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Archive pour la catégorie '1930-1939'

Le Dernier Tournant – de Pierre Chenal – 1939

Posté : 26 mars, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, CHENAL Pierre | Pas de commentaires »

Le dernier tournant

Sept ans avant le chef d’œuvre de Tay Garnet, quatre ans avant le Ossessione de Visconti, c’est Pierre Chenal, en France, qui réalise la première adaptation de The Postman always rings twice, le roman noir de James M. Cain. Difficile de ne pas comparer, tant le classique américain est un sommet du film noir, sorte de mètre-étalon d’un genre dont il fixe les grandes figures : la (fausse) femme fatale, l’anti-héros condamné d’avance, la force du destin…

Garnet signera un grand film autour d’un couple aussi improbable que mythique formé par Lana Turner et John Garfield. Pierre Chenal la joue moins frontalement pour filmer la tension sexuelle entre ses personnages, mais son approche n’est pas moins passionnante. Il y a, dans ce film, beaucoup plus de non-dits et d’ellipses. Certaines sont d’ailleurs particulièrement fortes, laissant la place à une imagination qui s’emballe : ce fondu au noir qui suit le premier baiser à peine esquissé, et le tutoiement si éloquent qui suit dans le plan suivant.

Toutes les ellipses n’ont cependant pas cette puissance évocatrice, et beaucoup donnent simplement l’impression que Chenal s’est contenté de filmer les scènes importantes de l’histoire, sans trop savoir comment tisser un lien entre elles. Les personnages manquent ainsi parfois de cohérence, et le film d’un vrai mouvement qui aurait accompagné le destin mortifère du couple d’anti-héros.

Certaines scènes, aussi, tombent un peu comme un cheveu dans la soupe : le personnage du cousin joué par l’excellent Le Vigan sort de nulle part pour y retourner aussi sec. Et la scène de bagarre à laquelle il est mêlé à beau être fort joliment filmée, elle s’inscrit à peine dans le drame qui se noue.

Chenal se contente d’enchaîner les séquences ? La plupart du temps, oui, mais il les réussit à peu près toutes, créant dans chacun de ces épisodes successifs de vraies et belles atmosphères du cinéma, jouant avec les ombres qui semblent préfigurer les barreaux d’une prison, renforçant le sentiment d’étouffement de Cora et Franck, le couple maudit.

Corinne Luchaire et Fernand Gravey sont formidables en amants dont on ne saurait dire s’ils sont machiavéliques ou simplement tragiques. Terriblement émouvants en tout cas, comme leur victime Michel Simon, à la fois pathétique, tendre et monstrueux. Cette fragilité, cette naïveté qu’il affiche, son attachement à son nouveau « copain », et cette absence totale d’empathie pour cette femme qu’il a pu « acheter pour (ses) vieux jours.

Le film excelle à souligner les contradictions de ces personnages, touchants, attachants et indéfendables. Un vrai film noir américain, mais français. James Cain est décidément bien servi.

La Maison de la mort / Une soirée étrange (The Old Dark House) – de James Whale – 1932

Posté : 20 mars, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, FANTASTIQUE/SF, WHALE James | Pas de commentaires »

La Maison de la mort

Une nuit de tempête, dans un coin totalement paumé, une voiture forcée de s’arrêter au milieu de nulle part, ses occupants qui demandent l’asile pour la nuit aux habitants inquiétants d’une maison qui ne l’est pas moins…

C’est un peu la quintessence du film d’épouvante que ce bijou de James Whale, tourné entre Frankenstein et L’Homme invisible, bref dans sa très grande période, celle où il enchaîne les classiques. Comme si tous les codes du genre se concentraient dans ce film pourtant relativement court (à peine 1h15), dans une espèce de pureté qui ferait fi de toutes les contraintes de narration ou de réalisme.

Et on jurerait que l’action est omniprésente, que les rebondissements sont constants, que le suspense est à toutes les portes. Pourtant, à y regarder de près, il ne se passe quasiment rien jusque dans le dernier quart d’heure. Passée une première scène sur la « route », dans un décor nocturne et pluvieux assez impressionnant, le film est en grande partie une attente, avec des personnages qui s’observent et se livrent à peine.

