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Archive pour la catégorie '2010-2019'

Captain America : First Avenger (Captain America : The First Avenger) – de Joe Johnston – 2011

Posté : 23 janvier, 2012 @ 4:57 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, JOHNSTON Joe | Pas de commentaires »

Captain America

Voir Captain America peu de temps après avoir vu Dans la brume électrique permet de prendre conscience de la dure condition du métier d’acteur ! Après avoir trouvé un rôle en or, complexe et fascinant, dans le film de Bertrand Tavernier, Tommy Lee Jones remplit son compte en banque, mais vide ses neurones avec ce film de super-héros qui n’a rien de honteux en soi, mais qui lui donne l’un des rôles les plus inintéressants de sa longue carrière : un officiel de l’armée américaine, raide et exigeant avec ses hommes, sans émotion et sans la moindre complexité. La comparaison est rude…

Soyons honnête, le rôle de Tommy Lee Jones est très secondaire dans ce film pas mal fichu, avec même quelques passages réjouissants. Joe Johnston (réalisateur de Jurassic Park 3 notamment) lorgne visiblement sur Watchmen et Hellboy 2, deux adaptations de comics autrement plus ambitieuses et intéressantes. Son film n’est pas vraiment plus conventionnel, mais il est réalisé avec nettement moins d’inspiration : il manque à ce Captain America l’ampleur et le romantisme des grands films du genre.

L’histoire, pourtant, ne manque pas d’ampleur : le film raconte l’incroyable destin d’un gringalet qui veut combattre le nazisme, qui est constamment refoulé de l’armée à cause de sa carrure et de sa santé fragile, et qui est choisi contre toute attente comme cobaye d’une expérimentation révolutionnaire, qui le transforme en colosse aux capacités physiques hyper-développées.

Un « super-héros » que l’armée utilise pour faire la mascotte costumée, afin d’inciter les Américains à acheter les fameux « liberty bonds ». Belle idée déjà au cœur du Mémoire de nos pères de Clint Eastwood, qui est ici trop rapidement évacuée. Mais la manière dont Johnston filme les grosses bastons qui suivent cette première partie n’est pas inintéressante, loin de là. De manière plutôt inattendue, le réalisateur choisit de laisser hors-champs plusieurs moments-clés de l’affrontement avec les forces du mal : visiblement plus intéressé par les sentiments de ses personnages.

Quelques morceaux de bravoure sont également franchement bien foutus, en particulier lorsque le souffle de la grande Histoire vient clairement enrichir l’histoire de super-héros. Mais à trop vouloir aller trop loin, le film tombe dans le grand-guignol un peu saoûlant : le super-méchant, interprété par un Hugo Weaving qui singe sa propre performance dans les Matrix, est assez insupportable, et s’apparente d’avantage au méchant d’un James Bond qu’à une menace plus grande encore que Hitler lui-même.

Plutôt sympathique, le film, comme son final réussi qui évite adroitement le happy-end de rigueur, prépare aussi LA grosse production que les fans de super-héros attendent avec impatience : The Avengers, qui rassemblera quelques-uns des personnages ayant cartonné au cinéma ces dernières années, de Iron Man à Hulk en passant par Thor, et Captain America, donc.

La Femme du Vème (The Woman in the Fifth) – de Pawel Pawlikowski – 2011

Posté : 23 janvier, 2012 @ 12:23 dans 2010-2019, PAWLIKOWSKI Pawel | Pas de commentaires »

La Femme du Vème

Un choc ! En adaptant le roman de Douglas Kennedy, Pawel Pawlikowski fait son entrée, d’emblée, dans la cour des grands cinéastes à suivre. De ces réalisateurs qui peuvent se permettre de laisser des tas de questions en suspens, tout en conduisant le spectateur exactement là où il le voulait. En l’occurrence, dans le cœur à vif et l’esprit foutraque de Ethan Hawke, Américain à Paris qui trimballe une douleur et des démons insondables.

Que s’est-il passé exactement dans la vie de cet homme à qui tout devrait sourire ? Auteur d’un unique roman salué unanimement, professeur d’université qui menait visiblement une vie très confortable, il débarque à Paris « pour rejoindre sa femme et sa fille», comme il l’annonce d’entrée à un douanier soupçonneux. Sauf que cette femme n’attendait pas ce mari, dont elle s’est séparée à la suite d’un épisode apparemment douloureux, qui a conduit à une décision d’éloignement de la part de la justice. Et que leur fille le croit en prison.

Quel est son problème ? Est-il schizophrène ? Sort-il réellement de prison, ou d’une maison de santé ? On n’aura jamais de réponse claire à ces questions. Une seule chose compte : Ethan Hawke va très mal, il lutte contre ses démons, et ne vit que dans l’espoir, que l’on sait chimérique, de retrouver ce qu’il a perdu : sa famille.

