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Archive pour la catégorie '2010-2019'

Ready Pleayer One (id.) – de Steven Spielberg – 2018

Posté : 2 octobre, 2021 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Ready Player One

Roi du pop-corn movie ou grand auteur… Spielberg ne choisit pas. Sa filmographie témoigne même d’une envie folle de passer d’un extrême à l’autre, particulièrement ses dernières années : Le BGG succède au Pont des EspionsReady Player One succède à Pentagon Papers. Deux cinémas qui semblent aux opposés l’un de l’autre : le premier renvoyant vers les rêves et la folie de l’enfance, le second s’ancrant dans une réalité plus rude, plus amère même.

Avec Ready Player One, quand même, Spielberg semble franchir un nouveau pas. Visuellement d’abord, ce film de science-fiction bourré d’effets spéciaux et de furie s’inscrit dans la lignée esthétique des grands films « adultes » de Spielberg. Cette image comme saturée, presque monochrome, évoque aussi bien Pentagon Papers… que Minority Report, autre film de SF au ton pourtant bien différent.

Ready Player One, adaptation d’un roman que Spielberg voulait porter à l’écran depuis des années, multiplie les clins d’œil au pop-corn movie qu’il a en grande partie inventé. On ne va pas se lancer dans un listing des références qui défilent à l’écran : de la DeLorean de Retour vers le Futur aux dinosaures de Jurassic Park, en passant par King Kong, Alien, Terminator (et j’arrête là), il y en a des dizaines… des centaines peut-être. Mais c’est un peu plus qu’une simple ode aux années 80, ou à un certain cinéma dont Spielberg fut le meilleur ambassadeur.

Il est question de réalité virtuelle, d’un univers numérique dont les humains, dans un avenir relativement proche, sont des captifs volontaires. C’est dans ce monde de jeux vidéos où chacun se réfugie que l’univers pop devient une sorte de réalité de substitution, et où toutes les références sont possibles. Spielberg en dénonce les dangers sans cracher dans la soupe. L’homme est un grand amoureux des jeux vidéos. C’est aussi un vrai lucide qui, derrière le gigantisme de l’entreprise, semble se livrer comme rarement.

Le personnage de Mark Rylance, inventeur de « l’OASIS », le fameux monde virtuel, est un homme dépassé par sa création, qui regrette le temps d’avant, quand tout était… comme avant. En gros quand l’univers des jeux vidéos servait à jouer, pas à se réfugier. Un homme qui tente de revenir à l’essence essentiellement légère de sa création… Et on jurerait qu’il s’agit de Spielberg lui-même, créateur d’un cinéma de pur divertissement qui n’a cessé depuis quarante ans de s’asphyxier, Spielberg lui-même devenant paradoxalement une exception dans un cinéma formaté autour de ses propres films.

Ready Player One claironne son message un peu naïvement au final : rien ne vaut la réalité, parce qu’elle est réelle. La virtuosité de Spielberg, si spectaculaire soit-elle, trouve ses limites dans un cinéma où les effets numériques rendent possibles tous les excès. Mais il y a ce supplément d’âme que l’on attend dans tout bon Spielberg, une manière de renouveler le genre, de jouer avec les allers-retours entre virtualité et vraie vie, avec une dextérité folle, et surtout de réinventer les grandes figures du cinéma pop pour un trip plein de surprises. La virée dans l’Overlook de Shining mérite à elle seule le voyage…

Le Lac aux oies sauvages (Nán Fāng Chē Zhàn De Jù Huì) – de Diao Yinan – 2019

Posté : 27 septembre, 2021 @ 8:00 dans * Polars asiatiques, 2010-2019, DIAO Yi'nan | Pas de commentaires »

Le Lac aux oies sauvages

Sur le papier, un film noir que n’aurait pas renié Robert Mitchum : l’histoire d’un petit truand sans grande envergure transformé en une nuit en fugitif recherché par toutes les polices après une réunion qui tourne mal. A l’écran, un grand polar chinois à l’esthétisme hyper léché, dont chaque plan est extrêmement cadré.

