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Archive pour la catégorie '1930-1939'

La Tête d’un homme – de Julien Duvivier – 1933

Posté : 20 mai, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, DUVIVIER Julien, Maigret | Pas de commentaires »

La Tête d'un homme

« Et la nuit m’envahit… Tout est brumeux, tout est gris… » C’est Julien Duvivier lui-même qui a écrit les paroles de cette complainte envoûtante, que chante Damia, et qui scande cette adaptation d’un Maigret, créant d’emblée une atmosphère digne de celle de Simenon.

Ce n’est pas la moindre qualité de cette adaptation merveilleuse, qui surclasse encore les deux premiers Maigret au cinéma, sortis l’année précédente (La Nuit du carrefour et Le Chien jaune). Chez Duvivier, comme chez Simenon, l’intrigue elle-même est un prétexte pour saisir la réalité de personnages hantés par leurs démons. Pas de faux suspense d’ailleurs ici : Duvivier l’évacue rapidement en exposant tous les éléments de l’intrigue, ou presque, dès la première séquence.

Film d’atmosphère, film de personnages, La Tête d’un homme bénéficie de la présence d’Harry Baur, qui livre une superbe incarnation de Maigret, personnage décidément bien servi au cinéma. C’est aussi l’œuvre d’un grand cinéaste qui signe un pur film de mise en scène. De la scène du « cambriolage » à la séquence finale où la folie du personnage d’Inkijinoff éclate, le film regorge d’images d’une grande force visuelle.

Une scène, qui semble plus anodine, souligne bien l’ambition esthétique de Duvivier : celle du policier filmé en plan fixe sur un changeant, ses interlocuteurs et les décor en fond se succédant. Procédé rarement utilisé, qui donne une grande fluidité à ce passage qui aurait si facilement pu être conventionnel.

La Tête d’un homme, c’est aussi un grand film sur la violence de la société, violence physique et morale, avec des visions crues de la prostitution, du sexe et de la folie des hommes. De la solitude aussi, omniprésente. Celle de Radek bien sûr (Inkijinoff), mais aussi celle de ce couple sans amour, et celle du faux coupable, méchant tout désigné avec ses mains immenses, rejeté par tous, même par ses parents. Un grand film cruel.

La Courtisane (Susan Lenox (her fall and rise)) – de Robert Z. Leonard – 1931

Posté : 4 mai, 2019 @ 8:00 dans * Pre-code, 1930-1939, LEONARD Robert Z. | Pas de commentaires »

La Courtisane

Greta Garbo et Clark Gable, deux immenses stars, deux monstres sacrés symboles de deux âges d’or d’Hollywood, que la MGM réunit pour l’unique fois de leur carrière. Sur le papier, ça fait rêver. A l’écran, ça ne fait pas vraiment des étincelles. Comme les deux personnages qui passent une grande partie du film à passer l’un à côté de l’autre, les deux stars, si glamours soient-elles, échouent à former l’un de ces couples mythiques qui font la grandeur d’Hollywood.

A quoi est-ce dû ? A l’incompatibilité de jeu entre ces deux monuments, représentant chacun une époque bien différente de l’autre ? Ou plutôt à la mise en scène tantôt très inspirée tantôt un peu lâche, pas aidée par un montage trop serré qui ne rend pas hommage à l’ampleur de la destinée humaine qui se joue. Comment résumer en moins d’une heure vingt des mois, voire des années de drame ? A l’impossible, nul n’est tenu, en tout cas par Leonard, cinéaste inégal.

Inégal, il l’est ici aussi, avec une seconde moitié trop relâchée pour être vraiment émouvante, et une premier parsemée de moments absolument magnifiques. Les premières minutes notamment, font partie de ce que Robert Z. Leonard a fait de plus beau, de plus audacieux, et de plus fort : la naissance et la jeunesse du personnage de Garbo, résumé par un enchaînement d’ombres portées sur un grand mur vide. Du grand art, pour une séance superbe qui se termine par l’ombre du profil très reconnaissable de la Divine.