Mais Whale filme son décor comme un personnage inquiétant. Entre la maison et le majordome balafré et muet joué par Boris Karloff, c’est à peu près la même approche que propose le cinéaste : deux éléments de décors omniprésents qui ne disent pas un mot mais semblent parler pourtant, présence baroque qui suffit à faire naître l’angoisse.

Pour ça, Whale joue avec les ombres, les hors-champs, les détails, les gros plans. Un véritable mode d’emploi du bon réalisateur de films d’horreurs, avec une caméra qui se promène dans la maison comme si c’était elle la narratrice omnisciente, avec ces mains que l’on voit surgir d’éléments de décors. Du grand art, digne des grands classiques du genre.

Pas d’histoire, ou si peu. Et des personnages très marqués, presque caricaturaux. Pas de vrai danger non plus, d’ailleurs : on a peur, on frémit, on sursaute, mais on sent bien que tout ça est « pour de faux ». Whale ne joue pas la carte du réalisme, ni de la vraisemblance. Il s’amuse avec son formidable casting (Karloff donc, mais aussi Gloria Stuart, Charles Laughton, Melvyn Douglas ou Raymond Massey) comme avec les passagers d’un train fantôme. Une réjouissante attraction qu’on a tout de suite envie de refaire, encore et encore.

Mollenard – de Robert Siodmak – 1938

Posté : 6 mars, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, SIODMAK Robert | Pas de commentaires »

Mollenard

Ballotté par l’Histoire, l’Allemand Robert Siodmak est arrivé en 1933 pour fuir le nazisme. Il en est reparti six ans plus tard pour les mêmes raisons, direction Hollywood. Il n’est pas le seul dans ce cas, mais ils sont rares les cinéastes qui ont su comme lui s’adapter aussi bien aux différents systèmes de production, et aux différentes cultures.

Non seulement Siodmak a signé des chefs d’œuvre en France comme en Amérique, mais il y a signé des chefs d’œuvre totalement français ou américains. Pas des œuvres dont on pourrait devenir qu’elles sont d’un auteur allemand. C’est le cas de Mollenard, peut-être son meilleur film français : un grand film totalement de son époque, quintessence de ce que le cinéma français pouvait faire de mieux.

Il y a dans Mollenard une ampleur rare, un mélange des genres aussi audacieux que passionnant. La moitié de l’intrigue se déroule au-delà des Océans, en Extrême-Orient où le commandant de paquebot Mollenard (Harry Baur) tente de se sortir des ennuis que lui ont procuré son trafic d’armes.

Un pur film d’aventures exotiques, sur fond de guerre sino-japonaise, avec meurtres (celui de You le Chinois, plaqué à une planche à la proue d’une barque, est particulièrement marquant parce que lapidaire et inattendu), suspense, fusillades, beuveries et filles faciles. Toute une atmosphère, et un sentiment de camaraderie viril entre le commandant Mollenard et ses hommes, particulièrement son second, joué par Albert Préjean, dont les gestes à peine esquissés disent beaucoup de l’affection qu’il a pour le commandant.

Pourtant, c’est loin de là que Siodmak et Oscar-Paul Gilbert (autour du roman original et scénariste avec Charles Spaak) décident de commencer le film : avec la femme acariâtre de Mollenard, que joue la grande Gabrielle Dorziat. Une femme odieuse et castratrice, qui représente tout ce que Mollenard fuit désespérément dans cette vie d’aventures. Et tout ce que le destin lui réserve comme saloperie…

Terrible face-à-face, cruel et douloureux, entre ces deux acteurs formidables. Grand film de caractère aussi, avec des seconds rôles comme on les aime, de Pierre Renoir à Dalio en passant par Jacques Baumer. Grand film d’atmosphère, grand film dramatique, grand film tout court.

Sous les toits de Paris – de René Clair – 1930

Posté : 5 mars, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, CLAIR René | Pas de commentaires »

Sous les toits de Paris

Trois hommes se disputent les faveurs d’une jeune paumée dans un quartier populaire de Paris… Pour son premier film parlant, René Clair fait le choix de la simplicité et de la sobriété côté histoire : pas de grande intrigue, pas non plus de grands enjeux, juste des rencontres, des attirances, des affrontements…

On est en 1930, année où le cinéma français hésite souvent entre muet tardif et parlant trop parlant. Clair, lui, fait le pari d’éviter soigneusement tous les pièges de cette nouvelle technologie encore bafouillante. Loin du théâtre filmé, il privilégie au contraire les grands mouvements de caméra qui mettent en valeur de spectaculaires décors, et la verticalité des lieux.

