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Archive pour la catégorie '2010-2019'

The Fall (id.) – saison 3 – créée et réalisée par Allan Cubitt – 2016

Posté : 27 février, 2018 @ 8:00 dans * Polars européens, 2010-2019, CUBITT Allan, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

The Fall saison 3

A la fin de la saison 2, on se demandait un peu ce que Cubitt allait trouver pour prolonger sa série, dont l’histoire semblait totalement bouclée. Mieux qu’un prolongement, cette troisième et dernière saison relance l’intrigue d’une manière totalement inattendue, troquant la violence et le suspense des deux premières saisons avec une violence plus psychologique, et des enjeux plus introspectifs.

Voilà donc notre tueur amnésique, sans le moindre souvenir de tout ce qu’il a pu faire depuis qu’il s’est mis en tête de devenir tueur en série. C’est en tout cas ce qu’il affirme, affichant une vulnérabilité inattendue jusque là. Simule-t-il ou se retrouve-t-il réellement dans la peau d’une victime de ses propres crimes ? Eh bien c’est là tout l’enjeu de cette ultime salve de six épisodes.

Paradoxalement, le personnage de Jamie Dornan en sort peut-être plus inquiétant encore. Les quelques explosions de violence de cette saison, plus diffuses et inattendues, marquent d’ailleurs les esprits, parce qu’ils se font attendre, et parce qu’ils s’accompagnent de doutes constants sur la nature de cette violence.

Sans doute les deux premiers épisodes auraient gagné à être condensés en un seul épisode. On aurait aussi aimé suivre davantage le destin tragique de la famille du tueur. Mais après un lancement de saison un peu flottant côté rythme, The Fall retrouve toute sa puissance, notamment grâce au face-à-face plus direct, et toujours aussi trouble, entre le tueur et l’enquêtrice, que joue toujours brillamment Gillian Anderson.

Alice Comedies, vol. 2 (Alice Comedies 2) – de Walt Disney – 1924, 1926, 1927, 2017

Posté : 26 février, 2018 @ 8:00 dans 1920-1929, 2010-2019, COURTS MÉTRAGES, DESSINS ANIMÉS, DISNEY Walt, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Alice Comedies

Ce programme de quatre courts métrages repose sur d’excellentes idées. Premièrement, il prouve que le muet garde toute sa force évocatrice pour les jeunes d’aujourd’hui. Deuxièmement, accompagner ces films oubliés de Disney d’une musique bien d’aujourd’hui (trois partitions formidables de l’Orchestre de Chambre d’Hôte, et une quatrième signée Manu Chao pour le dernier court) permet justement de sortir de l’oubli ce qui fut le premier grand succès de Disney au cinéma, avant la naissance de Mickey.

Entre 1923 et 1927, Walt Disney a réalisé une bonne cinquantaine de courts métrages dont l’héroïne est une jeune fille, jouée par une vraie comédienne (la toute jeune Virginia Davis d’abord, puis d’autres fillettes au fil des ans), qui évolue dans un monde de dessins animés. Un mélange qui n’est pas totalement inédit à l’époque : les frères Fleischer l’avaient expérimenté dès la fin des années 10. Mais Disney le perfectionne, permettant même parfois de vraies interactions entre Alice et les cartoons. C’est lui aussi qui fera passer ce dispositif dans une nouvelle ère quarante plus tard, avec Mary Poppins.

Côté animation, on est dans le Disney première période. Loin de la perfection visuelle et du réalisme de ses grandes œuvres à venir, Disney propose un dessin très épuré et une animation souvent sommaire, mais où le gag est roi, avec d’incroyables trouvailles visuelles qui n’auront plus leur place dans son cinéma à partir des années 30. Les Alice Comedies préfigurent sans doute davantage Tex Avery que Disney lui-même, finalement.

Alice Comedies Jour de pêcheJour de pêche (Alice’s fishy story) – 1924

C’est l’un des premiers courts métrages de la série, et Disney justifie encore la coexistence d’un personnage de chair et d’os et de cartoons, comme une histoire que raconte la fillette à ses copains. La partie animée n’occupe d’ailleurs que la moitié centrale du film, qui évoque très clairement pour la partie « live » la série des Petites Canailles, alors très en vogue.