Mais à Paris, il est constamment ballotté entre le fantasme et la réalité, entre un Paris de carte postale (cette terrasse à la vue incroyable d’où on peut quasiment toucher le pied de la Tour Eiffel, symbole absolu d’un Paris de rêve aux yeux des Américains), et un Paris bien plus tangible : ce quartier populaire inquiétant dans lequel il se retrouve sans argent, sans papiers, sans vêtements, et où il s’installe dans le premier hôtel miteux.

Dans le premier Paris, il rencontre une femme, belle et étrange, dont l’élégance et le port paraissent d’un autre temps. C’est Kristin Scott-Thomas, apparition presque irréelle qui guide Ethan Hawke vers un semblant d’espoir de retrouver sa vie perdue.

Dans le second, notre écrivain côtoie une faune interpole qui le tire vers le bas. C’est le personnage le plus charnel du film qui résume le mieux le film, en racontant un rêve : « j’ai rêvé de vous, vous étiez un peintre et vous vous enfonciez de plus en plus profondément dans la boue ». C’est la serveuse du café-hôtel, une immigré incarnée par Joanna Kulig, jeune actrice  polonaise pulpeuse et terriblement émouvante. Elle est LE personnage qui ancre le film dans la réalité, qui résume tout un pan du message de Pawlikowski : la réalité de Paris, quelque part entre l’espoir d’une vie meilleure, liée aux stéréotypes véhiculés notamment par le cinéma américain, et la froide désillusion des quartiers pauvres de la capitale. Ce tiraillement (ce double visage de la capitale) a-t-il déjà été mieux décrit que dans La Femme du Vème ? Pas sûr…

Dans ce film, la notion de réalité est d’ailleurs toujours contrebalancée par un doute. La rencontre avec Kristin Scott-Thomas n’est-elle pas trop belle pour être vraie ? Le « boulot » qu’Ethan Hawke accepte pour payer sa chambre n’est-il pas trop caricatural pour être authentique ? Il en va de même pour tous les ressors dramatiques a priori traditionnels du film : l’attente d’un nouveau roman de l’écrivain, la disparition de sa fille…

Tous les éléments qui semblent rapprocher La Femme du Vème d’un film de genre sont trompeurs. Tout ce qui semble vouloir apporter des réponses ne fait qu’accentuer le mystère. Mais qu’importe : plus les rebondissements deviennent nébuleux, plus le mystère s’épaissit, et plus la réalité du film devient flagrante. C’est le portrait intime (intérieur, même), d’un homme tiraillé entre ses rêves et ses démon ; un homme qui cherche simplement la meilleure manière de se dire que pour lui, le seul espoir est de trouver la paix intérieur, d’accepter la perte de son bonheur…

Pour porter un tel sujet, il fallait un grand acteur. Ethan Hawke est à la hauteur : vingt ans après Le Cercle des poètes disparus, le jeune ado mal dans sa peau semble toujours planer sur sa tête. Son interprétation, sensible et bouleversante, est inoubliable.

J. Edgar (id.) – de Clint Eastwood – 2011

Posté : 20 janvier, 2012 @ 6:56 dans 2010-2019, EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

J Edgar

De film en film, Eastwood trace son chemin avec une force tranquille et une cohérence qui forcent le respect. Depuis quelques films déjà (depuis sa « mort » dans Gran Torino, disons), on sent bien que les dernières velléités qu’il avait à donner au public ce qu’il attendait avaient totalement disparu. Son cinéma n’en est que plus passionnant, attachant, et unique dans le paysage actuel. Loin de toutes les modes, Eastwood fait le cinéma qu’il veut. Ni plus, ni moins. Et il le fait avec un classicisme qui frôle parfois l’académisme, mais qui ressuscite au final l’esprit des grands maîtres qui ont raccroché quand lui faisait de pénibles débuts devant la caméra, au milieu des années 50.

Avec J. Edgar, fresque colossale et pourtant intimiste, Eastwood renoue d’ailleurs une nouvelle fois avec une époque qui lui est chère. Car même si le film raconte l’histoire du FBI et de son créateur de 1919 à 1972, l’une des périodes charnières est bien l’Amérique de la Grande Dépression : ces années 30 qui lui avaient déjà inspiré deux de ses plus beaux films, Honkytonk Man et L’Echange (son film récent le plus sous-estimé). Une décennie qui fut celle de son enfance (il est né en 1930), mais aussi celle d’un cinéma qui continue à le nourrir, en particulier à travers James Cagney, acteur dont le parcours au cours de ces années d’avant-guerre illustre bien le chemin parcouru par Hoover.