Dès le premier plan, et jusqu’au tout dernier, Clair s’attache à filmer la ville aussi bien horizontalement, avec les dédales des ruelles, que verticalement, avec ces façades et ces escaliers qui, toujours, témoignent d’une vie sur plusieurs étages. Des mouvements de caméra qui tranchent radicalement avec la simplicité du propos.

Clair choisit aussi de privilégier la musique aux dialogues. Ce sont les chansons que l’on chante dans les rues, ou les musiques que l’on passe sur des tourne-disques dans les appartements, qui font avancer l’histoire. Le personnage principal, joué par Albert Préjean, est d’ailleurs un chanteur de rues que l’on découvre chantant « Sous les toits de Paris » au cœur de ce quartier qui sera le lieu principal de l’histoire.

Clair filme longuement ces chansons, alors qu’il expédie les dialogues, la plupart étant même muets (sans cartons). Choix audacieux qui concentre toute l’attention sur l’aspect visuel du film. Une réussite.

Dans ce film qui oscille constamment entre gravité et légèreté, il y a notamment une scène de bagarre nocturne particulièrement saisissante, où la brutalité du moment est soulignée par la présence d’un train dont on ne perçoit que le bruit assourdissant et la lumière aveuglante, mais qu’on ne voit jamais vraiment. Une belle démonstration de la manière dont René Clair maîtrise le langage cinématographique. Toute la réussite du film réside dans cette maîtrise.

L’Epouse de la nuit (Sono yo no tsuma) – de Yasujiro Ozu – 1930

Posté : 2 mars, 2020 @ 8:00 dans * Polars asiatiques, 1930-1939, FILMS MUETS, OZU Yasujiro | Pas de commentaires »

L'Epouse de la nuit

Associer Ozu au polar est loin d’être une évidence, au vu des chefs d’œuvre prestigieux du maître. Pourtant, le cinéaste a bien tourné quelques films de genre durant sa période muette. L’Epouse de la nuit fait ainsi figure de curiosité, assez loin de l’univers d’Ozu a priori. Mais finalement pas tant que ça…

L’influence de la culture américaine a souvent été très présente dans le Japon que filme Ozu. Celle du cinéma hollywoodien l’est particulièrement ici, par les affiches de films accrochés sur les murs de l’appartement où se jouera l’essentiel de l’action. Mais aussi par cette longue première séquence, que l’on croirait tout droit sortie d’un film de gangsters de la Warner. Ça se passe la nuit (ce qui est déjà une rareté chez Ozu), ça se passe même sur une seule nuit (encore une curiosité), et un matin.

Les dix premières minutes sont remarquables, et dénuées de tout carton. Dans cette nuit très profonde, Ozu filme un braquage, puis une fuite désespérée à travers les rues de la ville. Des détails : une main sur une épaule, une silhouette à travers une porte vitrée, l’empreinte d’une main, un combiné de téléphone qui pend… Ozu, qui a déjà une quinzaine de films à son actif, maîtrise parfaitement le cadre et le montage pour cette narration précise et intense à la fois, qui révèle ses talents de réalisateur américain !

Du pur film de gangster, Ozu nous emmène vers un drame plus intime, avec une transition par montage parallèle. On comprend alors que le voleur est un père de famille désespéré, qui avait besoin d’argent pour soigner sa fillette malade, entre la vie et la mort.
Et le voilà chez lui, avec sa femme, et bientôt un policier qui l’a suivi… trio inattendu autour du lit de la fillette. Le film reste alors tout aussi intense, mais change de ton, et de rythme. Le style d’Ozu n’est pas tout à fait celui de sa grande période à venir, où la caméra sera souvent au niveau du sol. Mais sa manière de filmer les objets comme les témoins du temps qui passe, est déjà là. Le linge qui pend aussi.

Et la figure du père, bien sûr, centrale et bouleversante. Celle de la mère aussi d’ailleurs, qui, même en retrait, est aussi intense que celle du mari. Une constante aussi, dans l’œuvre d’Ozu.

L’Epouse de la nuit est une curiosité, mais c’est déjà un très beau film, intime et intense. Même dans un film de genre, Ozu sait avec de petits rien faire éclater la plus forte des émotions.

