des questions qui seront brûlantes deux ans plus tard, et qui restent aujourd’hui encore très actuelles : les conditions de travail des ouvriers, le cynisme des actionnaires…

Surtout, Si j’étais le patron est une comédie épatante (un adjectif à prononcer avec l’accent d’alors, en insistant bien sur le « pa » : « éPaatante »), enthousiasmante, chantante (au sens propre d’ailleurs, avec deux chouettes numéros chantés par Fernand Grevay, le Dick Powell français), et menée à un rythme qui ferait (devrait faire, en tout cas) rougir de honte l’immense majorité des comédies actuelles.

Cette histoire d’un ouvrier qui se retrouve propulsé patron d’usine bien malgré lui est hautement improbable. Mais quel plaisir de voir ce jeune homme un rien naïf flirter avec la belle Mireille Balin, ou s’acoquiner avec le roublard Max Dearly (sorte de version avenante et bienveillante d’un personnage à la Jules Berry). Ces deux-là en font des tonnes dans une séquence de cuite mémorable, mais leur plaisir est totalement communicatif.

Et il y a les dialogues, parmi les premiers écrits par Jacques Prévert. « Ça prend longtemps, ton suicide au champagne ? – Moi j’ai commencé il y a trente ans, mais vois-tu, ça dépend des marques… » C’est vif, drôle, brillant et irrésistible. Et c’est entièrement tourné vers le rythme et la drôlerie. Prévert gagnera en profondeur dans des films moins légers que celui-ci (sa rencontre avec Carné sera pour 1936), mais il offre déjà aux comédiens des mots en or.

Gangster d’occasion (Go chase yourself) – d’Edward F. Cline – 1938

Posté : 14 juin, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, CLINE Edward F. | Pas de commentaires »

Gangster d'occasion

1h10, pas plus, mais cette comédie semble durer une éternité, tant sa star, l’humoriste Joe Penner, est insupportable. Grimaçant, singeant maladroitement les Marx Brothers et Stan Laurel, Penner semble bien sûr de son génie comique, de cette certitude qui lui permet d’enchaîner les jeux de mots éculés ou les grimaces.

Dans Go chase yourself, le gars interprète l’employé d’une banque qui a été cambriolée, cambriolage dont les auteurs prennent la fuite avec la caravane… dans laquelle s’est justement endormi l’employé, que la police ne tarde pas à prendre pour le voleur. Ajoutez à ça une épouse pleine de caractère, une héritière pleine de charme, un chasseur de dot, et un trio de gangsters crétins… Et voilà un résumé plutôt complet du film.

Il se passe d’ailleurs des tas de rebondissements, au cours de ces soixante-dix minutes. On sourit, parfois. On prend même un réel plaisir devant le dynamisme de Lucille Ball, parfaite en épouse à poigne. On s’amuse aussi de voir Jack Carson, à ses débuts, en faire des tonnes en animateur radio intrusif (loin, très loin, de son rôle de fils également intrusif dans La Chatte sur un toit brûlant).

Mais dès que le rythme trépidant de cette comédie cartoonesque s’apprête à faire mouche, il y a toujours une grimace, une tirade de Joe Penner, pour mettre fin à nos envolées bienveillantes. Disons qu’il y a de bonnes choses, dans cette comédie franchement pénible.

La Tête d’un homme – de Julien Duvivier – 1933

Posté : 20 mai, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, DUVIVIER Julien, Maigret | Pas de commentaires »

La Tête d'un homme

« Et la nuit m’envahit… Tout est brumeux, tout est gris… » C’est Julien Duvivier lui-même qui a écrit les paroles de cette complainte envoûtante, que chante Damia, et qui scande cette adaptation d’un Maigret, créant d’emblée une atmosphère digne de celle de Simenon.

Ce n’est pas la moindre qualité de cette adaptation merveilleuse, qui surclasse encore les deux premiers Maigret au cinéma, sortis l’année précédente (La Nuit du carrefour et Le Chien jaune). Chez Duvivier, comme chez Simenon, l’intrigue elle-même est un prétexte pour saisir la réalité de personnages hantés par leurs démons. Pas de faux suspense d’ailleurs ici : Duvivier l’évacue rapidement en exposant tous les éléments de l’intrigue, ou presque, dès la première séquence.

Film d’atmosphère, film de personnages, La Tête d’un homme bénéficie de la présence d’Harry Baur, qui livre une superbe incarnation de Maigret, personnage décidément bien servi au cinéma. C’est aussi l’œuvre d’un grand cinéaste qui signe un pur film de mise en scène. De la scène du « cambriolage » à la séquence finale où la folie du personnage d’Inkijinoff éclate, le film regorge d’images d’une grande force visuelle.

Une scène, qui semble plus anodine, souligne bien l’ambition esthétique de Duvivier : celle du policier filmé en plan fixe sur un changeant, ses interlocuteurs et les décor en fond se succédant. Procédé rarement utilisé, qui donne une grande fluidité à ce passage qui aurait si facilement pu être conventionnel.

La Tête d’un homme, c’est aussi un grand film sur la violence de la société, violence physique et morale, avec des visions crues de la prostitution, du sexe et de la folie des hommes. De la solitude aussi, omniprésente. Celle de Radek bien sûr (Inkijinoff), mais aussi celle de ce couple sans amour, et celle du faux coupable, méchant tout désigné avec ses mains immenses, rejeté par tous, même par ses parents. Un grand film cruel.

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