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Archive pour la catégorie '2010-2019'

Intouchables – de Olivier Nakache et Eric Tolenado – 2011

Posté : 12 février, 2012 @ 11:14 dans 2010-2019, NAKACHE Olivier, TOLENADO Eric | Pas de commentaires »

Intouchables

Je suis donc probablement le dernier Français à avoir vu le film événement de Nakache et Tolenado. Et pour être complètement honnête, c’est sans grand enthousiasme que j’ai pris mon billet. Un peu pour François Cluzet, acteur fabuleux qui continue à m’épater film après film. Beaucoup pour accompagner ma femme, qui voulait m’y traîner depuis des semaines (des mois ?). Alors ? Ben alors tout ce que tout le monde dit depuis des semaines (des mois ?) est plutôt vrai : Intouchables est une vraie réussite, et c’est avec une vraie banane (et un petit pincement au cœur, quand même) que je suis sorti de la salle.

Inutile de s’étendre sur un film que tout le monde, ou presque, a vu (et visiblement aimé). Reconnaissons juste qu’Omar Sy est une belle révélation. Pas sûr, toutefois, qu’il trouve rapidement un autre rôle à la hauteur de celui-ci, taillé pour lui, et qui révèle d’avantage une personnalité très attachante qu’un acteur à suivre les yeux fermés : émouvant et hilarant, il touche continuellement juste, n’en rajoutant jamais dans le côté mec de banlieue à la vie pas facile. Il confirme tout le bien qu’on pensait de lui grâce au SAV et à ses précédents (petits) rôles.

Il est le pendant parfait d’un François Cluzet qui, avec un tel rôle, aurait pu facilement ramener la couverture à lui. Ce n’est évidemment pas le cas, bien au contraire : on sent chez Cluzet une belle humilité et une complicité totale avec Sy, qu’il semble regarder avec des yeux d’enfants amusées. C’est le plus bel aspect du film : les deux réalisateurs évitent tout apitoiement et tout pathos trop facile.

Jamais le handicap, pourtant écrasant, de Cluzet n’appelle la pitié. De mémoire de cinéphile, je n’ai jamais vu une telle approche. Dans un autre registre et une autre époque, c’est à peu près l’exact opposée de l’imbuvable Chained for life, insupportable nanar consacré à un autre handicap, très différent mais tout aussi insupportable. A dire vrai, les vannes continuelles d’Omar Sy sur le handicap finissent un peu par lasser, tout comme leur opposition de goût concernant l’art est lourdement abordée. Mais par leur relation.

Avant d’être un film sur le handicap et le regard de l’autre, Intouchables est avant tout une belle histoire d’amitié. Pas moins, et pas beaucoup plus. C’est à la fois sa force et sa limite, mais la réalisation est soignée et efficace. Que demander de plus…

L’Affaire Rachel Singer (The Debt) – de John Madden – 2011

Posté : 11 février, 2012 @ 12:37 dans 2010-2019, MADDEN John | Pas de commentaires »

L'Affaire Rachel Singer

Réalisateur du poussif Shakespeare in love, John Madden surprend avec ce film d’espionnage qui renoue agréablement avec la grande tradition du genre. C’est en effet dans le Berlin Est des années 60 que l’essentiel de l’intrigue se déroule : trois agents du Mossad, les services secrets israéliens, sont chargés d’enlever et d’extrader clandestinement un criminel de guerre nazi. Si l’enlèvement lui-même se déroule sans grande difficulté, la suite s’avère bien plus problématique…

A cette base très classique s’ajoute une construction relativement complexe : le film se déroule en fait sur deux époques : les années 60, et les années 90, alors que les trois membres du Mossad sont considérés comme des héros depuis trente ans, pour avoir tué leur cible, qui tentait de s’échapper. Mais le passé semble peser lourdement sur les épaules de ces trois anciens agents de terrain : le chef de groupe devenu un ponte du Mossad, son second qui réapparaît des années après avoir mystérieusement disparu, et la jeune femme du groupe, visiblement rongée par des fantômes qui ne disent pas leur nom.

Les longs flash-backs dans le Berlin de 1966 constituent l’essentiel du film. Pourtant, le véritable enjeu se déroule bel et bien en 1997, et se dévoile petit à petit : car les trois agents n’ont pas dit exactement toute la vérité. Ce criminel nazi, qu’ils affirment depuis trente ans avoir tué, donne subitement des signes de vie. En même temps que ce mensonge (la cible s’est bel et bien échappée, ce soir-là), c’est tout le véritable thème du film qui se dévoile : le poids du mensonge, et de la compromission.