Jenny – de Marcel Carné – 1936

Posté : 29 février, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, CARNÉ Marcel | Pas de commentaires »

Jenny

Premier long métrage de Carné, tourné juste avant l’ère des grands classiques, Jenny est un film nettement moins célèbre que Drôle de drame ou Le Jour se lève dans la longue collaboration entre Carné et Jacques Prévert. L’heure n’est pas encore au fameux réalisme poétique qui atteindra des sommets avec Hôtel du Nord, mais à un réalisme plus cru, avec moins de fards…

Jenny, qui donne son titre au film, c’est la grande Françoise Rosay. Ou plutôt la femme qu’elle est à la nuit tombée, lorsque la mère de famille digne et vieillissante qu’elle est devient la patronne d’un club très libertin, où les jolies jeunes femmes ne demandent qu’à être très gentilles avec les riches clients prêts à sortir leurs portefeuilles.

Quand sa fille revient d’Angleterre, où elle a vécu depuis l’adolescence, elle lui cache son vrai métier. Pour la jeune Danièle (Lisette Lanvin), sa mère est une bourgeoise bien comme il faut… Jusqu’au jour où elle découvre la vérité, et rencontre Lucien (Albert Préjean), sorte de gigolo qui vit de la générosité de sa mère…

Jenny s’annonce comme un drame amoureux qui va opposer mère et fille. Mais le film se révèle vite plus subtil que ça. Et c’est une série de portraits de personnages trop seuls que Carné filme. Tout est simple, semble-t-il, dans cet univers où il suffit de payer pour avoir des amis, une maîtresse, un amant… Mais personne n’est vraiment dupe : ni Charles Vanel, petit caïd qui brandit son pouvoir mais se consume d’amour pour Françoise Rosay ; ni Jean-Louis Barrault, qui s’invente un chien imaginaire parce qu’au fond, personne ne s’intéresse au bossu qu’il est ; ni Albert Préjean, gigolo repenti…

Au fond, seul le milliardaire joué par Le Vigan prend son argent vraiment au sérieux. Une posture qui, d’ailleurs, le coupe totalement du monde et de la réalité.

Superbe interprétation, musique très présente mais prenante de Joseph Kosma, et quelques beaux moments qui annoncent les chefs d’œuvre à venir : les amoureux qui regardent la brume sur le canal, ou cette dernière image de Françoise Rosay, seule dans le brouillard, déchirante.

Un carnet de bal – de Julien Duvivier – 1937

Posté : 23 février, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

Un carnet de bal

A la mort de son mari, auprès duquel elle a vécu quinze ans de luxe mais de solitude, une jeune veuve retrouve le carnet de son premier bal, celui de ses 16 ans. Elle décide de partir à la recherche de ses anciens aspirants, renouant avec les promesses de son passé pour tenter de se construire un avenir.

La démarche de Christine, jouée par Marie Bell, est inattendue : cette jeune veuve qui se raccroche tardivement à son pouvoir de séduction d’autrefois. Celle de Julien Duvivier est passionnante. Avec ce voyage sur les traces de son passé, le cinéaste s’offre une sorte de film à sketchs (une première dans le cinéma français), qui n’en est pas tout à fait un, mais dont les différents épisodes lui permettent de fascinantes ruptures de ton.

Il y a Raimu, truculent, et Fernandel, son éternel sourire sur les lèvres… Mais c’est Duvivier, et la légèreté cache toujours un fond plus grave. Quand il y a de la légèreté, ce qui est loin d’être toujours le cas. On s’en rend compte dès la première « escale » de Christine, avec cette mère (Françoise Rosay) qui vit dans le déni de la mort de son fils, rencontre terrible et bouleversante…

Il y a aussi l’ancien amoureux éconduit devenu homme d’église autant par dépit que par conviction (Harry Baur, superbe), cet ancien étudiant trop honnête devenu escroc à la petite semaine (Louis Jouvet, formidable), ou encore ce séducteur devenu guide de haute montagne (Pierre Richard-Willm)…

Chacune de ces rencontres égratigne un peu plus l’image que Christine avait gardé de son premier bal. Quel est le moment le plus dur ? Cette rencontre avec l’ancien médecin devenu faiseur d’anges, et véritable épave (Pierre Blanchar), que Duvivier filme avec d’étranges plans de travers ? Ou ce retour dans la salle de bal où Christine réalise à quel point ses souvenirs étaient idéalisés ?