Un esthétisme presque trop appuyé dans la première bobine (oui, je parle encore en bobines, même à l’ère du numérique), où les cadrages sont tellement construits, tellement parfaits, que le film frôle l’abstraction, un peu comme si on assistait au passage en revue d’un story-board animé. Tellement concentré sur ses cadres, Diao Yinan en oublierait presque de laisser de l’espace à ses acteurs pour exister.

C’est en tout cas l’impression qui se dégage dans les premières minutes, visuellement splendides mais qui laissent dubitatif. Le temps qu’on se laisse happer par cette plongée aux enfers fascinante et angoissante à la fois. Il faut aller le chercher, le naturel, se donner la peine, pas bien pénible d’ailleurs, de traverser les images si belles pour pénétrer dans ce polar moite, violent et glauque. Mais quand on y est entré, c’est une virée tout sauf paisible et confortable qui nous attend.

Quelle est cette ville que filme Diao Yinan ? Une sorte d’abstraction, là aussi, un condensé de bas-fonds baignés par la pluie et la chaleur, succession d’allées obscures, de boyaux recouverts de tuyauteries, d’immeubles déglingués et de restaurants sans charme. Du film noir, on serait passé à Blade Runner, qui lui-même s’inspirait du film noir. Tout ça se tient, Diao Yinan a des références, et une manière bien affirmée de les digérer et de les recracher à l’écran.

Mouvement perpétuel, atmosphères appuyées, utilisation maligne des flash-backs, tragédie en marche… et titre trompeur. Le Lac aux oies sauvages est un grand film désenchanté, un thriller où le lac en question n’est qu’un lieu de débauche et de danger, et où les oies sauvages évoquées ne sont aperçues qu’à l’occasion d’un plan furtif, images lointaines et pixelisés d’une vision capturée au zoom. Comme un espoir si vague qu’il ne peut même pas se fixer à l’écran. Noir, noir. Superbe, mais noir.

Hotel by the river (Gangbyun hotel) – de Hong Sang-soo – 2018

Posté : 22 septembre, 2021 @ 8:00 dans 2010-2019, HONG Sang-soo | Pas de commentaires »

Hotel by the river

Un hôtel au bord d’une rivière, comme enveloppé dans un paysage de neige. Là vit depuis quelques jours un poète sexagénaire qui convoque ses deux fils, persuadé que sa mort est proche. Dans une autre chambre, une jeune femme qui se remet difficilement d’une déception amoureuse, et qu’une amie retrouve, elle aussi en souffrance…

Hong Sang-soo filme ses personnages comme dans un cocon, entre deux états, une espèce de quiétude cotonneuse et parfois douloureuse, où il n’y a plus de place que pour les personnages eux-mêmes. A l’exception de l’employée de l’hôtel, pas le moindre second rôle, pas la moindre silhouette ne vient troubler cette sensation d’être dans une sorte de rêverie éveillée.

Hong Sang-soo n’est pas un cinéaste spectaculaire. Il n’est pas non plus un auteur, semble-t-il dire en dressant le portrait de l’un de ses personnages, lui-même réalisateur « qui fait ce qu’il peut ». Il a en tout cas des obsessions, une manière de faire se répondre et s’enrichir les situations, les personnages, entre qui il crée plus de parallèles que de liens véritables.

Le père et ses fils d’un côté, les deux jeunes de l’autre. Entre eux, des chemins qui se croisent, des occasions ratées ou à peine effleurées… Comme si, à l’heure du bilan, il n’était plus question d’espérer ou de construire quoi que ce soit de neuf. Hotel by the river est fait de petits riens : beaucoup d’attente, beaucoup d’assoupissements même, de longues discussions autour du choix d’un prénom, ou du rapport d’un jeune homme avec les femmes…

Hong Sang-soo crée le sentiment non pas de la légèreté, mais d’une certaine indolence, voire de la dérision. Il y a pourtant, toujours, une vraie gravité. Tous les personnages, chacun à leur manière, sont à la fin de quelque chose. De leurs retrouvailles se dégage une émotion d’abord feutrée, puis puissante, intense, et même violente. On sort de cet hôtel le ventre noué, et sincèrement bousculé, comme tiré d’un rêve qu’on aurait voulu ne pas quitter.

