Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie '2010-2019'

Time Out (id.) – de Andrew Niccol – 2011

Posté : 20 janvier, 2012 @ 6:28 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, NICCOL Andrew | Pas de commentaires »

Time Out (id.) – de Andrew Niccol – 2011 dans 2010-2019 time-out

Dire qu’on attendait le nouveau film d’Andrew Niccoll avec impatience relève de l’euphémisme. Scénariste de Truman Show, réalisateur de Bienvenue à Gattacca et Simone, Niccoll s’est imposé depuis plus de dix ans comme l’auteur de SF le plus percutant, le plus intelligent et le plus passionnant de sa génération. Mais depuis Lord of War, son chef d’œuvre absolu (dans un autre genre), plus de nouvelle. Encensé par une partie de la critique, le cinéaste ne rencontre en salles qu’un succès d’estime, sans commune mesure avec ses ambitions. Time Out, qui nous arrive cinq ans après son précédent film, a tout du projet de rechange…

L’idée de départ, cela dit, est passionnante : dans un futur indéfini, l’argent est remplacé par du temps. Après 25 ans, chaque homme et chaque femme ont en poche un an de vie, qui s’échappe seconde après seconde. Leur salaire (minable dans les petits quartiers) leur apporte du temps supplémentaire, tandis que la moindre de leur dépense (hors de prix dans les petits quartiers) réduit leur capital comme peau de chagrin. Ce concept, typique de la SF, permet de symboliser jusqu’à l’extrême le fossé entre les riches exploiteurs et les pauvres laborieux. Pendant un temps (la première demi-heure, disons), cela donne lieu à quelques séquences fortes et bouleversantes qui laissent augurer du meilleur pour la suite.

Mais la suite, hélas, n’est jamais au niveau. Le scénario n’évite pour ainsi dire jamais les stéréotypes les plus éculés. D’un côté, le quartier des riches quasi-immortels, qui construisent leur fortune sur l’exploitation-du-petit-peuple-qui-mène-une-vie-de-con. De l’autre, le quartier populaire où les gens crèvent (littéralement) de misère, mais où tous se serrent les coudent. Voler le temps d’autrui est on ne peut plus simple, mais cela ne viendrait à l’esprit de personne dans ce quartier où tout le monde aime tout le monde. Si le film se veut le symbole du monde actuel, la pilule a un peu de mal à passer, faut reconnaître…

Cette naïveté n’est rien à côté de l’impression de gâchis qui règne sur l’ensemble du film. Niccoll ne manque pas d’idées, c’est même le principal problème du film : les idées qui auraient pu être géniales s’accumulent, mais pas la moindre d’entre elles n’est exploitée correctement. Le héros (Justin Timberlake, très bien), qui jure de renverser ce système injuste avec l’aide d’une fille de riche dans une sorte de remake futuriste de Bonnie and Clyde, est le fils d’un homme dont il ignore tout et qui cachait bien des secrets. Ces secrets donnent-ils lieu à des révélations tonitruantes ? Ben non, pas plus que la mélancolie du riche las de vivre n’est exploité, pas plus que la théorie du complot, pas plus que le terrible rapport père-fille entre la rebelle et le milliardaire, pas plus que les effets ravageurs d’une richesse trop subite…

Même les personnages les plus troubles (celui du gardien du temps, interprété par l’excellent Cillian Hinds) sont traités par-dessus la jambe… Comme si les scénaristes s’étaient dit, en plein milieu de l’écriture : « Oh, et puis merde, on arrête là ! » Reste une petite série B qui aurait été réjouissante si, justement, il n’y avait pas autant de bonnes idées qui ne laissaient cet arrière-goût persistant d’inachevé.