Malgré la construction très séquencée, Duvivier donne à son film un mouvement d’une cohérence parfaite, comme un défilé de fantômes qu’il annonce dès les premières scènes, par une série d’images envoûtantes, d’une grande poésie : les ombres des danseurs qui se dessinent sur les murs, puis ces couples qui se lancent dans une valse intemporelle, avec un ralenti qui crée le trouble.

Un carnet de bal est une merveille, un film inoubliable qui est bien plus d’une suite de moments inoubliables. Ce qu’il est aussi.

La Présidente – de Fernand Rivers – 1938

Posté : 22 février, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, RIVERS Fernand | Pas de commentaires »

La Présidente

Le Ministre de la justice veut faire nommer à Paris le président d’un tribunal de province pour rapprocher la femme de ce dernier, dont il est tombé amoureux. Sauf que la femme dudit président n’est pas vraiment sa femme, mais une actrice. Et que la vraie femme a, de son côté, bien l’intention de tout faire pour obtenir une promotion à son mari…

Ajoutez à ça une jeune fille qui a oublié le français en apprenant l’anglais, un huissier à qui on ne cesse de demander le même travail, un majordome marseillais trop fier de ses origines, des quiproquos qui n’en finissent pas et des portes qu’on ouvre et qu’on claque sans cesse…

Fernand Rivers signe un pur marivaudage, tellement dans l’esprit du théâtre de boulevard qu’on s’attend à entendre les rires des spectateurs. A l’origine, il y a une pièce, bien sûr. Bien sûr, parce que Rivers ne fait pas grand effort pour sortir du canevas bien huilé de cette comédie, avec ses trois actes (et autant de décors), ses tirades en apartés, et ses intonations outrées…

Une fois, quand même, Rivers surprend et séduit, avec ce trucage rigolo montrant la silhouette de la jeune actrice (Elvire Popesco) qui se trimballe en miniature sur le bureau du président, illustration maline du fait que la belle hante ses pensées… Pour le reste, du rythme, des cris, beaucoup de dialogues à double-sens très portés cul, une vision bien lubrique de la politique et de la bourgeoisie, mais rien de très original.

Elvire Popesco est très bien en actrice pas si écervelée, Suzanne Dehelly en fait beaucoup dans le rôle de la vraie femme du président. Mais c’est ce dernier, André Lefaur, qui donne les meilleurs moments, avec sa gueule irrésistible de magistrat dont la dignité en prend un sacré coup…

Coeur de Lilas – d’Anatole Litvak – 1932

Posté : 18 février, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, GABIN Jean, LITVAK Anatole | Pas de commentaires »

Cœur de Lilas

Dès la première scène, on perçoit dans ce film une ambition inhabituelle, et une approche singulière. Tout commence par un long plan qui part d’une colonne de soldats en marche pour s’attacher en route aux jeux d’enfants dans les terrains vagues de la banlieue parisienne, et qui nous amènent tardivement vers un cadavre jeté là…

Après ce début magistral, on n’est pas encore dans le vif du sujet. Suit une longue séquence d’enquête et d’interrogatoire, qui nous mènera à son tour sur les lieux principaux du film, et avec les personnages principaux qui, enfin, entrent en scène. Et quelle entrée en scène !

Ces lieux, on les découvre par de superbes travellings, et un plan en plongée qui dévoile ce quartier crasseux que Fréhel présente avec l’une de ses chansons « réalistes » qui ont fait sa réputation. Les chansons, d’ailleurs, jouent un rôle primordial dans ce film.

On n’est pas dans la comédie musicale, mais à trois reprises, des chansons viennent ponctuer le film. Jamais gratuitement : toujours pour créer le malaise, illustrer les sentiments, ou relancer le suspense. Il y a ainsi cette joyeuse chanson de mariage menée par Fernandel (dans une courte apparition) qui déclenche l’hilarité des convives et sème le trouble chez les jeunes mariés, illustrant par la même occasion la romance contrariée des personnages principaux.

Il y a aussi le fameux « La Môme Caoutchouc », chanson plutôt rigolote que Jean Gabin transforme en menace pesante et impressionnante. Jean Gabin, alors débutant, mais déjà extraordinaire dans le rôle secondaire du mauvais garçon, qui dévore l’écran face à André Luguet, pourtant excellent dans le rôle du flic infiltré dans les bas quartiers pour confondre celle qu’il croit responsable du meurtre.