Le parallèle est joliment montré dans le film : Hoover a définitivement réussi à imposer « son » FBI lorsque Cagney incarne enfin l’un de ces « G-Men » (les hommes du gouvernement), et non plus l’un de ces gangsters qui ont fait sa gloire. Bref : quand le peuple américain considère que les héros sont les agents du FBI, et plus les gangsters romantiques comme Dillinger, qui fut l’une des premières « proies » du « bureau ». Mine de rien, cette place donnée au cinéma dans le film d’Eastwood n’est pas anodine : elle illustre bien l’une des obsessions de Hoover, qui était son combat du bien contre le mal.

Le Bien étant la sécurité et la survie de l’Amérique, il lui fallait un Mal à la hauteur : les attentats « bolcheviks » de 1919 (un épisode méconnu de l’histoire américaine du XXème siècle, qu’Eastwood utilise avec intelligence) offrent au jeune Hoover à la fois un ennemi tangible, une mission quasi-sacrée, et un point de départ inespéré pour le projet d’agence gouvernementale dont il deviendra le père et l’âme maudite durant un demi-siècle. Ce Mal qu’il n’aura de cesse de retrouver au fil des décennies et des bouleversements politiques, sous les traits du « communiste », cette menace directe face à laquelle le crime organisé n’a que peu d’importance.

Sans jamais en rajouter, et avec une reconstitution historique d’un réalisme incroyable, c’est cette obsession d’une vie qu’Eastwood raconte dans cette biographie qui dépasse largement le cadre souvent réducteur et gonflant du biopic. J. Edgar est le portrait d’un homme habité et malade, passionné et manipulateur, ambitieux et complexé. Il offre aussi une vision éclairée et passionnante de la naissance du FBI, et à travers elle de la partie la plus controversée de l’histoire américaine, faite de mensonges, d’assassinats, de coups-bas et d’écoutes illégales.

Il vaut mieux avoir quelques connaissances de base de cette période pour bien apprécier le film : les allers-retours continuels entre les différentes époques ne facilitent pas vraiment les choses. Mais Eastwood choisit de mettre en avant quelques épisodes particulièrement fondateurs, comme l’enlèvement tragique du petit Lindbergh, ou le comportement « inapproprié » de Mme Roosevelt, qui illustrent efficacement les grandes étapes du FBI et de son patron historique.

Cette construction complexe, sous forme de puzzle, est l’un des aspects les plus réussis du film : mieux qu’avec un film chronologique, la complexité de Hoover s’enrichit de ces époques qui se répondent, dressant le portrait d’un homme qui, toute sa vie, a répondu aux mêmes obsessions. Eastwood présente un homme qui fut sans doute le plus puissant du monde, mais qui pourtant vivait la plus rangée et la plus monotone des vies, mangeant toujours au même endroit, avec la même personne, aimant séduire mais terrorisée par les femmes ou le sexe, et n’étant entouré que d’une poignée de personnes avec lesquelles il entretenait des rapports pour le moins ambigus.
Sa relation homosexuelle mais visiblement platonique avec son bras droit Clyde Tolson (joué par un Arnie Hammer tout en séduction trouble) ; celle avec une mère castratrice (Judi Dench) ; celle encore avec sa fidèle secrétaire (Naomi Watts) qu’il aurait pu épouser… La vie privée de ce « grand homme corrompu », selon Eastwood en tout cas, ne dépasse jamais le cadre de ce triangle qui tourne exclusivement autour de sa mission, son FBI.

Très inspiré, Eastwood signe son meilleur film depuis longtemps. Encore fallait-il trouver un interprète à la hauteur du rôle, monstrueux. Di Caprio, qui décidément ne cesse de gagner en épaisseur, est totalement à la hauteur de l’enjeu. Immense, sans jamais cabotiner, il se glisse dans la peau de Hoover sans le singer, et son interprétation est d’une force assez hallucinante. Plus encore que sous la direction de Scorsese (notamment pour Aviator, où il interprétait un Howard Hughes déjà très obsessionnels), l’ex-jeune premier de Titanic prouve qu’il est devenu l’un des très grands acteurs d’aujourd’hui.