Super 8 (id.) – de J.J. Abrams – 2011

Posté : 20 janvier, 2012 @ 2:58 dans 2010-2019, ABRAMS J.J., FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Super 8

Avec ses séries télé (en particulier Lost), on devinait depuis longtemps la fascination qu’exerçait Spielberg sur JJ Abrams. Le troisième long métrage du jeune prodige ne laisse plus planer le moindre doute : Abrams est bien le fils spirituel du réalisateur des Dents de la Mer. Avec Super 8, le jeune cinéaste revendique clairement cette paternité, en même temps qu’il est officiellement adoubé par son aîné. Spielberg est en effet le producteur de ce film qu’il aurait pu réaliser lui-même dans les années 80.

Avec cette histoire située à mi-chemin entre E.T. et, surtout, Rencontre du 3ème type, Abrams signe sans doute le plus personnel de ses projets, télé et cinéma confondus. Ces adolescents américains de la fin des années 70 qui passent tout leur temps libre à tourner des films en super 8, c’est un peu lui et ses potes, notamment Larry Fong (directeur de la photo sur le film) et Bryan Burk (co-producteur), ses amis d’enfance. Ados, ils faisaient leurs armes avec d’autres (dont Matt Reeves, le réalisateur de Cloverfield), tournant des films d’horreurs ou de SF avec les moyens du bord, comme le faisait un certain Steven Spielberg trente ans avant eux.

Ce n’est donc pas un hasard si l’action de Super 8 se déroule en 1979. Cette année-là, JJ Abrams avait 13 ans, à peu près l’âge de ses héros. Et paradoxalement, la première demi-heure du film est sans doute la plus passionnante : c’est la chronique douce-amère d’un groupe d’ados comme les autres, un été comme les autres, dans une petite ville comme les autres. C’est simple, étonnamment juste, et très beau. Il faut dire que ces ados qui passent leur été à tourner un film de zombie idiot et rigolo, et incidemment à flirter gentiment, sont interprétés par de tout jeunes comédiens qui sont d’une justesse rare. C’est la grande force du film, qui aurait pu être totalement insupportable pour les mêmes raisons : le choix des acteurs principaux. Inconnus, ils sont d’une justesse inattendue, et n’ont jamais ce côté tête-à-claque qui plombe la plupart des films dont les héros sont des enfants.

La scène-pivot du film (le déraillement d’un train en pleine nuit, avec l’évasion d’une mystérieuse créature) tient également toutes ses promesses : on assiste sans doute à la catastrophe ferroviaire la plus spectaculaire de l’histoire du cinéma. La suite est hyper efficace, mais un peu plus classique et attendue. Les rebondissements ne manquent pas (la révélation du secret¸ l’enlèvement de la jeune héroïne, l’état de siège de la petite ville), mais le film manque parfois de vie. C’est efficace, visuellement splendide et très inventif, mais on garde trop souvent un simple regard de spectateur étranger à l’action.

Dommage, parce que le film avait tout pour atteindre le niveau d’un Rencontre du 3ème type, justement, référence omniprésente tout au long du film. Ce n’est d’ailleurs pas la seule référence. JJ Abrams lorgne aussi ouvertement du côté de X-Files, LA série qui a révolutionné la télévision au début des années 90, et dont il est également l’héritier direct. Ce sentiment de déjà-vu que l’on ressent bien souvent tout au long du film tient au moins autant aux emprunts à la « mythologie » x-filienne (les fans sauront de quoi je parle, les autres auront le plaisir de se plonger dans les neuf saisons du show) qu’aux films de Spielberg.

Ces références multiples sont la principale signature de JJ Abrams. Celui qui a révolutionné la série télé (avec Chris Carter pour X-Files, quand même) en utilisant les ficelles du cinéma pour ses différentes créations, avait en retour donné un sérieux coup de fouet au cinéma d’action en utilisant les mêmes recettes augmentées des contraintes de rythmes, pour Mission : Impossible 3. Avec Super 8¸ il dresse le pont ultime entre ses deux mamelles absolues : Spielberg et X-Files.

