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Archive pour la catégorie '1930-1939'

Le Golem – de Julien Duvivier – 1936

Posté : 4 juillet, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, DUVIVIER Julien, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Le Golem

Impressionnant et imparfait, ce Golem. Un Duvivier mineur, assurément, loin par exemple (mais il y en a d’autres) de Pépé le Moko ou La Belle Équipe, qu’il tournera à la même époque. Son âge d’or, celui du cinéma français aussi.

Mineur dans la filmographie de Duvivier, c’est un fait, Le Golem n’en reste pas moins un film assez fascinant, et bien supérieur au tout-venant de l’époque. Quelques notes de mauvais goût, notamment dans l’entourage un rien clownesque et régressif de l’empereur Rodolph (mais Harry Baur est génial, une fois de plus, en monarque totalement ravagé), quelques rares passages un peu termes et deux ou trois longueurs. Tout ce qu’on ne trouve pas dans les meilleurs films de Duvivier.

Mais quand même, dans cette légende tchèque, le réalisateur trouve la matière à ce qu’il aime le plus : s’imprégner d’une culture qui n’est pas la sienne, filmer un peuple au plus près. Cette fois, c’est en studio qu’il le fait, avec une esthétique baroque proche de l’impressionnisme par moments. Loin du naturalisme qui lui réussit bien, donc, il filme un peuple juif persécuté dans le ghetto de Prague, ces Juifs qui espèrent un meilleur avenir grâce à l’intervention de ce mythique Golem, créature façonnée dans la glaise à qui un rabbin/savant a insufflé la vie, sorte d’ancêtre de Frankenstein.

Ce thème de la créature à qui on donne la vie n’est pas une nouveauté : il est même très en vogue depuis le succès du premier Frankenstein. Filmer la persécution des Juifs, en 1936, est en revanche nettement plus audacieux. Duvivier en tire les moments les plus forts, les images les plus saisissantes, cadres désaxés et ombres omniprésentes.

Il oppose habilement les voûtes écrasantes du ghetto aux plafonds trop hauts du palais, sorte de prison dorée pour l’empereur fou joué par Harry Baur. Une grande partie du film repose sur cette opposition. Son côté le plus réussi en tout cas. Les deux personnages de Français (Roger Duchesne et Raymond Aimos) sont moins convaincants, mais Le Golem, imparfait, reste un Duvivier passionnant, qui ne ressemble à aucun autre.

Le Bonheur – de Marcel L’Herbier – 1934

Posté : 8 juin, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, L'HERBIER Marcel | Pas de commentaires »

Le Bonheur

Un dessinateur anarchiste tente d’assassiner une célèbre comédienne, cible théorique idéale de son fantasme terroriste. Le procès ne se passera pas comme prévu, et l’apprenti criminel et sa cible finiront par tomber amoureux l’un de l’autre.

Voilà donc une histoire hautement improbable (qui avait donné une pièce de théâtre à succès, qu’interprétait déjà Charles Boyer), dont Marcel L’Herbier tire un film aussi improbable que beau et passionnant.

Pas un grand fan de Gaby Morlay, dont l’interprétation de la grande Clara Stuart est tout de même plein d’emphase, et paraît bien vieillotte aujourd’hui. Mais Boyer est un acteur décidément formidable. Il donne une profondeur étonnante à son personnage d’anarchiste, pourtant relégué à quelques apparitions ou à un rôle d’observateur quasi mutique dans toute la première moitié.

Mais il y a ce regard, froid et définitif, qui se voile lors du procès d’un trouble inattendu. Forcément : l’assassin qui se met à avoir des sentiments partagés pour sa victime…

Grand formaliste, L’Herbier se montre plutôt modeste avec Le Bonheur. Il y a de superbes mouvements d’appareil, de grandes scènes de foules, des décors très art-déco, des travellings savants et une utilisation brillante du montage… Mais la technique se fait discrète, totalement au service du mouvement et de l’émotion.

Quelques ellipses discutables permettent de limiter le métrage, et le film n’est pas exempt de défauts (Michel Simon en grande folle… un cliché assez insupportable aujourd’hui). Mais L’Herbier signe un beau film, très original et très surprenant, et offre à Boyer l’un de ses beaux rôles, la même année que le Liliom de Fritz Lang.

L’Impossible monsieur bébé (Bringing up Baby) – de Howard Hawks – 1938

Posté : 23 mai, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, BOND Ward, HAWKS Howard | Pas de commentaires »

L'Impossible Monsieur Bébé

Oui, Howard Hawks a un talent assez extraordinaire pour filmer les dialogues dans ses comédies, avec ces dialogues qui se chevauchent sans le moindre temps mort, et cette manière d’accélérer le mouvement. Cela donne un rythme hallucinant à ce film, comme à toutes ses grandes incursions dans le genre. Oui.