Elle ne manque d’ailleurs pas de rythme, cette partie live, avec les gamins embarqués dans une voiture lancée à travers les grandes avenues encore champêtres d’Hollywood, et quelques belles trouvailles : ce chien qui joue du piano à la place d’Alice pour tromper la vigilance de la mère est tout de même très drôle.

La partie animée ne manque pas de charme non plus, et rappelle que les temps ont bien changé : à l’époque, on pouvait montrer des poissons se faire tuer dans un film familial ! Cela dit, l’interaction entre Alice (Virginia Davis) et son partenaire animé Julius le chat reste très minime.

Alice Comedies La Magie du cirqueLa Magie du cirque (Alice’s circus daze) – 1927

Ce court marque la première apparition de Loïs Hardwick, qui sera la dernière interprète d’Alice : à partir de 1928, le succès de Mickey portera Disney vers d’autres aventures. La fillette y fait un numéro avec Julius dans un cirque dont les artistes sont tous de drôles d’animaux. Il faudrait voir le film plusieurs fois d’affilée, tant les gags sont nombreux, simultanément, aux quatre coins de l’écran.

Alice elle-même n’est au cœur du court métrage que lors d’un spectaculaire numéro d’équilibre : elle trône en haut d’une bonne dizaines de chaises empilées l’une sur l’autre, sur le nez de Julius. C’est enlevé, drôle et bourré d’idées comiques typiques de cette époque : les chaises tombent l’une après l’autre, et Alice reste en l’air… Jouer avec la gravité était alors l’objet inépuisable de gags.

Alice Comedies L'ouest moutonneuxL’Ouest moutonneux (Alice in the Wooly West) – 1926

On retrouve d’ailleurs ce même jeu avec la gravité dans ce court qui se déroule dans l’univers du western, lors d’une bagarre d’anthologie entre Julius et le grand méchant de l’histoire : un braqueur de dilligence qui a enlevé Alice (interprétée cette fois par Margie Gay). C’est le plus rythmé des quatre courts, un enchaînement non stop de poursuites et de bagarres.

Les gags aussi s’enchaînent, toujours sur le thème de l’absurde et du burlesque. Alice joue les faire-valoir bien sûr, mais quelques plans plutôt bien fichus l’intègrent réellement dans l’action. Une vraie tornade !

Alice Comedies Alice joueuse de flûteAlice joueuse de flûte (Alice the piper) – 1924

Disney s’offre une parodie du fameux Joueur de flûte de Hamelin, avec Alice (jouée par Virginia Davis) dans le rôle titre, chargée de débarrassée le « château du roi » (en l’occurrence, la bicoque d’un vieillard) des rats qui lui gâchent la vie. Des rats aussi machiavéliques qu’imaginatifs, qui modifient l’annonce que placard le vieux : ce dernier promettait 5 dollars à celui qui l’aiderait ; eux changent l’affiche pour promettre 5000 dollars !

C’est cette annonce qui motive Alice et Julius, qui s’imaginent donc dans la peau du joueur de flûte. Sauf que ce qui marche dans les contes ne fonctionne pas forcément (encore) dans les films de Disney : à mi-film, le prétexte du film est balayé d’un revers de la main, et Alice et son comparse passent à tout autre chose, en troquant la flûte contre un aspirateur géant. C’est ça aussi qui caractérise le Disney des débuts : une totale liberté.

The Fall (id.) – saison 2 – créée et réalisée par Allan Cubitt – 2014

Posté : 18 février, 2018 @ 8:00 dans * Polars européens, 2010-2019, CUBITT Allan, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

The Fall Saison 2

Après une première série d’épisodes haletants, voilà une deuxième saison tout aussi passionnante, qui réussit à s’inscrire dans la droite lignée du début, tout en renouvelant habilement l’enjeu du face-à-face entre la policière (Gillian Anderson, toujours formidable) et le tueur en série de Belfast (Jamie Dornan, fascinant et dérangeant).

Car très vite, le suspense ne repose plus sur l’enquête à proprement parler, mais sur le jeu dangereux auquel se livre la police : une fois le tueur identifié, jusqu’où peut-on le laisser en liberté, dans l’espoir de retrouver sa dernière victime ? Si la série est aussi réussie, c’est parce que le face-à-face entre les deux antagonistes renouvelle un motif devenu courant depuis Le Silence des Agneaux : la fascination qu’exerce le Mal absolu sur une représentante de la loi.