La Source des Femmes – de Radu Mihaileanu – 2011

Posté : 19 janvier, 2012 @ 7:25 dans 2010-2019, MIHAILEANU Radu | Pas de commentaires »

La Source des femmes

Le nouveau film du réalisateur de Va, vis et deviens m’a laissé un sentiment plutôt mitigé. Une très belle histoire, ambitieuse et audacieuse, un beau sens de l’image, et pourtant tout cela m’a laissé un peu de marbre. Du style : « C’est un très beau film, vraiment… si, si. C’est tout ? Ben oui, c’est tout… » Et je suis totalement incapable de dire pourquoi ce film ne m’a pas ému aux larmes, pourquoi cette histoire proche d’une fable n’atteint jamais une dimension supérieure. Rien à reprocher au travail de Radu Mihaileanu: le réalisateur va au bout de son sujet, gonflé et fort. Mais voilà, la magie n’opère pas vraiment.

Le plus international des cinéastes choisit pourtant un thème passionnant : dans un pays indéfini, quelque part entre l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, la vie d’un petit village rural et traditionnel est perturbée lorsque les femmes décident de faire la grève de l’amour pour convaincre leurs maris d’aller chercher l’eau à la source à leurs places. Ce sujet, bien sûr, n’est qu’un prétexte pris par Mihaileanu pour filmer un peuple qui arrive à un carrefour où il devra faire des choix : quelque part entre la tradition et la modernité, entre l’intégrisme et l’humanisme, entre le repli sur soi et l’ouverture sur le monde…

Le cinéaste a clairement choisi son camps, bien sûr, et il y a quelque chose de l’idéalisme naïf d’un Capra, dans le scénario. Mais hélas, ce souffle humaniste ne fait qu’effleurer le film, dont on se dit constamment qu’il est intelligent, beau et important, mais qui ne parvient pas à nous emporter comme un grand film sait le faire.
Dommage, parce que ce symbole de la source est plutôt bien exploité, que les femmes de ce village sont touchantes, et que la beauté de Leïla Bekhti irradie littéralement sur le film.

Mon pire cauchemar – d’Anne Fontaine – 2011

Posté : 19 janvier, 2012 @ 6:55 dans 2010-2019, FONTAINE Anne | Pas de commentaires »

Mon pire cauchemar

Isabelle Huppert en bourgeoise glaciale, sèche et cassante, vivant dans un superbe appartement donnant sur le jardin du Luxembourg. Benoît Poelvoorde en beauf sans le sou, à l’humour gras et vulgaire. On ne peut pas dire qu’Anne Fontaine offre à ses deux acteurs des rôles à contre-emploi, dans cette comédie douce-amère. Bien au contraire : le film a visiblement été écrit en pensant à eux, leur image étant le cœur même de l’entreprise. Anne Fontaine ne se contente pas de jouer avec l’image radicalement différente de ses deux acteurs, elle en fait le sujet de son film, poussant chacun d’eux jusqu’à la limite du stéréotype pour mieux dévoiler leurs fêlures et leurs improbables points communs.

D’un côté, nous avons donc la patronne d’une galerie d’art très prout-prout, remplie de gens qui trouvent ce que vous faites incroyablement novateurs devant vous avant de vous débiner dès que vous avez le dos tourné. Mariée avec un éditeur très sympa (André Dussolier, forcément formidable), avec lequel elle n’a plus eu de rapport sexuel depuis au moins quinze ans.

De l’autre, un quasi-SDF vivant seul avec son fils entre une camionnette vaguement aménagée, et un minuscule logement coincé sous un escalier. Vulgaire, porté sur le cul (« je ne paye pas d’impôt, mais je fourre du boudin !»), bricoleur, aux antipodes de cette pimbèche dont il n’aurait jamais croisé la route si leurs fils respectifs n’étaient pas les meilleurs amis du monde : parce que dans l’univers gentiment idéaliste de la cinéaste, la mixité sociale existe réellement, et les enfants de très riches fréquentent les enfants de très pauvres à l’école…

Alors ces deux-là se rencontrent finalement, et malgré eux. La bourgeoise ne tolère le prolo que parce qu’il a sympathisé avec son mari, lui ouvrant de nouveaux horizons loin de son quotidien de bourgeois un peu hypocrite (y compris des horizons sexuels, Dussolier se prenant de passion pour une connaissance de Poelvoorde, joué par Virginie Efira, irréprochable mais loin du génie de ses trois partenaires). Le prolo ne supporte les réflexions de la pétasse que parce qu’ils hébergent son fils…