Mission : Impossible – le protocole fantôme (Mission : Impossible – Ghost Protocole) – de Brad Bird – 2011

Posté : 20 janvier, 2012 @ 6:49 dans 2010-2019, BIRD Brad, CRUISE Tom | Pas de commentaires »

Mission Impossible 4

Après trois petites merveilles du cinéma d’action, ce quatrième volet des aventures d’Ethan Hunt, le super espion qui a ringardisé James Bond (jusqu’à l’arrivée de Daniel Craig, en tout cas), avait tout de la mauvaise idée. Pire, même : les premières images qui semblaient recycler, en moins bien, tout ce qu’on avait déjà vu dans les films précédents, semblaient enfin donner raison aux détracteurs de Tom Cruise, ceux qui annoncent la fin de sa carrière depuis le milieu des années 90. Mais voilà, une fois encore, celui qui restera à jamais la plus grande star de sa génération prouve qu’il faut encore compter sur lui. Ce M : I 4 est bien plus qu’un baroud d’honneur, et certainement pas un bâton de maréchal qui assurerait à l’acteur les derniers éclats d’une gloire vacillante.

Le Protocole fantôme n’est pas tout à fait aussi enthousiasmant que les trois films précédents, c’est vrai. Mais il y a dans ce pur film d’action un parti-pris aussi fort et abouti que l’élégance classique de De Palma (ici), le romantisme maniéré de John Woo (ici), ou le rythme télévisuel trépidant de JJ Abrams (ici). Le choix de Brad Bird, réalisateur jusqu’alors spécialisé dans l’animation (Ratatouille et Les Indestructibles) pouvait paraître très étonnant ; c’est un nouveau pari réussi pour la star-producteur, amateur de signatures fortes (il n’y a qu’à voir les noms qui marquent sa filmographie : Kubrick, Stone, Scorsese, Spielberg, Crowe, Anderson…).

Car Mission Impossible 4 est un cartoon. On le voit dès la toute première séquence (avec un acteur venu de Lost, la série de JJ Abrams…), le réalisateur et son producteur n’ont pas l’intention de se laisser contraindre par les limites des prises de vue réelles. Bird vient du dessin animé ? C’est exactement pour ça que Tom Cruise l’a choisi : pour faire du quatrième volet de sa franchise l’une de ces folies que seule l’animation permet généralement.

Le film évoque souvent les premiers films de la série (l’intrusion dans le Kremlin qui remplace le siège de la CIA à Langley dans le film de De Palma, ou le Vatican dans celui d’Abrams ; l’entrée par une bouche d’aération comme dans tous les précédents films…), et plus encore les vieux James Bond par la démesure de l’intrigue (c’est rien moins qu’une guerre nucléaire totale que Hunt et ses comparses doivent éviter) et par l’absurdité des rebondissements. Mais il fait aussi très souvent penser aux folies de Tex Avery…

Lorsque les personnages, bon ou mauvais, se lancent dans le vide, s’accrochent à une façade (celle du Burj Khalif à Dubai, le plus grand immeuble du monde, dans une séquence qui file le vertige) ou disparaissent par des trous dans le sol, on ne serait pas étonner de voir apparaître Will Coyotte ou Bugs Bunny. Cette tendance trouve son apogée avec l’extraordinaire poursuite dans une tempête de sable, ou dans l’hallucinante dernière scène de baston de Cruise, dans une usine automobile où Hunt et sa nemesis passent constamment d’un niveau à l’autre, grâce à un improbable va-et-vient de plate-formes qui rappellent, pour prendre un exemple très récent, les rouages de Big Ben dans Cars 2

Les personnages ne sont pas oubliés dans ce divertissement irréel, avec des seconds rôles particulièrement réussis : Jeremy Renner en alter ego de Cruise (lorsque la star peinait à convaincre les producteurs de le suivre sur ce nouveau volet, Renner avait été envisagé pour le remplacer), ou Simon Pegg (déjà présent plus brièvement dans MI3) en caution humoristique assez irrésistible. Ethan Hunt lui-même a évolué, comme il le fait film après film. Il semble ici revenir de l’enfer… Mais la noirceur que Bird laisse poindre ne dure pas vraiment. S’il réussit à nous convaincre que les personnages sont hantés par leurs fantômes, et que la survie du monde est en jeu, c’est aussi pour mieux nous rappeler à la fin que tout ça était pour rire, et qu’au cinéma on peut tout se permettre : y compris ressusciter des personnages que l’on croyait mort ou disparu. Comme Tom Cruise, que l’on nous dit fini depuis une demi-douzaine d’années, et qui renaît de ses cendres film après film.