Dunkerque (Dunkirk) – de Christopher Nolan – 2017

Posté : 7 septembre, 2021 @ 8:00 dans 2010-2019, NOLAN Christopher | Pas de commentaires »

Dunkerque

En mai 1940, 400000 soldats alliés se retrouvent encerclés autour de Dunkerque, à portée de vue ou presque des côtes anglaises. Acculés sur terre, attaqués par les avions et les sous-marins allemands, ils tentent en vain de prendre la mer. L’Angleterre organise une vaste opération de sauvetage qui incluse l’intervention de centaines de bateaux civils qui, tous, convergent vers Dunkerque.

Cette défaite glorieuse, qui marque en quelque sorte la deuxième partie de la guerre, a inspiré plusieurs films à travers les décennies (dès 1942, dans Mme Minniver, et jusqu’à Week-end à Zuytcoot ou Reviens-moi). Forcément, Christopher Nolan ne pouvait pas en filmer une simple relecture. Sur le fond, rien de bien nouveau en fait. Nolan raconte l’histoire à travers les regards croisés de plusieurs personnages, trois essentiellement : un soldat coincé sur la plage (Fionn Whitehead), un marin à bord de son bateau de plaisance (Mark Rylance), et un pilote de la Royal Air Force (Tom Hardy).

Que Christopher Nolan nous plonge littéralement au cœur de la bataille n’est pas étonnant. D’abord parce que Spielberg et son Soldat Ryan, tous les réalisateurs qui s’attaquent à la seconde guerre mondiale s’inscrivent dans cette même ambition. Et puis parce que Nolan est avant tout un cinéaste de la perception. Dès les premières scènes, il nous y plonge totalement, avec une maîtrise de son art assez impressionnante, d’une efficacité et d’une fluidité de mouvement extraordinaires.

Une maîtrise presque trop parfaite, même : passées les premières minutes, volontairement foutraques, on ne ressent plus vraiment cette sensation de chaos qui nous saisit lorsque les premières bombes explosent, ce sentiment que les personnages ne savent pas vraiment ce qui se passe autour d’eux. L’action est toujours parfaitement compréhensible, et la tension d’une densité rare, qui vous serre le cœur jusqu’à la dernière image.

Les meilleurs films de Nolan sont souvent ceux dans lesquels il réfrène ses penchants aux scénarios emberlificotés. Dunkerque, pour le coup, est un film d’une simplicité extrême, si on cherche à en résumer l’histoire. Pas pour autant un recul dans les ambitions de Nolan. A la perception liée à la bataille à proprement parler, avec ses morts, ses explosions et ses peurs, s’ajoute une perception temporelle étonnante : les trois points de vue qui s’entremêlent ont chacun leur propre échelle de temps.

Sur la plage, le film raconte une semaine de survie ; sur le bateau, une journée ; dans l’avion, une heure. Parti-pris audacieux que Nolan introduit un peu lourdement par des surtitres introductifs, mais qu’il aborde là aussi avec une étonnante fluidité. Il joue avec ces échelles de temps différentes, qui prennent tout leur sens lorsqu’elles s’entrecroisent et se rejoignent. Et qui participent à l’intensité de ce nouveau trop sensoriel de Nolan, moins tape-à-l’œil et tout aussi brillant que son Interstellar.

Godless (id.) – mini-série de Scott Franck – 2017

Posté : 6 juillet, 2021 @ 8:00 dans 2010-2019, FRANK Scott, TÉLÉVISION, WESTERNS | Pas de commentaires »

Godless

Godless ne révolutionne pas le western, et ce n’est pas une critique. Scott Franck, créateur de la mini-série et réalisateur des sept épisodes, aime visiblement le genre, pour sa simplicité et son intensité. L’une des constantes du western, c’est la coexistence des grands espaces vierges et somptueux, et d’une violence constamment tapie, toujours prête à exploser. C’est exactement ce qui est au cœur de Godless.

