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Archive pour la catégorie '1930-1939'

Variétés – de Nicolas Farkas – 1935

Posté : 23 juin, 2022 @ 8:00 dans 1930-1939, FARKAS Nicolas, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Variétés

Variétés est sorti quelques semaines seulement après La Bandéra, film qui propulsa la carrière de Gabin à des hauteurs stratosphériques : en cinq ans, il devait enchaîner une dizaine des plus grands films de toute l’histoire du cinéma français. Le film de Nicolas Farkas peut donc être considéré comme le dernier des débuts de l’acteur. Il y retrouve Annabella, déjà sa partenaire dans le film de Duvivier, mais n’occupe pas encore le haut de l’affiche.

C’est Fernand Gravey, dont le capital sympathie est très grand, qui s’y colle dans ce triangle amoureux pas très original sur le fond : deux amis inséparables, une petite camarade dont ils réalisent en même temps qu’elle est devenue une femme fort attirante. Gabin se déclare en premier. Manque de pot : c’est de Gravey qu’Annabella est éprise. Et comme Gabin n’est pas du genre à accepter la défaite sans gueuler très fort, ni à s’effacer simplement, la belle harmonie va tourner en confrontation bien tendue.

D’autant plus tendue que, si le triangle amoureux lui-même est assez convenu, le décor l’est moins : les trois personnages principaux sont des trapézistes, des artistes qui, à chaque représentation, remettent leurs vies dans les mains de leurs partenaires. Littéralement. Les scènes de voltige aérienne sont rares, mais l’une d’elles, la dernière, est particulièrement tendue, et laisse des sueurs froides.

C’est le clou du film, et l’un des plus beaux moments. Il y en a d’autres, plus intimes : ce beau plan montrant les visages de Gabin et Gravey observant avec le même regard plus très innocent leur amie s’éloigner… Joli moment qui annonce tout à la fois la fin d’une époque et le début d’une rivalité inévitable.

Le film a pour lui l’interprétation de ses trois acteurs principaux. Difficile de juger la réussite formelle d’un film vu dans une copie franchement dégueu. Difficile donc de dire à quel point le passé de directeur de la photo international de Nicolas Farkas a pu être déterminant. Mais le réalisateur a su tirer le meilleur de son décor, signant de belles séquences dans les coulisses du music-hall, pleines de vie, d’humour, de petits drames. D’humanité, en un mot.

Deux femmes (Pilgrimage) – de John Ford – 1933

Posté : 20 juin, 2022 @ 8:00 dans 1930-1939, FORD John | Pas de commentaires »

Deux femmes

John Ford a souvent filmé des mères courage, ou des mères martyrs. Pilgrimage semble ainsi être une espèce de variation sur le thème du très beau Four Sons. Dans les deux films, c’est la Grande Guerre qui arrache un fils à sa mère. Et dans les deux films, il faut toute la sensibilité de Ford pour ne pas sombrer dans le pathos le plus assommant, tant l’histoire est mélodramatique.

On a donc une mère vieillissante, qui refuse de voir son fils quitter la ferme qu’ils font tourner à eux deux. Et surtout pas pour le voir épouser la fille de son alcoolique de voisin. Alors quand le fiston décide de s’émanciper de la domination maternelle, elle décide de l’enrôler dans l’armée pour l’envoyer dans les tranchées. « Plutôt le voir mort que le voir épouser une traînée », lance-t-elle. Elle va être servie.

L’histoire est cousue de gros fil doré. On sent d’emblée le drame inéluctable. Et très vite, on entrevoit derrière l’égoïsme terrible de la mère (Henrieta Crosman, superbe) une humanité pleine de douleur. On voit bien, aussi, que ce pèlerinage en France, dix ans plus tard, sera le voyage de la rédemption. Sur le papier, donc, un mélo classique et sans surprise.

Pourtant, le film est beau, très beau même. Parce que Ford transforme ce mélo en une sorte d’allégorie, et qu’il fait de ses personnages des symboles : des affres de la guerre, du temps qui passe, de la difficulté à laisser partir ceux qu’on aime… Ford filme chaque scène comme s’il peignait un tableau universel, peaufinant ses cadrages et ses lumières, faisant de certains plans des images quasi-religieuses.

