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Archive pour la catégorie '1930-1939'

Au service de la loi (Sergent Madden) – de Josef Von Sternberg – 1939

Posté : 18 avril, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, VON STERNBERG Josef | Pas de commentaires »

Au service de la loi

Le sens du sacrifice, celui de l’écoute, la compréhension, et un cœur gros comme ça… Sternberg n’y va pas avec le dos de la cuillère pour sanctifier les policiers, avec ce portrait d’un petit flic des rues dont le fils tourne mal.

Film à la gloire des forces de l’ordre, Sergent Madden assume complètement ce chant d’amour pour les policiers. « Certains sont durs, d’autres sont plus à l’écoute. Mais la plupart sont de bons flics » lance d’ailleurs le personnage principal, joué par Wallace Beery, très émouvant dans un rôle de bon gars nettement plus complexe et profond que ce qu’il a l’habitude de jouer.

Le simple fait d’avoir réussi ce film est une sorte de miracle. Certes, on n’est pas dans la grande période de Sternberg et de ses très grands chefs d’œuvre de la fin des années 20 et du début des années 30. Marlene est partie vers d’autres cinéastes, et lui a un mal fou à se retrouver. Certes.

Mais malgré tous ses excès, Sergent Madden est un film profondément émouvant. Peut-être parce qu’il parle de sentiments simples et sincères, de liens familiaux, et d’un immense gâchis.

Le film met aussi en scène une étonnante famille recomposée, et les erreurs d’un père bon et aimant, qui croit pouvoir amener son fils naturel sur ses propres traces, et lui faire passer ce goût du sang qui l’habite. Un père qui réalise trop tard que ses vrais héritiers sont les enfants qu’il a adoptés, et pas son fils naturel.

Le style de Sternberg surgit subrepticement à quelques reprises : lorsqu’Eillean (Laraine Day) entre dans une pharmacie et que des ombres se dessinent sur son corps, ou lorsque Denis (Alan Curtis) est coursé par son père (Wallace Beery donc) dans un déchirant face à face.

Le Petit Roi – de Julien Duvivier – 1933

Posté : 14 avril, 2018 @ 8:00 dans 1930-1939, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

Le Petit Roi

Ce n’est pas, loin s’en faut, le plus célèbre des films de Duvivier. Tourné entre son Maigret La Tête d’un homme et le très beau Paquebot Tenacity, et peu avant son impressionnante série de classiques de la deuxième moitié de la décennie, Le Petit Roi a même longtemps été invisible, et du coup totalement méconnu.

Sa redécouverte est un petit choc. Visuellement superbe, le film est aussi d’une grande cruauté. Duvivier y prolonge son étude de l’enfance engagée avec le Poil de Carotte qu’il avait tourné l’année précédente (remake de son propre film muet), et dont il reprend d’ailleurs l’excellent acteur, Robert Lynen. Formidable, ce dernier est aux antipodes des enfants-acteurs tête-à-claque. Son intensité, sa présence émouvante, et sa capacité, à 13 ans, à dévoiler sa part d’ombre, sont impressionnantes. Difficile aussi de regarder le film sans penser au destin tragique de Robert Lynen, qui mourra dix ans plus tard seulement, victime des Nazis…

Tous les comédiens sont d’ailleurs excellents, jusqu’au moindre second rôle, à qui Duvivier, grand directeur d’acteur, donne une puissance rare. C’est le cas de Robert Le Vigan, autre comédien dont la trajectoire sera marquée par la guerre (lui devra s’exiler jusqu’à la fin de sa vie, accusé de collaboration), impressionnant dans une courte scène, en fou symbolisant les souffrances du peuple.

Duvivier, lui, est dans sa veine la plus baroque, apportant une attention toute particulière aux décors et à l’atmosphère de son film, les deux étant pour le coup très intimement liés. C’est frappant dès les premières minutes, qui présentent un pays (imaginaire, mais d’Europe de l’Est vraisemblablement) exsangue, et qui sont dignes du Fritz Lang des années 40, avec ses ruelles vides et menaçantes, sa brume omniprésente, et sa population sous le joug.