Elle a beau s’en défendre, affirmer qu’elle n’éprouve aucune fascination mais au contraire une haine totale, elle ne trompe pas grand-monde, et surtout pas ces hommes qui semblent porter comme une malédiction les aventures qu’elle a eues avec eux : le regard qu’elle porte sur ce jeune homme au regard si noir et déterminé est éloquent.

Plus encore que dans la saison 1, il est question de la contamination du Mal, de la part d’ombre souvent bien cachée, et de la fascination qu’il exerce. Le fil rouge de cette deuxième saison, l’enlèvement et la disparition de celle par qui tout a commencé, est en cela particulièrement passionnant. Parce qu’il donne lieu à un terrible suspense au long cours, et parce qu’il confronte les personnages à leurs secrets, à leur intimité.

Entièrement réalisée par le créateur du show Allan Cubitt, cette deuxième saison tient toutes les promesses de la première.

Les Derniers Jedi / Star Wars, épisode VIII (Star Wars : Episode VIII – The Last Jedi) – de Rian Johnson – 2017

Posté : 7 février, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, JOHNSON Rian | Pas de commentaires »

Star Wars Les Derniers Jedi

On a beau avoir été déçu par l’épisode 7, bouffé par l’ambition mercantile de Disney et par l’incapacité de JJ Abrams de réinventer quoi que ce soit, il faut reconnaître que les premiers mots qui apparaissent (« il y a bien longtemps… »), les premières notes de l’incontournable partition de John Williams, et ce texte défilant qui replace le contexte… tout ça colle encore un petit frisson d’enthousiasme qui fait oublier en quelques secondes tous les doutes et les appréhensions, pour ne plus espérer que le meilleur.

Alors ? Eh bien le frisson est bien là. L’émotion, le rythme, l’inventivité dans les moments de bravoure… Rian Johnson s’impose dans la droite lignée de George Lucas première époque, renouant notamment avec l’extrême simplicité de la première trilogie. Grosso modo, l’histoire se résume en quelques mots : la rébellion est acculée et cherche à s’enfuir, tandis que la jeune Rey tente de convaincre Luke Skywalker de reprendre le sabre laser. Point.

Si on garde un souvenir si amer de l’épisode 7, c’est en partie parce que Abrams se vautrait lamentablement lors de la scène-clé : l’affrontement de Kylo Ren avec son père Han Solo. Il y a dans l’épisode 8 une scène très semblable et également centrale, qui confronte le petit-fils de Dark Vador à ses doutes, cette fois face à Rey. Eh bien cette scène, cette fois, tient toutes ses promesses. Rian Johnson y dévoile un lyrisme et un sens du tragique qui manquaient cruellement à Abrams.

Le film est à l’image de cette séquence. Il rattrape en quelque sorte l’échec du précédent, en renouant avec l’essence-même de la saga intergalactique, en en respectant l’histoire, sans pour autant en être prisonniers. Bref, à trouver le bon équilibre entre anciens et nouveaux, entre personnages mythiques et nouvelle génération. Johnson maîtrise parfaitement sa grammaire lucassienne. Son film enchaîne les morceaux de bravoure, sans temps mort (ou presque), et en creusant constamment le sillon du bien contre le mal, et de la perception qu’on en a.

On a beau toujours craindre le pire d’une saga qu’on nous promet sans fin (un film solo sur Solo dont la production chaotique laisse perplexe, l’annonce d’une nouvelle trilogie…), cet épisode 8 fait partie, comme le récent Rogue One, des franches réussites de la série.

La saga Star Wars

La Taupe (Tinker, Tailor, Soldier, Spy) – de Thomas Alfredson – 2011

Posté : 5 février, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 2010-2019, ALFREDSON Thomas | Pas de commentaires »

La Taupe

L’histoire d’amour entre John Le Carré et le cinéma ne date pas d’hier : les romans d’espionnage du maître incontesté du genre ont été adaptés quasiment dès leur parution, et plutôt très bien dès le premier film (L’Espion qui venait du froid, un classique). Curieusement, son personnage fétiche de George Smiley, le maître espion, n’est lui que rarement apparu (il a été rebaptisé dans MI5 demande protection il y a cinquante ans, et depuis, plus rien sur grand écran).