Pour autant, Pilgrimage n’a rien de désincarné. Le portrait qu’il fait de cette mère qui finit par percer sa carapace est juste, et très émouvant. Et le chemin qu’elle emprunte avec d’autres mères martyrs à travers l’Amérique, puis Paris, puis les lieux où sont tombés les fils, dit plus sur les horreurs de la guerre que n’importe quelle scène de bataille. La seule que filme effectivement Ford souligne d’ailleurs l’absurdité de ces morts, sans jamais verser ni dans le spectaculaire, ni dans l’héroïsme béat.

Joli film, donc, petite perle méconnue d’une période méconnue du grand Ford : cette première partie des années 1930 qui ne manque pas de belles surprises.

Madame Bovary – de Jean Renoir – 1933

Posté : 6 juin, 2022 @ 8:00 dans 1930-1939, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

Madame Bovary Renoir

Emma a les rêves romantiques d’une jeune femme pleine d’illusions. Mais ces illusions vont se heurter aux conventions d’une petite ville de province, au quotidien d’un mariage sans amour, et à la médiocrité d’un mari qui n’est pas même un bon médecin…

Renoir qui s’attaque au roman de Flaubert, voilà qui est plutôt excitant. C’est donc plein d’illusions que je découvre cette adaptation qui présente toutes les caractéristiques d’un classique. Eh bien comme Emma, mes illusions n’ont pas tardé à s’envoler. Joliment filmé, joliment interprété, mené sans fausse note. Un film propre. Et froid.

Bien sûr, on pourrait rétorquer que c’est la vie de madame Bovary qui manque de passion, quoi de plus normal donc que le film soit si froid. On pourrait ajouter que le film est à l’image de ce rôle de représentation qu’elle est constamment obligée de jouer… Mais : et la fièvre intérieure d’Emma dans tout ça ? Et cette envie si désespérée de vraiment vivre, qui la pousse à l’adultère ?

Renoir semble n’avoir retenu que l’image qu’Emma veut bien laisser apparaître en société, passant du coup à côté la richesse du personnage. Ou peut-être est-ce simplement là l’effet des coupes « von-stroheimiennes » qu’il a dû se résoudre à faire, réduisant son long métrage initial de trois heures trente à une version plus facilement exploitable d’une heure quarante.

Quoi qu’il en soit, cette adaptation d’une des grands romans classiques français par l’un des plus grands cinéastes français est un rendez-vous raté. Et c’est bien triste.

Remorques – de Jean Grémillon – 1939-1941

Posté : 5 juin, 2022 @ 8:00 dans 1930-1939, 1940-1949, GABIN Jean, GRÉMILLON Jean | Pas de commentaires »

Remorques

Remorques marque la fin d’un cycle pour Gabin. Et quel cycle ! En cinq ans, l’acteur a enchaîné dix des plus grands chefs d’œuvre du cinéma français, série sans équivalent dans l’histoire. C’est la guerre qui y met un point final : le film est commencé avant la déclaration de guerre, et terminé bien après la débâcle. Le tournage chaotique ne se ressent en rien. Après Gueule d’amour, Grémillon offre à Gabin un nouveau monument, plus grand encore, plus impressionnant, plus tragique, plus beau.

La tragédie, ici, vient du plus profond des êtres. Et comme dans leur précédente collaboration, Gabin est un homme à l’apogée de sa vie, qui va se prendre un retour de bâton cruel en se confrontant à la réalité des autres. Le capitaine d’un remorqueur en haute mer, en l’occurrence, tel qu’on imagine Gabin : grand, beau, fort, imperturbable. Un socle, un bloc, celui sur qui se reposent son équipage aussi bien que sa femme. Jusqu’à ce que survienne l’impensable. Oh ! Rien de spectaculaire, non : une autre femme.

Sauf que cette femme-là apparaît dans une scène véritablement spectaculaire : un sauvetage en pleine mer, et en pleine tempête, dont Grémillon fait ressentir tout le danger et toute la vérité en jouant habilement avec des gros plans et des maquettes. Grand moment de cinéma d’aventures, où les embruns et la sueur se ressentent constamment.