Le contexte, quand même, est très original : l’essentiel de l’action se déroule à La Belle, petite ville minière au nom prémonitoire, dont tous les hommes valides ont été tués dans une explosion deux ans plus tôt. Ne restent plus qu’une poignée de vieillards, les enfants, et surtout les femmes qui découvrent qu’elles sont capables de vivre par elles-mêmes. Tout un symbole féministe, bien sûr, dont Scott Franck fait le décor plus que le sujet de Godless.

L’histoire, elle, est à la fois simple et dépouillée. Un chef de bande écume le pays avec sa horde franchement sauvage pour retrouver celui qu’il considérait comme son fils et qui l’a trahit : Roy Goode, jeune homme ballotté par le destin, écœuré par les crimes de son « père » de substitution, étonnant Jeff Daniels.

Godless laisse le sentiment d’une violence extrême, notamment parce que l’ultime épisode réserve un carnage plus terrible encore que La Horde sauvage, justement. Pourtant, elle est relativement rare, la violence. Rare et expéditive, toujours percutante, et souvent inattendue. Les coups de feu sont percutants, les impacts font mal, les têtes explosent, les membres sont arrachés… Du genre qui marque et qui fait mal.

Cette violence frappe les esprits, durablement. Mais Godless est aussi une série qui sait prendre son temps, et adopter le tempo de cet Ouest encore sauvage, qui vit au gré de la nature et des saisons. Cette nature omniprésente, parfois dangereuse, souvent belle. On y vit, on s’y délasse, on y communie, et on y crève aussi, durement et salement.

On y parle peu, et lentement, et chaque parole compte. Ni vraiment contemplatif, ni enragé, Godless est une série profondément humaine, qui ne parle en fait que de désir et de frustration. Il y a là des tas de couples qui tentent difficilement de se former, constamment troublées par l’ordre établi, même dans ces terres encore sauvages : deux femmes qui peinent à se dire qu’elles s’aiment, un jeune blanc amoureux d’une noire, une immigrée séduite par le détective qui la recherchait…

Ce pourrait faire l’effet d’un étalage, d’une espèce de liste des couples impossibles. Mais non, et c’est peut-être là que Godless est finalement le plus réussi, dans la vérité qui se dégage de ces personnages, nombreux et tous également passionnants. C’est beau, parce que Scott Franck sait capter les regards, les gestes retenus, les phrases tues. Entre Roy, l’homme traqué, et Alice, la rescapée, rien ou presque ne se passe. Mais ce rien, par l’élégant classicisme et le souffle discret de la mise en scène (et la musique, magnifique), a des allures de passion folle.

Le Bonhomme de neige (The Snowman) – de Tomas Alfredson – 2017

Posté : 5 avril, 2021 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ALFREDSON Thomas | Pas de commentaires »

Le Bonhomme de neige

A l’origine, un très bon polar norvégien de Jo Nesbo, long et touffu, riche en rebondissements, en suspense, en faux semblants, et en scènes tendues et spectaculaires. A l’arrivée, un film resserré, d’une modestie étonnante, qui prend consciencieusement la piste de l’épure, voire l’apaisement.

Tomas Alfredson n’est pas vraiment du genre à jouer la surenchère. La Taupe, le film qui l’a révélé, avait déjà mis en valeur ses talents de formaliste élégant. On retrouve sa patte dans sa manière de jouer avec les (splendides) décors naturels de Norvège, et d’alléger consciencieusement les aspects les plus extravagants du roman.

Le résultat laisse un sentiment mitigé. D’un côté, le style, le rythme même du film correspond bien à la douloureuse mélancolie du personnage principal, le flic Harry Hole, héros récurrent de Jo Nesbo, alcoolique et névrosé. Michael Fassbender lui prête idéalement ses épaules fatiguées, avec une économie de moyens convaincante.