Pourtant, bien sûr, la pétasse et le prolo vont finir par se trouver, se révélant leurs vraies natures cachées. Du mépris et de la haine surgira une sublime histoire d’amitié (et d’amour, dont on se serait bien passé), totalement improbable et bouleversante. Le procédé est vieux comme le cinéma : Anne Fontaine n’est ni la première, ni la dernière à associer deux caractères radicalement différents. Mais ils ne sont pas nombreux à être allé aussi loin, en utilisant les deux acteurs qui symbolisent le mieux ces différences.

Et la réalisatrice tire le meilleur de ses acteurs : Isabelle Huppert n’a pas été aussi émouvante, juste (et belle, et sexy) depuis des années ; et Benoît Poelvoorde confirme définitivement que, bien dirigé, avec un bon rôle à jouer, il est un comédien immense. Dussolier est excellent, mais c’est bien le « couple » vedette qui fait tout le sel du film, aussi bien dans la comédie, souvent très drôle, que dans l’émotion, qui prend aux tripes. Le film aurait sans doute gagné à se terminer vingt minutes plus tôt, la fin n’apportant rien à cette rencontre aussi improbable que séduisante. Mais qu’importe : Mon pire cauchemar est l’une des comédies françaises les plus intelligentes et séduisante que l’on ait vu depuis des années.

J’ai rencontré le Diable (Akmareul boatda) – de Kim Jee-won – 2010

Posté : 16 novembre, 2011 @ 9:50 dans * Polars asiatiques, 2010-2019, KIM Jee-won | Pas de commentaires »

J'ai rencontré le diable

Après avoir flirté avec le western spaghetti (Le bon, la brute et le cinglé), le Coréen Kim Jee-won flirte avec le thiller noirissime tendance Seven avec ce film de serial-killer violent jusqu’à la nausée. Point de mystère ici : l’identité du tueur nous est dévoilée dès la première séquence (scène de meurtre classique dans sa construction – une jeune femme en panne dans la campagne déserte, un véhicule inquiétant qui s’arrête – mais visuellement d’une beauté envoûtante), et le « gentil » lui-même résout l’enquête en moins d’une demi-heure.

Rapidement, le film de serial killer, plutôt classique au début, se transforme en un jeu de piste glauque et macabre entre le héros, un agent des services secrets qui s’avère être le fiancé de la première victime, et le méchant, un type à peu près normal à cela près qu’il est l’incarnation même du mal absolu. Or, la fiancée en a bavé avant de trépasser, longuement torturée par le tueur devant une caméra qui ne nous épargne rien. Alors l’agent secret, transformé en vigilante, jure de faire souffrir le tueur à son tour. Beaucoup, longtemps, avec un sadisme grandissant et une détermination sans faille qui fait froid dans le dos…

Pas de place pour la rigolade dans ce film noir, qui présente une Corée du Sud bien loin de l’image d’Epinal du sublime Chant de la Fidèle Chun-hyang. Ici, on est dans un pays habité par des esprits malades : le tueur en série est un être froid qui a grandi dans une famille de merde ; son seul ami est une épave qui se gave de chair humaine qu’il stocke dans des congélateurs pleins à dégueuler, et maqué avec une jeune femme totalement abrutie. Et quand le tueur est pris en stop après avoir pris une raclée par sa nouvelle nemesis, l’agent secret transformé en ange vengeur, c’est un duo de tueurs qui trimballent un cadavre dans leur coffre qui s’arrête… Probablement pas le film préféré des tour-operator…

La comparaison avec Seven n’est pas fortuite : le rôle de l’agent secret, interprété avec une sobriété dérangeante et bouleversante par Lee Byung-hun, fait férocement penser à celui de Brad Pitt dans le film de David Fincher. Flic intraitable lancé dans une quête qui dévore tout sur son passage, on le sait d’entrée condamné à une damnation forcément terrible. Entre-temps, il aura eu le temps de se transformer lui-même en un monstre froid, dans sa recherche de la vengeance ultime, apparaissant quand le tueur ne l’attend pas pour le torturer (lui brisant le poignet, lui sectionnant le tendon d’Achille ou lui fracassant le crâne… tout ça en gros plans sanguinolents) avant de le relâcher, pour mieux recommencer. Toujours plus violent, toujours plus implacable.