Promise à un mariage dont elle ne veut pas (avec Alan Hale), la jeune s’enfuit et se réfugie chez Clark Gable, qui la prend sous son aile avant de tomber amoureux. Mais le destin s’en mêle, et sépare les deux amants, qui s’enfoncent l’un et l’autre très profondément dans une spirale d’incompréhension et de rancœurs. Un peu trop d’ailleurs : Garbo passe son temps à tenter de reconquérir ce crétin de Gable trop fier, trop aveugle, trop con pour faire simple, pour simplement essayer de l’écouter.

Garbo est superbe dans ce film, tourné la même année que Mata-Hari ou le très beau L’Inspiratrice. Parfaite, et toute en nuances, face à un Clark Gable très charismatique mais qui pour le coup, en manque singulièrement (de nuances).

King Kong (id.) – de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack – 1933

Posté : 27 avril, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, COOPER Merian C., FANTASTIQUE/SF, SCHOEDSACK Ernest B. | Pas de commentaires »

King Kong

Classique d’entre les classiques. On a tout dit de ce monument du film de monstre, maintes fois copié, jamais égalé. On a dit que c’était un chef d’œuvre, et on a eu raison. On a dit que la tension y était parfois insoutenable, et on encore eu raison. On a dit que les effets spéciaux n’avaient pas pris une ride, et… bon, faut reconnaître qu’on s’est un peu trop laissé emporter par son enthousiasme, pour le coup.

L’animation image par image a, avouons-le, pris un petit coup de vieux. Les mouvements saccadés du roi Kong, les drôles de mouvement de ses poils, les transparences approximatifs… Je ne veux pas verser dans la polémique (ou peut-être que si, en fait), mais Peter Jackson a fait nettement mieux dans son remake. Côté effets spéciaux. Avec les CGI et toutes les technologies les plus modernes à son service. Bref, son Kong est plus fluide, plus chiadé, plus vrai. Reste une question en suspens : et alors ?

Parce que même si les effets spéciaux ont vieilli, même si on sait reconnaître les trucages au premier coup d’œil, ce King Kong originel reste un chef d’œuvre, d’une efficacité absolument imparable. Un film tellement bien fichu, au rythme tellement imparable, que même après une poignée de visions, on continue à s’interroger sur ce qui se trouve derrière ce fichu mur de Skull Island, on continue à pester contre cette Ann Darrow qui reste obstinément appuyée contre ce bastingage…

Ann Darrow : le rôle de toute une vie pour Fay Wray, déjà très bien dans La Chasse du Comte Zaroff (même période, même réalisateur, mêmes décors, même réussie), qui accède ici au statut infini de scream queen définitive, actrice capable de faire exister un personnage en passant une bonne partie du film à hurler. La première d’une longue série, jamais dépassée comme on dit.

Bien sûr, l’animation de Kong et des autres bestioles de cette île pas franchement paradisiaque continue à impressionner (on est en 1933, quand même). Mais ce qui marque surtout dans ce film, c’est de voir comment ces trucages sont insérés dans le récit. Contrairement à des tas de séries B (C, voire Z) à suivre, les scènes de monstres ne coupent jamais la narration, mais s’inscrivent dans l’action, avec une fluidité remarquable.

Même réussite impressionnante dans les séquences d’exposition à New York, dans les scènes sur le bateau, ou bien sûr dans l’impressionnante conclusion au sommet de l’Empire State Building, scène mythique où le spectaculaire et le tragique sont intimement liés. La réussite du film tient aussi à ce curieux mélange des émotions qu’inspire Kong, entre peur et tristesse. Mine de rien, Cooper et Schoedsack signent une peinture au vitriol de l’humanité toute entière.

Le regard de ce Kong n’est-t-il pas plus humain que toutes les poses du réalisateur-vedette qui jamais ne se remet en question ? Toutes ses victimes en font-elles vraiment un monstre, lui qui, finalement, n’a rien demandé à personne ? King Kong est aussi un film sur la différence et le respect de l’autre. Un chef d’œuvre, oui, mais un chef d’œuvre riche et complet.

Trois camarades (Three comrades) – de Frank Borzage – 1938

Posté : 14 avril, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

Trois camarades

Confrontée aux chaos de l’époque (l’Allemagne des années 1920), les trois amis du titre n’échapperont pas aux tragédies, pas plus qu’ils n’apaiseront la société torturée dans laquelle ils vivent, ou n’éviteront le drame mondial qui se profile. Pourtant, et c’est toute la magie de Borzage, il se dégage de ce film dur et bouleversant une sorte d’optimisme intangible, mais bien réel.