Mais d’un autre côté, réduire en un film une intrigue aussi complexe en en gardant la structure relevait de la gageure. Et là, le pari de Tomas Alfredson est plus discutable. A force de simplifier, et de contourner les grands moments dramatiques et de suspense du livre, l’histoire perd de sa cohérence, et les personnages de leur force.

C’est particulièrement vrai du personnage de policière jouée par Rebecca Ferguson, loin du trouble profond qui l’entoure sous la plume de Nesbo. Les personnages de Charlotte Gainsbourg, ou de Val Kilmer, perdent eux aussi beaucoup de leur dimension mystérieuse. Les fausses pistes disparaissent, Alfredson privilégiant l’atmosphère au suspens.

On se dit qu’il aurait tout aussi bien pu se passer de cette histoire de tueur en série signant ces crimes d’un bonhomme de neige, tant les éléments sortis directement du roman semblent l’embarrasser plus que l’inspirer. Mais il prend beaucoup de libertés, se laisse guider par le rythme des grandes étendues glacées, et signe un polar aussi classique sur le fond que racé dans sa forme.

Pentagon Papers (The Post) – de Steven Spielberg – 2017

Posté : 12 mars, 2021 @ 8:00 dans 2010-2019, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Pentagon Papers

La maturité de Spielberg, sa vision si américaine de l’Amérique, sa naïveté aussi, et son sens incroyable de la caméra et de la narration, surtout. Pentagon Papers s’inscrit, comme Le Pont des Espions deux ans plus tôt, dans la veine « adulte » du cinéaste, si on veut résumer un peu vite. Adulte et ancrée dans la réalité : les deux films, comme Lincoln avant eux, sont plus que des histoires vraies : des pans de l’histoire américaine.

A l’heure du bilan, on finira bien par réaliser à quel point Spielberg, en variant les tons et les époques, dresse film après film une sorte de panorama de l’histoire moderne de l’Amérique. Pentagon Papers se situe à une époque charnière, que Spielberg aborde finalement pour la première fois : le début des années 70 (qui furent aussi les siens), les Etats-Unis embourbés au VietNam, le fossé qui se creuse entre le peuple et les dirigeants après l’assassinat de Kennedy, et qui culminera avec le scandale du Watergate.

Ce n’est pas anodin : Pentagon Papers parle d’un autre scandale, qui donnera au Washington Post la légitimité populaire nécessaire pour révéler les agissements de Nixon en 1974. On est trois ans plus tôt, et il s’agit de documents classifiés révélant que le gouvernement a délibérément laissé l’armée américaine s’embourber au VietNam en sachant que la guerre était ingagnable.

Le point de vue adopté par Spielberg est aussi original que captivant : c’est celui de la propriétaire du Washington Post et de son rédacteur en chef, qui découvrent ces révélations… dans la presse, dépassés qu’ils sont par le New York Times alors plus établi, plus respecté. Le film parle d’un scandale d’état, il raconte aussi et surtout le sursaut d’un journal, ce moment décisif où une poignée d’hommes et de femmes décident de rompre avec une certaine complaisance, de refuser les injonctions venant de la Maison Blanche, et de publier.

Toute l’action se passe au téléphone, lors de réunions, ou autour de milliers de documents imprimés… Rien de spectaculaire, donc, le film est aux antipodes du BGG ou de Ready Player One que Steven Spielberg a tourné juste avant et juste après, et c’est passionnant. Meryl Streep est très bien, sur le fil du cabotinage. Tom Hanks est formidable en vieux briscard du journalisme… Et Spielberg, magicien, donne un rythme fou à ce suspense d’antichambres, et fait naître une émotion dingue de ces rotatives qui se mettent en branle.

Pentagon Papers trouve d’emblée sa place parmi les grandes réussites de Spielberg, et parmi les grands films sur la presse, comme un préambule aux Hommes du Président, largement à la hauteur de ce dernier.