Et puis il y a le tueur lui-même, figure monstrueuse dont la seule étincelle d’humanité, dans les toutes dernières minutes du film, donne des frissons… La force du personnage (qui aurait facilement pu tomber dans la caricature) doit énormément à l’interprétation elle aussi monstrueuse et d’une force extraordinaire de Choi Min-sik, que l’on avait plus vu depuis sa prestation mémorable dans Old Boy. Son interprétation, fiévreuse et hallucinante (qui évoque un peu celle de Daniel Day Lewis dans Gangs of New York) est hypnotique et hante longtemps les esprits. Comme le regard froid de son adversaire, où la dernière étincelle d’humanité menace à tout moment de disparaître…

Un Monstre à Paris – de Eric Bergeron – 2011

Posté : 10 novembre, 2011 @ 12:13 dans 2010-2019, BERGERON Eric, DESSINS ANIMÉS, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Un monstre à Paris

Joli dessin animé, basé sur une histoire très, très classique, vaguement inspiré du mythe de Frankenstein (deux gentils maladroits s’amusent avec des produits chimiques, qui transforment une mite en un monstre qui sème la terreur à Paris ; sauf que le montre est gentil), mais rehaussé par un style visuel très séduisant. Eric Bergeron donne vie au Paris du siècle dernier, et plus précisément celui de 1910, l’année des grandes inondations dans la capitale. Voir la Seine déborder de son lit n’est pas juste un clin d’œil nostalgique au Paris de l’avant-guerre : ce fait historique est plutôt habilement intégré à l’histoire, puisque le « monstre » est vu par les autorités comme une opportunité pour divertir l’opinion publique, furieuse contre ses dirigeants…

Le meilleur, dans ce long métrage français qui vaut bien mieux que tous les derniers Disney réunis, c’est l’atmosphère « villageois » de Montmartre, joliment rendu par le beau coup de crayon de Bergeron.

C’est, aussi, le casting vocal, impeccable et intelligent. Les acteurs ne sont pas simplement choisis pour pouvoir mettre leur nom sur l’affiche : ils sont l’essence même de leurs personnages. Gad Elmaleh est irrésistible en frimeur au grand cœur ; mais c’est surtout Vanessa Paradis qui séduit, dans le rôle de l’ange de Montmartre, chanteuse de cabaret à la voix envoûtante, qui forme bientôt un duo scénique avec le monstre, qui chante et joue de la guitare comme Mathieu Chédid. Normal, c’est lui qui prête sa voix, et on regrette simplement que le réalisateur n’ait pas laissé davantage de place aux numéros musicaux.

On se console avec les clins d’œil rigolos à la culture française dans tous ses états, de la fameuse coiffure de M au « C’est mon vélo ! » d’un gendarme qui a les traits et la voix de Bourvil.

The Artist – de Michel Hazanavicus – 2011

Posté : 4 novembre, 2011 @ 5:37 dans 2010-2019, FILMS MUETS, HAZANAVICUS Michel | Pas de commentaires »

The Artist

C’est beau quand un film ne vous déçoit pas. C’est encore plus beau quand il dépasse, et de loin, toutes les attentes… C’est rare, et The Artist est de ces films. Parce qu’il n’est ni une parodie, ni un pastiche des films muets des années 20, mais un « vrai » film muet. Mieux : The Artist n’est pas un film-événement parce qu’il est muet, mais parce que c’est un grand film, tout simplement.

