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Archive pour la catégorie '2010-2019'

Kill the Gringo (Get the Gringo / How I spent my summer vacation) – d’Adrian Grünberg – 2012

Posté : 12 octobre, 2012 @ 1:21 dans 2010-2019, GRÜNBERG Adrian | Pas de commentaires »

Kill the gringo

A force d’être dans le creux de la vague, il fallait bien ça arrive : Mel Gibson a enfin droit à son direct-to-dvd, un premier film (signé Adrian Grünberg, assistant réalisateur pour Oliver Stone, Steven Soderbergh… ou Mel Gibson sur Apocalypto), tourné en DV et avec un petit budget, qui n’a eu droit à une sortie en salle nulle part… Fini, le Mel, malgré les bonnes critiques reçues pour sa précédente prestation dans Le Complexe du Castor ? Ce serait aller un peu vite en besogne, parce que ce Kill the Gringo (connu un temps sous le titre How I spent my summer vacation), non seulement n’a rien de honteux, mais se révèle même une excellente surprise.

Gibson, qui a produit et co-écrit le film, trouve même là l’un de ses meilleurs rôles de durs à cuire, dans un film vraiment « hard-boiled », qui reste rude et âpre jusqu’au bout, tenant les promesses que n’avait pas tout à fait tenues Payback, autre film hard-boiled du Mel, à la réputation pourtant bien meilleure.

Dans Kill the Gringo, l’image n’est pas très belle, DV oblige, mais le débutant Grünberg signe un premier film admirablement tendu, dont l’essentiel de l’action se déroule à l’intérieur d’une prison mexicaine hallucinante, qui tient moins du pénitencier classique que de la zone de non-droit de New York 1997. Version bidonville, moite et et poussiéreuse. Mel, arrêté à la frontière par des flics corrompus qui lui volent son butin, y est enfermé et oublié. Il y rencontre un gamin de 9 ans et sa mère, et découvre que le gosse est le réservoir à foie du patron des lieues, malade ayant besoin d’une transplantation.

Après une entrée en matière vive et tendue, le film patine un peu, à l’arrivée en prison. Mais la dernière moitié est bourrée d’éclats de violence qui font vraiment mal, sans oublier d’être cool pour autant. Dommage que « la » grande fusillade au milieu du film soit gâchée par un ralenti constant glonflant, qui casse le rythme. Mais Grünberg se rattrape sur les autres poursuites et fusillades, notamment le dernier affrontement, glaçant.

Pas un chef d’œuvre, non, mais Mel Gibson, même au creux de la vague, même avec le poids des ans sur son visage, attire toujours la caméra comme peu d’autres stars. Ce Kill the Gringo vaut nettement plus que le précédent actionner de l’acteur, Hors de contrôle, qui avait eu droit à une grosse sortie en salles, et qui était nettement plus insipide et ennuyeux. Et vive le DVD !

Sammy 2 (Sammy’s Adventures 2) – de Ben Stassen et Vincent Kesteloot – 2012

Posté : 19 septembre, 2012 @ 10:09 dans 2010-2019, DESSINS ANIMÉS, KESTELOOT Vincent, STASSEN Ben | Pas de commentaires »

Sammy 2

La suite d’un petit succès du cinéma d’animation. Dans la série des détails qui n’intéressent que moi : c’est la première sortie au cinéma de mon fils de 3 ans, et c’est absolument charmant. Très inspiré par Le Monde de Némo, le déjà classique de Pixar, ce Sammy 2 ne manque ni d’humour, ni de rebondissements.

Sammy, grand-père tortue, est enlevé par des pêcheurs avec son vieil ami et leurs petits-enfants, pour aller enrichir la collection d’un immense aquarium de Dubaï (ils sont partout !). Ils n’ont plus qu’un objectif : s’évader, et emmener avec eux les centaines de créature qui peuplent ce faux paradis touristiques.

C’est pêchu, intelligent, mignon tout plein, ça fait gentiment peur… Parfait pour un après-midi au cinoche avec un jeune enfant.

