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Archive pour la catégorie '1930-1939'

Les Révoltés du Bounty (Mutiny on the Bounty) – de Frank Lloyd – 1935

Posté : 15 janvier, 2022 @ 8:00 dans 1930-1939, LLOYD Frank | Pas de commentaires »

Les Révoltés du Bounty

Vingt-sept ans avant la version de Lewis Milestone, quarante-neuf ans avant celle de Roger Donaldson, Les Révoltés du Bounty version Frank Lloyd n’est pas le premier film qui évoque l’authentique mutinerie ayant éclaté à bord d’un bateau de la Royal Navy : le mérite en revient au méconnu In the wake of the Bounty, tourné trois ans plus tôt, qui reste surtout dans l’histoire pour être le tout premier film dans lequel apparaît Errol Flynn, dans le rôle de Fletcher Christian.

Ici, c’est Clark Gable qui s’y colle, et il devait gravement convoiter le rôle, puisqu’il y sacrifie ses incontournables moustaches… Face à lui, le grand Charles Laughton dans le rôle du tyrannique capitaine Bligh… Et dans le rôle central du jeune sous-officier à travers le regard duquel le film est raconté, Franchot Tone, toujours impeccable. Avec un casting comme ça, le plaisir est assuré. Il est effectivement immense.

Derrière la caméra : le vétéran Frank Lloyd, pas un nouveau venu dans l’univers maritime, puisqu’il a déjà à son actif une adaptation de L’Aigle des mers (dix ans avant celle portée par Errol Flynn, toujours lui). Et dire que le gars sait filmer les grandes voiles, les mats et les marins est un euphémisme. Avec certes de gros moyens financiers, mais la technique de 1935, Lloyd fait mieux que ses successeurs, signant un authentique chef d’œuvre du genre, qui reste totalement bluffant plus de huit décennies plus tard.

Lloyd se révèle aussi à l’aise dans le drame humain que dans le spectaculaire, réussissant aussi bien les face-à-face entre ses personnages que les scènes de tempête. Le film est immersif, tendu et passionnant. Ça sent l’iode, la sueur et le sang, la sensation d’isolement est étouffante, le sentiment d’injustice est révoltant. On a envie de se mutiner avec Clark Gable, on partage la peur et le dégoût de Franchot Tone, la douleur et la colère de Donald Crisp, et puis on ressent l’humanité douloureuse de douloureuse de Charles Laughton…

C’est immersif et impressionnant. C’est le souffle de l’aventure. C’est du grand cinéma, qui en remontrerait à l’immense majorité des grosses productions récentes. Hissez la grande voile, sans hésitation et avec délectation…

 

San Francisco (id.) – de W.S. Van Dyke – 1936

Posté : 9 janvier, 2022 @ 8:00 dans 1930-1939, VAN DYKE W.S. | Pas de commentaires »

San Francisco

Suite de ce petit cycle Clark Gable… et c’est du lourd, du très lourd, San Francisco, soit l’un des plus grands chefs d’œuvre de la première grande période du film catastrophe (avec L’Incendie de Chicago et La Mousson), basée sur un fait historique bien réel : le tremblement de terre qui a ravagé San Francisco en 1906.

Hollywood oblige, le séisme apparaît comme un châtiment divin pour laver la ville de toute sa salissure morale, symbolisée en l’occurrence par un seul homme : Blacky, patron du plus grand cabaret de la Barbary Coast, ce quartier aux immeubles vieillissants et prompts à l’embrasement, où se concentrent le vice et la corruption.

Tout en symboles lourdement appuyés, le film aurait pu tourner au prêchi-prêcha insupportable. La jeune héroïne, chanteuse à la voix cristalline qui débarque en ville, est tiraillée entre son amour pour Blacky le voyou, et la grande musique pure que lui offre le patron de l’opéra. Entre le vice et la vertu, avec pour arbitre un prêtre au regard bienfaisant. Et reconnaissons que dans les deux dernières minutes, le film plonge tête la première dans la religiosité hollywoodienne.

Mais il le fait avec un souffle et un style indéniable. Et avant ça, avant ces deux dernières minutes tellement too much, W.S. Van Dyke signe tout simplement un grand film, triomphe du système des studios où tout, mais vraiment tout, fonctionne parfaitement. Un scénario formidable pour commencer (signé Anita Loos, auteur de Rose de Minuit ou Femmes), et un cinéaste en état de grâce qui donne rythme, atmosphère et émotion à cette histoire pleine de musique et de mouvements.