Mais l’essentiel, bien sûr, est ailleurs : dans le regard de Gabin, paumé quand il se découvre aussi imparfait que ceux qu’il remettait à leur place quelques jours plus tôt seulement, parce que dans un tel équipage, on ne peut pas s’autoriser des faiblesses. Mais lui-même se retrouve tiraillé entre sa femme, Madeleine Renaud, et cette « sirène » sortie des flots, Michèle Morgan… Soudain, Gabin apparaît non plus comme un capitaine sûr de lui en toute circonstance, mais comme un homme, fatigué de sa vie de couple bien installé, et attiré par l’aventure d’une belle jeune femme.

Comme un symbole, ces deux femmes qui déchirent l’âme de Gabin sont interprétées par les deux actrices qui ont le plus marqué sa filmographie : Madeleine Renaud, co-vedette de trois de ses meilleurs films d’avant l’état de grâce (Le Tunnel, La Belle Marinière et Maria Chapdelaine), et Michèle Morgan, sa partenaire mythique du Quai des brumes (mais aussi de deux films plus méconnus, Le Récif de Corail et La Minute de Vérité). Leur présence à toutes les deux renforce encore la beauté intime et rude de ce joyau.

Golgotha – de Julien Duvivier – 1935

Posté : 16 mai, 2022 @ 8:00 dans 1930-1939, DUVIVIER Julien, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Golgotha

Gabin en toge dans le rôle de Ponce Pilate… Voilà une curiosité qui, sur le papier, fait craindre le pire. La première apparition de l’acteur en toge ne rassure d’ailleurs pas tout à fait : c’est Gabin avec son phrasé de Français populo, un peu plus en retenue simplement. Et puis finalement, le charme opère, et c’est tout le parti-pris de Julien Duvivier qui se résume dans cette incarnation sobre et dénuée d’effet.

Duvivier n’en est pas à son premier film « religieux ». De L’Agonie de Jérusalem à La Vie miraculeuse de Thérèse Martin, sa période muette compte quelques œuvres mystiques importantes. Il reviendra à la figure christique avec son Don Camillo, mais c’est une autre histoire, qui n’est toutefois pas sans rapport : sa comédie à venir rappelle que la crise de foi du cinéaste a vite tourné court. Son Golgotha, mise en images de la Passion du Christ, est un peu à la croisée des chemins.

Duvivier s’y montre très respectueux de l’histoire telle que racontée dans le Nouveau Testament, mais se défait autant que possible de l’imagerie religieuse traditionnelle, pour filmer les événements avec le sens du vrai et du vivant qui caractérise son cinéma. C’est là que son film est le plus passionnant : dans la capacité qu’a le cinéaste de rendre palpable l’atmosphère de cette Jérusalem là, grouillante de vie et remplie d’intrigants.

C’est à la fois spectaculaire dans la forme, et édifiant sur le fond. Dans la forme, Duvivier filme Jérusalem plus encore qu’il ne filme Jésus lui-même (Robert Le Vigan, habité). Il alterne habilement les plans larges de foules, impressionnants, et les gros plans sur des visages pleins de passions. Et devant sa caméra, Jérusalem a le même accent de vérité que la Casbah de Pépé le Moko ou les forêts glacées de Maria Chapdelaine.

Sur le fond, Duvivier fait de Jésus un objet de désir ou de dégoût, c’est selon. Mais son sort est clairement entre les mains de politicards, de personnages lâches ou mesquins. On sent bien que c’est moins Jésus lui-même qui intéresse le cinéaste que tous ceux qui ont son sort entre leurs mains, que ce soit le puissant et grotesque Hérode (Harry Baur, grandiose le temps d’une unique séquence) ou un simple anonyme dont les convictions oscillent au rythme de la foule.

Et Pilate, donc, dont Gabin fait un homme simple et même médiocre, un type qui a plutôt bon cœur, et qui ne veut fâcher ni la foule dont la colère pourrait lui coûter sa place, ni sa femme (Edwige Feuillère), qui ne veut pas qu’on touche au Messie, et dont la colère pourrait lui coûter la paix de l’esprit. Il s’en lave les mains, donc. Ce geste historique est filmé comme toutes les étapes de la Passion : avec une certaine distance, qui révèle curieusement l’humanité profonde des personnages.