Peut-être cet optimisme repose-t-il sur la camaraderie sans faille qui unit ces trois hommes (Robert Taylor, Robert Young et Franchot Tone) et cette jeune femme qui épouse l’un d’eux tout en complétant merveilleusement ce petit groupe. Sur le fait que ces humanistes, tous pacifistes à leur propre manière, restent constamment fidèles à leurs convictions profondes. Et sur la solidité à toute épreuve des sentiments, que la mort même ne peut pas remettre en question, ni même faire vaciller.

Oui, c’est du Borzage dans ce que cela peut avoir de plus pur et de plus beau. Une sorte de chaînon manquant entre Seventh Heaven et The Mortal Storm pourrait-on dire, même si le film fait partie d’un triptyque cohérent et sublime avec ce dernier et Little Man what now ?, où c’est l’apparition du Nazisme que filme Borzage à travers le triple destin de Margaret Sullavan, actrice magnifique de ces trois films.

Film typiquement borzagien donc, où une voiture est personnifiée comme le taxi de L’Heure suprême, où la pureté des sentiments a quelque chose de profondément mystique, et où le lyrisme contrebalance les remous impitoyables de l’histoire. On y est directement ici, avec cette histoire de trois vétérans de la Grande Guerre qui décident de prolonger dans la vie civile cette fraternité qu’ils ont trouvée sur le front.

Borzage est génial lorsqu’il s’agit de faire ressentir la vérité des personnages et de leurs sentiments. Il l’est tout autant lorsqu’il filme une époque, avec des images qui peuvent sembler caricaturales (le Paris de L’Heure suprême) mais qui, au contraire, concentrent la substantifique moelle de l’époque. Three comrades, chef d’œuvre intemporel, n’est pas un film qu’on peut qualifier de réaliste. Il s’en dégage pourtant une vérité bouleversante.

Daïnah la métisse – de Jean Grémillon – 1932

Posté : 6 avril, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, GRÉMILLON Jean | Pas de commentaires »

Daïnah la métisse

Sur un bateau de croisière au milieu du Pacifique, une jeune femme, métisse à la beauté insolente, s’amuse de l’effet qu’elle produit sur les hommes. « Le plus important, c’est l’amour » lui répètent-ils. « La seule chose qui compte, c’est d’être désirée », rétorque-t-elle.

Un soir, elle rencontre l’un des mécaniciens du bateau, rencontre inattendue entre cette femme du monde belle et moderne, désirée par tous, et ce rustaud sans manière. Rencontre dont on pressent vite qu’elle va mener au drame.

Ce petit film de jeunesse de Jean Grémillon (48 minutes, pas plus) est déjà une grande réussite, troublante et passionnante. L’atmosphère doit beaucoup au fait que le bateau est au milieu de l’océan, dans une sorte d’entre-deux, loin de toute terre.

Et c’est comme si la loi et les règles morales de la société de la société ne s’appliquaient plus, comme si tous se déshumanisaient. A l’image de cet envoûtant et très macabre bal des masques, au milieu duquel Daïnah (Laurence Clavius) semble perdue, oppressée, et qui la pousse vers ce destin tragique qui prend la forme du mécanicien, joué par Charles Vanel, parfait comme toujours.

On est marqué aussi par la froideur des personnages, cette manière si détachée d’affronter les crises, ou d’accueillir le pire des drames. Le personnage du mari surtout (Habib Benglia), magicien taiseux et grand lecteur, est particulièrement intriguant. Le fait qu’il soit noir (comme le titre du film d’ailleurs) n’est pas anecdotique : sa couleur de peau en fait la cible de tous les cancans de cette micro-bonne société improvisée. « Magie noire », « mari cruel »… Les rumeurs vont bon train.

La dernière image de ce film beau et angoissant vient balayer doutes et rumeurs d’un revers cinglant. Et fait éclater l’émotion qui, jusqu’à présent, était étrangement tenue à distance.