Pourtant, aussi vive et enlevée soit cette comédie, j’ai eu bien du mal à me passionner pour ce vaudeville entre ville et campagne, avec léopards et récits de chasse. Il y a des tas de scènes franchement géniales : celle de la robe arrachée dans le restaurant, la longue séquence de la prison, ou celle du léopard sur le toit, qui m’a franchement fait fondre. Des scènes où on affiche un grand sourire, à défaut de grands rires francs, et où une certaine poésie affleure sous la folie de l’histoire.

Mais cette folie semble aussi par moments trop libre, pas assez maîtrisée, et un peu vaine. Cary Grant est réjouissant en paléontologue distrait et naïf. Katharine Hepburn est un rien exaspérante en héritière fonceuse et totalement in love. Les seconds rôles sont parfaits, pas la moindre baisse de régime, des moments d’anthologie…

Mais alors quoi ? D’où vient ce désintérêt qui va et vient constamment. Pas de l’ennui, non, mais un désintérêt poli, qui donne envie de souffler pour que ce squelette de dinosaure se casse la gueule au plus vite. Peut-être n’étais-je tout simplement pas dans de bonnes dispositions… A revoir pour vérifier.

Mauvaise graine – de Billy Wilder (et Alexander Esway) – 1934

Posté : 5 mai, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, DARRIEUX Danielle, ESWAY Alexander, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Mauvaise graine

Comme Lang, Wilder est passé par la France en fuyant le nazisme. C’est même là qu’il réalise son premier film, avant de partir pour Hollywood, où ses talents de scénaristes ont déjà été remarqués. Il mettra en revanche huit ans avant de repasser derrière la caméra…

Ce coup d’essai est pourtant, déjà, l’œuvre d’un grand cinéaste, un film plein de vivacité, à la maîtrise formelle impressionnante. Qu’il utilise les surimpressions pour souligner le trouble de son héros marchants dans les rues de Paris, ou le montage alterné pour faire monter le suspense lors d’une belle séquence de poursuite automobile… Wilder maîtrise parfaitement son sujet.

On peut même déjà parler d’une vraie signature. Pas encore celle de ses grands chefs d’œuvre : l’influence de Lubitsch n’est pas encore passée par là. Mais dans sa manière d’utiliser le montage et les ellipses courtes, Wilder donne un ton singulier à son film, l’art de ne pas filmer cet instant précis où les décisions sont prises… Des choix de mise en scène qui rythment constamment l’action.

Beau scénario, aussi, qui flirte à la fois avec la comédie et le film d’action, avec cette histoire d’un jeune homme trop gâté que son père veut remettre dans le droit chemin, mais qui se perd avec une bande de voleurs de voitures. Il y rencontre une toute jeune femme, dont le visage accroche déjà la caméra : Danielle Darrieux, 16 ans à peine, le visage encore un peu poupin.

Wilder a donc commencé sa carrière de réalisateur en dirigeant Darrieux, en France. Et dire que ce film reste une curiosité largement oubliée…

Pépé le Moko – de Julien Duvivier – 1937

Posté : 4 avril, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, DUVIVIER Julien, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Pépé le Moko

Avec Pépé le Moko, Gabin est au cœur d’une incroyable succession de chefs-d’œuvre : une dizaine des plus grands films du cinéma français concentrés sur cinq ans et son nom. Pépé le Moko est sa dernière collaboration d’avant-guerre avec Duvivier, le grand Duvivier, cinéaste formidable qui sait aussi bien filmer les acteurs que les décors, aussi à l’aise pour filmer l’action que curieux des autres cultures.

C’est évidemment la raison d’être de Pépé le Moko nous plonger dans les dédales grouillants de vie de la Casbah d’Alger, cette ville-monde si proche et si loin de Paris, que le personnage de Gabin crève de ne pouvoir revoir. La Casbah, que de riches touristes adipeux et grotesques visitent comme s’ils étaient à la foire. Tout le contraire de Duvivier.

Dans le cinéma (et la France) de ces années 30, le regard de Duvivier est précieux, et singulier. Son propos tient plus de l’ethnologie que d’une curiosité teintée d’esprit colonialiste, et la vision qu’il offre de la Casbah, avec sa caméra qui se perd dans la foule, est fascinante de réalité. Qui d’autre que lui aurait associé à Vincent Scotto un compositeur algérien (Mohamed Iguerbouchène), pour la musique de son film

Duvivier, grand cinéaste du monde, comme on parle de « musique du monde ». Grand cinéaste tout court aussi, qui filme merveilleusement ce Pépé, gangster charismatique qui contribue à faire de Gabin un mythe, et sa superbe cour. Saturnin Fabre, Gabriel Gabrio (« Ça va… »), Charpin, Dalio,… et Mireille Balin en incarnation du destin en marche.