Car ce qui est terrible, dans ce mensonge, c’est que les jeunes agents ont une foi inébranlable en leur mission : enfants de victimes de la Shoah, ils ont conscience de travailler pour l’Histoire, et pour la Justice (avec un grand J, oui). Conscients de ne pas avoir le droit d’échouer, au regard d’un peuple qui a besoin de voir ses bourreaux punis pour enfin renouer avec la paix. On voit que le film de Madden est particulièrement ambitieux, et dépasse largement le simple cadre du film d’espionnage.

Cette ambition est-elle satisfaite ? En partie seulement : le personnage du chef de groupe est un brin caricatural, et celui de la jeune femme (interprétée à l’âge mur par Helen Mirren) manque un peu de profondeur. Mais celui, plus discret, du jeune agent qui fête ses 29 ans durant la mission, est passionnant. Interprété par Sam Worthington puis par Ciaran Hinds (qui, s’ils ne se ressemblent pas, partagent le même regard douloureux), il représente à lui seul tout l’enjeu du film : jeune agent totalement dirigé vers sa « mission », et dont les fantômes lui interdisent de vivre l’histoire d’amour qui lui était promise, il sera toute sa vie hanté par le mensonge dont il s’est rendu complice en dépit de toutes ses convictions, mensonge dont l’issue tragique, pour lui, est inéluctable, même si elle mettra trente ans à arriver.

Le dénouement un peu bâclé du film laisse planer un petit sentiment d’inachevé sur ce thème passionnant. L’Affaire Rachel Singer reste cependant l’un des meilleurs films d’espionnage de ces dernières années.

Cowboys et envahisseurs (Cowboys and Aliens) – de Jon Favreau – 2011

Posté : 7 février, 2012 @ 7:25 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, FAVREAU Jon, FORD Harrison, WESTERNS | Pas de commentaires »

Cowboys et envahisseurs

Mais que ce film est fainéant… L’idée de départ, une invasion extraterrestre en plein Far West, était particulièrement excitante. Confier les rôles principaux à Daniel Craig et Harrison Ford faisait même saliver. Et la présence derrière la caméra de Jon Favreau, à qui on doit Iron Man et sa suite, laissait présager un blockbuster original, ambitieux et explosif.

A l’arrivée, il y a bien des explosions, beaucoup, et des grosses encore. Mais à part ça ? Des poncifs, des emprunts éhontés (le mélange des genres est l’occasion de puiser aussi bien du côté du western que du côté du film fantastique : de Impitoyable à Predator, toutes les références incontournables y passent), et une propension remarquable à foirer tous les débuts de pistes intéressantes.

Il y avait au moins un thème qui aurait pu sortir le film de la paresse dans laquelle il se complaît : la menace des « démons » oblige les ennemis d’hier (hommes de loi, riches propriétaires corrompus, hors-la-loi, petites gens, et même Indiens) à faire front commun. Un sujet en or ? Ben pas pour Jon Favreau, qui présente cette alliance impossible comme une évidence torchée en deux plans. Bon…

A vrai dire, il fait même bien pire, en invoquant un personnage féminin qui fait joli, certes (Olivia Wilde a des atouts, c’est sûr), mais qui bousille complètement le sujet même du film (vous n’avez qu’à le voir pour comprendre).

Qu’est-ce qu’on a, à part ça ? Une grosse production efficace, explosive, et anonyme, qui aurait mérité mille fois mieux.

Et les deux stars, dans tout ça ? Absolument irréprochables : Daniel Craig et Harrison Ford se contentent de faire ce pour quoi on les a embauchés, à défaut d’avoir un directeur d’acteur pour les guider. Ford s’en sort le mieux : son personnage de vieille teigne a beau ne pas être très crédible, l’acteur lui donne une vraie épaisseur. Rien que pour lui…

A Dangerous Method (id.) – de David Cronenberg – 2011

Posté : 7 février, 2012 @ 5:09 dans 2010-2019, CRONENBERG David | 2 commentaires »

A Dangerous Method

C’est un film curieusement sage que nous offre Cronenberg. En abordant de front le thème de la psychanalyse, déjà sous-jacente dans toute son œuvre, on pouvait attendre de l’auteur de Crash l’un de ces chocs percutants et dérangeants où sexe, violence, désir et pulsion de mort ne font qu’un. Hors, avec A Dangerous Method, Cronenberg signe peut-être son film le moins dérangeant. Ses thèmes de prédilection sont bien là, mais filmés avec une économie de moyens déconcertante.