La Grande Ville (Big City) – de Frank Borzage – 1937

Posté : 27 mars, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

La Grande Ville

Borzage fait ses débuts à la MGM avec ce film à la fois très beau et entre deux eaux. Le générique de début avec ses dessins d’animaux, le ton des premières scènes, l’humour que l’on retrouve tout au long du film jusqu’à une dernière séquence de bagarre homérique et parodique (mettant en scène des tas de vraies gloires de la boxe, dont Jack Dempsey)… Tout indique la volonté de produire une comédie, un an après le succès de Désir.

Mais Big City n’est une comédie qu’en partie. Lorsque Borzage filme avec gourmandise les bonheurs simples de la vie conjugale, en particulier dans les premières séquences. Lorsqu’il met en valeur la solidarité des petites gens aussi, avec cette bonté extrême et ce sens de l’entraide qui semblent tout droit sortis d’un film de Frank Capra. Ou lorsqu’il Filme Guinn Williams vidant d’un coup une bouteille de lait (dur métier d’acteur).

Le fond, pourtant, est sombre. Luise Rainer, actrice à la carrière éclaire (deux Oscars, trois ans au sommet… et 70 ans d’oubli jusqu’à sa mort à 104 ans), absolument irrésistible, joue une immigrée qui, à six semaines d’être naturalisée américaine, se voit menacée d’expulsion à la suite d’un faux attentat dont son frère a été victime, en pleine guerre entre des taxis indépendants et une grande compagnie qui veut imposer son monopole.

Ce thème de l’affrontement des indépendants solidaires et de la grosse boîte inhumaine est lui aussi très proche des films de Capra de cette époque. Mais c’est ce personnage d’immigrée parfaitement intégrée et sur le point d’être expulsée qui donne les plus belles scènes du film. Borzage, humaniste, filme ce destin contrarié par l’infernale administration, comme il filmait les laissés-pour-compte abîmés par le capitalisme dans Man’s Castle. La séquence sur le bateau est particulièrement forte.

La présence de Spencer Tracy semble d’ailleurs toute naturelle, même si son personnage est très éloigné de celui de Man’s Castle. La séquence d’ouverture, fausse rencontre du chauffeur de taxi et de celle dont on ne sait pas encore qu’elle est sa femme, apparaît d’ailleurs comme un clin d’œil à sa première rencontre avec Loretta Young dans le film précédent. Mais là, Borzage ne filme pas un coup de foudre : il filme un amour tendre et intense. Et c’est tout aussi beau.

Betsy (Hearts divided) – de Frank Borzage – 1936

Posté : 26 mars, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

Betsy

De tous les films de commande qu’a réalisés Borzage durant cette décennie, celui-ci est, sur le papier, loin d’être le plus excitant : une romance sur fond historique, où Dick Powell interprète le frère de Napoléon ? Ouh là… Les premières minutes ne rassurent pas des masses, avec ces décors en carton-pâte et ces quelques mots français glissés à droite à gauche.

Mais que voilà une jolie surprise ! Des dialogues plutôt brillants, une légèreté de ton, et ce romantisme qui emporte tout sur son passage… Hearts divided est au final un charmant film. Pas le plus personnel de Borzage, bien sûr, mais une comédie romantique pleine d’esprit et de rythme, à laquelle le réalisateur apporte sa légendaire foi en l’amour.

Du coup, le film prend de sacrés libertés avec la vérité historique. Mais qu’importe, si cette liberté donne lieu à un superbe plan où deux amoureux courent l’un vers l’autre de part et d’autre d’un mur… Les historiens feront la fine bouche devant ce grand empereur (joué par Claude Rains) appelé par sa maman à retrouver son cœur d’enfant. Les romantiques et les cinéphiles retiendront plutôt ces face-à-face si justes et si beaux entre Dick Powell et Marion Davies.

La protégée de William Randolph Hearst a plutôt mauvaise presse depuis Citizen Kane. Mais l’actrice vaut bien mieux que l’image de potiche sans talent qu’en a donné Welles (lui-même reconnaîtra d’ailleurs bien plus tard que le personnage censé s’inspirer de Marion Davies était très éloigné de la réalité). Sa manière de lancer « How dare you » avec un petit sourire est irrésistible.