 

Le Lorax (Dr. Seuss’ The Lorax) – de Chris Renaud et Kyle Balda – 2012

Posté : 19 septembre, 2012 @ 10:00 dans 2010-2019, BALDA Kyle, DESSINS ANIMÉS, FANTASTIQUE/SF, RENAUD Chris | Pas de commentaires »

Le Lorax

Moi, moche et méchant était la belle surprise du début de la décennie, en terme de cinéma d’animation. Ses créateurs transforment l’essai avec cette adaptation très réussie d’un livre du fameux (en tout cas en anglophonie) Dr Seuss, celui-là même à qui on doit Les 5000 doigts du Dr T (porté à l’écran par Roy Rowland en 1953), Le Grinch (avec Jim Carrey, 2000), Le Chat chapeauté (avec Mike Meyers, en 2002) et Horton (dessin animé sorti en 2008).

L’histoire, qui brasse des thèmes classiques du cinéma d’animation (le respect de la nature, la liberté de décider de sa vie, l’esprit de groupe et la générosité) est particulièrement riche et dense.

Tout commence dans une ville totalement aseptisée et privée de toute végétation, dirigée par un nabot qui a fait fortune en vendant de l’air en bouteille. Pour séduire une jeune fille, un gamin réalise l’impensable : il sort de cette ville entourée de murailles infranchissables, et découvre un monde gris et mort. Il y rencontre un mystérieux ermite, le Gash-pilleur, qui lui raconte les origines de ce chaos. Des années plus tôt, il était arrivé dans ce pays verdoyant et couvert d’arbres roses, et avait bouleversé le bel équilibre qui y régnait par appât du gain, malgré les résistances du Lorax, une espèce de nounours chargé de veiller sur la nature.

Visuellement, le film est somptueux, poussant à l’extrême le contraste entre la nature luxuriante et la ville artificielle, entre le passé et le présent. Et si les thèmes sont très classiques, leur traitement l’est moins. Il y a ici une véritable noirceur, qui prend les traits du terrible temps qui passe. Le Gash-pilleur ruine durablement la nature, mais il gâche aussi sa vie. Et le temps perdu ne se rattrapera pas, malgré le happy-end rempli d’espoirs…

The Dark Knight rises (id.) – de Christopher Nolan – 2012

Posté : 26 août, 2012 @ 10:57 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, NOLAN Christopher | Pas de commentaires »

The Dark Knight rises

Etrange sensation à la sortie de The Dark Knight rises : à la fois hyper-excité par l’un des blockbusters les plus ébouriffants de ces dernières années, et un peu frustré aussi. Quels que soient ses défauts (trop long, Nolan a des centaines d’idées et refuse obstinément de faire des choix), le film est en tout cas une excellente conclusion d’une trilogie assez géniale. En tout cas tenue d’un bout à l’autre sur un même cap, ce qui n’est vraiment pas si courant. Malgré le succès, immense, malgré les moyens, démesurés, Nolan a su rester fidèle à ce qu’il voulait montrer : le destin tragique d’un homme prêt à se sacrifier pour une société qui le lui fait pas de cadeaux, mais à qui ses parents avaient déjà donné leur vie.

Producteur avisé, Nolan ne ferme pas non plus la porte à un prolongement de ces aventures. La fin ouverte laisse penser qu’il y aura bien un après, et que cet après ne sera pas un énième reboot. Mais quoi qu’il arrive, c’est la fin d’une époque. La relève est prête.

Vrai suite, annoncée dès la fin du précédent volet, ce troisième Batman est dominée par deux personnages-clés des précédents volets, morts mais pourtant omniprésents : Ra’s al Ghul (Liam Neeson dans Batman begins) et Harvey Dent (Aaron Eckhart dans The Dark Knight). Dent, élevé au rang d’icône dont l’image guide une cité de Gotham enfin débarrassée de ses démons (il n’y aurait pas quelque chose de religieux derrière tout ça… ?). C’est d’ailleurs pour sauvegarder cette icône que Batman a accepté d’endosser le costume du criminel à abattre.

Huit ans ont passé, et Batman a totalement disparu. Quant à Bruce Wayne, il s’est mué en riche ermite à la longue barbe, sorte de Howard Hughes (la comparaison est explicite) qui pleure la mort de sa bien aimée autant que son propre destin. Il faudra l’irruption d’une jolie cambrioleuse, d’une jolie milliardaire (oui, il est bien entouré quand même) et d’un mystérieux homme masqué, héritier de Ra’s al Ghul, pour le sortir de sa retraite. Il faudra aussi une nouvelle menace de destruction totale de Gotham…

Difficile de résumer l’intrigue, tant les pistes sont nombreuses et s’imbriquent étroitement. Mais comme toujours, tout en parsemant son film d’incroyables moments d’anthologie (dès la première séquence, l’attaque à main armée d’un avion en vol… par l’extérieur ), c’est aux personnages que Nolan s’intéresse le plus.

Et les personnages ne manquent pas autour d’un Batman/Bruce Wayne plus tourmenté que jamais. Gordon, Alfred et Lucius sont de retour, et gagnent en complexité. Et beaucoup de nouveaux venus : Catwoman, le futur Robin, la milliardaire Miranda, le super méchant Bane… On pourrait se dire que c’est trop, que forcément certains vont être sacrifiés, mais non : Nolan parvient à les faire vivre, en leur donnant une belle profondeur. Il faut dire qu’il prend le temps : 2h45 de métrage quand même.

Anne Hathaway, surtout, est parfaite en Selina/Catwoman. Nolan, qui sait bien qu’il ne fera pas oublier la Michelle Pfeiffer de Batman le défi, prend une autre direction (comme il l’avait fait pour son Joker, différent de celui de Jack Nicholson dans le Batman de Burton). Entre humour, charme, cynisme et agilité, sa Catwoman n’a rien de surnaturel ou d’innocence perdue. Elle est juste une très bonne voleuse en quête d’une seconde chance. Une simplicité qui semble même un peu fade dans la première partie du film, mais qui finit par emporter l’adhésion.

Joseph Gordon-Levitt, lui, trouve un rôle en or, de ceux qui transforment un jeune acteur qui monte en vraie star (comme le Ringo de La Chevauchée fantastique pour John Wayne, disons). Ce jeune flic intègre et courageux est le vrai héros de ce troisième film. Et les dernières minutes sont pleines de promesses pour lui, en ce qui concerne de probables suites…

Quant au grand méchant Bane, interprété par le massif et fascinant Tom Hardy, il est évidemment impressionnant. Hardy a une présence magnétique, dommage quand même que Nolan se prive (et nous prive) de sa gueule incroyable en le cachant derrière un masque du début à la fin.

Hélas, il y a un maillon faible, et c’est Marion Cotillard qui décroche la timbale. Je l’aime pourtant depuis des années, mais elle est un peu à côté de la plaque, dans un rôle (Miranda) qui est, c’est vrai, le moins bien écrit de tous. Sans relief et téléphoné, son personnage cache un secret qu’on devine dès les premières minutes alors que c’est censé être le grand twist du film.

C’est un peu embêtant, mais pas de quoi gâcher le plaisir de ce film démesuré et pourtant très humain. Reste à espérer que l’avènement annoncé de Robin soit confié à un réalisateur d’une autre trempe que Joel Schumacher, réalisateur des calamiteux Batman forever et Batman and Robin

Soudain le 22 mai (22 mei) – de Koen Mortier – 2010

Posté : 21 août, 2012 @ 11:46 dans 2010-2019, MORTIER Koen | Pas de commentaires »

Soudain le 22 mai

Réalisateur trash et expérimental, Koen Mortier s’essaye à un cinéma un brin plus narratif, encore que… En une heure et demi, le film ne raconte guère que quelques minutes de la vie d’une poignée d’hommes et de femmes. Des minutes importantes, puisqu’il s’agit de leurs dernières : l’événement central est un attentat meurtrier dans un centre commercial, perpétré par un kamikaze.

L’explosion est à elle seule un grand moment de cinéma. Filmée avec sans doute peu de moyens, mais avec un sens de la débrouillardise et une efficacité rares, cette séquence magistrale nous plonge littéralement au cœur de l’enfer. Jusqu’alors, le film a adopté strictement le point de vue du vigile du centre commercial, que l’on a suivi du réveil jusqu’à son arrivée sur son lieu de travail, dans une vie banale et d’une tristesse glaçante : pas la moindre couleur dans la vie de cet homme dont on apprendra plus tard qu’il a connu une perte particulièrement douloureuse.

Cherchait-il à se débarrasser de ce fardeau qu’était devenu la vie ? Est-ce pour cela qu’il a laissé passer devant lui un homme cagoulé et très suspect, celui-là même qui allait se faire exploser, entraînant avec lui des passants dans la mort ? Ces questions sont posées, bien sûr, et sans doute le film aurait-il gagné en profondeur si Mortier s’était concentré uniquement sur ce personnage de vigile. Mais le réalisateur préfère, dans la seconde partie de son film, multiplier les points de vue : ceux des victimes, qui s’interrogent sans grande passion sur les raisons de leur mort et sur le destin qui les a poussés là.

Mère de famille sans histoire, commerçants, exhibitionniste malsain, et le kamikaze lui-même… tous sont filmés de la même manière, sans passion, sans tristesse, des êtres anonymes qui appréhendent la mort comme ils l’ont fait avec leur vie. Même pas désespérant : plutôt aliénant.

On a beaucoup reproché la vacuité du film de Mortier. Et c’est vrai qu’on se demande un peu de quoi il nous a vraiment parlé. Mais Soudain le 22 mai est une œuvre étonnante, qui garde son mystère jusqu’au bout, et nous hante longtemps. Un bel exemple de la bonne santé du cinéma belge d’aujourd’hui.

Un Flic pour cible (The Son of no one) – de Dito Montiel – 2011

Posté : 20 août, 2012 @ 10:22 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, MONTIEL Dito, PACINO Al | Pas de commentaires »

Un Flic pour cible (The Son of no one) – de Dito Montiel – 2011 dans * Thrillers US (1980-…) un-flic-pour-cible

Bon sang, quell casting : Juliette Binoche, Ray Liotta et Al Pacino à l’affiche d’un même film. De quoi donner bien des envies, même si le titre français laisse penser qu’il s’agit là de l’un de ses polars sans grand relief dans lesquels le grand Al, dont les trente premières années au cinéma constituent quand même un quasi-sans faute (allez donc vérifier ça sur imdb, c’est assez impressionnant !), a trop facilement tendance à se laisser enfermer depuis quelque temps (88 minutes, La Loi et l’ordre… pas flambant tout ça).

Alors ? Eh bien le titre français est stupide, conçu pour attirer un public adolescent qui, forcément, sera déçu par un film noir presque totalement dépouillé d’action. Quant au casting, il est certes impressionnant, mais tous les grands noms sont cantonnés à des seconds rôles sans grande envergure. Alors oui, c’est toujours un plaisir de voir le grand Al, mais il faut bien reconnaître qu’il n’est que l’ombre de lui-même dans un rôle à peine ébauché et limite caricatural. Il est plutôt sobre pourtant, mais sans rien à jouer, il ne fait pas de miracle.

Même chose pour Juliette Binoche dont on se demande bien ce qu’elle fait là. Dans un rôle totalement transparent (et pour le coup carrément caricatural) de journaliste d’investigation, elle ne risquait pas d’obtenir un second Oscar. Seul Ray Liotta tire assez bien son épingle du jeu, mais dans un emploi qu’il connaît par cœur, sans grande nuance et sans surprise.

De toute façon, ces trois-là (et aussi Katie Holmes, transparente comme toujours) se contentent de petits rôles. Le « son of no one » du beau titre US est joué par Channing Tatum, tout en intériorité. C’est d’ailleurs l’un des rares personnages vraiment intéressant de ce film étrange et mélancolique, réflexion sur les souvenirs, l’héritage et l’enfance perdue. Jeune flic affecté au même commissariat que son père, mort des années auparavant, il y est confronté aux fantômes de son passé par le biais de lettres anonymes qui l’accusent d’un mystérieux crime…

Dito Montiel ne manque pas d’ambition. Son film, entrecoupé de nombreux flash-backs qui ne révèlent le mystère qu’avec parcimonie, évite consciencieusement tout effet spectaculaire dans sa partie « contemporaine ». De la même manière, tous les acteurs affichent une espèce d’apathie et jouent en retrait sans jamais jouer la surenchère. Il réussit à instaurer une ambiance pesante et une souffrance lancinante très marquantes. Dommage que les seconds rôles soient si peu développés…

13 Assassins (Jûsan-nin no shikaku) – de Takashi Miike – 2010

Posté : 8 août, 2012 @ 3:05 dans 2010-2019, MIIKE Takashi | Pas de commentaires »

13 assassins

C’est une grande claque que nous file le très prolifique Takashi Miike (trois à quatre films par an, quand même), avec cette énième variation sur le thème des 7 Samouraïs, 7 Mercenaires, Seven Swords et bien d’autres souvent moins mémorables.

L’intrigue de ces 13 Assassins est particulièrement simple : en 1844, un samouraï réunit des hommes pour tuer l’héritier d’un shogun, dont la cruauté menace le pays en ces temps de paix. Sur cette trame simplissime, Miike signe un chef d’œuvre tendu et hyperviolent, d’une force assez incroyable.

Le film est pourtant d’une linéarité absolue (à part un flash back), avec une construction d’une grande banalité. La première moitié est ainsi consacrée à présenter ceux qui deviendront les « 13 assassins », tous braves et bons, et leur cible, monstre tout de blanc vêtu dont la cruauté fait froid dans le dos. Pas vraiment de nuances au programme, donc, même si Miike évoque joliment un thème peu traité au cinéma : le destin des hommes de guerre en temps de paix.

Un sujet qui peut paraître anecdotique, mais qui nous ouvre grand l’âme de ces personnages habités par les codes qui régissent leur vie (un siècle avant Hiroshima, le Japon est encore soumis à ses règles ancestrales), mais qui paraissent bien vaines alors qu’ils sont « condamnés » à observer une société qui n’a plus besoin d’eux. Ces samouraïs-là, d’ailleurs, annoncent les temps qui changent : ces codes pour lesquels leurs prédécesseurs seraient morts sans condition, ils n’hésitent pas à les bafouer au combat si cela peut servir une noble cause. L’humanisme moderne pointe son nez sous ces vestiges d’une civilisation qui prépare sa révolution.

Il ne faut pas penser non plus que 13 Assassins est une réflexion profonde sur quoi que ce soit. Car après cette première heure, il en reste une autre, de pure sauvagerie. Ça défouraille, ça charcle, ça ampute, ça décapite, ça explose, ça court, ça hurle, ça gicle… Près d’une heure non stop d’un affrontement absolument incroyable, une véritable boucherie sans le moindre temps mort. C’est bien simple : je n’ai vu ça dans aucun autre film.

Miike réussit l’impossible avec ce carnage interminable : éviter tout sentiment de trop plein, ou de lassitude. En multipliant les points de vue et les petits enjeux, le réalisateur capture le spectateur ébahi (si si : ébahi).

Et il le fait avec un classicisme et une élégance inattendues dans un film d’une telle violence visuelle. Le moindre plan de ce film est soigné et impressionnant : par sa construction, son dynamisme, et la lumière superbe qui magnifie les paysages japonais. L’élégance de la mise en scène n’est mise à mal que lors des combats les plus violents et âpres, la caméra plonge alors le spectateur au cœur de la violence.

C’est du grand spectacle, et du grand art.

La Part des Anges (The Angels’ Share) – de Ken Loach – 2012

Posté : 7 août, 2012 @ 12:02 dans 2010-2019, LOACH Ken | Pas de commentaires »

La Part des Anges

Ken Loach revient à ce qu’il connaît le mieux : la chronique douce-amère, tendre, drôle et cruelle des petites gens dans la galère. Mais comment fait-il pour parler aussi justement et avec autant d’amour de ces types grossiers, voleurs et alcooliques ? Tout simplement en les aimant, justement. Il y a dans La Part des Anges une sincérité et une tendresse absolues, qui résument parfaitement le cinéma de Loach, et qui expliquent pourquoi ses films (et celui-ci en particulier), tout en s’inscrivant dans une longue tradition sociale du cinéma britannique, ne ressemblent à aucun autre.

A la fois hilarante et terriblement émouvante, sa chronique de quatre paumés de Glasgow qui trouvent la voie de la rédemption grâce à un whisky rarissime est un petit chef d’œuvre. Son héros, Robbie (Paul Brannigan, nouveau venu au passé aussi lourd que son personnage), est un marginal au passé rempli de violence et de haine. Condamné à des travaux d’intérêts généraux, il est sincérement décidé à changer de vie, et à se consacrer à sa petite amie et à leur bébé qui vient de naître. Mais pas facile d’échapper à son destin, quand la belle-famille veut le voir disparaître, et que ses vieux ennemis ont juré de lui faire la peau. Pas facile, quand on a son passé, d’avoir droit à une deuxième chance.

Mais le destin intervient, sous la forme d’un quinqua bonhomme, solitaire au grand cœur, le type chargé de faire appliquer les TIG, qui se prend d’affection pour ce paumé condamné dès la naissance, et partage avec lui son amour pour le whisky. Le pur malt plutôt que le mauvais vin : une belle métaphore pour symboliser la nouvelle vie que Robbie va tenter d’arracher en dépit du monde entier. Pas forcément dans les règles, en tout cas pas celles d’une société qui veut pas de lui. Car le destin ne fait pas tout : encore faut-il savoir saisir sa chance. Alors Robbie imagine le vol du whisky le plus cher du monde, avec ses trois potes.

Uune cleptomane, un apathique, un idiot… voilà les complices de Robbie. Et Ken Loach ne fait rien pour les rendre plus beaux qu’ils ne sont. Pourtant, on les aime ces paumés dont on sait qu’ils ne sauront pas, comme Robbie, saisir leur chance. Ils sont tête-à-claques, vulgaires, voleurs, mais authentiques et tellement attachants.

Ken Loach n’est pas un donneur de leçon, et c’est ça qui fait la force de son cinéma. L’émotion et l’humour ne sont jamais loin l’un de l’autre, dans un équilibre parfait qui nous fait passer de l’émotion la plus pure devant la paternité nouvelle de Robbie au rire franc devant l’air ahuri de son pote.

Voir ces quatre citadins des banlieues de Glasgow se retrouver en kilt au cœur des Highlands est une image inoubliable. Comme de voir ce whisky sans âge et hors de prix trimballé dans des bouteilles d’Irn Bru : qui n’a jamais bu cette horreur en bouteille, et qui n’aime pas le whisky, peut difficilement réaliser l’ampleur de ce sacrilège.

D’un optimisme inhabituel, La Part des Anges est tout sauf politiquement correct : Loach n’y respecte ni les institutions, ni le plus grand whisky du monde. Il ne respecte finalement que les êtres humains. C’est ce qui fait de son film une merveille gorgée de vie, et authentique comme un grand cru.

Les Crimes de Snowtown (Snowtown) – de Justin Kurzel – 2011

Posté : 25 mai, 2012 @ 2:16 dans 2010-2019, KURZEL Justin | 1 commentaire »

Les Crimes de Snowtown

Bienvenue à Glauque City, petite banlieue australienne peuplée d’alcooliques, de drogués, de pédophiles… où l’avenir est une notion aussi désespérante que le présent ou le passé, où les habitants se contentent de traverser tant bien que mal une non-existence sans joie, sans émotion, sans espérance, sans horizon…

C’est dans ce contexte sordide et terrifiant d’inhumanité que l’Australien Justin Kurzel pose ses caméras, pour ce premier film choc, inspiré de la véridique histoire du pire tueur en série de l’histoire de l’Australie (c’est le dossier de presse qui le dit). On pourrait croire à une variation australienne du Memories of Murder de Bong Joon-ho, film-dossier consacré au premier tueur en série de l’histoire de la Corée du Sud, mais le parti-pris de Kurzel est aux antipodes. Là où le Coréen optait pour une approche très esthétique, Kurzel préfère une vision frontale sans fard.

Le film, d’ailleurs, est d’une laideur visuelle marquante. Dans ce plat pays sans beauté, sans le moindre relief qui pourrait retenir l’attention, les rues sont désespérément vides, les maisons carrées et dépouillées de toute décoration, les jardins d’affreux terrains vagues jonchés de jouets brisés… Un tombereau à ciel ouvert pour l’innocence…

Contrairement au film de Bong Joon-ho, le « héros » du film n’est pas un flic qui se perd dans la quête sans issue d’un monstre. Non : ce que filme Kurzel ici, c’est la naissance d’un monstre. Et le plus horrible, c’est qu’il sort de l’être le plus innocent du film : Jamie, un ado de 16 ans, sur le point d’entrer dans la vie adulte, et qui n’attend qu’une main tendue qui pourrait lui offrir cette enfance à laquelle il n’a pas eu droit.

Privé de père, il doit se contenter des petits amis de sa mère, qui se succèdent à la maison. Mais le dernier en date a abusé de lui, dans un silence assourdissant. Alors quand la môman ramène à la maison un type séduisant, attentionné et passionné, notre héros se raccroche à cet ultime espoir avec l’énergie du désespoir… Serait-ce lui, le père qu’il attend depuis si longtemps ? Pas vraiment…

Dans un premier temps, Jamie est séduit par cet homme bien décidé à en finir avec les pédophiles. Mais au fil du temps, il réalise que les virées nocturnes contre les pédophiles se transforment en chasse au pédés, que les passages à tabac ne se terminent plus à l’hôpital, mais au fond d’un trou, et que le plaisir infini de tuer à petit feu finit par prendre le dessus, reléguant bientôt toute notion d’auto-défense ou de justice… En guise de père aimant, c’est un véritable gourou de la monstruosité qui l’a pris sous son aile.

Glaçant, dérangeant à l’extrême, Snowtown (pour le blanc immaculé, on repassera !) est une bombe dont on ne sort pas indemne. C’est un film dur, absolument pas séduisant, qui bouscule, qui donne la nausée… Pas pour la violence visuelle : la grande partie des tortures et des exécutions se déroulent hors-champs. Mais pour la manière clinique avec laquelle le réalisateur filme Jamie, dont le terrible regard enfantin en quête désespérée de joie et d’innocence (« Ne gâche pas ça, maman », lance-t-il pour retenir ce père de substitution), va se perdre inexorablement dans la plus horrible barbarie.

C’est terrifiant, et traumatisant…

Twixt (id.) – de Francis Ford Coppola – 2012

Posté : 26 avril, 2012 @ 9:36 dans 2010-2019, COPPOLA Francis Ford, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Twixt

Coppola se confronte à ses propres fantômes dans ce film, le troisième depuis sa « résurrection » artistique. Retour aux sources, hommage au cinéma de ses débuts, étrange objet cinématographique entre expérimentation et série B horrifique à l’ancienne, Twixt est un film d’une grande liberté. Coppola n’a plus grand-chose à prouver, n’a plus de dette à rembourser, mais a du temps à rattraper. Tout cela se sent ici, pour le meilleur et pour le un peu moins bon.

Mais pour le meilleur, surtout. Car pour étonnante qu’elle soit, cette histoire de fantôme qui oscille entre les grosses ficelles du cinéma d’épouvante, et une approche plus contemplative, est d’une élégance extrême. Les cadres déstructurés composés par Coppola, les lumières automnales ou glacées, la musique lancinante souvent à contre-temps, et les angles d’un grand classicisme brisé par quelques fulgurances de mise en scène… Tout cela crée un sentiment fascinant de malaise qui vous prend dès la toute première image (avec la voix envoûtante de Tom Waits) pour ne plus vous lâcher.

Evidemment, d’autres que Coppola ont maintes fois fait le coup de l’écrivain en manque d’inspiration qui plonge au tréfonds de l’âme humaine pour exorciser ses propres démons (ici en enquêtant sur d’anciens meurtres dans une petite ville perdue hantée par ses fantômes). Mais lui le fait avec style, et avec la volonté affichée et réjouissante d’aller au bout de ses envies. Tout ici pousse au malaise : les rues désertes de cette ville quasi-déserte, le vieux shérif trop enthousiaste (un vrai plaisir de retrouver ce vieux briscard de Bruce Dern, le héros du dernier Hitchcock, Complot de Famille), cette gamine qui sort de la nuit sans que notre écrivain en paraisse étonné, et l’écrivain lui-même, stéréotype de l’artiste raté qui ingurgite des litres de whisky (il m’a donné soif, ce film…) pour oublier ses propres démons.

Le choix de Val Kilmer pour ce personnage n’est pas anodin : la déchéance de cet ancien jeune premier promis à une carrière de premier plan, désormais cantonné au cinéma de 8ème zone, et coincé dans un physique de baudruche, sert à merveille le film, ajoutant au malaise ressenti. L’apparition de son ex-femme Joanne Whalley, avec qui Val Kilmer a formé un couple très glamour il y a vingt ans, ne fait que renforcer ce sentiment.

Film de genre ou essai cinématographique ? Twixt joue sur tous les tableaux. Pour Coppola, le film est surtout une manière de boucler la boucle, affrontant ses vieux démons personnels (l’un de ses fils est mort dans des conditions très semblables à la fille de l’écrivain, que lui-même accepte de revivre en regardant des images en surimpression), et renouant d’une certaine manière avec le cinéma de ses débuts. Le film est en effet un hommage à l’univers d’Edgar Poe (qui apparaît tout au long des « rêves » de Val Kilmer), auteur souvent adapté par Roger Corman, le mentor des débuts de Coppola. Coppola lui-même a commencé en tournant un petit film d’horreur où les fantômes oubliés jouaient un grand rôle (Dementia 13).

Quant au brusque retournement de situation de fin, il laisse un goût un peu amer. Mais il s’apparrente à une authentique renaissance pour le cinéaste. Coppola a terrassé ses fantômes avec ce film parfois bancal, mais revigorant et férocement émouvant. Une porte ouverte pour une nouvelle carrière, voire une nouvelle vie…

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