Solo : a Star Wars story (id.) – de Ron Howard (et Phil Lord et Chris Miller) – 2018

Posté : 14 février, 2021 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, HOWARD Ron, LORD Phil, MILLER Chris | Pas de commentaires »

Solo A Star Wars Story

On peut être très excité à l’idée de découvrir la jeunesse du personnage le plus enthousiasmant de la saga Star Wars. Ou trouver que reprendre un rôle popularisé par Harrison Ford est mission impossible (Disney, laisse donc Indiana Jones tranquille). On peut être bluffé par les effets spéciaux généreux et spectaculaires. Ou trouver que la lumière crasseuse et brumeuse du film tourne vite à l’exercice de style un peu vain. On peut estimer que les morceaux de bravoure sont menés à un rythme d’enfer. Ou pointer du doigt la pauvreté des enjeux dramatiques par rapport à ceux auxquels la saga nous avait habitués.

A vrai dire, on peut penser tout ça à la fois. Et sortir de ces deux heures trente ni emballé, ni agacé. Pas même déçu, en fait, mais en se disant que, au fond, on s’en fout. Solo n’est même pas une mauvaise idée : le personnage a toujours été hyper charismatique, et son passé entouré de tas de zones sombres. Sauf que Solo n’est même pas vraiment une idée. Quitte à multiplier les films dérivés comme Disney voulait le faire (un film chaque année, alternant saga officielle et spin-off) en s’intéressant à des épisodes rapidement évoqués comme Rogue One, ou à certains personnages, le choix d’Han Solo s’imposer comme une évidence.

Mais peut-être eut-il fallu une ambition un peu plus grande que simplement mettre en image la rencontre de Solo avec Chewbacca, Lando ou le Faucon Millenium. Ne s’ajoutent à ça qu’une histoire d’amour complexe pleine de promesses pas vraiment tenues, une énième évocation du totalitarisme déjà au cœur de tous les autres films, et les ébauches de personnages intéressants d’esclaves en rébellion dans la toute dernière partie.

Solo, malgré sa conception chaotique (Phil Lord et Chris Miller virés en plein tournage, et remplacés par le vieux briscard Ron Howard), est un film cohérent dans son style et son rythme. Mais Alden Ehrenreich ne fait pas de miracle en reprenant le rôle de Han Solo, les sourires qu’il lance en rencontrant Chewbacca ou en s’installant aux commandes du Faucon Millenium semblant être ceux d’un fan qui réaliserait la stature du rôle qu’il tient. Et le film ne surprend jamais.

Efficace, haletant même parfois, mais vain : le film ne fait des pauses dans une action frénétique que pour lancer des clins d’œil aux épisodes précédents de la saga. D’ailleurs, même les scènes d’action ont le côté « redite » du réalisateur trop contraint par ses modèles. On retiendra surtout une séquence vertigineuse sur le toit d’un train lancé à toute vitesse dans des paysages de montagnes enneigés, et une autre plus modeste et tout aussi dramatique à la douane, digne d’un film sur la guerre froide.

La saga Star Wars

Le Crime de l’Orient Express (Murder on the Orient Express) – de Kenneth Branagh – 2017

Posté : 23 décembre, 2020 @ 8:00 dans 2010-2019, BRANAGH Kenneth, POLARS/NOIRS | Pas de commentaires »

Le Crime de l'Orient Express 2017

Après avoir bradé ses ambitions de cinéaste au cours de la décennie précédente, avec des blockbusters que n’importe qui aurait pu mettre en boîte, Kenneth Branagh se rappelait à notre bon souvenir avec cette adaptation d’un classique d’Agatha Christie, qui lui permet de renouer avec un style plus personnel, un mélange de gravité et de folie qui lui avait bien réussi avec Beaucoup de bruit pour rien, l’une de ses nombreuses adaptations de Shakespeare, et l’un de ses meilleurs films.