La représentation de la Casbah est formidable. Mais le film fonctionne tout autant pour la force de ses personnages, et de leurs rapports compliqués, avec des dialogues (géniaux) signés Henri Jeanson, qui soulignent la frustration de ces hommes, comme prisonniers d’un monde qui n’est pas le leur.

Réjouissants face-à-face aussi entre Pépé et Slimane (Lucas Gridoux), le flic dont on sent bien que sa proie et lui s’aiment tout en se livrant à un jeu mortel. Et la chanson qu’entonne Fréhel en écoutant un disque de sa propre voix, gros plan de son visage en larmes, superbe et déchirant.

Le Dernier Tournant – de Pierre Chenal – 1939

Posté : 26 mars, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, CHENAL Pierre | Pas de commentaires »

Le dernier tournant

Sept ans avant le chef d’œuvre de Tay Garnet, quatre ans avant le Ossessione de Visconti, c’est Pierre Chenal, en France, qui réalise la première adaptation de The Postman always rings twice, le roman noir de James M. Cain. Difficile de ne pas comparer, tant le classique américain est un sommet du film noir, sorte de mètre-étalon d’un genre dont il fixe les grandes figures : la (fausse) femme fatale, l’anti-héros condamné d’avance, la force du destin…

Garnet signera un grand film autour d’un couple aussi improbable que mythique formé par Lana Turner et John Garfield. Pierre Chenal la joue moins frontalement pour filmer la tension sexuelle entre ses personnages, mais son approche n’est pas moins passionnante. Il y a, dans ce film, beaucoup plus de non-dits et d’ellipses. Certaines sont d’ailleurs particulièrement fortes, laissant la place à une imagination qui s’emballe : ce fondu au noir qui suit le premier baiser à peine esquissé, et le tutoiement si éloquent qui suit dans le plan suivant.

Toutes les ellipses n’ont cependant pas cette puissance évocatrice, et beaucoup donnent simplement l’impression que Chenal s’est contenté de filmer les scènes importantes de l’histoire, sans trop savoir comment tisser un lien entre elles. Les personnages manquent ainsi parfois de cohérence, et le film d’un vrai mouvement qui aurait accompagné le destin mortifère du couple d’anti-héros.

Certaines scènes, aussi, tombent un peu comme un cheveu dans la soupe : le personnage du cousin joué par l’excellent Le Vigan sort de nulle part pour y retourner aussi sec. Et la scène de bagarre à laquelle il est mêlé à beau être fort joliment filmée, elle s’inscrit à peine dans le drame qui se noue.

Chenal se contente d’enchaîner les séquences ? La plupart du temps, oui, mais il les réussit à peu près toutes, créant dans chacun de ces épisodes successifs de vraies et belles atmosphères du cinéma, jouant avec les ombres qui semblent préfigurer les barreaux d’une prison, renforçant le sentiment d’étouffement de Cora et Franck, le couple maudit.

Corinne Luchaire et Fernand Gravey sont formidables en amants dont on ne saurait dire s’ils sont machiavéliques ou simplement tragiques. Terriblement émouvants en tout cas, comme leur victime Michel Simon, à la fois pathétique, tendre et monstrueux. Cette fragilité, cette naïveté qu’il affiche, son attachement à son nouveau « copain », et cette absence totale d’empathie pour cette femme qu’il a pu « acheter pour (ses) vieux jours.

Le film excelle à souligner les contradictions de ces personnages, touchants, attachants et indéfendables. Un vrai film noir américain, mais français. James Cain est décidément bien servi.

La Maison de la mort / Une soirée étrange (The Old Dark House) – de James Whale – 1932

Posté : 20 mars, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, FANTASTIQUE/SF, WHALE James | Pas de commentaires »

La Maison de la mort

Une nuit de tempête, dans un coin totalement paumé, une voiture forcée de s’arrêter au milieu de nulle part, ses occupants qui demandent l’asile pour la nuit aux habitants inquiétants d’une maison qui ne l’est pas moins…

C’est un peu la quintessence du film d’épouvante que ce bijou de James Whale, tourné entre Frankenstein et L’Homme invisible, bref dans sa très grande période, celle où il enchaîne les classiques. Comme si tous les codes du genre se concentraient dans ce film pourtant relativement court (à peine 1h15), dans une espèce de pureté qui ferait fi de toutes les contraintes de narration ou de réalisme.