Même ambition autour du « petit roi », ce monarque pré-pubère qui vit coupé du monde et des souffrances de son peuple, hanté par le souvenir d’un père tyrannique et d’une mère disparue. Son environnement s’apparente une prison luxueuse et étouffante : le château avec son pont-levis, le lit dont les barreaux semblent se refermer sur l’enfant…

Il y a quelque chose d’intensément cruel dans ce quotidien d’un monarque enfermé dans tous les sens du terme, et qui n’aspire qu’à une vie d’enfant comme les autres. L’histoire (tirée d’un roman de André Lichtenberger) aurait pu donner lieu à un conte de fée un peu niais. Mais Duvivier reste constamment du côté du réalisme. parfois un peu outrancier, certes, mais sans jamais édulcorer la cruauté et la violence des situations. Un grand Duvivier.

La Fin du jour – de Julien Duvivier – 1938

Posté : 31 mars, 2018 @ 8:00 dans 1930-1939, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

La Fin du jour

Duvivier est définitivement grand, et il est au sommet de son art lorsqu’il réalise ce film absolument superbe, mélancolique, drôle et cruel à la fois. En passant d’un sentiment à l’autre dans un même mouvement, commençant une scène dans un tourbillon de légèreté pour la finir sur des abîmes d’ignominie (l’extraordinaire scène de la notice nécrologique, glaçante et bouleversante), Duvivier révèle comme personne la complexité des êtres humains en société.

La Fin du jour raconte l’histoire de vieux comédiens désargentés qui viennent finir leur vie dans une maison de retraite qui leur est réservée. Une sorte de havre pas si paisible où chacun a le temps de ressasser ses succès passés, ses échecs ou ses rancœurs. Mais qu’ils sont vivants ces vieux cabots, qui s’échangent les pires horreurs, mais que l’idée de devoir se séparer entraîne dans un vrai désespoir.

Et quelles gueules ! Quels acteurs ! Duvivier les filme au plus près, révélant dans les recoins de leurs visages abîmés ce passé glorieux ou aventureux. Tous les seconds rôles sont formidables, mais c’est autour de trois personnages que tourne le film, trois personnalités radicalement différentes et complémentaires incarnées par trois acteurs exceptionnels: Michel Simon, Louis Jouvet et Victor Francen.

Jouvet d’abord, que l’on découvre dans la première scène, superbe, montant pour la dernière fois sur scène lors d’une tournée misérable, où une troupe vieillissante continue malgré la fatigue à enchaîner les représentations dans des salles à moitié vide, et les trains à attraper au milieu de la nuit… Magnifique vision désenchantée et pourtant passionnée du théâtre.

Jouvet, terrifiant en bellâtre vieillissant qui se raccroche à sa jeunesse en se prouvant qu’il est toujours le séducteur pour qui des femmes se sont tuées, cabot charismatique mais tellement imbu de son pouvoir de séduction qu’il cherchera à revivre son plus grand titre de gloire… qui n’a rien à voir avec la beauté du texte.

Francen ensuite, d’une dignité magnifique, acteur habité mais sans succès, hanté par ses échecs personnels et professionnels, dont le regard s’illumine de bonheur et de regrets, lorsqu’il est confronté à un jeune homme (François Périer) qui lui donne tardivement ce qu’il a attendu toute sa vie : la reconnaissance de son admiration.

Simon enfin, faux gamin léger et joyeux en apparence, mais dont les pitreries cachent mal la souffrance de la solitude. Un homme seul capable de la plus grande bienveillance et de la pire cruauté, terriblement humain.

Duvivier aime ses personnages mais ne les épargne pas. Il aime leur passion et leurs fêlures. La Fin du jour est l’un de ses plus beaux films, une merveille aux allures de film noir, bouleversante et superbement filmée.

Ex-lady (id.) – de Robert Florey – 1933

Posté : 3 mars, 2018 @ 8:00 dans * Pre-code, 1930-1939, FLOREY Robert | Pas de commentaires »

Ex-lady

Bette Davis en jeune femme qui refuse de se laisser enfermer dans le mariage et qui affiche une liberté presque insolente. Voilà de quoi enthousiasmer tout cinéphile, et rappeler l’esprit que la belle a fait planer sur Hollywood, ce regard incroyable où se lisait un nombre incroyable de pensées à peine voilées.

