Un homme intègre (Lerd) – de Mohammad Rasoulof – 2017
Mohammad Rasoulof est-il d’abord un grand cinéaste, ou un homme courageux ? Les deux, évidemment, ce que ne cesse de confirmer la découverte de sa filmographie, qui témoigne d’une volonté inlassable de témoigner, et de filmer. Un homme intègre est donc un grand film, tout autant qu’un film courageux.
Son héros, cet « homme intègre », est un homme qui cherche à tout prix à rester droit dans ses bottes, à n’être ni un oppressé, ni un oppresseur, dans un pays, l’Iran des Mollahs, où comme le dit un personnage : l’essentiel est surtout de longer les murs. De ne pas se faire remarquer, donc, et de rentrer dans le moule imposé sans trop tenir compte des dommages collatéraux.
Le film a été tourné sans autorisation bien sûr. Et il n’a pas pu être diffusé en Iran, bien sûr. En ne filmant que son héros, Reza, et sa femme Hadis (Reza Akhlaghirad et Soudabeh Beizaee, deux magnifiques comédiens), Rasoulof filme l’imparable étau que représente ce régime autoritaire où la religion et la corruption sont omniprésents, et où toute velléité de révolte paraît dangereuse.
L’idée du film serait venu au cinéaste après avoir été incarcéré pour avoir refusé de payer un pot-de-vin. Le même acte « fondateur » des déboires de Reza, que ce simple refus entraîne dans une spirale digne de Kafka, mais où l’absurde aurait cédé la place à une intransigeance cruelle et cynique, où pouvoir, religion et fric seraient inséparables.
Parfaitement tendu, filmé comme un thriller paranoïaque, le film, éprouvant et passionnant, nous plonge dans la détermination et les doutes de Reza : son jusqu’au-boutisme, son désespoir aussi. « Certains apprennent trop vite, d’autres trop lentement », lance son beau-frère dans un souffle tristement désabusé.
Et Rasoulof, combatif, signe un film fort, mais sans grande illusion. Peut-on vraiment éviter les choix qu’on nous impose ? Peut-on éviter d’utiliser les armes contre lesquelles on se bat ? Et si on les utilise, qu’est-ce que ça fait de nous ? La conclusion, totalement inattendue, nous laisse à peu près dans le même état que Reza… Et je n’en dirais pas plus.