En se privant de la parole (pas du son : il y a dans le film un ingénieux jeu sur le son, qui évoque Les Temps modernes, de Chaplin), Michel Hazanavicus semble renouer rien moins qu’avec le langage cinématographique. Et ça fait un bien fou. Sans dialogues (d’autant plus qu’il utilise les cartons avec une extrême parcimonie), le cinéaste mise avant tout sur la force de ses images pour raconter l’histoire, faire naître les sentiments, créer une atmosphère. On a l’impression qu’il en est à son cinquantième film muet, tant il maîtrise totalement cet art. Il y a notamment dans le film l’un des plus beaux coups de foudre qu’il m’est ait donné de voir sur un écran depuis bien longtemps : le coup de foudre entre George Valentin (Jean Dujardin), grande vedette du Hollywood de 1927, et Peppy Miller (Bérénice Béjo), alors simple figurante, vu à travers une série de prises d’une même scène…

Des grands moments de cinéma comme celui-là, il y en a dix, vingt, cinquante dans The Artist : Peppy Miller qui mime une étreinte avec le manteau de Valentin ; les deux se croisant dans un grand escalier symbolisant l’ascension de l’une, et la chute de l’autre ; le cauchemar d’un George Valentin muet dans un monde devenu hyper bruyant… Bien sûr, Hazanavicus n’a pas tout inventé, loin de là : le cinéaste-cinéphile s’est nourri de très nombreux classiques pour construire son film, et pas uniquement du cinéma muet d’ailleurs.

L’histoire elle-même (une vedette du muet tombe dans l’oubli à l’arrivée du parlant, tandis qu’une ancienne figurante amoureuse de lui devient une star) s’inspire nettement de celle d’Une Etoile est née, et on sent clairement l’influence du Lubitsch des années 20 (il y a quelque chose de l’élégance et de l’attention portée aux objets les plus anodins de L’Eventail de Lady Windermere) du Chaplin des années 30 : la scène où George Valentin, ruiné, tourne un coin de rue et découvre son ancien smoking dans une vitrine, évoque une scène magnifique des Lumières de la Ville.

Comment, aussi, ne pas penser aux films de Douglas Fairbanks (lui-même star du muet n’ayant pas franchi l’épreuve du son), à Sunset Boulevard quand Valentin déchu revoit ses vieux films, ou à Citizen Kane par la manière dont le réalisateur montre le couple Valentin (Mme étant jouée par une revenante, Penelope Ann Miller) se déliter jour après jour autour des petits déjeuners…

Il y a comme ça une cinéphilie gourmande qui nourrit continuellement le film, y compris avec l’apparition d’acteurs anglo-saxons qui parfois ne semblent être là que pour le plaisir (Malcolm McDowell surtout ; John Goodman, quant à lui, a un très beau rôle). Mais la force du film est de ne pas se laisser dévorer par ses références. The Artist est évidemment un hommage (et le plus beau qui soit) au cinéma muet, mais ce n’est pas un film mortifère, pas plus qu’un exercice de style vain. C’est un pur bonheur de cinéma, gourmand et généreux, porté par un duo d’acteurs épatants. Un film, et c’est rare aussi, qui donne envie de le revoir immédiatement…

Blitz (id.) – de Elliott Lester – 2011

Posté : 21 octobre, 2011 @ 9:14 dans * Polars européens, 2010-2019, LESTER Elliott | Pas de commentaires »

Blitz

Un flic aux méthodes radicales mal vu par ses supérieurs, sur la sellette après avoir mis hors circuit d’une manière radicale des voyous qu’il avait surpris en plein méfait… Non, Blitz n’est pas un remake de L’Inspecteur Harry, mais la filiation est évidente. Evidente et visiblement assumée comme le réalisateur semble le reconnaître au détour d’un dialogue (« Vous marchez dans la rue et vous tombez sur des types armés de cutters. Ils en veulent à votre fric et ils veulent vous graver votre nom sur la tronche. Dans ce cas, vous pensez plus à votre tronche ou aux journaux ? »). L’hommage méritait-il un film ? Pas sûr…

Blitz n’a pas le côté écœurant de certains « vigilante », le rôle de la fliquette qui lutte contre sa propre toxicomanie est original et sonne juste, Jason Statham ne manque pas d’un certain charisme animal (bestial, même), et la peinture de Londres est clairement en dehors des sentiers battus, inquiétante et violente. Voilà pour les points très positifs.