Ce n’est pas le moindre intérêt de La Taupe : le film fait de Smiley un personnage absolument fascinant. A la fois secret, sincère, manipulateur, inquiétant, droit, omnipotent, et fragile aussi parfois… Qui est vraiment ce maître espion que l’histoire renvoie à une époque révolue, celle de la guerre froide, mais qui semble aussi, curieusement, toujours d’actualité ? La réponse qu’apporte le film de Thomas Alfredson est à l’image du personnage : limpide et impossible à résumer.

Gary Oldman est évidemment pour quelque chose dans la réussite de ce personnage, lui qui a toujours su mettre un brin d’humanité dans ses personnages de monstres, et un grain de danger dans ses bons gars. Ce personnage, créé il y a plus de cinquante ans, semble fait pour lui, tant l’acteur représente bien le caractère insondable de ce monde de l’espionnage, avec ses multiples visages, ses labyrinthes tourmentés et parfois incompréhensibles, et ses ressors si humains.

L’intrigue, forcément, est à la fois classique et complexe. Mais le réalisateur, Suédois qui fait ici d’impressionnants débuts à Hollywood, a un talent immense pour ne jamais perdre le spectateur, l’autorisant en quelque sorte à laisser des détails dans l’obscurité pour suivre un fil conducteur très simple : lorsqu’un vieux routier de l’espionnage est évincé de son poste de responsable, il fait comprendre à son protégé que l’un des cinq postulants à son remplacement est un traître…

La maîtrise d’Alfredson est impressionnante, et rappelle celle d’un JC Chandor qui, avec Margin Call, avait réussi le même tour de force de rendre compréhensible et passionnante la crise financière, tout en filmant une multitude de personnages. Ce n’est peut-être qu’un simple clin d’œil, mais John Le Carré fait une apparition dans La Taupe, dans la scène de la fête, ce qu’il n’avait quasiment jamais fait jusque là. Comme s’il adoubait d’emblée cette formidable adaptation.

The Professional (The Hunter’s prayer) – de Jonathan Mostow – 2017

Posté : 4 février, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, ACTION US (1980-…), MOSTOW Jonathan | Pas de commentaires »

The professional

Il n’y avait grosso modo qu’une seule raison qui rendait ce petit direct-to-dvd quelque peu attirant : son réalisateur Jonathan Mostow, porté disparu depuis huit ans, et dont les premiers films avaient révélé un talent rafraîchissant d’héritier des vieilles séries B des années 50. Un auteur modeste et à l’ancienne qui faisait des merveilles avec son tout premier long Breakdown, qui gardait sa spécificité dans la méga production Terminator 3, et qui signait avec Clones un enthousiasmant film de SF.

Alors qu’importe qu’il revienne par la petite porte, si le plaisir est au rendez-vous. Sauf que avec la meilleure volonté du monde, difficile de retrouver la patte du jeune Mostow dans ce thriller d’action qui ressemble à des tas d’autres productions du tout-venant américain. On a constamment l’impression d’avoir vu mille fois cette histoire d’un tueur à gages qui se rachète en prenant sa jeune victime potentielle sous sa protection, et en mieux.

Sam Worthington a une présence évidente, mais il s’en contente en livrant une prestation pour le moins effacée. Le résultat ne manque pas de rythme, et on trouve même quelques éclats d’action assez percutants. Mais rien d’enthousiasmant, rien de neuf, si ce n’est cette forme de road-movie à travers l’Europe, dans des décors sous-exploités. C’est bien peu après une si longue absence.

La Planète des singes : l’Affrontement (Dawn of the Planet of the Apes) – de Matt Reeves – 2014

Posté : 27 janvier, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, REEVES Matt | Pas de commentaires »

La Planète des singes l'affrontement

OK, l’effet de surprise est un peu émoussé, et il y avait quelque chose de fascinant à découvrir ces petits signes annonciateurs de l’immense catastrophe à venir, tels que le premier film nous les montrait. N’empêche, cet Affrontement confirme l’ambition et l’intelligence de cette saga prequel, dont les spectaculaires effets spéciaux, encore plus présents ici, n’étouffent jamais l’humanité des personnages. Y compris des singes.

Entre le très évocateur générique de fin du premier film et le début de cette suite, dix ans se sont écoulés. Une sacrée ellipse dont on ne retient que l’essentiel : l’immense majorité des humains a été décimée par ce virus qui a décuplé l’intelligence des singes, et les derniers survivants connus vivent reclus dans San Francisco transformée en citadelle, tandis que les singes tentent de construire une société pacifique sous l’influence de César, le singe élevé par des hommes.