Alors que Cronenberg a l’habitude de plonger sa caméra dans la chair de son histoire (et de ses personnages), il ne fait ici qu’effleurer les visages, et illustrer avec beaucoup de retenue les névroses de ses personnages. Avec élégance, et avec un classicisme étonnant : les seuls effets de mise en scène qu’il se permet consistent à placer l’un des protagonistes en gros plan, et l’autre à l’arrière plan avec un petit jeu sur la profondeur de champs. A un bref moment, lors de l’arrivée du Transatlantique en Amérique, on pense même au cinéma de John Ford, lorsque la Statue de la Liberté se dessine derrière les silhouettes des deux personnages principaux.

Et quels personnages : Freud en personne, et son « fils spirituel » Jung, les deux pères de la psychanalyse moderne, dont on suit l’attirance-répulsion sur près de dix ans, jusqu’à la veille de la Grande Guerre. A travers leur amitié, puis leur brouille ; à travers surtout la relation amoureuse compliquée entre Jung et l’une de ses patientes qui devient sa maîtresse… c’est la naissance de la psychanalyse qui est le vrai sujet de ce film bavard, tantôt ennuyeux (toute la première partie manque cruellement de flamme), tantôt passionnant.

Le film décolle vraiment lorsqu’arrive un troisième psychanalyste, Otto Gross, interprété par Vincent Cassel. Ce psy névrosé ivre de liberté et de jouissance vient remettre en question les certitudes de Jung et son approche clinique de la psychanalyse, et de la vie. Il apporte aussi beaucoup de nuances à l’opposition grandissante entre les deux grands maîtres, Freud et Jung. Le jeu tout en retenue et élégance de Michael Fassbender (Jung) est parfait, mais les apparitions de Viggo Mortensen sont autrement plus marquantes.

Déjà à l’affiche des deux précédents films de Cronenberg (A History of Violence et Les Promesses de l’Ombre), l’ex Aragorn du Seigneur des Anneaux donne une vraie épaisseur (et un accent viennois très suave), à ce « monstre » qu’est Freud, patriarche controversé d’une famille (les psychanalystes) qui se déchirent autour de ses thèses. Sans en faire trop, il donne corps à tout ce que Freud a de séduisant, tout en faisant apparaître les failles de l’homme, cet aveuglement et cette fierté qui en font, déjà, un dinosaure peu désireux de céder sa place.

Selon Freud, la fâcherie avec Jung serait une volonté de ce dernier de « tuer le père » spirituel. Et si, plutôt, c’était Freud qui tuait ce fils brillant qui, en franchissant une porte ouverte par le père, risquait de dépasser celui-ci…

Captain America : First Avenger (Captain America : The First Avenger) – de Joe Johnston – 2011

Posté : 23 janvier, 2012 @ 4:57 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, JOHNSTON Joe | Pas de commentaires »

Captain America

Voir Captain America peu de temps après avoir vu Dans la brume électrique permet de prendre conscience de la dure condition du métier d’acteur ! Après avoir trouvé un rôle en or, complexe et fascinant, dans le film de Bertrand Tavernier, Tommy Lee Jones remplit son compte en banque, mais vide ses neurones avec ce film de super-héros qui n’a rien de honteux en soi, mais qui lui donne l’un des rôles les plus inintéressants de sa longue carrière : un officiel de l’armée américaine, raide et exigeant avec ses hommes, sans émotion et sans la moindre complexité. La comparaison est rude…

Soyons honnête, le rôle de Tommy Lee Jones est très secondaire dans ce film pas mal fichu, avec même quelques passages réjouissants. Joe Johnston (réalisateur de Jurassic Park 3 notamment) lorgne visiblement sur Watchmen et Hellboy 2, deux adaptations de comics autrement plus ambitieuses et intéressantes. Son film n’est pas vraiment plus conventionnel, mais il est réalisé avec nettement moins d’inspiration : il manque à ce Captain America l’ampleur et le romantisme des grands films du genre.

L’histoire, pourtant, ne manque pas d’ampleur : le film raconte l’incroyable destin d’un gringalet qui veut combattre le nazisme, qui est constamment refoulé de l’armée à cause de sa carrure et de sa santé fragile, et qui est choisi contre toute attente comme cobaye d’une expérimentation révolutionnaire, qui le transforme en colosse aux capacités physiques hyper-développées.

Un « super-héros » que l’armée utilise pour faire la mascotte costumée, afin d’inciter les Américains à acheter les fameux « liberty bonds ». Belle idée déjà au cœur du Mémoire de nos pères de Clint Eastwood, qui est ici trop rapidement évacuée. Mais la manière dont Johnston filme les grosses bastons qui suivent cette première partie n’est pas inintéressante, loin de là. De manière plutôt inattendue, le réalisateur choisit de laisser hors-champs plusieurs moments-clés de l’affrontement avec les forces du mal : visiblement plus intéressé par les sentiments de ses personnages.