Gloria – de Hans Behrendt et Yvan Noé – 1931

Posté : 13 mai, 2022 @ 9:23 dans 1930-1939, BEHRENDT Hans, GABIN Jean, NOE Yvan | Pas de commentaires »

Gloria

Voilà un film de jeunesse très méconnu pour Gabin, version française d’un film allemand réalisé par Hans Behrendt. Star aussi populaire des deux côtés du Rhin (on l’a vue à la fois dans Metropolis en Allemagne, et dans L’Argent en France), Brigitte Helm est la vedette des deux versions. Le reste de la distribution est, pour l’essentiel, différent. Le personnage principal est ici incarné par André Luguet, que Gabin retrouvera pour ce qui sera son premier grand film, Cœur de Lilas.

Dans Gloria, Gabin est encore cantonné au second rôle. Mais le film vaut surtout pour ses rapports avec le héros, Brigitte Helm n’existant qu’à peine dans cette équation. Il est le mécanicien du pilote joué par Luguet, as de l’aviation qui ronge son frein après avoir accepté d’arrêter les acrobaties aériennes à la demande de sa femme (Brigitte Helm), et qui finira par tenter la traversée de l’Atlantique. L’exploit de Charles Lindgbergh, réalisé quatre ans plus tôt, est encore dans tous les esprits.

Gabin s’invitera à ce voyage à hauts risques, pour ce qui est jusqu’alors le plus consistant de ses personnages. Lui qui se contentait le plus souvent d’être le bon gars souriant et plein de santé, gagne en profondeur. Face à un André Luguet très bien, mais dont le jeu est plus daté, Gabin est déjà d’un naturel confondant. Dans la grande scène du banquet, où son rôle est purement visuel et de second plan, il dévore littéralement l’écran, éclipsant tous les autres au jeu plus convenu.

Inégal mais sympathique, le film est plutôt bien tenu dans sa montée en tension. Si les scènes aériennes ont une dimension un peu limitée (on n’est pas chez Wellman, dont le Wings avait nettement plus d’ampleur), mais les gros plans sont parfaitement utilisés pour filmer le danger et la tension. Une belle curiosité.

On purge bébé – de Jean Renoir – 1931

Posté : 8 mai, 2022 @ 8:00 dans 1930-1939, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

On purge bébé

Premier film parlant de Renoir, qui laisse aller son amour du théâtre, cet amour que l’on retrouvera régulièrement, de French Cancan à son testamentaire Petit Théâtre…. Ici, c’est une adaptation très simple et très linéaire de la célèbre comédie de Feydeau, comédie pleine de rythme qui permet de voir très vite la limite de l’exercice, pour Renoir. Car le rythme, ici, est parfois très approximatif. Dans la première partie, surtout, où les dialogues semblent toujours avoir une ou deux secondes de retard.

Ça s’arrange par la suite, et on prend même un plaisir grandissant à voir ces deux époux hystériques s’engueuler devant leur invité pour savoir qui des deux va se taper la corvée de purger leur fils, sale gosse qui, ce matin, « n’y est pas allé ». Manière étonnante d’éluder le mot chier, caca ou toilettes, dans un film qui, au fond, ne parle que de ça, ne faire rire qu’autour de ça.

Jacques Louvigny nous amuse avec ses grands gestes excédés et ses certitudes constamment mises à mal (le peau de chambre incassable… qui se casse et son réjouissant « Et voilà »). Marguerite Pierry est très bien en insupportable mère de famille dénuée de toute pudeur, qui se balade en robe de chambre un seau d’eaux de toilettes à la main. Fernandel apparaît deux minutes dans le rôle inattendu d’un amant. Et surtout, il y a Michel Simon dans le rôle de l’invité malencontreux, et c’est une nouvelle occasion de constater l’ampleur de son talent.

Qu’il cabotine ou qu’il reste en retrait, observant le « drame familial », il est d’une justesse confondante. Il est aussi le premier intérêt d’On purge bébé, sympathique petite chose qui semble quand même bien mineure par rapport aux grands films qui vont suivre, notamment La Chienne et Boudu sauvé des eaux, pour lesquels il donnera à Michel Simon des rôles autrement plus riches.

Mr. Dodd part pour Hollywood (Stand-in) – de Tay Garnett – 1937

Posté : 24 avril, 2022 @ 8:00 dans 1930-1939, BOGART Humphrey, GARNETT Tay | Pas de commentaires »

Mr Dodd part pour Hollywood

Un titre à la Capra, l’histoire à la Capra d’un capitaliste très raide qui s’éveille à l’humanité… Mais ce n’est pas du Capra. C’est Tay Garnett qui officie derrière la caméra, et ça change pas mal les choses. L’homme est nettement plus resté dans les mémoires pour des films plus sombres (Le Facteur sonne toujours deux fois, bien sûr). Il a pourtant une longue histoire avec la comédie : c’est même au côté de Mack Sennett qu’il a fait ses premiers pas au cinéma.

Cela étant dit, le réalisateur n’était peut-être pas le meilleur choix pour donner le rythme qui conviendrait à cette farce très légère. On sourit souvent, on rit parfois (le plus souvent pour des chutes), on vibre pour ces personnages. Mais il manque cette petite touche de folie qui ferait de Stand-in autre chose que l’aimable pochade qu’il est foncièrement. Sympathique, attachant, mais tout de même assez anodin. On imagine ce qu’un Hawks ou un Sturges aurait fait de cette histoire.

La première scène donne le ton : le conseil d’administration d’une grande banque de l’Est, dont le président est un vieillard encore vert, entouré par ses fils et petit-fils, ces derniers étant eux-mêmes à l’âge de la retraite. Une manière joyeusement ironique de souligner que les grands studios hollywoodiens sont entre les mains de vieux bureaucrates ne connaissant rien au monde du cinéma.

Car ces vieux-là sont sur le point de vendre à un affairiste un studio au succès faiblissant. Convaincu (pour des raisons purement comptables) que la vente serait une erreur, l’héritier de la dynastie se rend à Hollywood avec les pleins pouvoirs pour redresser le studio. Le jeune banquier, raide et froid, est vite confronté à un Hollywood aux antipodes, et rencontre une jeune doublure (stand-in) dont il est incapable de voir qu’elle est tombée amoureuse de lui.

C’est Leslie Howard et Joan Blondell, très bien l’un et l’autre, même s’ils ont le gros défaut de n’être ni Cary Grant, ni Ginger Rogers. Et ils ont autour d’eux une chouette galerie de seconds rôles pour donner corps aux différents aspects de la machine à fabriquer du rêve. On croise ainsi Alan Mowbray, Jack Carson, et surtout un Humphrey Bogart en pleine ascension, dans un registre plutôt inhabituel pour lui à cette époque : un producteur sympathique et intègre. Et il dévore déjà l’écran.

L’Assaut – de Pierre-Jean Ducis – 1936

Posté : 15 février, 2022 @ 8:00 dans 1930-1939, DUCIS Pierre-Jean | Pas de commentaires »

L'Assaut 1936

Existe-t-il un gage de qualité imparable pour le cinéma français des années 30 ou 40 ? Eh bien oui : Charles Vanel. La filmographie de l’acteur est longue comme le bras, et pas une fois il n’a semblé à côté de la plaque, pas à sa place, ou pas simplement formidable. Il l’est une nouvelle fois ici, dans le rôle d’un chef de parti politique dont l’ascension irrésistible est contrariée par les assertions d’un maître chanteur.

Vanel, une nouvelle fois, est l’atout principal de ce film adapté d’une pièce d’Henri Bernstein, à qui il confère sa dignité, et un mélange de force et de fragilité. « L’assaut », c’est celui de la meute, ces forces contraires qui apparaissent pour tenter de mettre à terre un homme qui a voulu s’élever au-dessus des autres, dixit l’homme en question : Charles Vanel, en député en pleine ascension qu’un article de presse vient diffamer.