Si on admet que Branagh est avant tout un cinéaste à l’égo surdimensionné, alors ce Crime de l’Orient Express est un film important. La distribution est exceptionnelle (Michelle Pfeiffer, Willem Dafoe, Johnny Depp, Judi Dench, Derek Jacobi, Penelope Cruz…), mais tout tourne autour de lui et de sa prestation, bien sûr. Omniprésent à l’écran, la caméra virevoltant autour de lui (merci le numérique qui rend possible tous les excès emphatiques qu’il a dans la tête), Branagh se filme avec virtuosité. Comme il le faisait dans l’épouvantable Frankenstein, mais avec une différence de taille : la nature et le physique du rôle.

Branagh est donc Hercule Poirot, détective génial, mais personnage fat à l’égo aussi surdimensionné que celui du cinéaste (melon que l’on retrouve lorsqu’il se met en scène face aux douze suspects dans un copié-collé de la Cène). Ce qui lui permet de se moquer de lui, de son image, se vautrant avec gourmandise dans une posture gentiment ridicule, et finalement franchement réjouissante. Les moustaches impossibles, le regard brillant, Branagh retrouve grâce à Poirot la flamme de ses débuts spectaculaires, de cette passion qu’il semblait réserver à Shakespeare.

Le film est d’une beauté assez spectaculaire, même si l’excès de virtuosité, la surabondance d’effets numériques qui permettent les mouvements de caméra improbables dans des décors trop beaux pour être vrais, ont au final un aspect trop fabriqué, trop lisse, trop déconnecté de la réalité. A voir ces images d’une perfection si… parfaite, mais tellement froides, on se prend à repenser aux maquettes si visibles du jeune Hitchcock, qui sonnaient tellement plus vrais. D’ailleurs, la scène la plus belle est aussi la plus simple esthétiquement : le meurtre, flash-back en intérieur et en noir et blanc, avec une musique superbe qui remplit d’émotions.

Même sans l’effet surprise d’une intrigue retorse dont on connaît d’avance tous les secrets (si on n’a pas lu le roman, on a au moins vu le film de Sidney Lumet), Branagh réussit là, finalement, son film le plus enthousiasmant depuis bien longtemps. L’univers de Poirot lui va tellement bien qu’il a déjà tourné la suite, un autre classique déjà porté à l’écran : Mort sur le Nil.

Barry Seal : American Traffic (American Made) – de Doug Liman – 2017

Posté : 9 novembre, 2020 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, CRUISE Tom, LIMAN Doug | Pas de commentaires »

Barry Seal

Entre la fin des années 70 et le milieu des années 80, Barry Seal s’est fait une immense fortune en livrant des armes en Amérique du Sud pour la CIA… et en livrant de la drogue pour le cartel de Medellin. Ce type avait quelques atouts pour ça : il était un pilote d’avion chevronné, et il avait une forte tendance à foncer avant de réfléchir.

C’est une histoire vraie (inspirée de… en tout cas), et c’est aussi pour Tom Cruise la dernière velléité en date (et avant un bon moment, vraisemblablement) de rappeler qu’il est un acteur complet et très doué, avide de nouveaux rôles et de défis autres que purement physiques.

Il prend ici un plaisir évident à jouer les types dénués de tout sens moral, s’amusant même de son image de fonceur pour camper le yes man un peu bas du front. Même son fameux sourire « dents blanches éclatantes » a quelque chose de too much, qui flirte avec l’idiotie. Pas dupe, Tom Cruise, finalement jamais aussi bon désormais que quand il se moque de lui-même.

Image qui semble tirée d’une VHS, musique d’époque, arrêts sur image, voix off insistante, retours en arrière rigolards… Doug Liman tente le pastiche, mais singe surtout le Scorsese de Goodfellas ou de Casino. L’ambition est là, il faut la saluer, et le pari est par moments réussi. Mais Liman n’est décidément pas Scorsese, et son film n’atteint jamais la puissance de ses modèles.

Finalement, le vrai sujet du film, ce n’est ni cette Amérique magouillarde du tournant des années 80, ni Barry Seal lui-même, mais Tom Cruise, la star et l’acteur. Barry Seal n’est réussi que pour sa prestation toute en ironie. Et pour rappeler l’acteur curieux et complet qu’il fut avant de devenir le plus grand des action heroes.

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