Dans Ex-Lady, Bette Davis est une femme qui respire l’amour par tous ses pores, et Florey la filme admirablement, soulignant avec élégance les regards à peine appuyés, les gestes suggestifs… Avec un sommet : cette scène où, d’un simple mouvement de la tête, elle invite l’homme qu’elle aime (Gene Raymond, très bien) à la suivre dans un jardin, s’allongeant devant ses yeux incrédules sur un banc à la vue de tous…

On est en pleine période pre-code bien sûr : une telle scène aurait été impensable quelques mois plus tard. Comme il aurait été inimaginable de voir le mari flirter avec une femme (elle aussi mariée), ou la femme se laisser embrasser par un bellâtre trop entreprenant. Même si une voix quasi-off, sans doute ajoutée après le tournage, vient à la dernière seconde remettre un peu de bienséance dans cette ode à la liberté, Florey va quand même très loin dans la déconstruction du mythe absolu du mariage.

Il signe en même temps une critique assez forte de la société patriarcale, avec cette très belle scène où le père très « digne » reproche à sa fille d’avoir couché avec un homme en dehors du mariage, lui-même se promenant avec une femme… qui n’est pas sa légitime.

Pourtant, c’est une très belle histoire d’amour qu’il filme, avec sa délicatesse habituelle et ce sens du détail qui caractérise ses films. Une enseigne lumineuse qui s’allume de l’autre côté d’une fenêtre, et c’est le cadre habituel du studio qui semble éclater. L’ombre chinoise d’un amant qui se découpe sur le mur de la chambre d’une jeune femme, et c’est toute une nuit d’amour que l’on a l’impression d’avoir vue.

Grand cinéaste modeste et oublié, Florey a tourné ce film au débotté, quasiment sans préparation. Ex-lady est pourtant un très beau film, drôle et émouvant, sur lequel souffle un enthousiasmant vent de liberté. Bette Davis n’y est pas pour rien.

Le Jour se lève – de Marcel Carné – 1939

Posté : 14 février, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1930-1939, CARNÉ Marcel, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Le Jour se lève

Gabin, reclus dans sa chambre au sommet d’une tour d’habitation, observe la foule qui se masse pour assister à sa fin. Le regard embué, il se souvient des événements qui l’ont conduit là, vers ce que l’on pressent être ces derniers instants. Gabin, avant guerre, a souvent joué les prolétaires au destin tragique. Il atteint des sommets avec ce chef d’œuvre absolu, d’une beauté et d’une cruauté sidérantes.

Le film, signé par le tandem Prévert-Carné, doit aussi beaucoup aux superbes décors d’Alexandre Trauner (qui a eu l’idée de placer la chambre de Gabin au sommet d’une tour), et à la construction en longs flash-backs. Une construction tellement inhabituelle à l’époque (on est deux ans avant Citizen Kane) qu’un carton placé au début du film prévient les spectateurs de ce qu’ils vont voir.

Cette construction par épisodes souligne le poids du destin, qui prend des visages parfois inattendus. Celui, en l’occurrence, de la trop douce Jacqueline Laurent. Celui, surtout, de l’inoubliable Jules Berry, extraordinaire en salaud si commun. Mais Gabin est-il si innocent, lui qui se laisse manipuler par les événements comme par la vie (travaillant sans se plaindre dans des conditions qu’il sait être fatales pour sa santé), et qui balaye d’un revers de la main la possibilité de bonheur que lui apporte Arletty, autre figure tragique.

Le regard de Gabin, les grands gestes de Berry, la nudité d’Arletty, la rondeur bonhomme de Bernard Blier, la sympathie de la foule pour cet homme condamné… Le Jour se lève donne de l’humanité à la tragédie, de la grandeur à la modestie de ces hommes et de ces femmes. Les dialogues sont magnifiques (« Il vous ressemble, il a un œil gai, et l’autre un peu triste. » « C’est vrai qu’il me ressemble… »), Carné signe l’une de ses plus belles mises en scène (le mouvement de caméra qui monte vers le lieu du drame), et Gabin a rarement été aussi bouleversant. Incontournable, indispensable.