Mais la balance penche très nettement du côté négatif. Pour commencer, et sans vouloir dire « c’était mieux avant » (mais c’était mieux avant, quand même…) Elliott Lester n’est pas Don Siegel. Et Blitz n’arrive pas à la cheville de Dirty Harry, pas plus que Statham ne supporte la comparaison avec Eastwood. Charismatique, peut-être, mais la profondeur du personnage avoisine le néant. Et le tandem que ce type hyper viril (de 1940 à 2010, l’image de la virilité a migré de Humphrey Bogart à Jason Statham… ben oui, c’était vraiment mieux avant !) forme avec un flic homosexuel sur le modèle archi-rabattu du buddy movie, est aussi lourd qu’inintéressant.

Quant à l’histoire (deux flics enquêtent sur un tueur de flics qui sévit dans les rues de Londres), elle ne tient pas ses promesses, loin s’en faut. Le méchant manque de profondeur, l’enquête est baclée, et le rebondissement final est téléphoné.

A moitié agacé, à moitié ennuyé, on finit par se désintéresser de l’intrigue, pour s’amuser au jeu des ressemblances… qui ne manquent pas. Basic Instinct (« vous allez m’arrêter pour avoir fumé ? »), Sixième sens (la relation dangereuse nouée par le tueur avec un journaliste, interprété ici par David Morrissey), ou encore American History X (ouïe… le coup de la bordure de trottoir) et plein d’autres. Sûr que ce sont des hommages…

The Ghost Writer (id.) – de Roman Polanski – 2010

Posté : 18 octobre, 2011 @ 3:03 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, POLANSKI Roman | Pas de commentaires »

The Ghost Writer

Question du jour : la prison rend-elle les détenus meilleurs ? Pas sûr… Mais son séjour derrière les barreaux n’a pas gâché le talent de Roman Polanski, loin de là. C’est en prison que le cinéaste a monté Ghost Writer, et le résultat est absolument bluffant. Comme souvent lorsqu’il s’attaque au pur film de genre (je ne me lasse pas de Frantic), Polanski est à son meilleur avec ce thriller politique assez machiavélique, mais finalement très simple. Simpliste, même, rétorquent ses détracteurs, ce qui n’est pas tout à fait faux.

Il y a en tout cas la sensation d’une grande simplicité qui transparaît du film, ce qui est plutôt inattendu dans un thriller politique, genre largement porté sur les révélations à tiroirs, sur les fausses pistes et les faux semblants. Ici, personne n’est vraiment ce qu’il prétend être, c’est vrai, mais les masques tombent très vite.

On comprend vite, en tout cas, que le personnage principal, un « nègre » (l’expression anglaise, ghost writer, est nettement plus belle) appelé pour terminer l’autobiographie d’un ancien premier ministre britannique, s’est plongé dans la gueule du loup, et qu’il ne peut vraiment faire confiance à personne. Le film repose sur le suspense qui découle de cette situation, et sur l’intelligence extrême de la mise en scène. Plutôt économe en dialogues, le film devient génial grâce au sens exceptionnel de la narration du cinéaste.

Le film commence d’une manière aussi originale que brillante : un ferry qui se vide peu à peu de ses passagers. Seule reste une voiture abandonnée… Il n’en faut pas plus pour comprendre que son propriétaire est mort, sans doute balancé par-dessus bord pendant la traversée. La séquence est totalement muette, mais on en apprend énormément. Mieux : cette première scène trouvera un écho terrifiant vers la fin du film, lorsque le héros fera la même traversée.