Et il y a les acteurs : Jeanette Mac Donald, aussi bonne actrice que grande chanteuse ; Spencer Tracy, parfait en prêtre au visage constamment bienveillant ; et Clark Gable, quasiment de tous les plans, et absolument renversant. A-t-il jamais été aussi bon que dans ce rôle de mauvais garçon au grand cœur ? A-t-il jamais été aussi profondément émouvant qu’à ce moment précis où il voit les deux êtres qu’il aime le plus lui tourner le dos par sa faute ?

Il y a dans ce film une vie incroyable, une intensité folle qui n’attend pas le tremblement de terre lui-même, qui arrive d’ailleurs fort tard, et qui n’occupe qu’une petite partie du long métrage. Mais quelle partie, chef d’œuvre de montage serré au cordeau qui tire le meilleur de trucages certes spectaculaires et généreux, mais qui sentent bon le décor de studio. Ce montage si dynamique rend palpable la violence du séisme et la cruauté de ses effets.

Rien à jeter dans ce San Francisco qui reste un modèle du genre, et un exemple triomphal du savoir-faire des grands studios hollywoodiens (la MGM en l’occurrence). Chef d’œuvre.

Chronique mondaine (After Office Hours) – de Norman Z. McLeod – 1935

Posté : 8 janvier, 2022 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, McLEOD Norman Z. | Pas de commentaires »

Chronique mondaine

Quand le rédacteur en chef très cynique d’un grand journal américain réalise que la jeune journaliste qu’il vient de renvoyer peut lui ouvrir les portes d’un potentiel scandale mondain de premier plan, cela donne une comédie de mœurs charmante, portée par Constance Bennett et Clark Gable, couple de cinéma dont l’alchimie est immédiatement parfaite.

Et quand la comédie de mœurs se transforme à mi-film en une comédie policière, à l’occasion d’une séquence qui, elle, n’a rien d’une comédie, eh bien cela n’enlève rien au plaisir, grand, que l’on prend devant ce nouveau témoin de la grandeur de la machine hollywoodienne. Chronique mondaine est un pur film de studio, confié à un réalisateur touche-à-tout et talentueux, et dans lequel on retrouve tout le savoir-faire de Hollywood.

Au scénario, quand même, Herman Mankiewicz, quelques années avant Citizen Kane. Le film n’a évidemment pas la force ni l’ampleur du chef d’œuvre de Welles, mais il faut reconnaître une vraie générosité dans ce scénario là, un vrai sens de l’intrigue et de la construction, et surtout une vivacité dans les dialogues, qui en fait tout le prix.

C’est particulièrement vrai dans les réparties moqueuses et pleines de passion que s’envoient Bennett et Gable, que tout oppose évidemment, mais réunis par l’amour évidemment. Elle un peu naïve mais pas tant que ça, lui menteur professionnel mais honnête jusque dans ses mensonges

Des potins à scandale aux faits divers en passant par la chronique mondaine, le film de McLeod plonge avec bienveillance dans les aspects les moins bienveillants du journalisme, avec une légèreté qui emporte vite l’adhésion. La seconde partie, est tout aussi enthousiasmante avec son crime et son faux suspense, parsemé de vrais moments de comédie, et porté par des seconds rôles joyeusement décalés (la mère, le photographe).

Au cœur de ce film enlevé et euphorisant, une scène surprend, et marque les esprits : celle du meurtre, forcément centrale, et dont toute l’action se déroule hors-champs, les protagonistes s’étant décalés jusqu’à sortir du champs fixe d’une caméra qui ne fixe plus, durant de longs instants, qu’un décor vide, simplement habité par les bruits du drame. Moment d’autant plus fort qu’il est inattendu.

Seuls les anges ont des ailes (Only angels have wings) – de Howard Hawks – 1939

Posté : 16 décembre, 2021 @ 8:00 dans 1930-1939, HAWKS Howard | Pas de commentaires »

Seuls les anges ont des ailes

Voilà du Hawks pur jus, et du meilleur cru. Disons-le franchement : Seuls les anges ont des ailes est à classer au rang des immenses réussites du gars, à côté de classiques comme Le Port de l’angoisse, et plus encore Rio Bravo. C’est dire. Vingt ans avant son superbe western, Hawks signe avec cette ode à l’aéropostale (trois ans après Brumes) l’un de ces films d’homme comme il les aime tant. Pas un film misogyne, non, mais un film sur un univers purement masculins, où il est bien difficile pour une femme de trouver sa place.

Cary Grant en sait quelque chose, lui qui trimballe derrière un cynisme radical une blessure de cœur causée, on l’apprendra tardivement, par Rita Hayworth. Toute jeune, et déjà d’une beauté foudroyante. Cette douleur, Grant la noie sous un autoritarisme brutal, avec lequel il dirige ce petit aérodrome dans les montagnes, loin semble-t-il de la civilisation. Sa première apparition déconcerte d’ailleurs, l’élégant et rigolard héros de comédies se transformant en aventurier au regard sombre et au blouson de cuir. Même la tigresse Jean Arthur, jeune femme indépendante échouée par hasard dans ce coin paumé aura bien du mal à percer l’armure.

Un univers d’hommes, avec son équilibre si imparfait, bouleversé par l’arrivée d’une femme, puis de deux… C’est peut-être, avec Rio Bravo donc, le plus hawksien de tous les films de Hawks. L’un des plus parfaits, avec son rythme trépidant, et sa construction tellement parfaite qu’elle frise l’abstraction. Les 120 minutes du film coulent avec une évidence absolue, à tel point qu’on en oublie les énormes ficelles scénaristiques…

Un nouveau pilote débarque dans ce microcosme si fermé ? Le hasard veut que ce soit l’homme qui a provoqué par lâcheté la mort du frère de l’un des personnages principaux, le toujours attachant Thomas Mitchell. Et ce nouveau pilote (Richard Barthelmess, qui avait déjà joué les hommes de l’air pour Hawks dans La Patrouille de l’aube) arrive avec sa femme… qui ne peut être que Rita, celle qui a brisé le cœur de Cary.

Improbable, oui, mais qu’importe : seul compte la fluidité, le rythme, et l’émotion toujours contenue, en tout cas jusqu’à un gros plan sur des yeux enfin humides. Seuls les anges ont des ailes est un chef d’œuvre à tous les niveaux : dans la manière de mettre en scène cet univers d’hommes, et d’y confronter deux femmes très différentes, pour la qualité et la simplicité de ses scènes aériennes, mais aussi et surtout pour les moments en creux.

Cette atmosphère si typique des films d’Hawks, cette capacité qu’il a de créer un cocon de bien-être au cœur d’un drame, par la grâce de quelques plans resserrés autour d’un petit groupe, d’une lumière tamisée, et de quelques notes de musique. Un chef d’œuvre, du genre de ce qu’Hollywood peut faire de mieux…

Entrée des artistes – de Marc Allégret – 1938

Posté : 2 décembre, 2021 @ 8:00 dans 1930-1939, ALLEGRET Marc | Pas de commentaires »

Entrée des artistes

Il y a deux films dans Entrée des artistes. D’abord, celui que l’histoire a retenu : une vision quasi-documentaire des coulisses du Conservatoire, avec Louis Jouvet dans le rôle d’un professeur d’art dramatique qui pourrait s’appeler Louis Jouvet, que l’on voit donner des cours à quelques-uns de ses élèves, parmi lesquels Bernard Blier.

Cette partie là du film est passionnante, et assez fascinante parce qu’elle nous donne à voir les difficultés, la cruauté même de l’apprentissage du métier d’acteur. La mise en scène y est pleine de vie, pleine d’humanité et d’empathie pour ces personnages qui, d’une certaine manière, ont tous décidé de renoncer à quelque chose pour vivre cette vie d’incertitude et de passion. Jouvet y règne en maître. Ou plutôt non : il y est un maître qui ne règne pas, qui se met constamment au niveau de ses élèves. Il y est absolument magnifique, dans un rôle forcément difficile : presque lui. Et ce presque lui, il l’incarne avec une justesse absolue.

Il s’y livre aussi, mine de rien, comme dans cette scène superbe où il refuse le renoncement de l’une de ses élèves. « J’ai eu 17 ans, je ne les ai plus parce que tu les as… Les 17 ans, il n’y en a pas pour tout le monde à la fois. » Du Henri Jeanson dans le texte, mais dieu que Jouvet les dit bien, ces mots de Jeanson, son auteur préféré, celui qui lui offrira le sublime écrin des Amoureux sont seuls au monde. Ici, Jeanson joue admirablement sur la présence du grand Jouvet, dans ce rôle si visiblement transparent.

La porosité entre la fiction et la réalité est au cœur du film. Cela peut donner une autre très belle scène, approche méta comme les aime Jeanson, le futur scénariste de La Fête à Henriette. François et Isabelle dans une chambre au petit matin, presque entièrement habillés. Et lui : « Au cinéma, quand on veut montrer avec subtilité, sans le dire, à cause des enfants au-dessus de 6 ans, que deux êtres se sont aimés, on promène le regard du spectateur tout autour de la chambre. On lui montre une cigarette qui se consume, un lit défait, un oreiller qui est tombé par terre… » Exactement ce que montre la caméra d’Allégret dans le même mouvement.

Cela donne aussi un final qui tire vers le polar, et qui lui peine à convaincre. Entrée des artistes n’est, hélas, que ponctuellement centré sur les coulisses du Conservatoire. L’essentiel de l’intrigue est donc basé sur l’histoire d’amour d’Isabelle et François (Jeanine Darcey et Claude Dauphin), et à la passion contrarié de Cœcilia (Odette Joyeux), trois apprentis comédiens pour lesquels la frontière entre la réalité et la comédie a une tendance à être floue. Sur le papier en tout cas, mais Allégret échoue à donner du corps à ce trouble qu’on imagine central dans le scénario de Jeanson, et on reste largement étranger à la passion de ce triangle amoureux.

Dommage. Entrée des artistes est sans doute d’avantage un film de scénariste que de réalisateur. On y prend toutefois un vrai plaisir, grâce aux excellents seconds rôles (les incontournables Dalio, Blier, Roquevert, et une mention à Carette, formidable en petit journaliste un peu dépassé), et pour la vision qu’il nous offre de Jouvet au travail. Même si le plan, tellement long et enamouré qu’il en devient gênant, est là pour nous rappeler qu’on est bien dans une fiction, et pas dans un documentaire…

Toboggan – de Henri Decoin – 1933

Posté : 24 novembre, 2021 @ 8:00 dans 1930-1939, DECOIN Henri | Pas de commentaires »

Toboggan

Premier « vrai » film pour Henri Decoin, qui venait de diriger la version française des Requins du pétrole. Ce Toboggan peut être considéré comme la vraie naissance d’un cinéaste passionnant et éclectique, après une grande carrière de sportif (il a été champion de natation et de water polo). Le sport y occupe encore une place centrale, puisque le personnage principal, boxeur déchu qui remonte sur le ring par amour pour une jeune femme, est interprété par Georges Carpentier, l’un des plus grands noms de la boxe française, ancien champion du monde alors presque quadragénaire.

Toboggan est un beau titre, pour un film qui raconte l’histoire d’un champion qui brûle ses derniers feux. C’est aussi le titre d’une chanson assez fascinante qui revient régulièrement, comme pour rappeler inlassablement l’issue forcément négative de cet ultime combat. Beau thème, étonnamment amer pour un cinéaste (de 43 ans) qui n’en est qu’à ses premiers pas derrière la caméra.

Pour ses débuts, Decoin se révèle meilleur formaliste que raconteur d’histoire. La narration manque sans doute de rythme, voire même d’originalité. Mais esthétiquement, Toboggan est la plupart du temps une très grande réussite. Le film s’ouvre dans un campement de laissés pour compte. En quelques images, Decoin sait créer une atmosphère, à la fois pleine de vie et pleine de rudesse. C’est comme ça aussi que le film se refermera, par un plan d’une amertume magnifique, sans illusion et sans concession.

Entre temps, Decoin se montrera moins inspiré avec l’imagerie de la haute société, mais il réussira quelques grands moments de cinéma : l’utilisation de ces images d’archive du vrai Georges Carpentier, retraçant le parcours de Romanet (le personnage) avec la voix off amusée et enthousiaste de sa petite amie Lisa (Arlette Marchall). Les scènes de combat sont essentiellement filmées en plans larges, parfois en plongée. Celles des entraînements sont en revanche ultra stylisées, se résumant souvent à quelques secondes marquantes : des coups de poing dans l’air, une ombre portée sur un mur… Passionnants débuts.

Paris-Béguin – d’Augusto Genina – 1931

Posté : 20 novembre, 2021 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, GABIN Jean, GENINA Augusto | Pas de commentaires »

Paris-Béguin

Une diva de théâtre refuse de jouer une scène qu’elle trouve stupide, évoquant les doutes d’un cambrioleur tombant amoureux de sa victime. Le soir-même, elle surprend chez elle un cambrioleur… qui doute de ses actes et tombe sous le charme de l’actrice.

Le cambrioleur, c’est un tout jeune Jean Gabin, dans l’un de ses premiers rôles au cinéma. Il est encore un peu léger, et manque de cette intensité qui le caractérisera dans ses plus grands films d’avant-guerre. Mais tout de même : son jeu réaliste et naturel est déjà bien place.

C’est d’ailleurs pour lui que le film mérite (un peu) d’être vu. Parce qu’il est une vraie curiosité dans la riche filmographie de Gabin. Parce qu’il marque aussi la première rencontre de l’acteur avec Fernandel, qu’il retrouvera brièvement la même année dans le nettement meilleur Cœur de Lilas, et avec qui il fondera la Gafer trois décennies plus tard.

Ne cherchons pas du génie là où il n’y en a pas. L’envie de voir tout Gabin reste la meilleure raison de voir le film. Film pas dénué de bonnes idées, mais d’un ennui assez… conséquent. Belle idée notamment de mettre en parallèle la pièce et la « vraie vie ». Belle idée aussi de nous plonger dans les coulisses d’un spectacle très médiocre. Belles idées à peine ébauchées, hélas.

La mise en scène est sans relief, les dialogues très approximatifs, et le rythme lentement plan-plan. Surtout, il manque de la folie, de la vie, de la musique… Augusto Genina se montre un peu plus inspiré dans l’aspect « noir » de son histoire, filmant les malfrats avec une soudaine et intermittente intensité, que dans les coulisses du music-hall, qu’on aurait aimé plus musicales.

Le film sombre dans les travers de ces premières années du parlant, avec une mise en scène trop statique et un montage trop lâche. En hésitant constamment entre le noir et la bluette, Genina rate sa cible, au moins jusqu’à quinze minutes du dénouement. Lorsque le drame, enfin, devient ouvertement sombre, le récit gagne en intensité. Quelques scènes (dans le bistro surtout) sont même parfaitement tenues. Juste le temps d’imaginer ce que le film aurait pu donner, réalisé par l’Anatole Litvak de Cœur de Lilas

Zouzou – de Marc Allégret – 1934

Posté : 12 novembre, 2021 @ 8:00 dans 1930-1939, ALLEGRET Marc, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Zouzou

Aimable curiosité, dirons-nous, que ce film qui hésite constamment entre le drame amoureux et l’opérette. Curiosité que l’on retient avant tout pour la rencontre inattendue, et forcément historique, entre une Joséphine Baker au sommet de sa popularité, et un Jean Gabin en pleine ascension : Zouzou s’inscrit entre deux films de Julien Duvivier (Maria Chapdelaine et Golgotha).

Avec Joséphine Baker et Gabin, venu lui-même du music-hall, on pouvait s’attendre à un festival de numéros chantés et dansés. Pourtant, à de rares exceptions près (une chouette chanson dans un bal pour Gabin, surtout), il faut attendre les vingt dernières minutes pour que le film se transforme en une quasi-comédie musicale. Changement assez abrupt et radical, qui expédie un peu vite le triangle amoureux plein de promesses.

Le drame amoureux, donc… Baker et Gabin sont jumeaux. Si si. Enfin presque : c’est leur père d’adoption qui l’affirme, joli rôle pour l’indispensable Pierre Larquey en homme de cirque vieillissant. Mais en grandissant, la sœurette tombe amoureuse du frérot, ce dernier ne gardant pour elle qu’une profonde affection fraternelle. Oups. On ne peut pas dire que cette trame tienne ses promesses hélas, si ce n’est une dernière image assez belle, vision douce-amère du triomphe de l’artiste.

On ne peut pas dire non plus que les numéros musicaux soient transcendants, tentative un peu maladroite de s’inscrire dans la lignée d’un Busby Berkeley. Mais il y a une chose qui tire vraiment le film vers le haut, c’est la qualité des décors, signés Alexandre Trauner : à la fois ceux d’un Paris populaire en avance sur le réalisme poétique, et ceux du show musical où triomphe Joséphine Baker, franchement impressionnants. Ça, et le plaisir de découvrir un Jean Gabin encore tout jeunot, même si ce Zouzou est clairement en retrait par rapport à d’autres de ses films de jeunesse : Cœur de Lilas, La Belle Marinière ou Le Tunnel.

L’Affaire du courrier de Lyon – de Maurice Lehmann (et Claude Autant-Lara) – 1937

Posté : 9 novembre, 2021 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, AUTANT-LARA Claude, LEHMANN Maurice | Pas de commentaires »

L'Affaire du courrier de Lyon

L’affaire du courrier de Lyon, c’est avant tout un authentique fait divers survenu en 1796, sous le Directoire. Le crime lui-même, l’attaque meurtrière d’une voiture chargée d’une riche cargaison, est tristement banale. L’enquête et le procès qui ont suivi le sont moins, puisqu’ils ont abouti à la condamnation et à l’exécution d’un innocent, père de famille bourgeois reconnu à tort par plusieurs témoins.

Ce fait divers a donné lieu à plusieurs films entre la fin du muet et les premières années du parlant, dont une version réalisée par Léon Poirier. Mais la plus célèbre est celle-ci, signée par Maurice Lehmann (Fric-Frac) et son assistant Claude Autant-Lara. Le film pousse loin le thème de la ressemblance entre l’accusé et le véritable coupable, en confiant les deux rôles au même Pierre Blanchard, acteur au jeu souvent excessif, mais qui finit par atteindre une belle gravité tragique ici.

Curieusement, on sent bien que l’intérêt des réalisateurs se détache assez vite du personnage du faux coupable, pour se focaliser sur le sentiment de culpabilité qui gagne d’autres personnages a priori plus secondaires : deux des vrais coupables d’abord, joués par Jean Tissier et le truculent Dorville, et surtout le juge instructeur qu’interprète Jacques Copeau, grand homme de théâtre, créateur du Vieux Colombier et maître de Louis Jouvet, qui n’a tourné que dans une poignée de films pour le cinéma.

Bien sûr, les personnages de Pierre Blanchard et de Dita Parlo (sa femme) sont forts et tragiques. Mais ce personnage de juge est le plus passionnant du film, celui aussi qui inspire le plus Lehmann, dans quelques scènes au cours desquelles les doutes prennent forme dans l’esprit de cet homme si convaincu d’être le garant de la vérité, scènes où la mise en scène se fait soudain plus intense, plus virtuose aussi, donnant corps à ces doutes.

Le film est aussi très réussi pour la peinture qu’il dresse de cette période révolutionnaire, du sentiment d’insécurité, du fossé qui sépare la vie parisienne et la province pourtant distante de quelques kilomètres seulement (« C’est bien un cheval de Parisien, ça ! »), et de l’inhumanité d’une police et d’une justice encore balbutiantes, dont cette affaire sera l’un des révélateurs. Comme Lesurque, le faux coupable, deviendra l’un des symboles de l’erreur judiciaire.

Le Roman d’un jeune homme pauvre – d’Abel Gance – 1935

Posté : 6 novembre, 2021 @ 8:00 dans 1930-1939, GANCE Abel | Pas de commentaires »

Le Roman d'un jeune homme pauvre

Abel Gance a signé des films immenses, révolutionnaires, mais pas que… Adapté d’un roman à succès qui semble être une belle source de guimauverie (mais je ne l’ai pas lu, donc…), Le Roman d’un jeune homme pauvre est loin, très loin de La Roue, dont chaque plan ou presque était renversant. Passé les quelques minutes d’introduction, brillante séquence de vente aux enchères, le film est au mieux anodin, au pire un peu pénible, tant l’histoire que Gance porte à l’écran paraît d’un autre temps, bourrée de clichés et de rebondissements faciles.

Heureusement, il y a Pierre Fresnay, formidable en marquis ruiné qui accepte un poste de régisseur (comble de la déchéance pour cet aristocrate sans le sou), justement dans un domaine dont le propriétaire cache un lourd secret qui lui est intimement lié. Evidemment, le marquis désargenté va tomber amoureux de la fille de la maison, qui se méfie des chasseurs de dot, et qui va passer tout le film à souffler le chaud et le froid sur le pauvre Fresnay, qui est quand même de bonne composition.

Enormes ficelles, réalisation d’une modestie qui confine au désintérêt manifeste pour Gance, qu’on a connu plus fervent que dans ce film cousu de fil blanc, dont surnagent simplement quelques idées originales, comme cette vieille dame qui rêve de construire une cathédrale pour y être enterrée, ou les scènes muettes confrontant un Pierre Fresnay digne mais désemparé à la faim qui le tenaille… Mais tout ça reste bien mineur, bien faiblard, et souvent bien ennuyeux.

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