Bedside (id.) – de Robert Florey – 1934

Posté : 28 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Pre-code, 1930-1939, FLOREY Robert | Pas de commentaires »

Bedside

Touche-à-tout bourré de talent, Robert Florey signe un film médical, genre alors en vogue (on se souvient du très beau Night Nurse de Wellman, notamment). Warren William, excellent, y interprète un ancien étudiant en médecine, trop glandeur pour être allé au bout de ses études, qui se laisse convaincre par sa fiancée de reprendre sa dernière année pour passer son diplôme et pouvoir exercer. Pour ça, la belle lui a prêté la somme nécessaire. Sauf qu’avant même de poser ses fesses sur les bancs de l’école, l’apprenti docteur perd tout l’argent au jeu. Et ça, pas question de l’avouer…

On a donc un « héros » qui achète le diplôme d’un ex-toubib drogué, et s’installe sous un faux nom. Incapable d’établir un diagnostic, encore moins d’opérer qui que ce soit, mais franchement très bon dès qu’il s’agit de communication. Si bien qu’en peu de temps, le faux médecin devient, sans avoir touché le moindre patient (pour ça il compte sur son assistant, authentique médecin, joué par Donald Meek), une véritable star de la médecine à New York…

On est loin de Knock dans ce drame qui aborde un sujet grave : l’exercice illégal de la médecine. Plus largement, le film évoque l’impasse dans lequel s’engouffre le personnage de Warren William, enfermé dans une mécanique de mensonge et d’égocentrisme. On peut douter de la morale finale, mais Bedside est un film assez emballant, qui aurait été très différent s’il avait été tourné quelques mois plus tard : le code Hayes n’était pas encore appliqué avec rigueur, et on pouvait encore filmer une relation extra-conjugale, ou un ancien médecin accro à la morphine.

Ce dernier, joué par David Landau, a droit à une poignée de séquences étonnantes : lorsque la caméra, qui illustre son état de manque, le filme dans un gros plan qui déforme son visage, esthétique qui semble sortie d’un film d’épouvante. Le genre est également effleuré dans le laboratoire de Donald Meek, où l’acteur est filmé comme un savant fou travaillant à ressusciter les morts (avec des électrochocs, en fait). Une approche esthétique qui tranche avec le contexte réaliste de l’histoire, donnant un ton particulier au film.

La Dame en rouge / La Femme en rouge (The Woman in red) – de Robert Florey – 1935

Posté : 22 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1930-1939, FLOREY Robert, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

La Femme en rouge

Ah ! l’univers des propriétaires de chevaux. Bien sympas, ces riches oisifs, et souriants avec ça. Mais quand une simple palefrenière ose épouser le fils d’une famille de nouveaux riches, sur lequel sa patronne avait des vues, il ne faut pas longtemps pour que le vernis ne craque.

Dans les premières minutes pourtant, on craint d’assister à l’une de ces bluettes légères et bienveillantes dans la haute société. Mais non : le film de Florey n’épargne pas grand-chose à cette société de riches oisifs, à la fois hautains, manipulateurs, cyniques, revanchards… Bref, odieux. Et dans le rôle de la pétasse en chef, Genevieve Tobin est parfaite : plus elle est souriante (et elle l’est), plus elle est odieuse.

Mais sa cible préférée a du panache : c’est Barbara Stanwick, forcément formidable. En un regard, elle rappelle à quel point elle est une actrice géniale : alors qu’elle joue la légéreté face aux déclarations de son prétendant (Gene Raymond), elle réalise soudain que les mots d’amour qu’elle entend ne sont pas feints, et qu’elle-même est amoureuse. Cette prise de conscience, que Barbara Stanwick joue d’un simple regard, est magnifique.

Comme elle est magnifique quand elle comprend le scandale dont elle va inévitablement être victime lorsque tout part de travers sur le yacht où elle avait accepté de monter pour aider un ami ; ou quand elle se dresse enfin face au « clan » familial de son mari, des vieux types franchement détestables arc-boutés sur leurs fausses valeurs…

En à peine plus d’une heure, Florey boucle un film particulièrement riche, qui commence comme une simple romance avant de virer vers le mélodrame, pour se terminer par une longue séquence de procès. C’est fort bien réalisé, mené à un rythme impeccable, et il y a Barbara, ballottée d’un sentiment à l’autre. Une réussite, donc.

Le Coupable – de Raymond Bernard – 1937

Posté : 17 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1930-1939, BERNARD Raymond | Pas de commentaires »

Le Coupable

Eh bien me voilà en larmes, après avoir vu ce très beau film de Raymond Bernard, cinéaste alors au sommet. C’est pourtant un film très original, et même déroutant par moments, que signe le réalisateur des Croix de Bois. Un mélodrame au pitch incroyable, qui épouse tous les soubresauts et les bouleversements du début du 20e siècle), mais qui s’autorise quelques passages proches de la farce, pour le moins inattendus.

Jérôme (Pierre Blanchar) et son père autoritaire (Gabriel Signoret) qui avancent péniblement sur des patins pour ne pas salir le plancher est déjà une image étonnante dans un tel contexte dramatique. Mais le plus surprenant, c’est peut-être la longue séquence du procès, où l’émotion la plus rude et l’humour s’entremêlent avec une totale décomplexion, et un naturel désarmant.

Il n’y a pourtant pas franchement de quoi rire avec cette histoire d’un homme qui profite de la guerre pour abandonner la femme qu’il aime et qui attend un enfant de lui, et qui retrouve ce dernier des années après dans le box des accusés, lui-même étant le procureur général chargé de demander sa tête. Une histoire bien lourde, digne des pires mélos américains des années 50 (on n’est pas loin de celle de Madame X), et qui se révèle ici simplement magnifique.

Dès les premières images, le sens de la composition et du mouvement de Raymond Bernard sautent aux yeux. Le film est, visuellement aussi, très beau. Il est aussi parfaitement juste. Madeleine Ozeray, beauté tragique, est une superbe incarnation du bonheur perdu. Quant à Pierre Blanchar, à quelques trémolos près lors de sa grande plaidoirie, il est assez formidable en faux salaud plombé par sa propre faiblesse, toujours dans une belle réserve.

Le film témoigne d’une grande empathie pour ces personnages imparfaits, mais qui sont surtout victimes de règles trop rigides et inhumaines. La droiture très discutable du père de Jérôme, le centre pénitentiaire où grandit le gamin, l’impossibilité de se réinsérer dans une société arc-boutée sur ses principes, le ridicule d’experts auto-proclamés… Raymond Bernard n’épargne en revanche pas tous ceux qui représentent la société établie.

Tourné en plein Front Populaire (c’est même le premier tournage avec le nouveau code du travail, aux studios de Billancourt), le film penche ouvertement du côté des modestes, et de la liberté individuelle. Il lance même un appel plein d’humour mais vibrant pour le droit de vote des femmes, qui n’arrivera que dix ans plus tard.

L’Homme que j’ai tué (Broken Lullaby) – de Ernst Lubitsch – 1932

Posté : 6 décembre, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, LUBITSCH Ernst | Pas de commentaires »

L'Homme que j'ai tué

Film méconnu de Lubitsch, et film magnifique que cette adaptation de la pièce pacifiste de Maurice Rostand (dont François Ozon s’inspirera pour Frantz), que le cinéaste s’approprie totalement pour en faire une œuvre très personnelle. L’histoire commence le 11 novembre 1919, un an après la fin de la première guerre mondiale. Le film, lui, est tourné un an avant l’accession de Hitler au pouvoir. L’écho entre ces deux époques est évident : Lubitsch, juif allemand exilé aux Etats-Unis, porte un regard désabusé sur cette tradition de la haine qui survit à 9 millions de morts, et qui en annonce d’autres.

Contrairement à To be or not to be, Lubitsch n’aborde pas ce sujet brûlant sous l’angle de la comédie, même si la manière dont il filme les habitants de cette petite ville allemande a ce petit quelque chose, cette vivacité presque burlesque, qui rappelle les meilleures comédies du cinéaste. Mais la séquence d’ouverture, rapide et virtuose, donne un tout autre ton, notamment ce plan formidable montrant le glorieux défilé militaire du point de vue d’un vétéran amputé d’une jambe. Il y a d’emblée une succession de plans d’une incroyable puissance qui se répondent pour dire mieux que de longs dialogues l’état de la France victorieuse.

Et c’est ainsi qu’on découvre le « héros » : dans une église qui s’est vidée pour ne laisser qu’une forme discrète entre deux bancs. La caméra se rapproche, pour filmer en gros plans deux mains jointes en prière, celles d’un jeune homme hanté par le regard du soldat allemand qu’il a tué, et dont il décide d’aller voir les parents en Allemagne pour implorer leur pardon…

Comme souvent chez Lubitsch, les gros plans sont particulièrement importants dans ce film. C’est également par ses mains dignes et fatiguées que l’on découvre la mère du jeune Allemand tué. A l’inverse, c’est l’indécence du coquet qui remonte ses jambes de pantalon qui dit tout le ridicule et la mesquinerie de ce notable qui veut épouser Elsa, la jolie fiancée de l’Allemand mort dans les tranchées. Elsa, elle, tombera comme ses « beaux parents » sous le charme du Français, Paul, désormais incapable d’avouer son crime.

Déchirant et engagé, Broken Lullaby n’est jamais pesant ou sinistre. Et c’est bien un film plein de vie, qui parle de la mort, que signe Lubitsch. Un film plein d’idées géniales qui pourraient venir d’une comédie, comme cette marche romantique des amoureux à travers la ville, au son des « ding » des portes de magasins qui s’ouvrent les unes après les autres à leur passage, ou encore cet unijambiste qui se lève pour serrer la main du vieil homme qui en termine avec la haine dans un discours d’une justesse et d’une force rares : c’est le grand Lionel Barrymore, dans le rôle du père en deuil qui renoue avec la vie.

Ce retour à la vie se fait aussi en musique, dans une dernière scène totalement apaisée où la caméra de Lubitsch, désormais, se pose et reste fixée sur les vieux époux enfin réconciliés avec la vie. Un long plan dont la sérénité répond au fracas et à la virtuosité de la séquence d’ouverture. Il y a certes du cynisme derrière cette paix retrouvée, qui ne repose que sur un mensonge, mais il y a aussi le choix de l’espoir. Et c’est absolument magnifique.

The Count of the old town (Munkbrogreven) – de Edvin Adolphson et Sigurd Wallen – 1935

Posté : 14 novembre, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, ADOLPHSON Edvin, WALLEN Sigurd | Pas de commentaires »

The Count of the Old Town

C’est un film relativement important dans l’histoire du cinéma suédois. Pas tant pour ses qualités intrinsèques, que pour la présence d’une toute jeune demoiselle nommée Ingrid Bergman, qui fait ici ses premiers pas devant une caméra. Elle y est d’ailleurs charmante, souriant beaucoup et sans arrière-pensée face à l’amour qui se présente à elle sous les traits d’un homme mystérieux…

L’histoire se déroule dans la « vieille ville » de Stockholm, un quartier pas franchement mal famé, mais très populaire, devant la caméra des deux réalisateurs (qui tiennent aussi deux des rôles principaux) qui choisissent l’angle de la comédie. Certaines images, certaines situations, soulignent bien la précarité de ces hommes sans travail, qui trompent l’ennui dans l’alcool, qu’ils passent la plus grande partie de la journée à essayer de trouver, et de déguster à l’abri des regards de la police, omniprésente.

C’est dans ce contexte que débarque un étranger qui semble cacher un secret. Serait-ce le voleur de bijoux qui sévit depuis des mois ? C’est la question que se posent les habitants du quartier, sans trop se prendre la tête sur le sujet. Car l’étranger, en plus d’être un camarade franchement sympathique, semble distribuer les coups de pouce autour de lui : un tuyau gagnant sur une course pour l’un, un boulot stable pour l’autre… et l’amour pour Ingrid dont les grands yeux succombent dès le premier regard.

Tant pis pour la dimension sociale, qui ne va jamais bien loin : The Count of the old town est une œuvrette légère et agréable, à défaut d’être hilarante ou révolutionnaire. Et puis les images sont belles, avec un soin apporté à chaque plan, particulièrement bien construit. On sent que les réalisateurs se sont appliqués pour chacun de ces plans, sans réussir toutefois à créer une vraie fluidité. D’où l’impression, par moments, de feuilleter un storyboard plutôt que de regarder un film totalement abouti. Mais tout ça se voit avec un certain plaisir.

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