Et on jurerait que l’action est omniprésente, que les rebondissements sont constants, que le suspense est à toutes les portes. Pourtant, à y regarder de près, il ne se passe quasiment rien jusque dans le dernier quart d’heure. Passée une première scène sur la « route », dans un décor nocturne et pluvieux assez impressionnant, le film est en grande partie une attente, avec des personnages qui s’observent et se livrent à peine.

Mais Whale filme son décor comme un personnage inquiétant. Entre la maison et le majordome balafré et muet joué par Boris Karloff, c’est à peu près la même approche que propose le cinéaste : deux éléments de décors omniprésents qui ne disent pas un mot mais semblent parler pourtant, présence baroque qui suffit à faire naître l’angoisse.

Pour ça, Whale joue avec les ombres, les hors-champs, les détails, les gros plans. Un véritable mode d’emploi du bon réalisateur de films d’horreurs, avec une caméra qui se promène dans la maison comme si c’était elle la narratrice omnisciente, avec ces mains que l’on voit surgir d’éléments de décors. Du grand art, digne des grands classiques du genre.

Pas d’histoire, ou si peu. Et des personnages très marqués, presque caricaturaux. Pas de vrai danger non plus, d’ailleurs : on a peur, on frémit, on sursaute, mais on sent bien que tout ça est « pour de faux ». Whale ne joue pas la carte du réalisme, ni de la vraisemblance. Il s’amuse avec son formidable casting (Karloff donc, mais aussi Gloria Stuart, Charles Laughton, Melvyn Douglas ou Raymond Massey) comme avec les passagers d’un train fantôme. Une réjouissante attraction qu’on a tout de suite envie de refaire, encore et encore.

Mollenard – de Robert Siodmak – 1938

Posté : 6 mars, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, SIODMAK Robert | Pas de commentaires »

Mollenard

Ballotté par l’Histoire, l’Allemand Robert Siodmak est arrivé en 1933 pour fuir le nazisme. Il en est reparti six ans plus tard pour les mêmes raisons, direction Hollywood. Il n’est pas le seul dans ce cas, mais ils sont rares les cinéastes qui ont su comme lui s’adapter aussi bien aux différents systèmes de production, et aux différentes cultures.

Non seulement Siodmak a signé des chefs d’œuvre en France comme en Amérique, mais il y a signé des chefs d’œuvre totalement français ou américains. Pas des œuvres dont on pourrait devenir qu’elles sont d’un auteur allemand. C’est le cas de Mollenard, peut-être son meilleur film français : un grand film totalement de son époque, quintessence de ce que le cinéma français pouvait faire de mieux.

Il y a dans Mollenard une ampleur rare, un mélange des genres aussi audacieux que passionnant. La moitié de l’intrigue se déroule au-delà des Océans, en Extrême-Orient où le commandant de paquebot Mollenard (Harry Baur) tente de se sortir des ennuis que lui ont procuré son trafic d’armes.

Un pur film d’aventures exotiques, sur fond de guerre sino-japonaise, avec meurtres (celui de You le Chinois, plaqué à une planche à la proue d’une barque, est particulièrement marquant parce que lapidaire et inattendu), suspense, fusillades, beuveries et filles faciles. Toute une atmosphère, et un sentiment de camaraderie viril entre le commandant Mollenard et ses hommes, particulièrement son second, joué par Albert Préjean, dont les gestes à peine esquissés disent beaucoup de l’affection qu’il a pour le commandant.

Pourtant, c’est loin de là que Siodmak et Oscar-Paul Gilbert (autour du roman original et scénariste avec Charles Spaak) décident de commencer le film : avec la femme acariâtre de Mollenard, que joue la grande Gabrielle Dorziat. Une femme odieuse et castratrice, qui représente tout ce que Mollenard fuit désespérément dans cette vie d’aventures. Et tout ce que le destin lui réserve comme saloperie…

Terrible face-à-face, cruel et douloureux, entre ces deux acteurs formidables. Grand film de caractère aussi, avec des seconds rôles comme on les aime, de Pierre Renoir à Dalio en passant par Jacques Baumer. Grand film d’atmosphère, grand film dramatique, grand film tout court.

Sous les toits de Paris – de René Clair – 1930

Posté : 5 mars, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, CLAIR René | Pas de commentaires »

Sous les toits de Paris

Trois hommes se disputent les faveurs d’une jeune paumée dans un quartier populaire de Paris… Pour son premier film parlant, René Clair fait le choix de la simplicité et de la sobriété côté histoire : pas de grande intrigue, pas non plus de grands enjeux, juste des rencontres, des attirances, des affrontements…

On est en 1930, année où le cinéma français hésite souvent entre muet tardif et parlant trop parlant. Clair, lui, fait le pari d’éviter soigneusement tous les pièges de cette nouvelle technologie encore bafouillante. Loin du théâtre filmé, il privilégie au contraire les grands mouvements de caméra qui mettent en valeur de spectaculaires décors, et la verticalité des lieux.

Dès le premier plan, et jusqu’au tout dernier, Clair s’attache à filmer la ville aussi bien horizontalement, avec les dédales des ruelles, que verticalement, avec ces façades et ces escaliers qui, toujours, témoignent d’une vie sur plusieurs étages. Des mouvements de caméra qui tranchent radicalement avec la simplicité du propos.

Clair choisit aussi de privilégier la musique aux dialogues. Ce sont les chansons que l’on chante dans les rues, ou les musiques que l’on passe sur des tourne-disques dans les appartements, qui font avancer l’histoire. Le personnage principal, joué par Albert Préjean, est d’ailleurs un chanteur de rues que l’on découvre chantant « Sous les toits de Paris » au cœur de ce quartier qui sera le lieu principal de l’histoire.

Clair filme longuement ces chansons, alors qu’il expédie les dialogues, la plupart étant même muets (sans cartons). Choix audacieux qui concentre toute l’attention sur l’aspect visuel du film. Une réussite.

Dans ce film qui oscille constamment entre gravité et légèreté, il y a notamment une scène de bagarre nocturne particulièrement saisissante, où la brutalité du moment est soulignée par la présence d’un train dont on ne perçoit que le bruit assourdissant et la lumière aveuglante, mais qu’on ne voit jamais vraiment. Une belle démonstration de la manière dont René Clair maîtrise le langage cinématographique. Toute la réussite du film réside dans cette maîtrise.

L’Epouse de la nuit (Sono yo no tsuma) – de Yasujiro Ozu – 1930

Posté : 2 mars, 2020 @ 8:00 dans * Polars asiatiques, 1930-1939, FILMS MUETS, OZU Yasujiro | Pas de commentaires »

L'Epouse de la nuit

Associer Ozu au polar est loin d’être une évidence, au vu des chefs d’œuvre prestigieux du maître. Pourtant, le cinéaste a bien tourné quelques films de genre durant sa période muette. L’Epouse de la nuit fait ainsi figure de curiosité, assez loin de l’univers d’Ozu a priori. Mais finalement pas tant que ça…

L’influence de la culture américaine a souvent été très présente dans le Japon que filme Ozu. Celle du cinéma hollywoodien l’est particulièrement ici, par les affiches de films accrochés sur les murs de l’appartement où se jouera l’essentiel de l’action. Mais aussi par cette longue première séquence, que l’on croirait tout droit sortie d’un film de gangsters de la Warner. Ça se passe la nuit (ce qui est déjà une rareté chez Ozu), ça se passe même sur une seule nuit (encore une curiosité), et un matin.

Les dix premières minutes sont remarquables, et dénuées de tout carton. Dans cette nuit très profonde, Ozu filme un braquage, puis une fuite désespérée à travers les rues de la ville. Des détails : une main sur une épaule, une silhouette à travers une porte vitrée, l’empreinte d’une main, un combiné de téléphone qui pend… Ozu, qui a déjà une quinzaine de films à son actif, maîtrise parfaitement le cadre et le montage pour cette narration précise et intense à la fois, qui révèle ses talents de réalisateur américain !

Du pur film de gangster, Ozu nous emmène vers un drame plus intime, avec une transition par montage parallèle. On comprend alors que le voleur est un père de famille désespéré, qui avait besoin d’argent pour soigner sa fillette malade, entre la vie et la mort.
Et le voilà chez lui, avec sa femme, et bientôt un policier qui l’a suivi… trio inattendu autour du lit de la fillette. Le film reste alors tout aussi intense, mais change de ton, et de rythme. Le style d’Ozu n’est pas tout à fait celui de sa grande période à venir, où la caméra sera souvent au niveau du sol. Mais sa manière de filmer les objets comme les témoins du temps qui passe, est déjà là. Le linge qui pend aussi.

Et la figure du père, bien sûr, centrale et bouleversante. Celle de la mère aussi d’ailleurs, qui, même en retrait, est aussi intense que celle du mari. Une constante aussi, dans l’œuvre d’Ozu.

L’Epouse de la nuit est une curiosité, mais c’est déjà un très beau film, intime et intense. Même dans un film de genre, Ozu sait avec de petits rien faire éclater la plus forte des émotions.

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