Time Out (id.) – de Andrew Niccol – 2011

Posté : 20 janvier, 2012 @ 6:28 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, NICCOL Andrew | Pas de commentaires »

Time Out (id.) – de Andrew Niccol – 2011 dans 2010-2019 time-out

Dire qu’on attendait le nouveau film d’Andrew Niccoll avec impatience relève de l’euphémisme. Scénariste de Truman Show, réalisateur de Bienvenue à Gattacca et Simone, Niccoll s’est imposé depuis plus de dix ans comme l’auteur de SF le plus percutant, le plus intelligent et le plus passionnant de sa génération. Mais depuis Lord of War, son chef d’œuvre absolu (dans un autre genre), plus de nouvelle. Encensé par une partie de la critique, le cinéaste ne rencontre en salles qu’un succès d’estime, sans commune mesure avec ses ambitions. Time Out, qui nous arrive cinq ans après son précédent film, a tout du projet de rechange…

L’idée de départ, cela dit, est passionnante : dans un futur indéfini, l’argent est remplacé par du temps. Après 25 ans, chaque homme et chaque femme ont en poche un an de vie, qui s’échappe seconde après seconde. Leur salaire (minable dans les petits quartiers) leur apporte du temps supplémentaire, tandis que la moindre de leur dépense (hors de prix dans les petits quartiers) réduit leur capital comme peau de chagrin. Ce concept, typique de la SF, permet de symboliser jusqu’à l’extrême le fossé entre les riches exploiteurs et les pauvres laborieux. Pendant un temps (la première demi-heure, disons), cela donne lieu à quelques séquences fortes et bouleversantes qui laissent augurer du meilleur pour la suite.

Mais la suite, hélas, n’est jamais au niveau. Le scénario n’évite pour ainsi dire jamais les stéréotypes les plus éculés. D’un côté, le quartier des riches quasi-immortels, qui construisent leur fortune sur l’exploitation-du-petit-peuple-qui-mène-une-vie-de-con. De l’autre, le quartier populaire où les gens crèvent (littéralement) de misère, mais où tous se serrent les coudent. Voler le temps d’autrui est on ne peut plus simple, mais cela ne viendrait à l’esprit de personne dans ce quartier où tout le monde aime tout le monde. Si le film se veut le symbole du monde actuel, la pilule a un peu de mal à passer, faut reconnaître…

Cette naïveté n’est rien à côté de l’impression de gâchis qui règne sur l’ensemble du film. Niccoll ne manque pas d’idées, c’est même le principal problème du film : les idées qui auraient pu être géniales s’accumulent, mais pas la moindre d’entre elles n’est exploitée correctement. Le héros (Justin Timberlake, très bien), qui jure de renverser ce système injuste avec l’aide d’une fille de riche dans une sorte de remake futuriste de Bonnie and Clyde, est le fils d’un homme dont il ignore tout et qui cachait bien des secrets. Ces secrets donnent-ils lieu à des révélations tonitruantes ? Ben non, pas plus que la mélancolie du riche las de vivre n’est exploité, pas plus que la théorie du complot, pas plus que le terrible rapport père-fille entre la rebelle et le milliardaire, pas plus que les effets ravageurs d’une richesse trop subite…

Même les personnages les plus troubles (celui du gardien du temps, interprété par l’excellent Cillian Hinds) sont traités par-dessus la jambe… Comme si les scénaristes s’étaient dit, en plein milieu de l’écriture : « Oh, et puis merde, on arrête là ! » Reste une petite série B qui aurait été réjouissante si, justement, il n’y avait pas autant de bonnes idées qui ne laissaient cet arrière-goût persistant d’inachevé.

Super 8 (id.) – de J.J. Abrams – 2011

Posté : 20 janvier, 2012 @ 2:58 dans 2010-2019, ABRAMS J.J., FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Super 8

Avec ses séries télé (en particulier Lost), on devinait depuis longtemps la fascination qu’exerçait Spielberg sur JJ Abrams. Le troisième long métrage du jeune prodige ne laisse plus planer le moindre doute : Abrams est bien le fils spirituel du réalisateur des Dents de la Mer. Avec Super 8, le jeune cinéaste revendique clairement cette paternité, en même temps qu’il est officiellement adoubé par son aîné. Spielberg est en effet le producteur de ce film qu’il aurait pu réaliser lui-même dans les années 80.

Avec cette histoire située à mi-chemin entre E.T. et, surtout, Rencontre du 3ème type, Abrams signe sans doute le plus personnel de ses projets, télé et cinéma confondus. Ces adolescents américains de la fin des années 70 qui passent tout leur temps libre à tourner des films en super 8, c’est un peu lui et ses potes, notamment Larry Fong (directeur de la photo sur le film) et Bryan Burk (co-producteur), ses amis d’enfance. Ados, ils faisaient leurs armes avec d’autres (dont Matt Reeves, le réalisateur de Cloverfield), tournant des films d’horreurs ou de SF avec les moyens du bord, comme le faisait un certain Steven Spielberg trente ans avant eux.