C’est l’éternelle histoire du doute qui s’instille lorsqu’une accusation, même infondée, vient salir le plus honnête des hommes. Le doute qui circule sur les terrasses des bistrots où l’on commente l’affaire, mais aussi celui que le diffamé lit dans le regard de ses proches. Digne mais ébranlé, Charles Vanel apporte un mélange de force tranquille et de fragilité menacée à son personnage.

Mais c’est dans une sorte de parenthèse dans l’histoire qu’il se montre le plus émouvant : lorsque la jeune femme qu’il croyait destinée à son fils déclare son amour pour lui, « vieillard » de 53 ans (oui, à chaque période ses vieillards) résigné depuis longtemps à vivre dans le souvenir de son épouse décédée depuis des années. Entre l’actrice Alice Field et lui se passe alors un très beau moment de cinéma, assez bouleversant.

Belle figure de patriarche entouré d’enfants aimants (dont Madeleine Robinson, toute jeunette et déjà très bien), de conseillers plus ou moins fidèles, et de cette jeune femme qui pourrait être sa fille (il rêvait d’ailleurs qu’elle épouse son fils).

A l’exception d’Alerme, joyeusement gourmand en influenceur de l’ombre, on ne peut pas dire que les seconds rôles soient surprenants, ni même franchement profonds. Mais ce petit film malin donne une vision assez passionnante du milieu politique de la 3e République, mais aussi d’une certaine bourgeoisie provinciale. Et puis Pierre-Jean Ducis (qui??) signe une réalisation souvent très inspirée, avec quelques fulgurances. On retiendra en particulier le splendide travelling fendant la foule avec lequel on entre dans l’enceinte du tribunal. Le genre de plans qui mérite à lui seul de découvrir un film.

Les Révoltés du Bounty (Mutiny on the Bounty) – de Frank Lloyd – 1935

Posté : 15 janvier, 2022 @ 8:00 dans 1930-1939, LLOYD Frank | Pas de commentaires »

Les Révoltés du Bounty

Vingt-sept ans avant la version de Lewis Milestone, quarante-neuf ans avant celle de Roger Donaldson, Les Révoltés du Bounty version Frank Lloyd n’est pas le premier film qui évoque l’authentique mutinerie ayant éclaté à bord d’un bateau de la Royal Navy : le mérite en revient au méconnu In the wake of the Bounty, tourné trois ans plus tôt, qui reste surtout dans l’histoire pour être le tout premier film dans lequel apparaît Errol Flynn, dans le rôle de Fletcher Christian.

Ici, c’est Clark Gable qui s’y colle, et il devait gravement convoiter le rôle, puisqu’il y sacrifie ses incontournables moustaches… Face à lui, le grand Charles Laughton dans le rôle du tyrannique capitaine Bligh… Et dans le rôle central du jeune sous-officier à travers le regard duquel le film est raconté, Franchot Tone, toujours impeccable. Avec un casting comme ça, le plaisir est assuré. Il est effectivement immense.

Derrière la caméra : le vétéran Frank Lloyd, pas un nouveau venu dans l’univers maritime, puisqu’il a déjà à son actif une adaptation de L’Aigle des mers (dix ans avant celle portée par Errol Flynn, toujours lui). Et dire que le gars sait filmer les grandes voiles, les mats et les marins est un euphémisme. Avec certes de gros moyens financiers, mais la technique de 1935, Lloyd fait mieux que ses successeurs, signant un authentique chef d’œuvre du genre, qui reste totalement bluffant plus de huit décennies plus tard.

Lloyd se révèle aussi à l’aise dans le drame humain que dans le spectaculaire, réussissant aussi bien les face-à-face entre ses personnages que les scènes de tempête. Le film est immersif, tendu et passionnant. Ça sent l’iode, la sueur et le sang, la sensation d’isolement est étouffante, le sentiment d’injustice est révoltant. On a envie de se mutiner avec Clark Gable, on partage la peur et le dégoût de Franchot Tone, la douleur et la colère de Donald Crisp, et puis on ressent l’humanité douloureuse de douloureuse de Charles Laughton…

C’est immersif et impressionnant. C’est le souffle de l’aventure. C’est du grand cinéma, qui en remontrerait à l’immense majorité des grosses productions récentes. Hissez la grande voile, sans hésitation et avec délectation…

 

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