Cette victime est justement le premier écrivain appelé à travailler sur la bio de l’ancien premier ministre. C’est pour le remplacer que le nouveau nègre est engagé. C’est Ewan McGregor, acteur de plus en plus puissant qui joue formidablement bien cet écrivaillon sans grande envergure qui réalise peu à peu que le secret qu’a découvert son prédécesseur a de quoi faire vaciller tout un pan de la politique britannique, et qu’il pourrait accessoirement lui coûter la vie…

Quel est ce secret ? On s’en fiche un peu : Polanski nous fait le coup du macguffin cher à Hitchcock, dans ce qui est d’ailleurs le plus hitchcockien de ses films depuis Frantic. Ce qui compte ici, c’est le pur suspense, et l’élégance extrême de la mise en scène. Très inspiré, Polanski filme son personnage principal dans un enfermement grandissant à plusieurs niveaux. Géographique, d’abord : l’histoire se passe en grande partie sur une île presque déserte au lare de Boston, dans une immense maison dépouillée et froide. Et puis morale : McGregor n’a personne à qui parler, personne en qui croire : la seule personne « neutre » qu’il rencontre est un vieillard qui ne semble plus avoir toute sa tête (apparition brève mais sympathique d’Eli Wallach, still here).

McGregor est de toutes les scènes, et porte littéralement le film sur ses épaules. Mais Pierce Brosnan est là, lui aussi. Dans le rôle (assez bref en terme d’apparition à l’écran) de l’ancien premier ministre, il est excellent, portrait fascinant d’un homme qui fut très puissant et qui passe désormais des journées d’une vacuité extrême, isolé avec sa dernière garde rapprochée aux antipodes de l’hyperactivité de Londres. C’est aussi ça le sujet du film, en tout cas dans sa première partie, moins flippante, mais aussi passionnante : comment un homme aussi important peut-il réapprendre à vivre « normalement ». La réponse, ici, n’est guère optimiste.

The Ghost Writer est un chef d’œuvre, d’une richesse sans doute infinie. Mais on peut le voir aussi comme un pur film de genre, l’œuvre d’un cinéaste exceptionnel. Le film est émaillé de scènes à couper le souffle, à la fois d’une grande efficacité, d’une grande intelligence (Polanski est peut-être le premier à utiliser le gps intelligemment pour une longue scène de suspense), et d’une grande élégance. Jusqu’à la toute dernière séquence, que je ne dévoilerai pas ici, mais qui porte la marque d’un très grand cinéaste, sur de son savoir-faire. Décidément très hitchcockien.

Yogi l’Ours (Yogi Bear) – d’Eric Brevig – 2010

Posté : 4 octobre, 2011 @ 10:41 dans 2010-2019, BREVIG Eric, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Yogi l'ours

Je me suis promis d’évoquer sur ce blog tous les films que je voyais, sans faire d’impasse. Alors pas question d’oublier cette adaptation « live » d’un dessin animé créé par Hanna et Barbera. Même si, franchement, je ne sais pas ce que je vais bien pouvoir trouver à dire, à part que c’est rigolo.

Dans la lignée des productions Disney des années 60 et 70, le film raconte les aventures de l’ours Yogi et de son copain Boubou, deux plantigrades pas comme les autres : ils parlent (et pas seulement entre eux, hein : avec les humains, aussi), et se nourrissent non pas en chassant comme tous les ours, mais en volant les paniers de pique-nique aux visiteurs du parc où ils vivent. Mais ce parc est menacé par le maire sans scrupule qui a décidé d’en tirer profit en coupant les arbres. Evidemment, les deux ours et leur ami le ranger Smith (qui tombera amoureux d’une jolie réalisatrice de documentaire) vont tout faire pour sauver le parc. Et comme j’ai un mauvais fond, j’m’en va vous dévoiler la fin : ils vont réussir !

C’est sans prétention et amusant. Le mélange de personnages réels et d’images de synthèse est plutôt réussi, et on passe un bon moment à observer ses enfants (en l’occurrence, deux p’tits gars de 3 et 6 ans) partir en grands éclats de rire devant les catastrophes qu’entraîne la balourdise de Yogi. C’est peu, certes, mais c’est aussi beaucoup pour un papa…

1...2425262728
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr