Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie '1930-1939'

Taris, roi de l’eau / La Natation par Jean Taris – de Jean Vigo – 1931

Posté : 19 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, COURTS MÉTRAGES, DOCUMENTAIRE, VIGO Jean | Pas de commentaires »

Taris roi de l'eau

Avant de passer au presque long métrage avec son Zéro de conduite, Jean Vigo signe ce petit documentaire d’à peine dix minutes consacré au champion de natation Jean Tarif, qu’il filme lors de ses entraînements et met en scène pour présenter ses techniques de nage.

Ce court métrage serait anecdotique si Vigo n’y utilisait pas à peu près toutes les possibilités de l’art cinématographique, avec des innovations formelles et techniques qui, aujourd’hui encore, continuent à fasciner.
Gros plans, ralentis, marche arrière, surimpressions… Toutes les techniques sont bonnes pour plonger le spectateur, littéralement, dans le bain de la piscine où le film a été tourné, au plus près d’un homme totalement à l’aise dans l’élément liquide.

Franchement, les explications de Taris concernant le crawl n’ont pas le moindre intérêt. Mais la beauté formelle des images et l’enchaînement des plan a quelque chose de poétique et d’hypnotisant.

Murder on a blackboard (id.) – de George Archainbaud – 1934

Posté : 9 septembre, 2017 @ 8:00 dans * Pre-code, 1930-1939, ARCHAINBAUD George | Pas de commentaires »

Murder on a blackboard

Hildegarde Withers est tombée dans un oubli à peu près total aujourd’hui. Mais cette institutrice vieille fille au caractère bien trempé qui résout des meurtres avec un inspecteur de police un peu dépassé par les événements a connu son heure de gloire dans les années 30. D’abord dans une série d’histoires criminelles écrites par Stuart Palmer et publiées dans des magazines populaires puis en romans, puis au cinéma dans une série de six films à la RKO.

Toute une époque : celle des whodunit, et des détectives amateurs que l’on retrouvait dans d’innombrables films, souvent dans de petites productions qui n’excèdent généralement les 75 minutes, avec des héros récurrents. Les ancêtres des séries télé, en quelque sorte. Ces héros-ci ne manquent pas de charme, tandem très improbable porté par deux comédiens qui semblent prendre beaucoup de plaisir à leurs joutes verbales.

Murder on a blackboard est le deuxième des six films de cette série initiée en 1932 par The Penguin Book Murder. On y retrouve James Gleason, impeccable dans le rôle de l’inspecteur Oscar Piper (rôle qu’il tient dans les six films), et surtout Edna May Oliver, actrice irrésistible au physique impossible, visage chevalin, long corps dégingandé et sourire narquois. Elle ne jouera que dans les trois premiers films, jusqu’à son départ de la RKO (après Murder on a honeymoon, elle sera remplacée par Helen Broderick, puis par Zasu Pitts).

Moteur véritable de l’enquête, et principal argument humoristique du film, c’est elle qui donne son ton et son rythme à cette série B fauchée (aucune musique en bande son) mais sympathique et pleine de petits détails typiques de cette période « pre-code » : la manière dont le corps de la victime est traité, et surtout l’omniprésence de la polygamie dans cette comédie de mœurs où la notion de couple est pour le moins originale.

* Voir aussi : Murder on a honeymoon et Murder on a Bridle Path.

New York – Miami (It happened one night) – de Frank Capra – 1934

Posté : 1 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, BOND Ward, CAPRA Frank | Pas de commentaires »

New York Miami

Premier triomphe absolu pour Capra, qui en connaîtra d’autres, et dont le film est le tout premier à décrocher les cinq Oscars majeurs (film, réal, scénar, acteur et actrice). Il restera d’ailleurs le seul dans cette catégorie pendant plus de quarante ans, jusqu’à Vol au-dessus d’un nid de coucou (puis Le Silence des Agneaux). Dans une période particulièrement riche pour le cinéaste, qui peaufine son style et enrichit son univers film après film, celui-ci frappe pourtant par son extrême simplicité, et même par une certaine modestie.

La plupart des films de Capra sont basés sur un postulat de départ très fort. Ici, le cinéaste utilise un modèle déjà presque éculé de la comédie romantique : une riche héritière en cavale rencontre un type modeste et droit. Cela se passe dans un bus, et forcément, ces deux-là passent leur temps à s’engueuler, forcés de cohabiter après s’être retrouvés sans le sou. L’issue de l’histoire ne fait aucun doute, et Capra sait mieux que quiconque filmer ces ébauches de sourire et ces regards en coin qui annoncent la romance à venir. Mais ce qui fait tout le sel de It happened one night, ce n’est pas le terminus du voyage, c’est le voyage lui-même.

Pas la moindre fausse note dans ce monument indépassable de la « rom com ». L’alchimie est parfaite entre une Claudette Colbert irrésistible en jeune femme trop gâtée qui découvre les contraintes du quotidien, et Clark Gable dans l’un de ses premiers très grands rôles, un peu macho, un peu grande gueule, et très noble au bout du compte. Ce couple improbable est le moteur de ce road movie délicieux, qui respecte les règles du genre tout en surprenant constamment.

Capra réussit à donner un beau mouvement à son film, tout en s’offrant d’innombrables pauses, à l’image de cette chanson qu’improvisent les passagers du bus en pleine nuit. Un moment de partage et de joie comme seul Capra sait les mettre en scène, et qui annonce ses grands classiques avec James Stewart. Il a aussi cette incroyable sensibilité pour filmer les sentiments : ce plan quasi-obscur de Claudette Colbert de dos, faisant face à ce mur de couverture qui la sépare de celui qu’elle aime sans le dire, est d’une beauté renversante.

Comédie libre et réjouissante, le film a profondément marqué le genre, lançant la mode de la Screwball Comedy. Un vrai classique, quoi…

Amour défendu (Forbidden) – de Frank Capra – 1932

Posté : 23 août, 2017 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, CAPRA Frank, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

Amour défendu

Capra signe un vrai mélo, ce qui n’est pas si courant dans une filmographie quand même dominée par l’optimiste et le feel-good. Cette fois, il s’inscrit dans une veine ouvertement plombante, avec un film qui pourrait facilement être too much, trop triste, trop négatif, trop larmoyant…

Mais il y a Barbara Stanwyck, et ça change tout. Pas que l’actrice soit l’unique raison de la réussite du film : Capra y confirme son extrême délicatesse, et son talent pour créer de la vie dans chaque scène. Mais Stanwyck est décidément une actrice géniale, et ici tout particulièrement. D’un rôle pas facile, elle fait un personnage inoubliable, une femme martyr qu’elle ne tire jamais vers la tragédie trop facile, femme courage qui choisit, en dépit de toutes les épreuves, de mettre de la générosité et une certaine dose de légéreté dans sa vie…

La limite, en revanche, c’est le personnage masculin. Adolphe Menjou, en avocat marié qui choisit de cacher son idylle avec Barbara Stanwyck, est très bien. Mais le personnage est un lâche. Et même, pour tout dire, un sale con, qui regarde sans mot dire la femme qu’il aime renoncer à l’enfant qu’elle a eu avec lui dans le plus grand secret. Là, à ce moment précis, on le rouerait bien de coups, ce grand avocat qui clame dès qu’il en a l’occasion qu’il veut “bien faire”. Raté.

Du coup, on la bafferait bien aussi, la pauvre Barabara Stanwyck (oui, je suis d’une humeur violente), parce que quand même, il faut une bonne dose de bêtise pour s’affliger autant de malheurs sans y être forcée, et ce même si ses raisons sont louables. Et surtout, on reste un peu en marge de l’émotion qui devrait nous étreindre, tant le sacrifice de cette femme est immense.

Pourtant, le film est passionnant, parce que Capra s’y montre une nouvelle fois un cinéaste formellement fascinant (la scène bucolique des premières minutes, la manière dont il filme l’effervescence d’une salle de rédaction…), et d’une grande audace. Comment les ligues de vertues de l’époque ont-elles accueilli cette scène où la jeune Barbara Stanwyck, à la recherche du grand amour, dévisage tous les hommes présents autour d’elle comme si elle faisait son marché ? Ou, bien plus tard, la brutalité avec laquelle elle “exécute” l’homme qui menace ce pourquoi elle se sacrifie ?

Capra et Stanwyck, c’est l’une des grandes rencontres du cinéma. Ce tandem est bien ce qui fait le prix de ce Forbidden imparfait, et pourtant indispensable.

Chance at heaven (id.) – de William A. Seiter – 1933

Posté : 21 août, 2017 @ 8:00 dans * Pre-code, 1930-1939, SEITER William A. | Pas de commentaires »

Chance to heaven

Que cette bluette est charmante. Oh, on voit venir le truc de loin : c’est le brave gars de la campagne, gentiment ambitieux, trop naïf pour s’apercevoir que cette jolie jeune fille qu’il connaît depuis toujours est raide dingue de lui, et qui se laisse embarquer dans une histoire d’amour trop belle pour être vraie avec une riche héritière qui s’ennuie…

Mais sur ce thème hyper rabâché, et tout en respectant le happy-end de rigueur (qui ne fait aucun doute dès le début), William Seiter réussit une belle comédie romantique, et à renouveler quelque peu l’éternel image du triangle amoureux. D’abord parce que la riche héritière, jouée par Marian Dixon, n’est pas une pintade trop gâtée, mais une jeune femme sincère et paumée, perdue entre son rêve d’émancipation et son envie de rester une enfant choyée. Elle est particulièrement émouvante.

Le « vrai » couple, celui qui s’ignore et qu’interprètent Ginger Rogers et Joel McCrea, n’est pas moins original. Car dans cette comédie « pre-code », les attributs sexuels sont constamment inversés. Ginger Rogers est la bricoleuse de service, et le vrai moteur de l’histoire : celle qui se dévoue et voit clair, celle qui est toujours en avance sur les autres. Joel McCrea, lui, prend des pauses énamourées et subit les événements la plupart du temps…

Il faut le voir ricaner comme un idiot lorsque la belle héritière, dont il est déjà sous le charme, détruit un banc de sa station essence avec la voiture qu’elle peine à faire rouler correctement. Le visage gentiment ahuri de McCrea fait alors des merveilles. De quoi venger par anticipation tous les mauvais traitements qu’Hollywood réservera aux femmes et à leurs représentations dans les décennies qui vont suivre !

The Sport Parade (id.) – de Dudley Murphy – 1932

Posté : 21 juillet, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, MURPHY Dudley | Pas de commentaires »

The Sport Parade

Produit par David Selznick (pour la RKO), mis en musique par Max Steiner… La promesse d’une grosse production prestigieuse à la Autant en emporte le vent, sommet de la carrière des deux hommes ? Eh bien non : sept ans avant leur triomphe planétaire, c’est sur une petite production dépassant à peine l’heure de métrage qu’ils collaborent, offrant à Joel McCrea l’un de ses premiers rôles marquants, quelques mois avant La Chasse du Comte Zaroff.

Le Californien McCrea a-t-il déjà été plus Californien que dans The Sport Parade ? Pas sûr… Il y interprète un sportif accompli, champion multi-sports de son université, qui forme avec son meilleur ami (William Gargan) un duo star à qui tout réussi. A l’université en tout cas, parce que le diplôme en poche, les deux hommes suivent des parcours radicalement différents, avant de se retrouver autour du même boulot… et de la même femme.

Le film porte un regard amusé sur le monde du sport, et particulièrement sur celui du journalisme sportif, dont il nous offre une vision gentiment moqueuse. Le chroniqueur sportif que devient McCrea s’amuse ainsi du privilège dont il jouit : être payé pour assister à des événements prestigieux, pour des articles qu’il peut écrire en une poignée de minutes.

Autre incarnation de la profession, opposée mais guère plus reluisante : l’excellent Robert Benchley en commentateur radio qui se perd en passant d’un sport à l’autre, et à force d’ingurgiter trop d’alcool. Ses apparitions récurrentes n’ont strictement aucun impact sur l’intrigue principale (l’amitié-rivalité des deux personnages principaux), mais rythment efficacement le film.

Cette histoire de triangle amoureux n’a pas grand-chose de nouveau, et le film, déjà très court, mise aussi sur ses séquences sportives pour atteindre une durée exploitable (séquences qui alternent les stock footages et les gros plans des acteurs). Mais McCrea est très bien en jeune homme inconsistant qui découvre les réalités de la vie, et le film est au final particulièrement sympathique, à défaut d’être renversant.

La Blonde platine (Platinum Blonde) – de Frank Capra – 1931

Posté : 11 juillet, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, CAPRA Frank, YOUNG Loretta | Pas de commentaires »

La Blonde platine

Gros mystère, quand même, autour de ce petit classique précoce de Capra : comment ce balourd de Robert Williams (incroyable sosie de Jeremy Renner, dont on jurerait par moments qu’il était déjà au boulot en 1931) peut-il être à ce point aveugle pour non seulement préférer Jean Harlow à Loretta Young, mais aussi pour ne pas réaliser que cette dernière est une vraie femme, et pas un pote de boulot que l’on tape sur l’épaule plutôt que l’on embrasse ?

OK, le premier baiser entre notre héros et la blonde platine Harlow se déroule derrière un rideau d’eau, lors d’un plan aussi magnifique que trouble. OK, les canons de beauté n’étaient pas les mêmes il y a 86 ans. Mais quand même, on a un peu envie de le secouer ce « héros », journaliste à la vie simple qui se laisse enfermer dans une tour d’ivoire par une belle aussi peu naturelle que la couleur de ses cheveux, et qui ne voit pas que l’authentiquement belle Loretta est raide dingue de lui.

Et que penser de lui lorsqu’il se pâme devant le nez (très discutable, mais les goûts et les couleurs…) de Jean Harlow, alors que Loretta Young possède justement le plus gracieux tarin de l’histoire du cinéma ? Bref… A baffer, le Robert Williams, et c’est bien la principale limite de ce film qui échoue à toucher au cœur comme le réussissaient tous les précédents films de Capra (Ladies of Leisure ou The Miracle Woman notamment).

La popularité grandissante d’Harlow avait poussé la production à donner plus d’importance à son personnage, et même à rebaptiser le film en son honneur. Au détriment de Loretta Young donc qui, même si son nom apparaît en premier au générique, est reléguée durant la plus grande partie du film au rang d’apparition dont on devine qu’elle finira par avoir le dernier mot…

Mais la moindre de ses apparitions illumine le film, devant la caméra d’un Capra très inspiré par la belle (plus que par Harlow, qui ne semble pas le fasciner), et qui assure un rythme impeccable, avec quelques beaux morceaux de bravoure qui reposent souvent sur la prestation de l’excellent Jeremy Renner, pardon Robert Williams. Parfaitement désinvolte et séducteur, l’acteur fait preuve d’une présence impressionnante… qui sera fauchée par la mort avant même la sortie du film. Ce qui explique pourquoi son nom est à ce point tombé dans l’anonymat.

Mannequin (id.) – de Frank Borzage – 1937

Posté : 3 juillet, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

Mannequin

Il y a une scène au début de Mannequin qui rappelle clairement l’un des plus beaux plans de L’Heure suprême : un travelling vertical qui accompagne l’héroïne Joan Crawford montant l’escalier de son appartement, comme le couple magnifique du chef d’uvre muet de Borzage. A ceci près que l’escalier ne mène plus au « septième ciel » (Seventh Heaven, le titre original), mais à une triste masure que la jeune femme ne supporte plus, et que chaque marche ressemble à une épreuve plus insurmontable que la précédente…

Dix ans plus tôt, l’amour était la réponse à tous les problèmes de la vie dans les films de Borzage. En 1937, ce n’est plus aussi simple. Joan Crawford n’est pas une romantique. Ce qu’elle veut plus que tout, ce n’est pas trouver l’amour, mais sortir de ce trou. « Quel qu’en soit le moyen, même si tu dois le faire seule », lui lance sa mère dans une scène d’intimité aussi inattendue que bouleversante, où la vieille femme se livre à demi-mot sur la vie qu’elle-même n’a pas eue.

Mannequin est presque un film féministe. « Presque », parce que la conclusion et les tout derniers mots prononcés par la star ont dû ravir les gardiens des bonnes mœurs de l’époque. C’est aussi l’un de ces films pour lesquels Joan Crawford semble être faite : ce personnage de jeune femme prête à tout pour sortir de la pauvreté, c’est un peu elle. Elle lui apporte en tout cas une intensité et une émotion magnifiques. Une certaine naïveté aussi, elle qui s’amourache d’un bellâtre dont c’est écrit sur le front qu’il est un salaud, et qui repousse le richissime Spencer Tracy sans voir que c’est un type formidable.

Comme dans tous les films de Borzage, il y a la vérité des sentiments, il y a l’humanisme aussi, un rythme exceptionnel, et une émotion profonde toujours teintée d’une pointe d’humour. Dans Mannequin, il y a aussi des dialogues absolument géniaux, et une alchimie incroyable entre Joan Crawford et Spencer Tracy, dont les méthodes d’acteurs (elle perfectionniste et tatillonne, lui nonchalant et naturel) correspondent parfaitement à leurs personnages respectifs. Pas besoin de ce tour du monde qu’ils entament ensemble : il suffit qu’ils soient tous les deux à l’écran pour qu’une sorte de bulle se forme autour d’eux. C’est de la pure alchimie, et c’est magnifique.