Ce n’est donc pas un hasard si l’action de Super 8 se déroule en 1979. Cette année-là, JJ Abrams avait 13 ans, à peu près l’âge de ses héros. Et paradoxalement, la première demi-heure du film est sans doute la plus passionnante : c’est la chronique douce-amère d’un groupe d’ados comme les autres, un été comme les autres, dans une petite ville comme les autres. C’est simple, étonnamment juste, et très beau. Il faut dire que ces ados qui passent leur été à tourner un film de zombie idiot et rigolo, et incidemment à flirter gentiment, sont interprétés par de tout jeunes comédiens qui sont d’une justesse rare. C’est la grande force du film, qui aurait pu être totalement insupportable pour les mêmes raisons : le choix des acteurs principaux. Inconnus, ils sont d’une justesse inattendue, et n’ont jamais ce côté tête-à-claque qui plombe la plupart des films dont les héros sont des enfants.

La scène-pivot du film (le déraillement d’un train en pleine nuit, avec l’évasion d’une mystérieuse créature) tient également toutes ses promesses : on assiste sans doute à la catastrophe ferroviaire la plus spectaculaire de l’histoire du cinéma. La suite est hyper efficace, mais un peu plus classique et attendue. Les rebondissements ne manquent pas (la révélation du secret¸ l’enlèvement de la jeune héroïne, l’état de siège de la petite ville), mais le film manque parfois de vie. C’est efficace, visuellement splendide et très inventif, mais on garde trop souvent un simple regard de spectateur étranger à l’action.

Dommage, parce que le film avait tout pour atteindre le niveau d’un Rencontre du 3ème type, justement, référence omniprésente tout au long du film. Ce n’est d’ailleurs pas la seule référence. JJ Abrams lorgne aussi ouvertement du côté de X-Files, LA série qui a révolutionné la télévision au début des années 90, et dont il est également l’héritier direct. Ce sentiment de déjà-vu que l’on ressent bien souvent tout au long du film tient au moins autant aux emprunts à la « mythologie » x-filienne (les fans sauront de quoi je parle, les autres auront le plaisir de se plonger dans les neuf saisons du show) qu’aux films de Spielberg.

Ces références multiples sont la principale signature de JJ Abrams. Celui qui a révolutionné la série télé (avec Chris Carter pour X-Files, quand même) en utilisant les ficelles du cinéma pour ses différentes créations, avait en retour donné un sérieux coup de fouet au cinéma d’action en utilisant les mêmes recettes augmentées des contraintes de rythmes, pour Mission : Impossible 3. Avec Super 8¸ il dresse le pont ultime entre ses deux mamelles absolues : Spielberg et X-Files.

La Source des Femmes – de Radu Mihaileanu – 2011

Posté : 19 janvier, 2012 @ 7:25 dans 2010-2019, MIHAILEANU Radu | Pas de commentaires »

La Source des femmes

Le nouveau film du réalisateur de Va, vis et deviens m’a laissé un sentiment plutôt mitigé. Une très belle histoire, ambitieuse et audacieuse, un beau sens de l’image, et pourtant tout cela m’a laissé un peu de marbre. Du style : « C’est un très beau film, vraiment… si, si. C’est tout ? Ben oui, c’est tout… » Et je suis totalement incapable de dire pourquoi ce film ne m’a pas ému aux larmes, pourquoi cette histoire proche d’une fable n’atteint jamais une dimension supérieure. Rien à reprocher au travail de Radu Mihaileanu: le réalisateur va au bout de son sujet, gonflé et fort. Mais voilà, la magie n’opère pas vraiment.

Le plus international des cinéastes choisit pourtant un thème passionnant : dans un pays indéfini, quelque part entre l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, la vie d’un petit village rural et traditionnel est perturbée lorsque les femmes décident de faire la grève de l’amour pour convaincre leurs maris d’aller chercher l’eau à la source à leurs places. Ce sujet, bien sûr, n’est qu’un prétexte pris par Mihaileanu pour filmer un peuple qui arrive à un carrefour où il devra faire des choix : quelque part entre la tradition et la modernité, entre l’intégrisme et l’humanisme, entre le repli sur soi et l’ouverture sur le monde…

Le cinéaste a clairement choisi son camps, bien sûr, et il y a quelque chose de l’idéalisme naïf d’un Capra, dans le scénario. Mais hélas, ce souffle humaniste ne fait qu’effleurer le film, dont on se dit constamment qu’il est intelligent, beau et important, mais qui ne parvient pas à nous emporter comme un grand film sait le faire.
Dommage, parce que ce symbole de la source est plutôt bien exploité, que les femmes de ce village sont touchantes, et que la beauté de Leïla Bekhti irradie littéralement sur le film.