Quelques morceaux de bravoure sont également franchement bien foutus, en particulier lorsque le souffle de la grande Histoire vient clairement enrichir l’histoire de super-héros. Mais à trop vouloir aller trop loin, le film tombe dans le grand-guignol un peu saoûlant : le super-méchant, interprété par un Hugo Weaving qui singe sa propre performance dans les Matrix, est assez insupportable, et s’apparente d’avantage au méchant d’un James Bond qu’à une menace plus grande encore que Hitler lui-même.

Plutôt sympathique, le film, comme son final réussi qui évite adroitement le happy-end de rigueur, prépare aussi LA grosse production que les fans de super-héros attendent avec impatience : The Avengers, qui rassemblera quelques-uns des personnages ayant cartonné au cinéma ces dernières années, de Iron Man à Hulk en passant par Thor, et Captain America, donc.

La Femme du Vème (The Woman in the Fifth) – de Pawel Pawlikowski – 2011

Posté : 23 janvier, 2012 @ 12:23 dans 2010-2019, PAWLIKOWSKI Pawel | Pas de commentaires »

La Femme du Vème

Un choc ! En adaptant le roman de Douglas Kennedy, Pawel Pawlikowski fait son entrée, d’emblée, dans la cour des grands cinéastes à suivre. De ces réalisateurs qui peuvent se permettre de laisser des tas de questions en suspens, tout en conduisant le spectateur exactement là où il le voulait. En l’occurrence, dans le cœur à vif et l’esprit foutraque de Ethan Hawke, Américain à Paris qui trimballe une douleur et des démons insondables.

Que s’est-il passé exactement dans la vie de cet homme à qui tout devrait sourire ? Auteur d’un unique roman salué unanimement, professeur d’université qui menait visiblement une vie très confortable, il débarque à Paris « pour rejoindre sa femme et sa fille», comme il l’annonce d’entrée à un douanier soupçonneux. Sauf que cette femme n’attendait pas ce mari, dont elle s’est séparée à la suite d’un épisode apparemment douloureux, qui a conduit à une décision d’éloignement de la part de la justice. Et que leur fille le croit en prison.

Quel est son problème ? Est-il schizophrène ? Sort-il réellement de prison, ou d’une maison de santé ? On n’aura jamais de réponse claire à ces questions. Une seule chose compte : Ethan Hawke va très mal, il lutte contre ses démons, et ne vit que dans l’espoir, que l’on sait chimérique, de retrouver ce qu’il a perdu : sa famille.

Mais à Paris, il est constamment ballotté entre le fantasme et la réalité, entre un Paris de carte postale (cette terrasse à la vue incroyable d’où on peut quasiment toucher le pied de la Tour Eiffel, symbole absolu d’un Paris de rêve aux yeux des Américains), et un Paris bien plus tangible : ce quartier populaire inquiétant dans lequel il se retrouve sans argent, sans papiers, sans vêtements, et où il s’installe dans le premier hôtel miteux.

Dans le premier Paris, il rencontre une femme, belle et étrange, dont l’élégance et le port paraissent d’un autre temps. C’est Kristin Scott-Thomas, apparition presque irréelle qui guide Ethan Hawke vers un semblant d’espoir de retrouver sa vie perdue.

Dans le second, notre écrivain côtoie une faune interpole qui le tire vers le bas. C’est le personnage le plus charnel du film qui résume le mieux le film, en racontant un rêve : « j’ai rêvé de vous, vous étiez un peintre et vous vous enfonciez de plus en plus profondément dans la boue ». C’est la serveuse du café-hôtel, une immigré incarnée par Joanna Kulig, jeune actrice  polonaise pulpeuse et terriblement émouvante. Elle est LE personnage qui ancre le film dans la réalité, qui résume tout un pan du message de Pawlikowski : la réalité de Paris, quelque part entre l’espoir d’une vie meilleure, liée aux stéréotypes véhiculés notamment par le cinéma américain, et la froide désillusion des quartiers pauvres de la capitale. Ce tiraillement (ce double visage de la capitale) a-t-il déjà été mieux décrit que dans La Femme du Vème ? Pas sûr…

Dans ce film, la notion de réalité est d’ailleurs toujours contrebalancée par un doute. La rencontre avec Kristin Scott-Thomas n’est-elle pas trop belle pour être vraie ? Le « boulot » qu’Ethan Hawke accepte pour payer sa chambre n’est-il pas trop caricatural pour être authentique ? Il en va de même pour tous les ressors dramatiques a priori traditionnels du film : l’attente d’un nouveau roman de l’écrivain, la disparition de sa fille…

Tous les éléments qui semblent rapprocher La Femme du Vème d’un film de genre sont trompeurs. Tout ce qui semble vouloir apporter des réponses ne fait qu’accentuer le mystère. Mais qu’importe : plus les rebondissements deviennent nébuleux, plus le mystère s’épaissit, et plus la réalité du film devient flagrante. C’est le portrait intime (intérieur, même), d’un homme tiraillé entre ses rêves et ses démon ; un homme qui cherche simplement la meilleure manière de se dire que pour lui, le seul espoir est de trouver la paix intérieur, d’accepter la perte de son bonheur…

Pour porter un tel sujet, il fallait un grand acteur. Ethan Hawke est à la hauteur : vingt ans après Le Cercle des poètes disparus, le jeune ado mal dans sa peau semble toujours planer sur sa tête. Son interprétation, sensible et bouleversante, est inoubliable.

J. Edgar (id.) – de Clint Eastwood – 2011

Posté : 20 janvier, 2012 @ 6:56 dans 2010-2019, EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

J Edgar

De film en film, Eastwood trace son chemin avec une force tranquille et une cohérence qui forcent le respect. Depuis quelques films déjà (depuis sa « mort » dans Gran Torino, disons), on sent bien que les dernières velléités qu’il avait à donner au public ce qu’il attendait avaient totalement disparu. Son cinéma n’en est que plus passionnant, attachant, et unique dans le paysage actuel. Loin de toutes les modes, Eastwood fait le cinéma qu’il veut. Ni plus, ni moins. Et il le fait avec un classicisme qui frôle parfois l’académisme, mais qui ressuscite au final l’esprit des grands maîtres qui ont raccroché quand lui faisait de pénibles débuts devant la caméra, au milieu des années 50.

Avec J. Edgar, fresque colossale et pourtant intimiste, Eastwood renoue d’ailleurs une nouvelle fois avec une époque qui lui est chère. Car même si le film raconte l’histoire du FBI et de son créateur de 1919 à 1972, l’une des périodes charnières est bien l’Amérique de la Grande Dépression : ces années 30 qui lui avaient déjà inspiré deux de ses plus beaux films, Honkytonk Man et L’Echange (son film récent le plus sous-estimé). Une décennie qui fut celle de son enfance (il est né en 1930), mais aussi celle d’un cinéma qui continue à le nourrir, en particulier à travers James Cagney, acteur dont le parcours au cours de ces années d’avant-guerre illustre bien le chemin parcouru par Hoover.

Le parallèle est joliment montré dans le film : Hoover a définitivement réussi à imposer « son » FBI lorsque Cagney incarne enfin l’un de ces « G-Men » (les hommes du gouvernement), et non plus l’un de ces gangsters qui ont fait sa gloire. Bref : quand le peuple américain considère que les héros sont les agents du FBI, et plus les gangsters romantiques comme Dillinger, qui fut l’une des premières « proies » du « bureau ». Mine de rien, cette place donnée au cinéma dans le film d’Eastwood n’est pas anodine : elle illustre bien l’une des obsessions de Hoover, qui était son combat du bien contre le mal.

Le Bien étant la sécurité et la survie de l’Amérique, il lui fallait un Mal à la hauteur : les attentats « bolcheviks » de 1919 (un épisode méconnu de l’histoire américaine du XXème siècle, qu’Eastwood utilise avec intelligence) offrent au jeune Hoover à la fois un ennemi tangible, une mission quasi-sacrée, et un point de départ inespéré pour le projet d’agence gouvernementale dont il deviendra le père et l’âme maudite durant un demi-siècle. Ce Mal qu’il n’aura de cesse de retrouver au fil des décennies et des bouleversements politiques, sous les traits du « communiste », cette menace directe face à laquelle le crime organisé n’a que peu d’importance.

Sans jamais en rajouter, et avec une reconstitution historique d’un réalisme incroyable, c’est cette obsession d’une vie qu’Eastwood raconte dans cette biographie qui dépasse largement le cadre souvent réducteur et gonflant du biopic. J. Edgar est le portrait d’un homme habité et malade, passionné et manipulateur, ambitieux et complexé. Il offre aussi une vision éclairée et passionnante de la naissance du FBI, et à travers elle de la partie la plus controversée de l’histoire américaine, faite de mensonges, d’assassinats, de coups-bas et d’écoutes illégales.

Il vaut mieux avoir quelques connaissances de base de cette période pour bien apprécier le film : les allers-retours continuels entre les différentes époques ne facilitent pas vraiment les choses. Mais Eastwood choisit de mettre en avant quelques épisodes particulièrement fondateurs, comme l’enlèvement tragique du petit Lindbergh, ou le comportement « inapproprié » de Mme Roosevelt, qui illustrent efficacement les grandes étapes du FBI et de son patron historique.

Cette construction complexe, sous forme de puzzle, est l’un des aspects les plus réussis du film : mieux qu’avec un film chronologique, la complexité de Hoover s’enrichit de ces époques qui se répondent, dressant le portrait d’un homme qui, toute sa vie, a répondu aux mêmes obsessions. Eastwood présente un homme qui fut sans doute le plus puissant du monde, mais qui pourtant vivait la plus rangée et la plus monotone des vies, mangeant toujours au même endroit, avec la même personne, aimant séduire mais terrorisée par les femmes ou le sexe, et n’étant entouré que d’une poignée de personnes avec lesquelles il entretenait des rapports pour le moins ambigus.
Sa relation homosexuelle mais visiblement platonique avec son bras droit Clyde Tolson (joué par un Arnie Hammer tout en séduction trouble) ; celle avec une mère castratrice (Judi Dench) ; celle encore avec sa fidèle secrétaire (Naomi Watts) qu’il aurait pu épouser… La vie privée de ce « grand homme corrompu », selon Eastwood en tout cas, ne dépasse jamais le cadre de ce triangle qui tourne exclusivement autour de sa mission, son FBI.

Très inspiré, Eastwood signe son meilleur film depuis longtemps. Encore fallait-il trouver un interprète à la hauteur du rôle, monstrueux. Di Caprio, qui décidément ne cesse de gagner en épaisseur, est totalement à la hauteur de l’enjeu. Immense, sans jamais cabotiner, il se glisse dans la peau de Hoover sans le singer, et son interprétation est d’une force assez hallucinante. Plus encore que sous la direction de Scorsese (notamment pour Aviator, où il interprétait un Howard Hughes déjà très obsessionnels), l’ex-jeune premier de Titanic prouve qu’il est devenu l’un des très grands acteurs d’aujourd’hui.

Mission : Impossible – le protocole fantôme (Mission : Impossible – Ghost Protocole) – de Brad Bird – 2011

Posté : 20 janvier, 2012 @ 6:49 dans 2010-2019, BIRD Brad, CRUISE Tom | Pas de commentaires »

Mission Impossible 4

Après trois petites merveilles du cinéma d’action, ce quatrième volet des aventures d’Ethan Hunt, le super espion qui a ringardisé James Bond (jusqu’à l’arrivée de Daniel Craig, en tout cas), avait tout de la mauvaise idée. Pire, même : les premières images qui semblaient recycler, en moins bien, tout ce qu’on avait déjà vu dans les films précédents, semblaient enfin donner raison aux détracteurs de Tom Cruise, ceux qui annoncent la fin de sa carrière depuis le milieu des années 90. Mais voilà, une fois encore, celui qui restera à jamais la plus grande star de sa génération prouve qu’il faut encore compter sur lui. Ce M : I 4 est bien plus qu’un baroud d’honneur, et certainement pas un bâton de maréchal qui assurerait à l’acteur les derniers éclats d’une gloire vacillante.

Le Protocole fantôme n’est pas tout à fait aussi enthousiasmant que les trois films précédents, c’est vrai. Mais il y a dans ce pur film d’action un parti-pris aussi fort et abouti que l’élégance classique de De Palma (ici), le romantisme maniéré de John Woo (ici), ou le rythme télévisuel trépidant de JJ Abrams (ici). Le choix de Brad Bird, réalisateur jusqu’alors spécialisé dans l’animation (Ratatouille et Les Indestructibles) pouvait paraître très étonnant ; c’est un nouveau pari réussi pour la star-producteur, amateur de signatures fortes (il n’y a qu’à voir les noms qui marquent sa filmographie : Kubrick, Stone, Scorsese, Spielberg, Crowe, Anderson…).

Car Mission Impossible 4 est un cartoon. On le voit dès la toute première séquence (avec un acteur venu de Lost, la série de JJ Abrams…), le réalisateur et son producteur n’ont pas l’intention de se laisser contraindre par les limites des prises de vue réelles. Bird vient du dessin animé ? C’est exactement pour ça que Tom Cruise l’a choisi : pour faire du quatrième volet de sa franchise l’une de ces folies que seule l’animation permet généralement.

Le film évoque souvent les premiers films de la série (l’intrusion dans le Kremlin qui remplace le siège de la CIA à Langley dans le film de De Palma, ou le Vatican dans celui d’Abrams ; l’entrée par une bouche d’aération comme dans tous les précédents films…), et plus encore les vieux James Bond par la démesure de l’intrigue (c’est rien moins qu’une guerre nucléaire totale que Hunt et ses comparses doivent éviter) et par l’absurdité des rebondissements. Mais il fait aussi très souvent penser aux folies de Tex Avery…

Lorsque les personnages, bon ou mauvais, se lancent dans le vide, s’accrochent à une façade (celle du Burj Khalif à Dubai, le plus grand immeuble du monde, dans une séquence qui file le vertige) ou disparaissent par des trous dans le sol, on ne serait pas étonner de voir apparaître Will Coyotte ou Bugs Bunny. Cette tendance trouve son apogée avec l’extraordinaire poursuite dans une tempête de sable, ou dans l’hallucinante dernière scène de baston de Cruise, dans une usine automobile où Hunt et sa nemesis passent constamment d’un niveau à l’autre, grâce à un improbable va-et-vient de plate-formes qui rappellent, pour prendre un exemple très récent, les rouages de Big Ben dans Cars 2

Les personnages ne sont pas oubliés dans ce divertissement irréel, avec des seconds rôles particulièrement réussis : Jeremy Renner en alter ego de Cruise (lorsque la star peinait à convaincre les producteurs de le suivre sur ce nouveau volet, Renner avait été envisagé pour le remplacer), ou Simon Pegg (déjà présent plus brièvement dans MI3) en caution humoristique assez irrésistible. Ethan Hunt lui-même a évolué, comme il le fait film après film. Il semble ici revenir de l’enfer… Mais la noirceur que Bird laisse poindre ne dure pas vraiment. S’il réussit à nous convaincre que les personnages sont hantés par leurs fantômes, et que la survie du monde est en jeu, c’est aussi pour mieux nous rappeler à la fin que tout ça était pour rire, et qu’au cinéma on peut tout se permettre : y compris ressusciter des personnages que l’on croyait mort ou disparu. Comme Tom Cruise, que l’on nous dit fini depuis une demi-douzaine d’années, et qui renaît de ses cendres film après film.

Time Out (id.) – de Andrew Niccol – 2011

Posté : 20 janvier, 2012 @ 6:28 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, NICCOL Andrew | Pas de commentaires »

Time Out (id.) – de Andrew Niccol – 2011 dans 2010-2019 time-out

Dire qu’on attendait le nouveau film d’Andrew Niccoll avec impatience relève de l’euphémisme. Scénariste de Truman Show, réalisateur de Bienvenue à Gattacca et Simone, Niccoll s’est imposé depuis plus de dix ans comme l’auteur de SF le plus percutant, le plus intelligent et le plus passionnant de sa génération. Mais depuis Lord of War, son chef d’œuvre absolu (dans un autre genre), plus de nouvelle. Encensé par une partie de la critique, le cinéaste ne rencontre en salles qu’un succès d’estime, sans commune mesure avec ses ambitions. Time Out, qui nous arrive cinq ans après son précédent film, a tout du projet de rechange…

L’idée de départ, cela dit, est passionnante : dans un futur indéfini, l’argent est remplacé par du temps. Après 25 ans, chaque homme et chaque femme ont en poche un an de vie, qui s’échappe seconde après seconde. Leur salaire (minable dans les petits quartiers) leur apporte du temps supplémentaire, tandis que la moindre de leur dépense (hors de prix dans les petits quartiers) réduit leur capital comme peau de chagrin. Ce concept, typique de la SF, permet de symboliser jusqu’à l’extrême le fossé entre les riches exploiteurs et les pauvres laborieux. Pendant un temps (la première demi-heure, disons), cela donne lieu à quelques séquences fortes et bouleversantes qui laissent augurer du meilleur pour la suite.

Mais la suite, hélas, n’est jamais au niveau. Le scénario n’évite pour ainsi dire jamais les stéréotypes les plus éculés. D’un côté, le quartier des riches quasi-immortels, qui construisent leur fortune sur l’exploitation-du-petit-peuple-qui-mène-une-vie-de-con. De l’autre, le quartier populaire où les gens crèvent (littéralement) de misère, mais où tous se serrent les coudent. Voler le temps d’autrui est on ne peut plus simple, mais cela ne viendrait à l’esprit de personne dans ce quartier où tout le monde aime tout le monde. Si le film se veut le symbole du monde actuel, la pilule a un peu de mal à passer, faut reconnaître…

Cette naïveté n’est rien à côté de l’impression de gâchis qui règne sur l’ensemble du film. Niccoll ne manque pas d’idées, c’est même le principal problème du film : les idées qui auraient pu être géniales s’accumulent, mais pas la moindre d’entre elles n’est exploitée correctement. Le héros (Justin Timberlake, très bien), qui jure de renverser ce système injuste avec l’aide d’une fille de riche dans une sorte de remake futuriste de Bonnie and Clyde, est le fils d’un homme dont il ignore tout et qui cachait bien des secrets. Ces secrets donnent-ils lieu à des révélations tonitruantes ? Ben non, pas plus que la mélancolie du riche las de vivre n’est exploité, pas plus que la théorie du complot, pas plus que le terrible rapport père-fille entre la rebelle et le milliardaire, pas plus que les effets ravageurs d’une richesse trop subite…

Même les personnages les plus troubles (celui du gardien du temps, interprété par l’excellent Cillian Hinds) sont traités par-dessus la jambe… Comme si les scénaristes s’étaient dit, en plein milieu de l’écriture : « Oh, et puis merde, on arrête là ! » Reste une petite série B qui aurait été réjouissante si, justement, il n’y avait pas autant de bonnes idées qui ne laissaient cet arrière-goût persistant d’inachevé.

Super 8 (id.) – de J.J. Abrams – 2011

Posté : 20 janvier, 2012 @ 2:58 dans 2010-2019, ABRAMS J.J., FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Super 8

Avec ses séries télé (en particulier Lost), on devinait depuis longtemps la fascination qu’exerçait Spielberg sur JJ Abrams. Le troisième long métrage du jeune prodige ne laisse plus planer le moindre doute : Abrams est bien le fils spirituel du réalisateur des Dents de la Mer. Avec Super 8, le jeune cinéaste revendique clairement cette paternité, en même temps qu’il est officiellement adoubé par son aîné. Spielberg est en effet le producteur de ce film qu’il aurait pu réaliser lui-même dans les années 80.

Avec cette histoire située à mi-chemin entre E.T. et, surtout, Rencontre du 3ème type, Abrams signe sans doute le plus personnel de ses projets, télé et cinéma confondus. Ces adolescents américains de la fin des années 70 qui passent tout leur temps libre à tourner des films en super 8, c’est un peu lui et ses potes, notamment Larry Fong (directeur de la photo sur le film) et Bryan Burk (co-producteur), ses amis d’enfance. Ados, ils faisaient leurs armes avec d’autres (dont Matt Reeves, le réalisateur de Cloverfield), tournant des films d’horreurs ou de SF avec les moyens du bord, comme le faisait un certain Steven Spielberg trente ans avant eux.

Ce n’est donc pas un hasard si l’action de Super 8 se déroule en 1979. Cette année-là, JJ Abrams avait 13 ans, à peu près l’âge de ses héros. Et paradoxalement, la première demi-heure du film est sans doute la plus passionnante : c’est la chronique douce-amère d’un groupe d’ados comme les autres, un été comme les autres, dans une petite ville comme les autres. C’est simple, étonnamment juste, et très beau. Il faut dire que ces ados qui passent leur été à tourner un film de zombie idiot et rigolo, et incidemment à flirter gentiment, sont interprétés par de tout jeunes comédiens qui sont d’une justesse rare. C’est la grande force du film, qui aurait pu être totalement insupportable pour les mêmes raisons : le choix des acteurs principaux. Inconnus, ils sont d’une justesse inattendue, et n’ont jamais ce côté tête-à-claque qui plombe la plupart des films dont les héros sont des enfants.

La scène-pivot du film (le déraillement d’un train en pleine nuit, avec l’évasion d’une mystérieuse créature) tient également toutes ses promesses : on assiste sans doute à la catastrophe ferroviaire la plus spectaculaire de l’histoire du cinéma. La suite est hyper efficace, mais un peu plus classique et attendue. Les rebondissements ne manquent pas (la révélation du secret¸ l’enlèvement de la jeune héroïne, l’état de siège de la petite ville), mais le film manque parfois de vie. C’est efficace, visuellement splendide et très inventif, mais on garde trop souvent un simple regard de spectateur étranger à l’action.

Dommage, parce que le film avait tout pour atteindre le niveau d’un Rencontre du 3ème type, justement, référence omniprésente tout au long du film. Ce n’est d’ailleurs pas la seule référence. JJ Abrams lorgne aussi ouvertement du côté de X-Files, LA série qui a révolutionné la télévision au début des années 90, et dont il est également l’héritier direct. Ce sentiment de déjà-vu que l’on ressent bien souvent tout au long du film tient au moins autant aux emprunts à la « mythologie » x-filienne (les fans sauront de quoi je parle, les autres auront le plaisir de se plonger dans les neuf saisons du show) qu’aux films de Spielberg.

Ces références multiples sont la principale signature de JJ Abrams. Celui qui a révolutionné la série télé (avec Chris Carter pour X-Files, quand même) en utilisant les ficelles du cinéma pour ses différentes créations, avait en retour donné un sérieux coup de fouet au cinéma d’action en utilisant les mêmes recettes augmentées des contraintes de rythmes, pour Mission : Impossible 3. Avec Super 8¸ il dresse le pont ultime entre ses deux mamelles absolues : Spielberg et X-Files.

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