Elle, c’est la Lilas, que joue Marcelle Romée, actrice au destin tragique (elle mourra cette même année 1932) dont on est incapable de dire si la détresse abyssale de son personnage révèle une actrice exceptionnelle ou une femme abîmée par la vie. Ce personnage dont le premier réflexe après avoir été secourue par André Luguet est de se déshabiller pour s’offrir à son défenseur, sans un mot et résignée…

Il y a dans Cœur de Lilas une audace rare, qui garde 90 ans toute sa puissance. Et si le film reste aussi passionnant, c’est aussi grâce à la mise en scène d’Anatole Litvak, d’une virtuosité et d’un dynamisme tout simplement exceptionnels. Une bagarre incroyable entre Luguet et Gabin dont on ne voit que des ombres et les regards des témoins. Des travellings au plus près de visages qui se tancent du regard. La course désespérée de Lilas et ces visages déformés en surimpression…

Le film est plein de ces moments inoubliables d’une force sidérante. Avec aussi quelques moments d’une beauté simple et poétique : ces allers-retours en bus d’un terminus à l’autre, comme une parenthèse pour deux êtres dont on sait qu’ils n’ont pas d’avenir commun ; le petit matin aux halles, plein de vie et d’espoir… Parenthèse hors du temps dans un film aussi virtuose qu’ancré dans la réalité, avec ces plongées dans la rue qui dévoilent la foule qui se sauve devant une descente de flics, et les prostituées au travail.

La force et la beauté du film sont peut-être le mieux résumés lors de la noce, dans ce douloureux face-à-face entre Marcelle Romée et André Luguet, séparés par la chenille enfiévrée des invités du mariage, et dont tout ce qu’ils auraient à se dire ne passe plus que par les regards. Cœur de Lilas est un film incroyable, exceptionnel et bouleversant.

Tête brûlée (Air Mail) – de John Ford – 1932

Posté : 9 février, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, BOND Ward, FORD John | Pas de commentaires »

Air Mail

Ford ne pouvait pas passer à côté d’un tel sujet : l’aéropostale, ses pionniers, groupe d’hommes prêts à braver la mort pour accomplir leur mission. Le genre de microcosme qui a toujours inspiré le cinéaste, et pas seulement dans ses films sur la cavalerie. La preuve…

Encore que, dans Air Mail, la camaraderie en prend, dans la première partie en tout cas, un sacré coup dans l’aile. Les bravent se crashent dans des séquences spectaculaires et surtout très forte émotionnellement (la première surtout, où le boss vide son pistolet sur son pote, en train de brûler vif, pour lui éviter les pires souffrances…). Restent les salauds.

Parmi les personnages : un pilote étrangement discret, dont on découvre qu’il a autrefois sauté d’un avion en péril en abandonnant tous ses passagers à une mort certaine… Et un nouveau venu, joué par Pat O’Brian (quatre ans avant Brumes, autre film sur le sujet que signera Hawks), frimeur dragueur qui se réjouit de la mort de son rival et se contrefout de ce pour quoi ses partenaires sont prêts à mourir : le courrier.

Durant la première heure, Ford cantonne à peu près son film aux bureaux de l’aéroport en plein désert, huis clos qui met en évidence les amitiés, les tensions, les personnalités de chacun. Des hommes, donc. Les rares femmes sont cantonnées à des rôles de faire-valoir qui collent bien avec le sujet : pas de place pour elles dans cet univers d’hommes entièrement dévoués à leur cause. Pas même pour la jolie Gloria Stuart, nettement plus jeune que dans Titanic (qui lui vaudra une nomination à l’Oscar… 65 ans plus tard).

Ford est aussi inspiré dans ce huis clos que dans la dernière partie, nettement plus épique. Mike, le héros (Ralph Bellamy), est coincé en pleine montagne après un crash. Personne n’est capable de se poser à proximité pour le sauver, aucun pilote, si ce n’est son pire ennemi, Pat O’Brien…

Héroïsme, suspense, rédemption… avec toujours une pointe d’humour très fordienne. Un scénario en or pour le cinéaste, que signe Frank Wead, cet ancien pilote qui écrira aussi le scénario de Brumes, et dont la vie inspirera à Ford son beau L’Aigle vole au soleil.

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