Mon pire cauchemar – d’Anne Fontaine – 2011

Posté : 19 janvier, 2012 @ 6:55 dans 2010-2019, EFIRA Virginie, FONTAINE Anne | Pas de commentaires »

Mon pire cauchemar

Isabelle Huppert en bourgeoise glaciale, sèche et cassante, vivant dans un superbe appartement donnant sur le jardin du Luxembourg. Benoît Poelvoorde en beauf sans le sou, à l’humour gras et vulgaire. On ne peut pas dire qu’Anne Fontaine offre à ses deux acteurs des rôles à contre-emploi, dans cette comédie douce-amère. Bien au contraire : le film a visiblement été écrit en pensant à eux, leur image étant le cœur même de l’entreprise. Anne Fontaine ne se contente pas de jouer avec l’image radicalement différente de ses deux acteurs, elle en fait le sujet de son film, poussant chacun d’eux jusqu’à la limite du stéréotype pour mieux dévoiler leurs fêlures et leurs improbables points communs.

D’un côté, nous avons donc la patronne d’une galerie d’art très prout-prout, remplie de gens qui trouvent ce que vous faites incroyablement novateurs devant vous avant de vous débiner dès que vous avez le dos tourné. Mariée avec un éditeur très sympa (André Dussolier, forcément formidable), avec lequel elle n’a plus eu de rapport sexuel depuis au moins quinze ans.

De l’autre, un quasi-SDF vivant seul avec son fils entre une camionnette vaguement aménagée, et un minuscule logement coincé sous un escalier. Vulgaire, porté sur le cul (« je ne paye pas d’impôt, mais je fourre du boudin !»), bricoleur, aux antipodes de cette pimbèche dont il n’aurait jamais croisé la route si leurs fils respectifs n’étaient pas les meilleurs amis du monde : parce que dans l’univers gentiment idéaliste de la cinéaste, la mixité sociale existe réellement, et les enfants de très riches fréquentent les enfants de très pauvres à l’école…

Alors ces deux-là se rencontrent finalement, et malgré eux. La bourgeoise ne tolère le prolo que parce qu’il a sympathisé avec son mari, lui ouvrant de nouveaux horizons loin de son quotidien de bourgeois un peu hypocrite (y compris des horizons sexuels, Dussolier se prenant de passion pour une connaissance de Poelvoorde, joué par Virginie Efira, irréprochable mais loin du génie de ses trois partenaires). Le prolo ne supporte les réflexions de la pétasse que parce qu’ils hébergent son fils…

Pourtant, bien sûr, la pétasse et le prolo vont finir par se trouver, se révélant leurs vraies natures cachées. Du mépris et de la haine surgira une sublime histoire d’amitié (et d’amour, dont on se serait bien passé), totalement improbable et bouleversante. Le procédé est vieux comme le cinéma : Anne Fontaine n’est ni la première, ni la dernière à associer deux caractères radicalement différents. Mais ils ne sont pas nombreux à être allé aussi loin, en utilisant les deux acteurs qui symbolisent le mieux ces différences.

Et la réalisatrice tire le meilleur de ses acteurs : Isabelle Huppert n’a pas été aussi émouvante, juste (et belle, et sexy) depuis des années ; et Benoît Poelvoorde confirme définitivement que, bien dirigé, avec un bon rôle à jouer, il est un comédien immense. Dussolier est excellent, mais c’est bien le « couple » vedette qui fait tout le sel du film, aussi bien dans la comédie, souvent très drôle, que dans l’émotion, qui prend aux tripes. Le film aurait sans doute gagné à se terminer vingt minutes plus tôt, la fin n’apportant rien à cette rencontre aussi improbable que séduisante. Mais qu’importe : Mon pire cauchemar est l’une des comédies françaises les plus intelligentes et séduisante que l’on ait vu depuis des années.

J’ai rencontré le Diable (Akmareul boatda) – de Kim Jee-won – 2010

Posté : 16 novembre, 2011 @ 9:50 dans * Polars asiatiques, 2010-2019, KIM Jee-won | Pas de commentaires »

J'ai rencontré le diable

Après avoir flirté avec le western spaghetti (Le bon, la brute et le cinglé), le Coréen Kim Jee-won flirte avec le thiller noirissime tendance Seven avec ce film de serial-killer violent jusqu’à la nausée. Point de mystère ici : l’identité du tueur nous est dévoilée dès la première séquence (scène de meurtre classique dans sa construction – une jeune femme en panne dans la campagne déserte, un véhicule inquiétant qui s’arrête – mais visuellement d’une beauté envoûtante), et le « gentil » lui-même résout l’enquête en moins d’une demi-heure.