Ce n’est certes pas un Borzage majeur, mais il y a des tas de jolies trouvailles dans cette petite comédie en costumes. La manière dont le frère de Napoléon, qui se fait passer pour un professeur de français, déclare son amour en conjuguant le verbe « aimer » en français ; la caution comique des trois prétendants de la belle, assez réjouissants…

On se moque totalement du contexte (Napoléon qui veut vendre la Louisiane au prix fort pour financer sa guerre contre les Anglais) bien sûr. Ce qui compte ici, comme toujours chez Borzage, c’est l’amour, et le joyeux désordre qu’il amène dans les choses bien établies. Y compris l’histoire de France et des Etats-Unis, pour le coup…

Law and order (id.) – d’Edward L. Cahn – 1932

Posté : 25 mars, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, CAHN Edward L., WESTERNS, Wyatt Earp / Doc Holiday | Pas de commentaires »

Law and order

C’est avec une certaine excitation que je me suis plongé dans ce western des premiers temps du parlant, film auréolé d’une réputation assez exceptionnelle auprès des amoureux du genre, notamment aux Etats-Unis. Law and order est-il vraiment ce chef d’œuvre précurseur, qui surnage dans une décennie (les années 30, donc) aussi riche quantitativement que pauvre qualitativement pour le western (jusqu’en 1939, année de la renaissance du genre) ? Eh bien oui et non.

Non, parce que cette variation sur le thème de Wyatt Earp et du règlement de compte à OK Corral (le nom du héros est changé, pas celui du lieu) manque singulièrement de rythme, et reste typique de cette époque sur bien des points, qui tiennent en partie aux difficultés techniques encore rencontrées pour les tournages en extérieur, et à une utilisation très plate du son. Oui, parce qu’il y a là dedans des tas d’idées fortes et originales, qui gardent toute leur singularité près de neuf décennies plus tard.

La démarche hésitante de voyageurs qui viennent de passer des heures à cheval, les quatre amis qui font leur toilette ensemble dans le même récipient, et qui partagent le même lit, un homme qui vérifie sous un matelas qu’il n’y a pas de cafard… Des détails inhabituels qui donnent au film des accents de vérité, et une profondeur exceptionnelle. Difficile de dire à qui on doit ces idées… mais c’est le genre de détails qu’on attribuerait volontiers à John Huston, qui signe l’adaptation du roman original.

C’est l’un des premiers jobs du fiston Huston, qui doit sans doute beaucoup à cette époque à son père Walter, star de ce Law and Order. Il est d’ailleurs excellent, Walter Huston, sombre et taiseux. Avec ses trois comparses (parmi lesquels Harry Carey, qui impose une présence formidable), l’acteur crée une imagerie westernienne qui fera date, jusqu’à aujourd’hui : la manière dont Cahn les filme se mettant en marche vers le règlement de compte final sera repris un nombre incalculable de fois, jusqu’à La Horde sauvage ou Wyatt Earp.

Cette séquence du règlement de comptes est une réussite, qui synthétise à elle seule toute la rudesse, la brutalité et la vérité du film, dans une explosion de violence sèche et impressionnante. La mise en scène d’Edward L. Cahn, réalisateur prolifique qui n’a pas laissé une empreinte très marquante dans l’histoire, est pour beaucoup dans ces qualités, avec ses beaux mouvements de caméra, au plus près de visages marqués et passionnants.

Le film prend de grandes libertés avec l’histoire, et avec le mythe de Wyatt Earp. Le personnage de Doc Holliday a notamment disparu, remplacé par celui de Harry Carey qui n’a pas grand-chose à voir. Le plus célèbre tuberculeux du western est quand même rapidement évoqué sous la forme d’un clin d’œil au début du film, avec ce personnage de Mexicain à la toux inquiétante.

Outre la présence remarquée d’un tout jeune Andy Devine, rigolo dans le rôle d’un pauvre type « fier d’être le premier à être pendu légalement », le film est aussi marqué par le petit rôle (non crédité) de Walter Brennan, dont l’histoire avec Wyatt Earp est loin d’être terminée, puisqu’on le retrouvera quinze ans plus tard dans My darling Clementine, authentique chef d’œuvre cette fois.

Le Destin se joue la nuit (History is made at night) – de Frank Borzage – 1937

Posté : 24 mars, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

Le Destin se joue la nuit

Une jeune femme quitte son mari, riche armateur paranoïaque et tyrannique, persuadé qu’elle le trompe. Pour établir sa faute, il lui tend un piège, mais la jeune femme est tirée d’affaires par un inconnu. Forcément, ces deux là tombent éperdument amoureux l’un de l’autre.