Le film place en parallèle ces deux sociétés en déclin ou en plein essor, qui réalisent que ce ne sont pas leurs différences qui les conduisent sur le chemin de la violence et de la mort, mais au contraire leurs ressemblances, cette même incapacité à comprendre l’autre. Un pur blockbuster qui s’autorise une vraie réflexion sur la société et la condition humaine, ce n’est pas si courant.

Le personnage de César (toujours interprété par Andy Serkis, le roi de la motion capture) est toujours d’une belle complexité, et le film soigne aussi ses personnages humains, dont un Gary Oldman parfait en leader plein de doutes aveuglé par la nécessité de tenir son rang. Très spectaculaire, L’Affrontement est aussi un film hanté par la mort et le poids du passé. Une nouvelle réussite.

* Voir aussi La Planète des Singes : les origines et La Planète des Singes : supprématie.

La Planète des singes : les origines (Rise of the Planet of the Apes) – de Rupert Wyatt – 2011

Posté : 25 janvier, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, WYATT Rupert | Pas de commentaires »

La Planète des Singes les origines

Comment une idée qui semblait toute foireuse a abouti à l’un des blockbusters les plus stimulants de ces dernières années. Non, parce que je ne veux pas spoiler la trilogie, dont je viens tout juste de découvrir le premier volet, mais on sait parfaitement comment tout ça va finir : la domination de singes intelligents et dotés de la parole, la quasi-extinction de la civilisation humaine… Cette histoire fait partie des classiques de la SF depuis 50 ans, depuis la fameuse adaptation du roman de Pierre Boulle avec Charlton Heston.

En pleine vogue de remakes-reboots-suites-prequels-adaptations, ces grosses machines souvent dépourvues d’idées et d’âme, franchement, on s’attendait au pire. Mais à la place, on a un film intelligent, juste et audacieux. Et qu’est-ce que vous voulez… Une grosse production annoncée comme le lancement d’une franchise qui ose prendre le temps, et qui ne livre sa première (et unique) séquence d’action qu’au bout d’une bonne heure de film, ça mérite le respect.

On sait où on va, donc (le film fait directement référence à La Planète des Singes version 1968 à travers deux courtes séquences évoquant la première mission habitée vers Mars), mais la manière d’y arriver est édifiante. Le singe par qui tout commence, c’est César, chimpanzé né en captivité d’une cobaye de grand laboratoire, et recueilli par le scientifique qui testait sur sa mère un médicament censé guérir d’Alzheimer. Et il marche, d’ailleurs, boostant le cerveau de ceux à qui il est inoculé, à commencer par les singes. Ce point de départ crée une relation passionnante parce que forcément biaisée entre le singe et son « papa » humain, joué par James Franco.

Biaisée, parce que même si les sentiments sont sincères, si James aime profondément ce singe qu’il a élevé comme son fils, il n’empêche qu’il le promène avec un collier autour du cou, et à l’occasion une laisse. Et ça, oui, ça crée une relation de domination qui finit par poser problème, et qui réserve quelques beaux moments très émouvants.

Le sujet est casse-gueule quand même, ne serait-ce que parce que c’est César qui est au cœur de l’histoire, et pas son « père ». Et donner le rôle principal à un animal, si intelligent soit-il, ça peut vite tourner au grand guignol. Mais le scénario est malin, la mise en scène est fine et efficace, et César est interprété (en motion capture) par Andy Serkis, acteur incontournable de la technique, capable de donner une âme à Gollum comme au Capitaine Haddock.

Les effets spéciaux enterrent littéralement ceux du film originel de 1968. Mais pour une fois ils n’étouffent pas tout. Omniprésents, ils sont toujours au service de l’histoire, ce qui peut paraître une banalité, mais qui ressemble de plus en plus à une exception. D’ailleurs, les références du film sont plutôt à chercher vers le cinéma classique que vers les grosses machines récentes : les scènes de captivité des singes sont tournées comme les grands films de prison, et la référence ultime reste Spartacus bien sûr.

Ce premier film donne en tout cas furieusement envie de voir la suite, dont on sait qu’elle ne sera pas lumineuse : le glaçant générique final, avec ses lignes lumineuses qui éclatent sur la carte du monde, annonce la propagation du virus. Pas sûr qu’on retrouve les humains comme on les avait laissés…

* Voir aussi La Planète des Singes : l’affrontement et La Planète des Singes : supprématie.

The Fall (id.) – saison 1 – série créée par Allan Cubitt, réalisée par Jakob Verbruggen – 2013

Posté : 20 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Polars européens, 2010-2019, CUBITT Allan, TÉLÉVISION, VERBRUGGEN Jakob | Pas de commentaires »

The Fall Saison 1

Cinq épisodes, et une tension incroyable. Je me suis plongé dans la première saison de The Fall pour son interprète principale (Gillian Anderson, toujours très intense), je m’y suis laissé happer en quelques minutes seulement. Totalement addictive, cette première saison tient toutes ses promesses, et garde le cap d’un bout à l’autre avec une belle homogénéité : tous les épisodes sont réalisés par la même personne (Jakob Verbruggen, qui apporte une esthétique très british à la série), et écrits par Allan Cubitt, le créateur de la série.

Surtout, Cubitt respecte de bout en bout son ambition initiale : raconter le parcours parallèle d’un tueur en série et de la policière qui le traque. Deux personnages également complexes et riches, portés par deux acteurs formidables.

Gillian Anderson donc, en femme méthodique et parfois froide, qui revendique son droit d’avoir une sexualité aussi libre et sans lendemain que les hommes. Un personnage qui mine de rien, bouscule les codes, parce qu’elle fait ce que personne ne viendrait reprocher à un homme de faire (au moins dans une fiction).

Jamie Dornan ensuite, glaçant en bon père de famille le jour, qui se transforme en tueur sadique de jeunes femmes la nuit. Le contraste entre ses deux personnalités est effrayant et bouscule le spectateur. Parce que, aussi affreux cela puisse-t-il paraître, il a de bons côtés ce type, qui ose faire face pour aider une jeune femme battue par son mari. Il en deviendrait presque attachant, sauf que c’est un monstre, qui enlace sa petite fille tout en planifiant son prochain crime.

Le montage joue un rôle particulièrement important, les scènes de vie quotidienne et les scènes de violence physique ou psychologique se répondant constamment. Et c’est bien de là que naît l’horreur, dans cette manière d’entremêler le quotidien et la violence, l’apparente normalité et le Mal absolu.

Il y a une intrigue secondaire, qui évoque un contexte de violence sociale et de corruption policière, pas tout à fait aussi passionnant, mais qui a le mérite de donner de consistance à l’arrière-plan, à Belfast, ville rarement filmée, où la religion et les communautés semblent plus importants qu’ailleurs, et où une violence sociale latente semble prête à exploser.

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (You will meet a tall dark stranger) – de Woody Allen – 2010

Posté : 19 janvier, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu

C’est la marque des grands, ça : on voit ce film en se disant que c’est un Woody Allen « dans la norme », presque banal finalement. Et pourtant, on se laisse entraîner d’emblée par le charme de cette petite chose sans prétention, et c’est tellement supérieur à à peu près tout ce qui se fait par ailleurs. La musique, la voix off, le montage fait de flash-backs et d’allers-retours d’un personnage à l’autre… On est en terrain connu, mais tout ça est formidablement maîtrisé, et donne au film un rythme absolument irrésistible.

Et puis il a beau paraître tout léger, ce Woody Allen-là, le destin de ces deux couples de générations différentes qui se séparent en pensant trouver le bonheur ailleurs est teinté d’une amertume inhabituelle. Avec un vrai pessimisme, aussi : des quatre protagonistes principaux, ce n’est pas celui/celle que l’on attend qui saura trouver un vrai nouveau départ.

Entre tristesse (Naomi Watts, qui se rêve un amour qui n’existe pas), cynisme (Josh Brolin qui se perd dans un terrible mensonge), pathétique (Anthony Hopkins qui fait rire jaune avec sa fiancée achetée pas si bon marché), et frappadingue (Gemma Jones qui prend toutes ses décisions en s’appuyant sur sa diseuse d’avenir), c’est une belle brochette de paumés que filme Woody.

Finalement, derrière la comédie, enlevée et souvent très drôle, c’est un immense gâchis qu’il montre : le chant des sirènes peut être très cruel…

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