Rapidement, le film de serial killer, plutôt classique au début, se transforme en un jeu de piste glauque et macabre entre le héros, un agent des services secrets qui s’avère être le fiancé de la première victime, et le méchant, un type à peu près normal à cela près qu’il est l’incarnation même du mal absolu. Or, la fiancée en a bavé avant de trépasser, longuement torturée par le tueur devant une caméra qui ne nous épargne rien. Alors l’agent secret, transformé en vigilante, jure de faire souffrir le tueur à son tour. Beaucoup, longtemps, avec un sadisme grandissant et une détermination sans faille qui fait froid dans le dos…

Pas de place pour la rigolade dans ce film noir, qui présente une Corée du Sud bien loin de l’image d’Epinal du sublime Chant de la Fidèle Chun-hyang. Ici, on est dans un pays habité par des esprits malades : le tueur en série est un être froid qui a grandi dans une famille de merde ; son seul ami est une épave qui se gave de chair humaine qu’il stocke dans des congélateurs pleins à dégueuler, et maqué avec une jeune femme totalement abrutie. Et quand le tueur est pris en stop après avoir pris une raclée par sa nouvelle nemesis, l’agent secret transformé en ange vengeur, c’est un duo de tueurs qui trimballent un cadavre dans leur coffre qui s’arrête… Probablement pas le film préféré des tour-operator…

La comparaison avec Seven n’est pas fortuite : le rôle de l’agent secret, interprété avec une sobriété dérangeante et bouleversante par Lee Byung-hun, fait férocement penser à celui de Brad Pitt dans le film de David Fincher. Flic intraitable lancé dans une quête qui dévore tout sur son passage, on le sait d’entrée condamné à une damnation forcément terrible. Entre-temps, il aura eu le temps de se transformer lui-même en un monstre froid, dans sa recherche de la vengeance ultime, apparaissant quand le tueur ne l’attend pas pour le torturer (lui brisant le poignet, lui sectionnant le tendon d’Achille ou lui fracassant le crâne… tout ça en gros plans sanguinolents) avant de le relâcher, pour mieux recommencer. Toujours plus violent, toujours plus implacable.

Et puis il y a le tueur lui-même, figure monstrueuse dont la seule étincelle d’humanité, dans les toutes dernières minutes du film, donne des frissons… La force du personnage (qui aurait facilement pu tomber dans la caricature) doit énormément à l’interprétation elle aussi monstrueuse et d’une force extraordinaire de Choi Min-sik, que l’on avait plus vu depuis sa prestation mémorable dans Old Boy. Son interprétation, fiévreuse et hallucinante (qui évoque un peu celle de Daniel Day Lewis dans Gangs of New York) est hypnotique et hante longtemps les esprits. Comme le regard froid de son adversaire, où la dernière étincelle d’humanité menace à tout moment de disparaître…

Un Monstre à Paris – de Eric Bergeron – 2011

Posté : 10 novembre, 2011 @ 12:13 dans 2010-2019, BERGERON Eric, DESSINS ANIMÉS, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Un monstre à Paris

Joli dessin animé, basé sur une histoire très, très classique, vaguement inspiré du mythe de Frankenstein (deux gentils maladroits s’amusent avec des produits chimiques, qui transforment une mite en un monstre qui sème la terreur à Paris ; sauf que le montre est gentil), mais rehaussé par un style visuel très séduisant. Eric Bergeron donne vie au Paris du siècle dernier, et plus précisément celui de 1910, l’année des grandes inondations dans la capitale. Voir la Seine déborder de son lit n’est pas juste un clin d’œil nostalgique au Paris de l’avant-guerre : ce fait historique est plutôt habilement intégré à l’histoire, puisque le « monstre » est vu par les autorités comme une opportunité pour divertir l’opinion publique, furieuse contre ses dirigeants…

Le meilleur, dans ce long métrage français qui vaut bien mieux que tous les derniers Disney réunis, c’est l’atmosphère « villageois » de Montmartre, joliment rendu par le beau coup de crayon de Bergeron.

C’est, aussi, le casting vocal, impeccable et intelligent. Les acteurs ne sont pas simplement choisis pour pouvoir mettre leur nom sur l’affiche : ils sont l’essence même de leurs personnages. Gad Elmaleh est irrésistible en frimeur au grand cœur ; mais c’est surtout Vanessa Paradis qui séduit, dans le rôle de l’ange de Montmartre, chanteuse de cabaret à la voix envoûtante, qui forme bientôt un duo scénique avec le monstre, qui chante et joue de la guitare comme Mathieu Chédid. Normal, c’est lui qui prête sa voix, et on regrette simplement que le réalisateur n’ait pas laissé davantage de place aux numéros musicaux.

On se console avec les clins d’œil rigolos à la culture française dans tous ses états, de la fameuse coiffure de M au « C’est mon vélo ! » d’un gendarme qui a les traits et la voix de Bourvil.

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