On est chez Borzage, et l’amour est au cœur de tout, toujours pour le meilleur. D’ailleurs, si le film démarre plutôt mollement, laissant craindre un instant qu’il ne s’agisse que d’une commande pour un réalisateur qui aurait filmé ça à la légère, une scène vient rapidement nous rassurer : celle du premier baiser, d’une beauté toute borzagienne.

Il n’en fait pas trop, le plus romantique des cinéastes : juste un plan moyen sur deux visages qui se rapprochent, ceux de Jean Arthur et de Charles Boyer, rien de plus. Et c’est magnifique. Borzage a ce talent incroyable de créer du mouvement et de la vivacité, et de tout mettre entre parenthèse l’espace d’un instant de beauté pure. Le miracle se produit ici, encore et toujours.

Ample et généreux, le film n’en finit pourtant pas de surprendre, tant il joue sur différents registres. La romance bien sûr, avec ce couple inédit, improbable (la très Américaine interprète des films de Capra, face au plus élégant des frenchies) et séduisant. Mais aussi le suspense, avec ce mari jaloux et machiavélique. Et même le film catastrophe, avec un final comme un hommage à la tragédie du Titanic, 25 ans plus tard.

Ce n’est certes pas le plus abouti de ses films : ni le plus émouvant, ni le plus euphorisant, ni même le plus juste socialement. Mais Borzage réussit des tas de belles scènes, associant des éléments de comédie et de drame comme il mélangerait les ingrédients d’une recette, avec la même gourmandise que ce personnage de chef cuisinier, César (Leo Carillo), meilleur ami de Boyer et ressors comique inépuisable dans les cuisines de différents restaurants.

Avec ses allers-retours entre Paris et New York, ce Borzage est une gourmandise généreuses et fort séduisante. Une sorte d’hommage à ce fameux charme français qu’incarne parfaitement Boyer, nettement plus sincère et vibrant que la vision qu’en donnait Borzage dans Ils voulaient voir Paris.

Désir (Desire) – de Frank Borzage – 1936

Posté : 19 mars, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, BORZAGE Frank, COOPER Gary, DIETRICH Marlene | Pas de commentaires »

Désir

Marlene Dietrich a beau avoir affirmé, des années après, que Borzage était bien le réalisateur de Désir, l’ombre de Lubitsch, producteur et réalisateur probable de certaines scènes, plane d’une manière très insistante sur cette comédie romantique sophistiquée et pleine de folie, description qu’on attribue plus volontiers au réalisateur de L’Eventail de Lady Windermere qu’à celui de L’Heure suprême.

Qu’importe finalement, si le film est l’œuvre d’un immense cinéaste… ou d’un autre immense cinéaste. Disons que c’est l’œuvre commune de deux immenses cinéastes, et que même si le film peut sembler mineur dans l’une ou l’autre de leurs filmographies, le plaisir qu’on y prend est immense.

C’est en tout cas une date pour Marlene Dietrich, qui venait tout juste de rompre avec son tout puissant pygmalion Von Sternberg, qui retrouve son partenaire de Morocco Gary Cooper, et qui s’impose pour la première fois comme une grande actrice de comédie, genre que sa carrière américaine ne lui avait encore jamais donné l’occasion d’aborder.

Est-ce un don inné, ou une sorte de naturel auquel elle peut enfin laisser libre court ? La star est absolument formidable dans le rôle de cette voleuse de haut rang qui rencontre un brave type sur la route de ses premières vacances depuis des lustres. C’est le genre de comédies auxquelles on n’associera jamais ni Borzage, ni Dietrich : pleines de rythmes et de folies, de quiproquos et de rebondissements.

Entre romance et aventures, c’est une charmante comédie, bien moins innocente qu’elle n’y paraît. Toute en suggestion, même : dans cet Hollywood dominée par la bien-pensance du code Hayes, il fallait des trésors de suggestion pour évoquer la rencontre de ces deux monstres sacrés, dominée par une tension sexuelle qui ne reste pas à l’état de fantasme. Il suffit de draps froissés, d’allures débraillées et de regards langoureux pour raconter, mieux que n’importe quelle image illustrative, la nuit de passion que ces deux-là viennent de vivre.

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