La Femme aux miracles (The Miracle Woman) – de Frank Capra – 1931

Posté : 14 mai, 2017 @ 8:00 dans * Pre-code, 1930-1939, CAPRA Frank, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

La Femme aux miracles

Après Femmes de luxe, Capra offre un nouveau rôle à Barbara Stanwyck : celui d’une fille de pasteur qui devient la prédicatrice star d’un temple très populaire… et très lucratif. Un rôle qui lui vaut une entrée en matière extraordinaire : elle apparaît au lutrin de l’église, où elle lit le prêche du jour avant d’annoncer le décès de son père, mort de ne pas avoir supporté l’ingratitude de ses ouailles qui lui ont préféré un homme d’église plus jeune.

La manière dont Stanwyck passe de la posture de femme d’église à celle de victime en colère, dénonçant l’hypocrisie et la médiocrité de ces fidèles amassés face à elle, est d’une puissance inouïe, et d’une audace que l’application du code Hayes aurait rendu inimaginable trois ans plus tard, dans cette Amérique très pieuse. Mais dans cet Hollywood béni de l’ère pré-code, le politiquement incorrect est presque de rigueur. Et Capra ne se prive pas d’en profiter…

Presque aussi abouti que la première collaboration du cinéaste avec son actrice (il y a peut-être une ou deux petites longueurs, si on veut être tatillon), le film séduit par sa simplicité et par son authenticité. Et Capra réussit aussi bien ses grandes scènes de foule que les nombreux moments intimes. Et puis l’histoire d’amour entre la belle pécheresse et ce jeune aveugle à qui elle a sauvé la vie sans le savoir (David Manners, qui est cette même année le Jonathan Harker de Dracula) ne tombe jamais dans le larmoyant.

Au contraire, cette jolie romance nous vaut quelques moments magnifiques, comme ce premier baiser d’une pureté telle qu’il laisse le souffle coupé, instants absolument sublimes. Et l’idée de cet homme qui ne peut pas voir et qui ouvre les yeux de cette femme perdue dans une vie qui ne lui ressemble pas est très belle, et traitée avec une honnêteté et sans facilité par Capra.

Le film est, comme ça, émaillé de moments merveilleux, et de seconds rôles inoubliables. Comme la brave Mrs Higgins (Beryl Mercer), dont la bonté parfaite envers son aveugle de locataire ose se parer d’une attirance à peine voilée. « Ah ! si j’avais 30 ans de moins… » glisse-t-elle l’air de rien. Réjouissant.

Le Dirigeable (Dirigible) – de Frank Capra – 1931

Posté : 12 mai, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, CAPRA Frank | Pas de commentaires »

Le Dirigeable

Après le monde du cirque, Capra, décidément touche à tout en ce début des années 30, change radicalement d’univers et signe l’un des rares films (je n’en connais pas d’autre) consacrés aux dirigeables et à ce pan méconnu de la conquête des airs.

C’est ce qu’il y a de plus passionnant dans cette grande réussite : la manière dont Capra fixe sur la pellicule cette époque héroïque, faite de grandes découvertes, de défis humains, d’héroïsme et de doutes. Le film évoque tout à la fois la conquête du Pôle Sud (cette année-là, ma grand-mère avait 1 an, et il existait encore des endroits sur Terre où l’homme n’était jamais allé… ça fait rêver !), la soif de reconnaissance des pilotes, et la concurrence entre les pro-avions et les pro-dirigeables.

En tant que témoin d’une époque, le film est formidable et indispensable. Mais c’est aussi une réussite à tous les niveaux. Adapté d’une histoire du fameux Frank Wead (pionnier de l’aviation dont la vie a inspiré L’Aigle vole au soleil à John Ford), le film mêle habilement l’une de ces conquêtes périlleuses qui ont fait la gloire de l’Amérique (on pense évidemment à l’odyssée de Lindergh, ne serait-ce que lors de la parade triomphale dans New York), et récit à hauteur d’hommes et de femmes.

C’est une histoire finalement assez classique de triangle amoureux : un pilote obnubilé par la gloire (Ralph Graves), sa femme délaissée (Fay Wray, avant de crier devant King Kong, excellente dans un rôle un peu en retrait), et leur meilleur ami, pilote plus posé et amoureux de la belle (Jack Holt, très charismatique). Un triangle amoureux soumis à une aventure humaine qui les dépasse, et qui vaut quelques impressionnants morceaux de bravoure.

On le sait très doué pour filmer des personnages confrontés aux doutes. Capra se révèle aussi un grand réalisateur d’action, signant notamment deux formidables séquence de crash, d’un dirigeable et d’un avion. Décidément, cette période de la filmographie de Capra est pleine de belles découvertes.

12345...19
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr